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Les Drames de la mer

De
158 pages

Les deux fils d’Henri Ier, roi d’Angleterre. — La Blanche-Nef choisie pour les transporter en Angleterre. — La cour à Barfleur. — Le départ. — Ivresse des matelots. — Le naufrage sur les écueils du roc de Catteville. — Le désespoir du roi.

Aucun naufrage n’est plus célèbre dans les annales du moyen âge que celui de la Blanche-Nef. Ce fut un désastre public ; tous les chroniqueurs du temps l’ont raconté ; plusieurs poètes en ont fait le sujet de leurs vers ; il tient une telle place dans l’histoire de la France et de l’Angleterre, qu’il est impossible de le passer sous silence.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Cinq-Étoiles

Les Drames de la mer

PRÉFACE

*
**

Nous n’avons pas la prétention, dans les modestes pages qui suivent, de donner l’historique complet des catastrophes maritimes. Nous avons dû faire un choix dans ce long martyrologe des victimes de l’Océan et nous borner aux drames les plus célèbres, surtout aux plus récents.

Peut-être trouvera-t-on par trop lugubre cette triste énumération.

Il semble pourtant qu’une pareille lecture porte en elle plus d’un enseignement.

Le dévouement obscur, les sacrifices continus à la science, l’héroïsme dans ce qu’il a de plus pur, le devoir dans ce qu’il a de plus grand, voilà ce qui éclate à toutes les pages des fastes de la marine.

C’est un Lapérouse, qui disparaît mystérieusement sur un récif inconnu, martyr de son zèle pour la science ; c’est un Franklin qui meurt sous les glaces du pôle en voulant agrandir le domaine de l’humanité. C’est ce commandant de la Sémillante, qui, dans sa calme bravoure, au plus fort de la tempête, revêt son uniforme des grands jours, et se fait beau pour mourir ! C’est ce capitaine de la France, qui sauve à force d’énergie son navire incendié, le mène droit à la côte sur une mer démontée, et, léché par les flammes, éclaboussé par les vagues, attend, le visage impassible, que les 8 000 kilos de poudre dans la cale éclatent en volcan sous ses pieds !

Nous ne savons rien de plus émouvant que la statistique publiée chaque année par le Bureau Veritas, morne liste des navires sombrés dans les abîmes, et qu’on ne reverra jamais !

Car il faut aux gouffres profonds leur contingent de victimes.

Chaque nuit, sur toutes les côtes, des phares innombrables s’allument, étoiles brillantes qui signalent les écueils cachés ou les passes difficiles ; la science perfectionne les instruments nautiques ; les cartes sont plus exactes ; l’électricité donne ses puissantes gerbes lumineuses pour éclairer l’horizon ; la vapeur fait mugir les lugubres sirènes ; l’hydrophone enregistre les moindres bruits à plusieurs kilomètres de distance. Rien n’y fait. La tempête se rit des prévisions les mieux fondées. La brume s’élève insondable, les signaux restent inaperçus ou incompris, les vaisseaux se heurtent ; un choc violent, une clameur, l’eau s’engouffre par la blessure béante, et tout est fini...

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues ;
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n’avaient plus qu’un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève

Ceux qui ne sont pas revenus.

 

Où sont-ils les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds, redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous1 !

 

A.M.

I

UN NAUFRAGE HISTORIQUE

Les deux fils d’Henri Ier, roi d’Angleterre. — La Blanche-Nef choisie pour les transporter en Angleterre. — La cour à Barfleur. — Le départ. — Ivresse des matelots. — Le naufrage sur les écueils du roc de Catteville. — Le désespoir du roi.

Aucun naufrage n’est plus célèbre dans les annales du moyen âge que celui de la Blanche-Nef. Ce fut un désastre public ; tous les chroniqueurs du temps l’ont raconté ; plusieurs poètes en ont fait le sujet de leurs vers ; il tient une telle place dans l’histoire de la France et de l’Angleterre, qu’il est impossible de le passer sous silence.

Au commencement du XIIe siècle, Louis VI, dit le Gros, régnait en France, Henri Ier en Angleterre. En même temps que l’Angleterre, Henri Ier possédait le duché de Normandie, et la réunion de ces deux couronnes sur la même tête était menaçante pour le roi de France. Louis, dans le but d’éloigner ce danger, soutint les prétentions de Guillaume Cliton, neveu du roi anglais, au duché de Normandie. Henri se vit obligé de passer en France avec toute sa noblesse, pour défendre ses droits et ses domaines. La rencontre entre les chevaliers de France et d’Angleterre eut lieu à Brenneville, en 1119. « Je me suis assuré, dit Orderic Vital, que dans cette bataille, où près de neuf cents chevaliers furent engagés, il n’y en eut que trois de tués, car ils étaient entièrement couverts de fer et cherchaient bien plus à se prendre pour se mettre à rançon qu’à se tuer. » Néanmoins Henri d’Angleterre fut vainqueur et Cliton n’eut pas la Normandie ; mais le roi anglais n’osa continuer la guerre contre son suzerain, de peur que cet exemple de rébellion d’un vassal contre son seigneur n’engageât ses propres vassaux à agir de même contre lui.

Après avoir mis ordre à ses affaires en Normandie et avoir généreusement récompensé les chevaliers normands qui avaient combattu pour lui, Henri Ier songea à reprendre le chemin de l’Angleterre, et fit réunir une flotte nombreuse pour l’y transporter, lui et les siens.

Cette flotte était réunie à Barfleur, raconte Orderic Vital, et, le 25 novembre 1120, le roi et les chevaliers de sa suite allaient s’embarquer lorsqu’un homme de Normandie, Thomas, fils d’Étienne, se présenta devant Henri Ier et, lui offrant un marc d’or, lui dit : « Mon père Étienne, fils d’Érard, a servi le vôtre sur mer toute sa vie. Ce fut lui qui sur son vaisseau transporta le duc Guillaume en Angleterre lorsqu’il allait combattre contre Harold. Il reçut à titre de récompense l’office de pilote du roi sa vie durant, et fut comblé d’honneurs et de biens. Plaise à vous, seigneur roi, de m’accorder en fief le même office ; j’ai là pour votre royal service un vaisseau bien équipé qu’on appelle la Blanche-Nef. » Le roi répondit : « Ta requête me plaît. J’ai choisi le vaisseau sur lequel je passerai et n’en veux point changer, mais je te confie ce que j’ai de plus cher au monde, mes fils Guillaume et Richard, ainsi qu’une partie de la noblesse de mon royaume. »

Tout joyeux de cette nouvelle, les matelots de la Blanche-Nef s’en vont remercier les fils du roi ; et ceux-ci s’empressent de leur faire donner trois muids de vin pour se réjouir ensemble. Ils en burent tellement, qu’ils furent bientôt dans un état complet d’ivresse.

Cependant, sur l’ordre du roi, un grand nombre de barons, trois cents environ, devaient s’embarquer sur le maudit vaisseau. C’étaient de hauts barons, et avec eux leurs enfants, et dix-huit dames de grande naissance, filles, sœurs, nièces ou épouses de rois et de comtes. Toute cette brillante noblesse s’était joyeusement préparée au voyage ; aussi, lorsqu’il s’agit de monter sur le navire, voyant la fougue de cette pétulante jeunesse et l’ivresse des matelots, quelques-uns refusèrent de les suivre, parmi lesquels deux moines de l’abbaye de Tiron, Étienne de Blois, comte de Mortain, deux de ses chevaliers et plusieurs autres dont l’histoire a conservé les noms. Il y avait là une cinquantaine de rameurs et autres matelots qui, pris de vin, pouvaient à grand’peine se tenir sur leurs sièges et se reconnaître entre eux.

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Naufrage de la Blanche-Nef.

Tous les chevaliers embarqués sur le vaisseau de Thomas le pressaient de rejoindre la flotte royale, qui depuis longtemps fendait la mer. Mais lui, toujours ivre, se fiant à son habileté et à celle de ses hommes, promettait audacieusement de devancer tous ceux qui étaient partis devant lui. Il donne enfin le signal ; aussitôt les rameurs s’emparent de leurs rames et le navire s’élance rapidement. Tandis que les rameurs dans leur ivresse nagent de toutes leurs forces et que le malheureux pilote dirige à l’aveugle son navire à travers les écueils du raz de Catteville, un énorme rocher, que chaque jour le flux et le reflux de la mer couvre et découvre, heurte violemment le flanc. gauche de la Blanche-Nef et l’entr’ouvre ; en quelques instants le navire est submergé. Un seul cri s’échappe en même temps de toutes les poitrines, cri de détresse et d’angoisse aussitôt étouffé par l’eau de la mer, et tous ces infortunés sont engloutis dans les profondeurs du gouffre.

Seuls deux des naufragés, un boucher de Rouen, nommé Bérold, et le jeune Godefroi, fils de Gilbert de l’Aigle, réussissent à s’emparer de la grande vergue du navire et y restent suspendus une partie de la nuit. Un instant apparaît près d’eux un homme qui surnage : c’est le pilote Thomas, qui, après avoir plongé dans les flots, reparaît à la surface. Il aperçoit les deux naufragés : « Qu’est devenu le fils du roi ? » leur demande-t-il. Apprenant qu’il a péri avec toutes les personnes de sa suite : « Malheur à moi ! s’écrie-t-il, je ne mérite pas de vivre plus longtemps, » Et il replonge pour ne plus reparaître, préférant mourir qu’affronter la colère du roi et s’exposer à passer le reste de ses jours dans les fers.

Les deux naufragés, s’encourageant mutuellement, attendaient tout tremblants le sort que Dieu leur réservait. La nuit était glacée ; le jeune Godefroi ne put résister ; à bout de forces, il lâcha la vergue et se laissa couler à fond. Quant à Bérold, le plus pauvre de tous les naufragés, n’ayant pour tout vêtement que des peaux de mouton, seul de tous ses compagnons il échappa à la mort et fut recueilli le lendemain par des pêcheurs.

Roger, évêque de Coutances, avait accompagné plusieurs membres de sa famille qui allaient s’embarquer sur le maudit vaisseau. Resté sur la rive entouré d’une foule nombreuse, il entendit le cri de détresse des naufragés ; le roi et sa suite l’entendirent également, mais jusqu’au lendemain ils en ignorèrent la cause et s’interrogèrent en vain à ce sujet.

La triste nouvelle ne tarda pas cependant à voler de bouche en bouche et à jeter la consternation parmi les habitants du littoral ; elle parvint ainsi jusqu’aux oreilles de Thibaud, comte de Blois, et des autres seigneurs ; mais personne n’osait l’annoncer au roi, qui, inquiet, les interrogeait anxieusement. Tous avaient à pleurer la perte de leurs proches et de leurs amis ; à grand’peine ils retenaient leurs larmes en présence de leur souverain pour ne pas se trahir. Ce fut un page qui, le lendemain, se jetant aux pieds du roi, lui apprit en pleurant la terrible nouvelle. Aux premiers mois Henri Ier d’Angleterre tomba comme foudroyé ; on s’empressa autour de lui, mais depuis ce jour il ne cessa de pleurer ses malheureux enfants enlevés à la fleur de l’âge et ses braves chevaliers dont il ne cessait de rappeler les prouesses. En Angleterre, ce fut un deuil général, car tous avaient à pleurer un parent, un ami, une épouse, un maître.

« Fatal désastre, s’écrie un poète du temps, qui plonge au fond des mers une noble jeunesse. Les fils des rois deviennent le jouet des flots. La pourpre et le lin vont pourrir dans le liquide abîme, et les poissons dévorent ceux qui naquirent du sang royal. Ainsi la fortune se joue des puissants de la terre1. »

Ce désastre ne fut pas moins funeste à la France. Il ne restait plus à Henri d’Angleterre qu’une seule fille, Mathilde ; il la déclara son héritière. Mathilde était veuve de l’empereur d’Allemagne, Henri V ; elle épousa en secondes noces, en 1127, Geoffroi Plantagenet, comte d’Anjou. Jusqu’alors les rois de France s’étaient appuyés sur l’Anjou contre la Normandie. Ce mariage mit fin à cette politique et étendit jusqu’à la Loire la domination anglo-normande. Le mariage du fils de Mathilde avec Éléonore d’Aquitaine devait la porter bientôt jusqu’aux Pyrénées. De là la rivalité de la France et de l’Angleterre, et la lutte terrible qui ensanglanta tout le moyen âge.

II

NAUFRAGE DU VAISSEAU HOLLANDAIS LE BATAVIA COMMANDÉ PAR LE CAPITAINE CHELSART SUR LES CÔTES DE LA NOUVELLE - HOLLANDE, EN 1630

Tempête. — Le naufrage. — Débarquement. — A la recherche de l’eau. — Chelsart gagne Batavia. — Les secours. — Révolte et châtiment. — Sauvetage de la cargaison. — Retour à Batavia.

Le 28 octobre 1628, une flotte composée de onze vaisseaux partait du Texel, sous les ordres de l’amiral Carpenter. Équipée par les soins de la puissante compagnie des Indes Orientales, elle allait ravitailler ses établissements de Java, et porter les renforts nécessaires pour étendre la domination hollandaise sur ces terres encore mal soumises.

Parmi les meilleurs bâtiments de l’escadre se trouvait le Batavia, commandé par Franz Chelsart, marin d’une rare habileté et d’un courage à toute épreuve : il portait une riche cargaison, et son équipage comptait environ trois cents personnes, en y comprenant les passagers et quelques femmes et enfants. La traversée fut d’abord facile ; mais, en approchant du cap de Bonne-Espérance, une tempête violente dispersa tous les vaisseaux, qui avaient marché de conserve jusqu’alors. Chelsart, fort inquiet du sort de la flotte dont il faisait partie, gouvernait, une fois la tourmente apaisée, pour la rejoindre et continuer sa route, lorsque, le 4 juin 1630, il fut porté pendant la nuit sur les récifs qui bordent la côte de la Concorde, dans la Nouvelle-Hollande. Le capitaine était alors au lit, très incommodé d’une maladie de langueur. Il crut sentir, au mouvement extraordinaire du vaisseau, qu’il touchait ; la frayeur le fit lever aussitôt et courir sur le tillac.

Toutes les voiles étaient hautes ; la lune, élevée sur l’horizon, laissait apercevoir au loin sur les flots une ligne blanche qui semblait indiquer la présence de brisants. L’inquiétude de Chelsart augmente, il appelle le pilote et lui reproche sa négligence, qui peut les exposer à la mort. Celui-ci s’excuse en disant qu’il a fait bon quart ; il a bien remarqué de loin la blancheur de cette partie de la mer, mais son matelot de hune a répondu, lorsqu’il lui en a demandé la cause, qu’elle provenait des rayons de la lune.

« En quelle partie du monde se trouve donc le vaisseau ? dit alors Chelsart.

 — Dieu seul le sait, nous sommes sur un banc inconnu. »

Dans cette extrémité, le capitaine fit jeter la sonde, et trouva à l’arrière du vaisseau dix-huit pieds d’eau, et à l’avant beaucoup moins. Un danger si pressant avait rassemblé les officiers : on tint conseil rapidement, et tous furent d’accord qu’il fallait alléger le vaisseau, dans l’espérance qu’il pourrait se remettre à flot plus aisément. Sur-le-champ on l’arrête avec une ancre, et l’on se met en devoir de jeter les canons à la mer. Tandis que les matelots étaient occupés à ce travail, il survint un orage de pluie et de vent : ce fut alors que les Hollandais connurent tout le danger où ils étaient, et qu’ils se virent entourés de bancs et de rochers contre lesquels le vaisseau heurtait à chaque instant. On résolut de couper le grand mât, qui ne servait qu’à augmenter les secousses du navire. Malheureusement, quoiqu’on eût pris le soin de le couper vers le pied, il fut impossible de le dégager des manœuvres. On n’apercevait point de terre que la mer ne couvrît, à l’exception d’une île que l’on jugeait à l’œil être éloignée de trois lieues, et de deux autres petites, ou plutôt deux rochers, qui paraissaient plus proches. Le pilote, qui fut envoyé pour les reconnaître, assura que la vague ne les couvrait point, mais qu’entre tant de bancs de rochers l’accès en serait fort difficile. Chelsart résolut néanmoins d’en courir les risques et de faire porter d’abord à terre les femmes, les enfants et les malades, dont les cris et le désespoir n’étaient propres qu’à faire perdre le courage aux matelots. Ils furent embarqués avec beaucoup de diligence dans la chaloupe et dans l’esquif.

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