Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,01 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Les deux espèces humaines

De
272 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 83
EAN13 : 9782296305137
Signaler un abus

LES DEUX ESPÈCES HUMAINES
Autopsie du racisme ordinaire

Collection Espaces lnterculturels chez L'Harmattan
Déjà parus:
- C. Camilleri et M. Cohen-Emeri que (oos.), Chocs de cultures: concepts et enjeux pratiques de l'interculturel, 1989. - J. Retschintzki,M.Bossel-LagosetP. Dasen(eds), La recherche interculturelle, tome I et II, Actes du 2ecolloque de l'ARIC, 1989. - J. Retschintzki, Stratégies des joueurs d'awélé, 1991. : Essai sur le contenu de

- F. Ouellet, L'éducation interculturelle la formation des maîtres, 1991.

- M. Lavallée, F. Ouellet et F. Larose (eds), Identité, culture et changement social, Actes du 3e colloque de l'ARIC, 1991. - Lê Thành KhÔi, Culture, Créativité et Développement, 1992.

- F. Tanon, G. Vermès, L'individu et ses cultures, Colloque de l'ARIC "Qu'est-ce que la recherche interculturelle", Vol. 1, 1993. - G. Tapé, L'intelligence expérimental, 1994. en Afrique. Une étude du raisonnement

- C. Labat, G. Vermès (eds), Cultures ouvertes, sociétés interculturelles. Du contact à l'interaction, Colloque de l'ARIC "Qu'estce que la recherche intercuIturelle", Vol. 2, 1994. - M. Fourier, G. Vermès (eds.), Ethnicisation des rapports sociaux. Racismes, nationalismes, ethnicismes et culturalismes, Colloque de l'ARIC "Qu'est-ce que la recherche intercuIturelle", Vol. 3, 1994.

1995 ISBN: 2-7384-3400-2

@ L'Harmattan,

DENIS BLONDIN

LES DEUX ESPÈCES HUMAINES
Autopsie du racisme ordinaire

Éditions I'Harmattan 5-7, rue de l'École-polytechnique 75005 Paris

En multipliant les faits, les données, les hypothèses, la science conduit l' humanité à des vérités multiples, indéterminées et relatives. Elle est à l'origine du chaos social et de l'indétermination des pensées et des valeurs, bref d'une situation que la connaissance rationnelle était censée devoir éliminer. R. M. Pirsig Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes

Sommaire
Présentation 1. Le sherpa inconnu , Le scalpeljuridique « Liberté, Egalité, Fraternité» pour chaqueclasse sociale Un simple commutateurbinaire: Nous/lesAutres Des espèces opposées, mais « humaines» Homo historicuset Homo geographicus 2. Lucy la guenon
Le premier fétiche Le genre humain ou « the Human Race»? Les droits des Australopithèques australiens Quand les savants s'emmêlent Hélas! les humains n'évoluent pas 3. La dérive des continents La difficulté de compter jusqu'à cinq A chaque continent, sa race La sQCiologiedes classes raciales A chaque race, son évolution Que la volonté de la Sélection naturelle soit faite! Les inadaptations de l'espèce adaptative Le totémisme racialiste 4. Cortés et les Aztèques L'indivisibilité des Autres Hélas! les cultures n'évoluent pas Des espèces sociales aux races individuelles Liberté et solitude de l'Homme blanc Les grands immigrants 5. Les théories à deux faces De la nature interne à la nature externe Les difficultés favorables Hyper-flexibilité de l'identité occidentale Causes blanches et effets de couleur L'inavouable logique souterraine Bons et méchants: la reprise du dialogue 9 21 22 26 28 35 38 45 46 48 54 60 68 77 78 81 84 87 90 94 96 103 104 108 113 120 124 127 128 132 137 139 145 147

6. La version officielle Comment être en même temps égaux et inégaux Dominance et domination Fragments sous-développés du genre humain Les sociétés pré-occidentales Les bienfaits de la tyrannie S'il avait fallu que le Tiers-Monde ne reçoive pas d'aide...

153 155 158 160 164 168 171 181 182 186 190 192 198 201 206 211 212 214 218 226 232 234 241 244 249 257

7. Le coeur et ses raisons
La gestion des sentiments La morale scientifique Des sciences humaines plus froides que les vraies L'aide internationale dans l'Angleterre du XIXesiècle L'aristocratie élargie Qui est Nous? Le relativisme absolu 8. Rudiments d'anthropologie homosapienniste Invariants biologiques et universaux culturels Une anthropologie sans cannibales Les référents de la commune humanité: I.le langage Les référents de la commune humanité: II. la pensée La science de la magie La domestication des humains Le maillage des cultures Les structures élémentaires de l'esclavage Post Scriptum Bibliographie Annexe: La déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen (1789) Liste des schémas

265 267

8

Une autopsie commence par le découpage du corps en morceaux. Quand son objet est la représentation occidentale du monde, le projet est certes ambitieux et pourrait même paraître découler du type d'idéalisme qui a animé certains révolutionnaires peu rebutés par la vue du sang. Mais ici, c'est de notre univers mental qu'il s'agit et mon idéal est de substituer à l'ingénuité des poseurs de bombes, l'ingéniosité du bricoleur soucieux de récupérer les morceaux arrachés pour en réutiliser le plus grand nombre possible dans la reconstruction d'un nouveau monde. Ce projet d'autopsie du paradigme occidental n'est donc pas animé seulement par la curiosité d'en comprendre les rouages en pratiquant ce type d'approche scientifique que Stephen Jay Gould appelle« le démolissage comme science positive »1. Il découle du rêve de voir émerger une consciencequi ne soit pas seulementplanétaire,ou même « humaniste » - au sens où cette philosophie morale a été mise en pratique par l'Occident dans ses rapports avec l'autre espèce humaine -, mais proprement homosapienniste, c'est-à-dire fondée sur notre communauté zoologique: l'appartenance de tous les humains à l'unique espèce Homo sapiens. PlutÔt que d'une autopsie, peut-être faudrait-il parler de vivisection, puisque l'objet est encore bien vivant. Tailler à vif dans nos mythes et nos symboles les plus sacrés, balayer certaines de nos croyances et de nos sciences les plus fermement établies, découper jusqu'à nos plus nobles idéaux huma1 La Mal-mesure de l'Homme, Paris, Éditions Ramsay, 1983, p. 362.

nistes, tout cela risque en effet d'être douloureux. Mais les douleurs d'un enfantement sont d'une tout autre nature que celles d'une agonie. Une telle opération de distanciation par rapport à la tradition culturelle occidentale serait inconcevable s'il n'était pas possible de prendre appui sur une autre vision du monde en voie de formation, celle d'une unique espèce préoccupée par son avenir sur la planète. Bien sür, depuis longtemps déjà, l'Occident a proclamé 1'« humanité» de tous et a fait de cette proclamation une sorte d'hymne national dont il cherche encore à tirer orgueil. Il y a cinq siècles précisément, Colomb et ses compagnons ont jeté un premier regard européen sur les habitants du Nouveau Monde, sans avoir encore décidé de quoi il s'agissait. Mais il n'a pas été nécessaire d'attendre l'institution des Nations unies pour que les Européens proclament qu'il s'agissait bien d'êtres « humains» et que ces créatures avaient une âme, comme toutes celles qu'ils rencontraient sur les autres continents. Cela dit, il fallait bien en prendre possession, les « développer» en même temps que les terres « découvertes », et pour cela, les façonner à l'image d'un envers de Nous, sous les traits d'une autre espèce humaine. Une et une font bien deux espèces humaines. En pratique, l'Humanité proclamée par les Occidentaux s'est trouvée si méthodiquement fragmentée que les composantes en sont déjà disloquées et qu'il suffit de se pencher sur les débris pour en faire l'autopsie. Cette fragmentation n'a pas été seulement l'œuvre des entrepreneurs ou des gouvernants, mais la science y a prêté son concours enthousiaste. C'est ainsi que certainsfragments ont été étiquetés comme « primitifs» et représentés sous forme de fossiles vivants, alors que d'autres ont été dépeints à l'image de véritables comètes propulsées dans une « évolution» accélérée. Les morceaux ont aussi été classés selon leur « couleur» - noir, blanc, jaune, et même rouge -, comme pour faire disparaître toute trace d'Hommes de couleur « peau ». Dans certaines parcelles, c'est l'image d'ensemble qui est difficile à percevoir parce que les atomes « individuels» semblent énormes et occupent toute la place, tandis que d'autres nous apparaissent comme des taches sur la planète, petites ou énormes mais clairement délimitées: le puzzledes « nations », « peuplades» ou « tribus », où aucun

10

microscope ne semble capable de révéler ce type de structure « inviduelle ». Parallèlement à la proclamation solennelle d'une unique humanité, l'Occident semble donc s'être livré à un dépeçage en règle, encore plus profond sur l'écran de notre cosmologie sociale que sur la scène réelle des guerres de conquête ou de
«

pacification ». Ici, à n'en pas douter, la coupure la plus radi-

cale est celle qui est venu trancher entre Nous et les Autres, entre l'Occident « blanc» et les peuples « de couleur », entre les deux espèces humaines. Si ces deux fragments ont également été appelés « humains» et rattachés à une unique humanité, cette catégorie est bien la seule au sein de laquelle ils pourront se retrouver ensemble, tant leur dissociation mentale est absolue dans tous les autres tiroirs de notre cerveau, et pour que la cohabitation soit possible au moins dans cette catégorie, le qualificatif « humain» devra revêtir des sens différents pour l'une et l'autre espèce. Selon que l'on regarde l'un ou l'autre type d'humains, toutes les lois de la nature paraissent jouer en sens inverse, de la physique à la psychologie, en passant par la biologie et, bien entendu, par l'ensemble des sciences humaines. C'est ainsi que chez les Autres, la sélection naturelle est censée produire des caractères « adaptatifs» mais chez Nous, elle aurait plutÔt produit de 1'« évolution» et Nous aurait au contraire libéré de tout déterminisme écologique. Chez les Autres, des facteurs

tels que la « religion », la « mentalité », une forte croissance
démographique ou un environnement naturel «hostile» sont considérés comme des obstacles au développement, alors que ces mêmes facteurs auraient eu au contraire un effet positif dans « notre» développement. La liste de ces effets inversés des IQisnaturelles ou sociologiques serait fort longue. A vrai dire, au delà des caractéristiques qui définissent

tout le « genre humain », et qui conviennent aussi bien aux
Australopithèques, comme la bipédie, il est difficile de trouver des énoncés qui soient réellement applicables aux deux espèces humaines. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à tenter de cons-

truire des phrases à propos des supposés

« :primitifs

»,en

utilisant les éléments qui sont censés défmir l'Etre humain en général: rationalité, conscience, langage, pensée, créativité, libre arbitre, etc. Il y a de fortes chances pour que les énoncés soient irrésistiblement entraînés vers la forme négative et que

11

nous apparaissent aussi nettement que les pôles des aimants qu'on tient dans nos mains. L'élaboration de cette cosmogonie occidentale est une œuvre qui a requis l'étroite coopération de tous les secteurs d'activité, droit et théologie inclus, puisque les contributions de l'éthique s'y combinent à celles de la science. L'assemblage final repose sur une fragile soudure entre un unique énoncé

les deux versants de notre prétendue « humanité»

d'ordre moral

-

l'affirmation d'une humanité composée

d'humains égaux - et une infinité d'énoncés d'ordre cognitif qui viennent séparer cette humanité en deux espèces humaines opposées en tout point et mentalement dissociées, bien que hiérarchiquement reliées au sein d'un vaste Apartheid in!erna-

tional: le Nord d~mocratique et le Sud dictatorial. « Egaux
mais séparés », pourrait-on dire en paraphrasant le principe jurid!que longtemps utilisé pour légitimer la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Séparés dans l'univers de nos représentations, mais non pas sociologiquement, exactement comme dans la société sud-africaineoù les maîtres « blancs» partagent l'intimité de leurs demeures avec leurs serviteurs « noirs» tout en proclamant le« développement séparé» de chaque race. Un tel édifice pouvait sembler inaltérable mais comme d'autres monuments, il donne des signes d'usure et commence même à se fissurer par endroits, en Mrique du Sud aussi bien que dans la société planétaire. Bien qu'à première vue l'effort pour recoudre ces fragments d'humanité puisse sembler avoir été confmé au dernier chapitre de ce livre, où sont esquissés certains rudiments d'une possible anthropologie homosapienniste, c'est toute la démarche qui trouve son inspiration dans le concept d'une unique espèce humaine, justement parce que c'est l'idée la plus systématiquement niée dans le paradigme occidental. En un certain sens, le racisme est un thème central de cet humaine est la notion clé par rapport à laquelle s'est constitué et se constituequotidiennementle racisme », comme le précise Colette Guillaumin2. Unanimement condamné, surtout depuis le traumatisme européen de l'Holocauste, le racisme n'a jamais
2 L'idéologie raciste. Genèse et langage actuel. Paris, Mouton, 1972, p. 6.

essai. Cela n'a rien d'étonnant dans la mesure où « l'espèce

12

pu être extirpé parce qu'il reste inscrit dans les structures profondes du paradigme occidental. C'est ce que suggère Christian Delacampage, pour qui, avant même d'être nommé, le racisme « appartenait aux strates les plus profondes de ce que nous appellerions aujourd'hui la représentation occidentale du monde »3. Sa mise à nu est l'objet premier de ce livre. Sur une scène sociale où l'on continue de proclamer la mort des idéologies, la démarcation entre tenants et adversaires du racisme reste le clivage qui départage le plus radicalement des visions du monde opposées au sein de groupes de personnes qui ont pourtant en commun tout le reste de leur culture. Cette ligne de. démarcation passe souvent en plein centre d'un département universitaire ou hospitalier, d'un quartier de classe moyenne ou d'un club de pétanque. Rien n'est plus étonnant que ce dialogue de sourds entre personnes qui utilisent le même langage, qui se réfèrent aux mêmes éléments significatifs de l'histoire, de la biologie ou de l'économique, mais qui s'opposent systématiquement sur la valeur de ces éléments et, en définitive, sur le sens profond de l'aventure humaine. C'est sans doute pourquoi l'analyse de cette option cruciale continue d'inspirer tant de recherches, depuis les travaux de Léon Poliakov ou d'Albert Memmi, en passant par la synthèse devenue classique de Colette Guillaumin, jusqu'à ceux de Pierre-André Taguieff ou de Michel Wieviorka. Mais le racisme continue le plus souvent d'être considéré commexixi un objet spécifique à l'intérieur de la culture occidentale, sans que sa position centrale et son rÔle de pilier dans l'architecture de nos représentations mentales ne soient clairement affirmés. Le débat entre racistes et antiracistes est toujours asymétrique. Le racisme ne constitue un phénomène social, ou un objet de recherche, que pour des auteurs motivés dans leurs travaux par une vision du monde antiraciste. Pour les premiers, ce n'est qu'un instrument quotidien de la pensée et de la vie sociale. Le discours sur le racisme a ainsi pour effet d'instituer cet objet sous forme d'extériorité et de contribuer à l'illusion d'un grand ménage périodique qui se ferait à l'intérieur de la culture occidentale officielle pour en maintenir un certain degré .
3 L'invention du racisme, Paris, Fayard, 1983, p. 15. 13

de pureté. La permanence même de cette question, depuis

presque deux siècles déjà, suggère qu'en dépit des oscillations provoquées par les situations sociales fluctuantes, on peut y voir un des axes essentiels de la cosmologie sociale occidentale, et par conséquent une composante intérieure. On pourrait croire que la plus marquante de ces oscillations est la condamnation universelle du racisme au lendemain de la prise de conscience de l'Holocauste, mais on verra que l'antiracisme officiel, confiné à la dimension morale, n'a pas surgi à ce moment et constitue plutôt une composante structurelle du paradigme occidental. Pour déboucher sur un éclairage complémentaire, ma stratégie de recherche a été la distanciation par rapport à la ligne de front des débats pro- et antiracistes. J'ai choisi d'examiner plutôt le discours officiel, non raciste, en privilégiant la composante cognitive, puisque le débat en question met surtout en jeu une divergence posée en termes de valeurs.

L'objet qui s'en dégage correspond plutôt à la notion de « racialisme», c'est-à-dire la composante cognitive de l'idéologie
raciste, indépendante des jugements de valeurs négati(s inhérents à cette idéologie ou aux pratiques qu'elle supporte. A ce niveau, on constate que c'est la divergence même entre racistes et antiracistes qui s'évanouit. Cette option découle sans doute aussi d'un profil personnel. Sans vouloir aller trop loin dans l'auto-analyse, je dois avouer que mes réactions les plus durables tiennent davantage à l'imbécillité qu'à la méchanceté des manifestations racistes. C'est un peu comme si les autres formes de la méchanceté, inhérente aux guerres ou aux génocides, étaient plus compréhensibles dans la mesure où elles ne prétendent même pas fournir un discours explicatif. Mais les théories racistes sont absurdes justement parce qu'elles sont intelligibles. La mort des vingt millions de Russes pendant l'offensive allemande de la dernière guerre n'est pas moins tragique ou odieuse que celle des six millions de Juifs, mais indépendamment des chiffres, ce qui heurte surtout l'esprit, c'est que dans le dernier cas

les acteurs aient pu croire qu'ils étaient en train de « purifier la
race» en éliminant des gènes néfastes. Puisque les Européens juifs étaient purement occidentaux dans leur âme et dans leur corps, l'Holocauste reste une forme d'automutilation, comme toutes les manifestations du racisme.

14

Ma recherche des fondements cognitifs du racisme s'est tournée non pas vers la formulation des théories racistes mais vers le système plus officiel- et officiellement non raciste - de nos représentations du monde. Au départ, ce sont les programmes et les manuels scolaires qui ont servi de terrain4. Quoi de plus officiel en effet que ces textes, approuvés par l'Etat, reflétant le consensus social du moment ou de la tradition immédiate et présentant en plus un caractère de système qui s'est avéré extrêmement précieux pour révéler les principaux axes du paradigme occidental! Cette recherche a permis de mettre à jour les éléments essentiels de la structure globale, directement reflétée dans celle de nos programmes scolaires: l'Histoire, c'est Nous, les Autres sont de la Géographie. Elle a aussi permis de montrer comment ce programme permettait d'utiliser et de transmettre inconsciemment une vision du monde raciste dans une société officiellement antiraciste, en mettant en scène une série de contradictions systématiques qui conduisent à l'unique conclusion logique possible, soit celle, informulée, d'une différence de nature entre ces deux humanités et d'une supériorité naturelle de l'une sur l'autre, ce qui fournit en même temps une explication et une justification de la domination occidentale du monde. L'analyse de contenu des manuels scolaires a fourni la toile de fond de ce livre, mais son objet central reste cet ensemble plus vaste qu'on pourrait appeler la culture occidentale ou, plus précisément, la cosmologie sociale construite autour du système de représentation des rapports entre Nous et les Autres. Certains extraits des manuels d'histoire et de géographie seront utilisés pour illustrer des éléments de ce schéma racialiste et faire ressortir sa cohérence interne. mais, pour

l'essentiel, les illustrations viendront des œuvres dites « scientifiques » qui constituent les piliers de la culture occidentale
officielle, ainsi que de certains documents non moins officiels d'organismes comme l'Unesco. En aucun cas, il ne s'agit d'auteurs ou de documents qui pourraient être suspectés de refléter les vues de Ku-Klux-Klan ou du gouvernement sud-

4 Les résultats de cette analyse de contenu ont été publiés dans L'apprentissage du racisme dans les manuels scolaires (Montréal, Agence d'ARC,

1990). 15

africain, mais d'ouvrages qui relèvent d'une perspective non raciste, et souvent même antiraciste. Cette démarche apparaîtra sans doute comme iconoclaste aux yeux de certains, du fait qu'elle puise plusieurs de ses illustrations chez des auteurs réputés, ou comme impitoyable parce qu'elle exige de traquer les moindres lapsus trahissant les effets du paradigme racialiste, y compris dans des cas où les auteurs eux-mêmes refuseraient de souscrire au sens dégagé de leurs écrits. Elle est cependant nécessaire pour démonter ce paradigme et en réutiliser les débris dans la construction d'un nouveau, auquel les auteurs cités ont souvent apporté des contributions essentielles. Toutes les cultures naissent ainsi dans la douleur, en s'arrachant de leur matrice-mère pour
émerger sous une forme nécessairement antinomique.

La trajectoire suivie implique une sorte de mouvement simultané de distanciation et d'intériorisation d'un objet. Mouvement de recul d'abord, pour obtenir un regard sur cet objet d'abord présent aux sources de mon propre bagage culturel puisqu'il m'a été transmis, comme aux autres Occidentaux, par les canaux de la socialisation. Mouvement d'intériorisation par la suite, selon l'approche empathique de l'ethnographie classique, bien qu'avec une double dose de dédoublement de la personnalité. Ce deuxième mouvement suppose la formulation des interprétations et des conclusions racistes que la morale censure habituellement chez le citoyen ordinaire, mais qu'il faut quand même ramener à la conscience et exprimer tout haut, au risque que le lecteur se méprenne en y voyant les idées de l'auteur, ou au risque de fournir des munitions supplémentaires aux théoriciens racistes. Un tel risque s'avère nécessaire pour montrer que le racialisme est bien une structure constitutive de notre cosmologie sociale, un aspect essentiel de l'humanisme et de l'universalisme tels que pratiqués, et non pas leur antithèse. Cet itinéraire conduit à rejeter un grand nombre de propositions traditionnellement considérées comme des vérités ou des évidences dans la vision des choses que génère le paradigme occidental, à commencer par l'existence même de « races» biologiques à l'intérieur de l'espèce humaine. Ce pilier de la cosmologie occidentale a déjà été mis en cause, depuis quinze ou vingt ans, par un bon nombre de biologistes français: Jacques Ruffié, Jean Hierneaux, André Langaney,

16

Marcel Blanc, Albert Jacquard, pour ne mentionner que les principaux. En adoptant la lentille d'un nouveau paradigme, ce sont des pans entiers de notre réalité qui s'écroulent. Non seulement n'y a-t-il pas de «races» humaines, mais les Hommes n'évoluent pas biologiquement, les traits « raciaux» ne sont pas des adaptations au milieu, l'Europe n'est pas un continent, l'Afrique n'est pas surpeuplée, la nature n'est pas plus hostile dans le Sud que dans le Nord, la révolution néolithique n'est pas un progrès, les Grecs n'ont inventé ni la science ni la démocratie, les Aztèques n'ont pas pris les Espagnols pour des dieux, les Européens n'ont pas réalisé tout seuls la révolution industrielle, la science n'est pas une forme de pensée plus « évoluée» ou plus efficace que la magie, etc. On pourrait croire qu'une application si poussée de l'esprit de contradiction confine directement à la schizophrénie, mais la réalité qui en émerge est pourtant aussi cohérente que celle qui est évacuée, et elle prend appui sur des assises déjà solidement implantées par un grand nombre de chercheurs réputés. L'objectif n'est pas d'accéder à une pensée autistique, mais de sortir au contraire de l'autisme collectif qui a longtemps

caractériséla penséeoccidentale- comme celle de toutes les
autres tribus - y compris lorsqu'elle nourrissait l'illusion d'embrasser l'Autre. Ce n'est pas, non plus, de façonner une pensée qui soit « politically correct », mais justement de dévoiler ce qui se cache derrière ce type de discours. Toute entreprise d'analyse critique du paradigme occidental risque de susciter en même temps les déchirements liés à l'autoculpabilisation, surtout lorsque la question du racisme y est abordée de plein front. La chose est peut-être inévitable parce qu'on ne peut jamais dissocier parfaitement l'analyse des valeurs et celle des idées, les unes et les autres étant sécrétées par un système social réel qu'il faut légitimer. L'objectif poursuivi ici n'est cependant pas de dénoncer certains effets d'un système social qui seraient moralement condamnés, mais plutôt de dévoiler les incongruités d'un discours qui lui sert de fondement et qui empêche l'éclosion d'un nouveau paradigme. La culture occidentale, comme toutes les autres, comprend une cosmologie sociale qui est une construction arbitraire et non pas le simple constat d'une vérité en soi, et l'on peut tenter avec profit d'en dévoiler les mécanismes, puisque le refus de

17

l'autoculpabilisation ne peut en empêcher indéfmiment la prise de conscience. Il est certain que l'Occident n'a pas le monopole de la xénophobie - il suffit de mentionner les nombreux conflits

dont on se plaît à rappeler le caractère « inter-ethnique»

-,

mais il faut reconnaître que ce n'est pas le monde islamique, l'Asie du Sud-Est ou les « ethnies» africaines qui ont fourni la structure socio-économique du système-monde. L'intérêt d'analyser la cosmologie occidentale n'est donc pas limité à une sorte d'auto-ethnographie car il rejoint les Autres jusque dans leur quotidien, et non pas seulement dans leur altérité. Si le spectre de l'autoculpabilisation suffit à détourner bien des regards, il faut peut-être rappeler que même les paysans brési-

liens des environs de Manaus, par exemple, tout « métissés»
qu'ils se définissent, deviennent de purs « Blancs» s'il leur arrive d'entrer en contact avec des« Indigènes ». Devraient-ils aussi être offusqués ou se sentir accusés si on rappelle que le racisme, comme l'évolutionnisme, l'individualisme ou le libéralisme économique, sont des instruments idéologiques qui ont été fort utiles à l'Qccident pour asseoir sa domination sur le reste du monde? A mon point de vue - les psychanalystes diront s'il s'agit simplement d'un mécanisme de défense -, il suffit, pour dissiper le spectre stérilisant de la culpabilité, d'assumer pleinement une identité d'Homo sapiens et de se retrouver aussi confondu avec les exploités qu'avec les profiteurs. Le caractère inéluctable de la rencontre des mondes offre une autre voie de déculpabilisation. On peut raisonnablement penser que, si les Européens étaient restés chez eux, ce sont les Chinois, les Arabes ou les Aztèques qui auraient un jour établi des empires coloniaux s'étendant sur tous les continents. Mais la déculpabilisation n'est utile qu'en ce qu'elle permet d'examiner le passé et le présent sans détourner le regard et la conscience. L'important reste cette prise de conscience qu'impose toute réflexion sur l'avenir de l'humanité. Si le poids de la responsabilité peut sembler excessif lorsqu'on examine seulement le passé et qu'on prétend le faire entièrement reposer sur les épaules des Occidentaux, il s'allège considérablement quand on se tourne vers le futur et que tous les humains
l'assument collectivement.

18

Si le schéma racialiste mis en place au XIXe siècle était peut-être une nécessité historique à ce moment, non seulement ce n'est plus le cas maintenant, mais il est au contraire urgent de reconstruire le monde sur une nouvelle base avant de pouvoir assurer les conditions minimales de la survie de l'espèce humaine sur la planète. La reconstruction, d'abord mentale puis sociale, du monde revêt en effet un intérêt pour Nous - un nouveau Nous, aux dimensions élargies à toute l'espèce -, et pas seulement pour les Autres. Cette entreprise est encore plus fondamentale que les changements matériels requis pour préserver les forêts, les réserves d'eau ou la couche d'ozone. Comme elle reste en notre pouvoir, elle peut et doit se faire avant la reconstruction du monde réel, et elle en constitue même une condition nécessaire. Au cœur du projet, il y a l'urgence de passer de deux à une seule espèce humaine.

19

1. Le sherpa inconnu
Qui n'a jamais entendu parler de Sir Edmund Hillary, ce célèbre alpiniste néo-zélandais, vainqueur de l'Everest en 1953? Son nom, symbole du courage et de la volonté humaine, triomphant de tous les défis, figure entre autres dans tous les grands dictionnaires et encyclopédies. On y mentionne

aussi parfois qu'il était « accompagné du sherpa népalais
Tensing Norvay », mais ce dernier, pourtant aussi courageux et opiniâtre dans les faits, n'a cependant pas obtenu le même honneur que Sir Edmund, celui de figurer au panthéon des grands personnages de l'histoire. Et aucun des cinq grands dictionnaires consultés n'a jugé opportun d'inscrire une mention à son nom. Peut-être est-il devenu un héros chez les Népalais, mais dans la mémoire collective des Occidentaux, il ne semble pas occuper beaucoup plus de place que s'il s'était agi d'un mulet ou d'un lama. Combien de gisements miniers ou de chutes spectaculaires, combien de merveilles de la nature ont ainsi été « découvertes» et mises à profit par des Occidentaux, guidés par des humains de l'autre espèce, pour un salaire de quelques sous ou pour le simple plaisir de partager? Malgré leur exploit commun, et indépendamment des relations personnelles authentiques entre Sir Edmund et Tensing, il reste que le destin public de leur aventure sanctionne une inégalité profonde entre les deux hommes. L'un est un individu libre, qui entreprend des actions et dispose des moyens pour les réaliser; l'autre semble plutÔt subir les contre-

coups des gestes du premier, qu'ils aient été positifs ou non. Le rapport entre les deux s'exprime grammaticalement par une relation de possession entre l'alpiniste et son sherpa. Même si l'esclavage a été aboli depuis un siècle - c'est si peu dans l'histoire! -, il a laissé des marques profondes dans nos esprits, comme chez les missionnaires en tournée au pays qui parlaient affectueusement de« leurs Noirs ». L'exploit de Sir Edmund et de Tensing a laissé dans la
mémoire collective des Occidentaux une empreinte durable qui

tient beaucoup du mythe. Bien que réelle, cette aventure semble fournir une nouvelle version de l'histoire de Robinson et de Vendredi, où étaient mis en scène tous les grands mythes de la culture occidentale: celui de l'individualisme, celui du travail comme source du progrès matériel, et surtout celui de l'appropriation par l'Occidental d'un univers qui inclut les «humains» de l'autre espèce. Que le mont Chomolungmal ait été moins peuplé que le Nouveau Monde importe peu dans l'imaginaire occidental, puisque sa « conquête» revêt la même signification.

Le scalpel juridique Notre univers mental est structuré autour de cette opposition entre les deux espèces humaines, et toute la question est de savoir pourquoi nous nous entêtons à proclamer tout haut que nous appartenons à une même humanité et à déclarer que tous les êtres humains sont égaux et peuvent jouir des mêmes droits fondamentaux. La ligne de partage entre les deux humanités est pourtant bien claire: il suffit, par exemple, de comparer les destins de deux êtres humains nés de part et d'autre du Rio Grande, à la frontière du Nord et du Sud. Le citoyen des États-Unis d'Amérique, du fait de sa naissance en sol béni, se mérite un passeport américain, avec tous les privilèges que cela comporte, alors que le citoyen mexicain, né sur la rue voisine du village planétaire, se verra défmitivement
1 « Everest» est le nom attribué au mont Chomolungma dans l'univers mental occidental, en l'honneur d'un autre Sir (George Everest), qui l'a mesuré. 22

confiné dans un statut de second ordre. Par exemple, le travailleur industriel nord-américain est actuellement rémunéré environ quatorze dollars l'heureJ alors que son voisin mexicain gagne à peine plus d'un dollar. Etrangement, ces informations, lorsqu'elles émergent dans le flux médiatique, sont souvent présentées comme de simples données naturelles. De chaque côté de leur frontière" les deux sortes d'humains pourront continuer à réclamer « A travail égal, salaire égal », en ayant à l'esprit l'égalité entre les genres ou entre les régions d'un même pays, mais pas l'égalité entre les régions du pays humain. Cela n'évoque-t-il pas le contraste entre les destinées parallèles des personnes nées à l'extérieur ou à l'intérieur des lignées nobles d'Europe sous l'Ancien Régime? Dans un cas comme dans l'autre, les qualités et les actions individuelles n'ont pas la moindre importance, et le fait que l'aristocrate ait été plus ou moins taré n'affectait en rien les privilèges liés à son sang noble. C'est la naissance qui est évoquée pour justifier le clivage entre aristocrates et gens du peuple, tout comme entre Américains et Mexicains. Seul le p~amètre change: identité du lignage ou limites territoriales des Etats - lieu de naissance2. Les « familles» sont seulement plus grosses: elles sont devenues des « nations» ou des « races ». À quoi ont donc servi les révolutions française ou américaine, les proclamations solennelles de l'Unesco et les deux

sièclesde « progrès de l'humanité»?
En y regardant de plus près, on découvre que ce sont précisément ces grandes déclarations qui ont servi de scalpel pour découper 1'«humanité» en deux, à l'instant précis où on prétendait la constituer. Ainsi, au moment où les Français, dans la Déclaration française des droits ,de l'Homme et du Citoyen de 1789, proclamaient « Liberté, Egalité, Fraternité» pour tous les « Hommes », il semble bien que ce qu'ils avaient plutôt en tête, c'était les « Citoyens », et que leur« humanité» ne dépassait pas les frontières de la nation. Un bon nombre de citoyens français étaient d'ailleurs occupés à vendre ou à acheter des esclaves dans leurs colonies. Cette contradiction ne
2 Divers projets de lois sur la citoyenneté, en France et dans d'autres États occidentaux, viennent maintenant remettre en question cette règle de base de Notre système social planétaire.

23

leur était apparemment pas perceptible, d'abord par le seul fait de la distance géographique et sociale, et aussi parce que, dans leur esprit, le concept de « citoyen» ne pouvait en aucun cas s'appliquer à des Mricains ou à des « Sauvages» du Canada. Les prétentions universalistes et humanistes des révolutionnaires français étaient pourtant à leur comble à ce moment, puisqu'en fondant la nation, ils prétendaient établir une association de véritables individus libres de toute détermination de classe,de religion,d'ethnie,ou « de culture », commenous dirions maintenant. L'illusion d'avoir, à ce moment, aboli l'arbitraire de la naissance et proclamé de véritables principes universels est fort tenace, comme l'illustre cette profession de foi renouvelée d'Alain Finkielkraut: « Prenant à contre-pied sa

propre étymologie(nascor,en latin,veut dire « naître »), la
nation révolutionnaire déracinait les individus et les défmissait par leur humanité plutôt que par leur naissance. »3 Cette prétention universaliste n'avait pas du tout la même portée selon qu'elle visait l'une ou l'autre des deux humanités. En regard des Autres, qualifier notre religion ou notre civilisation d'« universelles », c'était surtout affirmer qu'elles conviennent à tous les peuples et qu'il est légitime de les imposer lorsque nécessaire. Quant aux véritables droits ou aux statuts des Autres, il n'était aucunement question d'y changer quoi que ce soit. Toute la Déclaration française des droits de l'Homme et du Citoyen est construite sur une ambiguïté: qui est « l'Homme» et qui est « le Citoyen»? Les articles I, II,

IV, et IX formulent des droits « de l'Homme », mais les articles VI, XI, XIII et XIV parlent « du Citoyen », tandis que
les articles VII et XII passent de l'un à l'autre comme si les deux termes étaient synonymes (cf. Annexe). Mais il est tout à fait clair que les droits proclamés ne dépassent pas les frontiè-

res de la nation et ne concernent aucunement les « Citoyens» de l'Empire. Après avoir proclamé l'égalité des « Hommes», l'article I vient légitimer les distinctions sociales fondées « sur l'utilité commune », et l'article IV précise bien qu'il s'agit de l'utilité commune aux « Citoyens », c'est-à-dire aux membres de « la société »: « Ainsi, l'exercice des droits naturels de

3 La défaite de la pensée. Paris, Gallimard, 1989, p. 23.

24

chaque homme4 n'a de bornes que celles qui assurent aux' autres membres de la société la jouissance de ces mêmes

droits. »

Or c'était évidemment de la société française qu'il s'agissait ici, et c'était bien ses frontières qui délimitaient les bornes de « l'utilité commune ». Cet horizon restreint précisait en même temps la portée réelle des énoncés sur 1'« humanité ». Tant qu'on n'aura pas appris à parler de« la société humaine» et admis que la quasi-totalité des humains est, dans les faits, incorporée à un même système de relations économiques et politiques, toutes les chartes des droits de l'Homme ou de la Personne auront surtout pour effet de tracer les frontières entre les deux espèces humaines. La solennité des déclarations et la subtilité des jeux de mots n'y changeront rien, si ce n'est de fournir un certain lustre et le confort de la bonne conscience. Loin de constituer l'antithèse du racisme, les discours humanistes et universalistes apparaissent plutôt comme une sorte d'envers de la même réalité. Ces grandes déclarations, d'abord formulées par les nations occidentales puis par les institutions internationales mises sur pied à leur initiative, coïncident historiquement et sociologiquement avec le processus d'extension de la structure sociale occidentale à l'échelle planétaire. On peut d'ailleurs se demander qui, en dehors des Occidentaux, a tant insisté pour affirmer l'existence d'une unique humanité? La question ne peut être balayée du revers de la main par simple ignorance des innombrables cosmologies sociales élaborées dans les sociétés humaines, mais il reste que peu d'exemples surgissent spontanément à l'esprit. On en trouverait probablement des traces chez Confucius, entre autres, mais il est probable que les visées humanistes ou universalistes coïncideraient avec des contextes culturels impérialistes. Les sources du racisme comme système idéologique seraient donc à rechercher non pas tellement dans des institutions comme l'esclavage ou la guerre, mais dans les grandes et nobles proclamations sur les « droits humains» et sur « l'humanité ». Autant cette entité exaltante s'est trouvée éloquemment affirmée sur le plan normatif, autant on semble avoir mis la
4 Dans toutes les citations à venir, c'est moi qui souligne, sauf indication contraire.

25