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Les Derniers Valois

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Des trois fils que le roi Henri II eut de Madame Catherine de Médicis, Charles IX fut celui qui lui ressembla davantage par le besoin d’activité qui le dévorait, par les exercices violents qu’il aimait avec passion et qui furent en partie cause de sa mort. Pour le visage, aucun ne rappelait leur père, et encore moins pour la stature, car Henri II ne mesurait pas moins de 1 m. 84. Ses deux armures authentiques, jadis réunies dans le Musée des Souverains et aujourd’hui séparées, l’une au Louvre, l’autre au Musée d’Artillerie, fournissent ce renseignement d’une manière plus précise et plus certaine qu’aucun chroniqueur n’aurait pu le faire.

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René de Belleval

Les Derniers Valois

François II, Charles IX, Henri III

AVANT-PROPOS

Il est assez particulier que l’on aborde toujours l’Histoire par les grands côtés. On dédaigne le détail et on a bien tort, car c’est par les petits côtés que l’on fait réellement vivre les personnages historiques, qui, autrement, n’apparaissent que transfigurés, défigurés pourrait-on dire, par une auréole politique, guerrière ou diplomatique.

C’est, d’ailleurs, par l’étude des petits côtés, par l’étude de la vie intime, que l’on parvient parfois à la solution de grands problèmes.

Après avoir fait revivre, dans un certain nombre de chapitres préliminaires, la Cour, la ville et la société française pendant tout le règne des trois fils de Henri II, afin, en les divisant, de ne pas nuire à l’ensemble, j’ai retracé l’histoire courte et pourtant si mouvementée de François II, en la prenant au point de vue des petits faits, des menus détails, que les grands historiens sont bien forcés de négliger, et en m’inspirant de sources contemporaines auxquelles on n’a pas l’habitude d’avoir recours.

Dans un second volume, qui paraîtra un peu plus tard, si Dieu daigne me conserver la vie pendant quelques années encore, j’étudierai de la même façon les histoires de Charles IX et de Henri III, époques douloureuses et troublées, mais qui eurent, du moins, l’avantage de préparer le règne glorieux et réparateur de Henri IV, avec lequel la France se refit et se reposa dans la grandeur.

Marquis DE BELLEVAL.

1er juillet 1898.

LES DERNIERS JOURS DE HENRI II

Des trois fils que le roi Henri II eut de Madame Catherine de Médicis, Charles IX fut celui qui lui ressembla davantage par le besoin d’activité qui le dévorait, par les exercices violents qu’il aimait avec passion et qui furent en partie cause de sa mort1. Pour le visage, aucun ne rappelait leur père2, et encore moins pour la stature, car Henri II ne mesurait pas moins de 1 m. 84. Ses deux armures authentiques, jadis réunies dans le Musée des Souverains et aujourd’hui séparées, l’une au Louvre, l’autre au Musée d’Artillerie, fournissent ce renseignement d’une manière plus précise et plus certaine qu’aucun chroniqueur n’aurait pu le faire.

Malgré les éloges enthousiastes que Brantôme décerne à Henri II, le représentant volontiers comme un des plus grands rois qui aient jamais régné sur la France, il est plus sage de s’en tenir au sentiment des ambassadeurs vénitiens, toujours d’un esprit très fin et très sagace, et qui jugeaient en toute impartialité. L’un d’eux, François Giustiniani, écrivait en 1537 que le dauphin, alors âgé de dix-huit ans, « ne montrait pas beaucoup d’esprit, ni de goût pour les affaires ». Marino Cavalli, qui écrivait en 1546, un an avant l’avénement de Henri, disait : « son intelligence n’est pas des plus promptes... il n’est pas beau diseur dans ses réparties, mais il est très net et très ferme dans ses opinions ; ce qu’il a dit une fois, il y tient mordicus ». Ce qui n’empêchait pourtant pas le Vénitien, dont le beau palais eut l’honneur de servir d’asile pendant de longues années au dernier Bourbon de la branche aînée, de conclure en ces termes « ses qualités promettent à la France le plus digne roi qu’elle ait eu depuis deux cents ans ».

Ce que Cavalli ne pouvait prévoir alors, c’était le traité de Cateau-Cambrésis, qui effaçait les premiers succès du règne ; c’était la persécution constante contre les réformés, qui prépara les guerres civiles et fit à ses fils des règnes si agités.

Cavalli, qui rend également hommage à la force musculaire de Henri II et à son adresse à tous les exercices du corps, constate qu’il était « d’une humeur tant soit peu mélancolique ». Il a bien, en effet, une figure funèbre dans le beau portrait de Clouet3, qui est au Louvre, et où il est représenté avec un pourpoint, un sayon et une cape noirs, « tracés d’or », c’est-à-dire décorés de cordonnets d’or appliqués sur l’étoffe, avec des chausses blanches et des hauts de chausses blancs et noirs. Pour complaire à Mme de Valentinois qui croyait devoir porter, sur ses habits seulement, le deuil de M. de Brézé, son mari4, le roi n’avait plus cessé, lui aussi, de porter le deuil de celui auquel ni l’un ni l’autre ne pensait guère. Cette parure sévère n’était pas faite pour éclairer le visage du roi, sur lequel on ne retrouve rien qui rappelle l’habitude du sourire.

Henri II avait pourtant des goûts magnifiques en ce qui concerne ses armes ; les deux armures complètes, le bouclier, l’épée, la masse d’armes, la bourguignote et l’armet, le colletin et les brassards d’une troisième armure qui lui ont authentiquement appartenu5 et qui sont des chefs-d’œuvre d’artistes français et italiens, prouvent que, lorsqu’il s’agissait de ses plaisirs favoris, la guerre et la joûte, cette image de la guerre, il savait éclipser les plus élégants d’une cour fastueuse. Mais, même sur cet appareil guerrier, le souvenir de la vieille maîtresse s’imposait, et, à la guerre comme dans les tournois, nul ne pouvait méconnaître le possesseur de ces splendides harnais sur lesquels les croissants engagés l’un dans l’autre et adossés permettaient de lire Catherine en soupçonnant Diane. Sur la bourguignote, qui est l’une des pièces capitales du Musée d’Artillerie, l’allusion est encore plus transparente : la déesse Diane est représentée deux fois sur la crête du timbre que couronne une figure de l’Amour.

L’ambassadeur vénitien, Marino Cavalli, en parlant de Diane de Poitiers a un mot qui serait le comble de la naïveté, si de la part d’un diplomate et d’un Italien il ne fallait plutôt le prendre pour le comble de l’ironie. En l’écrivant, il entendait évidemment dérider les graves visages du grand conseil de la République : « Le roi, dit-il, a pour elle une tendresse véritable, mais on pense qu’il n’y a là rien de lascif, que c’est comme entre mère et fils ». Brantôme ne va pas jusque là, mais il ne tarit pas sur toutes les vertus de la favorite et notamment sur sa piété et son désintéressement. Comme preuve de l’une, il reconnaît qu’elle poussa le roi à persécuter les Huguenots ; comme preuve de l’autre, il avoue qu’Anet fut construit avec l’aide des largesses de Henri6. Un astrologue, qui avait composé pour le roi un thème de nativité et qui le lui avait remis, concluait à ce que ce prince mourrait « en un duel et combat singulier ». Quand le roi déchiffra ce grimoire, le connétable de Montmorency était présent et le roi lui ayant dit : « Voyez, mon compère, quelle mort m’est présagée », — Ah, Sire, répondit le vieux Montmorency, voulez-vous croire ces marauds qui ne sont que menteurs et bavards ? Faites jeter cela au feu ! » Mais Henri n’en voulut rien faire et il donna la prophétie à garder à M. de l’Aubespine, secrétaire d’État et l’un des futurs négociateurs de la paix de Cateau-Cambrésis7, en lui prescrivant de la conserver pour qu’il la lui remit quand il la lui réclamerait. Ce moment arriva le 29 juin 1559, quelques heures après que Henri fut tombé mortellement blessé par la lance du capitaine de sa garde écossaise.

Funeste à la France, le traité de Cateau-Cambrésis ne devait pas l’être moins au Roi qui l’avait consenti à la suggestion du connétable et du maréchal de Saint-André, lesquels, prisonniers à la bataille de Saint-Quentin, sacrifièrent les intérêts de la France à la joie de la revoir8.

Par une des clauses du traité, Elisabeth de Valois, fille de Henri II, fiancée à Édouard VI d’Angleterre, puis promise à don Carlos d’Espagne, devenait la femme de Philippe II. Pour mieux célébrer cette noce royale, Henri II avait voulu donner un tournoi « contre tous venans » et où il remplissait le rôle d’un des quatre tenants, en compagnie du duc de Guise, de Jacques de Savoie, duc de Nemours, et d’Alphonse d’Este, duc de Ferrare. Ce n’était pas une sinécure, car chacun des tenants était obligé de répondre à l’appel de quiconque voulait se mesurer contre lui, et c’en devait être une pour le roi moins que pour tout autre, car s’il y avait honneur à jouter contre le roi de France, il y avait plaisir à s’attaquer à « un des bons hommes d’armes qu’on eut sceu trouver, un des meilleurs et des plus adroits à cheval de son royaume ». Et puis, c’était un moyen de faire sa cour.

Les détails de ce tournoi sont connus. On sait qu’il était presque terminé, que le roi, qui y avait brillamment marqué, voulut rompre encore une lance et ordonna au comte de Montgomery de jouter contre lui ; que celui-ci refusa respectueusement, sans doute sous l’empire de quelque funeste pressentiment, et qu’il fallut l’ordre formel du roi pour le contraindre à paraître dans la lice. On sait que les instances de la reine, deux fois répétées, n’eurent pas plus de succès auprès de Henri, qui répondit galamment qu’il voulait courir cette lance pour l’amour d’elle.

Montgomery était réputé fort adroit dans ces sortes d’exercices et on en trouve la preuve dans le choix que le roi avait fait de sa personne. Tous les écrivains s’accordent à raconter comment Henri II fut frappé, ce qui aurait dénoté, au contraire, soit une preuve de maladresse, soit une préméditation de tuer le roi, comme quelques-uns l’ont prétendu et comme Catherine de Médicis a toujours affecté de le croire. La lance de Montgomery s’était brisée au premier choc sur la cuirasse du roi ; au lieu de jeter le tronçon qui lui restait dans la main, Montgomery le conserva en arrêt et l’extrémité de ce tronçon, pénétrant à travers l’étroit interstice de la visière du casque correspondant aux yeux et nommé vue, s’enfonça profondément dans un œil.

Brantôme, à qui l’on peut se fier pour les détails qu’il tenait certainement de bonne source, quand il n’était pas témoin du fait, était à cette époque en Italie où il servait sous les ordres du maréchal de Brissac ; il se borne à raconter l’accident en ces termes : « Il fut atteint du contre coup par la teste dans l’œil où luy demeura un grand éclat de lance ».

Dans les armures de tournoi, en outre des pièces de renfort, on remarque précisément que les vues des casques ou fentes horizontales correspondant aux yeux, sont beaucoup plus étroites que celles des casques de guerre. Toutes les précautions étaient prises pour que ces jeux dangereux ne fussent pas, ou le moins possible, attristés par des accidents. Or, celui dont Henri Il était la victime était un cas exceptionnel qui ne s’était jamais présenté jusqu’ici. Montgomery ne pouvait donc établir là-dessus aucun calcul, et la préméditation doit être absolument écartée. Aussi, quand on prétendait que, dès 1563, en souvenir de ce triste événement et comme pour en tirer vanité, Montgomery avait pris pour emblème un casque traversé par une lance, Pierre Brulart, qui mentionne le fait, a-t-il bien soin d’ajouter que « c’estoit chose fort dure à croire ». C’était incroyable, en effet.

Le mot de l’énigme est fourni par Claude Haton, le seul à donner ce précieux renseignement : « Pour mieux voir devant lui, il (le roi) avait abaissé et détourné de devant ses yeux la visière de son armet » contrairement à toutes les règles des tournois ; Henri II avait donc affronté à visage découvert la lance de son adversaire. Il avait donc fallu à Montgomery autant d’adresse que de sang-froid pour que le fer de sa lance ne rencontrât que la cuirasse et se brisât à l’endroit voulu afin que le coup fût déclaré bon ; dans la violence du choc, au moment où la rupture se produisit, un éclat arraché fut projeté sur le visage du roi et lui entra dans l’œil. A défaut de documents plus précis, telle est la version qu’il convient d’adopter.

Dans le premier moment, on croyait que la blessure ne serait pas dangereuse. Henri II le pensant, affirmait que ce n’était rien et ses premières paroles furent pour déclarer qu’il pardonnait à Montgomery. Il se souvint alors de la prophétie qu’il avait confiée à l’Aubespine et il la lui réclama ; en la lisant ses yeux se remplirent de larmes : « Ah ! dit-il, voilà le combat et duel singulier où il devait mourir. Ce en est fait, il est mort. » Il languit onze jours et mourut le 10 juillet au palais des Tournelles.

Catherine, elle, s’était promis de ne pas pardonner au meurtrier involontaire, à qui elle fit trancher la tête au mépris d’une capitulation, comme on le verra en son temps. Montgomery avait pris le prudent parti de passer en Angleterre, où il resta jusqu’en 1562. Pendant douze ans, il fut l’un des chefs les plus marquants des protestants9.

Montgomery ne s’appelait pas plus de Lorges que les Montgomery d’aujourd’hui ne descendent du capitaine de la garde écossaise de Henri II. Son aïeul, Robert Montgomery, était un capitaine écossais qui s’était attaché à François Ier. Jacques de Montgomery, son père, capitaine de la garde écossaise avant lui, avait acheté la seigneurie de Lorges dans l’Orléanais et l’avait fait ériger en châtellenie en février 1551 : il avait acquis de François d’Orléans, marquis de Rothelin, le comté de Montgomery dans le Calvados, duquel relevaient environ cent cinquante fiefs ou arrière-fiefs, et il se trouvait ainsi par une curieuse coïncidence avoir un titre assis sur une terre dont le nom était en tout semblable à son nom patronymique. Jacques de Montgomery mourut en juillet 1562.

Gabriel de Montgomery, comte de Montgomery et sire de Lorges, capitaine de la garde écossaise par résignation de son père, et connu du vivant de celui-ci sous le nom du « jeune Lorges », eut la tête tranchée en place de Grève le 26 juin 1574. Son fils aîné, Jacques, comte de Montgomery et de Lorges, mourut en 1609 et son fils puîné, Gabriel, mourut en 1635. Sa fille Marguerite apporta, en 1603, la seigneurie de Lorges à Jacques de Durfort, marquis de Duras, dont les descendants la firent ériger en duché.

Cette digression n’était pas inutile, puisqu’elle sert à prouver que la famille écossaise des Montgomery, comtes de Montgomery en France, s’éteignit en 1635.

*
**

I

François II et Marie Stuart

François II, né au château de Fontainebleau, le 19 ou 20 janvier 1544, avait donc 15 ans moins 9 jours, quand il succéda, le 10 juillet 1559, à Henri II, son père. Il avait épousé, le 24 avril 1558, Marie Stuart, reine d’Ecosse, de deux ans plus âgée que lui, aussi bien partagée sous le rapport de la beauté et de tous les dons de l’esprit que son jeune mari avait été disgracié par la nature. Marie était la nièce des Guises, ce qui explique la hâte que l’on avait mise à marier cet enfant débile, maladif, et si peu fait pour un précoce hymen.

Dès le berceau, François avait été frappé du mal qui devait l’emporter de si bonne heure et dont la science des médecins ne put parvenir à arrêter le progrès. Henri Il le caractérise ainsi dans une curieuse lettre qu’il écrivait de Montreuil, le 16 septembre 1549, à Jean d’Humières1 qui, après avoir été gouverneur de frère le dauphin François, et s’être distingué comme lieutenant-général en Italie, avait été choisi par lui pour être le chambellan de son fils : « Mon cousin, jay receu deux lettres de vous, les dernières du 11 de ce moys, par lesquelles jay veu comme mon fils le Dauphin se trouvoit mal d’un flux de ventre, procédé, ainsy que dient les médecins, des humeurs cuittes et accumullées dedans son corps pour ne se moucher point la pluspart du temps. A quoy, pour l’advenir, il faut bien que vous pourvoyiez, l’admonestant par douceur de se moucher et lui mettant en avant cette maladie qui par faute de ce luy est advenue : et là ou pour cela il n’en feroit rien, vous l’y contraindrez, car il seroit bien difficile que autrement il feust jamais sain. »

Malgré les soins que Jean d’Humières pouvait apporter à contraindre le dauphin à se moucher, ce n’était pas cette action si naturelle qui aurait pu rendre sain le premier des dix enfants qu’après dix ans de stérilité Catherine de Médicis donna à Henri II. Le mal venait de Catherine elle-même qui, par la crainte d’être répudiée, s’était mise entre les mains de Jean Fernel2, premier médecin de Henri II, astronome et mathématicien par surcroît. Le traitement que le célèbre praticien lui avait fait suivre avait opéré une sorte de miracle, mais au détriment de l’enfant dont elle allait devenir mère, et des remèdes violents qu’elle prit pendant sa grossesse ruinèrent, dès sa naissance, la santé de celui qui arrivait fort à propos pour contrarier les projets que Mme de Valentinois commençait à inspirer au roi.

A l’exemple de toutes les reines de France, Catherine n’avait pas nourri François, comme elle ne nourrit d’ailleurs aucun de ses enfants. Le dauphin fut allaité par Claude Gobelin, qui fut retenue ensuite parmi les femmes de chambre de la Reine. Le nourrisson n’oublia pas celle qui l’avait nourri de son lait. En 1559, il lui fit présent de 150 peaux de petit-gris pour faire une bordure à une robe. En 1560, il la gratifie de 230 livres « pour luy ayder à se faire « guérir et panser d’une maladie dont elle était retenue en la ville de Paris ».

En grandissant, la langueur du jeune prince, sa faiblesse et les fréquentes indispositions dont il était atteint, empêchèrent que l’on donnât à son intelligence et à son corps les soins que l’on prodiguait à ses frères, et sans lesquels l’éducation de tout jeune gentilhomme, à cette époque, n’aurait pas été complète. Ce n’était pas seulement dans les arts, mais dans les mœurs, que l’Italie avait fait sentir son influence.

Voici le portrait peu flatteur que les ambassadeurs vénitiens et les contemporains tracent de François Il : « Ce prince malsain et qui, dès son enfance, avoit monstré de grandes indispositions pour n’avoir craché ne mouché... avoit un visage blafard et bouffi... comme aussi se formoit une corruption en l’une de ses aureilles qui faisoit l’office de nez lequel il avoit fort camus » (Régnier de La Planche.) D’Aubigné n’est pas moins sévère : « La face plombée et boutonnée, l’haleine puante et autres mauvois signes de santée... la Royne avait eu ses menstrues si tard que son fils est oit de ceux qu’on appelle mal-nez, ne se purgeant ny par le nez ny par la bouche, laquelle il portoit ouverte pour prendre vent... (pour respirer). Régnier de La Planche ajoute que, quand François II épousa Marie Stuart, il n’était pas pubère. » Quelques médecins avertirent secrètement ceux de Guise de pourvoir à leurs affaires, d’autant que ce Prince n’estoit pour la faire longue. Et d’avantage qu’ils ne se devoyent attendre que la Royne leur nièce eut aucuns enfants, s’ils ne venoient d’autres que luy, tant par les causes susdites que pour ce qu’il avoit les parties génératrices du tout (entièrement) constipées et empeschées, sans faire aucune action. Pierre Mathieu, historiographe de France sous Henri IV et qui écrivit l’histoire des règnes des Rois de François Ier à Louis XIII, nous apprend que François II parlait du nez : « l’obstruction du crible du cerveau qui le faisoitparler du nez, et les tâches qui paroissoient en sa face rouges et livides, estoient signes évidents d’une mauvoise habitude et d’une courte vie ».

Suriano, ambassadeur de Venise pendant le si court règne de François II, le dépeint comme « naturellement roide et sévère » et comme ayant peu d’esprit. » Les autres ambassadeurs qui s’étaient succédé sous le règne de Henri II, Dandolo, Capello, Soranzo, s’accordaient à trouver le jeune dauphin : « taciturne, bilieux, obstiné, moins enjoué que ne le comportait son âge. »

François II ne devait pas sa mauvaise santé à la syphilis dont avait été très fortement atteint François Ier et dont les effets se seraient fait sentir sur le petit-fils en épargnant le fils. C’est une imagination de Michelet, le mal qui le minait et qui causa sa mort prématurée était une inflammation suppurée de l’oreille gauche, maladie actuellement connue sous le nom de « végétations adénoïdes du pharynx nasal » Le docteur Potiquet le démontre victorieusement dans un curieux petit volume. La maladie et la mort de François II roi de France. (Paris, 1894.)

C’était donc avec la jeune Reine un si grand contraste que l’on a peine à prendre au sérieux l’étendue des regrets qu’elle fit paraître après la mort de François II et qu’elle traduisit dans une élégie où on relève notamment cette strophe :

Si je suis en repos
Sommeillant sur ma couche,
Lors qu’il me tient propos,
Je le sens qui me touche :
En labeur, en recoy,
Toujours est près de moy.

Comme la reine de Navarre, sa belle-sœur, Marie Stuart était un bel esprit, ce que l’on appelle aujourd’hui un bas bleu. A l’âge de treize ou quatorze ans, elle avait récité au Louvre, en présence de toute la cour, un discours latin de sa composition où elle soutenait, contre le préjugé commun à cette époque, qu’il sied aux femmes d’être instruites et que la science est pour elles une grâce de plus.

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