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Les débats de l'entre-deux-tours des élections présidentielles françaises

De
374 pages
Au sein de la grande famille des débats politico-médiatiques, ceux où s'affrontent, à la veille du deuxième tour des élections présidentielles, les deux finalistes du premier tour, occupent une place privilégiée de par l'importance de leur enjeu et de leur audience. Cet ouvrage consacre une étude spécifique à ces débats, à partir de l'examen minutieux des six débats constitutifs du corpus (de celui de 1974 à celui de 2012), grâce notamment à l'étude de leurs principales caractéristiques (scénographie, procédés rhétoriques, stratégies argumentatives, etc…).
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Catherine KERBRAT-ORECCHIONI

Les débats de l’entre-deux-tours
des élections présidentielles
françaises

Constantes et évolutions d’un genre







Les débats de l’entre-deux-tours
des élections présidentielles françaises

Constantes et évolutions d'un genre

© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.com

ISBN : 978-2-343-11657-0
EAN : 9782343116570

Catherine KERBRAT-ORECCHIONI






Les débats de l’entre-deux-tours
des élections présidentielles françaises

Constantes et évolutions d'un genre






















Remerciements


Je tiens à remercier chaleureusement :

Domitille Caillat, qui a bien voulu me permettre d’utiliser comme
base pour mes analyses les transcriptions de ces débats qu’elle a
réalisées pour son travail de thèse. Je lui en suis immensément
redevable, car sans ce matériau une telle étude n’aurait tout
simplement pas pu voir le jour.

Hugues Constantin de Chanay, qui est à l’origine de mon intérêt pour
ces débats, et avec qui j’ai eu de fructueux échanges tout au long du
travail d’analyse.

Marianne Doury, qui a eu la patience et la gentillesse de relire ce texte
dans son entier, avec l’intelligente minutie qu’on lui connaît.

Leur complicité scientifique et amicale m’a été d’une aide précieuse
pour l’élaboration de cet ouvrage.

Je remercie également Amir Biglari, grâce à qui j’ai pu publier ce
texte dans la collection qu’il dirige aux éditions L’Harmattan.


6




Introduction


1. Ungenre discursif particulier: les débats télévisés de
O¶HQWUH-deux-tours des élections présidentielles françaises

/¶KLVWRLUH GX GpEDW SROLWLTXH j OD WpOpYLVLRQ UHVWH GRPLQpH SDU OHV UHQGH]-vous
DX VRPPHW TXL >«@ GHSXLV RQWopposé les deux candidats finalistes du
VHFRQG WRXU GH O¶pOHFWLRQ SUpVLGHQWLHOOH 'HOSRUWH : 71)

Dans la vie politique française contemporaine, le débat par excellence est
FHOXL GHYHQX WUDGLWLRQQHO GH O¶HQWUH-deux-WRXUV GH O¶pOHFWLRQ SUpVLGHQWLHOle.
(Bacot, 2012 : 39)

&H FDUDFWqUH G¶©excellenceª MXVWLILH j OXL VHXO TXH O¶RQ FRQVDFUH XQH pWXGH
spécifique à ce genre lui-même bien spécifique²ou plus précisément, à ce
1
W\SH SDUWLFXOLHU G¶©qui se sont déroulés entreévènements communicatifs »
1974 pour le premier et 2012 pour le dernier en date, évènements dont
2
O¶LPSRUWDQFH HW FRUUpODWLYHPHQW FHOOH GH OHXU DXGLHQFH), est régulièrement
soulignée par les animateurs de ces débats.
3
Ouverture du débat de 1974:

1974, JB: mesdames/ messieurs/ (.) le débat/ (.) entre les deux
candidats/ (.) à l’élection présidentielle/ (.) monsieur Valéry
Giscard d’Estaing/ (.) et monsieur François Mitterrand/ (.)
ouvre/ (.) la campagne électorale à l’ORTF/ (.) pour/ (.) le
second tour/ (.) de cette élection\ (.) […]son importance/ (.)
est à la mesure (.) de l’enjeu/(.) le dix-neuf mai/ (.) vous
élirez/ (.) l’un de ces deux/ (.) candidats/ (.) président/ (.)
de la République\ (.)c’est donc/ (.) un grand évènement/ (.)
sans précédent/ à la télévision française\ (.) de la plus haute
importanceaussi/ pour l’ORTF/ (.)

Conclusion de ce même débat :

1974, JB: monsieur/ François Mitterrand/ monsieur Valéry Giscard
d’Estaing/ (.) il nous reste/ à vous dire/ merci/ (.) d’avoir
accepté ce débat/ (.) ouvert/ devant quelque trente millions/ de

1
Kerbrat-Orecchioni & Traverso (2004) distinguent deux grands types de « genres », appelés
respectivement G1 (ou «évènements communicatifs»), définis par leurs caractéristiques
externes (nature du cadre, du dispositif, des participants, etc.), et G2 (genres narratif,
descriptif, argumentatif, etc.), définis par leurs propriétés internes. Les G1 sont généralement
composés de plusieurs G2 (ou «modulesª VHORQ 9LRQ FRPPH F¶HVW OH FDV GH FHV
débats quL UHOqYHQW WRXWHIRLV SRXU O¶HVVHQWLHO GX JHQUH DUJXPHQWDWLI YRLU FKDSLWUH
2
(QWUH HW PLOOLRQV G¶DXGLWHXUV VHORQ OHV GpEDWV
3
Pour les conventions de transcription, voir à la fin de ce chapitre introductif.

7



téléspectateurs\ (.)ce fut une/ grande première/ (.)pour
l’ORTF/ (.) et pour tous ceux: je crois/ (.) qui apprécient/ (.)
la libre confrontation/ (.) des idées\ (.)

Ouverture du débat de 1988 :

1988, EV: messieurs nous accueillons\ ce soir\ sur ce plateau de
télévision/ deux candidats\ au second tour\ de l’élection\
présidentielle\ce débat\ était attendu/ c’est peu\ de le dire/
ce débat/ est maintenant devenuune tradition dans la vie
politique française/[…]

Cela dit, les analyVWHV V¶DFFRUGHQW j DGPHWWUH TXH FHW pYqQHPHQW WDQW DWWHQGX
QH PRGLILH SDV YUDLPHQW OD GRQQH HW TX¶LO Q¶DJLW TX¶j OD PDUJH LQWHUYHQDQW j
un moment où les électeurs ont déjà fait leur choix. Delporte (2012: 381)
rapporte ainsi ce propos de Sarkozy au micro de France Inter le matin même
du débat de 2007 :

Je ne pense pas que les Français choisissent pour cinq ans un président de la
5pSXEOLTXH VXU OD VHXOH LPSUHVVLRQ TX¶LOV DXURQW G¶XQ GpEDW GH GHX[ KHXUHV
même si celui-ci est important.

Débat important ceUWHV SDU VRQ HQMHX PDLV TXL Q¶HVW FRPPH WRXV OHV DXWUHV
GX PrPH W\SH TXH OH FRXURQQHPHQW G¶XQH ORQJXH FDPSDJQH ODTXHOOH
exploite un matériau sémiotique fort divers (débats et meetings mais aussi
DIILFKHV WUDFWV HW SURIHVVLRQV GH IRL« DLQVL TXH OH UDSpellent Bertrandet al.
1
(2007 : 7-8):

&H WRUUHQW GH VLJQHV GH V\PEROHV HW G¶LPDJHV TXH FKDUULH XQH FDPSDJQH
électorale construit un univers de sens, clôturé par une date fatidique² le
MRXU GH O¶pOHFWLRQ ²qui marque les défaites et les victoires.

DeFH WRUUHQW GH VLJQHV QRXV Q¶DQDO\VHURQV LFL TX¶XQH WRXWH SHWLWH SDUWLH j
VDYRLU FHX[ TXL V¶pFKDQJHQW j OD YHLOOH GH OD ©date fatidique», entre les
deux postulants à la magistrature suprême, dans un cadre et selon des règles
suffisamment spécifiques etFRQWUDLJQDQWHV SRXU TXH O¶RQ SXLVVH SDUOHU j FH
VXMHW G¶XQ ©genre »particulier²et même «unique en son genre»
(Roitman & Sullet-Nyllander, 2010 SXLVTX¶LO QH V¶DFWXDOLVH TX¶j GDWH
fixe (une fois tous les sept puis cinq ans), et à chaque occurrence durant un
temps relativement court (de 2h à 2h50 selon les débats), ce qui confère au
corpus un avantage tout à fait remarquable et même exceptionnel en analyse
du discours F¶HVW TXH O¶RQ Q¶D SDV j VH SUpRFFXSHU GH VD UHSUpVHQWDWLYLWp
SXLVTXH O¶RQ GLVSRVH DYHF OHV VL[ GpEDWV TXL OH FRPSRVHQW VRLW K¶
G¶HQUHJLVWUHPHQW GH ODtotalitédes réalisations du genre ; le corpus est clos

1
Voir aussi Maarek (éd.) (2014), sXU OH GpURXOHPHQW G¶HQVHPEOH GH OD FDPSDJQH GH
envisagée dans une perspective de communication politique.

8



GX PRLQV MXVTX¶j O¶pFKpDQFHde 2017) mais aussi exhaustif²on ne voit
JXqUH G¶DXWUH H[HPSOH G¶XQ JHQUH TXL VRLW HQWLèrement représenté par un
FRUSXV GH GLPHQVLRQ DXVVL UpGXLWH«

2. Les caractéristiques du genre

'DQV XQH SHUVSHFWLYH TXH O¶RQ SHXW GLUH KRUL]RQWDOH OH JHQUH TXL QRXV
intéresse fait simultanément partie de la grande famille des discours
politiques (et plus spécifiquement à visée électorale) et de la tout aussi
grande famille des discours médiatiques (et plus spécifiquement télévisés).
'X SRLQW GH YXH GH O¶RUJDQLVDWLRQ YHUWLFDOH GHV JHQUHV QRV GpEDWV VRQW XQ
sous-ensemble des débats présidentiels, lesquels sont un sous-ensemble des
débats électoraux, lesquels sont un sous-ensemble des débats politiques,
FHUWDLQV WUDLWV GLVWLQFWLIV YHQDQW V¶DMRXWHU j FKDTXH pWDJH GH FHWWH S\UDPLGH
des genres (envisagée de haut en bas). Parmi les diverses caractéristiques du
GLVFRXUV VRXPLV j O¶DQDO\VH RQ UHWLHQGUD DYDQW WRXW OH IDLW TX¶LO V¶DJLW G¶oral
en interaction(section 2.1.) ; produit en contextemédiatique(section 2.2.) ;
HW UHOHYDQW G¶XQ UHJLVWUHconfrontationnel(section 2.3), la confrontation étant
à la fois exacHUEpH SDU O¶LPPLQHQFH GH VRQ GpQRXHPHQW HW EULGpH SDU OH
GLVSRVLWLI UpJOHPHQWDLUH DLQVL TXH SDU OD SUpVHQFH FRQMRLQWH G¶XQH LQVWDQFH
PRGpUDWULFH HW G¶XQH DXGLHQFH pYDOXDWULFH

/¶RUDO HQ LQWHUDFWLRQ

(QYLVDJpH DX VHQV VWULFW O¶RSSRVLWLRQ RUDOpFULt repose sur une différence de
FDQDO FRPPXQLFDWLI HW GH PDWpULDX VpPLRWLTXH )DLVDQW O¶REMHW G¶XQH
retransmission télévisée, ces débats empruntent un canal à la fois auditif et
YLVXHO HW LOV H[SORLWHQW XQ PDWpULHO IDLW DXVVL ELHQ G¶XQLWpV OLQJXLVWLTXHV HW
SDUDOLQJXLVWLTXHV TXH G¶XQLWpV SRVWXUR-mimo-gestuelles (sans parler des
signes «statiquesª OLpV j O¶DSSDUHQFH SK\VLTXH GHV SDUWLFLSDQWVMême si
O¶HVVHQWLHO GH FHV GpEDWV HVW DFFHVVLEOH j OD VLPSOH pFRXWH OHV GRQQpHV
visuelles jouent un rôle non négligeable à divers niveaux, singulièrement
FHOXL GH OD FRQVWUXFWLRQ GH O¶©éthos » des participants (qui est avant tout une
TXHVWLRQ G¶©voir chapitre 4). Mais que la mimogestualité soit ouimage »,
QRQ SULVH HQ FRPSWH GDQV O¶DQDO\VH FHOOH-ci ne doit jamais perdre de vue la
QDWXUH RUDOH GHV GRQQpHV &H UDSSHO V¶LPSRVH FRPPH O¶RQ QH SHXW WUDYDLOOHU
TX¶j SDUWLU GH WUDQVFULSWLRQV TXL WUDQVIRUPHQW FHV GRQQpHV RUDOHV HQ XQ REMHW
scriptural, le risque est grand que prenant en quelque sorte la carte pour le
terriWRLUH O¶DQDO\VWH RXEOLH OD YpULWDEOH QDWXUH GX PDWpULHO TX¶LO WUDLWH HW IDVVH
FRPPH V¶LO V¶DJLVVDLW YUDLPHQW G¶pFULW &¶HVW DLQVL TXH FHUWDLQV YRQW
V¶HPSOR\HU j GpQRPEUHU GDQV OH FRUSXV OHV SRLQWV SRLQWV G¶LQWHUURJDWLRQ HW
DXWUHV VLJQHV GH SRQFWXDWLRQ« 2r quiconque a tenté de réaliser des

9



WUDQVFULSWLRQV SRQFWXpHV GH FHV GpEDWV VDLW OD SDUW G¶DUELWUDLUH TX¶LPSOLTXH
cette opération, et combien peuvent varier les choix effectués dans ce
domaine. On en prendra pour exemple certaines transcriptions proposées des
deux premiers tours de parole de François Hollande et de Nicolas Sarkozy
respectivement, dans le débat de 2012.
(1) Transcriptionproposée dans un site de campagne de Hollande
(DeuxSèvres) :
Hollande : 19 points ;
Sarkozy : 24 points.
(2) Transcription duMonde(même nombre de lignes à peu près) :
Hollande : 12 points ;
Sarkozy : 17 points.
Soitainsi ce bref extrait du tour de Hollande :
(1) Transcription du site PS :

La France a décroché. Le chômage est à un niveau historique. La
FRPSpWLWLYLWp V¶Hst dégradée. Et donc je veux être le président qui redressera
OD SURGXFWLRQ O¶HPSORL OD FURLVVDQFHCe sera un effort très long qui
DSSHOOHUD j OD PRELOLVDWLRQ GH WRXV GH WRXV OHV DFWHXUV (W F¶HVW SRXUTXRL MH
veux être aussi le président du rassemblement.

(2) Transcription duMonde:

La France a décroché, le chômage est à un niveau historique, la compétitivité
V¶HVW GpJUDGpH HW GRQF MH YHX[ rWUH OH SUpVLGHQW TXL UHGUHVVHUD OD SURGXFWLRQ
O¶HPSORL OD FURLVVDQFH dDsera un effort très long qui appellera à la
PRELOLVDWLRQ GH WRXV GH WRXV OHV DFWHXUV HW F¶HVW SRXUTXRL MH YHX[ rWUH DXVVL OH
président du rassemblement.

(3) Comparant enfin les deux transcriptions précédentes avec la nôtre :

2012, FH: […] la France a décroché/ (.) le chômage est à
un niveau historique/ (.) la compétitivité s’est
dégradée/ (.) et donc/ je veux/ être le président qui euh
(.) redressera la production/ l’emploi/ la croissance/ ce
sera/ (.) un effort très long/ qui appellera la
mobilisation de tous/ de TOUS les acteurs\ (.) et c’est
pourquoi/ je veux être aussi/ le président du
rassemblement\ (.)

on constate que les seules fins de phrase qui semblent incontestables (du fait
de la convergence des critères syntaxiques, sémantiques et prosodiques) se
VLWXHQW G¶XQH SDUW DSUqV ©les acteursª HW G¶DXWUH SDUW DSUqV
« rassemblement ». Or en (1), un certain nombre de points ont été introduits
TXL VHPEOHQW SHX MXVWLILpV FHSHQGDQW TX¶HQ VL OD YLUJXOH D pWp j MXVWH WLWUH


10



SUpIpUpH DX SRLQW GDQV GH WHOV FDV j O¶H[FHSWLRQ GH FHOXLlade «
croissance »), le point fait curieusement défaut après « acteurs ».
Sansprendre ici parti dans le débat concernant les unités pertinentes de
O¶RUDO UDSSHORQV TXH OH GpFRXSDJH HQ SKUDVHV G¶XQ WH[WH RUDO HVW WRXMRXUV
pour le moins problématique, comme le sont certaines affirmations
concernant le débat de 2007, comme quoi par exemple, Sarkozy y ferait des
phrases trois fois plus courtes que Royal, ou bien encore (cette autre
affirmation étant à la fois plus mesurée et plus imprudente du fait de son
extrême précision): «Ils font des phrases courtes, 25 mots maximum pour
1
lui, 36 pour elle » .
3DU DLOOHXUV O¶RUDO GHV GpEDWV VH GLVWLQJXH GRXEOHPHQW G¶DXWUHV IRUPHV
G¶RUDO DWWHVWpHV GXUDQW OD FDPSDJQH pOHFWRUDOH FRPPH FHOXL GHV PHHWLQJV GH
campagne. IO V¶DJLW G¶DERUG GH GLVFRXUVéchangé PrPH VL F¶HVW SDUIRLV j
OHXU FRUSV GpIHQGDQW OHV FDQGLGDWV GRLYHQW DX ERXW G¶XQ FHUWDLQ WHPSV
abandonner le « crachoirª j OHXU DGYHUVDLUH Q¶pWDQW SDV FHQVpV PRQRORJXHU
trop longtemps :

1981, FM: […] j’arrête là/ parce quenous avons besoin
naturellement d’échanger des propos/et que le temps passe\

'¶DXWUH SDUW HW FRUUpODWLYHPHQW VL OHV GLVFRXUV GH PHHWLQJV UHOqYHQW
généralement, pour reprendre les distinctions de Goffman (1981 : 171-172),
2
GH O¶RUDO ©mémorisé » ou « lu » F¶HVW GDQV FHV GpEDWV j GXfresh talk,ou du
moins du «semi-fresh talk ª TXH O¶RQ D DIIDLUH (Q HIIHW PrPH VL OHV
GpEDWWHXUV QH VH SULYHQW SDV G¶LQFRUSRUHU j OHXU GLVFRXUV HQ SDUWLFXOLHU GDQV
les passages en forme de «tirade »)des fragments préfabriqués et
3
mémorisés , etPrPH V¶LOV VH VRQW PLQXWLHXVHPHQW SUpSDUpV j O¶pYqQHPHQW
(assistés dans cette tâche par leurs conseillers en communication), il leur est
impossible de prévoir tout ce qui peut survenir dans «le feu de la
conversation », comme le reconnaît après coup Ségolène Royal à propos du
débat de 2007 :

2Q P¶DYDLW SUpSDUp GHV SHWLWHV SKUDVHV 0DLV GDQV OH IHX GH OD FRQYHUVDWLRQ
F¶HVW FRPSOLTXp GH OHV SODFHU (W SXLV FH Q¶HVW SDV PRQ VW\OH ©Cinq ans
après, Ségolène Royal raconte son débat», propos recueillis par M.É.,
Libération, 1/05/2012)

1
Serge Raffy (rédacteur en chef auNouvel Observateur), inLibération, 12 juin 2007.
2
Ces discours sont même le plus souvent rédigés non par le candidat lui-même mais par une
de ses « plumes »²voir par exemple Calvet & Véronis (2008) qui insistent sur le rôle joué
pendant la campagne de 2007 par Henri Guaino, conseiller et plume de Sarkozy à partir de
mai 2006, et qui impose son style et sa rhétorique, tel un ventriloque dont Sarkozy serait la
poupée.
3
On y trouve même, mais très exceptionnellement, quelques bribes de discours lu (article de
OD &RQVWLWXWLRQ SDU H[HPSOH F¶HVW-à-dire de ce que Noren (2004) appelle le DERO (discours
écrit reprpVHQWp j O¶RUDO

11




Royal qui avoue aussi avoir été désarçonnée par la première question de
3DWULFN 3RLYUH G¶$UYRU j ODTXHOOH HOOH QH V¶DWWHQGDLW SDV TXHVWLRQ
préliminaire au débat proprement dit, ajoutée en 2007 au script habituel):
« SégolèneRoyal vous vous sentez comment ?». De même, Laurent Binet,
1
GDQV O¶ouvrage au titre révélateur(Rien ne se passe comme prévu) où il
narre son expérience de «suiveur »de la campagne de François Hollande,
note à proposGX GpEDW GH TX¶LO \ D GHV OLPLWHV j O¶HIILFDFLWp GHV
H[HUFLFHV GH VLPXODWLRQ DQWLFLSpH O¶HVVDL HQ TXHVWLRQ D\DQW WRXW GH PrPH
duré deux heures) :

On a essayé de faire répéter Hollande avec un contradicteur imitant Sarkozy
mais comme ça ne fonctionnait pas, on a laissé tomber. (Binet, 2013 : 282)

Le discours que les candidats produisent «à chaud» tout au long du débat
V¶DSSDUHQWH GRQF ELHQ j GH O¶DXWKHQWLTXH ©oral en interaction» :
essentiellement improvisé et «co-construitª PrPH V¶LO HVW HQpartie
« préconstruitª FH GLVFRXUV V¶pFKDQJH HQWUH GHV SURWDJRQLVWHV GRQW O¶XQH
des principales qualités doit être leur sens de la « répartie » et leur capacité à
IDLUH SUHXYH G¶à-propos.
0DLV FRPPH O¶RQ D DIIDLUH j GHV LQWHUDFWLRQV PpGLDWLTXHV OHV
FDndidatsGpEDWWHXUV QH VRQW SDV OHV VHXOHV SHUVRQQHV LPSOLTXpHV GDQV O¶pYqQHPHQW
communicatif.

2.2. Contexte médiatique et cadre participatif

7RXWH LQWHUDFWLRQ PpGLDWLTXH VH FDUDFWpULVH SDU OD SUpVHQFH G¶XQH ©masse »
DQRQ\PH G¶DXGLWHXUV GRQW O¶H[LVWHQFHcomplexifier le dispositif vient
énonciatif (ou «cadre participatif» selon Goffman, 1987), dispositif qui
GDQV OH FDV G¶XQ GpEDW SHXW rWUH GpFULW FRPPH O¶HPERvWHPHQW GH GHX[
FLUFXLWV FRPPXQLFDWLIV O¶XQ IRQGp VXU OD UpFLSURFLWp HW O¶DXWUH j VHQV XQLTXH
Dans le cas qui nous occupe, les choses se présentent plus précisément de la
façon suivante.

2.2.1. Circuit restreint : les échanges de plateau

Ces débats se déroulent dans un espace clos, le plateau de la télévision. Sur
ce plateau, sont présents quatre participants «actifsª F¶HVW-à-dire ratifiés
DXVVL ELHQ FRPPH pPHWWHXUV TXH FRPPH UpFHSWHXUV O¶DOWHUQDQFH GHV WRXUV
de parole obéissant à certains principes qui seront évoqués plus tard. Ce
quatuor se répartit en deux rôles interactionnels bien distincts, avec deux

1
(W RK FRPELHQ SUpPRQLWRLUH«

12



titulaires pour chaque rôle: celui descandidats-débatteurscelui des et
journalistes-animateurs.
(1) Lescandidats-débatteurs sont placés «face à face» (ce terme étant
G¶DLOOHXUV XWLOLVp SDUIRLV SRXU TXDOLILHU FHV GpEDWV: ils «V¶DIIrontent »,et
IRUPHQW XQH G\DGH G¶HVVHQFHconflictuelle.
Ence qui concerne leur statut : ce sont des professionnels de la politique.
,OV RFFXSHQW XQH SODFH LPSRUWDQWH DX VHLQ GX SDUWL RX GX FDPS TX¶LOV
représentent (en gros, droitevsgauche) et peuvent en outre avoir le statut de
président sortant, de ministre ou de Premier ministre dans le précédent
gouvernement. Ces considérations de statut vont évidemment infléchir leur
1
discours et leur argumentaire PDLV F¶HVW DYDQW WRXWen tant que candidats
TX¶LOV VRQW FHQVpV V¶H[SULPHU GDQV OH GpEDW ²identitételle est leur «
2
contextuellement pertinente » , sauf exception mentionnée explicitement :

1988, JC: […] j’applique une politique depuis deux ans monsieur
le Président/ […] et là/c’est en tant que Premier ministre/que
je l’ai fait\ (.)maintenant en tant que candidat/je dis à
monsieur Mitterrand/ […]

Les débatteurs sont en principe les seuls actants véritablement
LQGLVSHQVDEOHV j O¶DFFRPSOLVVHPHQW G¶XQ GpEDW PDLV FRPPH LO V¶DJLW
G¶LQWHUDFWLRQV SOXV ©ordonnées » que les conversations ordinaires, elles font
généralement appel en outre à quelque(s) personne(s) chargée(s) de veiller à
leur bon déroulement.
(2) Lesjournalistes-animateurs (ou «modérateurs »)sont ici au nombre de
deux (il y a co-animation). Ils se tiennent côté à côte, et forment une dyade
G¶HVVHQFHsolidaire ²pour canaliser les éventuels débordements de
débatteurs souvent indociles, les deux animateurs ont tout intérêt à se
« serrerles coudes», à «V¶pSDXOHU» mutuellement, et à se «prêter
mainforteª«
Ence qui concerne leur statut: ce sont des journalistes expérimentés,
MRXLVVDQW G¶XQH FHUWDLQH QRWRULpWp GDQV OH PRQGH GHV PpGLDV

2.2.2. Circuit englobant : du plateau au public des téléspectateurs

Le statut de cet actant exteUQH TX¶HVW O¶©ou le «public »aaudience »
quelque chose de paradoxal: invisible et inaudible pour les participants
actifs, le collectif des téléspectateurs non seulement ne peut pas intervenir
GDQV OH GpEDW PDLV Q¶HVW JpQpUDOHPHQW SDV O¶REMHW OHV VpTXences liminaires
PLVHV j SDUW G¶XQH DGUHVVH GLUHFWH GH OD SDUW GHV GpEDWWHXUV HW DQLPDWHXUV ,O
Q¶HQ HVW SDV PRLQV GHVWLQDWDLUH GH O¶HQVHPEOH GX VSHFWDFOH TXL VH GpURXOH

1
Comme le montre Depallens (2014) à propos des candidats occupant la place institutionnelle
de président sortant.
2
Sur cette notion, voir Kerbrat-Orecchioni, 2005 : 156-164.

13



sous ses yeux²destinataire indirect, mais à certains égards destinataire
principal,SXLVTXH FH VRQW FHV pOHFWHXUV SRWHQWLHOV TX¶LO V¶DJLW SRXU OHV
GpEDWWHXUV GH VpGXLUH HW G¶DFTXpULU j OHXU FDXVH /HV FDQGLGDWV GpEDWWHQW HQWUH
HX[ PDLV FHOXL j TXL LOV V¶DGUHVVHQW SRXU O¶DWWDTXHU UpIXWHU HWF QH FRwQFLGH
SDV DYHF FHX[ TX¶LO V¶DJLW GH FRQYDLQFUH FRPPH O¶pQRQFH H[SOLFLWHPHQW
*LVFDUG G¶(VWDLQJ GqV O¶RXYHUWXUH GX SUHPLHU GpEDW:

1974, VGE: dans ce débat/il y a quelque chose que nous
n’essaierons pas de faire/ qui est de nous convaincre
mutuellement\[…] ce que nous devons faire/ c’est d’éclairer le
choix des Françaises et des Français\ (.)parce que ce choix/ du
dix-neuf mai/ sera un choix/ très important\ (.)

VGE qui fait à sa manière écho, par anticipation, à cette définition du débat
que nous propose Garcia (1980 : 101) :

Le débat vise moins à modifier les convictions des interlocuteurs en
SUpVHQFH TX¶j DUJXPHQWHU SRXU OH SXEOLF VXU OD OpJLWLPLWp UHODWLYH GHV
SRVLWLRQV TX¶LOV GpIHQGHQW

/¶DXWHXUH SDUOH j FH VXMHW GH ©de fait, le dispositif du débatthéâtralité » et
1
V¶DSSDUHQWH jcelui de la représentation théâtraleVDXI TX¶LFL HW OD GLIIpUHQFH
HVW GH WDLOOH OHV SDUWLFLSDQWV SDUOHQW HQ OHXU QRP SURSUH PrPH V¶LOV
endossent un rôle en partie fabriqué, ils sont entièrement responsables des
2
SURSRV TX¶LOV WLHQQHQW.
Dansla mesure où les téléspectateurs sont les destinataires principaux des
SURSRV TXL V¶pFKDQJHQW VXU OH SODWHDX FHUWDLQV YRQW MXVTX¶j SDUOHU GH
« dialogue » entre les candidats et cette entité collective (censée représenter
3
O¶HQVHPEOH GHV )UDQoDLV), ainsi Mitterrand au cours du débat de 1974 (un
GLDORJXH SHXW HQ FDFKHU XQ DXWUH«:

1974, FM: nous sommes ici pour informer\ pour faire comprendre\
(.)pour dialoguer\ (.) avec la France\ (.) et donc avec les
Français\ (.)

0LWWHUUDQG Q¶HVW SRXUWDQW SDV GXSH GH VD IRUPXle, puisque quelques jours
SOXV W{W LO pFULYDLW FHFL GDQV XQH OHWWUH RXYHUWH j 9DOpU\ *LVFDUG G¶(VWDLQJ:


1
La question de cette figure énonciative que nous appelons «trope communicationnel»
(Kerbrat-Orecchioni, 1986: 131- VH SRVH G¶DLOOHXUV GDQV OHV GHX[ FDV HQ WHUPHV
similaires.
2
Autre différence OHV UpDFWLRQV GH O¶DXGLWRLUH QH VRQW SDV DFFHVVLEOHV DX[ SDUWLFLSDQWV DFWLIV
qui sont donc à cet égard assimilables aux personnages de la représentation théâtrale et non
aux comédiens.
3
Du moins pour les candidats, qui ont tendance à utiliser comme des variantes les formules
« ceux quinous écoutent », «les Français qui nous écoutent/regardent », et «les Français »
(cf. « je dis aux Français », « moi je prends un engagement devant les Français », etc.).

14



La joute télévisée telle que vous la concevez, plus corps à corps que face à
1
face , me paraît inadaptée à la nature du dialogue avec les Français, qui est
O¶HQMHX GH FHWWH VHPDLQH GpFLVLYH Le Monde du5 mai 1981, cité par
Delporte, 2012 : 193)

&H Q¶HVW GH WRXWH IDoRQ TXH SDU PpWDSKRUH TXH O¶RQ SHXW SDUOHU j SURSRV GH
ces débats, de « dialogue avec les Français »² VDXI j FRQVLGpUHU j O¶LQVWDU
de Michèle Cotta, chaque débat comme constituant dans son entier une sorte
de vaste intervention initiative à deux voix, à laquelle les Français
fourniraient ensuite une réponse en forme de bulletin de vote :

1981, MC: […] nous espérons néanmoins que ce débat aura éclairé
les Français/ sur vos choix/ et votre politique / (.) mais
désormais les Français/ sont les seuls/ à (.) répondre\ (.) par
leur vote/ (.)

4XRL TX¶LO HQ VRLW OHV WpOpVSHFWDWHXUV VRQW GHV SDUWLFLSDQWV SOHLQHPHQW
UDWLILpV PrPH VL F¶HVW VHXOHPent en tant que récepteurs. Ils sont donc à
SUHQGUH HQ FRPSWH GDQV O¶DQDO\VH FH TXL SRVH FHUWDLQV SUREOqPHV GH SDU
O¶KpWpURJpQpLWp GH FHWWH LQVWDQFH FROOHFWLYH HW GX IDLW TXH O¶RQ QH GLVSRVH
G¶DXFXQH WUDFH GX PRLQV HQ WHPSV UpHO GH OD IDoRQ GRQW LOV SHrçoivent et
UHoRLYHQW O¶pYqQHPHQW
7RXW DXWUH HVW OH FDV G¶XQ FHUWDLQ QRPEUH GH SHUVRQQHV TXL VRQW HOOHV
SUpVHQWHV VXU OH VLWH PDLV TX¶LO FRQYLHQW GH FRQVLGpUHU FRPPH GHV
overhearersVHORQ OD WHUPLQRORJLH GH *RIIPDQ j VDYRLU O¶HQVHPEOH GHV
techniciens (cameramen dans le studio, équipe de réalisation en régie), dont
le statut participatifHVW ELHQ SDUWLFXOLHU SXLVTXH V¶LOV VRQW DX SOXV KDXW SRLQW
FRQFHUQpV SDU FH TXL VH SDVVH F¶HVW PrPH JUkFH j HX[ TXH SHXW DYRLU OLHX OD
UHWUDQVPLVVLRQ GH O¶pYqQHPHQWrestent cependant totalement extérieurs ils
2
au débat.1¶DSSDUDLVVDQW MDPDLV j O¶LPDJH, ces « surécouteurs » qui officient
GDQV O¶RPEUH Q¶LQIOXHQFHQW HQ ULHQ OH GLVFRXUV GHV SDUWLFLSDQWV DFWLIV HW VH
voient interdire toute forme de manifestation réactive, ainsi que le rappelle
3
O¶DQLPDWHXU j O¶RXYHUWXUH GX GpEDW GH :

1981, JBo: la Commission de contrôle/ a demandé\ (.) à ce que
les personnes qui sont présentes/ dans cette salle\ (.) ne

1
Notons que «corps à corps » évoque un affrontement plus violent que « face à face », qui
connote surtout la franchise, le caractère « direct » de la confrontation.
2
6HXO OH JpQpULTXH G¶RXYHUWXUH GX GpEDW GH IDLW DSSDUDvWUH HQ XQ SODQ WUqV ODUJH VXLYL
G¶XQ ORQJ ]RRP DYDQW VXU OH TXDWXRU GHV SDUWLFLSDQWV DFWLIV OD VLOKRXHWWH GHV FDPHUDPHQ
cernant le plateau.
3
Il est vraiTXH V¶DJLVVDQW GH FH GpEDW SDUWLFXOLHU GHV SKRWRV LVVXHV GHV DUFKLYHV GH O¶,1$
WpPRLJQHQW GH OD SUpVHQFH GLVVLPXOpH G¶XQ SXEOLF UHVWUHLQW GRQW OD FRPSRVLWLRQ UHVWH
mystérieuse. Rien à voir en tout cas avec ce qui se passe dans les talk shows, où le public
SUpVHQW VXU GHV JUDGLQV DSSDUDvW j O¶pFUDQ HW GRQW OHV UpDFWLRQV VRQW DFFHVVLEOHV DX[
SDUWLFLSDQWV GH SODWHDX OH GLVSRVLWLI V¶DSSDUHQWH j FHW pJDUG GDYDQWDJH j FHOXL GH OD
représentation théâtrale).

15



manifestent pas leurs sentiments/ pendant le déroulement du
débat\ (.)nous les remercions d’avance/ (.) de bien vouloir
taire/ ou leur enthousiasme/ (.) ou leur réprobation\ (.)
1
pendant la durée de la discussion\ (.)

2.3. Des interactions à caractère conflictuel

2.3.1. Les débats : un genre confrontationnel

Une interaction peut être qualifiée de débat à partir du moment où elle se
présente comme la confrontation publique de points de vue au moins
SDUWLHOOHPHQW GLYHUJHQWV VXU O¶REMHW RX OHV REMHWV GH GLVFRXUV DFFRPSDJQpH
du désir manifesté par chaque débatteur deO¶HPSRUWHU VXU O¶DGYHUVDLUH ²
dans «débattre »il y a «battre »,les termes de «duel »ou de «joute »,
utilisés parfois comme équivalents métaphoriques de «débat »,étant à cet
égard plus explicites encore.
Dansle cas des interactions qui nous intéressent, leur caractère
intrinsèquement confrontationnel saute aux yeux. Il se manifeste par
exemple dans le vocabulaire utilisé par les participants eux-mêmes pour
catégoriser les candidats, même si cette catégorisation peut se faire en des
termes diversement nuancés :

1995, AD: […] peut-être maintenant/ précisez les mesures
auxquelles vous pensiez/ et ce que vous pensez de celles de vos
devotre adversaire\ (.) adversaire\ euh\ (.) compétiteur/ comme
on veut/(.)

2007, NS: […] c’est pas/ une façon de respecter/son concurrent\
(.) ou un autre/ candidat\(.) je ne me serais jamais permis/
madame/ (.) de parler de vous/ comme cela\ (.)

2007, NS: […] c’est vraiment/ euh (.) quelqu'un qui est pour
moi/davantage une concurrente/ si elle me le permet/ qu'une
adversaire/je n'ai pas de (.) ((rires)) je n’ai bien sûr/ aucun
sentiment personnel d'hostilité/ à l'endroit de madame Royal\
[…]
SR: mais moi/ je je m’abstiens/ de jugement personnalisé\ (.)
parce que je crois/ que le débat politique c'est d’abord/ euh un
débat d'idées\ (.) et de ce point de vue/ vous êtes un
partenaire/(.) de ce débat démocratique\ (.)

Dans un tel contexte, le terme de «partenaire »utilisé ici par Royal fait
ILJXUH G¶HXSKpPLVPH ,O HQ HVW GH PrPH GH FHUWDLQV GHV WHUPHV XWLOLVpV SRur
TXDOLILHU O¶pYqQHPHQW FRPPXQLFDWLI GDQV OHTXHO OHV ORFXWHXUV VH WURXYHQW
engagés. Si celui de «débatª HVW OH SOXV IUpTXHQW F¶HVW PrPH OH VHXO
TX¶XWLOLVHQW OHV DQLPDWHXUV LO DUULYH DX[ FDQGLGDWV GH SDUOHU GH

1
Cette consigne de silence est scrupuleusement obseUYpH HW QH VHPEOH WUDQVJUHVVpH TX¶HQ
1988, après la fameuse sortie de Mitterrand « vous avez tout à fait raison monsieur le Premier
ministre » qui déclenche quelques rires vaguement perceptibles en arrière-plan.

16



« discussionª HW PrPH G¶©cesconversation »,ou de «entretien »
euphémismes étant dus essentiellement à Mitterrand, comme dans cet extrait
ELHQ GDQV VD PDQLqUH R LO IHLQW GH V¶pWRQQHU GX WRXU FRQIOLFWXHO TXH SUHQG j
VRQ FRUSV GpIHQGDQW O¶pFKDQJH:

1981, FM: […]je suis même presque étonné/que vous me lanciez
danscette discussion qui tout d’un coup se greffe/ d’une façon
un peu inattendue (.) dans notre conversation/

Ainsi ces interactions seraient-elles globalement des «conversations »,sur
OHVTXHOOHV YLHQGUDLW SDUIRLV V¶LQVpUHU GH IDoRQ« inattendue » (et regrettable :
FH QH SHXW rWUH OH IDLW TXH GH O¶DGYHUVDLUH