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LES ENGAGEMENTS ETUDIANTS

De
183 pages
Le présent ouvrage tente de répondre aux questions suivantes: en ce début de 21e siècle, quelle typologie, quelle géographie et quelle généalogie des formes d'engagement extra-académique des étudiants peut-on établir? Quelles sont les variations et les accentuations nationales ou continentales identifiables? Et quels en sont les facteurs essentiels? Peut-on identifier un modèle « louvaniste » d'engagement extra-académique des étudiants? Quelles en seraient les caractéristiques et l'originalité? Quels en seraient les sources et les déterminants? Quel en serait l'impact à la fois pour l'institution universitaire, le monde étudiant et l'environnement social?
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Les engagements étudiants
Des pratiques et des horizons
dans un monde globalisé
Françoise Hiraux (ed.)Dans la même collection :
1. 575 années de formation à l’Université de Louvain. Arrêts sur quelques pratiques
d’apprentissage, 2000.
2. La recherche, passions, pratiques, parcours. La communauté scientifique à l’UCL depuis
1834, 2001.
3. Les archives. Diversité, nouveautés, besoins, 2002.
4. La vie étudiante à Louvain. 1425-2000, 2002.
5. À la découverte de la recherche et des chercheurs, 2002.
6. Archives, Universités, monde étudiant : une mémoire en construction, 2003.
7. Collection de cours manuscrits de l’Université de Louvain. Catalogue analytique, 2003.
8. Les archives électroniques : quels défis pour l’avenir ?, 2004.
e9. Étudiants du 21 siècle. Une nouvelle génération dans l’aventure universitaire, 2005.
10. Images de l’Université et des étudiants de Louvain, 2005.
11. De la communicabilité à l’accessibilité. La communication des archives, 2005.
12. Travailler à l’Université. Histoire et actualité des personnels de l’Université de Louvain
(1425-2005), 2006.
13. La formation des archivistes. Pour relever les défis de la société de l’information, 2006.
14. Les relations de Louvain avec l’Amérique latine. Entre évangélisation, théologie de la libéra-
tion et mouvements étudiants, 2006.
15. La lettre et l’intime. L’émergence d’une expression du for intérieur dans les correspondances
e eprivées (17 -19 siècles), 2007.
16. Les archives d’entreprise. Entre gestion patrimoniale et veille technologique, 2007.
17. De l’UCL aux États-Unis. Les boursiers de la Belgian American Educational Foun-
dation de 1964 à 1969, 2007.Publications des Archives de l’Université catholique de Louvain
Collection dirigée par Paul SERVAIS
18
Les engagements étudiants
Des pratiques et des horizons
dans un monde globalisé
Françoise HIRAUX (ed.)
Louvain-la-Neuve 2008Cet ouvrage rassemble les textes des communications présentées lors du colloque
international qui s’est tenu à l’Université catholique de Louvain à Louvain-la-Neuve
les 19 et 20 octobre 2006 : L’engagement extra-académique des étudiants. Mises en perspective
internationales et disciplinaires. Ces journées d’études ont bénéficié du soutien du Fonds
national belge de la Recherche scientifique (FNRS).
D/2008/4910/01 ISBN 978-2-87209-892-7
 Bruylant-Academia s.a.
Grand-Place 29
B- 1348 Louvain-la-Neuve
www.academia-bruylant.be
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que
ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
Imprimé en BelgiqueLes engagements des étudiants de Louvain
Présentation du thème et de l’ouvrage
Françoise HIRAUX
L’occasion qui rassembla les contributeurs du présent volume fut le colloque inter-
national organisé à l’Université catholique de Louvain, les 19 et 20 octobre 2006 sur
le thème de l’engagement extra-académique des étudiants. Mises en perspective internationales et
disciplinaires.
L’événement se situait à l’articulation de deux moments importants dans l’horizon
de notre Université. Y convergeaient l’organisation des 24 h/vélo de Louvain-la-
Neuve, la célébration de leur trentenaire la semaine suivant la rencontre et le fran-
chissement d’une nouvelle étape dans l’analyse menée par les Autorités,
l’administration et les étudiants quant à ce que signifie aujourd’hui être étudiant et au
profil que pourrait prendre la reconnaissance institutionnelle de la sociabilité actuelle
des étudiants dans la vie universitaire, et plus particulièrement de leurs engagements.
Les 24 h/vélo de Louvain-la-Neuve
Les 24 h – comme tous les désignent à l’Université et dans le pays entier, tant leur
notoriété et leur évidence sont fortes – sont nées en 1976. Il s’agissait cette année-là
de créer un événement festif sur le site de Louvain-la-Neuve, encore en chantier, à
mi-réalisation du transfert de l’Université (francophone) de Louvain que la réorgani-
sation institutionnelle de la Belgique avait imposée à la fin de la décennie précé-
1dente . Le concept de l’événement – dit en en termes savants –, le bricolage magnifi-

1 Louvain-la-Neuve se situe en Brabant wallon. Elle est un des deux lieux d’implantation de l’UCL qui
dut quitter Leuven, au terme de la séparation institutionnelle des communautés linguistiques de la
Belgique en 1970 qui imposait le néerlandais comme seule langue d’enseignement en Flandre. L’histoire
est plus complexe et les étudiants y jouèrent un grand rôle. Nous la détaillerons tout de suite. Louvain-
en-Woluwe est l’autre implantation de l’UCL, à Woluwé, une des dix-neuf communes de l’Agglomération
de Bruxelles. Elle accueille la Faculté de médecine, les cliniques universitaires, des centres de recherches
et des établissements d’enseignement supérieur.6 Françoise Hiraux
que – dans la bouche et la pratique des pionniers – fut d’organiser une course cy-
cliste, dont les concurrents s’affronteraient par équipes et relais autour du périmètre
de la ville neuve trouée de fondrières et d’excavations où s’édifiaient les sites fa-
2cultaires à venir .
Un historien médiéviste, amoureux de son Université, Albert d’Haenens, rapprocha
les 24 h/vélo de Louvain-la-Neuve de la pratique multiséculaire des tours et des
rogations par lesquels une communauté assurait le futur des siens en parcourant
3solennellement le périmètre de son territoire . Les fondateurs de l’événement, dont
4Benoît Debatty et Yves Leroy , mettent en avant l’enthousiasme des premiers étu-
diants transférés – dénommés les pionniers – et l’action volontariste des nouvelles
structures d’accompagnement créées par l’Université.
Les débuts furent modestes… et réussis. La suite se révéla fulgurante, immense. Des
équipes des autres Universités et établissements d’enseignement supérieur
s’alignèrent dans la compétition. Louvain-la-Neuve devint, d’un mercredi de la fin
octobre à 13 h au jeudi suivant même heure, le lieu libre du rassemblement de dizai-
nes de milliers de jeunes. Les concerts et l’animation des stands occupèrent toute
une folle nuit. Les cours, d’évidence, furent suspendus et les 24 h signifièrent bientôt

2 Les étudiants de la première faculté transférée arrivèrent à Louvain-la-Neuve en 1972. Les médecins
s’installèrent à Woluwé à partir de 1975. Le « déménagement » (selon la terminologie familière des
intéressés) fut complètement terminé à la rentrée 1979. Par rapport aux conditions de la vie étudiante
cultivées depuis des siècles à Louvain (la fondation de l’Université date de 1425) et dopée par deux
décennies de forts engagements, Louvain-la-Neuve et Woluwé aux dimensions géographiques tellement
réduites en leur départ, faisaient figure de Far West et leurs premiers occupants de pionniers. Comme
tous leurs homologues de par le monde et le temps, les défricheurs des deux nouveaux sites
accultuèrent des modèles empruntés à l’univers dont ils provenaient et se sentirent libres de créer de
nouvelles façons d’être et de faire qui agirent bientôt comme de nouveaux habitus.
Mais le facteur d’époque (nos quarante dernières années) intervient aussi de façon capitale. La réactivité
au temps présent fait d’innovations incessantes en tous domaines est sans doute la caractéristique qui
explique que les 24 h n’ont cessé de bouger en trente ans. Nous pensons au développement fulgurant
des spectacles techno, au souci d’associer tous les publics et en particulier les enfants durant l’après-
midi du mercredi et à l’occasion offerte aux associations humanitaires de monter des stands qui
recueillent une belle audience.
Autre signe des temps, confluent de la problématique qui nous réunit : les organisateurs de l’événement
peuvent compter sur l’engagement des « stadiers » , des étudiants qui sécurisent les points dangereux du
parcours. Enfin, nous signalerons la maturité d’esprit des responsables du Centre Sportif Étudiant qui
planifient l’événement avec les Autorités de l’Université, la Ville et les forces publiques en charge de la
sécurité (la Police fédérale et les services d’urgence médicale).
3 A. D’HAENENS, « Le folklore étudiant, une question de vie ou de mort », 24 h/vélo de Louvain-la-Neuve,
quand sport rime avec folklore, Dossier de La Libre Belgique conçu et réalisé par F. ABSIL, L. HERINCKX,
mercredi 22 octobre 1986, pp. IV-V.
4 Yves Leroy a participé au colloque. Il évoque les premières 24 h aux pp. 139-142.Présentation 7
la ligne de partage entre l’activité spécifique de la rentrée et le début de l’étude sé-
rieuse.
À Louvain, les étudiants en médecine de la Mémé (la Maison médicale du Cercle
Saint-Luc) avaient créé dix ans plus tôt un précédent en organisant à Héverlé – un
faubourg proche de Louvain, de plus en plus associé au développement géographi-
que de l’Université – une course cycliste alliant, comme les 24 h le reprirent rapide-
ment, des compétiteurs soucieux de performance et des équipages facétieux, dégui-
sés, juchés sur de drôles de machines.
Associations et engagements des étudiants à Louvain
Ceci nous introduit à l’histoire de la vie étudiante louvaniste et au relevé de ses ca-
e 5ractères. Au cours des deux dernières décennies du 19 siècle , les étudiants de Lou-
vain s’organisèrent en régionales et créèrent force cercles d’études. Le besoin que
rencontraient les premières tenait à ce que la population étudiante résidait dans la
ville universitaire tous les mois qui allaient de la rentrée d’octobre à la Noël, de jan-
vier à Pâques et de celle-ci à la fin juillet, sans rentrer dans leur famille. Mus par une
fierté sub-nationale, ils se regroupèrent selon leur provenance. Les régionales se
constituèrent en institutions dotées d’un comité, d’un drapeau, d’un rituel de ré-
unions, de soirées et de fêtes. Elles se fédérèrent, connurent des scissions et de nou-
veaux rassemblements. La Fédération wallonne des régionales de l’Université catho-
lique de Louvain (la Fédé) et le Katholiek Vlaamse Hoogstundeten Verbond (KVHV)
6s’instituèrent respectivement en 1900 et 1902 . Au travers de ces associations – mais
pas seulement, nous le verrons à travers la question des cercles et des maisons com-
munautaires –, les étudiants développèrent la conscience de deux identités commu-
nautaires, flamande et francophone, qui se révélèrent motrices de l’évolution de
l’Université et du pays et contribuèrent, au terme de la crise des années soixante, à la
distinction de l’Université catholique de Louvain et la Katholieke Universiteit Leu-
7ven .
Les cercles, quant à eux, procédèrent en droite ligne, mais selon le mode étudiant, de
l’évolution de l’Université amorcée dans des années 1880 qui changea progressive-
ment la mission assez conventionnelle de l’institution de diplômer à celle de former

5 La vie étudiante au cours de la longue période de l’Université ancienne, de 1425 à 1797, sera, entre
autres, détaillée et analysée dans l’exposé de Paul Servais ci-après.
6 La chronologie cahote entre fondations, regroupements et scissions.
7 L. GEVERS, L. VOS, « Le mouvement estudiantin flamand et wallon à Louvain (1836-2000) »,
J. ROEGIERS, I. VANDEVIVERE (dir.), Leuven/Louvain-la-Neuve. Aller Retour, et Louvain-la-
Neuve, Universitaire Pers Leuven et Presses Universitaires de Louvain, 2001, pp. 161-173. Les deux
e eauteurs ont consacré de multiples travaux aux mouvements étudiants aux 19 et 20 siècles en Belgique.8 Françoise Hiraux
et se dota de l’objectif de construire les sciences et de participer au progrès général
de l’économie et de la société. On peut lire aussi dans le développement des cercles
l’avènement d’une organisation disciplinaire des champs scientifiques : droit, philo-
sophie, philologie, économie, ingénierie… ainsi que la montée en puissance d’une
prise de conscience par les étudiants des responsabilités sociales des élites intellec-
tuelles. Quoi qu’il en soit, les cercles revendiquèrent une fonction d’étude des hom-
mes, de la nature et de la société. Leur première période d’efflorescence se situe
entre 1895 et 1914. La seconde, caractérisée par le dynamisme des cercles facultaires
(dont l’origine remontait à l’Entre-deux-guerres), eut lieu dans les années cinquante.
Les cercles développèrent aussi des sentiments identitaires et d’appartenance parmi
les étudiants.
L’Entre-deux-guerres fut marqué, du point de vue de la vie associative et des mou-
vements des étudiants de Louvain, par trois facteurs majeurs. De 1920 à 1932, la
question flamande domina. Sous l’influence du nationalisme flamand exacerbé par
les poursuites conduites par l’État belge à l’encontre des « activistes » trop favorables
aux thèses de l’occupant allemand durant la guerre, l’aspect politique l’emporta sur
les dimensions culturelles et sociales des luttes des étudiants flamands pour que la
Flandre et sa langue accèdent à la reconnaissance institutionnelle et universitaire. Les
organisations estudiantines flamandes, structurées par le KVHV et soutenues par
8l’AKVS qui fédérait tous les étudiants flamands , s’opposèrent aux étudiants franco-
phones dans des bagarres parfois très violentes, aux autorités universitaires, et même
à l’épiscopat (qui constituait le pouvoir organisateur de l’Université). Les an-
nées vingt se caractérisèrent également par l’attraction que les idées de la « révolution
des droites » et des mouvements anti-parlementaires exerçaient sur la jeune généra-
tion d’Après-guerre. Ceci s’estompa nettement à partir du début des années trente
où l’Action catholique déploya tout un tissu associatif au sein de l’Université et par-
mi la jeunesse étudiante du pays, mettant l’accent sur la mission sociale du diplômé
chrétien et la nécessité de s’y préparer au travers des activités collectives qu’elle or-
ganisait.
L’action des associations étudiantes et les engagements de centaines d’étudiants de
Louvain dans des réseaux de résistance au cours des quatre années d’occupation
nazie du pays entre 1940 et 1944 mériteraient une évaluation historienne plus fine
que ce que permettent d’approcher les résumés partisans et les versions officielles,
surévaluant les gestes individuels et omettant une remise en contexte qui nuancerait
un satisfecit trop prudent.

8 L’Algemeen Katholiek Vlaams Studentenverbond fut créé en 1903, comme organe national chargé
d’organiser les actions communes de promotion du mouvement flamand des collégiens, des
séminaristes et des étudiants universitaires.Présentation 9
L’Après-guerre créa ou développa de nouvelles conduites étudiantes sur lesquelles
s’articulèrent de nouveaux engagements. L’augmentation très nette de la population
étudiante qui signifiait l’arrivée de jeunes de toutes les catégories sociales, bien qu’en
proportions inexactes par rapport à la composition du pays, appela le traitement
financier des conditions pratiques de la vie étudiante. Les premiers sièges participa-
tifs que conquirent les étudiants au début des années cinquante concernèrent la ges-
tion du « secteur social » universitaire nouvellement créé qui fut en charge des ques-
tions de logement, de restauration, de bourses et de publication de polycopiés des
cours.
La réflexion, c’est-à-dire l’engagement intellectuel des étudiants dans l’élucidation du
monde redessiné par la Guerre froide et la décolonisation en marche, l’ouverture
progressive du catholicisme aux problématiques laïques et l’enclenchement de
l’émancipation morale et sociale des individus ne demeura pas en reste, loin s’en
faut. Elle s’exerça dans de nouveaux cercles comme celui des Étudiants européens
(1950), dans d’autres en plein développement comme le Cercle des étudiants étran-
gers et le Cercle de sciences politiques et sociales, et dans des maisons communau-
9taires . Maisons véritablement, c’est-à-dire lieu d’hébergement et de vie quotidienne,
celles-ci rassemblaient des étudiants – plus rarement des étudiantes, mais toujours les
deux genres séparément – autour d’un projet d’animation. En 1968, on comptait
quinze maisons facultaires et quarante maisons communautaires parmi les deux sec-
tions, française et flamande, de l’Université. Du côté flamand, on signalera particu-
lièrement le mouvement et la Maison Universitas, à travers la conduite desquels Al-
bert Dondeyne (1901-1985), prêtre et professeur à l’Institut supérieur de philosophie

9 Depuis une dizaine d’années, les témoignages et les monographies produits par les animateurs de ces
mouvements ont commencé à fleurir. À titre d’exemple, nous citerons l’ouvrage tout récent consacré à
la Maison Charles le Bon/Karel de Goede-Huis qui rassembla, de 1942 à 1972, des étudiants flamands
d’expression néerlandophone et d’expression française : M. DEBROCK, M. VERSTRAETE, O. DE
CROMBRUGGHE, Het Karel de Goede-Huis. Een Leuvens integratie-experiment, Louvain, 2007 (édité à compte
d’auteur). Des travaux d’histoire sont également produits comme l’étude de la maison internationale
Crossroad : P. SERVAIS, « Les étudiants non européens à Louvain. 1920-1970 », F. HIRAUX, (dir.), La vie
étudiante à Louvain. 1425-2000, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant, 2002, pp. 47-59.
L’expérience de Jean Ladrière (1921-2007), philosophe, aujourd’hui professeur émérite de l’UCL, témoi-
gne de l’esprit, de la posture et de l’action des étudiants des maisons communautaires dans les années
cinquante. Il s’engagea à partir de 1945 dans des groupes qui se consacraient à la réflexion morale et
sociologique et à des actions concrètes de promotion du pacifisme et de refus de la bipolarisation du
monde dictée par la Guerre froide : M. MOLITOR, « Jean Ladrière dans la vie intellectuelle et sociale
belge », B. FELTZ, M. GHINS (dir.) Les défis de la rationalité. Actes du colloque organisé par l’Institut supérieur de
Philosophie à l’occasion des 80 ans de Jean Ladrière, Louvain et Louvain-la-Neuve, Éditions de l’ISP, 2005,
pp. 11-16. Michel Molitor parle des engagements de son maître avec expertise puisqu’il fut lui-même,
au début des années soixante, un membre actif du Cercle de sciences politiques et sociales et un des
fondateurs en 1961 du MUBEF, le Mouvement des étudiants universitaires belges d’expression fran-
çaise, qui lança le syndicalisme étudiant francophone.10 Françoise Hiraux
et à la Faculté de théologie, apôtre et artisan des valeurs de pluralisme, de tolérance
et de valorisation de l’expérience des laïcs, exerça une influence marquée sur plu-
sieurs générations d’étudiants.
Peu à peu, mais au total radicalement, parmi les deux groupes linguistiques, l’identité
des étudiants de Louvain se dépouilla de tout ce qui avait consisté depuis le milieu
edu 19 siècle à appartenir au pilier catholique de la société belge. Les deux paroisses
universitaires étudiantes, francophone et néerlandophone, créées en 1959 menèrent
durant la décennie soixante un travail très actif de recherche spirituelle et morale et
d’engagement de type syndical orienté spécialement sur la solidarité.
Au début des années cinquante, l’action sociale au sein de l’Université était le moteur
de beaucoup d’engagements étudiants. Elle constitua l’objectif déclaré de l’Union
générale des étudiants francophones de Louvain (UG) qui se créa en 1951. Au fil de
la décennie, le besoin se fit jour, d’abord parmi des groupes restreints, de dépasser
cette action et d’organiser un syndicalisme étudiant.
10La création du MUBEF en 1961 et de l’AGL en 1964, la réorientation éditoriale de la
revue Universitas en 1960 ou encore le choix du Vlaams Verbond d’un président de
tendance syndicale en 1962-1963 représentent autant d’étapes ou d’indices d’une
mutation au terme de laquelle le syndicalisme devint la force dominante de la décen-
nie dans les rapports des étudiants avec l’Autorité universitaire et les partis politi-
ques, autant d’acteurs qui allaient être directement impliqués dans la scission de
l’Université et le transfert des francophones.
Le syndicalisme étudiant signifiait plusieurs choses, articulait plusieurs visions et
plusieurs aspirations. À partir de 1963, les organes étudiants centraux flamands optè-
rent pour le syndicalisme, mais ils lièrent leur orientation sociale à des revendications
flamingantes. La lutte flamande fut considérée comme une lutte sociale et
l’opposition linguistique comme une opposition entre les flamingants démocrates et
les bourgeois francophones.
En 1942, la Maison des étudiants avait été fondée par l’Université à l’intention des
francophones. À partir de 1950, elle exerça un rôle de coordination des activités des
associations et se fit prestataire de services à l’intention des étudiants, en liaison avec
le Centre social de l’Université (créé en 1948). Elle hébergeait quelques responsables

10 Le MUBEF, Mouvement des étudiants universitaires belges d’expression française, fut créé par des
étudiants des Universités de Bruxelles, de Liège et de Louvain. Il mena un travail de réflexion sur ce
que signifiait le syndicalisme étudiant et sur les lignes et les projets qu’il voulait promouvoir. Le
mémoire de licence de Mathilde Collin étudie le parcours du Mouvement qui s’arrêta en 1974 :
M. COLLIN, L’illusion identitiaire des étudiants francophones. Le mouvement des étudiants universitaires belges
d’expression française, MUBEF, 1961-1974, UCL, 2003-2004. Il paraîtra prochainement chez Academia-
Bruylant dans la Collection des « Publications des Archives de l’Université catholique de Louvain ».Présentation 11
d’associations et mettait une salle de réunion à la disposition des organisations fran-
cophones. Universitas était son homologue flamand.
L’AGEL ou Assemblée Générale des Étudiants de Louvain (que l’on connaît sous le
nom d’AGL qu’elle adopta en 1967) fut fondée en 1964 avec le soutien de
l’Université. Elle se retrouva à la Maison des étudiants où elle exerça rapidement sa
primatie. Elle allait devenir le seul interlocuteur étudiant reconnu par les Autorités.
L’orientation à gauche de l’AGL comme du Studentenvakbeweging (SVB, créé en 1966)
s’affirma, dans la conviction que le nouveau mouvement estudiantin avait une mis-
sion politique propre à exercer. La pensée était volontariste, positive et tonique à
11l’instar des mouvements qui traversaient l’Europe et l’Amérique du Nord .
La question du départ de Louvain des francophones concerna la plupart les étudiants
flamands et en mobilisa un grand nombre lors des crises décisives de mai 1966 et de
12janvier 1968. Une fois que la fédéralisation de l’Université fut acquise en 1963 , les
étudiants et les professeurs flamands commencèrent à militer pour le transfert de la
section francophone. Leurs prises de position et leurs manifestations constituèrent le
versant médiatique de cette lutte qui pénétra peu à peu les esprits de toute la popu-
13lation au nord et au sud du pays. Le slogan Walen Buiten des manifestations étu-
diantes flamands est illustrissime.
Le 13 mai 1966, les évêques belges réaffirmèrent autoritairement le caractère unitaire
et indivisible de l’Université. Le mandement déclencha la révolte des étudiants fla-
mands qui gagna toute la Flandre. Les éléments étudiants radicaux prirent en main la
réaction contre les évêques en mettant autant l’accent sur les revendications flaman-
des que sur leur opposition au cléricalisme et à tout ce qui apparaissait lié à
l’establishment.
En janvier 1968, les étudiants flamands, soutenus par leurs professeurs, enclenchè-
rent une grève qui durera trois semaines, faites de meetings, de manifestations et de
tentatives de blocage des auditoires francophones, relayées par le débrayage des
étudiants à travers toute la Flandre et suivies avec passion par la presse flamande.
L’enjeu était politique. Le Gouvernement et les partis devaient se déterminer sur la
question de Louvain. La coalition du Premier Ministre social-chrétien francophone

11 Sans oublier, au moins du point de vue chronologique, l’événement capital, assurément très différent
des mouvements étudiants en Occident, de la Révolution culturelle en Chine qui éclata en 1966.
12 En 1962-1963, l’Université se fédéralisa en instituant deux Sections – française et
flamande –autonomes. Les Pro-recteurs et Administrateurs généraux de chacune d’elles s’entourèrent,
les années suivantes, d’un embryon de cabinet et d’administration propres, tandis que demeuraient des
services unitaires sous la direction du Recteur et du Commissaire général.
13 Parfois aussi, en ces temps de guerre du Viêt Nam : Walen Go Home.12 Françoise Hiraux
Paul Van den Boeynants tomba le 6 février. À l’issue des élections, le transfert de la
section francophone fut inscrit dans le programme du Gouvernement du social-
14chrétien flamand Gaston Eyskens .
L’action et la vie étudiantes à l’UCL depuis 1968
L’AGL, Assemblée Générale des Étudiants de Louvain
Depuis la refondation de l’UCL, l’AGL est l’organe de représentation des étudiants.
Statutairement, elle les regroupe tous. Elle se compose de représentants élus an-
nuellement qui siègent en son Conseil. Celui-ci constitue l’organe représentatif des
étudiants de l’UCL. Les membres du Conseil élisent le Comité de l’AGL qui exerce
une fonction exécutive et dont le Président joue le rôle de porte-parole des étu-
15diants . La nouvelle équipe publie en mai une déclaration de politique générale.
L’AGL exerce plusieurs fonctions. Elle représente les étudiants auprès des instances
académiques et administratives de l’UCL et des autorités communales. Elle soutient
les initiatives étudiantes et dispose de matériel, de locaux et d’un espace culturel
propre. Elle est dotée par l’Université. Elle informe les étudiants et leur donne la
possibilité de s’exprimer. Elle met en place des projets pédagogiques, citoyens et
socioculturels. Quatre commissions se répartissent la représentation des étudiants et
la mise en place des projets dans les secteurs de l’enseignement, de la culture, des
questions sociales et de celles qui concernent les étudiants étrangers. Depuis octobre

14 À propos de l’engagement des étudiants flamands durant toute la décennie, on lira la synthèse la plus
récente dans J. TOLLEBEEK, L. NYS, L. GEVERS, L. VOS, R. MANTELS, De stad op de berg. Een geschiedenis
van de leuvense Universiteit sinds 1968, Louvain, Universitaire Pers Leuven, 2005, pp. 11-25, 65-81.
L’ouvrage comprend une bibliographie raisonnée très développée.
Dès que le départ des francophones fut acté en février 1968, les étudiants flamands s’engagèrent dans
des combats sociaux et altermondialistes visant la démocratisation de l’Université et des savoirs et le
développement de solidarités Nord-Sud. On passa de la protestation flamande à la contestation globale.
« Dans les années qui suivirent, les étudiants flamands créèrent ‘het rode Leuven’. Dès l’automne 1968-69,
ils entrèrent en conflit avec leurs propres autorités universitaires à propos de la cogestion. Ensuite, en
quelques années, se développa un large mouvement d’une nouvelle gauche qui toucha la majorité des
étudiants actifs qui s’engagèrent pour la lutte ouvrière, le Tiers-Monde et la lutte contre le capitalisme. »
(L. GEVERS, L. VOS, op. cit., p. 171).
15 Le Président intervient ex officio dans les discours prononcés à la rentrée. Depuis 1984, cinq étudiantes
ont présidé l’AGL. Un Vice-président « Woluwé » fait partie du Comité afin de maintenir la cohésion du
mouvement entre les deux sites. Par ailleurs, la Mémé (Maison médicale), cercle des étudiants de
médecine, exerce des fonctions générales de représentation et d’animation à Woluwé.Présentation 13
162003 , elle assure une représentation étudiante au Conseil d’Administration de
l’UCL.
L’AGL participe au Conseil des affaires sociales et étudiantes (CASE), présidé par le
Vice-recteur. Ce participe à la définition et à l’application de la politique de
l’Université dans les matières relevant de l’Administration des affaires étudian-
tes (ADAE) : budget social, comptes du secteur, critères d’aide, montant des loyers,
accueil des étudiants étrangers, santé, information, orientation, inscription de
l’étudiant… Le CASE a aussi pour vocation d’être un lieu d’information sur des
questions d’intérêt général concernant la communauté étudiante. Il a un pouvoir
17d’avis et d’information .
18Depuis 1968 jusqu’aujourd’hui, l’AGL a mené et mène des actions de type syndical
autour de questions telles que le logement, le minerval, le sort des étudiants en
échec, les axes de la politique sociale de l’UCL, les cadres concrets de l’animation des
sites ou encore certaines mesures gouvernementales. Elle participa à la redéfinition
des 24 h en 1998-1999 et à la création de la Coordination générale des étudiants
étrangers (CGEE, anciennement CIEE) la même année.
Mais elle a prioritairement exercé un positionnement d’opposition/avant-garde au
sein de l’UCL, en cherchant le plus souvent à le concilier avec son statut
19d’interlocuteur institutionnel. Elle fut un des acteurs de la Constituante qui réfléchit
à l’architecture d’une nouvelle Université en 1969-1970. Dans le même temps – un
peu auparavant même – des étudiants de sciences appliquées, proches de l’AGL,

16 Le décret de la Communauté française du 12 juin 2003 définit et organise la participation des étu-
diants au sein des institutions universitaires et instaure la participation des étudiants au niveau des
institutions concernées de la dite Communauté.
17 Une note récente sur la politique sociale et le soutien de l’Université à la vie étudiante dans
P. TYTECA, « Petit lexique de la vie politique sociale et de la vie étudiante à l’UCL », G. RINGLET (dir.),
Une aventure universitaire, Louvain-la-Neuve et Bruxelles, UCL et Éditions Racine, 2000, pp. 307-308.
18 B. DEPREZ, « Tranches de vie universitaires », G. RINGLET (dir.), op. cit., pp. 290-306. Voir particuliè-
rement les paragraphes : « Le syndicaliste : heures de gloire d’un contre-pouvoir », « Le baroudeur :
rencontre du deuxième site [Woluwé] » et « Le politique : la dynastie POM [du nom d’une équipe de
l’AGL] ».
19 Le Conseil de direction de l’Université francophone prit en compte, le 23 mars 1969, la demande du
GPA (Groupe de programmation académique, instauré à l’issue de la décision de séparer l’UCL et la
KU-Leuven) de créer une assemblée représentative provisoire qui débattrait de l’organisation de la
nouvelle Université qui serait instituée en 1970. L’Assemblée représentative fut constituée au terme
d’élections parmi les quatre corps de l’Université (professeurs, étudiants, personnels scientifiques et
personnels administratifs, techniques et ouvriers). Elle se réunit du 15 décembre 1969 au 25 janvier
1971. Elle demanda alors d’organiser un référendum sur l’ensemble du règlement et les principaux
points de la réforme de l’Université. Le résultat du référendum fut négatif et le Conseil académique
décida de prendre en main l’étude des réformes.14 Françoise Hiraux
menaient une action similaire dans leur Faculté qui réformait ses programmes et ses
méthodes d’enseignement.
Elle organisa et organise des actions de sensibilisation des étudiants à l’endroit de
leurs conduites et à propos de la façon dont l’Université participe au monde global.
Elle prit et prend l’initiative de créer des lieux et des moments de réflexion et
20d’expérimentation : les Congrès et les Colloques AGL , les Cours méta et les Cours
21métis .
Huit conseillers élus par le Conseil de l’AGL représentent les étudiants de l’UCL au
sein de la Fédération des étudiants francophones. La FEF regroupe une cinquan-
taine d’organisations d’étudiants situées en Communauté française de Belgique.
Son existence remonte à 1972, à travers des formes qui ont évolué. Ses interlocu-
teurs principaux sont l’Autorité publique et les instances politiques. Elle siège dans
différents conseils ou organismes dépendant des Ministères de l’Éducation, de la
22Recherche, de la Formation, et de la Culture .
La FEF représente les étudiants francophones là où il s’agit de parler d’une seule
voix, mais on ne peut pas dire qu’elle les fédère véritablement. Le MUBEF (1961-
1974) est resté jusqu’aujourd’hui le seul mouvement qui ait rassemblé en tant que
tels des étudiants d’Universités et d’établissements d’enseignement supérieur diffé-
rents.
Les associations et la vie étudiante depuis 1980
Le transfert de l’Université décidé en 1968 s’effectua par phases au fil de la réalisa-
tion des chantiers de Louvain-la-Neuve et de Woluwé. Entre 1972 et 1978, certaines
facultés se retrouvèrent sur les nouveaux sites tandis que d’autres continuaient à
fonctionner à Louvain. La dispersion des étudiants qui en résulta explique partielle-
ment l’éclipse que les régionales ont connue jusqu’au début des années quatre-vingts
23– à l’exception de la Lux . En réalité, les pionniers de Louvain-la-Neuve et de Wo-

20 Par exemple :  Plus de questions, plus d’Université. Comment former des intellectuels universitaires ?  (1992),
Droits en questions  (1998) et Prêt-à-penser ou prêts à penser ? Développer l’enseignement à l’UCL (2006).
21 Christophe Derenne, Président de l’AGL en 1991/1992 présente les Cours Méta et Métis et fait
l’évaluation critique de leur expérience qui démarra en 1991 et prit fin vers 2003 avec la réforme des
programmes constitutive à l’application du Décret de Bologne. Son texte analyse la pensée et l’action de
l’AGL et son rapport aux Autorités universitaires au cours des quinze dernières années. Ch. DERENNE,
« 1991-2006 : Chroniques d’une récurrence étudiante », AGL (dir.), Prêt-à-penser ou prêts à penser, Actes du
colloque du 20 février 2006 et propositions, Louvain-la-Neuve, AGL, 2006, pp. 23-32.
22 L’AGL quitta la FEF entre 1996-1997 et 2000-2001.
23 La Société royale luxembourgeoise des étudiants de Louvain est la doyenne des régionales
francophones. Sa création remonte à 1880.Présentation 15
luwé avaient à inventer de nouvelles façons de vivre la vie étudiante. La création des
24 h/vélo en 1976 se situe exactement dans cette nécessité.
Les cercles facultaires et les régionales se redéployèrent au début de la décennie sui-
vante, en associant des activités et modes de conduite nouveaux (une foule de soi-
rées, des escapades de quelques jours, des séjours de vacances…) et des héritages de
Louvain comme la toque (qui avait entre-temps disparu et qu’il fallut reconstituer de
façon quasi archéologique), le baptême, le carnaval, les revues, les bals annuels et les
journaux.
24Les kots-à-projet francophones sont les héritiers des maisons communautaires
dans le cadre spatial spécifique de Louvain-la-Neuve et Woluwé et dans l’esprit des
nouvelles relations nouées entre l’Université et les étudiants que le transfert de l’UCL
favorisa. Les chambres des deux nouveaux sites sont habituellement groupées en
appartements communautaires, pour la plupart mixtes et ainsi en rupture avec la
distinction stricte des genres qui avait jusqu’alors prévalu. Certains logements, de
huit à douze chambres, sont dévolus par l’Université à des étudiants désireux de
réaliser ensemble un projet d’animation : ce sont les kots-à-projet. Les premiers da-
tent de 1975. Les équipes des kap’s (kots-à-projet) ont le souci du tout près et du
très loin. Ils développent des projets qui concernent le Sud et le développement
durable et soutiennent des actions de l’UNICEF, d’OXFAM et d’ATD Quart Monde. Ils
constituent des relais locaux d’associations soucieuses des droits de l’homme et de
droit international humanitaire. Ils ont ouvert une boutique de droit et des lieux
d’accueil des étrangers, d’écoute de ceux qui sont en difficulté psychologique, so-
ciale, relationnelle. Ils facilitent le quotidien d’étudiants handicapés. Ils animent des
écoles des devoirs et organisent des fêtes auprès des enfants hospitalisés.
Les kots-à-projet (groupés dans le collectif de l’Organe) contribuent fortement à
l’animation de Louvain-la-Neuve et de Woluwé. Cette animation est d’ailleurs cons-
25titutive de leur projet et fait partie du contrat qui les lie à l’Université . Les actions
de rue, les expositions, les films et les conférences sont leur spécialité. À la rentrée et
lors de la journée d’invitation des futurs étudiants à la mi-mars, ils tiennent deux
Foires qui conjuguent la présentation de leurs activités, des spectacles et des
concerts.

24 Un peu ironique, le terme kot emprunté au néerlandais désigne toute espèce de baraque : poulailler,
remise, abri de jardin, stand du marchand de frites… C’est encore un débarras ou un placard à balais.
Dans le langage étudiant, il signifie la chambre d’étudiant.
25 Les kap’s sont sélectionnés sur dossier et l’animation est un des critères du choix. Le renouvellement
de la jouissance de leur maison l’année suivante est notamment conditionné à l’examen de leur rapport
d’activités.16 Françoise Hiraux
Nous ne reviendrons pas ici sur les 24 h, mais elles constituent l’événement le plus
massif et spectaculaire de l’année étudiante et celui qui est le plus propre aux étu-
diants de l’UCL. Le CSE organise d’autres rendez-vous sportifs très suivis comme les
10 miles de Louvain-la-Neuve. Les étudiants de la Faculté de médecine participent
aux animations du Télévie qui récolte chaque printemps des fonds pour la recherche
médicale. Depuis 2003, l’accent est mis, avec l’appui des Autorités de l’UCL et de la
KU-Leuven, sur le Run and Bike, course relais dont le parcours relie Louvain et Lou-
vain-la-Neuve.
Un colloque pour réfléchir, faire avancer Louvain
L’UCL s’est engagée dans un processus volontaire de réforme et d’innovation dont
l’ambition est de participer au monde tel qu’il se vit, au milieu des compétitions éco-
nomiques globalisées, avec ses enjeux de survie des espaces et des espèces, mais
aussi de développement des individus et d’épanouissement des cultures dont celle
qui nous articule en Europe.
Les chantiers sont en cours, dans toutes les directions. La réflexion sur la formation
qui croise toutes les questions en fait partie.
La problématique de la formation universitaire
La question de la formation universitaire ressort prioritairement des compétences du
Prorecteur à l’Enseignement mais aussi de celles du Vice-recteur aux affaires étu-
diantes. Elle concerne évidemment le Recteur, les différents Conseils de l’Université
et les instances représentatives des corps académique, scientifique et étudiant. Elle
mobilise l’AGL depuis le début des années 1990 qui organisa plusieurs colloques à
son propos, dont le récent « Prêt-à-penser ou prêts à penser ? Développer
l’enseignement à l’UCL » en 2006.
La problématique comprend plusieurs dimensions. La première concerne les objec-
tifs de l’Université quant à l’enseignement, en termes de sens et de projet global, et
également de stratégie et d’adaptation aux contraintes ; elle conduit à élaborer
l’architecture des formations. L’action majeure des dernières années fut la réforme
générale de tous les programmes désormais organisés en baccalauréats et maîtrises à
26laquelle l’application du Décret de Bologne donna lieu.
La seconde dimension touche aux modes d’enseignement et d’apprentissage. Les
conduites des étudiants (et des professeurs) autant que les techniques de communi-

26 Le 23 mars 2004, le Parlement de la Communauté française de Belgique a adopté le décret définissant
l’enseignement supérieur, favorisant son intégration à l’espace européen de l’enseignement supérieur et
refinançant les Universités. Les premiers baccalauréats furent inaugurés en septembre 2004.Présentation 17
cation ont fondamentalement changé en trois décennies. Les étudiants étudient dé-
sormais différemment et les professeurs enseignent autrement. C’est dans cet esprit
qu’ont été lancées en 2000 les actions du programme « Gérer sa formation » et di-
verses initiatives de soutien aux jeunes professeurs auxquelles s’ajoute la création de
l’Institut de pédagogie universitaire et des multimédias (1995) et de la Chaire de pé-
dagogie universitaire (2001).
La troisième a trait à la condition étudiante. Étudier est certes une démarche per-
sonnelle mais non une pratique solitaire. Les étudiants partagent quelques années
avec leurs pairs. Ils vivent dans le milieu universitaire qui, à beaucoup d’égards et en
de multiples occasions, concentre les questions du monde ou consonnent avec elles.
Ils s’engagent pour que la vie collective ait lieu et se mobilisent pour infléchir
l’avenir.
L’action du Vice-recteur aux affaires étudiantes, de son cabinet et de son adminis-
tration expriment et concrétisent que l’Université conçoit aujourd’hui que
l’investissement personnel dans les associations étudiantes et l’expérience qui s’y
acquiert participent du nouveau projet universitaire de formation. Cet axe de déve-
loppement fait l’objet d’un travail de redéfinition et de réélaboration mené avec le
corps des professeurs et les étudiants.
Si l’Université s’entoure d’enquêtes autour des réalités qui concernent les étudiants,
elle privilégie la parole vive, la relation directe et le travail mené en commun avec
les intéressés. Le colloque sur l’engagement d’octobre 2006 fut une étape dans un
processus d’exploration et de concertation entrepris depuis plusieurs années.
Le colloque sur l’engagement étudiant
Le titre du colloque en exprimait l’objectif : mettre en perspective la question de
l’engagement, dans le dessein de valoriser sa contribution à la formation des étu-
diants. C’est pourquoi, les échanges furent organisés selon trois niveaux.
Celui de l’histoire, car l’action appelle « la nécessité de maîtriser le passé » selon les
termes de Jürgen Habermas dont on rappellera au passage la théorisation de
27l’action étudiante et le soutien aux mouvements des années soixante .
Celui de l’analyse comparée, à travers quatre cas, relatifs à autant de pays et trois
continents, de la vie et des mouvements étudiants, au Congo, aux États-Unis, en
France et au Québec.

27 I. GILCHER-HOLTEY, « Habermas face aux événements de 1968 », J. HEILBRON, R. LENOIR,
G. SAPIRO (dir.), Pour une histoire des sciences sociales, Paris, Fayard, 2004, pp. 203-241.