Les colonies de vacances

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Ce livre sera un outil précieux pour les professionnels ou les élus qui y trouveront toute la règlementation et son analyse, les questions liées au projet éducatif, à la formation des équipes pédagogiques. L'auteur rappelle notre responsabilité collective ainsi que celle des pouvoirs publics pour mener des politiques sociales visant à favoriser le départ d'un maximum d'enfants et adolescents, d'autant plus que les colonies de vacances demeurent un des rares espaces de mixité et de cohésion sociales qu'il convient de préserver.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782336262727
Nombre de pages : 215
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Les colonies de vacances
Domaineprivilégiéde l'éducationpopulaire

Tourismes et Sociétés

Collection dirigée par Franck Michel
Déjà parus IANKOV A K. (dir.), Le tourisme indigène en Amérique du
Nord, 2008.

LAMIC J.-P., Tourisme durable: utopie ou réalité? Comment identifier les voyageurs et voyagistes éco-responsables ?, 2008. D. FASQUELLE et H. DEPERNE (dir.), Le tourisme durable, 2007. J.-M. FURT & F. MICHEL (dir.), L'identité au cœur du voyage (Tourismes & identités 2), 2007. KIBICHO W., Tourisme en pays maasaï (Kenya): de la destruction sociale au développement durable? ,2007. CACCOMO J.-L. et SOLONANDRASANA B., L'innovation dans l'industrie touristique, 2006. J.-M. FURT & F. MICHEL (dir.), Tourismes & identités, 2006. J.-M. DEW AILLY, Tourisme et géographie, entre pérégrinité et chaos ?, 2006. R.AMIROU, P. BACHIMON, J.-M. DEW AILLY, J. MALEZIEUX (dir.), Tourisme et souci de l'autre. En hommage à Georges CAZES, 2005. A. VOLLE, Quand les Mapuche optent pour le tourisme, 2005. O. GUILLARD, Le risque voyage, 2005. J.SPINDLER (dir.) avec la collaboration de H. DURAND, Le tourisme au U siècle, 2003. J. CHAUVIN, Le tourisme social et associatif en France, 2002. F. MICHEL, En route pour l'Asie. Le rêve oriental chez les colonisateurs, les aventuriers et les touristes occidentaux, 2001. J .L. CACCOMO, B. SOLONANDRASANA, L'innovation dans l'industrie touristique, 2001. N. RAYMOND, Le tourisme au Pérou, 2001. GIREST (Groupement Interdisciplinaire de Recherche En Sport et Tourisme), Le tourisme industriel: le tourisme du savoirfaire ?, 2001. R. AMIROU, P. BACHIMON (ed.), Le tourisme local, 2000. G. CAZES et F. POTIER, Le tourisme et la ville: expériences européennes, 1998. P. CUVELIER, Anciennes et nouvelles formes de tourisme. Une

approche socio-économique, 1998.

Jacques Chauvin

Les colonies
Domaine privilégié

de vacances
de l'éducation populaire

L'HARMATTAN

5-7, rue

@ L'HARMATTAN, 2008 de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo,[r ISBN: 978-2-296-07389-0 EAN : 9782296073890

Les voyages et leur utilité dans l'éducation « Les voyages donnent de l'essor à l'imagination; à l'esprit de la tenue; à l'âme de la vigueur; au corps de la force et de la souplesse. Ils instruisent l'homme à l'école du besoin; par les voyages, les idées s'agrandissent, les aperçus se multiplient, les préjugés se détruisent, les idiomes se confondent... Il serait à désirer que toute l'éducation fut en action. .. A Dieu ne plaise que j'aie l'absurde dessein de rendre notre école ambulante. Mais, citoyens, vous apprécierez quelle possibilité il y aurait à ce que, dans les beaux jours, une école même toute entière se portât dans la campagne... Le but du voyage sera d'aller voir un port de mer, une grande cité, une campagne renommée pour sa fertilité. Combien d'observations instructives un conducteur peut faire à ces jeunes gens en s'éloignant pour la première fois de la maison paternelle et des lieux qui les ont vu naître! »

Conventionnel PORTIEZ Tribune de la Convention 20 messidor de l'an II (20 juin 1794)

Aux militants de la Ligue de l'enseignement

www .laligue.org

Nota: certains paragraphes sont en italiques. Cela signifie que les propos tenus sont exprimés au nom de la Ligue de l'enseignement

Préface
Dans les années 1960, une célèbre chanson populaire a immortalisé les colonies de vacances. Cette chanson au caractère humoristique a eu toutefois un effet assez dévastateur dans la mesure où elle a donné une idée bien particulière de ces colonies de vacances. La précision des détails relève du vécu, même si l'auteur Pierre Perret a été assez malicieux pour forcer certains traits et accentuer le côté satirique de cette chanson. Le problème est que ces descriptions caricaturales ont marqué les esprits pendant au moins deux générations. Comme toujours en pareille circonstance, certains professionnels de l'activité ont crié au scandale en rejetant sur cette chanson une grande partie de la responsabilité d'une image dégradée. Pour d'autres cette chanson, malgré ses défauts, a donné un côté sympathique aux colos. Bien des choses ont changé depuis les années soixante. L'environnement des colonies de vacances a énormément progressé en un demi-siècle. Il s'est beaucoup professionnalisé, tout en préservant l'empreinte associative, toujours aussi présente, fort heureusement. Le caractère social, au sens de l'accessibilité au plus grand nombre, reste le projet prépondérant des associations organisatrices comme la Ligue de l'enseignement. Pour autant, on constate malheureusement des coûts de séjours toujours plus élevés, conséquence directe des adaptations qualitatives et réglementaires. D'un côté, et on peut fort bien le comprendre, la société est toujours de plus en plus exigeante, d'autant plus quand il s'agit de protéger ses enfants, et, d'un autre, elle est dans l'incapacité d'assumer les conséquences financières de ses propres eXIgences. Le vingt-et-unième siècle est, en théorie, celui d'une société des loisirs au sens général du terme. Ce qui est valable pour les adultes l'est encore plus pour les enfants, qui disposent en moyenne de quinze semaines de vacances scolaires. Il est donc fort logique que les colonies de vacances soient une des réponses appropriées à l'occupation de ces temps de loisirs des enfants, et, en ce sens, la 9

Ligue de l'enseignement continue à jouer un rôle particulièrement actif, dans le droit fil des valeurs portées par ses fondateurs. Globalement, on reconnaît 3 temps principaux qui rythment la vie des enfants: la famille, l'école et les loisirs. Alors que ces 3 temps sont complémentaires, certains y voient l'occasion d'affirmer la prépondérance d'un des temps sur les autres. Les associations familiales revendiquent la priorité de leur fonction éducative parentale, l'Education nationale affirme une place essentielle dans la formation des enfants et les associations assument un rôle parfois peu visible, mais tout aussi fondamental au travers d'activités à la fois ludiques et éducatives, dans le cadre d'organisations conçues à cet effet. Tous les temps de l'enfant sont des temps éducatifs, dans l'idée de la construction de la personnalité de ces enfants, de leur émancipation, de leur épanouissement. Il faut bien comprendre ce qualificatif « d'éducatif» au sens le plus large et le moins contraint, et ne pas le comprendre ou le limiter à son acception strictement scolaire. Chacun, à sa place, mais dans une logique de complémentarité, concourt à la formation du futur adulte qui devra être pleinement en capacité d'assumer son rôle dans la société et en constituer un élément de progrès. Les colonies de vacances, comme toutes les activités de loisirs, tiennent toutes leurs places dans ce projet humaniste de progrès social. Les vacances collectives sont bien évidemment avant tout des temps de vacances ludiques, mais qui, dans ce cadre très particulier du loisir, facilitent des fonctions éducatives. L'enfant « grandit» en colonie de vacances. Les colonies de vacances sont des moments privilégiés de pratiques et de découverte d'activités, d'environnements nouveaux. Et ce sont également des occasions d'éducation à la vie sociale: la colo, c'est le moment où l'on quitte (tout à fait momentanément) ses parents, sa famille, c'est un lieu d'émancipation important. Bien souvent, au même titre que les classes de découvertes, l'enfant dormira ailleurs que chez lui. Il va vivre une expérience de vie collective nouvelle, découvrir d'autres enfants, d'autres adultes. Il va évoluer au sein d'un groupe d'individus, (une collectivité d'enfants à l'image de la société des

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adultes). La colo constitue un moyen d'éducation assez original dans la mesure où l'enfant va devoir, dans le même temps, développer sa propre autonomie, tout en développant sa propre socialisation. Nous nous étonnerons toujours que notre société ne soit pas en capacité de faciliter l'accès aux vacances collectives de tous ses enfants, au regard des apports éducatifs uniques qu'elles permettent.
Jean-Marc ROIRANT Secrétaire Général de la Ligue de l'enseignement

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Un peu de vocabulaire
Colonies de vacances, centres de vacances, centres de loisirs sans hébergement, accueils de loisirs... Autant d'appellations qui recouvrent des concepts différents, qui ont évolué dans le temps, qui sont (ou non) des appellations réglementaires et qu'il convient donc de préciser. Colonies de vacances: c'est l'appellation historique, ancrée dans l'inconscient populaire. Il s'agit d'un séjour dont la durée moyenne se situe aujourd'hui autour de deux semaines. Ces séjours impliquent une notion de déplacement (le groupe vit ailleurs que dans son milieu d'origine) et constitue une entité propre: enfants encadrés par des adultes. Comme on le verra plus loin, cette appellation est la plus usitée et bénéficie d'une connotation très positive de la part des parents. C'est d'ailleurs une appellation qui est de nouveau utilisée dans les documents de communication des organisateurs de séjours de vacances. Centre de vacances: c'était l'appellation réglementaire valide jusqu'en 2006. C'était aussi l'appellation la plus utilisée par les organisateurs de séjours qui souhaitaient se démarquer de l'image un peu vieillissante des colonies de vacances. Séjours de vacances: c'est l'appellation réglementaire depuis septembre 2006. On peut donc utiliser sans problèmes les termes de colonies de vacances, de centres de vacances ou de séjours de vacances puisqu'elles regroupent le même concept. Toutefois, dans un souci de rigueur réglementaire, il ne faudrait parler que de séjours de vacances. Camps d'adolescents: le camp d'adolescents est un séjour de vacances destiné aux 13 - 17 ans. Il ne s'agit pas d'une appellation réglementaire, mais elle est unanimement utilisée pour bien faire la distinction avec les séjours destinés aux 6 - 12 ans. Centre aéré: c'est l'appellation historique d'un accueil à la journée ou à la demi-journée pendant les périodes de congés scolaires (vacances scolaires et le mercredi). Bien souvent, cet accueil se déroule dans la commune, voire dans le quartier, et

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principalement dans les locaux spécifiques, ou simplement dans des locaux scolaires aménagés à cet effet. Centre de loisirs sans hébergement: réglementairement, cette appellation s'est substituée à celle de centre aéré jusqu'en 2006. Accueils de loisirs: c'est la nouvelle appellation réglementaire du centre de loisirs sans hébergement depuis septembre 2006. On utilise indifféremment les appellations de centres de loisirs ou d'accueils de loisirs, mais toujours dans un souci de rigueur réglementaire, il ne faudrait parler que d'accueils de loisirs. CVL: Centres de Vacances et de Loisirs. Jusqu'en 2006, cette appellation générique regroupait à la fois les centres de vacances et les centres de loisirs sans hébergement. ACM: Accueils Collectifs de Mineurs. Cette appellation générique regroupe différents types d'accueils, dont les séjours de vacances et les accueils de loisirs proprement dit. Elle s'est donc substituée à celle de centres de vacances et de loisirs, qui était beaucoup plus «parlante» que celle d'accueils collectifs de mIneurs. Dans les pages qui suivent, nous utiliserons indifféremment les expressions réglementaires ou les expressions les plus compréhensives comme l'est « centres de vacances et de loisirs », expression qui, bien qu'elle ne soit plus réglementaire a l'immense avantage de qualifier parfaitement le sujet traité et d'être comprise par tous. Ministère chargé de la Jeunesse et des Sports: c'est ce ministère qui a la responsabilité juridique et réglementaire des accueils collectifs de mineurs. Sa dénomination et son champ de compétences ont souvent varié (au gré des nominations des nouveaux ministres). Il a été autonome ou rattaché à d'autres ministères (comme l'Education nationale, la Santé), il a pu être « ajouté» (ou non) à la Vie Associative, etc. Pour des raisons de commodité, nous emploierons principalement: ministère de la Jeunesse et des Sports!

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PARTIE I REPERES HISTORIQUES ET ETAT DES LIEUX

L'histoire

simplifiée des colonies de vacances

Pour connaître l'histoire des colonies de vacances, on peut se référer à des ouvrages qui ont spécifiquement traité de ce sujet: Jean HOUSSAYE l, et André BORDET2 pour le cas particulier du département du Calvados. L'ouvrage d'André BORDET est particulièrement intéressant pour comprendre et mesurer la genèse des colonies de vacances, limitée à un département, certes, mais il n'y aucune raison de ne pas imaginer que l'exemple du Calvados peut être étendu à la quasi-totalité du territoire métropolitain. Il est d'usage de retenir deux dates symboliques comme « premières» colonies de vacances: 1876, considérée comme l'année de la création de la première colonie de vacances par le pasteur Suisse WILHEM, 1881, comme l'année de la création de la première colonie de vacances en France par le pasteur LORIAUX. Il faut croire que le « poids» des auteurs qui ont indiqué ces dates était important dans la littérature spécialisée pour que cellesci soient considérées comme incontournables, car les initiatives ont été nombreuses et variées bien avant ces dates. C'est en ce sens que l'ouvrage d'André BORDET est intéressant. Il cite nombre d'expériences antérieures à cette fin du 1ge siècle. Bien évidemment, on ne peut pas les qualifier de colonies de vacances au sens où nous l'entendons aujourd'hui, pour autant les comptes rendus de ces séjours (certains durant plusieurs jours, d'autres, à la journée, à l'image des accueils de loisirs d'aujourd'hui), peuvent être rattachés sans équivoque possible à l'histoire des colonies de vacances.
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HOUSSAYEJean.Aujourd'hui,les centresde vacances.EditionsMatrice.

Collection Points d'appui. 1991. 2 BORDET André. La Colo. Souvenirs, témoignages. Editions Cahiers du Temps.2003.

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Il est vrai que les traces écrites de comptes rendus de séjours ou d'initiatives de ce type sont rares avant les années 1870, mais on ne peut passer sous silence les propos du conventionnel Portiez, qui rappelait à la tribune de l'Assemblée Nationale les bienfaits des voyages pour les enfants en 1791 ! Nous affirmons donc que les premières traces écrites de colonies de vacances ne datent pas de 1876, mais de quasiment un siècle avant, puisque l'on trouve des références en 1791. La fréquentation des colonies de vacances va connaître un succès important: on recensait approximativement 8 200 colons en 1900, 100 000 en 1913, 130 000 en 1921 et 420000 en 1936 et 1 600 000 enfants en 1994. Comme nous le verrons dans le chapitre consacré à l'évolution de la fréquentation des centres de vacances, le nombre total de colons est intéressant, mais est tout aussi intéressant le pourcentage d'enfants en colonie par rapport à la totalité des enfants concernés (classe d'âge de référence). On est d'ailleurs en droit de se demander si cette valeur, en pourcentage, n'est pas plus valide, d'un point de vue strictement scientifique, que la valeur absolue du nombre total de colons. Outre la fréquentation des centres de vacances, quelques autres repères historiques méritent d'être cités: 1906 : premier congrès national des colonies de vacances, 1935 : premières réglementations sur les colonies de vacances, 1938: promulgation de la première loi sur les colonies de vacances, 1976: textes réglementaires « fondateurs» des colonies de vacances modernes. Ces textes sont issus du « Code de la famille» dans le cadre de la protection des mineurs en dehors du domicile parental. Quarante ans après, ils constituent toujours l'ossature de la réglementation de 2008, 2001 : loi instaurant l'obligation du projet éducatif, 2006 : nouveaux textes sur les déclarations d'accueils de mineurs en dehors du domicile parental, qui rendent obligatoire la déclaration de tout séjour qui regroupe un minimum de 7 mineurs à partir d'une nuit.

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Des repères sur l'évolution

des conceptions

Les propos qui vont suivre ont pour seul objet de donner quelques points de repères sur les conceptions à partir desquelles se sont appuyés les promoteurs et organisateurs de colonies de vacances. Il ne s'agit en aucun cas d'une étude complète, scientifique, telle que le mériterait ce sujet, mais qui demanderait des moyens dont nous n'avons pas pu disposer pour la rédaction de cet ouvrage. Cependant, si certains traits paraissent « grossis », nous n'avons pas voulu tomber dans la caricature, mais insister sur des faits objectifs très révélateurs d'un contexte social dans lequel s'inscrit l'évolution des colonies de vacances. Des initiatives de la société civile Le cadre très réglementé des colonies de vacances et très institutionnalisé, que nous connaissons aujourd'hui, pourrait laisser penser que les colonies de vacances ont bien pour origine les pouvoirs publics, et en particulier ceux de l'Etat. Il n'en est rien puisque les premiers centres de vacances sont des initiatives de la société civile dans des cadres très divers, voire concurrentiels, en particulier au niveau idéologique. Pendant plusieurs dizaines d'années, il n'existera d'ailleurs aucun cadre réglementaire, les pouvoirs publics se préoccupant peu de ces initiatives de la société civile, ou se contentant de les accompagner. Plusieurs acteurs vont jouer un rôle important dans le développement des colonies de vacances: - les « religieux»: prêtres (de cultes différents), les parOIsses, - les « laïques»: enseignants, « caisses des écoles », « sou des écoles », - les communes, - les comités d'entreprise. Il faudra attendre les années 1920 pour que l'Etat se préoccupe des colonies de vacances, et commence à publier des textes officiels. 19

Un objet sanitaire et social à l'origine La première colonie de vacances, identifiée en tant que telle par la littérature spécialisée, a été organisée par un pasteur suisse en 1876. Son caractère sanitaire et social était évident: sortir les enfants pauvres de leurs quartiers insalubres, leur donner une nourriture saine et équilibrée, leur donner accès au grand air, au bon air. Leur offrir également un environnement d'activités qui ne les laisse pas oisifs, c'est-à-dire propice au désœuvrement... et donc à la délinquance! Les premières colonies de vacances en France ont également été organisées avec les mêmes soucis hygiénistes. Comme nous l'avons indiqué précédemment, de nombreux témoignages montrent que des expériences similaires ont précédé ces repères historiques, avec pour origine des religieux, des membres de l'Education nationale, donc laïques, et des municipalités. La prégnance du caractère sanitaire des colonies de vacances est aussi attestée par les dénominations des grandes organisations qui ont été créées pour faciliter le départ en vacances. On peut, par exemple, remarquer le nom de la JPA : Jeunesse au Plein Air ; il en est de même pour l'UN AT : Union Nationale des Associations de Tourisme et de Plein Air. On peut remarquer qu'aujourd'hui la précision « et de Plein Air» a totalement disparu en dehors des dénominations statutaires. L'UN AT ne communique que sous cette appellation «réduite ». L'exemple le plus révélateur est celui de l'association HPE qui s'appelle aujourd'hui «Hiver Printemps Eté », «détournement» marketing de son appellation d'origine HPE, qui voulait dire «Hygiène Par l'Exemple », vaste programme! L'hygiène par l'exemple peut en effet aujourd'hui être considérée comme obsolète. Il ne faut cependant pas sousestimer le rôle essentiel joué autrefois par ce genre d'associations pour l'éducation des enfants et des adolescents!

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La paroisse contre l'école laïque et inversement La France va connaître des évolutions particulièrement importantes, qui vont déposséder les religieux de leur pouvoir sur la société et tout au moins de leur grande influence. Grâce à l'œuvre initiée par la Ligue de l'Enseignement, Jules FERRY va instituer l'école obligatoire, gratuite, publique et laïque, dessaisissant ainsi l'église catholique de son quasi monopole de l'enseignement. Plus tard, en 1905, la loi de séparation entre l'Eglise et l'Etat va renforcer cette perte d'influence du pouvoir catholique. L'école n'étant plus accessible à l'Eglise catholique, il fallait trouver un autre contexte propice au prosélytisme, et les colonies de vacances pouvaient constituer ce nouvel environnement. Aujourd'hui, on a quelques difficultés à imaginer le climat social de l'époque, particulièrement tendu autour de la religion, surtout lié au fait que les laïques faisaient de plus en plus d'émules auprès de la population et du pouvoir politique. L'école était bien sûr le lieu privilégié d'expression de cette guerre, non pas de religions, mais d'opposition entre le pouvoir catholique et celui des non croyants. Très vite, tous les acteurs vont se saisir de l'opportunité des colonies de vacances pour tenter d'éduquer les jeunes cerveaux et les rallier à leurs idéaux. Il est d'ailleurs très intéressant de noter que les catholiques et les laïques vont faire la même analyse, et vont donc promouvoir les centres de vacances, les « colos », avec le même objectif que l'on peut qualifier, dans les deux cas, de prosélytisme. Les catholiques d'abord vont très mal vivre la perte de leur place prépondérante, voire de leur situation de monopole au niveau de «l'école », lieu privilégié pour diffuser leurs idées, d'autant plus que, pendant des décennies, ils ont régné en maîtres absolus sur l'enseignement et l'éducation des jeunes esprits. Il leur faut donc trouver d'autres lieux, d'autres espaces, d'autres moments propices au formatage de la conscience des enfants et des adolescents, et ils vont se saisir très vite du cadre particulièrement

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favorable des centres de vacances. Pendant plusieurs semaines, ils pourront disposer d'un environnement idéal: environnement « clos» et totalement maitrisé, éloignement des parents, éloignement de l'école publique, groupe d'enfants en manque de repères quotidiens, etc. Loin de nous le fait de nier que les organisations catholiques n'aient .pas eu également des objectifs sociaux, mais les faits montreront bien que les centres de vacances vont constituer des occasions à saisir: organisations nombreuses proposées par les paroisses, « mise à disposition» des séminaristes et jeunes prêtes, enseignement religieux, participation aux messes, etc. La réaction des laïques sera immédiate. Ils vont très vite mesurer le « danger» présenté par le dynamisme des organisations catholiques et, par conséquence, vont eux aussi s'investir pleinement dans l'organisation des centres de vacances pour préserver les jeunes esprits des «manipulations mentales». Les expressions que nous employons peuvent paraître caricaturales, pour autant, elles ne font que traduire une réalité très vivante dans nos campagnes: la rivalité entre le patronage catholique dirigé par le curé de la paroisse, et de l'amicale laïque sous la conduite des « hussards» de la République: les enseignants. Ces derniers vont même montrer « leur ouverture d'esprit» en offrant aux enfants la possibilité de se rendre à la messe le dimanche matin, seule concession tolérée pour que certains enfants puissent participer aux colonies de vacances. Jusque dans les années 1980, les dossiers d'inscription des enfants prévoyaient une rubrique spécifique qui permettait aux parents de préciser s'ils souhaitaient que leur enfant participe à un office religieux. Aujourd'hui, ces rubriques ont disparu de la grande majorité des documents administratifs, puisque les parents n'expriment quasiment plus ce genre de souhait, à l'image de la baisse de fréquentation des offices religieux chrétiens du dimanche matin. Si ceci est exact pour la religion catholique, il n'en est pas de même pour d'autres cultes, pour lesquels certains parents ont des exigences particulièrement fortes.

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Jusque dans les années 1960, une organisation très militaire Le centre de vacances du 21e siècle, dans ses conceptions et organisations, n'a pas grand-chose à voir avec celui de la première moitié du 20e siècle. Les documents d'archives montrent que jusqu'à la fin des années 1960, l'organisation des centres de vacances était très proche des conceptions militaires, et ceci était valable quel que soit le type d'organisateur. Les centres de vacances étaient organisés en grands groupes, avec une totale domination du groupe sur l'individu. Comme à l'armée, l'individu en tant que tel n'a pas droit de cité, et il est au service du groupe. La journée est également organisée selon un rythme militaire: réveil pour tous au coup de sifflet, très souvent lever des couleurs, répartition des «corvées », rivalité organisée entre les grands groupes, sous forme de compétition, identifiants vestimentaires pour signifier l'appartenance à un groupe, vie au grand air pour purifier les corps et les esprits, conditions de vie plutôt spartiates, etc. On peut d'ailleurs noter que les organisations du scoutisme ont conservé une grande partie de ces principes militaires: uniforme, « clans », hiérarchie, etc. Il est peut être utile de rappeler que, jusque dans les années 1930, toutes les activités sportives et de jeunesse dépendaient du ministère de l'Armée! Il faudra attendre les suites du Front Populaire, avec la nomination des ministres Jean ZAY et Léa LAGRANGE, pour que les activités sportives et de jeunesse soient considérées à part entière. L'influence des évolutions sociétales et de la réglementation Les colonies de vacances ont suivi les évolutions sociétales qui ont vu le jour par la suite, évolutions qui sont parfois très différentes, et dont certains effets directs et indirects se sont traduits par de fortes augmentations des prix de séjour. La première des évolutions, véritable lame de fond, est directement liée aux conséquences des mouvements sociaux qui se sont déroulés après «mai 1968 ». Le formidable mouvement d'émancipation, de rupture avec le poids de la tradition, de la

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