Les astres dans les discours postcoloniaux

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Cet essai confronte scientifiquement le poids des astres sur les destinées singulières et collectives, à partir des discours postcoloniaux. Ses auteurs éclaircissent des questionnements au confluent des sciences divinatoires (astronomie, astrologie, cosmologie). Les évènements mis en discours ont des valeurs prémonitoires et symboliques dans les mentalités des peuples de la postcolonie et imposent ici de scruter leur imaginaire à partir de la littérature ou des sciences sociales et humaines.
Publié le : mardi 1 septembre 2015
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EAN13 : 9782336389561
Nombre de pages : 290
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Sous la direction de Les astres
Alain Cyr PangoP Kameni et Joseph ngangoP
dans Les discors postco Lonia
a stronomie, astrologie, cosmologie, horoscopie
et destin de la postcolonie
Les astres
Cet essai confronte scientifiquement le poids des astres sur les destinées
dans Les discors postco Loni a singulières et collectives, à partir des discours postcoloniaux. Ses
auteurs éclaircissent des questionnements au confluent des sciences
a stronomie, astrologie, cosmologie, divinatoires telles que l’astronomie, l’astrologie et la cosmologie.
Comment expliquer le goût – également des intellectuels – pour horoscopie et destin de la postcolonie
l’astrologie et les signes du zodiaque ? Comment l’ancrage culturel des
astres dans les systèmes de croyance inspire-t-il les peuples ? Comment
ce phénomène agit-il sur ceux dont l’art de vivre en harmonie avec le
cosmos se trouve perturbé de nos jours par des crises multiformes ?
Les événements mis en discours ont des valeurs prémonitoires
et symboliques dans les mentalités des peuples de la postcolonie,
et imposent ici de scruter leur imaginaire à partir de la littérature,
des sciences sociales et humaines. La tension permanente entre le
céleste et l’humain pourrait trouver ses fondements ou ses solutions
dans l’étude des projections et trajectoires astrales, de la fonction
narcotique des astres, des ambiguïtés des genres et des cultures, selon
une herméneutique de l’espérance fondée sur le langage des astres et
une dynamique transculturelle.
eJoseph Ngangop est titulaire d’un doctorat de 3 cycle et d’un doctorat d’ état ès lettres.
Enseignant à la faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Dschang, il y
occupe le poste de chef de service de l’administration générale et du personnel. Chercheur
associé au GELL (Groupe d’études linguistiques et littéraires), ses travaux portent sur
la littérature africaine, notamment les littératures d’Haïti et du Cameroun. Il a publié
une dizaine d’articles dans des revues nationales et internationales.
Alain Cyr Pangop Kameni est journaliste principal et docteur nouveau régime de
l’université de Cergy-Pontoise. Actuellement Associate Professor à l’université de
Dschang, au Cameroun, et consultant en communication, leadership et management,
il anime des séminaires interdisciplinaires dans plusieurs instituts de formation
académique et professionnelle dans ces domaines. Il a été boursier de la fondation
Alexander Von Humboldt à la chaire de romanistique et de communication
interculturelle de l’université de la Sarre (Allemagne) et est l’auteur de six ouvrages et
d’une trentaine d’articles scientifques.
Préface de Jacques Chatué
Postface de Clément Dili PalaïIllustration de couverture de DEKO.
30 €
ISBN : 978-2-343-06032-3 Entredire transculturel
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Alain Cyr PangoP Kameni
Les astres dans Les di scors postco Loni a
et Joseph ngangoP (dir.)






Les astres
dans les discours postcoloniaux
Entredire transculturel
Collection dirigée par Alain Cyr Pangop

Cette collection a pour objectif de promouvoir le dialogue transculturel et
interdisciplinaire. L’entredire s’entend ici comme l’interférence productive avec
divers langages élaborés dans la société contemporaine. Ses centres d’intérêt
concernent la création littéraire, l’esthétique et la performance, le leadership et
le management, les lectures postcoloniales, ainsi qu’Internet. Le
questionnement actuel du transculturel et les pratiques d’interdisciplinarité qui
en résultent visent un dialogue productif entre les cultures, la découverte et
l’inventivité, la truculence et la fulgurance poétique, et l’exploration de
nouvelles pistes du savoir.

Sous la direction de
Alain Cyr PANGOP KAMENI et Joseph NGANGOP



Les astres
dans les discours postcoloniaux
Astronomie, astrologie, cosmologie et destin de la postcolonie






Préface de Jacques Chatué
Postface de Clément Dili Palaï














































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06032-3
EAN : 9782343060323
Sommaire

Préface de Jacques Chatué ..................................................................... 9
Introduction ........................................................................................... 15
Partie I Esthétiques astrographiques et mentalités postcoloniales .. 19
Titrologie et valeur littéraire des astres en Afrique : lecture
postcoloniale d’une construction cosmique dans l’intitulation des
œuvres de fiction
Alain Cyr Pangop Kameni, Université de Dschang, Cameroun. ....... 21
Topos et imaginaire des astres. L’Amant et L’Amant de la Chine du
nord de Marguerite Duras
Fatima Seddaoui, Université de Toulouse, France............................. 33
Les sens de la lecture et la lecture du sens des astres dans la poésie
camerounaise
Louisette Makamthe, Université de Dschang, Cameroun. ................. 43
Le langage des astres dans certaines œuvres de Véronique Tadjo,
Ferdinand Allogho-Oké, Okoumba-Nkoghe et Sony Labou Tansi
Yaovi Mensah Kouma, Université de Lomé, Togo. .......................... 57
Partie II Projections astrales et trajectoires ...................................... 73
Astres et destin des peuples : la représentation du soleil dans le roman
antillais
Joseph Ngangop, Université de Dschang, Cameroun. ....................... 75
Les astres et la tradition africaine : essai de symbolisme du temps dans
le conte étiologique
Marie Makougang, Université de Dschang, Cameroun. .................... 91
La femme sous l’influence du zodiaque dans Au clair de lune de
Joseph Dong’ Aroga
Ledoux Noël Fotio Jousse, Université de Dschang, Cameroun. ...... 105 De la puissance et des signaux précurseurs des astres à la fin du
racisme dans La Croix du Sud de Joseph Ngoué
Achille Carlos Zango, Université de Dschang, Cameroun .............. 121
Partie III Regards croisés sur les fonctions des corps célestes ....... 135
Shams et Qamar, le soleil féminin et la lune masculine au
ProcheOrient : ambiguïtés des genres et ambivalences culturelles chez Vénus
Khoury-Ghata
Francesca Tumia, Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3, France .. 137
Les astres, éléments de transfiguration dans Une tempête d’Aimé
Césaire
Mylène Danglades, Institut d’enseignement supérieur de la Guyane,
Guyane. ............................................................................................. 153
Le Soleil du monde intelligible : essai d’interprétation astrale de l’Idée
de Bien dans l’onto - épistémologie de Platon
Joseph Teguezem, Université de Dschang, Cameroun .................... 169
Quand la nature se retourne contre les Européens : une analyse de la
symbolique du soleil sur le continent européen dans Die Zunge
Europas de Heinz Strunk
Jean Bernard Mbah, Université de Dschang, Cameroun. ................ 183
Partie IV Évaluations cosmogonique et civilisationnelle des astres
............................................................................................................... 203
Psychologie ou astrologie ? L’effet de validation subjective revisité
Achille Vicky Dzuetso Mouafo, Institut Supérieur du Sahel,
Université de Maroua, Cameroun &
Gustave Adolphe Messanga, Université de Dschang, Cameroun .... 205
Les astres dans les médias camerounais : une analyse de la pratique
d’horoscope dans les programmations
Léopold Maurice Jumbo, Enseignant-Chercheur, Université de
Dschang &
Gildas Mouthe, Doctorant-Vacataire, Université de Douala ........... 219
La lune chez les Beti-Bulu du Cameroun : une lecture heuristique de
l’ethno-astronomie et de l’ethno-astrologie en contexte négro-culturel
Paul Ulrich Otyé Élom, Université de Maroua, Cameroun ............. 235
6 Les astres chez les Dogons : préscience, pseudoscience ou
prolégomènes à la physique classique ? Plaidoyer pour une
épistémologie sans complexe
Roger Mondoué, Université de Dschang, &
Philippe Nguemeta, Université de Yaoundé, Cameroun. ................ 251
La perception des astres dans les mythes et croyances religieuses
africaines : le cas de l’Egypte ancienne
Célestine Colette Fouellefak Kana, Université de Dschang, Cameroun.
........................................................................................................... 261
Postface ............................................................................................ 273
Présentation des auteurs ..................................................................... 277







7 Préface
Pour l’astronome lui-même, l’examen patient de millions d’étoiles, la scrutation
patiente des allures régulières ou aberrantes du mouvement des corps célestes, la
révélation d’un univers vieux de plus de 15 milliards d’années, calculées à partir de
la demie vie du thorium et de l’uranium, l’examen des processus à l’œuvre dans la
formation et dans la mort des étoiles, etc., n’ont de sens qu’à réactiver des
questions de sens, précisément, naguère vouées aux gémonies par le dogme
positiviste et ses avatars. C’est pourquoi se sont imposées, à côté de ces données
objectives, les textes certes labiles, mais humainement significatifs de la poésie, du
théâtre, du roman, du mythe, de la religion, ou de la métaphysique, voire de la
science-fiction. De fait, l’astronomie a comme imposé aux hommes leurs lois, leurs
mesures, leurs codes sociaux ou religieux, et sans doute aussi, un imaginaire et un
cadre de pensée. Mais les astres, tout solides qu’ils soient, dévoilent de plus en plus
leur propre instabilité à tous égards.
Les questions de l’astronomie prennent une allure régressive et récursive :
pourquoi y a-t-il tant d’éléments différents dans le soleil ? Et pourquoi faut-il
nécessairement y fonder une régression vers des causalités premières ? Pourquoi
l’hydrogène et l’hélium sont-ils les plus vieux éléments ? Et si la teneur en métal de
notre galaxie a évolué, comment expliquer, au vu du principe d’entropie et de la
faiblesse avérée de la néguentropie, cette évolution qui semble générer le meilleur,
doit-elle justifier le retour de la finalité dans les sciences ? Si un système solaire né il
y a à peu près 4 milliards d’années de l’agrégation d’une énorme quantité de
poussières et de gaz, et si la masse de l’étoile oblige à sa dislocation, cela est-il à
mettre au compte d’une éviction du fiat divin, ou bien d’une preuve de l’Intelligent
Design ? L’importance quantitative de la « matière noire » annule-t-elle l’optimisme
épistémique affiché depuis Condorcet notamment ? Assurément, l’admiration de la
splendeur de la Voie lactée ou des Super novae n’a d’égal que la prolixité de nos
perplexités, l’accroissement de notre « ignorance savante » (selon une expression
juste de Jean Fourastié). Subséquemment, on peut se demander si la perspective de
la colonisation de Mars ne relèverait pas d’un éternel recommencement,
difficultueux et désespérant, insusceptible d’annuler la prééminence de notre
« Terre patrie », sauf à projeter sur Mars l’héritage ambivalent de notre aventure
ambiguë et mortifère, de nos défaites existentielles et éthiques.
Loin de la dualité simpliste du ciel et de la terre, le premier étant peuplé de la
vieille et sommaire trilogie soleil-lune-étoiles, et le second, d’évidences
perceptuelles dont l’habitude a longtemps masqué les énigmes, l’astronomie a
permis un amenuisement plutôt humiliant du rôle et de la place de la terre,
évinçant la tendance à faire du doublet ciel-terre une métaphore facile et
manichéenne du bien et du mal, comme d’abord du vrai et du faux, ainsi que du
beau et du laid. Depuis sa préparation antique (mésopotamienne, sumérienne et égyptienne) jusqu’aux récentes hypothèses de De Sitter, elle n’a pourtant pas eu de
cesse de nourrir de nouvelles symbolisations, traduisant en sémantique toute
conceptualité strictement mathématique.
Les révolutions théoriques opérées dans les domaines de la physique relativiste,
de la physique quantique et de la physique du chaos, n’ont certes pas fini de
produire tous leurs effets dans le champ complexe de l’astronomie. Mais déjà, elles
ont à ce point modifié notre perception du monde qu’il s’en est suivi comme une
aggravation de la rupture entre le monde de la recherche et celui de la perception
quotidienne. Or, le ciel n’appartient pas aux seuls astronomes, et encore moins aux
seuls astronautes ou à leurs mentors. De longue date, il s’est voulu un objet sui
generis, un objet-sujet, offert aussi bien à notre volonté de science qu’à notre
volonté de sens.
Sans en inférer que les progrès de l’astronomie appellent nécessairement des
réajustements notamment astrologiques, les auteurs du présent recueil s’évertuent à
les connecter à une quête unique et universelle, qui prend une acuité spécifique en
contexte de postcolonie : la quête de l’humain en tant que quête de soi, d’une
identité humaine si ostentatoirement reconnue en droit, mais si obstinément
méconnue dans les faits. Il faut saluer d’emblée l’audace, l’adresse et le mérite de
cet effort collectif, humble (en ce qu’il circonscrit soigneusement son objet), et
prudent (en ce qu’il évite le mélange des genres), qui fortifient la contribution
d’approches littéraristes à la mutation possiblement extensible d’un objet
épistémique en un objet sémiologique, d’abord.
Dans de nombreux écrits (voir par exemple L’Incandescent, Paris, Le Pommier,
2003), Michel Serres nous a invités à regarder les hommes en fonction des astres, à
l’effet de nous aider à relativiser ce qui distingue et oppose les peuples entre eux,
mais qui littéralement n’est rien, au regard de l’échelle… astronomique. Il faut sans
doute éviter de se méprendre sur cet effet d’échelle, qui risque trop d’entretenir la
sous-évaluation de la faible, mais importante différence qui sépare le « roseau
pensant » que nous sommes de tout cet univers qui, dans son immensité, « nous
engloutit et nous comprend comme un point ». Oui, il importe de continuer à
regarder l’univers en fonction des hommes, sous peine d’inverser le sens de
l’intention anthropologique en tant qu’indissociable de notre prétention humaniste.
Il y a déjà longtemps que le ciel nous inspire. Dans notre culture comme dans
notre culte, dans notre politique comme aussi dans notre science, et de plus en plus
dans notre technique. Les questions profondes que l’on se pose sur la terre
trouvent leurs réponses dans le ciel, du côté du soleil, premier déclencheur, depuis
l’irruption de l’héliocentrisme entrevu par Aristarque de Samos et comme
redécouvert par Copernic. Mais l’astronomie peut être accusée d’avoir, dès ses
premières esquisses, connu l’infortuné destin d’inspirer cette pseudoscience,
paradoxalement chargée de sens, qu’est l’astrologie. Le moins qu’on puisse en dire,
c’est qu’elle relève de ces valeurs obscures dont on ne se débarrasse jamais
véritablement. Est-ce bien, d’ailleurs, l’astronomie qui aura induit l’astrologie, ou
10 l’inverse ? Cette question, au fond spécieuse, relève d’un débat d’historiographie
des sciences et ne saurait se trancher sur le seul terrain objectiviste de
l’épistémologie.
Si donc les auteurs nous mènent là où la science fait sens, là où les faits
astronomiques se muent en valeurs anthropologiques, c’est qu’à la vérité, le langage
des astres est toujours, tout uniment, celui des choses, des corps célestes en
l’occurrence, et celui des hommes qui en parlent. Le syndrome Galilée serait par
conséquent insaisissable, si l’on faisait abstraction de cette double perspective.
Peut-être alors que le célèbre Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde dont
l’auteur fut incriminé, n’était, au fond, qu’un dialogue de sourds ? Les corps
célestes s’offrent décidément à une multiplicité de discours que l’on a parfois
trouvé chez les mêmes auteurs. Ainsi, il n’est pas jusqu’à Kepler ou Newton chez
qui l’on ne trouve, à côté de constructions mathématiques, de bien curieuses
considérations de type mystique…
Mais l’alternative vraies/fausses sciences n’épuise pas les approches possibles
du phénomène des astres. La littérature s’en est saisie, sous un prisme et avec des
outils qui lui sont propres, et qui se veulent autrement plus décisifs parce que plus
immédiatement humains. Déjà, bravant la partition rigoriste des disciplines dites
scientifiques, d’une part, et littéraires, d’autre part, l’astronomie fait elle-même une
place éminente au récit. Et désormais, les actions conjuguées des superordinateurs,
des cyclotrons, des télescopes géants et radiotélescopes ultrasensibles, étayent une
chronologie des concaténations dont découleraient notre galaxie, notre système
solaire, puis notre terre en son état actuel. L’accès à l’intimité des matières
interstellaires n’a de sens qu’à prouver la naissance et la mort des étoiles qui, en
effet, content une histoire de déflagrations hors du commun, mais porteuses de
réponses à des questions finalement existentielles et eschatologiques. Un tel récit
ne pouvait que solliciter des univers fictionnels variés et d’intensités diverses. Et les
inscrire dans un métalangage, c’est-à-dire dans un discours sur le discours, n’est
guère affaiblir cette connivence originelle du réel et de l’imaginaire, du concept et
de la métaphore. Sonder la physico-chimie des astres en même temps que leur
imaginaire multiple, se préoccuper de leur genèse en même temps que de leur
généalogie, de leur composition profonde et de leur portée herméneutique, voilà à
quel besoin répond la prise en charge littéraire du phénomène astronomique en
tant qu’à la fois éloigné et proche, scientifique et non scientifique, objectif et
subjectif, à l’image de notre simple et transcendante humanité.
Ce que donnent à comprendre les textes qu’on va lire, et qui concerne les
clivages et les inflexions que font subir les champs disciplinaires et les champs
contextuels aux discours sur les astres, c’est précisément cette pérennité de
l’articulation du ciel et de la terre qui, pour étrange qu’elle puisse paraître, ne
répond pas moins à cette sorte de « désir d’éternité » dont Ferdinand Alquié a
retrouvé les traces jusque dans la trame objectiviste de la science contemporaine.
Aussi une approche essentiellement littérariste du rapport aux astres offre-t-elle
l’avantage de mettre l’accent sur l’herméneutique de l’espérance, fondée sur le
11 langage des astres. La particularité de la présente approche expressément littérariste
réside en outre dans sa contextualité : l’aire et l’imaginaire de la « postcolonie ».
Loin d’être futile, l’idée que le Ciel parle, et que s’il s’adresse à nous, c’est pour
nous parler de nous, se doit d’être réinterprétée réappropriée en chaque contexte.
Depuis les travaux de Thomas Sanders Kuhn, l’opinion s’impose de plus en
plus, en effet, d’un lien entre science et culture et, plus généralement, entre science
et contexte. Or, comment séparer ensuite, les plans respectifs du culturel et du
cultuel ? A cet effet il faut dire que plusieurs cosmologies africaines sont restées
attentives à ce qui se passe non seulement au ciel ou sur la terre, mais entre ciel et
terre, dans cet entre-deux qui n’est pas simple passage, mais aussi fondement.
Précisons.
D’une part l’abstraction des théories cosmologiques contemporaines et
l’ingéniosité technologique, sans laquelle le passage de ces théories à l’astronautique
effective, et d’autre part la complexité de la prise en charge littéraire et notamment
fictionnelle, puis théologique, et même ésotérique, du rapport aux astres, ont en
commun une certaine opacité. S’agit-il de la considérer comme un voile qu’il
convient de déchirer à tout prix, ou comme un lieu, une sorte de milieu oublié, un
lieu d’idéalités mathématiques où nos théories restent éternellement en compétition
pour nous révéler la meilleure image du monde, un lieu mystique d’où s’élaborent
les causalités surnaturelles assurément plus puissantes que les causalités naturelles,
un lieu de sens où le clair-obscur réclame, entre le clair absolu et l’obscur absolu,
son propre droit à l’existence ?
Dans un monde « postcolonial » blasé et confié à la perfidie des plus forts et à
la torpeur des « multitudes », comment ne pas relever la nécessité de remettre au
goût du jour le fameux « principe espérance » de March Bloch, aujourd’hui bridé
par les frayeurs bioéthiques comme par les atermoiements écologistes ? Ce qu’avait
d’original ce « principe espérance », c’était son caractère résolument terrestre, et
nous dirions terrien, opposé à la projection notamment chrétienne du monde
meilleur dans un Ciel mystérieux et transcendant. Mais le ciel est en même temps
un ailleurs dont le charme tient à son équivoque irréductible. Le ciel est toujours de
ces réalités qui ont plus de valeur que de sens, en sorte que la question de ses
dénotations plurielles échappe à l’impératif catégorique d’objectivité. Tandis que
d’aucuns voudraient que le partage « science – non-science » se redouble
nécessairement d’un partage « sens – non-sens », les auteurs du présent corpus
assument leur relative mixité.
Le propos des études dites post-coloniales est de faire de la colonisation
l’analyseur essentiel du monde moderne et notamment depuis son impulsion
dixhuitiémiste. Cette postulastique n’est pas fallacieuse, et bien des travaux la
confortent peu ou prou, à l’instar de ceux délivrés hier par Alexis de Tocqueville
(cf. De la colonie en Algérie, Bruxelles, Editions Complexe, 1988) ou à ceux, plus
proches, de Hannah Arendt (cf. L’impérialisme, Paris, Fayard, 1982) ou de Simone
Weil (Œuvres, Paris, Gallimard, 1999)… Du suprême soleil platonicien aux
12 fameuses, mais bien équivoques Lumières, le clair n’aurait été que cela : l’alibi d’un
obscurantisme produit et entretenu.
Les « Postcolonial studies » revisitent l’histoire officielle de la Civilisation sous
le prisme de la barbarie coloniale et de ses avatars mondialistes. Cette
contreécriture de l’histoire moderne est cependant clivée par une proximité équivoque
avec des mouvements qui se réclament des « minorités opprimées » : minorités
ethniques, sexuelles, raciales, économiques, « diasporiques », etc. D’où l’installation
d’une tutelle de la « pensée Foucault », qui peut en ternir la réception, tant du point
de vue normatif, où l’on décrie un dogmatisme négatif, qu’au point de vue
épistémologique, où l’on constate une infécondité et une défaillance heuristiques.
Mais les ressorts de ces études postcoloniales restent d’autant plus difficiles à
affaiblir que l’actualité des ex-colonies oblige, de facto au moins à les rencontrer.
Qu’on se souvienne, en effet, de la résonance désagréable du discours de Sarkozy à
l’Université Cheikh Anta Diop du 26 juillet 2007, ou de la rémanence de plus en
plus avérée du racisme anti-Noirs au pays de Barack Obama…
Dans le syntagme « études postcoloniales », le préfixe « post » n’est ni
strictement chronologique, ni strictement logique, mais d’abord ou en même temps
axiologique, évoquant le dépassement du fonds humanitariste du projet colonial.
L’éthique politique qui la porta n’était guère qu’une économie politique, et elle le
demeure. C’est donc dire que la référence de nos auteurs du discours sur les astres
au contexte de la postcolonie ne relève pas d’une simple commodité académique,
mais porte une intention que l’on n’hésitera pas à dire politique. Les réverbérations
relevées entre Lumières et ombres, entre Haut et bas, entre Blanc et noir,
contribuent à contester cette rente d’éminence que construisent les dominants à l’effet,
entre Lumières et ombres, d’ancrer définitivement leur rapport de domination dans
l’imaginaire des peuples. Il est donc question pour nos auteurs de révéler un
contre-imaginaire résistant et auto-affirmatif. Ces discours sur le discours
participent donc d’une parole politique des « Multitudes » en face et à l’encontre de
l’« Empire ».
On le voit, le bilan des connivences multiples et multivoques du ciel et de la
terre est toujours en cours, non pour les seuls besoins de l’histoire des idées, mais
d’abord en raison de sa portée existentielle, indissociable de ses résonances
contextuelles.
Mais si la référence au contexte déroge l’hégémonie de l’universel, c’est pour
mieux préparer des généralisations plus prudentes et plus égales. C’est en ce sens
que la lecture de ce recueil suggère que projeter notre espérance dans un ciel
métaphorisé, ou simplement s’en inspirer pour la bâtir de nos propres et seuls
efforts, nous invite à prendre fait et cause, dans un monde idéologiquement
aréférenciel, pour un mixte multivoque et normatif des références au ciel et à la terre.
Il faut donc révoquer l’utilitarisme empiriste (pensons à la servante Thrace
moquant l’intérêt porté par Thalès aux phénomènes célestes au point de tomber
dans un puits) ou épistémologique (pensons aux interdits épistémiques d’Auguste
13 Comte proscrivant les recherches touchant les astres en leur détail au motif que de
telles recherches ne sont guère d’une utilité manifeste). Mais l’utilitarisme ne nous
dit pas quelle peut être l’utilité de l’utilité, ni l’immédiatisme, les limites temporelles
de l’immédiateté. Les priorités respectives du ciel et de la terre sont compatibles à
plusieurs égards. Car la considération du ciel émancipe l’homo faber en homo
transcendentalis, faisant d’un être tellurique un être cependant voué au voyage, dans
toutes les dénotations analysées notamment par Jean Brun. Mais d’où ? Et
jusqu’où ? C’est à croire qu’il conviendra, tôt ou tard, d’envisager plus sereinement
au-dessus des cieux atmosphérique et astronomique, la suréminence d’un …
troisième ciel.

Jacques Chatué, philosophe.
Dschang, le 11 septembre 2014.


14 Introduction

Les astres : fardeau ou source de libération des peuples ?
Les astres en tant que constituants du cosmos, ont toujours interféré dans les
itinéraires individuels et collectifs. Autant dans les textes sacrés que dans les textes
profanes, les astres apparaissent toujours comme des entités avec lesquelles les
humains doivent composer pour comprendre leur être au monde. On n’a qu’à
recenser les livres et pages « horoscope » qui meublent la presse quotidienne de
tous les pays du monde entier pour mesurer l’attachement que les lecteurs ont aux
astres. Par-delà les études d’astrologie classique ou d’astronomie antique,
l’évolution de la création littéraire et artistique dévoile toujours une référence
constante aux astres, objets d’heurs et de malheurs, partagés entre leurres et lueurs.
De tous les astres, c’est le soleil qui semble inspirer le plus d’artistes, qu’ils
soient musiciens ou écrivains. Le soleil, au sens premier du terme, est une étoile de
1 392 000 km de diamètre. C’est l’étoile la plus proche de la terre, dont elle est
distante d’environ 150 millions de kilomètres. Qu’on se souvienne des chansons
des Français Nana Mouskouri ou de Michel Sardou, de la Camerounaise Nguéa La
Route ou de l’Antillais Guilou, pour ne citer que ces quatre- là. Qu’on se souvienne
aussi de ces auteurs qui en ont fait soit le titre de leurs œuvres, soit l’élément clé de
leurs textes. Evoquons le recueil de poèmes d’Aimé Césaire, Soleil cou coupé (1948),
Compère Général Soleil (1961) de Jacques Stephen Alexis, Les soleils des indépendances
(1969) d’Ahmadou Kourouma, Soleils neufs de Maxime N’debeka (1969), L’isolé soleil
(1981) de Daniel Maximin, C’est le soleil qui m’a brûlée (1988) de Calixthe Beyala, Trop
de soleil tue l’amour (1999) de Mongo Beti, La lune dans un seau tout rouge (1989), une
des nouvelles de Francis Bebey, L’étoile de Noudi, dramatique télévisuelle de Gervais
Mendo Ze, Au seuil d’un nouveau cri (1963), roman de Bertène Juminer, Romancero
aux étoiles (1960), nouvelle du même auteur, signalent à suffisance la présence
prégnante des astres dans la communication, les œuvres d’art et la littérature. On
ne saurait, de ce point de vue, passer sous silence les titres implicitement bâtis
autour d’un astre quelconque, lorsqu’il s’agit de parler des développements récents
du postcolonialisme. Un titre comme Sortir de la grande nuit (2010) d’Achille
Mbembe renvoie tacitement à la nécessité du jour (autant la lune et les étoiles sont
des astres nocturnes, autant le soleil est un astre diurne), c’est-à-dire du soleil
considéré à la lecture de cet essai comme une allégorie postcoloniale. Il en est de
même de Jacmel au crépuscule (1981) de Jean Métellus qui valorise un temps précis où
un astre s’éclipse pour céder place à un autre. Enfin, La forêt illuminée (1988) de
Mendo Ze et Au cœur de la nuit de Joseph Conrad obéissent à la même logique.
Le constat est clair, les astres sont bien présents dans les littératures française et
francophone. Ils investissent plusieurs genres littéraires : roman, théâtre, poésie, nouvelles, etc. Toutes ces publications métaphorisent diverses situations où les
astres partagent les destins de personnages à la fois fictionnels et non fictionnels, et
signalent ipso facto, l’ampleur d’un tel champ d’investigation.
Plusieurs pays de la postcolonie ont adopté les symboles astraux dans la
confection de leurs drapeaux, emblèmes, étendards, bannières, enseignes, pavillon
et autres couleurs, suggérant ainsi de codes culturels dont la sémiologie donnerait à
saisir une charge sémantique spécifique à ce système de signes. Étoiles, croissant de
lune et soleil sont souvent perceptibles dans les oriflammes institutionnelles de
maints États postcoloniaux. Mais pour quoi ?
On le voit, la fortune du mot est considérable et mérite qu’on s’y attarde, d’où
l’objet de cet appel dont le dessein est d’investiguer sur l’irruption et l’inflation du
phénomène dans les discours postcoloniaux. Un élément astral peut être un mot
d’essence métaphorique ou un élément mythologique. Le recours à ces mots dans
les textes entraîne automatiquement des modifications, voire des altérations plus
ou moins considérables. Si ces déformations sont susceptibles de générer des
ambiguïtés, elles n’en sont pas moins productrices de sens. Théophile Gautier
parlait de la consolation des arts. Qui sait si à travers le mythe du soleil, de la lune
ou des étoiles, nous pourrions envisager demain avec moins d’angoisse et plus de
sérénité ? Les mages n’ont-ils pas sagement suivi l’étoile annonciatrice de la
naissance de Jésus pour être les tout premiers bénéficiaires de l’avènement du
messie prophétisé par les récits bibliques ?
D’ailleurs, un colloque intitulé « Astres et désastres » a eu lieu et les actes
publiés en 2004 (Revue Ponti/Ponts n° 4, Actes du colloque « Astres et désastres »,
2004, 622 p.). Centré sur les langues, littératures et civilisations des pays
francophones, il se focalise sur les intersections possibles entre astres et désastres.
Ainsi, les astres sont confinés aux calamités que les uns et les autres vivent dans la
société contemporaine. En somme, les astres des uns rendent inévitables les
désastres des autres, et la simplicité apparente du titre du colloque en est ainsi
enrichie. Ce qui semblait une simple formule devient un mode de connaissance.
Bien plus, il ressort des contributions de ce colloque que les désastres priment sur
les astres, occultant par le fait même, les occurrences perceptibles à fleur de textes.
Les articles sur L’insolation de Rachid Boudjedra, Nedjma de Kateb Yacine, Le ventre
de l’Atlantique de Fatou Diome, les étoiles et le soleil relevés dans la poésie de Tahar
Ben Jelloun, ne suffisent pas à rétablir l’équilibre. Bien que Boudjedra « développe
toutes les pistes narratives que le motif du soleil lui offre », il n’en reste pas moins
que les analystes retournent aux désastres avec « les violences subies et les
détournements de sens ».
Pour dépasser cette approche qui pourrait paraître réductionniste, nous avons
envisagé de nous limiter au seul vocable « Astres », pour signifier qu’on peut y voir
d’autres formes d’influence, et de rapporter ainsi le sujet à tous les types de
discours en situation postcoloniale. Dans notre perspective, il est précisément
question d’inverser la tendance en ramenant les astres au premier plan et en les
16 mettant sur orbite ; d’où une approche pluridisciplinaire qui inclut les chercheurs
aussi bien des lettres que des sciences humaines. Les figurations littéraires
nécessitaient d’être complétées par des approches en sciences sociales.
A ce propos, un corps de questionnements a permis d’élargir les pistes de
réflexion. Quels sont les mythes étiologiques se ramenant aux astres ? Y a-t-il une
perception différentielle des astres en fonction des aires culturelles e
perception africaniste, orientaliste ou occidentaliste des astres ? Comment
nommet-on les astres dans les cultures du Sud ? Quelle est la place des astres au sein des
dynamiques traditionnelles et historiques des pays anciennement colonisés ? Quelle
historiographie des astres dans différents champs culturels ? Dans la « Galaxie
francophone », les relations historiques entre la métropole et les anciennes colonies
sont-elles conditionnées astralement ? Est-on sûr d’être encore en postcolonialisme
actuellement, étant entendu que la Chine gagne du terrain au détriment des
anciennes puissances ? Ne fait-on pas face à des identités vacillantes, et par
conséquent astrologiques ?
Si les astres évoquent plus souvent le chaos que le cosmos, cela pourrait générer
un nouvel ordre. Quelle perception astro-physique d’un tel phénomène ? Quels
sont les différents modèles astrologiques dans les pratiques médiatiques ?
Comme l’œuvre esthétique ne s’isole point de l’environnement duquel elle est
issue, quelles ramifications des astres avec les différentes aires culturelles ? Les
astres sont-ils présentés dans leur pureté dans les discours politiques ? Ou alors
sont-ils associés à d’autres éléments de la nature ? A quelle fin ? Quel est l’astre le
plus sollicité par les écrivains et pourquoi ? Comment les astres sont-ils sémiotisés
au sein des textes ? Quelle est leur valeur littéraire, leur place dans la construction
du récit dramatique ou poétique ? La dimension actantielle des astres
influence-telle le destin des personnages ? Quel est leur poids dans les récits ? Et comment
font-ils sens ? Quel type de personnages relève de la catégorie astrale dans les
textes littéraires postcoloniaux ? Quel modèle d’esthétisme susceptible de nous
permettre de transcender les contingences de l’existence ? La perception des astres
est-elle la même d’un genre à un autre ? Quelle forme de perception des astres liée
à la cosmogonie des auteurs ? Peut-on dégager une écriture astrale à partir des
écrivains du sud ? L’origine culturelle détermine-t-elle la perception des astres ?
L’analyse diachronique de la production littéraire sur les astres est-elle productrice
de sens ? Les contes, les épopées sont des activités vespérales qui sollicitent plus la
lune, les étoiles, les temps nocturnes : quelle place occupent les astres en littérature
orale des différentes aires culturelles africaines ? Quelle réception des œuvres qui
parlent des astres ? A priori, le sujet concerne plus les poètes ici parce que, dit-on,
ils sont utopiques, lunatiques et ayant la tête dans les nuages. Que dire des auteurs
qui débordent ce cadre poétique pour l’étendre à d’autres genres littéraires ? Les
poètes célèbrent la nuit comme le moment idéal de création alors que les essayistes
(cf. Achille Mbembe, 2010) demandent d’en sortir. Que peut inspirer une telle
distanciation ?
17 Si cette vaste problématique ne trouve pas systématiquement ses réponses dans
ce livre, la pluridisciplinarité des différents contributeurs permet tout de même
d’obtenir les premiers résultats issus des hypothèses formulées dans chaque
contribution, ainsi qu’une mise en perspective de ce que représentent les astres
pour les peuples qui scrutent les cieux pour en décrypter la signifiance et leur façon
d’infléchir le cours des destinées individuelles et collectives.

Alain Cyr Pangop et Joseph Ngangop

18








Partie I

Esthétiques astrographiques et mentalités postcoloniales
Titrologie et valeur littéraire des astres en Afrique : lecture postcoloniale
d’une construction cosmique dans l’intitulation des œuvres de fiction

Alain Cyr Pangop Kameni,
Université de Dschang, Cameroun.

Résumé
Lorsqu’on se livre à une observation attentive des formes d’écriture qui dominent dans
les titres des œuvres des écrivains de la postcolonie à diverses périodes de l’histoire
littéraire, on se rend compte d’une présence prégnante des astres dans leur formulation.
Des formes de l’écriture classique aux normes de l’écriture réaliste, les éléments relevant de
corps célestes reviennent ostentatoirement à l’affiche des œuvres, spécifiant d’emblée les
marques de l’option de leurs auteurs pour les titres qui les mettent en valeur. L’objectif de
la présente analyse est, de ce point de vue, de montrer que l’intitulation des œuvres va plus
loin que la simple caractérisation des personnages ou la cristallisation synthétique de
l’histoire narrée. Sans aucune prétention à l’exhaustivité, nous entendons nous situer dans
une perspective postcoloniale et comparatiste pour relever les tendances astrologiques et les
spécificités astrales qui organisent le champ littéraire postcolonial. Nous essayons de
montrer que l’intitulation en lien aux astres crée un horizon d’attente chez le lecteur
potentiel et une « valeur littéraire », en offrant aux écrivains un strapontin pour le
positionnement dans le champ. Autrement dit, relever le poids des titres ayant trait aux
astres convie à relever le poids des astres à la fois sur le lecteur et sur l’institution littéraire.
Mots clefs : Astre, titre, titrologie, postcolonialisme, intitulation, symbolisme, valeur
littéraire, cosmos, littérature, Afrique, comparatisme.

Abstract :
When looking carefully at the various forms of writings that predominate in the book’s
titles of post-colonial writers, at some periods of the literary history, we noticed the
presence of stars in their constructions. From the form of classic to the norms of realistic
writings, celestial elements appear on the cover of their books, clearly specifying the mark
of the authors for the title that valorize them. From this point of view, this analysis aimed
at showing that the book’s titles goes far than the personalization of characters or the
synthetic crystallization of the narrated history. Without any pretention to be very
exhaustive, we will like to stay in a comparatist and postcolonial perspective in order to lift
the astrological tendencies and the astral specificities that organized the postcolonial field
of literature. We are trying to show that, the heading in relationship with stars create an
expected horizon on the potential reader and a “literary value” by giving to writers a
folding seat for the positioning in the field. In order words, noticing the significance of
headings in relationship to stars, lift us to the significance of stars at the same time, on the
reader and on the literary institution.
Key Words : Star, title, titrology, post colonialism, heading, symbolism, literary, value,
cosmos, literature, Africa, comparatism.

21 Introduction
La mise en observation des titres des œuvres des auteurs postcoloniaux
distingue considérablement la référence aux astres dans les formules adoptées. Que
ce soit des formulations à tendance classique ou des normes de la veine réaliste, les
corps célestes sont mis à l’exergue dans le choix des auteurs. La présente étude vise
à montrer que l’intitulation des œuvres va plus loin que la simple caractérisation
des personnages ou la cristallisation synthétique de l’histoire narrée. Sans aucune
prétention à l’exhaustivité, nous entendons nous situer dans une perspective
postcoloniale et comparatiste pour relever les tendances astrologiques et les
spécificités astrales qui organisent le champ littéraire postcolonial. Comment
l’écrivain parvient-il à transmuer les astres, à leur faire revêtir une valeur dans son
intitulation du texte littéraire postcolonial ? Tout cela fait-il sens ou s’apparente-t-il
à une dimension mythique, dans la mesure où les astres s’animent et peuvent
effectivement remplir les cœurs de venin ou forcer le destin ? Quelle place pour les
astres dans le changement de statut du titre des œuvres littéraires ? Quelle valeur
symbolique de ces innovations scripturales ? Nous tâcherons de répondre à ce
corps questionnements en montrant que l’intitulation en lien aux astres crée un
horizon d’attente chez le lecteur potentiel et une « valeur littéraire », offrant aux
écrivains un strapontin pour le positionnement dans le champ. Autrement dit,
relever le poids des titres ayant trait aux astres convie à relever le poids des astres à
la fois sur le lecteur et sur l’institution littéraire, en tant que construction cosmique.
I- Équivocité du positionnement du titre dans le champ littéraire
africain
On le sait, titrer une œuvre relève du défi majeur de mettre en avant l’élément
central, selon le principe de la « Captatio Benevolentiae » qui détermine le contact
du livre avec le lecteur. Gérard Genette (cité par Barthes, 1963 : 20) nous fait
observer que ce sont « titre, sous-titre, intertitre, préfaces, postface, avertissement,
avant-propos, notes marginales, infrapaginales, terminales, épigraphes, illustrations,
prière d’insérer, bande, jaquette et bien d’autres types de signets accessoires,
autographes ou allographes, qui procurent au texte un entourage (variation) et
parfois un commentaire officiel ou officieux. » Ces différents éléments paratextuels
accompagnent l’accès à un texte, comme le précise Barthes (1963 : 22) :
« L’œuvre littéraire consiste exhaustivement ou essentiellement en un texte […], mais ce texte se présente
rarement à l’état nu, sans le rapport et l’accompagnement d’un certain nombre de productions elles-mêmes
verbales ou non comme un nom d’auteur, un titre, une préface, des illustrations [qui] le prolongent. Cet
accompagnement d’ampleur et d’allure variables constitue le paratexte de l’œuvre. Plus que d’une limite ou
d’une frontière étanche, il s’agit ici d’un seuil ou d’un « vestibule » qui offre à chacun la possibilité d’entrer ou
de rebrousser chemin »
Autrement dit, le titre inscrit le travail de l’écrivain au cœur du débat
1contemporain autour de l’esthétique littéraire et la thématique traitée . Dans le

1 Le terme « titre » vient du latin « titulus » qui signifie « marque », « inscription ». Cet étymon renvoie
alors à une marque de notoriété accordée à une personne. Son extension dans le domaine de l’édition
22 contexte moderne, le titre cesse d’être le simple résumé de l’œuvre et épouse les
contours du discours de propagande et de la nouveauté. C’est en cela que son
influence est grande sur le lecteur, tel un « Manifeste » idéologique. Comme le dit si
bien Hubert Nyssen (1993 :42), le titre est « la mention la plus avancée, la plus
éclatante, la plus redoutable de l’ouvrage ». Bernard Mouralis (2007 : 511) explicite
les fonctions du titre des œuvres littéraires dans les justifications suivantes :
« Le titre implique tout d’abord un rapport logique avec le contenu du texte lui-même dont il pourra constituer
éventuellement un résumé. D’autre part, comme tout message, il doit satisfaire aux exigences contradictoires de
la communication et de l’information : ainsi, il ne suffit pas qu’il ait un contenu sémantique précis ; il faut
encore qu’il puisse être distingué, sans risque de confusion possible, de tous les autres titres existants.
Parallèlement, le livre étant un produit qui se vend et s’achète, le titre remplit une fonction commerciale : peu
ou prou, il est appelé à jouer le rôle d’une étiquette. Le titre remplit enfin une fonction littéraire. »
Le critique littéraire peut alors en conclure :
« Tout titre repose donc sur des choix renvoyant à des conflits entre des exigences ou des instances opposées
(auteur, éditeur, lecteur, supposé). » (2007 : 512)
Notre corpus est constitué par un ensemble de titres d’œuvres littéraires dont il
n’est pas nécessaire ici d’en dresser la liste, pour la simple raison que notre
démarche analytique insiste sur les aspects suivants :
- La présence des astres dans le syntagme utilisé comme titre ;
- Les catégories littéraires auxquelles renvoie le titre ;
- Les contenus sémantiques de celui-ci.
L’examen des titres au niveau idiomatique permet de déterminer le rôle que
jouent les stéréotypes ou les expressions figées dans la constitution des titres du
corpus. Cette notion de stéréotype est à la fois relative et subjective et ne peut
reposer que sur la conscience linguistique de chaque locuteur, comme le dit
Bernard Mouralis (2007 : 512). A l’observation, les stéréotypes relevant à la fois des
habitudes conversationnelles et des clichés à connotation oratoire n’apparaissent
que dans des cas rares. Autrement dit, les titres qui recourent aux catégories
astrales ne se constituent guère à partir de formules stéréotypées. Les œuvres de
cette veine littéraire ne peuvent pas être considérées comme un ensemble
homogène, même si le recours aux stéréotypes dans les titres est souvent l’indice
d’une stratégie précise adoptée par l’éditeur et l’auteur, et révélatrice de l’existence
d’un genre ou d’un type.
L’examen des titres au niveau de l’énonciation permet de voir que ces marques
peuvent être considérées comme impliquant de la part des écrivains une adhésion à
l’esthétique du symbolisme.
L’examen des titres au niveau sémantique offre non seulement l’occasion de
mettre en exergue les effets de sens, mais de déterminer les principaux champs

le rattache à un intitulé, une inscription placée en tête d’un livre, d’un article, d’un texte et qui indique
son contenu.
23 sémantiques présents dans les titres du corpus. Parfois, les formulations
symboliques des titres expriment juste un malaise « existentiel ». Par exemple, Le
Soleil noir point (Nokan, Présence Africaine, 1962) qui n’annonce pas un récit sur le
soleil. Cependant, Les Soleils des indépendances de Kourouma (Presses de l’Université
de Montréal, 1968) rapproche effectivement « indépendances » du « soleil »,
c’est-àdire un jour nouveau qui se lève, même si l’histoire n’est pas tributaire du
rayonnement du soleil.
II. Obliquité sémantique et complexité des métaphores utilisées dans
les titres
Contrairement à l’Occidental qui rationalise ses rapports avec la nature, les
astres servent de terreau d’intitulation des œuvres par le biais d'un imaginaire
spécifique. La quasi-complicité entre l’homme africain et son milieu naturel
structure - consciemment ou inconsciemment- son imaginaire et sa vie affective.
L’immensité de l’univers suscite en chaque génération des interrogations et des
réponses enrobées de mystères et de mythes. Dans ce sens, l’astre lunaire et le
soleil génèrent des constellations d’images dans l’univers africain. Si le soleil régit
les activités diurnes, la lune règne en maître sur la nuit ténébreuse et incarne la
douceur, la renaissance, l’éternité, la fertilité et la fécondité. Des ambiguïtés
référentielles prouvent que la signification du titre n’est pas simpliste.
Commençons par les titres qui métaphorisent l’astre solaire. Édouard Glissant,
dans Soleil de la conscience indique que ce qui compte, c’est le lieu historique à partir
duquel l’auteur entend tenir son discours. Le soleil éclaté (Éditions du Flamboyant,
Cotonou, 1994) de Gasiglia René présente la vie passionnante et mouvementée
d’une plantation tropicale avec ses joies et ses difficultés. Aventure pleine de
rebondissements où se mêlent l’action, l’amour et l’exotisme si particulier à
l’Afrique. Les aventures désopilantes d’un journaliste, Zam révèlent le destin
tragique d’un peuple africain au bord du gouffre avec Trop de soleil tue l’amour (Paris,
Julliard, 2001) de Mongo Beti. Ce titre est une formulation euphémique qui a un
effet édulcorant quant aux douleurs post-coloniales traitées dans le roman. Le
soupçon d’un ton rude, ainsi que l’engagement outrancier de l’auteur dans un récit
de folie meurtrière se trouve évacué par l’intitulé inaugural. Pareillement, L’Envers
du soleil (Paris, L’Harmattan, 2004) Jean-Baptiste Tati-Loutard est un recueil qui
poursuit une veine partiellement mise à nu dans Chroniques congolaises. L’auteur s’en
va à la découverte de ceux qui, pour des raisons diverses, préfèrent tourner le dos
au soleil. Il ramène ainsi du fond de la nuit de nombreux déclassés sociaux dont il
reconstitue le poids de souffrances.
Kourouma Ahmadou avec Les Soleils des indépendances (Éd. du Seuil, 1995) signe
l’aventure de Fama, ce roi déchu du Hoeodougou qui n’a rien compris aux
mutations historiques de la société nouvelle africaine. Cet univers où le destin
tragique d’un personnage emblématique retrace l’histoire de la colonisation, des
indépendances, des aspirations démocratiques de l’Afrique a inspiré Fama de
Kwahule Koffi (Lansman, 1998). Watta Chehem du Djibouti, avec Sous les soleils de
24 Houroud, présente quatre recueils du poète le plus rimbaldien de la corne de
l’Afrique.
La nuit telle que sémantisée dans les titres des œuvres n’offre d’emblée aucune
transparence de la fiction. Les exemples sont nombreux. Une nuit tragique où
Nono, une prostituée de Cotonou tue pour se défendre un client trop
entreprenant ; elle est aidée à la dissimulation du cadavre par son amant Adolphe
Saklo, un jeune boxeur. Il en renaît une liaison tendue et fragile entre les deux
complices. Ce récit de Couao-Zotti Florent dans Notre pain de chaque nuit (Paris,
2000) trouve un écho racial avec Essomba Jean-Roger dans Une blanche dans le noir
(Paris/Dakar, Présence africaine, 2001). En effet, Sabine Noblecourt est une jeune
femme blanche qu’un terrible secret de famille a condamnée à la haine du Noir.
Mais un jour, elle tombe amoureuse d’un Africain. Avec le titre de son premier
roman L’intérieur de la nuit (Paris, Plon, 2005.) Léonora Miano annonce une longue
nuit pour Ayané confrontée aux miliciens qui préparent une cérémonie macabre. Il
s’agit d’une vision décapante de l’Afrique à la lumière des guerres civiles et de leur
mécanisme destructeur. Babacar Sall dans Chants de nuit. Poèmes pour Côte
d’Ivoire (L’Harmattan, Paris, 2004) envisage la poésie comme rempart contre le
chaos dans lequel s’enferme la Côte d’Ivoire. Konaté Moussa avec Un appel de nuit
(Lansman, 2004), met l’accent sur le rapport des communautés immigrées
maliennes à leurs sociétés d’origine et d’accueil.
Le signe du jour est emblématique chez Gaston-Paul Effa dans Voici le dernier
jour du monde (Édition du Rocher, Monaco). Le narrateur est un écrivain sans succès
qui quitte la France pour retourner en Afrique, à Bakassi, dans son pays natal. Il
espère que ce retour lui donnera l’inspiration qui lui manque, comme c’est le cas de
nombreux écrivains français qui ont puisé en Afrique le mystique aliment de leurs
livres. Bakassi est un pays imaginaire, c’est le condensé de tout le continent noir,
avec ses excès et ses folles passions.
Éclairs d’ébène et de diamant (Présence africaine, Paris/Dakar, 2002) Joachim
Paulin est un hommage plein d’émotions aux grandes figures de la littérature nègre
et aux amis qui ont œuvré à la connaissance de l’Afrique. Emmanuel Dongala dans
le roman Les petits garçons naissent aussi des étoiles (Paris 2000, Le serpent à plumes)
explore l’enfance de Matapari, le héros, et de son pays, le Congo, pris dans la
gangue de l’idéologie communiste. À la recherche des étoiles filantes (Bamako, Le
figuier, Poyi, 2000) de Béatrice Kanté est un recueil de poèmes bâtis autour de la
quête qui précède Une aube incertaine (2003, Présence africaine), interrogatoire du
devenir des sociétés africaines modernes. Chez Khadidjatou Hane, Sous le regard des
étoiles (NEA, Dakar, 1998) est une récusation d’un ordre social dominé par le mâle
narcissique ; c’est une rupture avec son passé que Mada Diop entreprend en
décidant d’aller étudier en France, au lieu de suivre un chemin tracé d’avance par sa
mère que la tradition a façonné pour l’obéissance et la résignation.
En scrutant davantage le ciel, Alioum Fantouré perçoit L’Arc-en-ciel sur l’Afrique
(Paris /Dakar, Présence africaine, 2001). Ce prix Media Tropical 2001 montre
25 comment trois leaders nationaux s’affrontent pour le pouvoir dans une lutte
fratricide, illustrant bien ce que sera l’indépendance dans certains territoires
africains.
On le voit clairement, le travail sur le langage, c’est-à-dire les jeux de mots, les
mots d’esprit, la néologie et la métaphore, permet d’observer les formes littéraires
en développement qui affilient leurs auteurs au champ littéraire ou au genre
esthétique mobilisé. Quel que soit le registre de langue (soutenu, commun, familier,
argotique ou jargonisant, etc.), on notera toujours une reproduction de discours
(sociaux, religieux, historiques et politiques). La formulation inaugurale de l’œuvre
est annonciatrice des éléments connotés au sein du texte dont le dévoilement
permet, à travers la variété des thèmes, d’histoires, de personnages, de styles, de
tons, du niveau de langue, de dégager la charge des astres.
III. Opacité des symboles dans l’intitulation des œuvres
Avertissement, rupture épistémologique avec la tradition, modification de
comportements sont permanemment suggérés par des titres énigmatiques que le
lecteur ne peut parvenir à déchiffrer ou interpréter qu’après lecture effective des
œuvres. Ombres et lumières astrales sont ainsi les domaines prégnants des titres
d’œuvres littéraires d’Afrique. Lorsque Nathalie Etoke titre son roman Je vois du
soleil dans tes yeux (Yaoundé, PUCAC, 2008), le lecteur ne s’imagine pas l’effort qu’il
doit fournir pour reconstituer des références éparses, bibliques, littéraires,
historiques et philosophiques lui permettant de demeurer dans la trajectoire
diégétique et idéologique de l’écrivaine.
Pour Jean Marie Wounfa (2010 : 145-165), les titres de romans camerounais
francophones situés entre 1990 et 2005 sont caractérisés par une intitulation
novatrice, en rupture non seulement avec la tradition entretenue par leurs
devanciers, mais également avec la langue française. Selon lui, les « titres
modernistes ou dissidents » se caractérisent par leur originalité, leur
anticonformisme et leur hermétisme, car les auteurs « soucieux de manipuler
l’auditoire, jouent sur le désir d’information et de connaissance que provoque le
discours intitulant.» On recherchera à travers la polysémie et la symbolique des
titres d’œuvres renvoyant aux astres, des éléments de compréhension de la fiction.
Les titres placés en tête des œuvres semblent coupés de leurs co-textes
respectifs par leur hermétisme, car en dépit du caractère concret des mots, ils ne
réfèrent pas d’emblée au monde sensible au réel. Ils sont d’un « pouvoir informatif
faible » (Wounfa, 2010 : 158). Faisant fi de la communication explicite d’une
écriture réaliste, les titres brillent davantage par leur littérarité, question de servir
d’appât au lecteur, afin de l’inciter à l’achat compulsif pour satisfaire sa curiosité.
Parfois le titre est une préfiguration du parcours du héros, similaire à la
circumnavigation qu’accomplit un astre à partir d’un point précis. C’est le cas avec
l’œuvre La Croix du Sud, pièce de théâtre du dramaturge camerounais Joseph
Ngoué, dont le titre désigne une constellation astrale dont les quatre étoiles, plus
26 brillantes, dessinent une croix dans le ciel (voir article Zango). Cette marque
avancée préfigure le déroulement de l’intrigue, l’atmosphère de nuit qui traverse
tout le texte, avec le récit tragique de la descente aux enfers du héros Wilfried ;
mais aussi, l’aventure d’une constellation particulière, la Croix du Sud qui,
longtemps restée prisonnière dans le ciel comme la race noire dans le Sud, se libère
à la mort du héros du théâtre poétique de Ngoué. A la lecture de la pièce, on se
rendra compte qu’au travers des voix de Wilfried et du Notaire, c’est-à-dire deux
personnages « astrologues », les astres recèlent la puissance permettant d’aboutir à
la libération de la croix du sud, symbolique de la politique d’Apartheid.
Mais plus que la révolution, c’est la lumière ou son absence qui constitue une
des particularités par laquelle les astres sont évoqués dans un intitulé tel que Traduit
de la nuit (Tunis, Mirages, 1935) où Jean-Joseph Rabealivero, écrivain malgache,
place l’Homme face à son destin et face à la mort. Si les jours et les nuits tissent les
trames du récit et par conséquent la vie du héros selon la dualité lumière/ombre,
c’est que les titres le suggèrent à l’exergue, comme le suggèrent aussi d’ailleurs
l’investissement intensif qui est fait de l’ombre au frontispice des textes. Des récits
exploitent judicieusement les métaphores liées à la fin du jour, et leur donnent leur
signification symbolique dans le destin du héros. D’Éclairs et de foudres (Abidjan,
CEDA, 1980) de Jean-Marie Adiaffi est le titre d’un florilège sur la danse funèbre
générée par les intempéries, les cataclysmes. Avec La Ronde des jours (Seghers,
1956), Bernard Dadié annonce une poésie de la souffrance, de la traite négrière.
Nocturnes (Seuil, 1948) de Senghor relève les contours de l’aliénation culturelle.
La lumière émanant des titres participe de manière symbolique et allégorique à
la figuration d’une métaphysique du salut. Avec Soweto, soleils fusillés (éditions Droit
et Liberté, 1977), J’Appartiens au grand jour (Saint-Germain-des-Prés, 1979) et Les
Ombres de la nuit (Nouvelles du Sud, 1994), Paul Dakeyo s’engage contre
l’Apartheid, l’obscurantisme et à sortir de l’ombre pour s’affirmer.
La métaphore du soleil, visible déjà dans les constellations de sourires lumineux
et de verroteries qui initieront l’aventure commune de l’Afrique et de l’Occident,
au sortir de la période coloniale s’observe avec Soleils neufs (Yaoundé, CLÉ, 1969)
de Maxime N’debeka, un signe poétique du désenchantement des indépendances
officielles africaines, à l’image du roman d’Ahmadou Kourouma, Les Soleils des
indépendances ( Montréal, P.U.M., 1968). Le titre Ensoleillé vif
(Saint-Germain-desPrés, 1976) d’Edouard Maunick métaphorise l’amour du pays natal, célèbre la
nature de l’île Maurice.
Théodore Nangoua voit dans Un soleil dans la nuit et Arc-en-ciel de Rémy
Sylvestre Bouelet, de titres révélateurs d’une esthétique du contraste. Il écrit
notamment dans Rupture et transversalité de la littérature camerounaise (2010
:pp.168169) :
« L’arc-en-ciel est en fait une réalité combinatoire qui matérialise le brassage hétéroclite
des couleurs bigarrées, des couleurs et des contre-couleurs. On associe le bleu à la couleur
des cieux et le rouge à la couleur de la terre, au monde de la matière. La fusion de ces
27 deux couleurs donne le violet, première couleur de l’arc-en-ciel. Du point de vue cosmique,
l’arc-en-ciel est le symbole de la fusion universelle. Un Soleil dans la nuit révèle tout
autant, deux phénomènes cosmiques dont la signification objective porte le contraste : le
soleil et la nuit. Si le soleil brille et illumine, s’il éclaire, la nuit par contre enténèbre,
obscurcit, masque.
Dans leur symbolique subjective, dans leur valeur métaphorique, le soleil induit clarté, la
libération. Il est le reflet du bonheur (le soleil des plages). Il sémiotise l’euphorie au
contraire de la nuit qui est généralement chargée d’un fort coefficient de péjoration puisqu’il
est souvent associé aux représentations eschatologiques. Symbole tératogène, la nuit suggère
l’obscurantisme, le déboussolement, l’aventure incertaine, la frayeur cosmique initiale. Le
soleil et la nuit indiquent une bipolarité cosmique à forte charge euphorisante et
dysphorisante. Ils renvoient pour ainsi dire au topo référentiel du contraste qui structure le
sens des œuvres poétiques de l’éminent poète. »
Plusieurs romans s’inspirent des rites astrologiques des peuples. Les astres
comme éléments de transfiguration dans les croyances populaires, interfèrent
immanquablement dans la formulation des titres des œuvres générant des actants
sous influence astrale. Dans Terres médianes (Saint-Germain-des-Prés, 1984), Lamine
Diakhaté retourne aux sources orales dans cette partie de l’astre terrestre appelé
Afrique. On a par exemple des rites purificatoires pendant une durée de six lunes.
La création des titres devient ainsi une technique d’écriture d’inspiration astrale. La
création littéraire et artistique reprend des éléments célestes à son actif et
métaphorise diverses situations pour engendrer des intitulés sui generis.
On peut identifier un agrégat de mots, qui à une époque et dans une culture
donnée, permettent la diffusion plus ou moins immédiate d’une image de l’Autre.
Tels des astres éteints de Léonora Miano (Pocket, 2008) pose le problème de la
différence des couleurs chez les immigrés africains de France. La question
identitaire que soulève la reconnaissance de leurs races ramène les personnages
dans une ancienne mythologie où ils sont considérés effectivement comme des
« astres éteints » qui « devront s’ouvrir et abandonner le ressentiment pour briller à
nouveau ». Le titre du roman, de ce point de vue, métaphorise un état léthargique
qui interpelle régénérescence. Des Stars occultées successivement par le regard
porté sur leurs couleurs et par le ressentiment subséquent.
Les indications stellaires dans les titres des œuvres littéraires renvoient à un
système d’équivalence entre le cosmos et l’individu. L’espace extérieur pourra ainsi
renvoyer à l’espace intérieur d’un personnage, d’un narrateur. Des paysages
mentaux pourront être reproduits à l’échelle cosmique, comme le voit Yemy S. Ch.
dans La Lune dans l’âme (Paris, L’Harmattan, 1997). Dès lors, les interprétations
cosmiques s’enracinent dans l’ethno-anthropologie des communautés, exprimant la
vivacité de leurs traits culturels et leurs rapports à la nature. Dans cette logique,
l’œuvre littéraire, création de l'esprit permettant la figuration du réel, est
constamment investie du symbolisme des astres. Comment s'opèrent les
figurations des réalités astrales? Sont-elles rangées, dans « l'espace de papier », au
rang de simple réalité cosmique? Ou du moins, appellent-elles des considérations
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