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Les Andes centrales du Pérou et leurs piémonts (entre Lima et le Péréné)

De
404 pages

De Lima, les Andes sont très proches, même si la brume qui couvre une partie de l’année le désert côtier empêche de les apercevoir ; mais cette brume est par elle-même un motif d’évasion vers les pentes ensoleillées de la montagne. L’existence urbaine est également une incitation à la recherche des espaces silencieux. Le dialogue avec les paysages, qui est l’essence même de la géographie, est un exercice d’hygiène mentale d’excellente qualité et l’indispensable délassement apporté à des activités liméniennes, pourtant variées et parfois passionnantes. Telles sont les raisons qui me firent choisir comme sujet d’étude les Andes centrales et leurs piémonts.


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Couverture

Les Andes centrales du Pérou et leurs piémonts (entre Lima et le Péréné)

Étude géomorphologique

Olivier Dollfus
  • Éditeur : Institut français d’études andines
  • Année d'édition : 1965
  • Date de mise en ligne : 21 mai 2014
  • Collection : Travaux de l’IFÉA
  • ISBN électronique : 9782821846074

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • Nombre de pages : 404-[54]
 
Référence électronique

DOLLFUS, Olivier. Les Andes centrales du Pérou et leurs piémonts (entre Lima et le Péréné) : Étude géomorphologique. Nouvelle édition [en ligne]. Lima : Institut français d’études andines, 1965 (généré le 07 octobre 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/ifea/1251>. ISBN : 9782821846074.

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© Institut français d’études andines, 1965

Conditions d’utilisation :
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  1. Première partie. Plateaux, bassins et sommets des Andes centrales péruviennes

    1. Présentation

    2. Chapitre premier. Le matériel rocheux et sa mise en place

      1. A) LA STRATIGRAPHIE
      2. B) LA STRUCTURE DES CHAINONS DE LA CORDILLÈRE OCCIDENTALE
      3. C) LA STRUCTURE DES PLATEAUX DU MANTARO
      4. D) DOMES ET CUVETTES A L'OUEST DU MANTARO
    3. Chapitre II. L’héritage tertiaire sur les plateaux et la mise en place du Mantaro

      1. A) LES PLATEAUX ET LA QUESTION DE LA SURFACE DE LA PUNA
      2. B) LA MISE EN PLACE DU RESEAU HYDROGRAPHIQUE DU MANTARO
    4. Chapitre III. Le relief de la haute montagne péruvienne

      1. A) L'INFLUENCE DE L'EXPOSITION DANS L'ÉVOLUTION DU MODELÉ
      2. B) LE RELIEF DE LA TRÈS HAUTE MONTAGNE
      3. C) LA MONTAGNE ENTRE 4800 ET 5200 m
      4. D) LES MARQUES DES GLACIATIONS QUATERNAIRES DANS LA HAUTE MONTAGNE
    5. Chapitre IV. Le modelé quaternaire des plateaux du Mantaro

      1. A) LE CLIMAT ACTUEL ET LES SOLS DE LA PUNA
      2. B) LES MARQUES DU QUATERNAIRE SUR LES PLATEAUX A L'EST DU MANTARO ET AU SW DE HUANCAYO
      3. C) LES MARQUES QUATERNAIRES SUR LES PLATEAUX A L'OUEST DU MANTARO ET DE LA OROYA
    6. Chapitre V. Le modelé des grands versants en contrebas des plateaux

      1. A) LES VERSANTS DANS LES SÉRIES PALÉOZOÏQUES
      2. B) LES VERSANTS MODELÉS DANS LA COUVERTURE MÉSOZOÏQUE
    7. Chapitre VI. Nappes alluviales et dépôts quaternaires de la vallée du Mantaro

      Entre la Oroya et la sortie du bassin de Huancayo

      1. A) LA VALLÉE ENTRE LA OROYA ET LE BASSIN DE JAUJA-HUANCAYO
      2. B) LE BASSIN DE HUANCAYO
    8. Chapitre VII. Remarques sur l’évolution du relief des Andes centrales depuis la fin du Tertiaire

      1. A) LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES
      2. B) QUELQUES COMPARAISONS AVEC LES ANDES DU SUD
  2. Deuxième partie. Le versant oriental et le Piémont amazonien

    1. Présentation

    2. Chapitre premier. La structure et les volumes rocheux dans le versant oriental et le Piémont

      1. A) LES ROCHES
      2. B) ESQUISSE DE L'HISTOIRE GEOLOGIQUE
    3. Chapitre II. Les vallées du versant oriental

      1. A) LES HAUTES VALLÉES
      2. B) L’ENCAISSEMENT DES VALLÉES DANS LE FLANC ANDIN FLEXURÉ
    4. Chapitre III. Collines et terrasses du piémont amazonien dans la région de La Merced

      1. A) CLIMAT ET SOLS
      2. B) LE MODELE DES COLLINES
      3. C) LES NAPPES ALLUVIALES ET LES TERRASSES
  3. Troisième partie. Le versant occidental des Andes centrales

    1. Chapitre premier. Le grand versant occidental des Andes centrales péruviennes et les bassins versants

    2. Chapitre II. La structure du grand versant andin à l’Est du batholite

      1. A) LA STRUCTURE INDIQUÉE PAR LES COUPURES DES VALLÉES
      2. B) LA STRUCTURE DES PLATEAUX OCCIDENTAUX VOLCANIQUES
    1. Chapitre III. Le modelé des grandes vallées

      1. I) LES TÊTES DES VALLÉES
      2. II) L’ÉTAGE DES GRANDS VERSANTS
  1. Quatrième partie. L'étage inferieur désertique des Andes et la région côtière

    1. Présentation

    2. Chapitre premier. Le climat de l'étage inférieur des Andes et du piémont pacifique

      1. A) LE CLIMAT DU DÉSERT CÔTIER PRÈS DE LIMA
      2. B) LE CLIMAT DE L'ÉTAGE INFERIEUR DES ANDES
    3. Chapitre II. Structure et pétrographie de l’étage inférieur des Andes et de la côte

      1. A) LES SÉRIES MÉSOZOÏQUES
      2. B) LA TECTONIQUE DU BATHOLITE ET DE SA BORDURE OCCIDENTALE
    4. Chapitre III. Le modelé de l’étage inférieur désertique des Andes

      1. A) LE MODELÉ DES VALLÉES SÈCHES
      2. B) LES GRANDES VALLÉES DRAINÉES
    5. Chapitre IV. Le modelé des versants rocheux dans le désert côtier

      1. A) LES VERSANTS BLANCS
      2. B) LES VERSANTS DANS LES ROCHES MÉLANOCRATES
      3. C) LES VERSANTS DANS LES GRANODIORITES A GRAINS MOYENS
      4. D) LES VERSANTS D'ÉBOULIS NON FILONIENS
      5. E) LES VERSANTS COURBES A BOULES ET ÉVENTUELLEMENT A TAFFONI
      6. F) LES VERSANTS DE LA BORDURE SÉDIMENTAIRE ET VOLCANIQUE
    6. Chapitre V. Les remblaiements désertiques du piémont côtier

      1. A) LES REMBLAIEMENTS ÉLÉMENTAIRES
      2. B) LES NAPPES DÉTRITIQUES ÉTAGÉES
      3. C) LES REMBLAIEMENTS DÉSERTIQUES ENTRE LES RIOS OMAS ET CANETE
    7. Chapitre VI. Les nappes alluviales du piémont

      1. A) LA DESCRIPTION DES TERRASSES
      2. B) ESSAI D’EXPLICATION DE LA MISE EN PLACE DES NAPPES ALLUVIALES DU PIÉMONT
    8. Chapitre VII. Les grandes accumulations sableuses

      1. A) LES RELIEFS SABLEUX ENTRE LES RIOS PISCO ET ICA
      2. B) LES RELIEFS SABLEUX AUTOUR DE LIMA
      3. C) ORIGINE ET MISE EN PLACE DES SABLES
    9. Chapitre VIII. Le littoral de part et d’autre de Lima

      1. A) LES FACTEURS DU MODELÉ LITTORAL
      2. B) LES RELIEFS LITTORAUX
      3. C) L’ÉVOLUTION DU LITTORAL EN FONCTION DE L’EUSTATISME ET DE LA TECTONIQUE
    10. Chapitre IX. Evolution des paysages du piémont pacifique au cours du Quaternaire

      1. A) LES TYPES DE DÉSERT
      2. B) CHRONOLOGIE DES DIX DERNIERS MILLÉNAIRES SUR LA CÔTE CENTRALE DU PÉROU
  2. Conclusion générale

  3. Documents utilisés

    1. I) LES CARTES
    2. II) PHOTOS AERIENNES
    3. III) BULLETINS ET ANNUAIRES STATISTIQUES
  4. Analyses des échantillons

    1. GRANULOMETRIES ET MORPHOSCOPIE
    2. ANALYSES D'ARGILES ET ANALYSES CHIMIQUES
    3. DETERMINATION DES ROCHES ET OBSERVATION DE LEURS ALTERATIONS ET FISSURATIONS
    4. MESURES DE POROSITE DES ROCHES
  5. Carte

  6. Bibliographie

  7. Table des figures et des illustrations cartographiques

  1. Table des photographies

  2. Planche

Avant-Propos

1De Lima, les Andes sont très proches, même si la brume qui couvre une partie de l’année le désert côtier empêche de les apercevoir ; mais cette brume est par elle-même un motif d’évasion vers les pentes ensoleillées de la montagne. L’existence urbaine est également une incitation à la recherche des espaces silencieux. Le dialogue avec les paysages, qui est l’essence même de la géographie, est un exercice d’hygiène mentale d’excellente qualité et l’indispensable délassement apporté à des activités liméniennes, pourtant variées et parfois passionnantes. Telles sont les raisons qui me firent choisir comme sujet d’étude les Andes centrales et leurs piémonts.

2J’étais médiocrement armé pour entreprendre ce travail. En arrivant au Pérou, pays dont j’ignorais presque tout, je n’avais aucune expérience du travail de terrain et mes connaissances morphologiques étaient réduites. Le mécanisme acquis pour passer un concours de recrutement ne donne aucune formation pour la recherche, même s’il peut être utile ailleurs que dans l’enseignement secondaire. Des études supérieures qui avaient été davantage orientées vers les « sciences humaines » que les « sciences naturelles » ne me prédisposaient guère à la morphologie. Enfin, dans les Andes, la plupart des documents utiles sinon indispensables aux recherches géographiques manquent encore. Peu de cartes topographiques étaient disponibles et leur exactitude reste relative, la couverture de photographies aériennes était incomplète et d’une consultation difficile. Les connaissances géologiques et climatiques sont éparses. Mais c’est aussi un attrait que de travailler dans des domaines encore peu parcourus. Et il ne faut pas minimiser l’œuvre entreprise aux siècles précédents par les naturalistes et les travaux pionniers réalisés au début de ce siècle par Steinmann en géologie, par Weberbauer pour la botanique, entre autres. Les publications d’Harrison, qui s’échelonnent sur une vingtaine d’années depuis 1940, sont une bonne introduction à l’étude géologique des Andes centrales.

3Peu préparé, découvrant au même moment les plaisirs de l’action culturelle et les joies de la morphologie, j’avais peu de temps à consacrer à cette discipline, malgré la liberté laissée par mes chefs de poste successifs, les Ambassadeurs Léon Brasseur et Jules de Koenigsivarter que je tiens à remercier ici.

4J’ai heureusement été beaucoup aidé. Par les amis qui m’ont accompagné au cours des randonnées à travers le Pérou : les écritures d’Hélène Dieboldt, de Jeanne Lescure, de Pierre Gallice, de Pierre Levrault, de Pierre-Jean Charles, de José Suttor remplissent des carnets de notes où les termes géographiques sont estropiés avec une bonne volonté évidente. Henri Costilhes et Olivia Fouchet furent également des compagnons de route. Sur le terrain, j’ai profité des connaissances géologiques de Jacques Delpy, de Pierre Taltasse, de Gérard Trottereau. François Mégard m’a vigoureusement hissé sur des sommets d’où nous avons pu jouir d’immenses panoramas. Bon géologue, ses qualités humaines et montagnardes faisaient oublier la malchance qu’il portait à nos véhicules. Carlos Peñaherrera est un ami fidèle et un géographe aimant son pays ; nous avons toujours voyagé agréablement ensemble. L’accueil d’amis aux Mines de Huaron et des Döttling à la Oroya a éclairé certaines tournées. Ensemble, nous avons aimé les Andes et les vastes horizons péruviens.

***

5Sur les bancs des amphithéâtres de l’Institut de géographie de Paris, M. Pierre Birot nous a donné l’exemple d’une intelligence vigoureuse s’appliquant à nous ouvrir l’esprit aux problèmes de la géographie physique. Au cours d’une trop brève mission au Pérou, M. Birot m’a indiqué des orientations de recherches. A son retour ù Paris, j’ai beaucoup profité de ses conseils et son enseignement m’a ouvert des perspectives qui, sans lui, seraient restées dans l’ombre.

6En partant à Lima je ne connaissais M. Jean Tricart qu’à travers ses publications. Un premier échange de lettres, accompagné de sa part de l’envoi de tirés à part qui furent d’autant plus appréciés que l’isolement scientifique est réel à Lima, m’a permis d’apprécier la qualité de son organisation de travail. Ensuite, sur le terrain, tant dans les Andes que sur la côte, M. Tricart m’a guidé, me faisant profiter de l’éventail de ses connaissances géographiques et de sa puissante compréhension des problèmes géomorphologiques. Cet ouvrage lui doit beaucoup.

7J’ai un regret en rédigeant l’avant-propos de cette élude, regret ressenti également lors de mes séjours au Pérou : celui de n’avoir pu parcourir ce pays en compagnie de M. Dresch, qui a accepté de diriger ce travail et m’en a suggéré les limites. Je lui dois beaucoup plus que des conseils précis de recherches. Je lui dois une conception de la géographie ouverte sur le large, d’une géographie où la nécessaire spécialisation des recherches n’étouffe pas la vision de l’ensemble, d’une géographie qui soit à la fois le reflet d’une culture et une science basée sur le dialogue entre les formes et le raisonnement.

8Ma femme m’a beaucoup aidé. Comme géographe sur le terrain, comme cartographe en assurant complètement l’illustration de ce livre, malgré de lourdes charges familiales, mais surtout en me donnant l’atmosphère la plus favorable à cette étude.

9Je dois beaucoup aux uns comme aux autres ; les administrations m’ont également aidé. Le ministère des Affaires étrangères m’a permis de connaître le Pérou et d’y travailler, puis d’y retourner ensuite en mission. Le Centre National de la Recherche Scientifique m’a recueilli pendant deux ans, me donnant la possibilité de poursuivre les recherches nécessaires à la rédaction de cette thèse. J’ai eu comme « parrain » auprès de cet organisme M. Pierre Monbeig, qui, s’il n’a pas eu à intervenir en tant que tel, n’en a pas moins été un conseiller très sûr.

10Le C.N.R.S. comme le Ministère des Affaires étrangères m’ont rendu possible la publication de cet ouvrage qui paraît dans la collection des Travaux de l’Institut d’études andines, établissement de recherches françaises au Pérou, qui est soutenu par la Direction générale des Affaires culturelles et techniques.

11Le C. N. R. S. m’a rattaché au laboratoire de l’Institut de géographie de Paris : aux différents étages du 191 rue Saint-Jacques, j’ai mis les uns et les autres à contribution. Au laboratoire de géomorphologie, Mme Ters et Henri Elhaï ainsi que leurs collaborateurs m’ont beaucoup aidé ; au troisième étage comme au quatrième, de la géologie appliquée à l’atelier de photographie et au centre de cartographie où M. Mallet forme les générations successives de cartographes-géographes, j’ai bénéficié des conseils et de l’aide de tous. Enfin les analyses effectuées, tant au Centre de recherches pétrographiques et géochimiques de Nancy qu’aux laboratoires de géologie et de géographie appliquée de l’Université de Strasbourg m’ont été d’une grande utilité.

***

12Cette étude se propose de décrire les paysages morphologiques des Andes centrales et de leur piémont à la latitude de Lima. Il ne pouvait pas être question de faire une étude exhaustive s’illustrant par la présentation d’une carte géomorphologique régionale. L’absence de documents de base, les difficultés des communications dans cette tranche des Andes qui couvre une surface au moins égale à celle des Alpes suisses et où l’on passe de l’Océan Pacifique à l’Amazonie en franchissant des montagnes dont les sommets culminent à plus de 5000 m rendent ce travail impossible dans la mesure où l’on souhaite qu’il soit à la fois complet et précis. Aussi, sans me soucier outre mesure d’en rechercher les limites, je me suis attaché à décrire les paysages le long d’une tranche andine, d’analyser le modelé des différents étages de la montagne et de ses deux piémonts. Les recherches ont porté plus particulièrement sur les Andes entre Cerro de Pasco et Huancayo, soit sur plus de 200 km du NNW au SSE, sur le piémont amazonien dans la région de la Merced et l’étage inférieur des Andes et le désert côtier de part et d’autre de Lima. Cette étude prétend d’abord poser les problèmes qui ne seront résolus qu’ultérieurement par des analyses spécifiques plus poussées.

13Ce travail, malgré les aides dont j’ai bénéficié, a été conduit de façon artisanale ; il peut paraître anachronique par sa conception. Il aurait peut-être été plus fructueux et plus « rentable » aussi de faire ces recherches en équipe. Il est inutile cependant de vouloir opposer le travail en groupe à la recherche et à l’effort individuel, sinon solitaire. Quoi qu’il en soit j’ai passé des moments admirables à interroger les paysages andins.

Présentation des Andes centrales péruviennes et de leurs bordures

A) LA VARIÉTÉ DES PAYSAGES

1Un itinéraire à travers les Andes centrales péruviennes, de Lima aux collines du piémont amazonien, tracé entre les 11e et 12e degrés de latitude Sud, offre une des plus grandes variétés de paysages qu'il soit possible de rencontrer sur une aussi courte distance.

2Cette variété est d'abord liée à l'ampleur des dénivellations.

3A 70 km du Pacifique des plateaux culminent à plus de 4000 m. Ils sont creusés par des vallées profondes de 2000 m. Cependant, le contact entre la montagne et l'océan ne se fait pas brutalement. Les lignes de crêtes s'abaissent régulièrement vers le Pacifique. A proximité du littoral, les volumes rocheux s'ennoient sous les remblaiements du désert.

4Au centre des Andes s'étendent de hauts plateaux steppiques, étagés de 4000 à 4800 m. Ils sont dominés par des chaînons et des massifs, partiellement englacés, qui culminent à plus de 5000 m. Ces plateaux sont entaillés par des vallées reliant des dépressions intramontagneuses dont le plancher est à 3900 m pour l'altiplano de Junin et à 3200 m pour le bassin du Mantaro.

5Sur le flanc Est de la montagne, des sommets de la cordillère orientale comme celui du Huangaruncho, qui dépasse 5600 m, ne sont qu'à une cinquantaine de kilomètres des collines du piémont boisé amazonien.

6Cet extraordinaire étagement est facteur de diversité, qui est accentuée par la dissymétrie climatique.

7Les pentes tournées vers l'Amazonie reçoivent des masses d'air chaudes et humides et sont couvertes par une forêt tropicale dense, localement défrichée. A l'Ouest, au contraire, les versants sont de plus en plus dénudés en descendant vers le Pacifique que borde un désert gris où des collines rocheuses émergent au-dessus des nappes alluviales et des sables éoliens.

8Ainsi aux étagements nés de l'altitude et qui vont des milieux froids de la haute montagne tropicale à la forêt amazonienne se juxtaposent les oppositions climatiques particulièrement tranchées sur les piémonts.

B) LA MISE EN PLACE DES VOLUMES ROCHEUX ESSAI D'UNE COUPE STRUCTURALE DES ANDES

9Du Pacifique au pied de la grande flexure orientale, la largeur des Andes, à la latitude de Lima, est de 200 à 240 km. Elles se présentent comme un immense voussoir couronné d'aplanissements. Les hautes surfaces modérément ondulées sont elles-mêmes rehaussées de montagnes dépassant 5000 m. La flèche du voussoir est partout supérieure à 3000 m. La flexure orientale ploie les crêtes de 4000 m à 1000 m en une trentaine de kilomètres au-dessus des collines et de l'immense plaine amazonienne.

10Les fosses océaniques sont parallèles aux chaînons de la Cordillère Occidentale. La côte, dont l'orientation au NNW est la même que celle du volume montagneux, est située sur un palier séparant les grandes dénivellations tant terrestres qu'océaniques. A l'Ouest de Lima, les sondages montrent un relief sous-marin dont le profil est en quelque sorte le négatif de celui que l'on peut tracer du rivage aux plateaux andins.

11Il s'agit donc d'une haute montagne tropicale entre le désert côtier et l'immense plaine forestière amazonienne. En survolant la chaîne à la latitude de Lima on remarque l'extension des plateaux et des surfaces modérément ondulées, creusés de vallées et de bassins, dominés par des cordillères orientées et des sommets isolés. Cependant les plateaux sont moins larges, moins régulièrement aplanis que dans le Sud du Pérou où les recouvrements de laves sont très importants, ou qu'en Bolivie où les témoignages d'un ou de plusieurs aplanissements sont mieux marqués ou mieux conservés sur les plateaux.

12Les Andes péruviennes sont un des éléments de la grande chaîne pacifique qui se dresse à l'Ouest des continents américains. Leur histoire est celle d'une frange au contact des croûtes continentales et des croûtes océaniques. Il est probable que le « manteau » qui se trouve à une faible profondeur sous les grandes cuvettes océaniques, à l'Ouest des fosses, s'abaisse sous le volume montagneux andin par suite du gonflement de la racine sialique. Il semble possible de reprendre pour les Andes sous la latitude de Lima, mais en l'adaptant à ce que l'on connaît de l'architecture de ces montagnes, le schéma de Glangeaud (72) sur les « chaînes monoliminaires de type pacifique ». Des recherches géophysiques seront nécessaires pour confirmer et pour préciser ce qui n'est encore qu'une féconde hypothèse de travail.

13L'histoire des Andes montre les créations d'arcs insulaires successifs se « cratonisant » progressivement et donnant finalement une chaîne bordière soudée au continent. La formation des grands volumes montagneux en bordure du Pacifique est probablement liée à un épaississement du sial repoussé vers l'ENE par la masse océanique simique (Stille, 143). Ce gonflement sialique s'est accompagné de l'enfoncement des fosses pacifiques qui sont profondes, étroites, mais discontinues. Elles sont en effet coupées au large de Marcona, à 500 km au Sud de Lima, par une ride océanique perpendiculaire au continent (Ruegg, 133). Ce relief sous-marin, analogue à celui du Pacifique dans l'hémisphère Nord, serait le témoin d'une structure préandine armée de gneiss et de granites, peut-être précambrienne ou du Paléozoïque inférieur (figure 1).

14Entre le bouclier brésilien et les Andes, la grande plaine amazonienne indique une subsidence qui s'est effectuée selon deux directions. L'une est parallèle à l'arc andin ; l'autre recoupe d'Est en Ouest le continent à la latitude du coude équatorien et sépare les boucliers brésilien et guyanais. Si des rajustements tectoniques peuvent être notés encore actuellement dans le piémont et la plaine, les profondes subsidences et les grands remblaiements se sont arrêtés à la fin du dépôt des grès rouges qui caractérisent une sédimentation surtout continentale et principalement éogène.

1) Esquisse de l'histoire géologique

15Dans ses grandes lignes, l'histoire des Andes paraît assez simple et les unités structurales sont larges et continues (Gerth, 70 et 71 ; Harrison, 78 ; Jenks, 92 ; Steinmann, 141 ; Stille, 142 et 143). Une question doit cependant être posée : dans quelle mesure cette apparente simplicité reflète-t-elle la réalité géologique ou bien dans quelle mesure n'est-elle que le résultat d'une vision erronée, basée sur des connaissances encore très fragmentaires et incomplètes ? Ce type de question se pose souvent dans des régions comme les Andes où la géologie comme la géomorphologie en sont encore au stade du défrichement.

16Au Paléozoïque inférieur et peut-être même dès la fin du Précambrien, un vaste géosynclinal se creuse à l'Ouest du bouclier brésilien et se remplit de pélites sur plusieurs milliers de mètres d'épaisseur. Ces pélites se transforment en schistes et en phyllades lors des plissements et pendant la montée des batholites. A la fin du Paléozoïque inférieur naît à l'Ouest du géosynclinal une cordillère formée de volcans rhyolitiques et caractérisée par une sédimentation épicontinentale sur les bordures. Une phase de plissement peut-être calédonienne réduit la largeur du géosynclinal. Au Paléozoïque supérieur, des arcs insulaires externes jalonnent un système de cordillères plus ou moins bien formées.

17Le Paléozoïque comprend des schistes et des phyllades, localement armées de granites, des masses discontinues de laves et de brèches volcaniques interstratifiées de bancs de grès, de lentilles calcaires et de schistes. Plissé et broyé au cours des différentes phases orogéniques, ce matériel est parfois plus souple que sa couverture, surtout lorsque celle-ci est formée par de puissants bancs de calcaires massifs.

18Au Trias et au Jurassique, sur l'emplacement de la côte actuelle, la construction d'une guirlande insulaire s'accompagne sur ses bordures de la sédimentation de dépôts gréseux interstratifiés de laves andésitiques. A l'Est, des séries calcaires se déposent dans un large bassin épicontinental. Elles comprennent des calcaires du Trias et du Jurassique supérieur séparés par des marnes et des schistes du Lias.

Fig. 1. — Coupe structurale des Andes.
(1) séries paléozoïques plus ou moins métamorphisées et « plutons » granitiques ; (2) batholites granitiques récents (Secondaire et Tertiaire) ; (3) dépôts tertiaires continentaux non métamorphisés ; (4) séries secondaires sédimentaires et volcaniques ; (5) laves tertiaires.
L = Lima ; S. B = San Bartolomé ; V = Viso ; C = Casapalca ; Y = Yauli ; La O = La Oroya ; T = Tama ; M = La Merced.

19Au Crétacé inférieur, la sédimentation est surtout gréseuse. Au Crétacé moyen, le géanticlinal du Marañon, au cœur paléozoïque, rejoue. Il est bordé par deux secteurs subsidents. La cuvette orientale reçoit des sédiments d'origine surtout continentale qui forment des grès ; les transgressions marines devenant de plus en plus fréquentes en fin de cycle, des schistes et des calcaires se déposent. Le bassin occidental se remplit de grauwackes, de schistes et de roches volcaniques (Wilson, 164). Au Crétacé moyen également, les plissements localisés précèdent probablement le début de la mise en place du batholite côtier.

20La bordure occidentale, dans la seconde partie du Crétacé probablement, se « granitise » ; les « granites » se succèdent par ordre d'acidité croissante (d'après de Booy et Egeler, 11 et 12). Le passage aux diorites s'effectue quand le magma monte dans des volumes andésitiques ou que la diffusion s'effectue dans des grès poreux, où l'on constate la « feldspathisation » de la roche en place. Il est probable que la présence de roches à deux temps de consolidation observées à proximité du toit est liée à un refroidissement rapide du magma sous une faible profondeur.

21Au Crétacé supérieur, tandis que les granites continuent de se mettre en place dans la frange pacifique, une phase généralisée de plissements (phase péruvienne de Steinmann, contemporaine des plissements laramiens d'Amérique du Nord) donne à l'Est du batholite des dômes allongés et des cuvettes. La subsidence dans ces bassins continentaux se poursuit de la fin du Crétacé à l'Oligocène et s'accompagne du dépôt des couches rouges (pélites, grès à grains fins, conglomérats et bancs calcaires discontinus). La sédimentation rouge se situe sur une grande partie de l'emplacement actuel des Andes et dans l'immense gouttière amazonienne où ces dépôts sont plus épais (Ruegg, 126, Koch, 98). Elle s'effectue dans un milieu tropical chaud, marqué par l'existence d'une saison sèche et d'une saison humide.

22Au Miocène, sur l'emplacement de la Cordillère Occidentale et des plateaux du centre, des émissions de laves et de cendres dacitiques et andésitiques accompagnées et suivies de la montée de stocks intrusifs, signalent une phase de détente.

23A la fin du Miocène et au début du Pliocène (phase « incaïque » de Steinmann, qui serait alors pontienne), une phase de compression particulièrement importante à l'Est du batholite pacifique entraîne la formation des chaînons orientés de la Cordillère Occidentale qui se disposent en échelons, décalés les uns par rapport aux autres le long de failles de décrochement (Harrison, 77, 78, et 79). Ces mouvements tangentiels précèdent et accompagnent peut-être le soulèvement à grand rayon de courbure (phase « quetchua » de Steinmann, 141) qui individualise vigoureusement les Andes et confère à ces montagnes un volume qu'elles n'ont probablement jamais atteint auparavant.

24Ce soulèvement réunit les zones « internes » et « externes », également granitisées, mais à des périodes très différentes.

25Le plissement et le soulèvement de l'ensemble andin s'accompagnent au centre du voussoir d'effondrements en coin, parfois comprimés, ainsi que du gondolement négatif, à moyen rayon de courbure de la surface culminante. Ces affaissements de la voûte andine donnent naissance à des dépressions intra-andines. Ces secteurs en creux, qui se relaient au Pérou de l'altiplano du lac Titicaca au sillon du Marañon, se disposent souvent le long d'anciennes lignes de faiblesse qui rejouent au centre du volume montagneux. Dans les Andes centrales, des épanchements rhyolitiques et des ignimbrites marquent la fin des activités volcaniques et du cycle orogénique (Stille, 143).

Fig. 2 (ci-contre). — Croquis géologique de l'ensemble des Andes péruviennes.
(1) Paléozoïque percé de batholites granitiques ; (2) séries mésozoïques ; (3) batholites mésozoïques et cénozoïques ; (4) séries cénozoïques (sédimentation marine) ; (5) épanchements volcaniques de la fin du Tertiaire et du Quaternaire ; (6) formations détritiques quaternaires ; (7) grandes flexures ; (8) fosses océaniques ; (9) ride océanique ; (10) rebord du grand talus continental.
Ch = Chiclayo ; CP = Cerro de Pasco ; L = Lima ; H = Huancayo ; C = Cuzco ; Po = Pisco.

26Le soulèvement andin est suivi, à l'Ouest de Lima, de l'affaissement du bourrelet paléozoïque côtier, qui forme une plate-forme continentale limitée par une ligne de faille sismique et rectiligne dominant la fosse océanique.

27Au cours du Tertiaire, entre des phases de mouvements, plus continues dans certaines régions comme celles des chaînons de la Cordillère Occidentale, une ou des surfaces d'aplanissement s'élaborent ; leurs traces se conservent dans les roches résistantes du Paléozoïque et du Mésozoïque. La « surface de la puna » (I. Bowman, 14) est l'une des caractéristiques de la morphologie andine. Dans le Sud du Pérou elle a été plombée par des laves de la fin du Tertiaire et du Quaternaire.

28Pendant le Quaternaire, des mouvements tectoniques se poursuivent localement. Ils peuvent s'accompagner dans le Sud du Pérou d'éruptions volcaniques et d'épanchements de laves. Au Quaternaire et au Récent, des plages se soulèvent au Sud de Pisco tandis que dans la région de Chiclayo-Lambayeque un bassin subsident est comblé par les sédiments arrachés à la montagne. Mais le mobilisme structural n'est pas visible partout. Dans le secteur central de la côte, proche de Lima, les mouvements tectoniques d'ensemble sont difficilement perceptibles. Il en est de même dans les Andes où des grands ensembles de la montagne paraissent rester stables tandis que d'autres se soulèvent ou s'effondrent.

29Ces quelques remarques en guise d'introduction à la connaissance de la chaîne et ce schéma, cursif et provisoire, de l'histoire andine, permettent de préciser les grands traits structuraux à la latitude de Lima et d'en délimiter les grands ensembles (figure 2).

2) Les ensembles structuraux

30Depuis le Paléozoïque inférieur, les grands axes de la structure sont restés, dans l'ensemble, parallèles et ont une direction assez constante SSE-NNW. Cette orientation n'exclut pas des inflexions de direction, comme probablement au Nord de Trujillo. Elle n'empêche pas les décrochements et les accidents transversaux de première grandeur comme celui qui tord les Andes, de Cuzco à Pisco. Dans le Nord du pays, à partir du col de Porculla (passage le plus bas des Andes, modelé dans un secteur particulièrement affaibli par un intense broyage) les structures changent et annoncent déjà les Andes équatoriennes.

31De l'Amazonie au Pacifique, les grands ensembles structuraux suivants se succèdent :

  • A l'Est, les séries surtout schisteuses, du Paléozoïque inférieur, percées de granite, sont violemment plissées. Ployées par la flexure, elles dominent un avant-pays amazonien dont le style structural se caractérise par l'alternance de larges bassins à fond plat, remplis de couches rouges éogènes qui s'étalent entre des anticlinaux orientés, étroits et cassés, déversés vers l'Est et où affleurent des roches mésozoïques.
  • Au centre des Andes, les plateaux et les bassins sont rehaussés, à l'Est, par des massifs discontinus, sculptés dans des roches granitiques et métamorphiques du Paléozoïque. Ils sont dominés à l'Ouest par des chaînons, serrés entre de grandes failles plates de compression. Les plateaux sont modelés d'une part dans des anticlinoriums où affleurent des séries primaires, peu granitisées et assez souples, de l'autre dans des synclinoriums où les séries de la couverture secondaire, cassante là où le Trias est épais, sont localement recouvertes à l'Ouest du Mantaro par des couches rouges éogènes et des laves et cendres plus tardives. Les sommets des croupes sont recoupés par la « surface de la puna ». Ces plateaux sont drainés par le Mantaro. La rivière, entre l'altiplano de Junin et le bassin de Huancayo, cuvettes intra-andines qui signalent probablement un gauchissement négatif de l'aplanissement de la « puna », emprunte une gouttière structurale dissymétrique qu'elle suit plus ou moins fidèlement.
  • A l'Ouest, la ligne de partage des eaux correspond entre le 11e et le 12e degrés de latitude sud aux chaînons orientés du SSE au NNW. Entre la Cordillère Occidentale et le Pacifique, une couverture volcanique tertiaire, plissée à proximité des reliefs orientés, revêt les couches rouges éogènes à Casapalca et recouvre en discordance les séries volcaniques et sédimentaires mésozoïques qui bordent l'Est du batholite. Ces séries, vigoureusement plissées, apparaissent grâce aux coupures profondes des vallées. Les granites sont parfois recouverts par les laves tertiaires. A l'Ouest du batholite, les couches mésozoïques sont modérément plissées ; en revanche elles sont intensément fracturées à l'échelle du mètre et du centimètre. Les volumes rocheux forment en plan, une série de grands losanges, délimités par des failles de décrochements, dirigées obliquement à l'orientation de la chaîne. Le broyage des roches, élément original de la géologie andine dont les conséquences sont importantes pour la morphologie, est particulièrement intense le long des décrochements et dans les charnières des grandes flexures pliocènes. Il a permis le jeu souple du matériel qui s'est ployé sans former d'escarpements de faille. L'absence de grands reliefs de failles, visibles sur le terrain, autour de Lima, est un élément qui différencie le paysage de cette région contrairement au Sud du Pérou où des escarpements de faille sont parfaitement nets.

C) LES GRANDS TRAITS DU CLIMAT ET LES MILIEUX BIOCLIMATIQUES

32L'orientation NNW-SSE des volumes montagneux andins qui, entre le 8e et le.18edegré de latitude Sud ne s'abaissent guère en dessous de 4600 m, leur position en bordure du Pacifique à l'Ouest du continent, modifient la circulation atmosphérique générale et contribuent à multiplier les types de climats et les milieux qui en dépendent.

1) Les mécanismes généraux des climats

33La barrière andine, dressée à l'Ouest du continent, perturbe le mouvement des masses d'air et coupe les hautes cellules subtropicales. La côte pacifique est sous la dépendance de la grande cellule anticyclonale subtropicale et de ses balancements saisonniers qui suivent le mouvement apparent du soleil. La plaine amazonienne au Pérou a sa pluviosité rythmée par l'avance et le recul des basses pressions équatoriales au Sud de l'Equateur.

a) LA CÔTE.

34En raison de la circulation plus vigoureuse des « westerlies » dans l'hémisphère Sud, activée par l'influence des masses froides de l'Antarctique et dont la force n'est pas réduite par le frottement à la surface des continents, les axes longitudinaux des hautes pressions à l'Est du Pacifique se rapprochent davantage de l'Equateur que ceux des anticyclones de l'hémisphère boréal. Ainsi la zone des basses pressions thermiques et de convergence des vents se trouve sur le Pacifique centrée toute l'année au Nord de l'Equateur. Ceci explique, en partie, la remarquable dissymétrie de la pluviosité entre la façade pacifique de la Colombie qui reçoit des précipitations qui sont parmi les plus abondantes du monde et l'aridité de la côte péruvienne. Nulle part à la surface du globe il n'existe de désert côtier d'une pareille longueur en latitude, s'étirant du 3e au 30e degré de latitude sud, mais dont les transitions sur les marges soient aussi rapides avec les régions plus arrosées du Nord et du Sud (Trewartha, 149).

35Les balancements de l'anticyclone déterminent le jeu saisonnier de la côte. En juillet l'anticyclone, se déplaçant vers le Nord, se rapproche du littoral. Les alizés qui en sont issus poussent vers la côte la grande houle qui contribue à modeler les formes littorales. Les vents viennent en majeure partie des secteurs Sud et SE. Sous leur influence, les masses d'eaux superficielles se déplacent du Sud vers le Nord ; elles ont de basses températures de surface. La force de Coriolis, diminuée mais non supprimée aux latitudes intertropicales, fait dévier le courant océanique légèrement à gauche des vents dominants. La lente dérive des eaux qui s'éloignent du rivage forme le courant de Humboldt ou courant péruvien (Schweigger, 138). Cet éloignement des eaux se produit entre 50 et 70 milles au large ; il est compensé près de la côte par la remontée des eaux froides venant des couches situées entre 50 et 300 m de profondeur. Ces eaux, en arrivant en surface près du littoral, sont de 5 à 8° plus fraîches que celles que l'on rencontre habituellement sous ces latitudes. La température des eaux superficielles augmente progressivement vers le large (Schweigger, 136).

36La couche de stratus qui couvre presque en permanence la côte centrale entre mai et novembre est liée à l'existence d'une forte inversion thermique entre 600 et 800 m d'altitude. Cette inversion est la conséquence de la vigoureuse subsidence de l'anticyclone sur sa bordure orientale. L'air venant de la mer se refroidit au contact des eaux plus fraîches qui affleurent près du littoral ; en se refroidissant, l'humidité de l'air se condense mais l'inversion thermique bloque la convection au-dessus de 800 m. Cependant la turbulence au sol, due en partie au jeu des brises de mer et de terre déterminées par les variations de températures entre les surfaces de l'océan et du continent, empêche le brouillard de couvrir trop fréquemment le sol, sauf parfois le soir et le matin. Certains versants, tournés vers la mer, et situés entre 300 et 800 m, baignent dans la brume plusieurs jours de suite entre juin et octobre. Aussi si les véritables pluies sont exceptionnelles, les « bruines » ou « garuas » constituent l'une des caractéristiques du climat côtier.

37En janvier, l'anticyclone s'éloigne de la côte ; les vents sont plus faibles et la houle diminue d'amplitude ; le mouvement des masses d'eau superficielles est ralenti. La subsidence de la bordure orientale de l'anticyclone s'atténue et peut même disparaître près de la côte entraînant avec elle la disparition de la couverture de stratus. Le littoral est alors chaud et ensoleillé. Cependant, certaines années où la circulation des eaux vers le NNE s'affaiblit, des masses d'eaux équatoriales, plus chaudes et salées qui viennent de l'hémisphère Nord, se glissent le long de la côte en direction du Sud. Ces venues sont généralement en rapport avec un affaiblissement exceptionnel du dynamisme des hautes pressions qui permet le passage dans l'hémisphère Sud des basses pressions équatoriales. L'arrivée des eaux chaudes déplace vers le large les eaux froides et peut même entraîner la diminution et la disparition de leur flux. Ces « descentes » d'eaux équatoriales restent exceptionnelles au Sud du 6e degré, tout au moins actuellement. La coïncidence de ces venues d'eaux chaudes avec les fêtes de la Nativité a fait baptiser ce courant temporaire et inhabituel du nom de « Niño ». Son arrivée s'accompagne de perturbations climatiques brutales. Des pluies s'abattent alors sur la côte comme ce fut le cas à Trujillo en 1925 ; l'équilibre biologique de la pellicule superficielle de l'océan, bien oxygénée et qui grouille de vie, est modifié. Les bancs de poissons vivant...