Les Bougies sur le gâteau

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L'auteure nous livre son cinquième roman, toujours habitée par le souci des vies ordinaires, qui se déroulent à petits pas, dans la discrétion, dont on ne parle que rarement et qui forment pourtant l'arrière-plan bien réel, nourri d'attachements forts de notre monde. Son personnage, une dame de 80 ans, mène sa vie sans faire de bruit ; elle attend des nouvelles de ses enfants, s'évade dans les souvenirs, mi-nostalgie mi-baume au cœur ; elle s'en va ainsi d'anniversaire en anniversaire, heureuse de vivre encore.
Publié le : vendredi 5 juin 2015
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EAN13 : 9782336383781
Nombre de pages : 164
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Catherine ChatelainSans faire de bruit, elle mène sa vie, entre les visites auprès de
son amie en maison de retraite, son plaisir d’aller au marché,
ses rendez-vous réguliers avec son Gaston. Elle attend des Sans faire de bruit, elle mène sa vie, entre les visites auprès de son
nouvelles de ses enfants, s’évade dans les souvenirs, mi-amie en maison de retraite, son plaisir d’aller au marché, ses
rendeznostalgie mi-baume au cœur ; elle s’en va ainsi d’anniversaire vous réguliers avec son Gaston. Elle attend des nouvelles de ses enfants,
en anniversaire, heureuse de vivre encore.s’évade dans les souvenirs, mi-nostalgie mi-baume au cœur ; elle s’en
« Plus elle vieillit plus elle trouve que le temps passe vite, va ainsi d’anniversaire en anniversaire, heureuse de vivre encore.
trop vite, et cela l’effraie. Elle va avoir 80 ans mais il y a en
« Plus elle vieillit plus elle trouve que le temps passe vite, trop vite, elle ce désir de vivre encore longtemps. »
et cela l’effraie. Elle va avoir 80 ans mais il y a en elle ce désir de vivre « Cette impression d’avoir encore des tas de choses à vivre,
encore longtemps. »cette chaude envie de pouvoir encore voir les siens, entendre
les oiseaux chanter, voir les feurs pousser, regarder les nuages
« Cette impre, cette et les papillons, sentir l’odeur de la pluie, voir les focons de e voir les siens, entendre les oiseaux neige même si elle est inquiète des routes… encore… encore… »
chanter, voir les feurs pousser, regarder les nuages et les papillons, « Elle écoute le tic-tac de l’horloge mais cela ne la dérange
sentir l’odeur de la pluie, voir les focons de neige même si elle est plus, c’est le grand sablier de la vie. De SA vie, elle sait le
inquiète des routes… encore… encore… »sens du mot VIE, elle sait ces secondes qui sont des grains
de poussière, elle a décidé de les comparer à des étoiles, des
« Elle écoute le tic-tac de l’horloge mais cela ne la dérange plus, lumières de vie comme les bougies sur le gâteau. »
c’est le grand sablier de la vie. De SA vie, elle sait le sens du mot VIE,
elle sait ces secondes qui sont des grains de poussière, elle a décidé de Catherine Chatelain nous livre ici son cinquième roman, toujours
les comparer à des étoiles, des lumières de vie comme les bougies sur habitée par le souci des vies ordinaires, celles qui se déroulent à
le gâteau. »petits pas, dans la discrétion, dont on ne parle que rarement et qui
forment pourtant l’arrière-plan bien réel, nourri d’attachements
forts, de notre monde.
Catherine Chatelain nous livre ici son cinquième roman, toujours habitée
par le souci des vies ordinaires, celles qui se déroulent à petits pas, dans la
discrétion, dont on ne parle que rarement et qui forment pourtant
l’arrièreplan bien réel, nourri d’attachements forts, de notre monde.
Les Bougies
Photo de couverture : Gérard Daguet
sur le gâteau
Photo de couverture : Gérard Daguet
ISBN : 978-2-343-06209-9
16,50 €
couv_bougies4.indd 1 23/03/15 23:29
Catherine Chatelain Les Bougies sur le gâteauCatherine Chatelain Les Bougies sur le gâteau













Les Bougies sur le gâteau






Collection « Vivre et l’écrire »
fondée par Pierre de Givenchy


Voir en fin d’ouvrage la liste des titres de la collection










Catherine Chatelain












Les Bougies sur le gâteau




















































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06209-9
EAN : 9782343062099
À Maman et Laurette
Les Vieux, de Jacques Brel :
« Est-ce d’avoir trop ri que leur voix se lézarde quand ils
parlent d’hier et d’avoir trop pleuré que des larmes encore
leur perlent aux paupières ? Et s’il tremblent un peu, est-ce
de voir vieillir la pendule d’argent qui ronronne au salon,
qui oui qui dit non, qui dit : je vous attends ? »
Bougies_gateau_20_5_15.indd 7 21/05/15 00:05Bougies_gateau_20_5_15.indd 8 21/05/15 00:05Tout est encore calme dans la rue des Lilas.
La petite maison semble dormir, aucun bruit, aucun
craquement.
Il est très tôt, elle le sait. Elle s’éveille.
« Ah tiens, je suis encore là, encore une journée offerte. »
Pour elle, chaque journée est un cadeau, du rab à sa vie
pense-t-elle. Il faut dire qu’elle ne s’imaginait pas, quand
elle était jeune, arriver là, à ses bientôt 80 ans.
Mon Dieu, tant de réveils !!
Un jour, au réveil, elle décida de calculer le nombre de
matins que cela fait, une vie ! Elle avait laissé tomber. Elle,
si bonne en calcul mental, n’y arrivait plus, surtout à peine
réveillée. Elle avait posé la multiplication plus tard sur un
bout de journal (à quoi bon user du papier pour cela). Enfn,
le nombre trouvé, elle en avait eu le tournis, était-ce donc
possible, tant de matins !
Bien sûr, pendant au moins cinquante ans, on ne pense
pas à cela, après peut-être un peu de temps en temps, quand
on s’étonne « déjà la fn du mois ! », « déjà Pâques, Noël,
le Nouvel An… ».
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Bougies_gateau_20_5_15.indd 9 21/05/15 00:05Puis, atteignant les 60 ans, elle a commencé à se poser
bien des questions sur la vie. Des interrogations depuis
presque vingt ans, des jours de bonne humeur et des jours
tristes, si longs que l’on croit ne jamais en voir la fn. Et
pourtant il fnit ce jour-là, inéluctablement, tout comme les
jours trop courts quand on est entouré.
Incroyables, ces jours, ces heures qui semblent
extensibles, irrétrécissables aussi ! Des jours élastiques. Mais,
quels qu’ils soient, ils commencent toujours de la même
façon pour elle.
D’abord étendre les jambes, les remuer un peu comme si
dans la nuit elles s’étaient durcies.
À ce seul mouvement, son chat saute sur le lit et vient
ronronner vers sa maîtresse. Elle met alors sa main aux
doigts noueux comme un cep de vigne dans le poil chaud et
cela lui fait du bien.
Elle écoute les bruits de sa vie de chaque matin : le
ronronnement, une voiture au loin de temps en temps, le
clocher qui sonne 7 heures.
Pas de craquement de plancher des chambres voisines,
il y a bien longtemps que plus personne ne les occupe, ne
serait-ce que pour une nuit ou deux lors des fêtes de famille.
Le seul mouvement, les seuls pas de cette maison seront
les siens. Les seuls bruits seront ceux de son chat et les
siens.
Silence si lourd.
Bonjour dame solitude, se dit-elle.
Elle soupire, songe comme chaque matin aux siens : son
époux parti il y a quelques années trop vite, trop tôt, parce
qu’il est toujours trop tôt de se quitter quand on s’aime.
Ses enfants : l’un en retraite installé comme il en avait
toujours rêvé en Espagne, l’autre vers la région parisienne,
mais encore au travail et très occupée.
Ses petits-enfants à l’autre bout de la France, à l’autre
bout de sa vie, celle avant sa solitude plus lourde.
Pour chasser les idées trop noires, la nostalgie qu’elle
trouve ridicule, elle se lève.
Tout d’abord s’asseoir, attendre un peu et se lever
doucement sinon le monde tourne autour d’elle : « C’est la
tension, maladie de vieux » se dit-elle. Normal, le cœur qui
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Bougies_gateau_20_5_15.indd 10 21/05/15 00:05travaille depuis si longtemps doit être bien fatigué !
Une fois levée, elle se motive en déclarant « allez, la
vieille carcasse en route » car la hanche et les genoux sont
toujours bloqués malgré ses petits mouvements dans son lit.
Elle parle à ses douleurs, mais à voix basse « non mais je
ne radote pas quand même !! » quoique, oui, s’avoue-t-elle,
quelquefois elle parle à voix haute, toute seule mais surtout
à son chat. « Allez mon Toudoudou, on va déjeuner. »
Toudoudou, quel drôle de nom ! C’est sa petite flle qui
avait ainsi nommé ce chaton si laid si maigre et dont elle pris pitié et qu’elle avait laissé entrer chez elle. Elle
avait toujours eu des chats mais ils avaient toujours vécu au
jardin.
En qui concerne Toudoudou, ce fut différent, elle n’avait
pas eu le cœur à le mettre dehors alors qu’il venait se câliner
contre elle quand elle s’asseyait sur son fauteuil. Elle ne le
regrette pas, sa présence lui manquerait tant aujourd’hui.
Et Toudoudou était devenu très vite un chaton tout rond,
au poil épais, de ce fait sa petite-flle l’avait nommé tout
doux doux ! Il y a déjà douze ans de cela.
Quand il ne fait pas nuit noire comme en hiver, elle ouvre
sa fenêtre de chambre, pousse les volets dans un geste lent ;
premier effort du matin. Et elle reste là ; à fxer son jardin,
les arbres, le ciel. Quel que soit le temps elle fait toujours
cela.
Elle aspire profondément, respire l’air frais et il lui semble
que c’est un souffe de vie qui entre dans ses poumons.
Elle sourit souvent à sa fenêtre, nostalgique.
Elle aime ce paysage, son jardin. Elle aime le ciel du
matin, qu’il rougeoie ou qu’il soit lourd de pluie. Le
piaillement d’un oiseau…
« Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes »
chantet-elle, le cœur lourd ce matin.
Pourquoi ? Oh sans raison apparente, peut-être une
odeur, un petit vent qui rappelle à son cœur un instant de
bonheur sans que sa tête ne se souvienne.
Une boule dans la gorge. Elle connaît. Soupir.
Pourtant elle aime la vie.
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Bougies_gateau_20_5_15.indd 11 21/05/15 00:05C’est juste le silence de la sienne qui lui fait mal parfois.tous les départs, les adieux, les je t’aime qu’il
faut conjuguer au passé quand l’être aimé n’est plus.
C’est juste les je vous aime dans le vent qui ne porte pas
forcement ces mots jusqu’au bout de la France, au bout de
l’Espagne…
C’est juste tout ça, juste…
Elle s’éloigne de la fenêtre comme il faudrait vite ne plus
regarder un spectacle trop triste.
Elle quitte la chambre. Elle se met en mouvement pour
ne pas penser, elle a toujours fait ainsi quand la nostalgie la
saisit.
Quand dame solitude la nargue.
Elle va jusqu’à imaginer lui mettre un coup de pied dans
les fesses !
« Viens vite mon Toudoudou, nos estomacs crient
famine. »
Bougies_gateau_20_5_15.indd 12 21/05/15 00:05Elle prépare tout d’abord le lait de son chat, elle le tiédit,
elle trouve que cela doit être plus agréable.
Puis elle se fait son café, avec les mêmes gestes depuis
« toujours ». Ouvrir la boîte, sentir le café moulu et
apprécier cette odeur. Allumer la cafetière. Prendre son pain rond
qui est dans un torchon à carreaux rouges et blancs pour
qu’il ne sèche pas. Deux belles tranches lui suffsent
aujourd’hui, elle les met à griller. Pendant ce temps elle prend
son bol, le premier de la pile, toujours le premier, ébréché,
usé, mais c’est son bol préféré.
Le dimanche c’est différent, depuis trente ans environ,
sans raison, elle avait décidé de prendre le dimanche un
beau gros bol, rangé dans la salle à manger avec la vaisselle
du mariage. Elle s’était dit en ce temps-là en souriant :
« Tiens, c’est dimanche, alors beau bol, petite cuillère en
argent, sinon on ne les utilise jamais. » C’était aussi pour
marquer une différence en ce jour de repos.
L’odeur du café envahit la cuisine.
Elle s’assied en attendant que le café fnisse de passer,
13
Bougies_gateau_20_5_15.indd 13 21/05/15 00:05attendre debout la fatiguait à présent. Comme bien d’autres
choses d’ailleurs, ces choses qu’elle regrette : par exemple
préparer un bon feu, trop lourdes les bûches, « mais surtout
trop dangereux » dirait sa flle.
Ah, le bon feu de son enfance, de sa jeunesse quand, les
mains gelées par l’hiver, elle venait s’y réchauffer.
Dommage mais « on ne rajeunit pas mon pauv’Gaston ».
C’est comme le jardin ! Gaston dut très vite s’arrêter à
cause de son dos, alors elle avait continué à sa façon, en
ne retournant plus la terre par exemple. Elle y mettait des
tomates, du persil, trois rangées de haricots verts, des petits
pois, des salades puis ce ne fut plus que quelques tomates,
du persil, une petite rangée de haricots ; plus de quoi faire
des bocaux, juste ce qu’il fallait pour la saison.
Gaston partit et, ses 75 ans sonnant, elle ne ft plus de
jardin, juste les feurs pour le plaisir des yeux, du persil et
un pied de tomate cerise dans un pot. À quoi bon se fatiguer
pour soi seulement. Avant, bien sûr, avec les enfants, elle
faisait des conserves.
Et les conftures, qu’est-ce qu’elle a pu en faire ! Que
d’heures à ramasser les fruits, dénoyauter les cerises… À
présent elle se contente de faire une dizaine de pots par
an, mon Dieu c’est bien suffsant ! Cela est tout un travail
très long pour elle. Tout d’abord, avec bien du mal elle
ramasse les fraises qui sont envahies de mauvaises herbes,
un miracle qu’il y en ait encore ! Pour les cerises, cela est
tout autant fatiguant car il faut lever les bras et cela lui est
diffcile.
Ensuite elle s’assied et prépare ses fruits et là : c’est le
bonheur. Elle remercie Dieu, même si elle n’y croit plus
guère, de lui avoir donné encore un été pour ce plaisir-là.
Elle prend le temps, savoure un fruit, rit au souvenir de
Gaston qui mangeait plus de cerises qu’il n’en dénoyautait.
Ses petits-enfants, les lèvres rouges de fraises ! Oui c’était
bien cela le bonheur, celui simple que lui apportaient ses
fruits.
Et ce bonheur-là, les rires des petits-enfants, était comme
un caillou jeté à l’eau, l’éclat de l’instant présent, puis les
ronds dans l’eau qu’il fait jusqu’à la berge, jusqu’à son âge
avancé.
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Bougies_gateau_20_5_15.indd 14 21/05/15 00:05Quand elle tourne la confture qui cuit, elle se fatigue
vite le bras, elle n’en fait alors que pour deux pots environ
à la fois, mais tout cela est si bon que ses douleurs en sont
presque oubliées.
« On n’a rien sans rien, ma flle. »
Voilà que soixante ans plus tard, les phrases de sa mère
lui revenaient.
Est-ce ainsi pour tous ? Faut-il que l’on ait vieilli
beaucoup pour se souvenir de tout, pour comprendre que le
temps passe et savoir qu’à tout âge, on est orphelin de ses
parents quand ils nous quittent ?
La tartine qui rebondit du grille-pain la sort de ses songes.
Elle s’installe toujours à la même place, en face d’elle
le souvenir du visage doux de son homme, un bon souvenir
qui lui tient chaud.
Quand il est parti, pendant un an, elle avait mis son bol
face au sien, le midi son assiette. Elle mettait aussi une taie
à son oreiller qu’elle changeait en même temps que le sien,
qu’elle lavait. Puis un jour elle trouva tout cela ridicule, se
traita de folle, pensa qu’il aurait peut-être ri de la voir faire
ça.
Elle étale la confture sur ses tartines en pensant à son
toubib, à son petit diabète et elle rigole toute seule : « Oh
un tout petit peu, juste encore un petit peu, dans la journée
je ferai attention. » Tous les matins elle se dit cela, et à midi
juste un petit gâteau. « Ce soir je ferai attention » et le soir
elle casse un petit bout de chocolat tout petit, « il faut être
raisonnable tout de même ! ».
Après un petit déjeuner, qu’elle préfère aux autres repas,
comme chaque jour elle ramasse les miettes avec soin, les
met dans le petit pot réservé à ses petits moineaux et à « sa »
mésange. Elle range toujours ce pot au même endroit. Elle
lave ensuite son bol, sa petite cuillère, son couteau.
Elle se dit qu’elle a des rites, des manies mais c’est sa
vie, ses repères, sa stabilité qui lui est nécessaire.
Puis se préparer, toilette, habillage à son rythme. Tous les
matins, elle grogne après ce corps qui n’a plus 20 ans, qui
craque, qui a mal un coup aux genoux, un coup la hanche,
le dos…
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