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Les économies émergentes

De
276 pages
Quand peut-on dire qu'un pays est émergent ? Quel est le poids de ce type de pays dans l'économie mondiale ? Qu'ont-ils en commun sinon de susciter l'appréhension des pays riches ? En quoi diffèrent-ils des autres pays en développement et des pays industrialisés ? Quelles ont été les réformes engagées dans ces pays ? Quelle est la nature et l'ampleur de leurs interactions avec le reste du monde et comment réagissent-ils à la nouvelle crise ?
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Maghreb et sciences sociales 2008

Les économies émergentes
Trajectoires asiatiques, latino-américaines, est-européennes et perspectives maghrébines

Institut de recherche sur le Maghreb contemporain
Tunis

Institut de recherche sur le Maghreb contemporain
Maghreb et sciences sociales

Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC)

Maghreb et sciences sociales

Créé en 1992, l’IRMC est l’un des 27 Instituts français de recherche à l’étranger (IFRE) du ministère français des Affaires étrangères et européennes (MAEE) auquel, depuis l’an 2000, sont associés le ministère de l’Éducation nationale, le ministère de la Recherche et le Centre national de la recherche scientifique, dont il constitue actuellement la USR 3077. Ces instituts sont regroupés en Pôles régionaux dotés chacun d’un Conseil scientifique. L’IRMC est regroupé avec le Centre Jacques-Berque de Rabat dans le Pôle Maghreb.
Conseil scientifique du Pôle Maghreb en 2008 Jocelyne Dakhlia (EHESS, Paris. Présidente du conseil scientifique du Pôle), Jean-Philippe Bras (IISMM-EHESS, Paris), Federico Cresti (Université de Catane), Jean-Pierre Frey (Université de Paris XII), Éric Gobe (CNRS, IREMAM, Aix-en-Provence), Bernard Heyberger (Université de Tours/EPHE/Institut universitaire de France), Danielle Jacquart (EPHE, Paris), Barnabé Lopez-Garcia (Université autonome de Madrid), AnneMarie Moulin (CNRS, CEDEJ, Le Caire), Henri Regnault (Université de Pau), Pierre Signoles (Université de Tours).

Alfa. Maghreb et Sciences sociales est une publication annuelle de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain créée en 2004 sous le titre Alfa. Maghreb et sciences sociales.
Comité scientifique de Maghreb et sciences sociales Abdesselam Cheddadi (Institut universitaire de la recherche scientifique, Rabat), Jacques Commaille (CNRS, Groupe d’analyse des politiques publiques, Paris), Jocelyne Dakhlia (EHESS, Paris), Hichem Djaït (Université de Tunis), Chérif Ferjani (Université de Lyon II, Groupe de recherche et d’étude sur la Méditerranée orientale, Lyon), Mercedes Garcia-Arenal (Consejo Superior de Investigationes Cientificas, Madrid), François Georgeon (CNRS, Études turques et ottomanes, EHESS, Paris), Éric Gobe (CNRS, Institut d’étude et de recherche sur le monde arabe et musulman, Aix-en-Provence), Abdelhamid Hénia (Université de Tunis, Dirasset-Etudes Maghrébines), Raymond Jamous (CNRS, Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative, Nanterre), Slim Laghmani (Université du Sept-Novembre à Carthage), Giovanni Levi (Université Ca’Foscari de Venise), Abdelwedoud Ould Cheikh (Université de Metz), Michel Péraldi (CNRS, Centre Jacques-Berque, Rabat), Hassan Rachik (Université de Casablanca), Pierre Signoles (Université de Tours, CITERES-EMAM, Tours), Houari Touati (EHESS, Paris), Malika Zeghal (CNRS, Centre d’études inter-disciplinaires des faits religieux, Paris et Université de Chicago). Directeur de l’institut et de la publication

L’IRMC est un centre de recherche en sciences humaines et sociales : son équipe de recherche est composée de chercheurs du CNRS affectés à l’institut pour une durée déterminée et de chercheurs sous contrat du ministère des Affaires étrangères. Les chercheurs ont à charge la conduite à l’échelle régionale de recherches collectives dont les résultats aboutissent à des ouvrages édités par les soins de l’institut. L’institut accueille des boursiers du MAE en tant qu’allocataires de recherche pour une durée déterminée et des doctorants pour de courtes durées. Il dispose d’une bibliothèque présentant la double spécificité d’être une bibliothèque générale de sciences humaines et sociales et un centre de documentation spécialisé sur le Maghreb. Constitué de 28 000 ouvrages et de 89 revues vivantes, le fonds de la bibliothèque aujourd’hui entièrement informatisé est consultable en ligne.

Pierre-Noël Denieuil.
Comité de rédaction

Rédactrice-en-chef : Anne-Marie Planel. Responsable du thème 2008 : Yamina Mathlouthi. Secrétariat et PAO : Besma Ouraïed.
Tél. (216) 71 796 722 – Fax. (216) 71 796 376

Institut de recherche sur le Maghreb contemporain

direction@irmcmaghreb.org - http://www.irmcmaghreb.org

© Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, 2008 20, rue Mohamed Ali Tahar – Mutuelleville – 1002 – Tunis (Tunisie)

ISBN : 978-2-296-07662-4 Impression et diffusion : L’Harmattan, 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique F-75005 Paris (France) Tél : 01 40 46 79 20 – Fax : 01 43 25 82 03 – Email : diffusion.harmattan@wanadoo.fr

Auteurs
Thème
Nathalie Avallone, Institut universitaire technologique (IUT), Tours. Basudeb Chaudhuri, Centre de Sciences Humaines (CSH), New Delhi. Françoise Hay, Centre de Recherche en Économie et en Management (CREM), Université de Rennes I. Nathalie Hili, Université Sophia Antipolis, Nice. Yamina Mathlouthi, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), Tunis. Christian Milelli, EconomiX, Université de Paris X. Françoise Nicolas, Institut français des relations internationales (IFRI), Paris. Carlos Quénan, Institut des hautes études de l’Amérique latine, Université de Paris III. Xavier Richet, Université de la Sorbonne nouvelle, Paris. Alain Safa, Université Sophia Antipolis, Nice. Yunnan Shi, Centre de Recherche en Économie et en Management (CREM), Université de Rennes I. Sibel Yamak, Université Galatasaray, Istanbul. Ezzeddine Zouari, Faculté des Sciences économiques et de gestion, Nabeul.

Études
Leila Ammar, École nationale d’architecture et l’urbainisme (ENAU), Tunis. Lilia Bacha, Université de Paris I. Thomas DeGeorges, American University of Sharjah, Department of International Studies. Dominique Jarrassé, Université Michel de Montaigne - Bordeaux III. Houda Laroussi, CERLIS/Paris Descartes/CNRS ; LISE/CNAM/CNRS. Julien Loiseau, Université Paul-Valéry - Montpellier III ; Laboratoire CREPMA.

Sommaire
Pierre-Noël Denieuil Éditorial. Maghreb et sciences sociales 2008, entre économie et société : de la problématique de l’émergence économique à la lecture des pratiques sociales

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Trajectoires asiatiques, latino-américaines, est-européennes et perspectives maghrébines
Thème sous la responsabilité de Yamina Mathlouthi

I. Les économies émergentes

Yamina Mathlouthi L’« émergence » : contenu du concept et évolution des expériences. Introduction 1. Une typologie des économies émergentes Nathalie Avallone et Françoise Nicolas Diversité des « profils de croissance ». Essai de typologie des pays en développement Xavier Richet Économie des élargissements européens à l’Est Carlos Quenan La trajectoire de croissance de l’Amérique latine 2. Globalisation, libéralisation et construction des institutions Basudeb Chauduri La transition de l’économie indienne Françoise Hay, Christian Milelli et Yunnan Shi Présence, motivations et stratégies des firmes chinoises en Europe Alain Safa et Nathalie Hilmi Quelles leçons peut-on tirer de la stratégie d’émergence de l’économie turque ? Sibel Yamak Le changement institutionnel et le milieu des affaires en Turquie. Un regard sur les caractéristiques des équipes de cadres supérieurs Yamina Mathlouthi Croissance et déséquilibres dans les pays du Maghreb Ezzeddine Zouari Intégration financière internationale : la stratégie régionale

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25 47
63

71 81 99

113 123
139

Sommaire

II. Études
Julien Loiseau Réinvestir la ville. Recompositions politiques et transformations urbaines au Caire à la fin du Moyen Âge Leïla Ammar La naissance de la « voie publique » à Tunis : de la création de la municipalité (1858) au règlement de voirie (1889) Thomas DeGeorges Les anciens combattants tunisiens et le Protectorat français : les signes d’une rupture (1945-1956) Dominique Jarrassé La Grande synagogue de Tunis. Objet de recherche et « lieu de mémoire » tunisien Lilia Bacha La « voix de l’œil » Houda Laroussi Les pratiques associatives et étatiques du micro-crédit en Tunisie : de la symbolique de l’échange réciprocitaire à celle de la gratification sociale Résumés en français, anglais et arabe français anglais arabe

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175

199 213 229

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259 263 267

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Éditorial

Maghreb et sciences sociales 2008, entre économie et société
De la problématique de l’émergence économique à la lecture des pratiques sociales
Pierre-Noël DENIEUIL Une publication annuelle visible, ouverte et diffusée
’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC) a fondé en 2004 sa publication annuelle, Alfa, Maghreb et sciences sociales, en remplacement de son bulletin Correspondances, instrument de liaison et d’informations scientifiques entre les chercheurs. Depuis la première livraison de 2004, constituée d’un choix d’études publiées par les chercheurs et doctorants de l’IRMC entre 1992 et 2003, trois autres livraisons ont vu le jour. Celle de 2005 fut consacrée aux Biographies et récits de vie, celle de 2006 traita des Territoires productifs en question(s), et la publication de 2007 présenta L’enseignement supérieur dans la mondialisation libérale. L’édition 2008 est marquée par la continuité et le changement. Si le principe d’une livraison annuelle demeure, sur la base d’une thématique et d’études ciblées, les orientations éditoriales et scientifiques vont toutefois évoluer. La publication tout d’abord modifie sa visibilité et se nomme désormais Maghreb et Sciences sociales, suivi du numéro de parution et de l’année (aujourd’hui : Maghreb et Sciences sociales 2008, 5e livraison). Puis elle sera largement ouverte, traitant de thématiques non systématiquement issues des programmes en cours de l’IRMC et pouvant être confiées à des chercheurs associés à l’institut. À ce titre, le comité scientifique et le comité de lecture seront très régulièrement consultés ; et les propositions d’articles seront adressées tout autant aux chercheurs de l’IRMC qu’aux divers correspondants scientifiques de nos réseaux, ainsi qu’à nos multiples interlocuteurs des centres de recherche et
Maghreb et sciences sociales 2008. Editorial, 9-13.

L

universités tunisiens, algériens et marocains (en relation avec le Centre Jacques-Berque), mais aussi libyens ou mauritaniens. Enfin, elle sera plus amplement diffusée. À cet égard, les éditions L’Harmattan ont accepté d’en assurer, à la fois, l’impression, l’édition, la diffusion commerciale en librairies, ainsi qu’une distribution élargie dans les institutions universitaires et centres consacrés aux recherches sur le Maghreb avec lesquels l’IRMC est en relation. De son côté, l’Institut étudie avec l’éditeur français les conditions et les capacités d’une meilleure diffusion de cette publication en Tunisie et dans les autres pays du Maghreb.

Les économies émergentes dans la mondialisation libérale et financière
Ce numéro est consacré aux « économies émergentes », thème de plus en plus sollicité et sur lequel l’IRMC et la responsable du programme, Yamina Mathlouti, se sont largement impliqués. Émerger signifie sortir d’un milieu où l’on est plongé et apparaître à sa surface. L’émergence est un concept issu des sciences physiques (optique, fluides) et biologiques (système nerveux, organes). Les sciences économiques l’emploient dans le sens d’une mise en visibilité soudaine d’un pays sur la partition internationale. Ce terme est toutefois peu usité en sciences sociales. Si l’on parle aujourd’hui des économies émergentes, il paraîtrait plus problématique de considérer des sociétés émergentes. C’est dire que la notion d’émergence se réfère à un paramétrage en termes d’organisation et de développement collectifs et mondialisés, de la production, de la

Éditorial distribution et de la consommation des biens. Cette organisation et ce développement déterminent un ordre selon lequel nous parlons communément de pays développés (PD), de pays en développement (PED), voire, même si l’appellation ne semble plus « politiquement correcte », de pays sous-développés (PSD) ou encore de tiers-monde, et de pays émergents (PE) à qui l’on reconnaît désormais une place dans l’ordre mondial. On se réfère donc à une hiérarchie. Dans ce contexte, « émerger » c’est s’imposer et apparaître en bonne position sur l’abscisse vectorisée du développement. On peut voir dans l’émergence une construction économique transitoire, dans un contexte de mondialisation pour lequel le dénominateur commun des pays concernés serait la croissance. Ainsi, être « en émergence », c’est tout d’abord s’aligner sur les nations les plus avancées : détenir des capitaux permettant de tenir une place sur le marché. Le dossier thématique, placé sous la responsabilité de Yamina Mathlouti, ne prétend pas livrer les secrets et les « recettes » de l’émergence. Contribuant à nuancer, voire à relativiser le concept, il propose un premier état des lieux international de la diversité des économies dites « émergentes » et de la pluralité de leurs étapes, de leurs contextes et de leurs enjeux. Il constitue une sorte de radioscopie des émergences qui part de leur variété (selon des variables commerciales, financières et environnementales) et de leurs trajectoires spécifiques. En témoigne le premier article, signé par Françoise Nicolas et Nathalie Avallone, « Diversité des profils de croissance. Essai de typologie des pays en développement », qui évoque plusieurs voies de l’émergence, au travers de profils spécifiques de pays et de performances économiques distinctes et mouvantes dans le temps. Nous distinguons alors des « blocs ». Xavier Richet dans « Économie des élargissements européens à l’Est », retrace l’histoire de la transformation des pays d’Europe centrale et orientale (PECO) en économie de marché au travers de trois impacts : la fin du socialisme et la mise en place d’une économie de marché ; l’adaptation de mesures d’ajustement et la mise à niveau économique ; les contraintes institutionnelles de l’adhésion à l’Union européenne. Il montre 10 que la croissance économique de ces pays passe essentiellement par l’investissement étranger et les exportations comme moteur de l’émergence. Puis Carlos Quenan, avec « La vulnérabilité financière externe de l’Amérique latine : enseignements et crises des années 1990 », nous plonge au cœur du cas particulier des « anciens » pays émergents d’Amérique du Sud, caractérisés par une crise interne due à la dérégulation monétaire dans un climat de stagnation des salaires face aux gains de productivité. L’intervention politique en ce domaine entraîna une montée de la dette publique surajoutée à la vulnérabilité d’un fort endettement sur le marché international. Cela aboutit à la paupérisation des salariés, à la montée du chômage et des mouvements sociaux de protestation, dans une crise multidimensionnelle : sociale, économique et politique. Par la suite, Basudeb Chauduri évoque la « transition de l’économie indienne » selon ses trois étapes majeures : l’émergence post-indépendance dans une double volonté libérale de développement économique et de démocratie parlementaire ; puis, la centralisation économique par l’État, entraînant le ralentissement de la croissance et le maintien de la pauvreté ; enfin, la montée de la croissance par la réforme d’ouverture au secteur privé et à l’investissement externe depuis les années 1990. Autre stratégie d’émergence, plus récente : l’entrée des capitaux publics chinois dans les capitaux privés européens, puis la présence systématique des firmes de « l’Empire du milieu » sur les frontières est de l’Europe, commentée par Françoise Hay, Christian Milelli et Yunnan Shi, dans « Présence, motivations et stratégies des firmes chinoises en France ». Enfin, Alain Safa et Nathalie Hilmi (« Quelles leçons peut-on tirer de la stratégie d’émergence de l’économie turque »), puis Sibel Yamak (« Le changement institutionnel du milieu des affaires en Turquie »), nous commentent les leçons à tirer de la stratégie d’émergence de l’économie turque dans une période de libéralisation (les années 1980), par une politique systématique d’ouverture commerciale et d’évolution de ses exportations. Qu’en est-il des émergences économiques maghrébines ? Les pays du Maghreb ne semblent rentrer dans cette catégorisation que dans la mesure où ils réorientent leurs activités

Pierre-Noël DENIEUIL exportatrices vers les pays émergents, les pays occidentaux ou vers leurs fournisseurs que sont les pétroliers du golfe Arabo-persique. Yamina Mathlouti nous explique dans « Croissance et déséquilibre dans les pays du Maghreb », que cette région, bien qu’objet de nombreux Investissements directs étrangers (IDE) dont moyen-orientaux, demeure dans un entre-deux problématique. En effet, si le Maroc, l’Algérie et la Tunisie améliorent bien leur croissance, ils restent tributaires des limites marquées par un tissu productif de PME très déconcentré, un chômage en constante augmentation (avec des difficultés d’absorber le surplus de maind’œuvre diplômée), et par une insuffisance de l’investissement privé. Dans une autre perspective, Ezzedine Zouari, « Intégration financière internationale : la stratégie maghrébine », montre que la libéralisation financière et l’ouverture aux capitaux étrangers ne peuvent être présentées comme la solution miracle s’il n’existe pas, à la clef, une maîtrise et un contrôle fort et concerté des États. Il y a, selon lui, des préalables nécessaires qui passent par : la mise en retrait des banques publiques ; la redynamisation du secteur privé par l’État ; le développement du régionalisme maghrébin et des relations intra-africaines entre Maghreb et Afrique subsaharienne. capitalisme, puisque les anciens pays socialistes et communistes ne sont dits « émergents » que parce qu’ils s’insèrent dans le modèle néolibéral par leur adhésion (la Russie, par exemple) aux principes de l’économie de marché. À cet égard et pour corroborer l’universalité des critères d’émergence, nous voyons se profiler des dénominateurs communs au travers des incontournables indicateurs de l’émergence signifiés en termes économiques. Ces indicateurs s’imposent ainsi, et quelque soit la variété et la spécificité des contextes considérés : augmentation du Produit intérieur brut (PIB) par habitant, libéralisation du commerce, privatisation du marché des capitaux, développement de la recherche technologique, au service des exportations manufacturières. À ce titre, le Brésil et le Mexique sont dits « émergents » essentiellement par leurs exportations manufacturières à haute technicité, premier indicateur de l’émergence. C’est dans les technologies de l’information et de la communication (NTIC) qu’il faut situer le critère universel de l’émergence, en tant que nouveau support de croissance auquel contribuent les investissements internationaux. Ces technologies ont introduit de l’innovation dans nos usages et affectent nos manières de produire, d’échanger, de consommer, de s’organiser. Elles proposent de reformuler l’offre avec de nouveaux services et, comme argument de vente, un rapprochement avec le client qui devient un producteur de valeurs et de sens (cf. les logiciels de Google). Cette imprégnation technologique s’affranchit d’ailleurs largement des différenciations et des inégalités entre le Nord et le Sud, puisque les pays du Sud, producteurs ou sous-traitants des NTIC, lorsqu’ils n’ont pas l’accès financier aux innovations, se livrent à des réappropriations informelles échappant au secteur structuré (services informatiques clandestins, détournements de droits d’auteurs, contrefaçons, décryptages, etc.). C’est en raison de l’unicité des critères d’émergence, ci-dessus évoqués, que l’on constate une montée des interdépendances financières et des fragilités socio-économiques sur la carte géopolitique mondiale. On peut considérer l’économie mondiale comme un immense marché interdépendant sous la forme 11

Limites et relativisation sociale de l’émergence économique
Après avoir fixé le paysage de l’émergence, il nous reste à nuancer la portée des positions ici présentées et se référant à la définition de l’économie comme science qui a pour objet la connaissance et l’organisation des processus de production, de distribution et de consommation des richesses et des biens matériels dans la société humaine. Il ressort de ce dossier, que les pays catégorisés sont très dissemblables et ne présentent pas la même structure productive ni la même ouverture internationale ni la même représentation du progrès social. La globalisation, on le voit avec la Chine et l’Inde, ne se fond pas dans un moule et selon un modèle unique qui serait nord-américain. Il n’en demeure pas moins que cette émergence s’inscrit sur un axe d’évolution unitaire du

Éditorial d’un cluster (dont l’épicentre qu’étaient les USA se modifie). Cette unification mondiale de la structure productive des économies et de ses fluctuations (du fait, entre autre, que la diversification internationale des placements s’est accrue) fait perdre aux crises leur portée locale et augmente désormais le risque de contagion lors des récessions. Ainsi et malgré l’actuel maintien du taux de croissance des pays émergents, le renforcement de leur intégration commerciale dans l’économie mondiale accroit leur dépendance envers la conjoncture. C’est dans ce contexte que la Chine et l’Inde sont devenus d’importants moteurs de la croissance, bien que ces pays puissent avoir des difficultés d’exportation suivies de conséquences. Enfin, nous pouvons dire que, si les pays émergents se développent et s’organisent, ils risquent de laisser en route un troisième groupe, les perdants du développement, mettant ainsi des milliards de personnes sur la touche. L’objet des textes ici présentés se situe dans une observation macro-économique. Il ne concerne pas une échelle d’observation « méso » ou « micro » et ne s’est pas donné pour objectif premier d’ausculter le champ socio-économique et plus précisément social et culturel de l’émergence. Il importe toutefois de baliser rapidement ce champ, afin de montrer au lecteur qu’il existe, et qu’il n’est pas une évidence que la production économique l’emporte sur la production, plus immatérielle, des biens et des valeurs sociaux et culturels. En témoigne l’actuelle dépendance des pays émergents dans leur durée, face à la raréfaction des ressources (énergétiques, environnementales). De même, l’exemple de l’Inde tel qu’il nous a été présenté dans ce dossier, nous montre précisément que le développement social de l’enseignement de base, de la santé et des infrastructures publiques, ainsi que la lutte contre la pauvreté, n’ont pas pour autant été stimulés par l’émergence économique. Même si la notion d’« émergence » se confond aujourd’hui avec l’accès à une modernisation qu’il ne nous est plus donné de remettre en cause, il importe néanmoins d’en considérer les faiblesses. Le qualificatif d’émergent est donné aux seuls pays qui sont engagés dans les réformes de libéralisation des échanges commerciaux, d’investissements financiers et en corollaire de relèvement du 12 « niveau de vie », mais pas forcément de mise en visibilité des politiques sociales. Or un grand nombre des pays dits « émergents » se heurte à de fortes disparités en matière de PIB, mais aussi en matière de transmission de savoirs technologiques, de gouvernance politique, de développement de la santé, de l’éducation et de la protection sociale. Il est à noter que, paradoxalement, le critère social (réduction de la pauvreté, démocratie participative, système socio-sanitaire), s’il est souhaité, n’est pas pour autant considéré comme un critère permettant de qualifier d’émergente une économie. Bien plus, des travaux ont montré qu’émergence ne rime pas forcément avec « bonne gouvernance ». Des pays ont pu connaître une forte croissance avec une gouvernance médiocre. On pense à la Russie. Les pays que l’on dit être « les plus corrompus » dans l’ordre mondial actuel dit « démocratique », n’auraient-ils pas pour autant de bons taux de développement, eu égard aux indicateurs économiques de croissance ? Dans ce contexte, demeure-t-il encore « scientifique » de penser que la croissance du capitalisme libéral irait toujours dans le sens d’une éthique des « bonnes valeurs » de la confiance ou de la démocratie ? Il convient en ce sens, et l’IRMC y est engagé, d’approfondir la réflexion socioéconomique qui considère le fait économique comme une construction sociale mettant en évidence l’imbrication et le réenchassement nécessaires, tant dans les actions publiques que dans les travaux de recherche, entre le lien social (matériel et immatériel) et le fait économique à forte valeur marchande.

Pratiques, représentations et symboliques sociales
Les « Études » présentées en seconde partie de cette livraison illustrent la vocation pluridisciplinaire et comparative de l’IRMC. Elles s’organisent à partir de trois thématiques : ville, mémoire et lien social. Autour de la construction de la ville, le texte de Julien Loiseau, « Réinvestir la ville. Recompositions politiques et transformations urbaines au Caire à la fin du Moyen Âge », restitue la mutation d’un pouvoir politique au

Pierre-Noël DENIEUIL travers de l’histoire des constructions waqf. L’auteur analyse le développement de l’économie commerciale tenue par les élites politiques, et met en évidence le rôle joué par le souverain et ses proches. L’article montre comment l’hégémonie politique de la Maison du Sultan a marqué la reconstruction urbaine de la ville du Caire, et a gravé son pouvoir dans ses réalisations architecturales. Cette réflexion sur l’inscription historique du pouvoir dans l’espace se retrouve dans le texte de Leila Ammar sur « La naissance de la “voie publique” à Tunis » entre 1858 et 1889. L’auteur évoque le contexte des grands chantiers municipaux et des réformes de voirie – notamment de « la grande rue passante » qui marque un changement de forme de l’espace urbain – et sur lequel sont venus s’inscrire les conflits d’intérêts entre les anciennes instances municipales et celles, nouvelles en 1881, du protectorat français. Une autre dimension du traitement des sciences sociales à l’IRMC, les faits et les lieux de mémoire d’une identité construite dans l’altérité, se trouve illustrée tout d’abord par l’article de Thomas Degeorges sur « Les anciens combattants tunisiens et le protectorat français ». Centrant son propos sur les anciens soldats tunisiens engagés aux côtés de la France durant la Deuxième Guerre mondiale, l’auteur explique comment les politiques sociales ne les ont pas toujours traités avec une égale reconnaissance, et détaille les moments de rupture et de résistance menées par ces vétérans dans les années qui précèdent l’indépendance tunisienne. Dans le même ordre thématique des espaces de mémoire, notons l’article de Dominique Jarrassé, « La Grande synagogue de Tunis. Objet de recherche et “lieu de mémoire” tunisien ». Traitant de l’histoire relativement tardive de ce lieu de culte et de sa récente restauration, ce texte analyse le processus de patrimonialisation suite à la quasidisparition de l’antique communauté juive du pays. Comment, se questionne Dominique Jarrassé, la constituer en objet d’étude, à la fois en tant qu’élément de transmission d’une mémoire juive tunisienne, et en tant qu’élément de patrimonialisation de la pluralité culturelle d’un pays ? Le troisième groupe d’études présentées se réfère aux représentations et symboliques des transactions sociales, au fil des textes de Lilia Bacha, « La voix de l’œil », et de Houda Laroussi, « Les pratiques associatives et étatiques du micro-crédit en Tunisie : de la symbolique de l’échange réciprocitaire à celle de la gratification sociale ». Le premier se consacre, dans le regard artistique et la réception des tableaux, à la représentation visuelle du corps féminin dans l’imaginaire de la culture arabo-islamique. Le second considère les représentations de l’argent dans l’aide à la création et au développement d’activités, à la fois, comme vecteur de solidarité et comme vecteur d’assistanat dépendant de la figure arabo-musulmane de l’État tutélaire et protecteur.

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Trajectoires asiatiques, latino-américaines, est-européennes et perspectives maghrébines Thème sous la responsabilité de Yamina MATHLOUTHI

Les économies émergentes

Introduction

L’« émergence » : contenu du concept et évolution des expériences
Yamina MATHLOUTHI

es « pays émergents » occupent une place de plus en plus décisive sur la scène internationale. L’apparition d’espaces de croissance accélérée, en dehors du monde industrialisé, est sans doute un des phénomènes les plus importants des années 1980. Celui-ci a été concomitant de deux grands phénomènes économiques : l’ouverture des marchés dans le cadre de la mondialisation et le recours à des mécanismes de transfert technologique (TT) particulièrement efficaces, au point de laisser penser, à la fin de la même décennie, que ce facteur constituait la cause première des phénomènes d’émergence. Le débat économique sur les économies dites « émergentes » s’est concentré jusqu’à maintenant sur le problème des causes et de la « soutenabilité » de la croissance accélérée que connaissent un petit nombre de pays en développement depuis une vingtaine d’années, ainsi que sur l’opportunité de distinguer pour eux une catégorie particulière intitulée « pays émergents ». À cela est venu récemment s’ajouter la question connexe des conséquences négatives que pourrait avoir, pour ces pays, la crise qui sévit actuellement dans les économies développées. Quand peut-on dire précisément qu’un pays est « émergent » ? Quel est le poids réel de ce type de pays dans l’économie mondiale ? Qu’ont-ils d’autre en commun sinon de susciter l’appréhension des pays riches ? En quoi diffèrent-ils, à la fois, des autres pays en développement et des pays industrialisés ? Quelles ont été les réformes engagées dans ces différents pays ? Quelle est la nature et l’ampleur des interactions avec le reste du monde et comment ces pays réagissent-ils à la nouvelle crise ?

L

Ces questions sont d’abord d’ordre théorique, car elles remettent en cause, au moins en partie, les distinctions habituelles de la théorie du développement et obligent à préciser le contour des nouveaux périmètres séparant « pays développés », « pays en développement », « pays émergents », etc. Mais, elles sont tout autant d’ordre pratique dans la mesure où l’expérience des pays émergents peut constituer sinon un modèle « clés en main », du moins une piste de réflexion pour l’ensemble des autres pays en développement.

De la pertinence du concept d’« émergence »
Selon M. Ali et R. Zimmer (1997), le concept d’« émergence » était utilisé dans la Grèce antique, notamment par Thalès, pour décrire un phénomène que l’on ne peut pas décomposer et où « le tout est plus que la somme de ses parties ». De fait, cette conception très large convient assez bien à une démarche de sciences sociales, où les processus d’émergence sont multiples et variés : ils vont en effet de l’analyse sociologique des comportements collectifs à celle des événements économiques, en passant par l’étude des systèmes d’information de type réseaux (Internet, Intranet, réseaux sociaux). En économie, on fait généralement remonter l’idée d’« émergence » à John Stuart Mill qui distingue les deux lois organisant la nature : le mode homopathique ou résultant (lois causales) et le mode hétéropathique ou émergent qu’on ne peut pas expliquer par des lois causales.

Maghreb et sciences sociales 2008. Thème, 17-22.

L’« émergence » : contenu du concept et évolution des expériences L’émergence apparaît ainsi comme un phénomène macro-économique nouveau, imprévisible, et non anticipé avec : des structures et des fonctions nouvelles (mais corrélées à des variables identifiables) ; une dynamique particulière, fondée sur des équilibres partiels (d’ordre micro-économique), mais conduisant à une nouvelle situation d’équilibre global. À cela il convient d’ajouter, bien sûr, pour se rapprocher des conceptions actuelles en économie, la volonté de s’appuyer sur les nouveaux systèmes financiers, productifs, institutionnels ou culturels visant à entraîner les autres structures dans une logique d’amélioration durable du bien-être social. Historiquement, le concept d’« émergence » est né en 1980, sous l’impulsion des marchés boursiers dans les pays du Sud qui ont longtemps représentés, pour les pays en développement, un modèle à suivre. Pour leurs décideurs, il recouvre une réalité spécifique : parmi les pays en développement, il s’agit de pays qui pratiquent, d’une manière plus en moins efficace, l’économie de marché et accèdent par conséquent aux financements internationaux tout en s’engageant dans un profond programme de réformes. Celles-ci concernent notamment : la libéralisation de leur commerce international 1 ; la déréglementation de leur marché financier et de capitaux ; la consolidation de la croissance de leur PIB et la réduction de la pauvreté. Plusieurs études récentes indiquent comment on peut dépasser cet obstacle définitionnel. Il suffit de considérer l’émergence comme un phénomène lié à l’histoire économique d’un pays et, donc à un processus de développement à géométrie variable mais durable, caractérisé par des cycles au cours desquels les performances macro-économiques sont régulièrement redéfinies. Le qualificatif « émergent » désigne alors une construction économique transitoire, le produit visible du jeu d’acteurs nationaux 2 et internationaux crédibles, au moins sur une certaine durée. Toutefois, le succès de la notion et la généralisation de son usage, dans la littérature économique et financière dédiée à la globalisation ont été en raison inverse du degré de précision et de la rigueur des critères et des indicateurs permettant de dresser la liste des pays concernés. L’échelle du phénomène 18 d’émergence reste donc difficile à appréhender sur la base des pays habituellement désignés sous ce nom. Malgré tout, il existe aujourd’hui une littérature de l’émergence assez vaste et de caractère suffisamment général pour apporter des éléments de réponse à plusieurs questions essentielles dans le processus de croissance des pays en développement. Appartenir à la catégorie émergente (selon une logique purement financière), c’est d’abord bénéficier d’une quantité stable de flux de capitaux permettant à un pays de poursuivre son processus de développement. En raison de ce fort contenu financier, et par une rupture idéologique évidente, la notion de « pays émergent » est devenue nettement connotée dans la littérature économique des années 1990, en réservant cette dénomination aux seuls pays qui avaient accepté de s’engager dans des processus de libéralisation et qui avaient recours, par conséquent, à un chantier de réformes engageant, d’une part, des facteurs structurels (comme le niveau de vie, la structure de l’économie, le développement financier) et, d’autre part, des facteurs conjoncturels (comme la vulnérabilité macro-économique qui affecte la solvabilité du gouvernement et sa capacité à rembourser la dette publique, ou encore celle du pays vis-à-vis de l’extérieur). D. Rodrik (2007) montre dans son ouvrage One Economics, Many Recips : Globalisation, Institutions, and Economic Growth que les politiques appropriées de croissance dépendent presque toujours du contexte ; la raison n’est pas que l’économie fonctionne différemment selon les lieux où l’on se trouve, mais que l’environnement dans lequel opèrent les ménages, les entreprises et les investisseurs est très divers, aussi bien en termes d’opportunités que de contraintes. Transposer directement des politiques économiques comme des recettes
1. Selon certains auteurs (N. Lustig, 1994), cette libéralisation présuppose que des politiques rigoureuses de protection des marchés intérieurs aient permis auparavant la formation de régions à vocation manufacturière, parfois spécialisées, dans lesquelles l’essentiel des investissements publics et privés se sont concentrés (en ce sens, il y aurait une certaine complémentarité dans le temps entre la période de libéralisation et la période d’import-substitution – la seconde constituant un héritage important pour la première). 2. Comme en Inde par exemple, où l’industrialisation a donné naissance à un puissant milieu d’opérateurs et d’investisseurs privés très proches du pouvoir fédéral (J. Kirschner, 1998).

Yamina MATHLOUTHI globales toutes prêtes pour faire de l’émergence sans avoir compris le contexte du pays est sans doute le meilleur moyen de faire des erreurs. – sur le poids relatif de leur économie, de leur marché intérieur et des flux d’investissements directs captés dans leurs sous-régions respectives ; – sur le changement considérable dans la structure de leur balance commerciale ; ces pays semblent tourner la page de la domination des exportations de biens primaires, la part des exportations à haute technicité progressant sensiblement dans le total de leurs exportations manufacturières. En bref, les pays émergents se caractérisent par leur plus grande intégration productive et financière et par leurs efforts d’ouverture économique dans le cadre d’un processus de type évolutionniste menant du sous-développement à l’émergence capitaliste. Aux pays précédents, il convient ainsi d’ajouter quelques pays d’Asie orientale fortement exportateurs, notamment la Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong et Singapour, dont l’insertion dans l’« économie-monde » est plus ancienne et résulte de politiques publiques fortement encadrées, agressives sur les marchés extérieurs et protectrices de leurs marchés internes. Toutefois, des pays comme la Thaïlande, les Philippines ou la Malaisie ont aussi bénéficié, dans une deuxième étape, des délocalisations industrielles japonaises et taiwanaises. On inclut aussi la Russie et les ex-pays socialistes de l’Est européen dans la catégorie des pays émergents, moins d’ailleurs pour l’amélioration de leurs performances industrielles et exportatrices ou par le dynamisme de leur marché interne que pour leur adhésion formelle aux principes de l’économie de marché. Quelques pays intermédiaires, bénéficiaires de
3. Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développent (Cnuced) ; Société financière internationale (Sfi) ; Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii). 4. Ces organismes limitent la liste aux pays suivants : Corée du Sud, Taiwan, Chine, Indonésie, Thaïlande, Malaisie, Mexique, Brésil, Vénézuéla, Colombie, Espagne, Turquie, Portugal, Maroc et Tunisie. 5. Cela vaut même si, selon une vision univoque à la F. Fukuyama sur la « fin de l’histoire », la globalisation ouvre sur un monde où les particularités s’estomperaient et où tous les systèmes convergeraient, comme on le pensait auparavant. 6. Le Brésil et le Mexique ont figuré, jusqu’à une période récente, parmi les économies les plus fermées et centralement dirigées d’Amérique latine (Y.-A. Faure et al., 2005)

Typologie et variété des expériences
Les critères de classement proposés par les organismes comme la CNUCED, la SFI ou le CEPII 3, ont toutefois un inconvénient majeur : ils conduisent à regrouper des pays très différents tant du point de vue de leur rythme de croissance que de leur degré d’ouverture internationale, de la place occupée par le secteur industriel dans leur structure productive, de leur capacité d’innover ou de leur influence dans les arènes internationales. C’est ainsi que ces organismes estiment que les pays qu’ils considèrent comme « émergents » 4, bien qu’ils représentent aujourd’hui 37 % de la population mondiale, 30 % de la production et 19 % des exportations, n’étaient reconnus, jusqu’à une date récente, que par la nature de leurs relations internationales. Cela n’était pas sans conséquence sur leurs décisions majeures en matière de développement, en incitant à privilégier la globalisation au détriment des dynamiques régionales (l’expérience de la Chine ou celle de l’Inde montre bien que la globalisation ne s’est pas nécessairement accompagnée d’une convergence générale dans un processus de production vers un modèle unique) 5. D’un autre côté, l’accent est généralement mis : – sur la contribution croissante aux échanges mondiaux de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie, du Brésil, du Mexique, du Chili et de l’Afrique du Sud…, le flux et la provenance des IDE témoignant du degré d’attraction et d’intégration internationale des appareils productifs nationaux ; – sur la densification de l’appareil industriel orienté à l’exportation de ces mêmes pays ; ainsi, dans le cas de pays comme le Brésil ou le Mexique 6, leur inclusion dans le groupe des pays émergents tient à la progression spectaculaire de leurs exportations manufacturières du fait de la présence sur leur territoire d’entreprises de type global qui permettent d’internaliser les bénéfices des échanges et de contrôler une part croissante de leur marché à l’échelle mondiale (P. Krugman, 1995) ;

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L’« émergence » : contenu du concept et évolution des expériences délocalisations dans les années 1990 (Turquie, Maroc, Tunisie, etc.), sont aussi ajoutés à la liste dans la mesure où ils tendent à réorienter leur activité exportatrice vers les pays occidentaux ou vers certains pays pétroliers du Golfe arabopersique, au titre de leur intégration au niveau des flux financiers mondiaux. Plusieurs autres typologies sont possibles, faisant entrer des pays dans la catégorie des « émergents » pour d’autres raisons. Dans le monde de la finance, par exemple, on attache toujours une grande importance aux « risquespays » et à leurs conséquences sur l’orientation des investissements ; néanmoins, cette classification n’est pas plus précise que les autres, son inconvénient majeur étant de conduire à des classements retenus qui ne sont pas exempts d’objectifs stratégiques pour les banques et les organismes financiers. La démographie constitue, elle aussi, un critère possible d’émergence. Un pays comme l’Inde en raison de son poids démographique a l’intérêt de représenter un grand marché intérieur et de générer ainsi une part non négligeable de la richesse mondiale. ce qui explique, au moins en partie, les différences observées dans leurs capacités actuelles de réaction aux chocs extérieurs. Si les attentes engendrées par la vague des réformes qui ont accompagné le processus d’émergence de ces espaces ont été souvent exagérées, les expériences réalisées ont eu l’avantage d’améliorer nos connaissances, même si cellesci restent partielles et mal articulées entre elles. Une autre caractéristique commune à beaucoup d’économies émergentes est que divers indicateurs de développement social et de pauvreté n’ont pas été mécaniquement améliorés par l’essor des activités industrielles. Quoi qu’il en soit, les phénomènes d’émergence ont exercé un attrait sur les pays en développement qui ne saurait se résumer à la simple captation de ressources financières à des fins de mutations économiques, sociales et politiques. Ils ont créé pour eux une véritable espérance en leur prouvant qu’il était possible d’atteindre un nouveau chemin de croissance plus rapide. Au niveau macro-économique, les performances atteintes ont sans doute permis de créer des marges de manœuvre, au moins pour les pays émergents qui ont continué à peser sur les marchés occidentaux, et d’engager d’importants efforts de modernisation de la sphère productive, à tels points que : – leurs structures financières se sont rapprochées considérablement de celles des pays avancés, et cela à plusieurs niveaux (composition de la dette publique, gamme des marchés financiers, type d’investisseurs, etc.) ; – leurs dettes en devises ne représente que 16 % en moyenne de la dette publique négociable (contre 6 % dans les pays de l’OCDE) et la dette à court terme, 11 % (contre 16 % dans les pays de l’OCDE) ; – grâce à un mouvement d’externalisation de la « recherche-développement » (R&D) favorisé par les Technologies de l’information et de la communication (TIC), une part non négligeable des dépenses de la R&D est actuellement réalisée chez eux. Au regard de ces évolutions, certains pays apparaissent ainsi emblématiques, comme la Corée du Sud ou la Chine. Malgré cela, l’amélioration globale des fondamentaux des pays émergents masque en réalité une forte dispersion pour la plupart des indicateurs de

Les enjeux et les défis de cette émergence économique
À l’issue de la crise de l’été 1997, les pays émergents ont connu une modification profonde de leurs politiques économiques pour deux raisons : premièrement, ils ont engagé un grand programme de réformes d’ordre financier, institutionnel et social ; deuxièmement, les structures productives ont fortement évolué du fait de la complexité croissante des imbrications entre les engagements internationaux de ces pays et leurs exigences nationales. La crise de la fin 1997 a attiré l’attention sur une dimension négligée auparavant, celle des problèmes propres aux « économies émergentes » : leur dépendance financière aujourd’hui étroitement corrélée à leur dépendance énergétique. Toutefois les difficultés rencontrées ne se résument pas à cette seule dimension économique. Au-delà de leurs points communs, les économies émergentes ont suivi des stratégies économiques de long terme et des politiques de court terme différentes, notamment en matière d’appropriation technologique et de positionnement dans la chaîne de valeur – 20

Yamina MATHLOUTHI référence (notamment du PIB/tête d’habitant, de l’inflation, des paiements courants, des réserves de change, des finances publiques, de la qualité de la gouvernance, de l’appropriation technologique et de la transmission du savoir, etc.). La croissance n’a pas résolu tous les problèmes et il est certain que des indicateurs de développement humain comme la santé ou l’éducation ou plus généralement des indicateurs sociaux n’ont pas toujours suivi une croissance accélérée ; du moins, ils n’ont pas connu un rythme d’accroissement analogue ou proche (D. Rodrik, 2007). La théorie du développement des zones émergentes, après s’être affirmée en tant que modèle réussi, et donc comme solution envisageable pour tous, s’est progressivement effilochée et son apport à la théorie du développement s’est relativisé. Aussi l’analyse de ces expériences implique-t-elle de prendre en compte la situation spécifique de chaque zone émergente, voire de chaque pays. Même si les stratégies et les politiques de développement appropriées dépendent toujours du fait que : 1. la réussite des différentes réformes est fortement conditionnée par les contraintes et caractéristiques des pays qui y recourent ; 2. le contour de l’ouverture internationale dépend largement d’acteurs comme les firmes multinationales, les banques et autres institutions financières ; 3. les systèmes financiers devenant de plus en plus intégrés et instables, il est nécessaire d’assurer un contrôle plus efficace du risque et une gestion plus transparente de celui-ci ; 4. les économies étant fortement interdépendantes (globalisation), l’étude de leur degré de complémentarité, tant du point de vue des marchés que des institutions, est nécessaire pour bien apprécier les mécanismes à l’œuvre dans le système actuel de l’économie mondiale ; 5. tous les pays émergents ne présentent pas le même degré d’exposition aux aléas affectant l’économie mondiale ; en témoignent les différences des spreads de taux d’intérêt entre pays émergents, ainsi que les mouvements de fuite de capitaux étrangers qui affectent nettement plus les pays les plus endettés ; une forte dépendance par rapport aux investissements directs étrangers limiterait même selon certains le processus de « remontée de filière » et diminuerait considérablement l’impact des politiques nationales pour la promotion de l’innovation. Une approche multicritères pour rendre compte de la diversité des capacités de réponse des économies émergentes aux changements technologiques et aux turbulences de la conjoncture mondiale est d’autant plus indispensable que les caractéristiques prises en compte par les investisseurs pour les pays émergents sont très diverses, qu’il s’agisse de la taille des pays, de la taille des marchés obligataires, de la dépendance énergétique, de l’importance des réserves de change ou, plus généralement, des performances macroéconomiques et de l’environnement institutionnel.

Conclusion
Il est utile de mettre en évidence l’ensemble des facteurs explicatifs qui ont conduit certains pays à passer d’un sentier de croissance à un autre significativement plus favorable, au-delà de l’ampleur même de ce changement. L’« émergence » ne peut être conceptualisée qu’en tenant compte de deux grandes classes de phénomènes. Les premiers sont intérieurs et ils concernent quatre variables : 1) la croissance économique et les transformations structurelles qui l’accompagnent ; 2) les réformes politiques et institutionnelles, leurs modalités d’application et leurs conséquences ; 3) l’implication de tous les acteurs sociaux ; 4) l’ancrage culturel et territorial. Les seconds résultent de l’évolution du cadre du jeu « global » et de la modification des rapports de forces. En effet, l’apparition de nouvelles grandes puissances économiques, ainsi que la création de nouveaux espaces sur la base d’alliances régionales renforcées par des interactions commerciales croissantes créent les conditions d’une nouvelle reconfiguration internationale, dont les conséquences socioéconomiques pour le fonctionnement antérieur de l’« économie-monde » ne peuvent être ignorées. Mettre en évidence tous ces facteurs en établissant l’ordre des priorités et les séquences dans l’application et la sélectivité des cibles est bien, le « défi technique central que posent les pays émergents aux économistes ». 21

L’« émergence » : contenu du concept et évolution des expériences

Bibliographie
ALI SYED Mustafa et ZIMMER Robert, 1997, “The question concerning emergence”, Actes de la première International Conference on Computing Anticipatory Systems, CHAOS, Liège, Belgique. FAURÉ Yves-André, KENNEDY Lorraine et LABAZÉE Pascal, 2005, Productions locales et marché mondial dans les pays émergents, Paris, Karthala. JAFFRELOT Christophe (Dir.), 2008, Enjeu Mondial : les pays émergents, Paris, Presses de Science Po.

KIRSHNER Jonathan, 1998, “Disinflation, structural change and distribution”, Review of Radical Political Economics, vol. 30, mars, 53-89. LUSTIG Nora, 1994, Poverty and Inequality in Latin America, Brookings Institution Press. KRUGMAN Paul, 1995, “Growing world trade : causes and consequences”, Brookings Papers on Economic Activity, vol. 1, t. 26, 327-377. RODRIK Dani, 2007, One Economics, Many Recipes. Globalization, Institutions and Economic Growth, Princeton, Princeton University Press.

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1.
Une typologie des économies émergentes

Diversité des « profils de croissance »
Essai de typologie des pays en développement
1

Nathalie AVALLONE et Françoise NICOLAS

urant les quarante dernières années, un certain nombre de pays en développement (PED) ont enregistré de bonnes performances économiques et quelques uns ont émergé dans la sphère internationale à des niveaux de produit intérieur brut (PIB) de parité de pouvoir d’achat (PPA) équivalents à ceux des pays industrialisés. Ce phénomène de rattrapage économique des pays industrialisés par les pays les plus pauvres est pourtant marginal et limité à quelques zones géographiques, voire à quelques pays, comme le montrent les travaux empiriques qui s’intéressent de près à cette question. En effet, les pays d’Asie de l’Est sont pratiquement les seuls à avoir connu une convergence de leur niveau de revenu vers ceux des pays développés. De ce fait les PED constituent, aujourd’hui, un groupe très hétérogène et un certain nombre d’économies dites « émergentes » sont fréquemment singularisées. Cette appellation ne correspond cependant à aucune caractérisation précise ni généralement acceptée. Toutes ces observations suggèrent qu’un examen renouvelé des mécanismes de croissance des PED est toujours nécessaire. L’objectif de cet article est d’établir une typologie des pays en développement qui permette d’appréhender la diversité des situations. Notre démarche consiste, notamment, à mettre l’accent sur les fondements de la performance pour en évaluer la pérennité. Certes, le développement économique ne se limite pas à la croissance économique 2 : c’est une notion plus large dans le sens où elle englobe les transformations de l’organisation du travail, du niveau d’éducation, de santé, de sécurité. Mais ce développement n’est possible qu’avec une croissance durable 3. Dans cet article, nous défendons l’hypothèse que la
Maghreb et sciences sociales 2008. Thème, 25-45.

D

nature des fondements de la croissance est primordiale, dans la mesure où elle conditionne la capacité d’un PED à soutenir un processus de croissance durable. Les travaux qui tentent de classer les PED le font souvent sur la base d’approches financières : il s’agit, en particulier, des ratings ; ou alors ils se limitent à quelques aspects de la performance à savoir le niveau de richesse, le capital humain ou l’exportation. Or de telles classifications sont clairement insuffisantes si l’on veut également se faire une idée de la « qualité » de la croissance et de la capacité des économies à la rendre pérenne 4. Nous proposons donc un troisième type de classification en fonction des fondements des dynamiques de croissance, qui vise à mettre en évidence différents « profils de croissance ». Pour y parvenir, nous proposons de croiser trois types de variables : des paramètres de risque (gestion macro-économique) et de performance, ainsi que des variables structurelles et de politique économique. Notre propos s’organisera en trois points. Une première partie qui présente les performances et trajectoires d’une cinquantaine de PED, met en évidence l’hétérogénéité de ce groupe. Une deuxième partie permet d’analyser
1. Cette étude s’inscrit dans un projet de recherche plus vaste, qui a bénéficié du soutien de l’Institut « Caisse des Dépôts et Consignations pour la Recherche », Paris. 2 La notion de « développement économique » inclut « les transformations sociales qui accompagnent l’augmentation des richesses produites » (J. Arrous, 1999). Ainsi, tandis que la « croissance » est une notion quantitative, le « développement » renvoie à un concept qualitatif. 3. Pour une discussion des interactions entre croissance économique et développement, cf. G. Ranis et alii (2000) par exemple. 4. Notre argumentation tient au fait que plus la croissance est soutenue dans le temps plus elle a des chances de se traduire par du développement économique, c’est-à-dire de bénéficier au plus grand nombre.

Diversité des « profils de croissance ». Essai de typologie des pays en développement les performances en fonction des fondements de la croissance. La troisième partie consiste en une analyse synthétique qui débouche sur l’identification de « profils de croissance ». il riche (pauvre) relativement à la moyenne des pays de l’OCDE ? D’après les enseignements du modèle néoclassique, plus un pays est pauvre plus son taux de croissance et donc sa capacité à converger vers les pays développés devraient être importants. Deuxième variable, la trajectoire de croissance antérieure à la période étudiée (P75/90). Il s’agit de tenir compte de la dynamique dans laquelle le pays s’inscrivait au moment où nous commençons à observer les variables structurelles. En d’autres termes, cette variable tend à indiquer si le pays a amélioré ou non sa situation, entre 1975 et 1990. Ces deux premiers critères sont évidemment importants pour nous permettre d’évaluer le poids de l’histoire ou encore l’inertie de la croissance. La théorie de la croissance endogène, en particulier, met l’accent sur les stocks de capital humain ou de connaissance pour croître. Or, suivant qu’un pays est riche ou pauvre au départ, les marges de manœuvre dont il dispose ne sont pas les mêmes. La dynamique de croissance récente peut résulter de la détention d’atouts relativement anciens et/ou s’inscrire dans le prolongement d’une dynamique antérieure. Troisième et quatrième variables : la performance sur la décennie 1990-1999 (P99/90) – il s’agit de voir si le pays est parvenu à améliorer sa situation relativement aux pays de l’OCDE –, et une variable de rattrapage sur l’ensemble de la période 19751999 (P75/99). Sur la base d’une analyse des correspondances multiples (ACM), nous avons obtenu quatre groupes de pays 6.
5. Argentine, Bolivie, Brésil, Cameroun, Chili, Chine, Colombie, Costa Rica, Côte d’Ivoire, République dominicaine, Équateur, Égypte, Salvador, Gabon, Ghana, Guatemala, Honduras, Hongrie, Inde, Indonésie, Jamaïque, Jordanie, Kenya, Corée du Sud, Malaisie, Maurice, Mexique, Maroc, Niger, Nigeria, Pakistan, Paraguay, Pérou, Philippines, Pologne, Sénégal, Singapour, Afrique du Sud, Sri Lanka, Thaïlande, Tunisie, Turquie, Uruguay, Venezuela, Zambie, Zimbabwe. 6. Pour faire apparaître ces quatre groupes de pays, deux variables auraient suffi : le niveau de richesse en 1975 et l’amélioration de la situation entre 1975 et 1999. Cependant, nous avons sciemment fait apparaître les variables de dynamique (P75-90) et de performance récente (1990-1999), pour mieux rendre compte de la diversité et de la complexité des trajectoires des pays. De même, dans la mesure où l’analyse statistique qui sera présentée ultérieurement porte sur la période 1990-1999, il était important de mettre en exergue les performances connues par les pays durant cette période, afin de voir à quelles caractéristiques elles sont associées.

1. « Trajectoires de croissance »
Échantillon et mesure de la performance L’analyse porte sur un échantillon de quarante-six pays 5, pour la décennie 1990. L’hétérogénéité de l’échantillon qui comprend des pays de niveaux de développement économique assez divers est destinée à mettre en évidence des caractéristiques contrastées. L’inclusion dans l’échantillon de « pays émergents en transition » devrait également permettre de faire apparaître d’éventuelles spécificités dans les modalités de leur croissance par rapport aux autres économies émergentes. Comment caractériser les performances des pays de notre échantillon ? Au regard de la littérature économique sur la croissance, l’objectif est d’examiner comment se positionnent les pays les uns par rapport aux autres, et par rapport aux pays de l’OCDE, c’està-dire de voir quels sont les pays qui ont amélioré leur situation par rapport aux pays les plus développés (hypothèse de convergence absolue) et quels sont ceux qui l’ont améliorée par rapport à l’ensemble des pays en développement ou PED (hypothèse de convergence). Nous avons donc, dans un premier temps, exprimé le PIB par tête de PPA (dollar international courant) de chaque pays relativement à la moyenne des pays de l’OCDE. Puis nous avons comparé cet écart avec la moyenne des PED. Si l’écart des niveaux de richesse du pays considéré et des pays de l’OCDE était supérieur à 23,6 % (la moyenne des PED de l’échantillon en 1975), ce pays a été considéré comme relativement riche et inversement. Ensuite, nous avons examiné, à différentes dates, comment évoluait l’écart initial de richesse par rapport aux pays de l’OCDE (Annexe 1). Pour caractériser les différentes trajectoires de « croissance », quatre variables ont été retenues. Première variable, le point de départ du pays en termes de richesse (P75/MOY). Est26

Nathalie AVALLONE et Françoise NICOLAS Le Groupe n° 1 est constitué de pays relativement riches au départ (ou à revenu intermédiaire) et qui n’ont connu ni rattrapage ni dynamisme, mis à part un petit sous-groupe de pays ayant enregistré de «bonnes performances » entre 1990-1999 (Argentine, Pérou, Salvador, Costa Rica et Uruguay). Ce groupe est composé essentiellement de pays latino-américains et de pays de l’Europe de l’Est. Le Groupe n° 2 est composé de pays relativement riches au départ et qui renforcent leur performance (Singapour et la Corée). Le Groupe n° 3 comporte des pays relativement pauvres et qui n’ont pas du tout amélioré leur situation sur toute la période. Il s’agit pour l’essentiel de pays africains. Enfin, le Groupe n° 4 rassemble des pays relativement pauvres initialement et qui ont amélioré leur situation (soit sur l’ensemble de la période, soit uniquement en fin de période). Ce groupe réunit les nouveaux pays industrialisés asiatiques, mais aussi le Chili, l’île Maurice, le Sri Lanka, ou encore l’Inde. La différence entre les deux groupes de pays convergents (Groupes n° 2 et 4) s’explique par le fait que la Corée et Singapour étaient déjà relativement riches en 1975 (point de départ de notre analyse), tandis que les autres pays étaient pauvres, c’est-à-dire qu’ils avaient un PIB inférieur à la moyenne des pays de l’échantillon. Au sein des pays divergents, nous remarquons deux sous-groupes. Cette distinction s’explique par les relativement « bonnes performances » enregistrées par l’Argentine, le Pérou, le Salvador, le Costa Rica et Uruguay durant les années 1990. Cependant ils n’améliorent pas leur situation entre 1975 et 1999. Quelques pays ont des spécificités. Ainsi la République Dominicaine et la Tunisie étaient des pays relativement pauvres et peu dynamiques jusqu’en 1990. Ayant connu de « bonnes performances » entre 1990 et 1999, ils ont enregistré une amélioration globale de leur situation entre 1975 et 1999. Le Paraguay et la Jordanie, relativement pauvres au début de la période, ont connu une dynamique positive jusqu’en 1990, mais cela n’a pas été suffisant pour leur permettre d’améliorer, globalement, leur situation ni de maintenir le cap. Enfin, le Ghana n’a enregistré une amélioration de sa situation que dans la dernière décennie. Nos résultats sont assez concordants avec ceux d’autres études. Si nous prenons comme point de comparaison les travaux du Centre d’études prospectives d’informations internationales (CEPII) (1998), sur quarante-deux

Graphique n° 1. Regroupement des PED en fonction de leurs performances

Source : Calculs des auteurs, à partir des données de la Banque mondiale. Interprétation des axes : L’axe horizontal regroupe les pays en fonction de leur dynamisme, leur performance et le rattrapage (modalité négative) L’axe vertical classe les pays suivant qu’ils étaient initialement riches ou pauvres.

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