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Les enfants de la cité Carter

204 pages
DYCA est issu des quartiers Nord de Marseille. D'origine comorienne, il a grandi dans les cités sensibles, espérant atteindre la lune comme tous les jeunes des quartiers difficiles. DYCA écrit en toute simplicité. Ses récits proviennent de l'expérience de la vie. Il trouve ses sources d'inspiration dans le quotidien de ces cités souvent oubliées par la société.
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LES ENFANTS DE LA CITÉ CARTER
 
  
 
  
 
 
 
 
 
                                   © L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-56391-9 EAN : 9782296563919
 
DYCA    LES ENFANTS DE LA CITÉ CARTER   Récit                   
 
 
 
Chaque étoile porte un rêve
Prologue
Putain, tout ce monde autour de moi, mais quest-ce quils veulent ? Moi, cest Akeem, un mec tranquille, discret et sans histoires. Dhabitude, je naime pas attirer lattention et voilà que je me retrouve au centre de la foule. La douleur qui se lit sur leurs visages, leurs cris qui résonnent dans ma tête, mon corps qui se vide de toute mon âme et ce liquide rouge tout autour de moiMais que sest-il passé ? Au fond de moi, je sens déjà mon heure arriver. Décidément, cette vie est vraiment trop brutale Patrick, Ousmane, Paco, Papa Brahim, Myriam, Aziz, Brahim, la liste est longue Et puis moi aujourdhui ? Comment jen suis arrivé là ? Une banale histoire de revanche, un règlement de compte des cités comme on en lit tous les jours dans les journaux. Dans notre cité, cest dur dêtre un jeune droit, sérieux, de ne pas faire une ou deux affaires illicites. Cest ça la vie dans une cité difficile des quartiers Nord de Marseille. On grandit dans un ghetto, on voit des choses pas claires, des trucs de fou, on ne peut que basculer dans le côté sombre. Je pense que si javais grandi dans les quartiers Sud, ma vie aurait été différente, je ne serais pas allongé là à me remémorer mon histoire, les meilleurs moments de ma vie dans la cité avec mes amis. Cette histoire, cest celle de six gars, six amis denfance prêts à tout les uns pour les autres. Notre amitié, elle était vraiment sincère : cétait une lumière dans lobscurité de nos blocks. Notre amitié, cétait comme lamour dune mère pour son enfant. On était une famille. On a tout partagé, même des tragédies, et ça nous a rapprochés. Nos liens sont aussi solides que nos murs ; au lieu de se fissurer, ils se renforcent avec le temps. Notre amitié vaut tout lor du monde.
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Chapitre 1 La cité Carter
Je suis un jeune des quartiers Nord de Marseille et jhabite la cité Carter, le bâtiment 3 plus précisément. Mes racines, cest les Comores. Mes parents sont arrivés en France dans les années 70. Mon père a vécu au départ dans le quartier du Panier, puis quand ma mère est arrivée, ils se sont installés dans cette cité et un garçon et trois filles sont nés. Mes parents sont venus en France pour avoir une vie meilleure que dans leur pays dorigine. Ils avaient un rêve : construire une maison au pays avec largent gagné en France. Etant le seul garçon, cest sur moi que les parents ont reporté tous leurs rêves de réussite, leurs espoirs dune vie professionnelle plus enrichissante que celle quils ont connue. Mon père était navigateur, il travaillait en cuisine sur les bateaux de croisière, et il était souvent absent. Cest donc ma mère, femme au foyer, qui gérait la famille. La cité Carter, cest une grande cité des quartiers Nord de Marseille avec plus de sept mille habitants de toutes origines : Maghreb, Sénégal, Comores Cest une cité cosmopolite, très vivante et en perpétuel mouvement, il sy passe toujours quelque chose. Ici, tout est fait pour vivre en autarcie. Dans la cité, on trouve tous les commerces de proximité : boulangerie, boucherie, alimentation, snack, tabac-presse, mais aussi deux écoles maternelles, deux écoles primaires, un collège, et enfin un bureau de poste, une auto-école, un cabinet de médecins, un dentiste, et une pharmacie. Il y a même le marchand de poissons qui vient là le vendredi matin pour vendre ses poissons pêchés la veille, rien que de la bonne marchandise. Et puis bien sûr, il y a aussi le centre social qui gère les activités sportives et culturelles et qui aide les familles en difficulté. Des assistantes sociales y tiennent des permanences car dans notre cité, beaucoup de familles ont peu de revenus et ont besoin dêtre aidées.
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Cette cité, cest lendroit où nous avons grandi tous ensemble, au milieu des bâtiments, avec nos familles et nos amis. Certains du groupe sont même nés dans ces blocks. La cité Carter se divise en deux parties : celle du haut et celle du bas. De grands escaliers sont le signe distinctif de cette séparation. La plus grande partie de la cité est située en bas avec les deux entrées pour les voitures de la cité, un grand stade, des espaces verts, et surtout les garages, où il se passe beaucoup de trucs bizarres. Les mecs den bas, on les connait bien, on fréquente les mêmes écoles, mais nous, on est les mecs den haut. Cest lautre partie de la cité, là où se trouvent les magasins, le petit parc et ses histoires damour, le stade en goudron pour les amateurs de ballon et le terrain de boule où les gitans jouent à la pétanque le jour et à la guitare le soir. Les mecs den haut, on les appelle « les mecs des magasins », parce que cest lendroit où on est toujours sûr de les trouver. Cest des mecs bien, toujours de bonne humeur, et très solidaires entre eux. Ils aiment trop se moquer des gens, mais cest juste pour rigoler. La plupart sont beaucoup plus âgés que nous, mais il y a plusieurs générations dans le groupe : les petits, les grands, et les anciens. En tout cas, les mecs des magasins sont tous très respectés dans la cité parce quils ont des principes et des valeurs que tout le monde apprécie. Ils ont aussi lenvie de réussir, chacun dans leur domaine, que ce soit à lécole, dans le sport ou le monde du travail. Dans la cité, il y a aussi des mecs qui passent leur temps à faire des sous. Chacun a son business : pour certains, cest le racket, les arrachés de sac à main ou le vol dans les magasins; et pour dautres, cest la drogue, en particulier le shit. Et puis il y a les vêtements ou le matériel hi-fi « tombés du camion », les vols dautoradio ou de pièces de voiture, et puis les cambriolages, mais peu de braquages. Tous veulent de largent facile, même si cest de largent sale. Ils nont pas envie daller travailler pour un salaire de misère.
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