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Les Basques

De
353 pages
Cet ouvrage, se propose de mettre l'accent sur la logique de la société traditionnelle basque. Une logique bien différente de celle des sociétés patriarcales. Faut-il la qualifier de matriarcale ? Assurément oui si l'on admet que le matriarcat repose sur une égalité des sexes et des générations devant l'héritage du nom et du bien, un recentrement sur l'enfant rendu possible par la croyance en la mère phalique, et non une domination des femmes. Tel est le schéma de pensée de cette société agro-pastorale basque.
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LES BASQUES
SOCIETE TRADITIONNELLE ET
SYMETRIE DES SEXES

Collection Recherches et Documents - Espagne dirigée par D. Rolland avec J. Chassin et P. Ragon

Déjà parus
BESSIERE Bernard, La culture espagnole. Les mutations de l'aprèsFranquisme (1975-1992), 1992. LAPAGE Franck, L'Espagne de la Contre-Révolution, XVIIIe-XXe siècles (préface de Guy Hermet), 1993. KÜSS Danièle, Jorge Guillén, Les lumières et la Lumière (préface de Claude Couffon), 1994. TODO I TEJERO Alexandre, La culture populaire en Catalogne, 1995. PLESSIER Ghislaine, Ignacio Zuloaga et ses amis français, 1995. SICOT Bernard, Quête de Luis Cemuda, 1995. ARMINGOL Martin, Mémoires d'un exilé espagnol insoumis, 1995. FRIBOURG Jeanine, Fêtes et littérature orale en Aragon, 1996. CAMPUZANO Francisco, L'élite franquiste et la sortie de la dictature, 1997. GARCIA Marie-Carmen, L'identité catalane, 1998. SERRANO MARTINEZ José Maria, CALMÈS Roger, L'Espagne: Du sous-développement au développement, 1998. BARRAQUÉ Jean-Pierre, Saragosse à la fin du Moyen-Age, 1998. LENQUETTE Anne, Nouveaux discours narratifs dans l'Espagne postfranquiste, 1999. DENÉCHÈRE Yves, La politique espagnole de la France de 1931 à 1936, 1999. MARQUÉS Pierre, La Croix-Rouge pendant la Guerre d'Espagne (19361939), 2000. ROJO HERNANDEZ Severiano, Église et société, Le clergé paroissial de Bilbao de la République au franquisme (1931 - années 50), 2000. PÉRÈs Christine, Le nouveau roman espagnol et la quête d'identité: Antonio Munoz Molina, 2000. VENEGAS Alejo, Agon{a del transito de Lamuerte, 2000. MAGNAN Valérie, Transitions démocratiques et télévision de service public, 2001. André BARON, Menendez Pelayo, son Espagne, et la France: quand s'incubait la guerre civile de 1936-1939, 2001. ITHURRALDE Marianick, Le Pays Basque, la Catalogne et l'Europe, 2002. GINARD David, Les Baléares sous le régime franquiste, 2002.

Anne-Marie LAGARDE

LES BASQUES: SOCIETE TRADITIONNELLE ET SYMETRIE DES SEXES
Expression sociale et linguistique

Préface de Txomin Peillen

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4060-X

Ama eta Aitaren orhizapenez

Régis Supervielle semeari, eta Anne Supervielle alhabari, « eguzk.i amandrea » edo « eki axama » izan dadin beti bizirik haien bihotzean ! Eta Euskal Hem osoa bero dezan bere maitagarrizko hatsaz Euskara !

Mauléon, 20 octobre 2002 Ce travail résulte de l'allègement d'une thèse de doctorat soutenue en novembre 2000 à Bayonne. Cette thèse n'aurait pu voir le jour sans l'aide de M. Txomin Peillen professeur honoraire de Langue et Civilisation Basques à Bayonne et de M. Marie -Jean Sauret, psychanalyste et professeur de Psychologie Clinique à Toulouse -LeMirail. TIsl'ont codirigée. Personne ne pouvait mieux que M. Pe illen respecter mon goût de la transdisciplinarité, ma façon de travailler, tout en m'assistant par ses conseils et sa grande érudition. Sans les recentrages si éclairants de M.Sauret gr âce à sa science psychanalytique, sans son ouverture aux autres et sa bienveillance, je n'aurais su me distancier de mon sujet, prendre confiance. Je les remercie tous deux très vivement. Je remercie aussi M. Jean Haritshelhar, Mme Maïté Lafourcade, Mrs Jokin Apalategi, Joxe Azunnendi, Henrike Knorr Borras, respectivement pr ésident et membres de mon jury de thèse, pour leurs précieux conseils. J'exprime ma gratitude affectueuse à ma famille maternelle. C'est grâce à elle (et en particulier à ma tante Ana Carriquiry et à mon oncle Jean-Baptiste Carriquiry) que j'ai pu puiser à la source vive de ce monde basque dont ma mère, décédée, m'a communiqué l'amour. Mes remerciements vont aussi à Eusko Ikaskuntza, Société d'Etudes Basques, pour son aide financière, ainsi qu'à tous mes infonnateurs: le Père Junes Cazenave-Harigile, Marie et Nicole Erbinartegaray, Joseph et Maïté Etchebarne, Juje Etchebarne, Luxi Etchecopar, Madame Etchecopar, Jean-Dominique lriart, Léonie Aguergaray, Marie-Claire Leurgorry, Gabi Ayçaguer, Roger Bametche, Pilar et Eritxe Pagoaga, Janet te Ananos, et bien d'autres qui me pardonneront de ne pas les nommer... Que Gabi Ayçaguer et Pierre Carriquiry qui ont entièrement relu ce travail trouvent ici l'expression de ma très vive reconnaissance ainsi que Dominique Vautier. Enfin, je voudrais rendre hommage à Ana Bozom, mon informatrice de Licq, tragiquement disparue cette année. Sa ferveur pour notre monde basque et la façon dont elle faisait vivre notre culture me touchaient tout particulièrement. A-M. L.

Préface
Txomin Peillen Karrikaburu Académie Royale de la Langue Basque «L'instauration de la symétrie des sexes dans la pensée des Basques» fut le thème choisi par Madame Anne- Marie Lagarde Goihenetxe et qui lui valut le 18 novembre 2000 de la part de sept spécialistes pour sa thèse la mention Très Honorable avec les félicitations du jury. Lorsque l'on aborde l'univers psychique d'un peuple, le chercheur ne l'envisage, souvent, que du seul point de vue de sa discipline, Madame Anne-Marie Lagarde « Goihenetxe » réussit la gageure, d'apporter d'une part des documents et des enquêtes sur la question de la symétrie des sexes dans la société basque et d'autre part de s'appuyer sur des points de vue historiques, linguistiques, littéraires, sociologiques, ethnographiques et psychanalytiques qui interfèrent toujours dans l'édification d'un univers spécifique. Elle est la première à établir, pour les Basques, un lien entre la pratique linguistique, le droit, l'organisation de la société, et la mythologie pour défendre sa thèse et réaliser, par un travail de systématisation, une synthèse solide. En évitant de se noyer dans les diverses interprétations d'études antérieures plus restreintes, mais sans réaliser d'exclusives, elle met sa documentation au service d'un projet clair. Une langue sans être un miroir parfait, n'est pas neutre et la nôtre, l'euskara reflète deux aspects particuliers de la société basque qui sont la symétrie des sexes d'une part et, le primat du materneL La langue basque est une forme de résistance de cette spécificité et sa disparition entraînerait une modification de la vision identitaire de chaque sexe. Une des originalités de l'euskara, langue non indoeuropéenne, est l'usage de « l'allocutif » qui est dans les formes verbales de l'indicatif des phrases simples (en plus des tutoiements masculins et féminins et du vouvoiement) la nécessité de marquer grammaticalement à toutes les personnes de ces conjugaisons une déférence. Si je m'adresse à une femme familièrement, j'emploie le noka et je dis« nous mangeons» :jaten dinog;l,si je m'adresse familièrement à un homme en fDka: jaten diagu,

courtoisement à une personne en zuka quel que soit le sexe: jaten dizugu, collectivement: jaten dugu.Cela entraîne déjà dans le parler quotidien une symétrie femme/homme, et des allocutifs nnka/toka. Madame Lagarde nous présente son enquête en Pays de Soule sur ces traitements symétriques du toka/noka actuel et une analyse de l'allocutif dans quelques textes littéraires depuis le XVIe siècle. Le patriarcat des peuples romanisés se manifeste dans la langue pour des termes de la parenté à base masculine, parent vient de père,

fratrie de frère; en castillanle « masculinisme est encore plus frappant: »
Ins t£os(oncles et tantes) Ins hennanos (frères et sœurs), los padres Qes parents), tandis qu'en langue basque cela ne se peut, à l'opposé des Espagnols nous désignons la fratrie, symétriquement, par frères et

sœurs: anai-arrehak ou aurridalk(lit. co-enfants), les parents aitamak(lit.
père-mères) ou gurasxlk (lit. les anciens). Ces pratiques langagières ne sont pas neutres, ni fossiles car d'autres aspects de la société basque confirment leur valeur dans l'instauration de la symétrie des sexes. Contrairement au droit romain le droit basque donne un droit d'égalité d'héritage entre les aînés filles et les garçons, la possibilité pour la femme de garder des biens personnels et d'en disposer comme elle l'entend. Dans la maison, le pouvoir est partagé traditionnellement entre le père et la mère. Certains des éléments de cette tradition rurale persistent chez les Basques actuels qui sont désormais très majoritairement citadins et les pratiques originales de l'allocutivité masculine ou féminine reviennent au goût du jour puisqu'elles sont adaptées à une mentalité qui n'a pas encore été totalement bouleversée. Des ethnologues comme J.M. Apalategi, J.C. Baroja ou J.M. Satrustegi ont montré que dans les sociétés de tradition basque, même en ville, la symétrie des sexes entraîne une certaine séparation qui surprend les espagnols entre les cuadrillas de garçons et les cuadrillas de filles. Certes le développement de l'individualisme contemporain, les maisons de retraite, tend à faire disparaître la coexistence et l'autorité anciennes des maîtres anciens et des maîtres jeunes qui maintenaient pardelà les lois jacobines une indivision de fait à quatre sous le même toit. Ces cohabitations et le partage du pouvoir selon le droit coutumier basque ne se faisaient pas sans heurts mais exigeaient, d'une part une affirmation de la symétrie des sexes, d'autre part un effacement des

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égoïsmes et des individualismesdevant la personne que représentait « la maison» etxea. Pour répondre au partage des biens « à la française», les
ruraux basques maintiennent des propriétés à l'état d'indivision ou bi en résolvent le problème de l'héritage en n'ayant qu'un seul enfant Pour les non-spécialistes il est surprenant de voir que, dans la tradition basque rurale, malgré le «modernisme », l'Etat Civil et les Registres Paroissiaux, les gens sont encore désignés par le nom de leur maison: un homme né dans la maison X s'il se marie dans une autre maison prendra le nom de la maison de sa femme Y jusqu'à la fin de sa vie. Cette coutume combattue par l'administration française aboutit au

fait que les gens vous diront le nom français de cette personne frantses izena (la signature) est Etchebarne et le nom basque euskal izena (la
maison) Irigoien ; la confusion administrative fit que mes ancêtres à partir du milieu du XVIIIe siècle signèrent du nom de leur maison. L'étude des censiers gothiques montre que la plupart des maisons rurales en Pays Basque nord existaient déjà au XN e siècle. Cette symétrie qui définit et différencie nettement la femme de l'homme permettait et permet à la femme basque un meilleur positionnement de sa personnalité, de son identité dans un pays peu riche et aide à mieux affronter les difficultés de la vie dans des contrées où les hommes furent et sont des migrants saisonniers ou de longue durée. Cela donna aux femmes basques et aux femmes pyrénéennes en général, sous l'Ancien Régime, une liberté (biens personnels, droit d'aînesse féminin, droit de vote local perdu à la Révolution, dot réservée à l'éducation des enfants et rendue en cas de stérilité, naissances hors mariage) et surtout une responsabilité (administration des finances familiales, rôle religieux marqué) que les pays de droit romain et de plaines ne connurent pas en Europe. Madame Lagarde observe qu'il y eut une évolution ancienne de ce système symétrique qui favorisa et favorise encore une certaine idolâtrie de la mère au détriment de la femme. TInous semble que la démission du père que l'on constate de nos jours, partout, s'est sans doute produite en douceur plus anciennement en Pays Basque, par suite, justement de l'éloignement des hommes du foyer lors de leurs migrations de bergers, de manœuvres, d'artisans, de pêcheurs, ce qui contribua à maintenir la

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femme basque dans un statut meilleur que beaucoup de femmes d'autres pays d'Europe. Cette féminisation de la société basque se reflète dans sa mythologie recueillie entre le XIVe et le XXe siècle; en effet les croyances basques ne comprennent aucun dieu masculin mais une seule divinité, commune à toute l'Europe depuis le paléolithique, semble t-il, la déesse mère qui a survécu, dans le souvenir de cultes et de prières recueillies encore au XXe siècle. Cette déesse de la terre Anderea,la dame, a deux filles Soleil Eguzki et Lune, llatgi Cela confirme d'une part la place de la mère dans la société basque et la transmission de la religion par des femmes très sûres de leur personnalité. Toute cette tradition basque, sous sa forme ancienne, est menacée de disparition. L'on observa il y a dix ans une régression du tokalnoka par suite de l'absence d'un tel modèle dans la seule langue imposée à l'école, le français. L'évolution récente de la société basque ne nous permet pas de partager le pessimisme critique de ce livre, même si le système de succession de l'aînesse intégrale ne sera pas conservé en France il est, avec la nuance du choix des parents, le droit des Basques du sud. Certes comme dans le domaine du travailla notion d'égalité est un idéal, la notion de parité une mode, mais le partage symétrique des responsabilités pourrait être un modèle pour la société basque de demain, car l'on ne change pas une civilisation à coup de lois, sans utiliser les valeurs spécifiques qu'elle conserve. Madame Lagarde ne pouvant accéder directement à toutes les sources les spécialistes lui signalèrent, les erreurs commises par ses sources et elle put les corriger, enrichir et nuancer ses conclusions d'où l'apport exceptionnel de ce travail ambitieux qui montre les qualités et l'évolution d'un univers prétendument archaïque mais que les caprices du temps remettent en valeur. C'est la leçon de cet ouvrage original.

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RÉSUMÉS
Les Basques: société traditionnelle et symétrie des sexes La thèse démontre qu'une logique d'égalité due à la croyance en la prééminence de la mère préside à la société traditionnelle basque. Sa cohérence apparaît dans le vieux droit (aînesse intégrale / co seigneurie des maîtres jeunes et vieux) et dans l'expression du masc. et du fém. en basque. Mais cette logique est victime d'un préjugé, du fait d'une histoire complexe et de l'imposition forcée d'un autre référent de l'égalité par l'Etat Central moderne. Le départ des cadet(te)s, perçu comme une exclusion injuste par la sociologie contemporaine, constitue pourtant la possibilité même du social dans un monde où la femme comme l'homme transmet le nom. Grâce au système d'alliance entre cadet(te)s et aîné(e)s le sacrifice est transcendé par le don. Celui-ci, indice d'un système hautement démocratique, prévaut aussi dans la langue, qui permet, par des formes allocutives associées au pronom HI, l'identification très symétrique d'autrui comme homme ou femme. L'histoire de l'euskara montre que la société basque est passée d'un matriarcat gylanique (ou égalitaire) à un matriarcat évinçant les femmes. La prétention universalisatrice de l'Eglise, puis de l'Etat Central, est à l'origine d'une neutralisation linguistique des sexes (liée à l'emploi du pronom ZU) qui entraîne l'avalement de la langue. Eüskaldünak : gizarte tradizionala eta sexüren simetria Eüskaldün ohidürako gizartea, amaren gehientarzünaren gai nean eraikitzen da eta aitanausitarzün edo patriarkato gizarteen bestelako logika badü. Lehenago emaztearen gehientarzün herexak ageri ziren, bena oraiko Estatü erdiazale horiek herexak galarazi dütie eta nekez irakurtzen dütügü. Alkarren kontrako irakurtz eak egiten dira, aurride gazteagoen joaiteko legean behaztopatzen direnak. Halere lege sarearen azterketak, mitologiak, mintzaje jakitateak, psikanalisiaren argian, teoria etsaiak gainti litiro. Erakusten deikü etxean (izen emaile etxean) primantza osoa sistemaren fundamena deIa, eta gazteagoen joaiteak inzesto debetü-Iege orokor baten betetzearen jakile dela. Heren-Aita (Aitaren izenaren) ezagiitzeak emaztearen hitza berme, askazitarzüna haizü egiten dü. Aitaren egitekoa, sinbolo lekü baten bidez egiten da,

Il

Edipoa ezpaita aita baten gizarte lehentarzün eta gizonaren bürüzagigoa batez emendatürik.. Hortik ho rra da, sexüen artean simetria jartea, bestearen sexü bestelakotarzüna errespetatzez : hon titülü sistema baten bidez betetzen da (denentzat no blezia dena) eta eüskarak, aditzean, arra eta emearen mintza molde berhexi batekin (toka eta noka), gain gainetik dena bürützen; horrek ere artzainen ikusgünetik poterearen aldikatzea ekarten düalarik. Hortako, emazte lege edo matriarkato bat bazen. Lehenago ohargarriki plomüan zena, üngüratzen düan gizon nausitarzünaren indarkaldiekin bestelakatü dena, jarraiki bide bat eman ama sakratü egin düana, emaztea baztertzez. Mintzajea hortarik ithotzen an zaikü. Los Vascos : sociedad tradicional y simetria de los sexos La sociedad tradicional vasca reposa en la creencia de la posici6n privilegiada de la madre y en consecuencia obedece a una 16gica diferente a la de las sociedades patriarcales. Las huellas de la importancia de la mujer aparecen en el pasado pero el Estado central moderno las ha destmido, complicando as! su legibilidad. Se han realizado varias lecturas contradictorias sobre la ley de partida de loseas) bijos(as) postenores al primogénito. Sin embargo, un examen de carâcter juridico, mitol6gico y lingüistico desde el punto de vista deI psicoanâlisis puede ayudar a superar la contradicci6n. Este examen muestra que en un sistema fundamentado en la primogenitura integral dentro de la "etxe" 0 casa que denominarâ a la familia, la partida del resto de loseas) hij oseas) representa la aplicaci6n de la ley universal de la probibici6n deI incesto. El reconocimiento deI padre-simb6lico (Nom du Père) garantizado por la palabra de las mujeres permite la filiaci6n. En efecto, la funci6n paternal es representada con carâcter simb6lico, el Edipo no es reforzado por la primac!a social deI padre concreto y el dominio de los varones. Asimismo existe un posicionamiento simétrico de los sexos respetando su diferencia: se elabora gracias a un sistema de titulos (nobleza para todos) que culmina en una expresi6n particular del masculino y del femenino en lengua vasca, llevando consigo una rotaci6n deI poder en el mundo pastoril. Por consiguiente se trata de un matnarcado. Notablemente equilibrado en la antigüedad, transformado baj 0 los golpes deI

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androcentrismo que le rodea en un modelo pernicioso sacralizando a la madre, que suplanta a la mujer. Por todo ello la lengua esta asfixiada. Basque people's: instituting a symetrical relation between male and female subjects. The thesis argues that because one fundamental element in the traditional Basque society is the belief of the pre -eminence of mothers, then that society works in a manner that is different from patriarchal systems. Traces of the significance of women can be seen in the past but they have been annihilated by modern central states, thus rendering studies on them more complicated. One who wants to analyse these past traces is likely to find contradictory readings and to stumble over a major difficulty: the law regul ating the leaving of the youngest person from a family house (called etxe in Basque language: the house and all its social functions). However, completing a survey on the judicial, mythological and linguistic fields under a psychoanalytic eye can help ove rcome difficulties. Such a survey shows that in a social system based on birthright, the youngest child being consequently obliged to leave the etxe merely represents the application of the universal law forbidding incest. The elaboration of filial relashionships is triggered by women's word, wich guarantees the aknowledgrnent of the role of the father as the third party within a family ("Nom-Du-Père"). As the paternal function is embodied by a symbolic position, the Oedipus syndrome is not intensified by the social superiority of the father or by the domination of male subjects. Accordingly, both male and female subjects get organised in a symetrie way, while differences are respected all the same. The complete elaboration of that social system takes place thanks to a characteristically Basque way of distributing titles and is perfected by a specific use of the masculine and the feminine in the Basque language. In a pastoral society thus organised, distribution of power takes place following a rotary movement. Consequently this is a matriarchal social system. It used to be extraordinarily balanced but, under the influence of surrounding societies which tend to privilege and exclusively refer to male patterns, it has gradually developed into a pernicious system which has led to regard mothers as sacred people and has eventually supplanted women. The language itself has been weakened.

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CADRE DE LA RECHERCHE LA QUESTION DE LA SYMETRIE DES SEXES

1- Un

véritable

"casse-tête"

Une question d'importance agite régulièrement la République des Lettres et des Sciences humaines: un traitement égalitaire des sexes a-t-il jamais eu cours dans l'histoire de l'humanité? A l'heure actuelle, la tendance est de penser que "l'égalité des sexes" n'a jamais existé - ou dans un passé tellement lointain qu'il en devient mythique et qu'il n'existe pas davantage dans les sociétés contemporaines, malgré de nombreux acquis. Les anthropologues jugent que dans le meilleur des cas on tend vers elle, d'une manière ponctuelle ou sectorielle, et selon un mouvement qui jamais ne pourra déboucher sur une conquête définitive. Impensé de l'esprit humain elle serait son impensable aussi. Que le masculin ne soit réductible au féminin (autrement dit lui soit "asymétrique" ) est certes une donnée de base, mais elle ne va pas de soi au plan de l'inconscient. Elle requiert un traitement social. De la valeur donnée à l'un et à l'autre des sexes dépendrait la différence, et partant le lien social: pour que celui-ci puisse se faire, le prix accordé à chacun semble ne pouvoir être le même. Tel est le dilemme sur lequel on bute quand on examine les données du problème. Aussi Françoise Héritier, en fidèle héritière de Claude Lévi-Strauss, exprime-t-elle dans ce qui constitue le titre même du premier chapitre de son ouvrage Masculin/Féminin1 la question-réponse suivante: "La
wlenœ différentielle des seX£S au fondm1ent ck la société?".

L'auscultation des sociétés occidentales modernes, si sûres d'e lles pourtant, et même si elles paraissent mieux loties que d'autres à bien des égards, n'apporte aucun démenti à sa thèse. Dans le domaine de l'égalité des sexes, elles n'ont que peu de motifs de pavoiser, en effet.
" ... Il ne fait pas ck daut£, jXJW tnut ob sen:aJeur ck la saiété axidmtak,
est marquéE par U11£fLlaionœ domination rY1l1XlI1ine.La sufuniination quWe féminine

L Françoise

Héritier,

MasCulin / Féminin,

Paris, Odile]

acob,

1996, p. 15

est évidente dans les danaines

du politique,

ck l'émnaniqu£

et du symlxJlique

"2.

Et quand bien même les femmes arriveraient-elles au "sommet", pourrait-on ajouter, elles ne sont pas assurées de garder leur part féminine et donc de marquer un point dans la difficile accession à un traitement égalitaire des sexes respectueux de leur différence, car mimer les hommes n'équivaut point à les égaler en tant que femmes. Or la structure générale du pouvoir est telle dans l'Etat moderne que seul le mime est possible. Et l'on se retrouve "renvoyé(e) au tapis" avec sa question! 2 - Psychanalystes, anthropolo gues et sociologues devant la
« question» Les premiers constatent qu'au jeu de la compétition avec leurs compagnons beaucoup de femmes se sont enfoncées dans une solitude sans appel. Et ils voient dans ce désir d'égaler les hommes l'indice de ce pénisneid ou envie du pénis déjà soulignée par Sigmund Freud chez certaines patientes souffrant d'hystérie 3. Pour certaines d'entre celles dont on admire la réussite sociale, il s'agit peut-être plus, inconsciemment, et en dépit de leurs dénégations, de prendre leurs places aux représentants du sexe masculin que de les prendre avec eux, pour récuser l'évidence qui s'impose douloureusement à toute petite fille -comme le prouve la clinique- : celle de l'absence de pénis pour elle. Jacques Lacan, lui, montre à quel point l'accession à la féminité (comme l'accession à la masculinité, d'ailleurs) est le résultat d'une conquête et non une donnée immédiate. Qzid dès lors de l'égalité des sexes pour les psychanalystes? Pas grand chose s'il est question pour la femme de s"'égaler" à l'homme car cela reviendrait à nier le féminin-. De grandes promesses, en revanche, s'il y a séparation symbolique avec l'autre sexe. Ce qui n'est

2 Françoise Héritier, ibid, p. 25 et p. 205. 3 - Voici ce que Jacques Lacan dit de cette revendication féminine du pénis au Séminaire Livre v: Paris, Seuil, 1998, p. 279 : "Cette revendication, dans sa substance, consist e à dire - il est vrai que nous observons chez la petite fille au moment de son évolution, la mise au premier plan du phallus, et d'une exigence, d'un désir, qui se manifeste sous la forme ambiguë, pour nous si problématique, du pénisneid. Mais qu'est -ce que c'est? Voilà en quoi consiste tout ce qu'il nous explique -c'est une formation de défense, c'est un détour comparable à une phobie, et la sortie de la phase phobique doit se concevoir comme la gu érison d'une phobie qui serait en somme une phobie très généralement répandue, une phobie normale, mais du même ordre et du même mécanisme que la phobie."

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pas donné au premier ou à la première ministre venu(e) ! Dans la question de l'égalité avec les hommes il ne suffit donc pas d'avoir un rôle social de premier plan: il faut aussiet surIDut; avoir pu dépasser l'état d'inceste psychique, cette fameuse" animalité" inhérente à la condition humaine. Pour accéder à l'individuation (à ne pas confondre avec le statut d'individu si mal sainement exalté aujourd'hui) il est nécessaire de démêler en soi le masculin du féminin, autrement dit d'en passer par la castration symbolique4.Pour ce faire il ne suffit pas de s'interdire ou d'interdire le passage à l'acte incestueux. Les sociétés humaines prohibent toutes l'inceste, nous le savons grâce aux travaux de Lévi-Strauss, mais nous savons aussi que les transgressions sont monnaie courante, et la psychanalyse montre que l'inceste psychique est quasiment la norme au XXe siècle. Les tentatives de création de "l'homme nouveau" issues de l'idéal des
Lumières du XVIIIe siècle en sont pour une bonne
part

la cause et en

tout cas l'indice. Entre sociologues, anthropologues, ethnologues et psychanalystes tout n'est pas entendu de la même manière sur la question de l'égalité des sexes. Loin s'en faut. Là où les uns verront, statistiques à l'appui, la preuve d'incontestables acquis (Elisabeth Badinter par exemple), d'autres resteront fort sceptiques. L'indifférenciation sexuelle en qui certains trouvent la preuve d'une avancée est au contraire, pour les psychanalystes, la marque d'un mal être, l'indice d'une mauvaise structuration, et dans le plus tragique des cas celui de la déstructuration psychotique. En définitive, dans l'appréciation que l'on peut porter sur cette difficile question, l'éprouvé intérieur de chacun et chacune, son aptitude à l'autonomie psychique et sa joie de vivre seront des indices aussi importants que les statistiques sur la "réussite" des femmes. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut les empêcher d'aller à l'école! La valeur accordée au fémini n passe bien sûr par les programmes et les institutions sociales.

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- Concept psychanalytique, la castration ne concerne évidemment pas l'organ e réel. Elle fait référence au phallus qui symbolise le manque et concerne les deux sexes dans la mesure où, originairement la petite fille se croit castrée, tandis que le petit garçon, au spectacle du sexe de la petite fille craint qu'on ne le castre "comme elle", Si la première doit faire le deuil de l'organe imaginaire pour accéder à la féminité, le second doit affronter et dépasser sa peur.

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3 - La mécanique de reproduction de la domination masculine et l'impasse des sociétés modernes Or, malgré les progrès de la scolarisation et un certain déblocage des institutions, malgré 0 u à cause des vœux pieux, les sociétés modernes dites évoluées n'ont pas trouvé de solution au problème, comme le démontre nettement Pierre Bourdieu en 1998 5. Le sociologue, inscrivant la domination masculine dans l'histoire et non dans une essence, montre comment elle se produit et se reproduit à partir d'un modèle dont l'archétype se retrouve d'après lui "à l'état pur" chez les Kabyles ou dans le Béarn traditionnel et subsiste en dépit des apparences dans les sociétés contemporaines de culture méditerranéenne. TIs'agit pour lui de se livrer à la socioanalyse de ce qu'il appelle un "inconscient androcentrique" produit par l'histoire, pour mieux lui faire rendre gorge. il constate que l'invariant s'inscrivant chez les Kabyles en un schéma d'oppositions pertinentes entre sec (masculin! dominant/ sacré droit/ solaire) et hmnide (féminin/ nature cultivée / sacré gauche/ nocturne) constitue une
archéologie objective de cet inconscient androcentrique.
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c~-à-dire

4 - La question du nom et le « ligotement » au masculin Le patronyme, fondement du social dont Pierre Bourdieu remarque bien - mais dans une petite note en fond de page, et sans s'y attarder - qu'il échappe aux femmesB est, quant à lui, une institution à double tranchant: censé marquer la part du père de l'enfant (nécessaire pour que la fille ou le garçon puisse se démarquer
5_ Pierre Bourdieu, La Daninationmœruline, Paris, Seuil, 1998, p. 139. 6-Pierre Bourdieu, ibid., poll3. 7-Pierre Bourdieu, ibid., poll1. 8-Pierre Bourdieu, ibid., p.86 : "On voit qu'Otto Weininger n'avait pas complètement tort de se réclamer de la philosophie kantienne lorsque, après avoir reproché aux femmes la facilité avec laquelle elles abandonnent leur nom et prennent celui de leur mar~ il concluait que "la femme est par essence sans nom et cela parce qu'elle manque de personnalité".

18

du désir de la mère et accéder au leur propre) il n'y suffit pourtant pas. Et il entretient la prééminence du masculin dans la société puisqu'il signifie que la fille et le garçon ne dépendent que de leur père (puis du beau-père pour ce qui est de la fille si elle se mar ie ). Le fait que nombre de mères tentent de transmettre "leur nom" aujourd'hui ne change rien à l'affaire car c'est celui de leur propre père qu'elles donnent à l'enfant, marquant ainsi leur attachement oedipien, et l'on tourne en rond dans le dilemme. Est-ce à dire que le matrilinéarisme institué dans certaines sociétés pennettrait que la symétrie ne soit compromise dès le "départ", au moment où le nom est conféré à l'enfant ? C'est assez peu probable. Les anthropologues et les ethnologues - on y reviendra - ont clairement montré que dans le cas de figure où l'enfant est rapporté à la lignée de la mère, l'autorité effective (la transmission des biens) relève de l'oncle maternel. Ceci explique les conclusions extrêmement pessimistes qu'ils émettent quant à la simple possibilité de l'existence de conditions favorisant un traitement symétrique des sexes. 5 - Hypothèses sur l'origine de la domination masculine Constatée en tous lieux aujourd'hui encore, sous des formes plus ou moins tragiques et avec une constance qui est en elle-même de l'ordre du tragique, d'où proviendrait-elle au fond? Selon certains, du désir de l'homme d'affirmer son rôle dans la procréation 9. Pierre
Bourdieu, se référant à Mary O'Brien 10,
passant

précise:

(((On nntera en

ck wir surmonter
restaurer

que, si, se situant dans une persJxrtiœ ps;dxmalytique, [elk) n ~ pas tort dans la daminatinn masculirœ k praJuit ck l'effort des Ixmmes jxJ1ff

kw déjxJssessinn des 111O)l!f1S de reprrxluction de l'esf*£ et jxJ1ff laprimaut£ de la paternitÉ en dissimulont k tramil rkl desfemmes dans l'enfantEmen~elk cmet de rapJxJrter e tramil ((idfvkgique" à ses Witohks c f~ cèst-à-dire aux mntraintes de l'£rormziedes bi£m synlxliques qui imfxJsent la subordination de la repraluction biokgiqu£ aux nfn?ssitésck la
repraluction du capitol symlxJlique"

.

On peut estimer que ces hypothèses laissent la question là où elle démarre.
9_ Françoise Héritier, 10_ Pierre Bourdieu, Ma.sculin..., op.cit., p. 25. La Dcmination...,op.cit., p. 52.

19

6 - Le traitement asymétrique, une nécessité universelle pour l'hominisation? Certains, on l'a vu dans la question sibylline de Françoise
Héritier (La rcalenœ différentkfk des sexes au fand de la société~, font du

traitement asymétrique des sexes le signe distinctif de la socié té humaine et sa condition. Pour Lévi-Strauss en particulier, il ne fait aucun doute qu'il est non seulement une règle universelle des sociétés humaines, mais aussi une règle nécessaire puisqu'il y voit la clé du passage de la "nature" à la "culture". N'ayant trouvé de preuve d'un traitement symétrique dans aucune des sociétés qu'il a étudiées, il en conclut que positions asymétriques et traitement asymétrique se recoupent. Plus nuancée quoique fort dubitative, Françoise Héritier déclare cependant dans le chapitre intitulé "La suprématie masculine

sous le regard anthropologique"11 : "Il est certainque toutes lesniétés cannues 11£ :nnt pas pour auJant toutes dlrrit£s. Et quand elks k san~ ce n èst pas
nfœssairement d'unE moniÈre qui mettE en évidenœ la nature du rapjXJrt étohli par (..) Un doubk préjud, ethna:entré et d£ la nôtre chacun£ entre les fxJrnmts et les femmes

antbrxentré, ferait dnnc que l bn rtgarck les autres saiétés au£ les ~ et plus particulièrenent au£ les ~ de l'lxmme cœz mus daninont."

La question qui se pose est donc la suivante: Les anthropologues et sociologues dans leur majorité n'auraient- ils pas confondu l'asymétrie "naturelle" et son redoublement social? Et faut-il en passer par le même regard? La psychanalyse lacanienne montre que les formules de sexuation dépendent de la fonction phallique qui régit le désir humain. Si celui-ci est "marié" aux sociétés, il leur échappe aussi, et il n'y a donc pas lieu de conf ondre position sexuée et valeur accordée au sexe. Mais s'il leur échappe, c'est que d'autres formes de traitement social peuvent être possibles. Le déterminisme déprimant insinué par les sciences sociales et s'insinuant en elles pourrait s'en trouver levé. Et seule la psychanalyse née de l'infini mal être de l'individu moderne pourrait lui permettre de poser un autre regard sur les sociétés.

IL Françoise Héritier, op.cil. , p. 208.

20

PRESENTATION

DU SUJET

I - LA SOCIETE TRADITIONNELLE BASQUE, UN SUJET QUI PRETE A CONTROVERSE
Par cette recherche, qui souhaite s'inscrire dans le cadre global des travaux sur la symétrie des sexes, je voudrais m'employer à analyser le cas de la société traditionnelle basque, société encore vivante quoique très fort blessée. Même si elle a été amplement décrite par des historiens, anthropologues, ethnologues, ou juristes, son originalité quant à la place qu'elle accorde à la femme pâtit d'une certaine méconnaissance dans le monde de l'anthropologie générale. Cette méconnaissance, autant que d'un préjugé ethnocentré ou androcentré semble relever de cette espèce d'inaptitude à se voir complètement soi-même ou à voir l"'autre" lorsqu'il se trouve ou a l'air "très près" de soi. La tendance à le minoriser ou à le folkloriser s'empare des esprits, même les plus aiguisés. il est vrai aussi qu'à côté des nombreux auteurs autochtones d'expression basque, française ou espagnole- insistant sur l'importance de la place de la femme basque mais aussi pyrénéenne 12 et étayant leurs propos d'arguments solides, l'on rencontre tout un courant d'historiens, sociologues, ethnologues d'origine pyrénéenne, qui à l'inverse, minimisent la portée de ce que quelques -uns d'entre eux appellent avec une certaine ironie le "féminisme" pyrénéen. Le fait est que si l'on s'en tient à une observation superficielle de la société basque contemporaine on ne peut manquer d'être
sérieusement égaré.

De plus, ceux qui ont souligné la place de la femme dans cette société, place essentiellement liée à l'etx£ ou maison, ont insisté particulièrement sur le fait qu'elle transmettait les biens lorsqu'elle était l'aînée. Or le rôle de la femme est symétrique de celui de l'homme dans la transmission de ce patrimoine symbolique qu'est le nom de la maison, véritable et seule clé d'entrée de l'être humain dans

12_ Terexa Lekumberri rend compte de ce courant de pensée dans Ferrtrr¥:S asques et ~ b aJl1JlmfXYraÎ11£. Rupture et continuité, thèse pour le doctorat de troisiè me cycle, Université de Bordeaux II, 1990.

le social, pendant très longtemps, dans l'Euskal Herri 13.Ceci n'a pas vraiment retenu l'attention des observateurs, qu'ils soient basques ou non. Tout se passe comme si on considérait que la maison donnait "son" nom (par l'opération du Saint-Esprit sûrement !) et qu'il ne se transmettait pas par l'intermédiaire d'hommes et de femmes, à moins que l'on ne prétende épuiser le sujet en décrétant que quand un cadet se marie avec une aînée il prend le nom de son beau -père. Pour ce qui est de la typologie, on rattache l' "etxe" au "système à maison", système de dévolution du patrimoin e à l'aîné, où les sociologues et ethnologues rangent tout et son contraire même s'ils constatent des divergences majeures entre le Pays Basque et la Provence par exemple. On a l'impression que pour certains il n'y a pas de différence entre aînesse intégrale et aînesse masculine, et tout se passe comme si cette différence perdait de son sens face à l'injustice que représente pour eux le départ des cadets. Même s'ils ne confondent pas éthique et morale, ils ne voient pas que le se ns de ce départ diffère du tout au tout selon qu'il intervient dans un système d'aînesse intégrale ou bien d'aînesse masculine. Passer cette différence sous silence leur permet surtout de décréter que, quelle que soit la version de droit d'aînesse choisie, le système est profondément injuste. Est-il argument plus culpabilisant et intimidant pour qui ressent les choses autrement mais ne dispose pas de l'arsenal conceptuel susceptible de le dégager de la contradiction? La censure opère donc à l'insu du sujet. Le fait que nombre de chercheurs basques ou pyrénéens adhèrent à l'idée que la société basque (et dans une certaine mesure la société pyrénéenne) porte d'évidentes traces matriarcales (ainsi Isaure Gratacos14 parle-t-elle de "société matristique" tandis qu'Andrès Ortiz Oses15emploie le mot de "matriarcalisme") ne permet pas du fait de l'angle où le sujet est abordé de dépasser la question de l'autocensure et d'universaliser un débat qui mérite entièrement de l'être. Ce débat pour l'instant se résume à un dialogue de sourds entre parti des "réalistes" (qui disent "certes la femme avait des droits
13_ Le pays de ceux qui parlent la langue basque. 14_ Isaure Gratacos, Pk et~œs, Toulouse, Privat, 15_ Andrès Ortiz Oses, El Matriacalisme vasco, Deusto, 1988. 1987. Bilbao, Publicaciones de la Universidad de

22

égaux à l'homme, mais seulement dans l'etxè'16) et tenants du "matriarcat" taxés d' "idéalistes" voire de "réactionnaires" et même de "phallocrates" par les premiers. Je ne tiens nullement à les renvoyer dos à dos. Le problème est plutôt de se référer à des outils conceptuels qui permettent d'une part de sortir de la querelle et d'autre part de dégager le ma triarcat de ses oripeaux. Faisons d'abord le point sur la façon dont il a été et est envisagé dans l'histoire des sciences humaines.

II - LE

MATRIARCAT:

UN SUJET TRES CONTROVERSE

Peu de sujets ont suscité autant de passion et de confusion que celui-ci depuis le XIXe siècle. Concernant des domaines aussi variés que le droit, la psychanalyse, l'archéologie et bien sûr l'anthropologie, il est intimement lié à la question très politique de la destinée des femmes et de leur oppression par le pouvoir masculin .

1 - Panorama rapide des points de vue sur la question au XIXe et XXe siècle Le débat sur l'opposition entre patriarcat et matriarcat fut inauguré au XIXe siècle par Johann Jakob Bachofen (1815-1887) et par Friedrich Engels son contemporain (1820-1895). Les hypothèses évolutionnistes du XIXe siècle en constituent la toile de fond. Selon les théoriciens et juristes de cette époque, le patriarcat, système politico-juridique dans lequel l'autorité et les droits sur les biens et les personnes obéissent à une règle de filiation17 dite patrilinéaire et appartiennent au père, aurait été précédé d'un stade plus primitif ou "matriarcat". Engels voyait dans le patriarcat la grande défait e du féminin. Quant à Bachofen, pétri de culture antique, d'une immense érudition, il imagina dans son magistral" Das MutterrfI:ht"que trois âges s'étaient succédé dans l'histoire de l'humanité: l'hétairisme aphroditique (règne de la promiscuité sexuelle et des enfants "sans père"), le démétrisme (règne de l'amour et âge d'or de la paix,
évoquée plus haut tient tout entière dans ce "seulement" qui montre que l'etxe a pour eux perdu sa signifiance. 17_ En droit, psychanalyse et anthropologie, la filiation est la règle en vertu de laquelle un individu acquiert son identité sociale et s'inscrit dans un processus de type patrilinéaire ou matrilinéaire. 16_ L'autocensure

23

légitimant l'état de père mais accordant la préséance à la mère), et le patriarcat, victoire du masculin, symbole de la conscience occidentale, stade de civilisation supérieur pour les évolutionnistes. Les témoignages les plus riches concernant l'âge d'or de la Mère ou gynécocratie, concernent essentiellement les Lyciens, les Egyptiens, les peuples de l'Asie Centrale et les...Canta bres. Selon les Anciens, ces peuples possédaient un droit familial entièrement opposé dans son essence comme dans ses développements au droit patriarcal. TI consacre la prépondérance voire la supériorité de la femme, aussi bien dans le cadre de la famille que dans la société, et la reconnaissance de l'ascendance ou filiation maternelle. Bachofen n'utilise pas le terme de "matriarcat" pour définir l'ensemble de faï ts sociaux et juridiques ainsi circonscrits, mais celui de "droit maternel" et de "gynécocratie", conformément à la terminologie de Strabon. L'organisation communautaire y est prépondérante 18. La Grèce la balayera et Rome terminera le combat avec la destru ction de Carthage. Cette théorie qui séduisit nombre d'esprits est reléguée aujourd'hui au rang de mythe par certains savants, sous prétexte que Bachofen aurait fait, pour prouver l'existence du "règne de la Mère" dans l'Egée et le Proche-Orient préhistoriques, une lecture tendancieuse de la mythologie grecque: jamais l'existence d'un "droit maternel" n'y a été démontrée. A l'heure actuelle, "Il n£jYu£ auatn rf1e jXJUrl'lmtrJriende la relignn gnrque"19. En outre, du fait du caractère hasardeux de la démarche contemporaine s'appuyant sur le seul langage iconographique pour définir la société crétoise comme matriarcale, l'on se contente plutôt maintenant "d'autopsier le mythe du matriarcat". Tout se passe comme si, son existence n'ayant pu être prouvée dans la Grèce préhistorique, il n'avait jamais existé ailleurs. Aux objections contre Bachofen s'ajoutent les arguments que l'archéologue Timothy Taylor oppose à la théorie du culte de la déesse-mère dans l'Europe préhistorique. Cette théorie, popularisée par Marija Gimbutas chercheur à l'UCLA, (mais on pourrait aussi
18_Johann Jakob Bachofen, Du règle ck la mère au patriarcat, (pages choisies par A .Turd), Lausanne, Agora-éd. de l'Aire, 1980, p. 25-26 19-Georges Duby, Michèle Perrot, HisfDire d£sfrmfreS en Griden~ l'Antiquiœ, Paris, Plon, 1993, p.

485-486.

24

bien y ajouter celle de l'historien des religions Edouard o. James 20), proclame que le culte de la "déesse-mère" aurait existé dans l'Europe préhistorique, il y a environ vingt cinq mille ans. Elle repose sur la découverte des fameuses "Vénus" préhistoriques d'ivoire et de pierre représentant des femmes nues aux formes généreuses. T.Taylor prétend que ces statuettes sont l'indice de pratiques polygames 21. Reprenant une argumentation soutenue par Joan Bamberger il montre que la théorie du matriarcat serait une invention idéologique du patriarcat destinée à effaroucher les hommes, même lorsqu'elle est

reprise par des femmes. "... ks rnytks du matriarcat
mrrTJ11e des

[... ] fonctionnen:t

chartes

saides ju£tifiant k JXlUWir des hanmes "22. L'argument

n'emporte pas entièrement l'adhésion: les hommes éprouveraient- ils le besoin de se justifier s'ils n'avaient mauvaise conscience? Et d'où provient- elle? La thèse soulève plus de questions qu'elle n'en résout. Par ailleurs Timothy Taylor (rappelant en cela Pierre Bourdieu) ne doute pas de l'existence en Europe d'un symbolisme général faisant du soleil un principe masculin. L'on verra qu'il n'en est rien pour les Basques: soleil et lune sont des entités féminines chez eux et au XXe siècle encore. L'essentiel de la démonstration de Timothy Taylor consiste à prouver que le pouvoir a toujours été l'apanage des hommes en Europe. il admet pourtant que le mésolithique vit un égalitarisme relatif, dû au fait que les femmes devinrent plus autonomes au plan nutritionnel. Simultanément, la terre de vint un symbole féminin. A son avis, cet égalitarisme ne dura pas et le néolithique marqua un développement de la violence masculine. Venons-en maintenant à un "débroussaillage" plus complet de la notion de matriarcat avec les ethnologues. 2 - Matriarcat et matrilinéarisme Ces deux concepts furent confondus jusqu'à ce qu'anthropologues et ethnologues clarifient la question à partir d'observations effectuées dans le monde entier. La majorité d'entre
20_ E.-a. James, Le Cult£œ la Dœsf£-Mèredtms lJYistnirecks reIigims, Paris, Le Mail, 1989. 2L Timothy Taylor, La PréhistDireduf£xe, Paris, 1998, p. 171. 22_ Timothy Taylor, ibid., p. 172.

25

eux (en particulier C.Lévi-Strauss et Françoise Héritier) pense qu'il n'a jamais existé de matriarcat dans l'histoire humaine. Pourquoi? Parce qu'on a longtemps confondu transmission matrilinéaire, matrilocalité et matriarcat (Bachofen aurait, selon eu x, été victime de cette erreur). Or, le système matrilinéaire, attesté dans de nombreuses sociétés de l'histoire et de la préhistoire, relève malgré les apparences d'une organisation androcentrée : "[...] au lieuque cesoi~ carTJre ans une d qui transmetf£nt cks ~ et ckspauwirs à leursfi/s, sociéœpatrilinEaire, ks ~ ce Ynntks ~ ck la mère, les ond£S1r1f11:erJ1Rk,ks tr~t qui à leurs
neceux."
23

La femme, où et à quelque époque que ce soit, est objet d'échange: tel est le sens incontournable du passage de la nature à la culture, la loi de prohibition de l'inceste, dans la théorie de LéviStrauss. Au demeurant il admet, et en particulier devant] acques Lacan24 (qui lui fait valoir qu'on pourrait imaginer un matriarcat dont
la loi serait possible: "J~i dnnn£ wz
garçon,

je œux

ret:eWir l'lxmme")

que le cas de dfrrire IRs
systÈme

figure d'un échange des hommes par les femmes est théoriquement
"On peut sans dou~ du point ck vue ck la formalisation, wz axe ck réféœnœ, wz
cIxJses exactement

ck la mên£ façon en prenant

de

crordortnœs symétrique fondé sw ks femmes, ~
inexpliaJhks, et en particulier

alors un tas de duses

seront

œlk - ci : dans taus ks cas, mên£ dans IRs sociétés et par ne YIt

maJJiarcaks, k JXlUWir est andnrentrique. n est représenté par cks ~ [u] cks lignœs masculines. Des anamlies très bizarres dans ks ~
expliaJhks mntExœ qUE par jXJlitique, W1£ référence qui est lxJ rs du c~t -à-dire à l 'mdre du /XJUWÏr,

j;u de la parenté,
et très prfrisément

et

qui tient au
à l'ordre du

sigrlifiont où sœptre et plxdlus

se mrifondent. "25.

Bref, pour C. Lévi-Strauss, du faït de la prévalence du père ou de l'oncle maternel dans toutes les sociétés recensées par les ethnologues, il ne fait aucun doute que patriarcat et culture coïncident.

23_Françoise Héritier, op.cit., p. 211. 24_ Jacques Lacan, Le Séminaire livreIV, Paris, Seuil, 1994, p. 191. 25_Notons l'ambiguïté du mot "matriarcat" dans ce discours. On peut penser qu'elle est le fait de J .Lacan qui rapporte les propos de C.Lévi-Strauss. En effet, dans d'autres ouvrages où il fait allusion à la puissance de l'oncle maternel, il emploie le mot de "matriarcat", au Ii eu de "matrilinéarisme" .

26

3 - Matriarcat

et psychanalyse

3.1 SigmWld Freud En réalité, la psychanalyse a devancé cette thèse de la prévalence du père avec Sigmund Freud et son mythe de la horde primitive (Totlm et tabou).il apporte une explication globale à l'origine des sociétés et de la religion et donne un fondement au mythe d'OEdipe et à l'interdit de l'inceste. En voici l'essentiel: " En Wl t:emp; primitif, ks
Ixmmes 'licurent au sein de petitPs hardes, chaatne ~ au fXJUWir desJntique d'lm rnâk qui sitppropriait les femelks. Un jour, les fils ck kl tribu, en rébellirn mntre 1£père, mirent fin au rèf!re de kll:xJrde sa~ Dans un ode de violence colkrtiu; ib; tuèrent k père et 111£ll1ffrentson cadavre. CeJmda n~ après k meurtre, ils éJ»uttŒrent du rejmtir, reni£rent leurfoifait et inœntèrent un nauœl ordre simultonRment l'eXOfJl111ie(ou rennnament

social en imtawant

à kl jXJSSessiondes

du cion du tntem) et 1£tnt£misme, ondE sur l'interdit du meurtre du f substitut du père (1£ tntlm) » 26. « C ~t ainsi que k sentiment de aJpahiliœ du fih a eng:ndré les deux tohausfondamentaux du tnt£misme,qui, fXJur cetIE raison, dea1ient se con.fondreaur ks deux dRsirs réprimis du canpkx e f~
d'Oedipe.» 27

Dans la construction de ce mythe, Freud, se référant d'ailleurs à Bachofen, ne récuse pas le passage par le droit maternel et pense qu'il se situerait peut-être dans la phase où les frères exilés par le père se liguèrent contre lui. il est très important de le noter et de le souligner, même si Freud s'attarde très peu sur cette idée. Le savant indique simplement que la primitive égalité démocratique de tous les membres du clan ne put se maintenir, en raison des changement s survenus dans l'état de civilisation. Et il focalise donc son attention
sur le fait que" kl œndanœ a dû apparaître
père, en élecant au rang de dieux

aIDrs de ressuxiœr
certainEs

l'ancien itMal du
de leurs qualité;

des individus qui, par

étaient supérieurs aux autres.
société,

[...] A'lX{;

l'institution

de divinitÉS patemRlles,
patriorca1e" 28.

kl

prilf£

de père, s~t

transfOl1'l1Œ peu à peu en méœ

26_ 28_

27_Sigmund Freud, Totunet
Sigmund Freud,

Elisabeth

Roudinesco

et Michel
taI:XJu,

Plon,

DiaÎ1JnJ1aireck la PsycIxmalyse, Paris, Fayard,

p. 1059.

nouv. éd., Paris, Payot, 1981, p. 165.

ibid, p. 171.

27

3.2 Jacques Lacan Jacques Lacan (influencé par les recherches de Lévi-Strauss) s'inscrit dans la ligne de Freud. Mais il remplace les interrogations du freudisme et du kleinisme sur les places respectives du père et de la mère par une théorisation de la fonction paternelle dans l'inconscient du sujet. Selon lui, l'accession de l'enfant à son désir propre -ou sortie de l'inceste- ne peut se faire qu'en référence au Père. Privateur de la mère, il permet à l'enfant de se séparer d'elle. La fonction paternelle, symbolique entre toutes, est seule capable d'induire la différence des sexes (au-delà du biologique, bien entendu). Dans la théorie lacanienne, il est indispensable, pour qu'elle puisse jouer, que le père soit désigné à l'enfant comme tel par la mère. La fonction paternelle symbolique n'a rien à voir avec le père réel, elle peut être jouée par tout autre, y compris de sexe féminin, y compris mort ou morte. Néanmoins sa signification est phallique car elle renvoie au "manque"29 qui est l'expérience première et universelle de la différence des sexes chez l'enfant. L'apport majeur de Lacan est de déconnecter sa théorie de la contingence du matriarcal ou du patriarcal comme référence sociologique, d'échapper ainsi à la thèse de l'évolutionnisme et de poser la problématique en terme de structure, ce qui la rend universalisable. Sa hantise de l'occultation du père dans les sociétés contemporaines (identique d'ailleurs à celle que Freu d éprouvait au début du siècle), son intérêt très vif pour la psychose dont il voit l'origine dans la carence du Nom-du-Pèreou reconnaissance de la paternité, font qu'il dénonce surtout une forme de règne des mères non institutionnalisé mais clairement installé, anarchique et pernicieux, assez semblable finalement à celui qu'appréhendait et annonçait Bachofen : un règne de la mère qui empêche la révélation du père à l'enfant, celle qui "dévore sa marmaille". Notons ici le rôle très important assigné par Lacan à la mère dans la constitution de la "métaphore paternelle" ou possibilité de symboliser la réalité par l'enfant: grâce à sa "désignation" du père (cas qu'elle fait de sa parole), elle permet à l'enfant de se structurer (au demeura nt les orphelins ne sont pas tous psychotiques).
29_Le manque de l'organe masculin, bien sûr.

28

Par son concept de "fonction paternelle" il propose une lecture inédite de la mathématique sexuante, montrant à quel point le masculin et le féminin sont affaire de constructio n. TIrepère selon les individus ou les sociétés trois types de réponse à la fonction du père:
"Nonnalemen~
wie,

la conquête ck la

réali1;atian

œ1ipiem1e, [... ] se fait

par la

[...] ck la relation agressire En d'autres teJmes, ckçt par la wie d 1m conflit

imaginaire que se fait l Jintfgratian synlx1i£jue.

"0 y a U11£ d'zm£autre nature. L ~xpérienœ~ wie
lJimJnrtmzœ, quelque résidudk quW£ ~~ du phénanène ck la

nous montre WlIIXllie - la

réali1;atian imaginaire se fait ici par la mise en pu symlxlüJue cIE la mnduite...[Lacan apJxdk œttewie ''paranévrotiqueJj. ((Ny a-t-il pas U11£troisième wie, qui est en quelque :m1£ Î11almf:£ dons k d£lire [du ps;dxJtique] [...] dons k dilire, c~t la fonction réelk du père dons la g?nératian que nous ~ surgir sous unefonne imaginaire. "30

4 - Synthèse Des cogitations autour du matriarcat, l'on retiendra: A. que le matrilinéarisme n'en est pas la clé s'il est associé à l'importance de l'oncle matriarcal, B. que les voies empruntées pour le prouver ne sont pas convaincantes pour tous quand elles le sont dans les seuls domaines de la mythologie ou de l'archéologie, C. que l'idée lacanienne selon laquelle la femme peut-être un des "Noms-du-Père", c'est-à-dire quelqu'un qui par sa parole est garant de la fonction symbolique du père, ouvre une piste très intéressante (même s'il n'a cru lui-même au matriarcat). Cette idée, transposée à une société entière pourrait permettre de comprendre que le fonctionnement oedipien sans lequel le lien social n'est possible, cette fameuse asymétrie qui marque le passage de la nature à la culture, peut ne pas être redoublée par le primat du masculin.

30_ Jacques

Lacan,

op.cit., Le Séminaire IV, p. 240-241.

29

OBJET

DU TRAVAIL : MATERIEL, D'ANALYSE

BUT ET OUTIL

Le travail consiste en une exploration de divers documents: témoignages extérieurs sur la société basque; discours fondateurs tant dans la version qu'en donne la mythologie que dans la version qu'en donne le vieux droit basque en ses coutumes transcrites à partir du XIIIe siècle; commentaires anthropologiques, sociologiques, juridiques, historiques; enquêtes faites par des ethnologues, des socio-linguistes. S'y ajouteront des investigations personnelles sur la pratique de la langue basque, écrite et orale. L'exploration de ces diverses sources aura pour but de prouver que le monde traditionnel basque répond à une logique différente de celle des sociétés patriarcales traditionnelles. L'avantage que présente cette société est triple: une très longue histoire (faite de luttes constantes et dramatiques contre l'assimilation), le fait que ses propres lois (fort anciennes) furent consignées à partir du XIIIe siècle dans des textes écrits, le fait que sa langue, l'euskara,langue non-indoeuropéenne, que les derniers travaux de linguistique rattachent à la famille denecaucasique "autrefois submergée par l'expansion eurasiatique" 31,soit vivante. Que quelque chose de très lointain, de très spécifique soit arrivé quasiment intact jusqu'au XXe siècle est très précieux pour la connaissance de l'histoire de l'humanité. C'est à la lumière du concept de « loi symbolique », et grâce à la notion de «structure» telle que Lacan l'a définie, que j'essaierai d'étudierle « tissu» juridique, mythologique et linguistique basque et d'en suggérer la texture profonde au-delà des fluctuations historiques. Cette approche devrait permettre de saisir comment les sexes se positionnent dans cette société, comment la filiation s'y élabore. Elle devrait aider aussi à engager la question de "l'exclusion" des cadets et cadettes sur des bases différentes de celles qui ont prévalu jusqu'à
3L Merritt Ruhlen, L' Origjnedes /angu?s, Paris, Belin, 1997, p. 181. Le dene -caucasien regroupe le basque, le caucasien, le burushaki, le sino- thibétain, le iénisséien et la fam ille américaine na-dene (qui se compose de la famille athabasque, langues parlées en Alaska et dans l'ouest du Canada, et de trois autres langues parlées sur la côte méridionale de l'Alaska: l'eyak, le tlingit et le haida). Le linguiste Bengtson y inclut aussi le sumérien, mais cette affiliation semble moins assurée. ibid, p.159. Cette théorie est très controversée.

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maintenant. Une autre idée du matriarcat, débarrassée de to ut folklore idéalisant pourrait s'en trouver définie.

DEMARCHE DU TRAVAIL Elle s'effectuera en quatre temps. Après une présentation générale du système social des Basques et de la place de la femme au fil du temps destinée à faire apparaître des constantes plus qu'à reconstituer une histoire complète, les angles sous lequel ce système a été perçu seront examinés, et leurs contradictions relevées. Puis, le dégagement du sens du système (fonder la symétrie des sexes par une mise en oeuvre particulière de la loi symbolique) sera tenté, et en dernier lieu une vérification en sera faite dans la langue, par un examen du statut de l'autre à travers son expression grammaticale.

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PREMIERE PARTIE

ORGANISATION

SOCIALE DES

BASQUES ET PlACE DE lA FEMME AU FIL DU TEMPS

PREMIER CHAPITRE:

INTRODUCTION

Les Basques, repérés dans l'Antiquité de part et d'autre des Pyrénées sur un territoire allant de l'Ebre à la Garonne sous les noms d'''Aquitains'', "Vascons" etc., entrèrent dans l'écrit par la "plume" des autres: auteurs grecs ou romains de l'Antiquité; au Moyen Âge, chroniqueurs francs (et Chanson de Roland qui vit leur travestissement en Sarrasins). Cette plume ne fut pas tendre! Ils déroutèrent ou choquèrent les voyageurs par leurs costumes et leurs mœurs ou coutumes. Les Francs leur vouaient une haine farouche qu'ils leur rendaient bien. Toujours, leur langue, l' euskara, fit barrage. Eux-mêmes accédèrent à l'écrit assez tardivement. Des traces s'en trouvent néanmoins au Xe siècle dans des textes administratifs. Leur littérature écrite commença à être publiée au XVIe siècle. Ce furent des grammaires et des oeuvres religieuses, pendant très longtemps. Peu d'histoire. L'introspection et l'auto -glorification semblaient être le cadet de leurs soucis et s'ils exprimèrent leurs sentiments, contèrent les vicissitudes de leur histoire ou exprimèrent la couleur de leurs mythes, ce fut essentiellement dans une littérature orale fort riche, dont l'expression très dense, étonnamment elliptique voire sibylline dans certaines réalisations, était servie par un grand sens de la musicalité. Elle était souvent chantée. Si l'euskara, langue paléolithique32, fait figure d'isolat linguistique (pourtant certains théoriciens américains et russes dont les hypothèses ne sont pas unanimement admises tendent à l'heure actuelle à le rattacher à une famille qu'ils appellent "DeneCaucasienne"), les hommes qui le parlent ne sont pas des "isolats" au plan génétique, malgré la fréquence de rhésus négatif la plus forte du monde. Les travaux de Cavalli- Forza montrent, au contraire qu' "en dRpit d'une longuemmplètementdifférente [...], il a certaintmentdû exister un murant d 'frhang?s ues ~ intenseentre lesBasqueset lespeuples qui entrèreni
en EurojX! au rours dESdix milk ckmières annœs et remplacèrentjXlr dES kmgues

32_

Merritt

Ruhlen,

L 'Origin£des langues, op.cit., p. 208.

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