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Les chemins du développement de l'Afrique

De
259 pages
Ce livre est l'aboutissement d'une réflexion sur la situation socioéconomique et politique du continent. Il aborde, entre autres, les thèmes suivants : l'intégration régionale et continentale, l'industrialisation de l'Afrique, le financement des économies africaines, le rôle des intellectuels, la nature des révolutions en Afrique. Les solutions proposées par l'auteur initient des pistes de réflexion et contribuent au débat en cours sur l'avenir de l'Afrique.
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Les Chemins du développeITlent de l'Afrique

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dernières parutions Sikidou A. Hamidou et Bontianti Abdou, Gestion des déchets à Niamey, 2008. Association des anciens étudiants de l'université catholique Lovanium, de l'université nationale du Zaïre, de l'université de Kinshasa et des amis du Mont Amba, Pour un changement de leadership e R.D. Congo, 2008. Stéphanie NKOGHE, Éléments d'anthropologie gabonaise, 2008. Daouda GARY-TOUNKARA, Migrants soudanais/maliens et conscience ivoirienne. Les étrangers en Côte d'Ivoire (19031980), 2008.

Karamo KABA et Idrissa BARRY (dir.), La Guinée face à la mondialisation, 2008. Jean Marie NZEKOVE, Afrique: faux débats et vrais défis, 2008. F. BIYOUDI-MAMPOUY A, Penser l'Afrique au XXle siècle, 2008. Marcel KOUFINKANA, Les esclaves noirs en France sous l'Ancien Régime (XVIe-XVIIIe siècles), 2008. Ephrem LIBATV LA MBONGA, Quelle diplomatie pour la République démocratique du Congo?, 2008. Jean BRUY AS, Les institutions de l'Afrique noire moderne, 2008. Marie-Rose ABOMO MAURIN, La littérature orale: genres, fictions, 2008. Michèle CROS, Julien BONHOMME (dir.), Déjouer la mort en Afrique, 2008. Aimé Félix AVENOT, La décentralisation territoriale au
Gabon, 2008. Jean-Claude OLOMBI, La profession d'Huissier de Justice au Congo, 2008. Dominique DIETERLE, Ani Sara, Lettres aux enfants du Togo, 2008. Mamadou KOULIBAL Y, Leadership et développement africain,. les défis, les modèles et les principes, 2008.

René N'GUETTIA KOUASSI

Les Chemins

du développement

de l'Mrique

L'HARMATTAN

@

L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06338-9 EAN : 9782296063389

A mon épouse A mes enfants

La Commission de l'Union africaine n'entend donner aucune approbation ou improbation aux opinions émises dans cet ouvrage. Celles-ci doivent être considérées comme propres à leur auteur.

SIGLES
AEC ANASE APD APE BAD BM CAE CEA CEDEAO CEN-SAD CER COMESA COREP CSSDCA Communauté Economique Africaine Association des Nations d'Asie du Sud-Est Aide publique au Développement Accord de Partenariat économique Banque africaine de Développement Banque Mondiale Communauté de l'Afrique de l'Est Commission économique africaine Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest Communauté des Etats sahélo-sahariens Communauté Economique Régionale Marché Commun pour l'Afrique de l'Est et Australe Comité des représentants permanents Conférence sur la Sécurité, la Stabilité, le Développement et la Coopération en Afrique Décennie du Développement industriel en Afrique Fonds Monétaire International Autorité Intergouvernementale pour le Développement Assistance Internationale pour le Développement Nouveau Partenariat Economique pour le Développement de l'Afrique Nouveaux Pays Industrialisés Organisation de Coopération et de Développement Economique Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du droit des affaires Organisation Mondiale du Commerce Objectifs du Millénaire du Développement

DDIA FMI IGAD IDA

NEP AD NPI OCDE OHADA OMC OMD

ONUDI OUA PANUREDA

PNB PPTE PVD SADC TICAD UA UMA UN-NADAF

Organisation des Nations unies pour le Développement Industriel Organisation de l'Unité africaine Programme d'Action des Nations unies pour le Redressement économique et le Développement de l'Afrique Produit National Brut Pays pauvres très endettés Pays en Voie de Développement Communauté de Développement de l'Afrique Australe Conférence International de Tokyo sur le Développement en Afrique Union africaine Union du Maghreb arabe Nations unies-Nouvel Agenda pour le Développement de l'Afrique

Table des matières

REMERCIEMENTS
..L\ V..L\NT-PROPOS INTR 0 DU CTI ON

11
13 15

CfL\PITRE I : ITINÉ~\IRE DU PROCESSUS D'INTÉG~\ TION EN .L\FRIQUE : INITIl\TIVES, ACQUIS, DIFFICULTÉS RENCONTRÉES,
RESPONSi\BILITÉS DES ACTEURS ET PERSPECTI\TES

19
SON 59

CfL\PITRE II : L'i\FRIQUE PEUT-ELLE INTÉG ~\ TI 0 N ÉC 0 NO MIQUE?

RÉ..L\LISER

CHA.PITRE III : CLES DE SUCCES DE L'UNION i\FRICAINE
CfL\PITRE IV: Bi\TIR DES ÉT..L\TS FORTS ET PRIVILÉGIER

71

L' .L\FRIQUE ÉCONOMIqUE CfL\PITRE ..L\RRI~\GE CfL\PITRE V: L'..L\FRIQUE A-T-ELLE LES ? L\ MOYENS DE

95 SON 115 PL\NCHE

.l\.L'ÉCONONIIE

NIONDL\LISÉE

VI: L'INDUSTRIALIS..L\TION

DE1\1EURE

DE S.L\LUT DU DÉVELOPPENIENT

ÉCONOMIQUE

DE L'j\FRIQUE

...
CfL\PITRE \TII:

...
FIN..L\NCEMENT CONSÉQUENCES, BÂTIR L\ EXTÉRIEUR DE L'i\FRIQUE:

139
163

PARTICUL\RITÉS, CHA.PITRE
.L\FRI C.L\IN E

ET PERSPECTIVES INTELLECTUELLE

VIII:

COMMUN.L\UTÉ

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1 99

CfL\PITRE IX: RECONFIGURER LES REPRÉSENTATIONS DIPLOJ\;L\TIQUES: F.L\UT-IL UNE OU PLUSIEURS DIPLO~fATIES EN .L\FRI UE? Q 213

9

CHAPITRE X : ÉVITER L'AVÈNEMENT DES RÉVOLUTIONS SANS RÉVOLUTIONNAIRES: DES SOLDATS ET DE LA JEUNESSE S'IMPOSE À TOUS LES POUVOIRS AFRICAINS.

L'ÉDUCATION

223
231

CONCLUSION...

RÉFÉREN CES BIBLIOG RAPHI QUES 239 LISTE ET DÉFINITION DES SYMBOLES DE LA COUVERTURE. 255

10

Remerciements Le présent ouvrage est le résultat de plusieurs années d'expériences cumulées dans le traitement des questions du sous-développement de l'Afrique par l'entremise, d'abord de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA), puis de la Commission de l'Union africaine (CUA). Les chemins proposés dans chaque chapitre témoignent de ma foi en l'Afrique et en son devenir, ainsi que de ma profonde conviction quant aux potentialités réelles dont regorge ce continent pour s'extraire définitivement du cul-de-sac de la misère et de la pauvreté. Le renforcement de ma foi et de ma conviction, j'en suis redevable à trois illustres fils africains qui ont eu le privilège de mettre leur savoir-faire et leur sagesse au service du développement de notre continent. Dans l'ordre de leur passage à la tête de notre Organisation continentale, il s'agit de : M. Salim Ahmed Salim, Secrétaire général de l'OUA pendant douze ans, de M. Amarra Essy, Président intérimaire de la Commission de l'Union africaine pendant deux ans, et du Professeur Alpha Oumar Konaré, Président de la Commission de l'Union africaine de 2003 à 2007. Je voudrais qu'ils trouvent ici l'expression de mes sincères remerciements et de ma profonde gratitude. A leurs côtés, dans l'exécution de mes fonc-

tions : directeur de cabinet adjoint pour le premier, directeur
de cabinet pour le second et directeur du Département des Affaires économiques pour le troisième, j'ai eu l'opportunité de consolider mes convictions quant aux solutions à apporter à la problématique du sous-développement, lato sensu, de l'Afrique. Leur sagesse et leurs démarches politiques m'ont profondément inspiré dans l'ébauche de la thérapie que je propose pour les différents maux énumérés dans le présent ouvrage. Je tiens à remercier particulièrement mon ami M. Daniel Onana, ex-fonctionnaire de la Commission de l'Union africaine qui, en dépit de ses nombreuses préoccupations quotidiennes, n'a épargné aucun effort pour lire, dans son intégralité, le manuscrit de cet ouvrage, soit pour Il

apporter des ajustements facilitant sa lecture, soit pour m'indiquer des passages qui méritaient révision et approfondissement. Par ailleurs, je tiens à souligner que ce travail n'aurait pu être mené à son terme sans le précieux concours des personnes dont les noms suivent. Qu'elles en soient sincèrement remerciées:

.

. .

Mme Mekdes Amaha, Secrétaire bilingue au Département Paix et Sécurité; Mme Himt Yirgu, Secrétaire bilingue au Département des Affaires économiques; Mlle Hiwot Tifsihit, Assistante de Rédaction au Département des Affaires économIques ;

Enfin, je remercie tous les collègues du Département des Affaires économiques, pour la contribution directe ou indirecte qu'ils ont apportée à l'élaboration de cet ouvrage.

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Avant-propos Ce livre traite, à la fois, de plusieurs problématiques qui caractérisent, de nos jours, l'Afrique. Cette démarche lui confère une singularité novatrice. Car traiter, dans un même ouvrage, des questions politiques, économiques, sociales et culturelles constitue un exercice relativement complexe. L'ouvrage s'efforce de mettre en lumière le parcours jusque-là effectué par l'Afrique pour réaliser son intégration politique et économique. Toutes les initiatives sont examinées avec minutie, ainsi que les résultats obtenus et les difficultés rencontrées. De même, les pistes à explorer pour donner au continent des chances de succès dans son processus d'intégration sont largement mises en exergue. En outre, l'ouvrage aborde les questions clés de développement liées à l'aide extérieure et à la dette qui en découle, à l'industrialisation de l'Afrique, et à la mondialisation. Une thérapie pour faire face aux défis que soulèvent ces problématiques y est clairement proposée. Par ailleurs, ce livre propose aux lecteurs un examen succinct des problèmes politiques qui assaillent l'Afrique, à savoir l'évolution de la démocratie, les révolutions de « palais », le rôle des armées, etc. Corrélativement, il s'efforce de mettre en lumière les relations, souvent conflictuelles, entre les pouvoirs et les intellectuels, en invitant ces derniers à se focaliser davantage sur la pratique de leur science, afin d'aider l'Afrique à combler le fossé scientifique et technologique qui la sépare du reste du monde. Enfin, le livre lance un appel à l'intégration des diplomaties africaines qui de nos jours sont éparses et inefficaces. Par conséquent, il propose une configuration d'une représentation diplomatique africaine ambitieuse, réaliste et moins onéreuse. Les pistes proposées au traitement des problématiques décrites dans le présent ouvrage ne sont certes pas exhaustives, mais il n'en demeure pas moins qu'elles interpellent tous les Africains, quelle que soit leur classe sociale, dans

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l'accomplissement de leurs activités quotidiennes. Ces pistes interpellent surtout la classe dirigeante africaine, en l'invitant à opérer des mutations profondes dans sa vision pour les pays, les régions et le continent, et à adhérer inconditionnellement aux vertus de la bonne gouvemance politique et économique.

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INTRODUCTION

L'arrimage des économies africaines à l'économie internationale constitue une opération qui, ceteris paribus, semble relever d'une gageure. Cette complexité relationnelle se fonde essentiellement sur la multiplicité des tâches que le continent doit préalablement accomplir pour réussir une telle entreprise. Ceci est le reflet de moult thèmes d'actualité que les analystes des économies africaines tentent de clarifier, afin d'aider les décideurs de ces économies, notamment les gouvernants, à mieux fourbir leurs armes en adoptant des politiques économiques plus rationnelles et plus pragmatiques, pour s'attaquer avec succès à cette délicate œuvre de connexion. C'est dans une telle mouvance, et surtout guidé par un souci grandissant de vouloir contribuer à éclairer la lanterne des décideurs africains sur ces questions, que nous avons entrepris de développer les sujets dont nous vous invitons à prendre connaissance à travers ce livre. Notre démarche procède moins d'un exercice prétentieux que d'une propension à aider à la compréhension de quelques problèmes qui caractérisent l'Afrique contemporaine. La principale raison qui préside à notre approche tient plutôt à notre souci de faire connaître nos humbles opinions sur quelques questions d'actualité relatives aux développements politique, économique, social et culturel du continent africain. Contrairement à des idées déjà développées et savamment entretenues et exposées à l'opinion africaine, nous osons croire et affirmer que l'Afrique n'est pas la damnée de la terre. Elle a ses caractéristiques, voire ses réalités qui méritent respect et épanouissement. Les Africains ne doivent donc pas souffrir des jugements de valeur d'une autre ère qui leur sont adressés par l'entremise de médias ringards, généralement en mal de publicité. Loin s'en faut. Ils doivent se réveiller pour assumer leurs responsabilités en étroite relation avec les valeurs qui sont les leurs et qui, à nos yeux, 15

constituent des données dont ils doivent être fiers. Notre démarche demeure donc profondément attachée au refus d'être apathique à l'égard de son environnement. Pour ce faire, nous suggérons une adhésion populaire à certaines vertus comme l'amour du travail, la promotion du respect de l'intérêt public, l'investissement dans l'avenir des enfants ; le respect des minorités tribales (y compris le partage du pouvoir politique), et le mouvement progressif (nous proposons un rythme adapté à chaque pays) vers l'instauration définitive et irréversible de la démocratie grecque en Afrique. Le présent ouvrage examine minutieusement ces différentes problématiques. Au terme de l'analyse de chacune d'elles, il tente de mettre en lumière quelques pistes susceptibles d'aider l'Afrique à avancer résolument sur la voie du progrès. Les recettes que propose le livre ne sont certes pas une panacée, mais elles ont le mérite de contribuer à explorer des voies nouvelles qui, à .terme, enrichiront le patriotisme culturel commun du continent. Les générations futures les intègreront, à coup sûr, en les ajustant, dans les projets de société qu'elles proposeront dans le cadre de la mise en œuvre de leurs activités socioéconomiques, politiques et culturelles. Ne dit-on pas que les rêves d'aujourd'hui constituent la réalité de demain? Encourageons donc le rêve autour de nous. Un tel comportement contribue à l'éclosion de la pensée et du savoir sans lesquels toute communauté reste apathique dans son environnement. Il contribue également à susciter une synergie d'actions dans la conception de la vision sociétale qui constitue le socle de toute communauté. Là où il n'y a pas de vision, les peuples meurent, dit l'adage. Nous invitons donc les gouvernants africains à libérer les rêves au sein des populations, à promouvoir la liberté d'expression et toutes les autres libertés individuelles qui demeurent le vivier, voire la source de tout processus de développement, ou le passage obligé de tout progrès. A la lumière de ce qui précède, nous voudrions partager avec nos lecteurs nos opinions sur des thèmes comme

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l'intégration économique, le phénomène de la mondialisation, l'industrialisation, le financement du développement, les régimes politiques, le rôle des intellectuels, la diplomatie africaine, etc. Pour ce qui est de la privatisation, par exemple, nous affirmons que l'Afrique ne doit pas en avoir peur. A contrario, elle doit s'y adapter. Les trois décennies de gestion économique catastrophique par les pouvoirs publics invitent, sans état d'âme, à tenter cette nouvelle expérience. S'agissant de l'industrialisation, nous indiquons que l'Afrique doit se départir du cliché d'un continent à vocation agricole. Elle doit s'inspirer de l'adage « aide-toi, le ciel t'aidera ». Elle demeurera sous-industrialisée si elle n'assure pas le pilotage de son industrialisation. Le concours extérieur ne doit pas l'éloigner de cette tâche historique. L'Etat, en développant des actions pour l'épanouissement des secteurs privés local et étranger, y contribuera énormément. L'investisseur privé africain doit s'éloigner de toute attitude fataliste pour jouer le rôle qui est le sien: devenir le principal agent de l'accumulation du capital. En ce qui concerne la dette extérieure de l'Afrique subsaharienne, nous estimons que cette sous-région du continent portera encore, pendant longtemps, le fardeau de sa dette extérieure. Une telle situation est de nature à annihiler tous les efforts déployés par ce sous-continent pour sortir de l'ornière du sous-développement. En conséquence, le financement extérieur de l'Afrique, dans sa composition actuelle, suscite des sentiments d'inquiétude. Tant que l'Afrique restera peu attrayante pour les investissements directs et, à un degré moindre, les investissements de portefeuille, sa dette extérieure constituera un boulet permanent. Pour éviter cela, elle doit persévérer dans la réforme de son économie en supprimant tous les obstacles structurels qui obèrent l'épanouissement de l'initiative privée locale ou étrangère. L'instauration de la bonne gouvernance et de la sécurité économique pourrait considérablement y contribuer. Une politique contraire risque de réduire 17

l'Afrique subsaharienne à la mendicité permanente et de l'enliser dans le cycle contraignant de la «mauvaise dette» . Concernant la démocratisation, nous pensons qu'il ne faut pas confondre anarchie et démocratie. Cette dernière doit s'épanouir dans un environnement où le tribalisme, voire l'ethnocentrisme, le népotisme, le régionalisme, n'ont pas droit de cité. Sinon, le développement des vertus démocratiques risque de donner cours à la chienlit, au désordre et à tout autre comportement susceptible de remettre en cause les fondements même de la nation. Pour contenir tous ces sentiments ou tous ces courants idéologiques préjudiciables à la vie et à la survie de la nation, l'avènement d'une communauté intellectuelle en Afrique s'avère extrêmement important. Les intellectuels ont non seulement le devoir d'apporter leur contribution à l'évolution du monde moderne, mais ils ont également l'obligation de jouer le rôle de garde-fou dans l'évolution des communautés auxquelles ils appartiennent. Aussi, doivent-ils faire connaître la touche africaine dans l'avancement des sciences modernes, et tout mettre en œuvre pour empêcher que l'Afrique soit le théâtre d'idéologies extrémistes ou réactionnaires. Vous découvrirez la suite de nos idées au cours de votre lecture. Les suggestions et recommandations que nous faisons à la fin de nos analyses sur les sujets retenus ne sont pas exhaustives. Elles ne constituent qu'une contribution à l'éclairage des problématiques sur lesquelles elles portent.

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CHAPITRE I : ITINÉRAIRE DU PROCESSUS D'INTÉGRATION EN AFRIQUE: Initiatives, acquis, difficultés rencontrées, responsabilités des acteurs et perspectives

La problématique de l'intégration économique, en Afrique, n'est pas récente. Elle s'est posée, dès l'aube des indépendances, comme l'expression de la volonté des dirigeants africains de contenir les effets pervers de la balkanisation du continent. Des raisons aussi bien politiques qu'économiques ont donc été à l'origine de l'avènement d'un grand nombre d'institutions intergouvernementales de coopération et d'intégration pour permettre aux pays africains de parler d'une seule voix et pour desserrer toutes les contraintes liées à l'exiguïté des marchés nationaux. Cette floraison d'institutions à but intégrateur a atteint son point culminant, d'abord dans les années 80, avec le Plan d'action et l'Acte final de Lagos, puis dans les années 90 et 2000, avec l'adoption du Traité d'Abuja instituant la Communauté économique africaine et de l'Acte constitutif créant l'Union africaine, respectivement. Depuis les années 60, les initiatives se sont donc succédé pour renforcer et accélérer le processus d'intégration régionale et continentale. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les acquis sont restés en deçà des espérances. Les groupements régionaux, voire les communautés économiques régionales, ont du plomb dans l'aile; les échanges entre pays africains sont encore faibles; la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux est encore loin d'être une réalité; les droits de résidence et d'établissement s'apparentent de plus en plus à une chimère; les unités de production dans une même région sont à peine complémentaires et rares sont celles qui ont une taille régionale, précarisant davantage les opérateurs économiques africains qui éprouvent encore des difficultés à faire face à la concurrence extérieure; les intermédiaires financiers, bancaires ou non bancaires, se

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heurtent, dans la plupart des cas, à des écueils pour se soustraire au joug de l'ancienne métropole, et de facto jouer le rôle qui leur revient dans l'endogénéisation des mécanismes et desleviers du développement de notre continent. Que faire face à l'impasse apparente? Les pays africains ont-ils joué franchement le rôle qui est le leur dans le processus d'intégration régionale et continentale? En d'autres termes, ont-ils privilégié les enjeux nationaux aux dépens des enjeux communautaires? Les pays du Nord ont-ils, à travers les affinités historiques et linguistiques, encouragé une telle approche dans l'intérêt supérieur de leurs économies? Nous sommes donc face à diverses interrogations qui doivent interpeller tous les acteurs du processus d'intégration de l'Afrique. Les avantages de l'intégration régionale sont connus. Les solutions pour arriver à une intégration rapide et efficace le sont également. Par ailleurs, le fait que l'intégration régionale et continentale n'a pas d'alternative crédible pour les pays africains, dans le contexte actuel de l'évolution du monde moderne, est aussi largement partagé par l'opinion africaine et par les partenaires au développement du continent. L'Afrique tout entière est consciente de la nécessité et de l'urgence de l'intégration régionale et continentale qu'elle considère comme un passage obligé pour répondre aux aspirations de ses populations et aux exigences de l'évolution de l'économie mondiale. Ce qui reste à faire, c'est de traduire dans les faits les engagements pris en matière d'intégration et d'exprimer la primauté des considérations communautaires sur les égoïsmes nationaux. La Commission de l'Union africaine a l'obligation historique d'accompagner les dirigeants africains dans ce processus en assurant, entre autres, l'harmonisation et la coordination des politiques et stratégies élaborées à cette fin. Aussi estil extrêmement urgent de revisiter l'approche de l' intégration régionale. La nouvelle approche de l'intégration, en privilégiant la viabilisation économique de l'espace régional, est de nature à stimuler une croissance économique 20

forte et durable, condition sine qua non de la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, et à améliorer significativement la compétitivité des économies régionales et continentales. La nouvelle démarche pour une intégration régionale réussie doit aboutir à l'émergence d'hommes et de femmes d'affaires de types nouveaux ou d'opérateurs économiques africains qui s'aguerrissent d'abord dans l'espace régional et qui acceptent d'affronter ensuite la compétition internationale, sans complexe et sans handicap. Le NEPAD, programme historique de l'Union africaine visant à accélérer le processus d'intégration régionale et continentale s'inscrit parfaitement dans cette nouvelle approche d'intégration régionale. Peut-il permettre d'atteindre ce noble objectif? En d'autres termes, peutil permettre de desserrer les contraintes de nature diverse qui, jusque-là, obèrent le processus d'intégration régionale et continentale? Les prochaines décennies nous permettront de répondre à cet important questionnement. Mais pour les besoins de notre ouvrage, nous allons examiner le processus d'intégration en Afrique, ce qui nous conduit à passer en revue l'essentiel des initiatives africaines développées à cette fin, y compris le NEP AD. Initiatives des années 70 et 80

Les résultats décevants des stratégies de développement des deux premières décennies de l'indépendance ont été à l'origine de moult forums de réflexion consacrés aux voies et moyens de libérer le continent des contraintes susceptibles d'entraîner un blocage et une paralysie. La Conférence de Monrovia (1979) précédant l'adoption du Plan d'action et de l'Acte final de Lagos (1980) en constitue un exemple assez édifiant. Ensuite, il faut rappeler que le Plan d'action et l'Acte final de Lagos ont généré à leur tour le Traité d'Abuja (1991) instituant la Communauté économique africaine, qui est entré en vigueur en mai 1994.

21

Colloque de Monrovia: sultats obtenus

Réunions

préparatoires

et ré-

La Conférence de Monrovia (Liberia) a été l'aboutissement de plusieurs réunions tenues par les dirigeants africains sur l'indépendance économique du continent. Ces rencontres ont fait l'amer constat que l'Afrique, pour s'extraire définitivement de la pauvreté et de la misère, ne doit compter que sur elle-même. Ainsi, il y a eu la Déclaration d'AddisAbeba (1973), proclamée lors de la commémoration du 10ème Anniversaire de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA). Cette Déclaration insiste, entre autres, sur « l'incapacité de la communauté internationale à créer des conditions favorables au développement de l'Afrique» 1. Elle recommande surtout le développement introverti, endogène

et autoentretenu du continent. Cette propension à l' auto~

nomie et au renforcement de la coopération économique et technique entre pays africains a été profondément appuyée par la 3ème conférence des ministres africains de la Commission Economique des Nations unies pour l'Afrique (CEA), tenue à Nairobi (Kenya), en 1975. Ensuite, la Il èmesession extraordinaire du Conseil des ministres de l'OUA, réunie à Kinshasa (RDC), en décembre 1976, a donné lieu à la Déclaration de Kinshasa qui, entre autres, prône la libre disposition et le contrôle par la souveraineté permanente des Etats africains des ressources naturelles, la création d'entreprises multinationales, du Marché commun africain, de la Commission africaine de l'Energie, et de la « Communauté économique africaine, dans un délai de 15 à 20 ans »2.Dans la même mouvance, la 4 èmeConférence des ministres de la CEA, tenue à Kinshasa en févriermars 1977, adopte « Le plan directeur révisé pour l'instauration d'un nouvel ordre économique international en Afrique ». Cette 4ème Conférence a approfondi davantage le concept d'autonomie individuelle et d'autosuffisance collective.
1 cf. Archives de l'OUA, années successives. 2 Id.

22

Somme toute, le Sommet de l'OUA, tenu à Libreville (Gabon) en juillet 1977, adopte les recommandations contenues dans la « Déclaration de Kinshasa» et dans le « Plan directeur révisé ». Comme pour rompre avec l'ordre ancien 1 et pour endogénéiser les leviers de commande du développement économique de l'Afrique, des experts de ce continent, à la requête du Secrétariat général de l'OUA, se sont réunis à titre individuel et en colloque à Monrovia, en février 1979. Ce colloque, dont le principal objectif était de redéfinir de véritables ancrages pour la croissance et le développement de l'Afrique, a eu pour thème général « les perspectives de développement et de croissance de l'Afrique à l'horizon 2000 ». Les conclusions de ce séminaire préconisaient, entre autres, un développement auto centré, autoentretenu et la démocratisation du développement. Elles furent' ensuite examinées par la Sèmeréunion de la Conférence des ministres de la CEA, réunie à Rabat du 20 au 28 mars 1979. La Conférence adopta une décision significative: « La stratégie africaine pour le développement dans le cadre de la troisième décennie de l'ONU pour le développement ». La stratégie fut, à son tour, soumise au Sommet de l'OUA tenu à Monrovia en juillet 1979. Ce Sommet adopta enfin « la stratégie de Monrovia», qui se résume comme suit: «La Déclaration de Monrovia d'engagement des Chefs d'Etat et de gouvernement de l'OUA sur les principes directeurs à respecter et les mesures à prendre en faveur de l'autosuffisance nationale et collective dans le développement économique et social en vue de l'instauration d'un
1

La tendance à la rupture avec l'ordre ancien a connu son paroxysme avec le
séminaire international d' Addis Abéba, tenu en mars 1979, et dont le thème principal était « les différents modes de développement et styles de vie dans la stratégie de la rupture avec les scénarios antérieurs, la nécessité impérieuse d'instaurer le Nouvel Ordre économique international (NOEl) en Afrique et l'impératif d'une stratégie propre à l'Afrique».

23

Nouvel Ordre économique en Afrique» 1. En outre, le Sommet décida de la tenue d'une réunion extraordinaire des Chefs d'Etat et de gouvernement, consacrée exclusivement aux problèmes économiques, en avril 1980, à Lagos. La session extraordinaire eut effectivement lieu à Lagos, les 28 et 29 avril 1980. Elle approuva le Plan d'action préalablement préparé par la sixième réunion de la Conférence des ministres africains de la CEA, en avril 1980. Elle adopta enfin dans sa déclaration finale le Plan d'action et l'Acte final de Lagos (PAL et AFL) en vue de la mise en œuvre de la Stratégie de Monrovia pour le développement économique de l'Afrique. Ces deux textes précisent les principes, les objectifs, les étapes, les mesures et les priorités de la mise en œuvre de l'autonomie individuelle et de l' auto suffisance, et le principe de la création de la Communauté économique africaine, tout en donnant un mandat impératif à l'OUA de préparer le projet de traité y relatif. Avec l'adoption du PAL et de l' AFL, l'Afrique marque sa volonté de maîtriser son destin économique et politique en exerçant sa pleine autonomie sur le choix des politiques ou stratégies de sa croissance et de son développement. Plan d'action de Lagos et Acte final de Lagos

Le cadre de coopération envisagé par le Plan d'action de Lagos (endogénéisation de la politique de développement) sera clairement défini par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'OUA, lorsqu'ils réaffirmeront leur « engagement de créer d'ici à l'an 2000, sur la base d'un traité à conclure, une communauté économique africaine afin d'assurer l'intégration économique, culturelle et sociale de l'Afrique» 2 . Avec le PAL et l' AFL, l'Afrique adopte un modèle de développement fondé sur le principe d'autonomie individuelle et d'autosuffisance collective. En
lOUA, archives, ibid. 2 Le PAL, 1980.

24

effet, l'autonomie collective qui caractérise le PAL met l'accent sur le développement endogène, autocentré et auto entretenu, sur le rejet des styles de vie exogènes et de dépendance, sur la lutte résolue contre le néocolonialisme, en cultivant « la vertu de l'autosuffisance », en déclarant la guerre économique aux intérêts du Nord, en réduisant « la dépendance, actuellement extrême, de nos pays envers l'exportation de produits primaires... » et en internalisant les facteurs et les moyens de production. En d'autres termes, fondamentalement, l'autonomie ou l' auto suffisance collective1 signifie:
1.

Il.

111.

IV.

intensifier la coopération régionale et sousrégionale par des actions concrètes dans les domaines prioritaires et complémentaires, de manière à créer les biens d'équipement et de consommation de masse à la satisfaction des besoins locaux; internaliser (rendre endogènes) les biens, les facteurs et les moyens de production en comptant sur les forces continentales, régionales et sous-régionales; promouvoir la coopération économique et technique avec les pays en développement d'abord, avant de promouvoir ensuite la coopération internationale ; supprimer, sinon restructurer la division internationale du travail en vue de réduire les effets de l'échange inégal et les disparités intolérables; instaurer une nouvelle division internationale du travail avec les pays industrialisés et adopter une division régionale et interrégionale du travail, conforme aux avantages comparatifs en termes de coûts et de dotation réelle en ressources naturelles, humaines et énergétiques des entités de la région;

1

PAL, ibid.

25