Les Mémoires d'une aliénée d'Hersilie Rouy

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Les Mémoires d'une aliénée parurent en 1883 dans le sillage d'une vive polémique dans laquelle leur auteure, Hersilie Rouy, les avait rédigés aux fins de dénoncer son internement considéré par elle comme arbitraire. Laurent Soulayrol a mené une longue recherche pour les en dégager et proposer, à partir de différents écrits des membres de sa famille, une analyse de son témoignage et de la problématique générationnelle, pour en recueillir un enseignement sur les structures paranoïaques familiales.
Publié le : mardi 15 septembre 2015
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EAN13 : 9782336391137
Nombre de pages : 238
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Hersilie Rouy fut internée dans les asiles entre 1854 et 1868 puis obtint, quelques années après sa sortie, réparation pour cette séquestration. Son histoire souleva l’opinion en son temps. Ses mémoires, intitulés , publiés de manière posthume en 1883, remettent, par un perpétuel mouvement, la question de son aliénation sur la table des débats. Ici, l’auteur ne remet pas en question la folie d’Hersilie Rouy, au contraire, il invite à se laisser conduire par ses extraordinaires trouvailles délirantes qui, lorsqu’on s’y penche, gravitent autour de sa très singulière situation familiale. Les indices que l’ouvrage donne sur la folie de son père, Charles, l’accusation qu’il porte contre l’attitude de son frère Claude-Daniel, ne pouvaient-ils pas conduire à mettre au jour une problématique plus large, à savoir une folie familiale ? Cette étude propose le cheminement de cette question à travers plusieurs écrits, pour certains inédits, qui donnent la clef de certains des mystères des . Et si la révélation de la folie familiale à laquelle elle aboutit paraîtra approchée, voire convaincante, elle devrait permettre de dégager enn le texte des débat entre folie et raison, qui l’emprisonne encore pour lui donner sa nécessité dans cette conguration. Peut-être, par là aussi, cette étude maintiendra-t-elle vif, chez beaucoup de ceux qui s’intéressent à la psychose, le questionnement de la paranoïa… ou même réussira-t-elle à en intéresser d’autres ?
Illustration de couverture : chier d’admission d’Hersilie Rouy dans un asile.
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Laurent Soulayrol
LESMÉMOIRES D’UNE ALIÉNÉED’HERSILIE ROUY
Vers de nouvelles perspectives
Études psychanalytiques
LesMémoires d’une aliénée d’Hersilie Rouy
Études Psychanalytiques Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat
La collectionEtudes Psychanalytiquesveut proposer un pas de côté et non de plus, en invitant tous ceux que la praxis (théorie et pratique) pousse à écrire, ce, « hors chapelle », « hors école », dans la psychanalyse.
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Laurent Soulayrol
LesMémoires d’une aliénée d’Hersilie Rouy
Vers de nouvelles perspectives
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05935-8 EAN : 9782343059358
Introduction
La psychanalyse est traditionnellement envisagée comme une cure par la parole, néanmoins il peut arriver au cours d’une analyse que certains sujets apportent leurs écrits sans qu’il y ait à les déconsidérer au vu de ce qui serait un principe. Ils ouvrent chez les uns à des paroles à venir, ils peuvent avoir une valeur intrinsèque pour d’autres, comme ce fut le cas pourHersilie Rouy et ses mémoires, publiés sous le titreMémoires d'une aliénéeen 1883, deux ans après sa mort. L’ouvrage est riche d’enseignement sur la paranoïa. Pour y parvenir, faudra-t-il encore surmonter les obstacles de sa lecture car celle-ci présente plusieurs difficultés : d’abord par ses références historiquement éloignées, mais surtout en raison des nombreuses échappées apparentes dans l’objectif de son écriture et par les mystères qu’il avance et dont Hersilie Rouy était la première à s’en étonner. Ces deux dernières particularités ne demeurent pas moins affine à la structure paranoïaque et à la forme du message qu’elle recèle que l’étude ci-après va tenter de cerner. Les possibilités d’exploitation du texte desMémoires d'une aliénée, même si nombreuses, procèdent de deux directions principales, celle de l’analyse par le déchiffrement et celle d’apports et compléments que l’auteure indique ou qu’une interrogation, lors de la lecture, appelle. Le premier temps de l’exposé sera donc consacré à l’ouvrage, de sa constitution jusqu’en ses détails qui permettent de cheminer de près avec Hersilie Rouy, en sa logique, ses signifiants et son style mais encore d’en repérer les diverses questions. Cette méthode adoptée pour la lecture des Mémoiresest celle de tout recueil du texte d’un sujet, néanmoins, il sera nécessaire ici de l’enrichir, dès le départ, d’écrits qui ont leur importance pour sa compréhension, et que constituent les documents d’archives qui complètent les événements contemporains à l’histoire et à l’affaire de la dite-aliénée. L’analyse va ensuite bénéficier d’une mise en parallèle avec une version romancée dont on verra la raison de la forme, intitulée Mémoires d’une feuille de papier.Il sera fait place, à leur suite, au premier écrit critique desMémoires d'une aliénée, à savoir la monographie d’aliénistes célèbres intituléeRoman et Vie d'une Fausse Princessepour proposer enfin des écrits familiaux, dont certains inédits, qui vont découvrir, ouvrir et prolonger ce travail vers l’étude d’une folie familiale. Ainsi, à sa mort en 1881,Hersilie Rouy laissa de nombreux feuillets qui parurent sous le titre cité plus haut,Mémoires d'une aliénée, publication posthume où elle faisait part de sa vie, son internement et les étapes de sa réhabilitation. L’ouvrage à présent quasi introuvable est conservé à la
Bibliothèque Nationale de France. Jamais oublié, sa trace se retrouve chez les auteurs qui se sont intéressés aux écrits des aliénés. Raymond Queneau cite le cas d’Hersilie Rouy dansLes enfants du Limonainsi qu’André Blavier dansLes fous littéraires.De nombreux ouvrages actuels ou articles papiers et informatiques reprennent la polémique dont les Mémoiressont le rapport. Elle peut être esquissée en sa forme comme suit : dans cesMémoires, Hersilie Rouy rapportait que, née en 1814, elle avait été internée injustement et contre son gré entre 1854 et 1868 dans les asiles de Paris et ses alentours. Le dernier lieu de son enfermement avait étéOrléans. Elle avait bénéficié dans cet asile du soutien du receveur dudit établissement, M. Le Normant des Varannes, intéressé pat le fait qu’elle y avait été inscrite sous un autre nom, celui de Joséphine Chevalier, et dont l’enthousiaste participation lui permit de recouvrer sa liberté. Son affilié poursuivit au-delà de la période asilaire son engagement auprès d’elle. Tous deux écrivirent ainsi de nombreuses lettres pour dénoncer les diverses personnes responsables de ce qu’ils considéraient comme un internement arbitraire et moyen d’exclusion. Ces pièces écrites par l’un ou l’autre, leurs effets, les réponses obtenues et leurs commentaires font le fonds desMémoiresqui prennent de ce fait la forme mixte d’un témoignage et d’un plaidoyer. Hersilie Rouy et son acolyte parvinrent ainsi par leur ténacité à ce que l’affaire de l’ex-internée atteigne une réelle publicité et la plaignante obtint in fine, après de multiples rebondissements de procédures, réparation. Elle gagna de son vivant une incontestable célébrité. M. Le Normant des Varannes s’occupa de la publication de l’ouvrage après la mort de sa protégée. Nombre de lecteurs qui ont eu ou ont accès à l’ouvrage s’arrêtent à considérer cette réparation qui porta sur les vices de procédure lors de l’internement comme constituant également un acte de réhabilitation de l’aliénation. La polémique est toujours vive sur ce point et ne fait que révéler la difficulté de compréhension du délire. De cette difficulté témoigne un livre récent intituléL’affaire Rouyde l’historienne Yannick Ripa. Celle-ci ne mettant en avant que les critiques d’Hersilie Rouy contre ses médecins sans vouloir admettre la folie, ne donne à ses dires délirants leur juste raison. Certes les aliénistes tenaient le discours d’Hersilie Rouy uniment sous l’aspect dépréciatif de la folie.Ainsi en fut-il, aussi et à la suite de ceux qui la prirent en charge, pour MM. Sérieux etCapgras, figures majeures de la discipline auxquels l’on doit la notion de folie raisonnante. Ils furent les premiers à reconsidérer le jugement dont avait bénéficié la plaignante et que met en avant lesMémoires. Ils rédigèrent en1910 la
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monographie citée plus haut.. Celle-ci s’écarte du projet de la présente étude de laisser place au témoignage de l’aliénée mais fait montre indéniablement d’un grande pénétration clinique. Une de ses principales particularités est d’être renseignée à plusieurs sources, aux dossiers des asiles, auxMémoires d'une aliénéebien sûr, mais aussi à cette seconde version citée plus haut queM. Le Normant des Varannes avait publié en 1882, soit un an avant le texte authentique d’Hersilie Rouy, lesMémoires d'une feuille de papier. La monographie de Sérieux etCapgras n’en est pas la seule voie d’accès ; l’ouvrage est mentionné dans la longue préface auxMémoires d'une aliénée. Néanmoins, les deux aliénistes en exploitaient les premiers les ressources. Sous la dissimulation, sous les pseudonymes, une partie de l’histoire d’Hersilie Rouy s’y déploie sous une forme strictement romancée, jusqu’à la légende aux dires du receveur qui en est l’auteur, jusqu’à la révélation d’une partie du délire pour MM. Sérieux etCapgras. L’ouvrage est d’abord essentiel pour éclairer l’histoire et le délire de l’aliénée puisqu’il donne accès à des pans de sa parole, parole libérée de la réticence envers les médecins qui lui prodiguaient leurs soins, même si déguisés dans les nominations de ses personnages et de ses lieux, pour la nécessité du roman. Il souligne également l’importante divergence des modes de réception du discours de l’aliénée, entre celui lui donnant absolu crédit comme il en a été pour M. Le Normant des Varannes et celui de sa mise à distance par la déconsidération que lui opposaient les aliénistes. Il nécessite enfin de questionner les enjeux propres du receveur au soutien à sa protégée que lesMémoires d'une aliénéeen eux-mêmes ne permettent pas de saisir facilement.Cette question aurait pu certes déjà surgir à propos du caractère posthume de leur publication.. Elle revient avec force avec l’élaboration desMémoires d'une feuille de papier. Elucider ces enjeux conduisait nécessairement à étudier les propres écrits du receveur dans la perspective et l’espoir de les mettre au jour. Ceci allait permettre de défaire ce qui s’était entremêlé de leurs plumes dans lesMémoires, et en recueillir, en certains passages, une analyse après-coup. Apartir de ces trois premiers écrits majeurs, l’histoire personnelle d’Hersilie Rouy pouvait s'étoffer, les aspects de son délire mieux s'appréhender. Néanmoins, son histoire familiale présentait de telles singularités que ces dernières poussaient également à un éclaircissement. La revendication principale d’Hersilie - à partir d’ici ainsi dénommée, son patronyme faisant l’objet du préjudice - était de recouvrer le nom de Rouy. Hersilie était la fille aînée du second lit deCharles Rouy.Celui-ci avait eu un fils, d’un premier mariage,Claude-Daniel qui épousa sa cousine Désirée en 1815, fille d’Etienne Rouy, frère cadet de Charles.
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