LES ARTS MARTIAUX AUJOURD'HUI

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L'auteur dresse un bilan sur les cinquante ans d'évolution des Arts Martiaux en France autour de trois questions : La première est de se demander ce que nous avons fait des Arts martiaux. Cette question concerne la façon dont nous sommes passés du Bujutsu, " technique de combat ", au Budo, " voie du combat " devenue philosophie de l'existence. La seconde ce que les arts martiaux ont fait de nous nous a permis d'insister sur les conséquences d'une véritable idéologie de la corporéité. Enfin, la troisième, que pouvons nous faire ensemble, conduit à questionner les arts martiaux comme un possible nouveau New-Age.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782296268135
Nombre de pages : 337
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FLORENCE BRAUNSTEIN
LES ARTS MARTIAUX
AUJOURD'HUI:
ETAT DES LIEUX
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALlEPour Gérard Solnitzki (dit Nicolas Bréhal) ~, mon
ami de toujours et pour toujours parce que la vie comme les
Arts Martiaux nous apprennent que:
« Lorsque couchés sur le lit tiède de la mort
Tous les bijoux ôtés avec les oeuvres
Tous les paysages décomposés
Tous les ciels noirs et tous les livres brûlés
Enfin nous approcherons avec majesté de
nous-mêmes ».
Jouve, P. J., Oeuvres complètes, Paris, Mercure de France,
1987,1.1, Les Noces, p. 190.
@L'Hannatlan,2001
ISBN: 2-7475-1355-6Du même auteur
o Guide de culture générale, en collab. avec J.-F. Pépin, éd.
Ellipses, 1990, 280 pages.
o Les grandes doctrines, en collab. avec J.-F. Pépin, éd.
Elli pses, 1992, 240 pages.
o Guide de préparation aux épreuves littéraires, éd.
Ellipses, 1992, 80 pages.
o L'homme en question, en collab. avec J.-F. Pépin, éd.
Ellipses, 1992, 240 pages.
o Notion de culture générale pour Lycée, en collab. avec J.-
F. Pépin, éd. Ellipses, 1993, 220 pages.
o Les grands mythes fondateurs, en collab. avec J.-F. Pépin,
éd. Ellipses, 1994, 220 pages.
o Les racines de la culture occidentale, en collab. avec J.-F.
Pépin, éd. Ellipses, 1994.
o Panorama de la littérature mondiale, éd. Ellipses" 1994,
240 pages.
o Les civilisations oubliées, en collab. avec J.-F. Pépin, éd.
Ellipses, 1995, 176 pages.
o Histoire de civilisations, éd. Ellipses, 1995, 220 pages.
Prix du centre national du livre et du ministère de la
culture.
o Le roi Scorpion, roman, Mercure de France, 1995,220
pages.
o L'héritage de la pensée grecque et latine, en collab. avec
J.-F. Pépin, éd. Armand Colin, 1996.
o Humain, Inhumain, thème des Math sup. et spé, éd.
Armand Colin, 1997.o Culture pour tous, en coli ab. avec J.-F. Pépin, éd. Ellipses,
1997.
o El rey escorpion, ed. Apostrofe, colI. Novela Historica,
Barcelone, 1997.
o Les grandes idéologies, en collab. avec J.-F. Pépin, éd.
Vuibert_ 1998
o La place du corps dans la culture occidentale, PUF,
1999.
o Encyclopaedia Universalis, articles de littérature pour la
Médiathèque.
o Création, vie et mort des religions: l'exemple des
peuples du Livre, L'Harmattan, à paraître 2001.
Sur les Arts Martiaux:
o «Pour une philosophie des Arts Martiaux », in Arts
Martiaux et Sports de Combat, Cahiers de l'INSEP, 1995.
o Penser les Arts Martiaux, PUF, 1999.
o «Samouraïs et Sciences cognitives: la rencontre
er congrès mondial des Arts Martiaux,nécessaire », 1
Université de Picardie Jules Verne, avril 2000.
o «Bushi' s body: Gestual symbolization and Martial
efficiency», 1st international di Karate, Bologne, Oct. 2000.
o Arts Martiaux et spiritualité, Lumière sur la voie
bouddhique de l'Eveil du bouddhisme, Connaissance des
religions, 61-64,janvier-décembre 2000, ed. L'Harmattan.Volte face en guise d'introduction 9
Approche méthodologique 19
Du premier regard... aux premières interrogations_22
1. Le Japon redécouvre ses Arls Martiaux _22
2. Les conséquences en France 43
3. Un nouveau regard 49
Analyser les Arts Martiaux sur cinquante ans 53
4. Historique des questions 53
5. L'évolution des méthodes 60
6. Evolution des questions 63
Qu'est-ce que nous avons fait des Arts Martiaux? 79
Démystification et démythification 82
7. Définir les Arts Martiaux 82
8. L'apport des sciences humaines et des
106sciences cognitives
A priori, préjugés and co 1171179. Le poids des structures sociales
13010. L'idéalisation du Bushidô
Il. de la stratégie et de
139l'effzcacité
12. La dérive occidentale: sport, violence et
spectacle 161
183Qu'est-ce que les Arts Martiaux ontfait de nous?
Une image de soi à tout prix 185
18513. D'abord un corps
18914. Les distorsions
15. Effort et auto-contrainte 193
19616. Individualisme et Arts Martiaux
Motivations et désirs d'être 202
17. Motivations et structures sociales 202
18. Les motivations en France et au Japon_206
19.Lesstatist~uesetnous 212
Des myst~ues en quête d'extase? 220
20. Les Arts Martiaux, un New Age? 225
21. L'attirance du chamanisme, le succès des
Ninja 231
22. Lafascination de Shaolin 245
23. Les stéréotypes du discours sur le sacré _251
6Que pouvons-nous faire ensemble? 261
Le rôle des maîtres, des fédérations 264
24. Maîtres à maîtriser? 264
25. Fédérations à fédérer? 277
Techniques de conscience et de transformation
du sujet 284
26. L'imporlance du Hara et du Hara-gei dans
les Arts Martiaux 284
27. L'utilisation marliale du Haragei 290
28. Le centre et le souffle comme techniques
de soi 295
Conclusion 303
Tableau historique et culturel de la Chine 309
Tableau historique et culturel du Japon 317
Liste des termes spécifiques 321
Index Thématique 329
Bibliographie 335
7Volte face en guise
d'introduction
Avec son presque million de pratiquants, son demi
siècle d'existence en France, il est grand temps que les Arts
Martiaux commencent à se penser autrement, à se penser
contre eux-mêmes pour se comprendre au-delà de la simple
et trop évidente dénomination de «techniques de combat
asiatique ».
Soyons clairs. « Se penser contre eux-mêmes» ne veut
pas dire fournir des éléments de réflexion pour en
démontrer le contraire en restant sur un terrain d'opposition
où le conflit se résorbe de la même façon qu'il s'est
engendré. Cela signifie se donner les moyens d'aller au-
delà des vIsIons monistes et réductrices suscitées
jusqu'alors.
Cela signifie se penser à fond diachroniquement et
synchroniquement, jusqu'aux racines en fouillant le fond
jusqu'au lieu de leur enracinement. Cela signifie aussi saisir
la signification de leur implantation au sein de notre culture.
La première difficulté réside dans le fait que lors de
tout rempotage, il y a toujours du terreau et des racines de
perdus. L'assimilation, l'acculturation, l'intégration restent
avant tout des phénomènes de rééquilibrage. Encompensation, les Arts Martiaux avec leur entrée dans le
monde du sport, du spectacle, de la chorégraphie se sont
chargés de plus en plus de sens qu'ils n'avaient pas à
l'origine. Si nous les avons d'abord envisagés d'une façon
qui peut aujourd'hui nous sembler trop réductrice, ce fut
pour nous rendre familier ce qui nous semblait étranger,
trop éloigné de nous.
Ainsi, pendant longtemps les Arts Martiaux ont été
évoqués en assouvissant un rêve oecuménique, celui de
soustraire à chacune de leurs disciplines leur particularisme,
en les recouvrant d'un universalisme uniforme, à défaut de
les montrer unies, même tissées rapidement à partir de
quelques fils directeurs ou dénominateurs communs.
Ce n'est pas faute d'avoir intéressé les chercheurs, bien
au contraire. Les sciences exactes, la médecine, la biologie,
les neurosciences en ont exploré tous les aspects
physiologiques, psychologiques. Leurs études ont
indéniablement montré comment devenir plus performant,
plus précis, plus efficace grâce aux technologies modernes.
Seulement, celles-ci ont fait du pratiquant d'Arts
Martiaux, une hypothèse secondaire et de son corps un lieu
d'évaluations, de mensurations, de données mathématiques,
parce que fait de trop de symboles et pas assez de chair.
Une vision réductrice et floue du sujet
A la suite de cela, ils ont été réduits au pire à de simples
performances motrices, aux mieux à quelques techniques
10guerrières. En somme, nous avons du sujet, aujourd'hui,
une vue aussi nette que peut l'être un strabisme divergent,
c'est-à-dire qui centrerait sa réflexion sur ses contours
flous et non sur son milieu. Il s'en faut de peu même, que,
ce que nous ne comprenons des Arts Martiaux ne rappelle
l'anecdote du sauvage qui va à la messe, qui faisait écrire à
Sartre dans la Nausée, « tous les matins à la même heure,
un homme seul boit un verre de vin devant des femmes à
genoux» ! !
Si nous sommes arrivés à ce seuil critique
d'incompréhension, c'est que pendant longtemps, il a été
facile pour beaucoup d'entre-nous de pratiquer les Arts
Martiaux, sans même nous poser les questions les plus
élémentaires, à savoir au moins, celles de se demander, si
nous étions en train de devenir des sportifs de la guerre ou
des guerriers du sport. Si cette situation a évolué un peu,
c'est grâce aussi à l'intérêt porté depuis quelques années
pour l'aspect historique de ces techniques de combat, de
leurs écoles et la biographie de leurs maîtres.
Mais cela n'a toujours pas résolu notre question de
comprendre ce que nous avons fait des Arts Martiaux,
autrement dit de cerner la façon dont nous les avons
dénaturés, ce que nous ferons dans la première partie de ce
travail.
IlLa dénaturation du sujet
Cela suppose un retour aux sources. Leur redécouverte
au Japon, à la fin du XIXe, et au début du XXe siècles
constitue la première amorce d'une transformation de ces
techniques de combat en mode de vie. Leur introduction en
France dans les années cinquante, avec un coup d'essai au
début du siècle pour le Jûjutsu et le Jûdô en constitue la
seconde. Se demander, quelles sont les transformations qui
ont contribué à en faire de véritables phénomènes de société,
nécessite d'expliciter aussi l'attitude de ses adeptes.
Recherchent-ils véritablement l'efficacité de ces techniques
de survie, ou se contentent-ils d'un retour à la fratrie, d'un
compagnonnage revu et corrigé?
Les Arts Martiaux ont été sur-idéalisés par les médias,
les entreprises, les pratiquants et ce souvent d'une façon
malsaine. Le spectre de Mishima hante encore les Tatami.
Mais qu'importe, le rêve seul compte. C'est pourquoi
les Arts Martiaux font vendre de tout: du spectacle, des
journaux, des vidéos, des sites internet, des Dan, des
Menkyo, des maîtres, des images de maîtres...
Bref, ils soulèvent à eux seuls une vraie tempête sociale,
mais malheureusement une tempête, c'est aussi beaucoup
de vent. Les Arts Martiaux ont profité dans notre société de
l'engouement pour les techniques corporelles dans leur
sens large. Leur place sans cesse grandissante dans le
12système éducatif a fait qu'elles ont détrôné depuis
longtemps le grec et le latin.
Action et extraversion
Et que devient le pratiquant face à tout cela? Nous
arrivons à la deuxième partie de notre état des lieux:
Qu'est-ce que les Arts Martiaux ont fait de nous? La
banalisation de l'individu au sein de notre société est, sans
doute, le fait le plus marquant de notre époque. Par contre-
coup, seule l'extraversion y est valorisée. L'action, le désir
d'efficacité se sont imposés non seulement comme des
qualités valorisantes mais aussi déterminantes. Les Arts
Martiaux offrent en ce sens une réponse positive pour ce
type de demande.
Ne pouvant toujours faire face à ce que la société attend
de lui, l'individu se réfugie dans une fuite en avant, parce
qu'il ne se supporte pas plus que ne le font les autres.
La banalisation de ses actes a suivi le même chemin que
la désymbolisation. Maintenant, la Laitière de Vermeer fait
vendre des yaourts. C'est pourquoi, aussi, le corps a été
déifié. Depuis longtemps, le médecin a remplacé le prêtre et
c'est bien connu un corps sain va avec une âme saine... La
conséquence en est que nous avons deux corps parce que
notre origine culturelle est double.
Des Romains, nous avons reçu un corps matérialiste
« que l'on a » et que l'on habite, des Grecs, un corps « que
l'on est ». La modernité par le biais de la désymbolisation a
fait du corps le fossoyeur de l'âme. Nous le traitons
13maintenant comme une machine à rentabiliser les efforts. Le
pratiquant d'Arts Martiaux a suivi en cela l'évolution du
sportif. Il n'habite même plus son corps, il l'exploite. Ce
dernier est devenu un instrument subordonné pour s' auto-
valoriser, éblouir les autres, bref, une monture à fouetter.
Reconstruire des symboles
Le quantitatif s'impose et comme le déplorait R.
Guenon, « c'est le règne de la quantité» ou « les signes du
temps ». Ainsi, fragmentisé, banalisé, dans beaucoup de cas
le pratiquant préfère se perdre dans une incohérence totale,
dans sa passion plutôt que de perdre celle-ci. Ce qui est
flagrant, c'est qu'à cette exaltation succède la chute d'Icare.
Désespérément à travers les Arts Martiaux, il tente
d'élaborer des rites, des constructions symboliques dont la
société le prive de plus en plus.
Ils lui sont nécessaires, parce que grâce à eux, il
domine, discipline ses instincts, ses pulsions, et ces images
riches et complexes, ces signes constituent des modèles de
vie, des repères de conduite.
Mais les Arts Martiaux ne sont, ni une panacée, ni une
auberge espagnole. Ils ne permettent pas de faire face à
toutes les situations d'agression, et ne structurent pas pour
autant à tout coup la personnalité. Ils ne deviennent pas
systématiquement ce que nous leur apportons.
Il serait fou de les considérer autrement que comme le
lieu d'une micro-société qui ne reproduit pas en
14particularisant certains aspects de la société en général. Tout
ramène, aujourd'hui, I'homme moderne vers le collectif.
Les sociologues parlent de «tribulisation ». Les Arts
Martiaux en sont l'une des expressions. Le besoin de
retrouver un groupe rassure. Il n'y a jamais eu autant de
clubs. Schopenhauer disait que le niveau mental d'un
individu s'abaisse à proportion que le groupe dans lequel il
se trouve augmente. Dont acte...
C'est sans doute pour la même raison que nous
retrouvons aussi de plus en plus de gens attirés par les
systèmes totalitaires. Quand le moi est déficient, c'est le
retour vers le groupe. On préfère alors le meeting, la parade,
le défilé au dialogue. En plus, c'est bien connu marcher au
pas dispense de penser.
Une imaee autosuffisante
Si le pratiquant d'Arts Martiaux ne se remet pas en
cause et pas davantage ce qu'il pratique, c'est souvent que
l'image qu'il a de lui s'autosuffit, s'autosignifie,
s'autojustifie. C'est aussi, parce qu'il trouve rarement une
image valorisante ou intéressante ailleurs. Des maîtres,
pourtant, il y en a ... De toutes les sortes, et pour tous les
goûts: des maîtres gouroux, des maîtres gourés. Chacun
peut y trouver son mètre étalon.
La liste des impostures et des imposteurs est longue.
Les Arts Martiaux n'ont pas échappé à l'un des grands
travers de notre siècle: l'apparence seule, trop présente.
Mais cela nous permet aussi de rendre hommage à tous
15ceux qui en sont d'authentiques, et qui n'ont cédé, ni à
l'appât du gain, ni du pseudo pouvoir, ou de la ficelle au
képi.
Nous n'oublierons pas dans notre cahier de doléances,
les Fédérations, sources de revendications et de critiques
sans cesse grandissantes de la part de leurs membres, qui
grâce à eux d'ailleurs sont devenues au cours des années, à
la fois, le Mur des lamentations et le Pont des soupirs.
Enfin, Que peux-t-on encore faire ensemble sera la
dernière de nos interrogations. Dans toute société,
l'ensemble de notre comportement dépend de l'harmonie et
de l'équilibre qui y règnent. Si elle se trouve menacée, il
devient nécessaire de créer de nouvelles normes, de
nouveaux codes, issus d'anciens ou de nouveaux savoirs.
D'où une crise des valeurs qui traduit une surenchère de
celles-ci. Nous nous accrochons désespérément à des
manières très imprégnées de concepts fixistes du passé et
nous voyons généralement en tout changement une
infraction, en toute évolution une décadence. Le fait de
constater l'apparition de nouvelles disciplines martiales,
chinoises, coréennes, des pratiques de combat ersatz-
melting-pot made in France fait partie de l'évolution
naturelle de toute culture y compris de celle de la culture
martiale. Il ne s'agit pas de critiquer ces nouvelles
techniques d'affrontement mais de comprendre pourquoi
elles apparaissent en grand nombre.
16Ouelle attitude?
Nous avons donc par rapport aux réussites du passé, la
forte tentation d'exagérer ou de minimiser leurs intérêts. Au
fond, tout système cherche dans un passé des valeurs qu'il
réinvente. Ceci nous éclairera, aussi, sur notre façon de
considérer les Arts Martiaux.
Doit-on accepter de voir ceux-ci évoluer, de plus en
plus, dans le sens d'un système éducatif, détenteur de
normes, de valeurs plus adaptées à la violence de notre
société? Doit-on en faire également de nouvelles formes de
thérapie, des techniques de transformation du sujet? Nous
risquons d'aboutir à un paradoxe celui de pratiquer des
Arts Martiaux qui n'en soient plus. Il y a eu des livres sans
auteurs, des auteurs sans livres, pourquoi n'y aurait-il pas
maintenant des pratiquants d'Arts Martiaux sans Arts
Martiaux? Leur destin, sera-t-il de nous créer un monde
vide de sens, un monde ramené à des images de magazine,
un monde qui serait à la fois le reflet d'un réel et le réel,
pourtant, d'un reflet?
En dépit de tous ces doutes, ces critiques, je tiens à
souligner que les Arts Martiaux maintenant, malgré leurs
excès, leurs travers, figurent comme la seule société où j'ai
pu toujours constater que les plus forts viennent aider les
plus faibles. De ce point de vue, il existe une attitude
d'entraide et de fraternité que pourraient leur envier bon
17nombre de sociétés à vocation de philosophico-
humanitariste.
Ne serait-ce que pour cette raison nos Bushi valaient
bien que nous partions en croisade pour eux.
18.Regards et interrogations:
- La redécouverte au Japon des Arts Martiaux.
La notion de personne. La politique du Jûdô de J. Kanô.
Fonction sociale des Arts Martiaux. Leur introduction,
une stratégie?
- La France et les principes corporels nouveaux.
L'énergie. L'unité des techniques. L'unité du corps.
- Nouveauxregards.Imaginationet idée de soi.
.Analyser les Arts Martiaux sur 50 ans:
- Historique des questions. Les années 50. Les
années 75-80. L'évolution des méthodes.
- Préjugés et sciences humaines. L'apport des
sciences humaines. L'espace du corps. Les contraintes
des Kata. Techniques et symbolisme.
Résumé de la démarche Retourner aux
---i
sources pour comprendre ce qu'étaient les Arts Martiaux à
la fin du XIXe siècle et au début du xxe siècle avant leur
arrivée, en France, s'avère nécessaire, si nous voulons saisir
la façon dont nous les avons dénaturés. D'abord, au Japon,
sur leur lieu d'origine où ils furent expurgés de leur
violence. Les grands maîtres fondateurs les envisageaient,
alors, en tant que système éducatif. Ensuite, introduits en
France, ils subissent à nouveau un deuxième remaniement.La possibilité maintenant d'avoir une vue panoramique
sur cinquante ans de pratique en France permet de mieux
saisir la manière dont ils y ont évolué. Leurs modifications
suivent les évolutions parallèlement subies par le corps. De
nouvelles méthodes, un renouveau de questions ont surgi et
qui ne sont pas le seul fait des sciences exactes. Les
SCIences humaines apportent aUSSI de nouvelles
contributions.
Pendant longtemps, les adeptes des Arts Martiaux
n'envisagèrent leurs techniques de combat que selon deux
points de vue radicalement opposés:
- Le premier, laudatif, dans lequel n'était entrevue que
l'efficacité de ces pratiques guerrières extrêmement bien
maîtrisées. Ce regard quelque peu réducteur eut pour
conséquence de ne les envisager qu'en peIformances
motrices, en de simples exercices physiques aptes à la
défense.
- Le second,dépréciatif,les a fait considérer au mieux
comme d'exotiques et complexes théories métaphysico-
philosophiques, au pire, comme de nébuleuses et
évanescentes techniques ascétiques menant à d'apathiques
contemplations.
Cette seconde attitude s'explique, car toute la réputation
des Arts Martiaux s'était bâtie, en Occident depuis le début
du XXe siècle, sur leur pouvoir à permettre de remporter
20n'importe quel combat. Redécouverts, après l'ère Meiji au
Japon, ils ne seront plus envisagés telles de dangereuses
pratiques de combat, mais en tant que techniques de vie,
pacifistes et éducatives.
Les années cinquante constituent les années
d'implantation des premiers Arts Martiaux en France, celles
des années 75 leur développement en nombre et en
disciplines diverses. Celles-ci feront du corps un centre
d'interrogation amenant à considérer la question des
techniques corporelles dans les Arts Martiaux.
21Du premier regard... aux premières
interrogations
1. Le Japon redécouvre ses Arts Martiaux
A la fin du XIXe siècle, tout ce qui était Jutsu,
technique, fut remplacé par les notions de Dô, de Michi, de
voie, ou de quête. L'ensemble des disciplines martiales,
d'Aikijutsu, de Bujutsu, de Jûjutsu, d']aijutsu prirent le nom
d'Aikidô, de Budô, de Jûdô, d' ]aidô.
1868 est une année terrible pour les Arts Martiaux au
Japon, car ce dernier rejette toutes ses traditions ou du
moins en apparence. Les écoles de Jûjutsu disparaissent les
unes après les autres pour laisser place à une approche toute
nouvelle de ces arts de combat.
Kanô Jigorô (1860-1938) intervient, dès 1882, date à
laquelle, il décide de créer son propre Dôjô, sa propre école,
le Kôdôkan. Celle-ci se trouvait près du petit temple
shintoïste d'Eishoji où il avait élu domicile. En 1897, le
gouvernement japonais institue une école nationale de tous
les Arts Martiaux, le Butokukai. Le Jûdô y sera également
enseigné, mais ne se diffusera pas uniformément, car sa
forme guerrière, le Jûjutsu est pratiqué surtout par les
22militaires. Il sera d'ailleurs introduit en Europe avant le
Jûdô, sous le nom de Jiu-jutsu, en Angleterre, mais y sera
assimilé à une sorte de lutte. Il sera introduit en 1906 par
Gunji Koizumi.
En revanche,dès 1902,le Jûdô est importé aux États-
Unis par un Japonais, Yoshiaki Yamashita. Trois ans plus
tard, Guy de Montgaillard tentera, en vain, à Paris d'ouvrir
une salle. Il faudra attendre 1924, pour qu'à Paris, le
premier Dôjô de Kôdôkan tenu par Ishiguro Keishishi soit
ouvert.
Jusqu'en 1932, il n'est pas question de lûjutsu en
France. Mais en 1935, le lûdô y est enseigné par Maître
Mikinosuke Kawaishi. Il lui revient également d'avoir, avant
la seconde guerre mondiale, inventé un système fondé sur
des ceintures de couleur, allant de la blanche, en passant par
la jaune, l'orange, la verte, le bleue, la marron, pour aboutir à
la noire qui permet ainsi d'évaluer les progrès du
pratiquant.
23Courte bibliographie de Kanô Jigorô
Jeune, Jigorô Kanô, petit et chétif, du fait de sa santé
fragile, décida de s'adonner au sport pour développer son
corps. Ce fut d'abord par la pratique de la gymnastique et
du base-bail, sport dont il créa le premier club du Japon,
en 1878. Il ne commença l'étude du Jûjutsu qu'à l'âge
de 17 ans, au moment de son entrée à la faculté de lettres,
avec le maître Hachinosuke Fukuda, au sein de l'école
Tenshin Shinyô-ryu. À la mort du maître, Jigorô Kanô,
entre à l'école Kitô-ryû, où il découvre un principe qui ne
le quittera plus et qui déterminera plus tard sa propre
méthode: minimum d'énergie, maximum d'efficacité ou
comment employer efficacement l'énergie.
Dans le même temps, Jigorô Kanô se procura des
documents originaux d'autres écoles. Il apprit les
techniques du Sumo et redécouvrit l'ancien art des saisies,
le Kumi-Uchi qui aboutira au travail primordial du Kumi-
Kata, en Jûdô.
De toutes ses recherches et études, il fit une synthèse
et décida de créer son propre Dôjô. Ce projet se réalisa,
en 1882, à côté du petit temple shintoïste d'Eisho ji où il
avait élu domicile. Ce Dôjô comptait douze tatami, env.
24 m2 et 9 disciples venaient y étudier dont Shiro Saigô
qui allait bientôt devenir très célèbre. Il nomma cette école
le Kôdôkan1. La réputation de l'école ne tarda pas à se
diffuser. A l'époque, la coutume était de se lancer des
défis entre écoles concurrentes afin de prouver son
efficacité par rapport à l'autre. La plus célèbre rencontre à
laquelle ont participé les élèves du Kôdôkan, est celle
organisée par la préfecture de police de Tokyo. Le
Kôdôkan remporta sa première victoire en 1886: ses
fameux élèves Saïgo et Yoka-Yama s'étaient faits
particulièrement remarquer. De ces victoires et défaites..
1Kodokan signifie « école pour l'étude de la voie ».
24Kanô tira une leçon: il fallait perfectionner le lûdô au sol,
et tout Jûdôka devrait connaître la lutte en position
couchée, aussi bien qu'en station debout.
Les principes du Jûdô étaient maintenant
définitivement établis. D'années en années, le Kodokan
agrandit son Dôjô. Lorsque Kanô entreprit ses premiers
voyages autour du monde et fit connaître le lûdô en
Europe et en Amérique, il confia à ses meilleurs élèves la
direction du Kôdôkan. En 1897, le gouvernement japonais
institue une école nationale de tous les Arts Martiaux, le
Butokukai. Le Jûdô y est aussi enseigné ainsi
qu'officiellement à l'école. Le public ressent le besoin de
retrouver de plus en plus un art de vivre, sobre et
discipliné. La culture du corps et de l'esprit deviennent
une nécessité; le Jûdô semble pouvoir apporter une
réponse satisfaisante à cette demande. Il contribuera ainsi,
par sa valeur interne, à la redécouverte de plusieurs Arts
Martiaux. Dans le secondaire - et même dans le primaire -
le Jûdô fut inscrit au programme des cours.
Kanô mit au point une pédagogie du lûdô: le
Gokyô1, avec l'aide des maîtres Yokoyama Sakujiro,
Nagaoka Hidekatsu et Yamashita Yoshihkia. Les
mouvements dangereux sont éliminés. Le Gokyô sera
complètement révisé, en 1920, par une douzaine des plus
grands maîtres; il restera inchangé jusqu'à nos jours.
En 1909, le Kôdôkan devient institution publique.
C'est à cette époque que les Kata, établis pour le
Butokukai, sont enseignés au Kôdôkan et forment les
premiers fondements du Jûdô : le Nage-no-kata, le Kime-
no-kata et le Katame-no-kata viennent s'ajouter aux Ju- et Itsutsu-no-kata, mis au point en 1887. J. Kanô
mène une brillante carrière universitaire. Son ambition est
d'élever le Jûdô au rang de sport international. Il assiste
aux jeux Olympiques d'Anvers (1920), d'Amsterdam
(1928)" de Berlin (1936)'1et tente de le faire représenter
1 « Cinq principes ». Dans chaque principe, groupe de mouvements
Kyo, ceux-ci sont classés par ordre de difficultés. Le Kyo correspondra,
en Europe, à l'attribution d'une ceinture de couleur.
25aux 12e Jeux Olympiques (1940) au Japon, mais la
guerre s'opposera à leur déroulement, et Kanô mourra en
1938.
Le Japon comptealors près d'un million de Jûdôkas.
"A l'aube de la guerre de 1939 -1945, reniant l'idéal de
Kanô, les dirigeants militaires vont faire du Jûdô un art
belliqueux, mis au service d'un nationalisme étroit.
Grandes dates de la vie de J. Kanô (1860-1938)
18/10/1860 Naissance à Mikage (près de Kobe), de
Jigorô, 3ème fils de Jirosaku Mareshiba
Kanô, intendant naval du shogunat
Tokugawa.
1871 La famille Kano se fixe à Tôkyô.
Jigoro Kano rentre à l'université impériale1877
de Tôkyô.
Il fonde le Kasei Base Ball Club (le1878
premier du Japon), et entre au Tenshin.
1881 Licencié es lettres, il entre au Kitô-ryû.
1882 Il est diplômé en sciences esthétiques et
morales.
Il devient attaché à la maison impériale.1884
Le 7ème rang impérial lui est remis.1885
Avec le 6ème rang impérial - il est aussi1886
promu vice-président au collège des
nobles.
1888 Il obtient le poste de recteur au collège des
nobles
261889-91 Il part en mission en Europe pour le
compte de la Maison Impériale.
1891 II est promu conseiller du ministre de
l'éducation.
1893 D'abord directeur de l'École Normale
Supérieure, il devient secrétaire du ministre
de l'éducation.
1895 Il reçoit le Sème rang impérial.
1899 Il est nommé président du Butokukai,
Centre d'étude des Arts Martiaux.
1902-05 Il accomplit deux missions en Chine.
1905 Il reçoit le 4ème rang impérial.
1909 Il est le premier Japonais membre du
Comité International Olympique.
1911 Président de la fédération sportive (unique)
du Japon.
1912-13 Il accomplit des missions en Europe et en
Amérique.
1916 Il reçoit le 3ème rang impérial.
1920 Il prend sa retraite de fonctionnaire et se
consacre entièrement au Jûdô.
04/05/1938 Il meurt sur le bateau qui le ramenait du
Caire (assemblée générale du C.I.O.); et
reçoit le 2ème rang impérial à titre
osthume.
27Souplesse du corps. Souplesse d'esprit
Le Karate au Japon est définitivement admis dès 1905,
et en 1909, la première école de Kendô s'ouvre à
l'université de Tokyo. Il fallait définitivement civiliser,
sociabiliser les Arts Martiaux, en accord avec l'esprit du
temps, lequel était à la souplesse, au savoir plier, au savoir
accepter sans pour autant céder.
Le Jûdô, la voie de la souplesse, mis au point par Kanô
Jigorô illustre bien ce besoin de passer en ligne directe du
Jûjutsu au Jûdô, des pratiques féodales et guerrières à un art
dont l'ultime but était la maîtrise de l'adversaire sans lui
nuire. Le Japon se devait d'acquérir cette mentalité pour
survivre. Il n'y avait de la part du père fondateur du Jûdô,
aucune visée politique, car il ne participa pas aux luttes du
Japon.
Il désirait voir appliquer en humaniste les bienfaits de
sa discipline aux individus et aux sociétés. C'est pour cette
raison, que lui et M. Uyeshiba mirent davantage l'accent sur
la qualité spirituelle, plus que sur la technique, davantage sur
la motivation que sur la pratique.
Si les Américains qui ont interdit toutes les pratiques
martiales acceptèrent le Jûdô, l'Aikidô ou le Karate, c'est
qu'aucun de ces arts n'utilisait d'arme et à ce titre, ne leur
semblait dangereux. Ainsi, l' Aikidô présentait l'avantage de
rajouter une notion esthétisante à des techniques de guerre.
A la notion de force physique, Maître Uyeshiba opposa
28celle d'énergie. Fondé, comme pour le Jûdô sur la
préhension, l'Aikidô développa, pourtant, beaucoup plus que
lui cette esthétisation des techniques.
Courte bibliographie de Uyeshiba Morihei
Il naquit le 14 décembre 1883 au Japon, à Tanabe.
De constitution fragile, il pratique le Sumo et la natation
très jeune. Il part, en 1901, à Tokyo, et y étudie le Jûjutsu
au Kito-ryu et le Ken-Jutsu au Sin-Kage-ryû. Il s'engage
à l'âge de vingt ans dans un régiment d'infanterie. Mais,
il part à Hokkaido, en 1910, séduit par un projet du
gouvernement pour repeupler cet endroit. Avec sa famille
et un groupe de quatre-vingts personnes, il fonde la ville
de Shiralaki. En 1915, un fait marquant aITive. Il
rencontre Sokaku Takeda, maître de l'école Daitô de
Jûjutsu. Il lui enseignera son art.
Apprenant que son père est malade, il part pour
Tanabe. En route, il entend parler d",e Onisaburo Deguchi
(1871-1948), grand maître de l'Omoto-Kyô1 qui se
trouvait à Ayabe, près de Tokyo. Il rentre dans cette secte
et s'installe à Tanabe. Il y ouvre même un Dôjô pour les
pratiquants de cette religion, le Dôjô Uyeshiba Juku. En
1923, commençant d'être connu, il appelle son art
Aikibujutsu.
En 1924, il suit maître Deguchi en Mongolie pour y
fonder une communauté",utopiste, selon les principes
d'Amour universel de l' Omoto-Kyô. La quête spirituelle
qu'il entreprit repose sur trois visions. La première eut
lieu, en 1925, après avoir gagné un combat contre un
sabreur connu, dans un jardin. Il eut une révélation, celle
de la compréhension de la première fois du monde-t la
I
L'Ômoto Kyô, religion de la grande origine, fut fondé par le prêtre
Deguchi Nao (1836-1918).
29sensation de faire un avec la nature. La seconde se
manifesta, en novembre 1940, alors qu'il était en train de
faire ses purifications, vers deux heures du matin. Il eut
l'impression d'avoir oublié toutes les techniques
martiales apprises. La troisième eut pour cadre la période
de la seconde guerre mondiale. Il eut la vision d'une paix
totale qui devait être l'unique finalité du guerrier.
L'Aikidô lui apparut comme le remède à toute cette
violence, son unique Budô.
Trois ans plus tard, il rentre au Japon et nomme son
art Aïkijutsu. Dès lors, de grands maîtres d'Arts Martiaux
viendront le rencontrer. Jigarô Kanô sera l'un de ceux-là.
Il lui envoie ses meilleurs élèves pour étudier ce qui va
devenir l'Aikidô, en 1942. En 1935, un film documentaire
est réalisé sur l' Aikibudo. Uyeshiba fera de nombreuses
démonstrations qui contribueront à le rendre célèbre. Il
donne des cours à l'académie de Police militaire. En
1948, les Américains qui ont interdit toutes les pratiques
martiales au Japon autorisent l'enseignement de l'Aikidô.
L'Aïkikaifondation sera officiellement ouverte le 9 février,
dirigée par son troisième fils Kishomaru Uyeshiba.
Maît~eTohei, lOème Dan sera envoyé pour l'enseigner
aux Etats-Unis.
L'Aikidô se présente comme le moyen d'ajouter une
notion esthétjsante à des techniques de guerre
« civilisées ». A la notion de force physique, Uyeshiba va
opposer celle d'énergie. Fondée, comme pour le Jûdô sur
la préhension, l'Aikidô va développer, pourtant, beaucoup
plus que lui cette esthétisation des techniques. Il se définit
dès l'origine comme se refusant« d'opposer la violence à
la violence» 1.En fait, c'est, avec la venue de Moshizuki
Hinoru que cet art fut introduit en France. Il demande à
maître Uyeshiba d'envoyer un de ses élèves pour
l'enseigner: ce sera Maître Tadashi, ((n 1952. Ces
premiers élèves sont en fait des judokas. A cette époque,
tout cours de lûdô s'achève par quelques pratiques de
Jûjutsu.
1 Nocquet A., 0' Sensei M. Uyeshiba, Paris, ed. A2, 1975, p. 33.
30Celui qui succède à Tadashi est Nora qui enseigne
également en Europe. Bientôt, les adeptes d' Aikidô
voulurent se regrouper en une association. Mais,
cohabitent déjà trois regroupements: celui de
l'association française d'Aikidô, celui de maître Nocquet
et celui de Maître Hiroo. Les Aikidôkas se rassemblent en
l'Union Nationale d'aikidô qui ont le mérite de codifier
sa méthode. Aujourd'hui, on évalue à 50.000 le nombre
de pratiquants.
La finalité de Uyeshiba était d'entraîner une réforme
complète de notre rapport au monde en augmentant notre
niveau de conscience. Le Zen et le Yoga ont largement
servi à alimenter ces différentes doctrines et techniques.
Courte biographie de Morihei Uyeshiba
1883 Naissance le 14 décembre à Tanabe, Japon.
1900-1901 Il s'installe à Tokyo et apprend le Jûjutsu.
eIl fait partie du 61 régiment d'infanterie,1903-1906
rejoint la Mandchourie.
Rencontre avec Sokaku Takeda (Jûjutsu) et1915
il devient son assistant en 1922.
1924 Retour en Mongolie où il tente d'établir
une communauté utopique.
1927 Installation à Tokyo avec toute sa famille.
1930 Jigarô Kanô, fondateur du Jûdô, lui adjoint
des assistants pour qu'ils s'entraînent avec
lui.
1935 Un film documentaire sur l'Aïkibudo.
1939 Instructeur en Mandchourie.
311941 Démonstration devant la famille impériale.
1942 Le nom Aikidô est officiellement enregistré.
Instruction dans divers Dôjô. Puis, il se voit
1943-1960 décerner une médaille de la part du
gouvernement japonais.
1963 Démonstration d'Aikidô dans tout le Japon.
1969 Il meurt le 26 avril.
Si le Jûdô et l'Aikidô furent si bien acceptés par les
Japonais, c'est qu'ils répondaient ainsi aux attentes de la
nouvelle bourgeoisie nippone: maintenir les traditions et les
valeurs du passé, en les conciliant avec les exigences de la
modernité. Il fallait parvenir à faire du neuf avec de l'ancien,
sans pour autant faire transparaître le tempérament guerrier
du Japon.
Après la quasi disparition des Samourai, lorsque leurs
privilèges furent abolis, dès 1868, et que ces derniers se
reconvertirent dans des métiers tels les banques, le
commerce, le Japon voit dès 1930 apparaître un grand
nombre de mouvements nationalistes. Dans ce contexte, il
est clair que les Arts Martiaux ne pouvaient survivre
qu'épurés de toutes leurs formes de violence et
d'agressivité.
32La notion de personne
Ce qui était nouveau pour les Japonais a été que Kanô
insiste sur la notion de personne au sein d'une
problématique et d'une réflexion. Il voulait conférer à
l'individu, non seulement, une singularité qui le distinguait
du groupe, mais lui octroyait une valeur morale. Ce n'était
plus des adversaires qui s'affrontaient, lors de ces pratiques
de combat, mais des partenaires.
Il était donc novateur de poser les bases d'un système
éducatif sous le soleil levant, dont l'essentiel avait depuis
longtemps été clamé par le célèbre choeur de l'Antigone de
Sophocle: « Il y a bien des merveilles en ce monde mais la
plus grande est l'homme ». Kanô en insistant sur le mot de
Jûdô et sur la notion d'individualité allait opérer en douceur
une double rupture dans I'histoire des pratiques martiales
. .
JaponaIses.
Tout d'abord, avec le Jûdô, il innovait sans réellement
rompre avec le Bujutsu qu'il continuait sous une autre
forme. Ensuite, il instaurait un système pédagogique où la
notion de personne prenait place, liée à celle de progrès.
Cette dernière deviendra plus évidente aux Japonais, lorsque
les premiers sports, par exemple, le football importé par les
Américains feront leur apparition.
Les principes du Tûdô
Si dans les arts de guerre, seule dominait en priorité la
notion de pratique, liée à l'efficacité, le Jûdô proposait une
33

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