Les enjeux autour de la diaspora burkinabè

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Ce livre vise à rendre compte de la diversité des situations des Burkinabè à l'extérieur et à travers les cas de la Côte d'Ivoire et du Ghana, de la complexité de leurs rapports avec le Burkina Faso. Il traite également des réinvestissements des acquis en migrations ainsi que de la situation des rapatriés.
Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782296451933
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Les enjeux autour de la diaspora burkinabè
Burkinabè à l’étranger, étrangers au Burkina Faso

Études Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dernières parutions Jean-Claude MBOLI, Origine des langues africaines Essai d’application de la méthode comparative aux langues africaines anciennes et modernes, 2010. Ngimbi KALUMVUEZIKO, Sur les traces d’Ota Benga, 2011. Lambert NICITIRETSE, Charge pastorale du curé et coresponsabilité dans l’église du Burundi, 2010. Jean Maurice NOAH, Le makossa. Une musique africaine moderne, 2010. Brice Armand DAVAKAN, Repenser les nations africaines, 2010. René N’Guettia KOUASSI, Comment développer autrement la Côte d’Ivoire ?, Des suggestions concrètes pour soutenir la dynamique du développement de ce pays, 2010. Jean-Pierre BODJOKO Lilembu, Développement de la radio catholique en RDC, 2010. Auguste ILOKI, Le droit des parcelles de terrain au Congo. Tome 1 : Droits fonciers coutumiers. Acquisition des parcelles de terrain, 2010. Abdoulay MFEWOU, Migrations, dynamiques agricoles et problèmes fonciers, 2010. Maurice ABADIE, Afrique centrale. La colonie du Niger, 2010 (reprint de l’édition de 1927). Michèle CROS et Julien BONDAZ (dir.), Sur la piste du lion. Safaris ethnographiques entre images locales et imaginaire global, 2010. Apollinaire NTAMABYALIRO, RWANDA, Pour une réconciliation, la miséricorde chrétienne. Une analyse historico-théologique du magistère épiscopal rwandais (1952-1962), 2010. Élieth P. ÉYÉBIYI, Gérer les déchets ménagers en Afrique. Le Bénin entre local et global, 2010. Zygmunt L. Ostrowski, Soudan. Conflits autour des richesses, 2010. Clotaire MOUKEGNI-SIKA, Production scientifique et pouvoir politique au Gabon. Esquisse d’une sociologie de la recherche universitaire, 2010. Innocent BIRUKA, Sagesse rwandaise et culture de la paix, 2010. Mosamete SEKOLA, Privatiser le secteur public en RDC ?, 2010. Jean-Pacifique BALAAMO-MOKELWA, Les traités internationaux du SaintSiège avec les États en Afrique (1885-2005), 2010. Kathleen GYSSELS et Bénédicte LEDENT, Présence africaine en Europe et au-delà, 2010. Joseph BOUZOUNGOULA, Services de base et dynamique sociale au Congo, 2010. Narcisse DOVENON, Le Bénin : Quelles solutions pour un développement durable ?, 2010.

Mahamadou ZONGO

Sous la direction de

Les enjeux autour de la diaspora burkinabè
Burkinabè à l’étranger, étrangers au Burkina Faso

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-14003-5 EAN : 9782296140035

Remerciements La publication de cet ouvrage n’aurait pas été possible sans la contribution de certaines personnes à qui je tiens à exprimer ma gratitude et ma reconnaissance, en particulier Sylvie Bredeloup (LPED, IRD), Brigitte Bertoncello (Université d’Aix-Marseille), Jérôme Lombard (LPED, IRD), Honoré Pouyor Somé (UFR/SH, université de Ouagadougou), Saydou Koudougou (LERDYS, université de Ouagadougou) et Jean Claude NABA (UFR/LAC) pour leur contribution à la finalisation du document.

Comité scientifique

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Pr. Bertoncello Brigitte, Professeur titulaire, UMR TELEMME, Université d’Aix-Marseille ; Bredeloup Sylvie, Directrice de recherche, IRD/LPED, Université de Provence, Marseille (France) ; Pr. Mandé Issiaka, Maître de Conférences, Université Paris-Diderot (France) ; Pr. Zoungrana Tenga Pierre, Maître de Conférences, UFR/SH, Université de Ouagadougou (Burkina Faso) ; Pr. Bantenga Moussa, Maître de Conférences, UFR/SH, Université de Ouagadougou (Burkina Faso) ; Lombart Jérôme, Chargé de recherche, IRD/ LPED, Université de Provence, Marseille (France) ;

Introduction ZONGO Mahamadou Situé au cœur de l’Afrique l’Ouest, le Burkina Faso se caractérise par une forte émigration internationale. Dès l’époque coloniale, la colonie de Haute Volta (Burkina Faso à partir de 1984) a été utilisée dans le dispositif colonial comme réservoir de main-d’œuvre pour alimenter les chantiers de mise en valeur coloniale dans les autres colonies de l’AOF. Les courants migratoires nés de cette époque n’ont pas été modifiés avec les indépendances (en 1960) même si les départs volontaires ont remplacé les migrations forcées. En définitive, il existe une forte diaspora burkinabè dans les pays de la sous-région mais de manière plus prononcée en Côte d’Ivoire, le principal pays d’immigration de l’espace ouest africain. La diaspora burkinabè, forte de 2 238 548 membres en 1998, y représentait 56,6 % de la population étrangère et 14,56 % de la population totale (RGPH Côte d’Ivoire, 1998). La crise qui s’est déclenchée dans ce pays à la fin des années 1990 et au début de la décennie 2000 a provoqué un retour massif de Burkinabè dans leur pays d’origine, même si parmi eux, certains découvraient pour la première fois «leur» pays à l’occasion de ce retour contraint. L’une des conséquences de la crise ivoirienne a été, au Burkina Faso, la naissance de débats sur la diaspora burkinabè qui aboutira à l’organisation, en juillet 2006, d’un symposium national sur les migrations1, où ont été traités des sujets aussi variés que divers (bilan global des migrations, transferts de fonds, insertion des rapatriés, politique migratoire, etc.). Cet intérêt montre l’enjeu que représente la migration pour le Burkina Faso alors que, paradoxalement, elle reste un sujet très peu documenté spécifiquement, ce qui permet d’ailleurs des spéculations sur le nombre des Burkinabè vivant à l’étranger. Au-delà de la contribution économique ou des investissements que les émigrés peuvent apporter au Burkina Faso, les débats et les discussions suscités par le retour des rapatriés soulèvent les questions du lien social, de la nationalité et de la citoyenneté dans les pays de tradition migratoire2. Ces questions se posent d’ailleurs à l’échelle de la sous-région ouest africaine où les politiques                                                             
CONAPO. 2006, Symposium sur les migrations au Burkina Faso, Ouagadougou, 13 – 14 – 15 juillet 2006. 2 Coordonnée par Sylvie Bredeloup, directrice de recherche au LPED (Laboratoire, Population, Environnement, Développement) à l’IRD et moi-même. .
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d’édification des Etats-nations se réalisent concomitamment à l’édification d’un espace sous-régional à vocation communautaire. Ce livre vise à documenter, à travers le cas de la diaspora burkinabè, la complexité des questions générées par les migrations. Les contributions, hormis celles de Moukaila Arouna et de Gabin Korbeogo, sont issues de recherches menées dans le cadre de la Jeune Equipe Associée «Diaspo » financée par l’IRD, dont l’objectif est d’étudier les enjeux qui se nouent autour de la constitution de la diaspora burkinabè, d’identifier les différentes initiatives prises par les membres de la diaspora burkinabè à l’étranger et dans leur pays, d’apprécier sa trajectoire historique, les modalités de sa construction et de sa dynamique, ainsi que ses évolutions au gré des opportunités, au fil des pressions politiques et, enfin, de repérer dans quelle mesure ses actions contribuent au développement économique et social du pays d’origine. Le présent document est une synthèse des premiers résultats des travaux de terrain des membres de l’équipe. Il comporte dix contributions qui abordent chacune des aspects spécifiques. Le premier texte, « Migration, diaspora et développement au Burkina Faso », après avoir montré l’historique, l’importance et les destinations des migrations internationales au Burkina Faso, analyse d’une part, leur impact sur les zones de départ et, d’autre part, la perception que les populations ont des émigrés et de leurs descendants, dont certains, à cause des difficultés qu’ils rencontrent dans leur pays de naissance, sont contraints de revenir au Burkina Faso pour y poursuivre leurs études. Le second texte, « Circulations transsahariennes et vie de transit à Agadez (Niger) », issu de recherches menées entre 2006 et 2009 dans le cadre du programme FSP (Migrations internationales, recompositions territoriales et développement) et de deux études réalisées pour le compte du Fonds des Nations Unies pour la Population, analyse la vie de transit des migrants subsahariens à Agadez au Niger, leur insertion dans une ville dans laquelle ils ne font que passer. Il montre la double fonction du Niger dans le système migratoire MaghrebAfrique subsaharienne en tant que pays d’émission de flux migratoires pour les rives Nord du Sahara et d’espace de transit privilégié pour les Subsahariens se rendant dans cette région. Le troisième texte, « La diaspora burkinabè au Ghana et sa descendance: insertion dans la société d’accueil et liens avec le «father’s land » », aborde la situation des émigrés burkinabè et leurs descendants au Ghana ainsi que leurs rapports avec le Burkina Faso, où s’est développée une image peu valorisante de l’émigré du Ghana. Contrairement à de nombreux pays de la sous-région où les

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enfants des immigrés sont traités comme des étrangers, le Ghana se particularise en considérant, à la fois sur le plan juridique et dans les perceptions des populations, les enfants issus de l’immigration comme des Ghanéens. L’article montre les implications de cette double perception contrastée (du Burkina Faso et du Ghana) sur la nature des liens avec les différents lieux. Le quatrième article, « Burkinabè en Côte d’Ivoire, Burkinabè de Côte d’Ivoire : organisation, rapports avec la société d’accueil et le pays d’origine », aborde la situation des Burkinabè en Côte d’Ivoire où les troubles politiques de ces dernières années ont contribué à restructurer le milieu associatif avec l’émergence de nouvelles fractures politiques et générationnelles, à affaiblir les organes d’Etat dans la gestion des immigrés burkinabè en Côte d’Ivoire, à la mise en place ou à la consolidation de nouvelles stratégies identitaires des Burkinabè en Côte d’Ivoire. Cet article rend compte des formes de structuration de la diaspora burkinabè, des rapports qu’elle construit avec la société d’accueil. Le cinquième article, « Les communautés chinoise et indienne au Burkina Faso : structuration, nature des liens avec le pays d’origine et modalités d’insertion dans la société d’installation », aborde un thème d’actualité, notamment les diasporas asiatiques en Afrique. A travers le cas des Chinois et des Indiens au Burkina Faso, l’article montre la nature économique de ces diasporas, mais aussi les stratégies différentes qu’adopte chaque communauté dans ses rapports avec la société d’accueil. Le sixième article, « Accueil et réinsertion des rapatriés de Côte d’Ivoire dans les départements de Gaoua et de Batié, Burkina Faso », après avoir rappelé l’historique des retours précipités au Burkina Faso depuis la fin des années 1990, revient sur «l’opération Bayiri » que l’Etat burkinabè a initiée au moment du déclenchement de la rébellion pour organiser le rapatriement des candidats au retour. L’article décrit le dispositif d’accueil ainsi que les différentes institutions qui y étaient impliquées. Il analyse enfin les stratégies d’insertion des rapatriés, leurs rapports avec la société d’accueil et les difficultés auxquels ils ont été confrontés. Le septième article, « Crises ivoiriennes, migrations de retour et recompositions des rapports villes-campagnes : la ville frontalière de Niangoloko et son hinterland », analyse les transformations générées dans une ville frontalière de la Côte d’Ivoire par l’arrivée des rapatriés. Il montre que la crise ivoirienne, après avoir provoqué la baisse des recettes des acteurs économiques de la ville de Niangoloko dont l’économie est dépendante de sa position frontalière a, grâce aux migrations de retour, entrainé une recomposition économique liée à la

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répartition des migrants dans la commune d’une part et d’autre part redéfini la nature des relations que la ville entretient avec les villages. Le huitième article, « Le réinvestissement des acquis de la migration au Burkina Faso », analyse l’investissement des acquis en migration dans les pays de départ, à travers notamment les transferts de fonds, les investissements mobiliers et immobiliers qui participent au développement socioéconomique du pays. La mise à profit des expériences acquises au cours de la migration donne un avantage à ces migrants dans les activités qu’ils entreprennent. Mais au-delà des investissements qu’ils réalisent, ces migrants initient des contributions à des associations humanitaires ou à des structures déconcentrées de l’Etat (les provinces, les régions) et aux collectivités locales (communes) qui contribuent à les rendre visibles, mais aussi tendent à exprimer leur appartenance. Le neuvième article, « Localiser des identités mobiles. Migration, ethnicité et dynamiques foncières au Gourma » , analyse le répertoire des stratégies que les acteurs et groupes stratégiques utilisent pour avoir les droits d’exploitation durables et d’appropriation des ressources naturelles dans les villages du département de Fada N’Gourma (dans la région du Gourma, située à l’est du Burkina Faso), dans un contexte marqué par les migrations internes et le retour des rapatriés de la Côte d’Ivoire, l’agriculture céréalière extensive, le développement de la culture du coton et la pluralité des institutions sociofoncières. L’analyse montre que si le pluralisme institutionnel a offert des chances d’accès aux ressources naturelles aux acteurs locaux, en fonction de leur position sociopolitique et de leurs capacités de négociation, il a en revanche accru la contestation des règles et des pratiques locales et amplifié les conflits sociofonciers sans pour autant réduire les oppositions entre les différents groupes ethniques à des ressentiments ethniques, car la communauté d’intérêts justifie la formation des groupes d’acteurs stratégiques autant que l’appartenance ethnique, l’autochtonie et l’honneur. Enfin le dernier texte, «Identité culturelle des migrants lobi/birifor rapatriés de Côte d’Ivoire à Gaoua, Burkina Faso», montre à travers les rapatriés lobi/birifor dans le sud ouest, leur zone de départ, la complexité des rapports que les émigrés entretiennent avec les familles d’origine. Cette complexité est produite par la nature des liens développés pendant l’absence mais aussi par les pratiques et les comportements des rapatriés qui engendrent des transformations dans la société d’accueil. L’article montre, in fine, que face aux contraintes diverses auxquelles elles sont confrontées, les sociétés d’origine des rapatriés avaient intégré très peu l’éventualité d’un retour définitif de ceux qui étaient partis.

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1 Migration, diaspora et développement au Burkina Faso ZONGO Mahamadou* Résumé Pays de forte tradition migratoire orientée principalement vers les pays limitrophes, le Burkina Faso dispose d’une diaspora qui se caractérise par son ancienneté et son importance ainsi que par la nature multiforme des liens qui ont été tissés au fil du temps avec les zones de départ. L’article, après une brève genèse des migrations internationales, analyse la nature problématique des relations que la société et l’Etat burkinabè entretiennent avec les émigrés. Considéré actuellement comme un acteur du développement du pays et invité à y participer, la perception de l’émigré tend à le confiner dans un rôle de bailleur (à travers les transferts de fonds et les investissements immobiliers) auréolé d’une image peu valorisante, ce qui se traduit par des difficultés d’insertion des descendants d’émigrés qui viennent poursuivre leur études au pays de leurs parents. Mots clés : Migration internationale, migration de retour, transfert de fonds, immigration, diaspo, tabouga /tabuuga, Burkina Faso

                                                            
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Maître assistant, Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur les Dynamiques Sociales (LERDYS), Département de sociologie, UFR/SH, université de Ouagadougou Contact : zongomahamadou@yahoo.fr

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Introduction La question de la migration, quoique très ancienne, est actuellement une des problématiques d’actualité, dans la mesure où la mondialisation a rendu les frontières très perméables tant en ce qui concerne les aspects financiers et la communication, que pour la mobilité des personnes. Ainsi, en 2005, 200 millions de migrants, soit 3% de la population mondiale, avaient été dénombrés (CEDEAO – CSAO/OCDE, 2006:3). L’Afrique contribue aussi à ce phénomène: en 2000, sur les 175 millions de migrants, 16,2 millions étaient originaires d’Afrique. Dans la même année, on y dénombrait 3,6 millions de réfugiés et 9 millions de déplacés. L’Afrique subsaharienne contribue certes à ce vaste mouvement mondial mais se singularise par la prédominance du caractère intra-régional des migrations de ses ressortissants. En effet, 86% des migrants de l’Afrique de l’Ouest (soit environ 7,5 millions) s’installent dans un autre pays de l’Afrique de l’Ouest contre environ 0,77 millions à destination de l’Europe et 0.39 millions à destination de l’Amérique du Nord (CEDEAO – CSAO/OCDE, 2006:18).

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Tableau 1 : Les destinations des migrations ouest-africaines Mali Guinée Togo Ghana Sénégal Côte d’Ivoire

Burkina Niger Faso

Bénin

Destination Afrique 90% 89% 88% 87% 85% 73% 66% 46% 36% Europe du 1.3% 1.8% 3.5% 4.5% 5.2% 16% 14% 42% 48% nord-ouest et du Sud Amérique 0.1% 0.3% 0.3% 0.3% 1.4% 1.9% 10% 3% 7% du nord Source : Le Monde (Hors série. «L’Atlas des migrations », coédition La vie – Le monde 2008-2009. p. 154)

La conscience de l’importance des migrations intra-régionales a abouti à des initiatives politiques et à l’adoption de dispositifs juridiques afin de maximiser les avantages tout en minimisant les inconvénients de la migration. L’adoption de l’approche commune par les Etats membres en janvier 2008 (Trémolières, 2009), qui témoigne de cet intérêt, a été précédée de l’adoption de la Déclaration de Dakar en 2000, suivie d’un séminaire en 2001 en vue de sa mise en application. Au préalable, un accord de libre circulation et d’un traitement égalitaire de leurs ressortissants avait été adopté en 1978 (puis complété en 1979) par les Etats de la CEDEAO. Enfin, en 1994, les pays de l’UEMOA avaient adopté un traité qui garantit la liberté de circulation et abolit la discrimination par la nationalité dans l’accès aux emplois de la fonction publique pour les ressortissants des Etats-membres. Ce souci de traiter collégialement les questions migratoires dans l’espace sous-régional se développe dans un contexte international caractérisé d’une part par une trop forte médiatisation de la migration en provenance du Sud dans les pays du Nord, non pas tant à cause d’un véritable accroissement des migrants clandestins, mais plutôt à cause du contexte politique actuel dans ces pays (Trémolières, 2009: 11) et d’autre part, par l’adoption de politiques restrictives dans ces mêmes pays pour contrôler l’accès à leur territoire (l’adoption en 2008 du pacte européen sur l’immigration et l’asile par l’Union Européenne, la promotion de la migration choisie par la France, ou enfin une stratégie d’externalisation des frontières de l’espace Schengen par la construction de zones tampons telles que le Maghreb, etc.). L’approche communautaire des questions migratoires dans l’espace CEDEAO s’organise donc en écho à ce qui se passe dans les autres parties de la planète, mais aussi et surtout pour résoudre l’épineuse question des migrants communautaires dans les différents pays membres dont certains ont déjà procédé à des expulsions massives, comme ce fut le cas du Ghana en 1969 et du Nigeria en 1985. On peut aussi rappeler la promotion de la politique de l’ivoirité en Côte d’Ivoire dans la décennie 90, qui a abouti entre autres à l’indexation des étrangers comme étant la cause de problèmes rencontrés ou vécus par des nationaux (Conseil économique et social de Côte d’Ivoire. 1998). Cette approche se construit donc dans un contexte qui porte encore les stigmates des tensions interétatiques consécutives à la redéfinition de la place des étrangers par la Côte d’Ivoire dans les années 90 (Bredeloup, 2003) et qui permettent aussi de relancer

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les débats sur les questions de la citoyenneté, de l’Etat-nation, de l’intégration sous-régionale dans un espace caractérisé par une forte mobilité des populations, une faiblesse de l’ancrage de l’Etat, etc. Les débats sur la migration ne sont pas réductibles à la seule dimension économique. Si dans l’espace sous-régional, tous les pays sont touchés par les migrations, le Burkina Faso se singularise par l’importance du phénomène qui a certes été déclenché pendant la période coloniale mais qui s’est maintenu après les indépendances en 1960 pour en fin de compte être un des traits caractéristiques du pays. L’intérêt accordé à la migration par l’Etat traduit l’importance de ces implications politiques, économiques et socioculturelles. 1. Les migrations internationales au Burkina Faso Le Burkina Faso est un pays d’émigration. Déjà en 1960, le recensement faisait ressortir que 3,5% de la population totale du pays (4 317 770 habitants) vivaient à l’extérieur du pays. Ce pourcentage passera successivement à 5,94% en 1975 (sur une population totale de 5 638 200 habitants) et 10,52% en 1985 (pour une population de 7 679 544 habitants). L’importance du phénomène migratoire résulte d'une combinaison complexe de facteurs déclenchés sous la colonisation. En effet, considérée par les autorités coloniales comme un réservoir de main d’œuvre abondante, courageuse, docile et obéissante (Madré, 1996), la colonie de la Haute-Volta a été utilisée dans le dispositif de mise en valeur coloniale comme une zone d’alimentation des principaux chantiers de l’AOF (Office du Niger, construction des chemins de fer Abidjan-Niger et Sénégal-Mali, port autonome d’Abidjan, etc.). La colonie sera d’ailleurs supprimée en 1932 au profit des colonies de Côte d’Ivoire, du Niger et du Mali, afin de faciliter les procédures administratives d’acheminement de la main d’œuvre vers les grands «chantiers». En réaction aux enrôlements forcés, de nombreux Voltaïques émigrèrent alors vers la colonie voisine de la Gold Coast (actuel Ghana) où les conditions de travail et de rémunération étaient plus attractives. Après la suppression des travaux forcés et la reconstitution de la colonie dans ses frontières actuelles (en 1947), des initiatives furent adoptées pour favoriser l’émigration vers la Côte d’Ivoire, notamment, la gratuité du transport (1946) et la création en 1951 du Syndicat interprofessionnel pour l’acheminement de la main-d’œuvre.

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Après les indépendances en 1960, l’Etat voltaïque a tenté d’organiser l’émigration en signant des accords bilatéraux avec des pays d’accueil, confirmant ainsi le rôle d’exportateur de main d’œuvre du pays. Ce sont notamment : - la convention avec la Côte d’Ivoire, signée en 1960, qui sera suspendue en 1974. Entre ces deux dates, elle n’a pu contrôler que 14,2% des départs vers la Côte d’Ivoire (55 072 migrants sur un total estimé à près de 3 800 000 migrants); - la convention signée avec le Mali en 1969 (qui, théoriquement, est toujours en application puisqu’elle n’a jamais été dénoncée ou suspendue); - la convention signée avec le Gabon en 1974 et dénoncée en 1977. Une des clauses de cette convention prévoyait le transfert d’une partie du salaire des émigrés dans les institutions financières du Burkina sous forme d’épargne accessible à leur retour. L’opposition farouche des émigrés à cette clause montre les difficultés à organiser les migrations. En dépit des échecs des tentatives de contrôle et d’organisation de l’émigration, le phénomène s’est enraciné dans les habitudes et fonctionnait parfaitement en dehors de toute intervention administrative, selon des modalités flexibles et souples. En même temps qu’il se banalisait, le mouvement subissait des modifications qui portaient sur son caractère de plus en plus massif, la prolongation de la durée du séjour et enfin, la transformation d'une migration internationale de travail individuelle et masculine en une migration internationale "familiale", apparemment plus proche d'une migration de peuplement (Blion et Bredeloup, 1997). Les recensements successifs et les différentes enquêtes démographiques, hormis le recensement de 1996, ont fait ressortir un solde migratoire au détriment du Burkina Faso. En effet, l’enquête nationale sur les mouvements migratoires de 1974-1975, le recensement de 1985 (INSD, 1989:82) et celui de 2006 (Dabiré et al., 2009 :54) ont tous abouti, dans les analyses sur les migrations internationales au Burkina Faso, au constat de soldes migratoires négatifs. Seul le recensement de 1996 avait constaté un solde migratoire positif en faveur du Burkina Faso (INSD, 2000:154). Le solde migratoire négatif de 2006 a surpris, dans la mesure où le début des années 2000 a connu des vagues d’expulsions de Burkinabè (Lybie, Afrique centrale, etc.) mais aussi d’importants mouvements de retour surtout après le déclenchement de la rébellion en 2002 en Côte d’Ivoire

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(Zongo, 2008). Comme le notent Dabiré et al (2009:54) «ce solde négatif pourrait surprendre quand on pense que d’importants flux de migrants sont entrés dans notre pays ces dernières années venant surtout de la Côte d’Ivoire. On peut même remonter plus loin pour situer ces flux importants au début des années 1990. Mais il se pourrait que ces flux aient été suivis de reflux vers le même pays suite à l’apaisement de la crise sociopolitique qui secouait le pays ». En effet, en dépit du solde négatif de 1985, les analystes avaient déjà noté que «l’importance des pertes dues aux migrations se réduit considérablement par suite du développement accru du contre courant: de nombreux Burkinabè de l’étranger regagnent de plus en plus le pays» (INSD, 1989: 82). Toutefois, de tous les pays d’accueil, la Côte d’ivoire a fini par s’imposer comme la principale destination, au détriment du Ghana.

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Tableau 2 : Destinations des migrants Burkinabè entre 1919 et 1959 :

Pays de destination 1919-1923 Côte d’Ivoire 6,5% Ghana 19,5% Autres destinations 74% Total 100% Source: CONAPO (2006: 13) ; 1933-1939 25% 23,8% 51,1% 100% 1951-1955 59,7% 35,4% 4,9% 100%

1923-1932 11,7% 27,2% 61,1% 100%

Période de départ 1940-1945 1946-1950 42,5% 47,3% 25,3% 36,9% 32,2% 15,8% 100% 100% 1956-1959 66,1% 30,1% 3,8% 100%

Le flux s’est maintenu après l’indépendance car en 1960, 56,6% des émigrés burkinabè se sont dirigés vers la Côte d’Ivoire. Les recensements successifs ont confirmé cette tendance dans la mesure où en 1975, la Côte d’Ivoire a accueilli 74,34% des émigrés burkinabè, 77% en 1985 et 77,4% en 2006. Cette constance a fini par imposer une forte diaspora de Burkinabè en Côte d’Ivoire. Selon le recensement effectué en 1998 par la Côte d’Ivoire (RGPH de 1998), sur les 3.954.550 d’étrangers qu’héberge le pays, on y dénombrait 2.238.548 Burkinabè soit 56,6% de l’ensemble des étrangers (contre 52% des étrangers en 1975 selon Zanou, 1987 :31) et 14,56% de la population totale du pays. En dépit de l’importance de l’émigration et hormis le cas de la Côte d’Ivoire, très peu de données statistiques fiables existent sur les Burkinabè de l’extérieur. Néanmoins, les estimations données du Conseil Supérieur des Burkinabè de l’Etranger (CSBE), désignaient, en 19921, le Ghana comme le second point de concentration importante des Burkinabè à l’extérieur. A défaut de chiffres précis, il est difficile de classer les pays de la sous-région en fonction de l’importance numérique des Burkinabè qu’ils hébergent. La seule certitude est que l’on rencontre des communautés de Burkinabè relativement importantes aussi bien dans les pays voisins (Togo, Niger, Bénin, Mali) que dans la totalité des pays de la sous-région, notamment le Nigeria, le Libéria, la Sierra Leone, la Guinée. Si les migrations des Burkinabè concernent historiquement l’espace sous- régional et dans une certaine mesure le continent africain, il s’est développé à partir des années 1990 des axes de migration vers les pays du Golfe ainsi que l’Europe, principalement vers l’Italie à partir de la Côte d’Ivoire (Blion, 1996) et vers les Etats-Unis d’Amérique à partir de réseaux clandestins2. Ces nouvelles destinations sont très peu documentées. Néanmoins, selon l’article ci-dessus cité de Blion, les Burkinabè d’Italie, qui ont la particularité de provenir essentiellement du groupe ethnique bissa (province du Boulgou), étaient approximativement estimés, en 1993, entre 2000 et 3000 personnes dont seulement 760 disposant d’un titre de séjour régulier (Blion, 1996:56-57). Moins que leur importance numérique, c’est surtout l’action de ces immigrés sur leur région d’origine (réalisation                                                             
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Selon ces estimations, le Ghana hébergeait à cette époque1 500 000 (Zongo, 2003b : 13).

Ce tableau, ci-dessous, n’est pas exhaustif, il concerne uniquement les pays qui accueillent les communautés burkinabè jugées assez importantes. Ces chiffres sont approximatifs. Par exemple les Burkinabè en Italie sont estimés entre 2000 et 3000 (Blion, 1996).

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d’infrastructures communautaires, financement ou appui à certains projets, réalisations immobilières) qui a contribué à la visibilité des Bissa d’Italie (Zongo, 2009a ; Delma, 2008 ; Gouba, 2007 ; Bahiré, 2006 ; Bangré, 2005). Tableau 3: Estimation des Burkinabè à l’extérieur (1992) Pays de résidence Côte d’Ivoire Ghana Mali Sénégal Soudan Gabon France Arabie Saoudite Italie Source : CONAPO (2006a:28) Les migrations de retour Elles sont assez mal mesurées car, avant le recensement de 1996, les informations sur les immigrés aux Burkina Faso ne distinguaient pas les migrants de retour et les étrangers. L’extrême mobilité des migrants entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso rend la mesure et l’étude de la question difficile. Même depuis le déclenchement de la rébellion, les retours massifs ont été suivis de nouveaux départs des actifs pour ceux qui y ont effectués des investissements durables (notamment les plantations). Cependant, même si l’on ne dispose pas de données systématiques, l’on constate depuis la décennie 80, un processus de retour de plus en plus important soit des émigrés eux-mêmes ou de leurs enfants (Zongo, 2003). Les migrations de retour, selon les différents recensements (1975, 1985, 1996, 2006) proviennent de la Côte d’Ivoire (40,7% des migrants de retour en 1975, 53% en 1985, 73% en 1996, 92% en 2006). Les mouvements de retour se sont accélérés à la fin des années 1990, surtout à partir de 1999 où les affrontements intercommunautaires dans la région de Tabou ont entraîné les retours précipités de près de 12 000 Burkinabè, majoritairement originaires de la région du sud-ouest. Après le Nombre estimé 2238548 1 500 000 600 000 600 000 15 000 3 000 4 000 15 000 250

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déclenchement de la rébellion en septembre 2002, le Burkina Faso a enregistré un flot important de retours forcés (pour fuir les persécutions et les exactions des forces de l’ordre et des milices). Ils avaient été estimés à environ 400 000 personnes mais ce chiffre reste très approximatif à cause des procédures d’enregistrement3, mais aussi de la mobilité des rapatriés (Zongo, 2003). En effet, l’accalmie observée dans les zones de combat a provoqué le retour d’une partie des rapatriés (généralement les hommes) dans leurs zones de provenances en Côte d’Ivoire. Le flux de retour est en grande partie alimenté en réalité par des immigrés, c’est-à-dire des personnes nées hors du Burkina Faso4. L’analyse de l’âge des migrants de retour fait ressortir une prédominance des enfants et des jeunes comme le montrent les données du tableau 4. Tableau 4 : Répartition des émigrés selon l’âge Age -de 15 ans 15– 19 20- 24 25 - 29 Total Sources: 1996 : INSD (2000 :160) 2006 : Bonayi et all, (2009 : 55) Ces données illustrent le retour de plus en plus important des enfants issus de la diaspora, principalement de la Côte d’Ivoire, dans le pays d’origine de leurs parents surtout pour des raisons de scolarisation (notamment le secondaire et le supérieur). Ce phénomène n’est pas nouveau en soi mais s’est accentué surtout dans les années 1980 pour enfin de compte aboutir à la naissance de la catégorie «diaspo». 1996 35,7% 11,6% 13,7% 11,8% 77,8% 2006 33,5% 16% 12,6% 10,2% 72,3%

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En mars 2003, sur les 158.114 retours enregistrés seuls 7172 personnes (soit à peu près 4,5% du flux) ont été rapatriées par «l’opération Bayiri » organisée par l’État en concertation avec les compagnies de transport privées et les bailleurs de fonds pour transporter les candidats volontaires au retour. 4 Selon le recensement de 2006 «la Côte d’Ivoire, à elle seule, est le pays de naissance de 86% des immigrants durée de vie de nationalité burkinabè » (Dabiré et al. 2009 : 58).

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Les étrangers au Burkina Faso L’analyse des résultats des recensements de 1996 et de 2006 montre que l’immigration au Burkina Faso est en réalité alimentée par l’arrivée des Burkinabè nés à l’extérieur, principalement de la Côte d’Ivoire. En effet, 90,48% des immigrés en 1996 et 93,6% en 2006 étaient des Burkinabè nés à l’extérieur. Les deux recensements montrent par contre que le Burkina Faso accueille un nombre relativement modeste d’étrangers. Tableau 5: Répartition des communautés étrangères selon la nationalité Pays d’origine Total Bénin Côte d’Ivoire Ghana Mali Niger Nigeria Sénégal Togo Autres Afrique Europe Autres 1996 (1) 61650 3977 1890 5133 24042 7604 4434 1047 4001 6152 1867 1475 2006 (2) 60074 5851 2345 2579 18526 5690 5299 1047 8710 ND 1802 ND

Sources: INSD (2000 :164) Bonayi et all. (2009 : 89 – 90) Selon le recensement de 2006, qui confirme d’ailleurs les données de 1996, les communautés étrangères vivant au Burkina Faso viennent pour l’essentiel des pays de la sous-région ouest africaine, notamment le Mali (30,8%), le Togo (9,7%), le Bénin (9,7%), le Niger (9,4%), le Nigeria (8,8%).

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2. Les enjeux de la migration L’ancienneté et l’importance de la migration des Burkinabè ont abouti à la constitution d’une forte diaspora qui constitue aujourd’hui un enjeu à la fois économique et politique. La question des transferts monétaires a été l’objet de nombreuses publications (Lachaud, 2005 ; CONAPO, 2006b) qui montrent toutes l’importance de leur contribution à l’équilibre des budgets familiaux dans la mesure où les fonds rapatriés peuvent contribuer jusqu’à 22% au budget familial (Guibert, 1990), voire à la réalisation d’infrastructures collectives (Zongo, 2009a), ainsi qu’à l’équilibre de la balance des paiements du pays. Cependant, l’analyse de l’impact des transferts doit tenir compte de son volume, mais aussi et surtout de ses domaines d’affectation. L’importance des transferts des fonds varie avec la durée de l’émigration. Ainsi, si les migrations temporaires et de long séjour permettent de rapatrier et d’injecter régulièrement des devises dans l’économie nationale, les migrations définitives ont par contre un impact négatif sur le volume et la régularité des transferts. Ceux-ci tendent d’ailleurs à disparaître avec l’agrandissement de la famille en terre d’accueil. Or les migrations vers la Côte d’Ivoire ont évolué d'une migration internationale de travail individuelle et masculine vers une migration internationale "familiale" apparemment plus proche d'une migration de peuplement (Blion et Bredeloup, 1997: 714). La diminution des transferts de fonds peut également s’expliquer par la rupture de confiance entre l’émigré et ses parents restés au pays car, comme le rappelle Blion (1996:66), «la situation économique difficile en Côte d’Ivoire incite à la prudence de la part des migrants qui hésitent à se lancer dans des investissements au pays, sans y être définitivement présents. Certains tentent de déconcentrer leurs activités vers le Burkina Faso tout en restant à Abidjan. Mais cela suppose pour eux de s’appuyer sur un proche dont la confiance fait parfois défaut. Le même grief est parfois formulé par les migrants installés en Italie qui, après avoir envoyé des sommes destinées à des investissements particuliers, constatent à leur retour qu’elles ont été utilisées à tout autre chose». Beaucoup d’émigrés en Côte d’Ivoire n’hésitent pas à rappeler que faire réaliser des investissements au pays pendant son absence est une initiative très risquée car les parents utilisent parfois les sommes transférées à d’autres fins. Il en est de même pour les acquisitions des migrants qu’ils ont laissées dans les

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villages d’origine (matériels agricoles mais plus spécifiquement le bétail) qui sont prioritairement vendues par les parents pour résoudre leurs problèmes. L’importance des transferts de fonds par les émigrés a été souvent relativisée par le manque à gagner pour le pays (Coulibaly, 1982; Blion, 1990). En effet, moins que son volume, c’est l’affectation de l’épargne des émigrés qui détermine son impact sur l’économie. Or selon des études ponctuelles qui ont été réalisées depuis la décennie 70, les revenus des émigrés sont dépensés essentiellement dans le domaine social (funérailles, don à des familles alliées, dot, etc.), l’achat des vivres pour la famille, l’achat d’effets personnels (vélo, radiocassette ainsi que des habits). La part destinée à des investissements productifs, notamment l’achat du bétail (en faible quantité d’ailleurs) et d’équipement en matériels agricoles (culture attelée) représentent moins de 20% de l’épargne (Coulibaly, 1982). Les travaux récents (Blion, 1990; 1996; Zongo, 1997; 2000; 2003; 2009a) montrent qu’il n’y a pas eu de changement dans l’utilisation de l’épargne des migrants. En définitive, les sommes transférées sont investies en priorité dans des dépenses de prestige ou ostentatoires dont l’impact sur la capacité productive de l’économie locale ou nationale reste limité. Cette situation concerne aussi bien les émigrés vers la Côte d’Ivoire (Zongo, 2000) que ceux d’Italie (Blion, 1996). Si, contrairement à la majorité des émigrés burkinabè, ceux de la province du Boulgou investissent dans l’immobilier dans leur village de départ (Béguedo notamment), dans le court terme ces investissements relèvent de l’ostentation, dans la mesure où de nombreuses villas restent inhabitées durant une grande partie de l’année à cause de la nature rurale de la localité. Une observation de la disposition des villas montre d’ailleurs une absence de schéma directeur dans l’occupation de l’espace, ce qui fait de Beguedo, dans sa structuration spatiale, un village à habitat modernisé. La relativité de l’impact positif structurant des transferts de fonds sur l’économie locale est accentuée par le départ des «bras valides» dont l’absence perturbe fondamentalement le système de production en milieu rural et par conséquent, pénalise l’économie nationale. En effet, l’émigration burkinabè est alimentée par la tranche d’âge des 15– 40 ans, c’est-à-dire ceux qui constituent la population active de l’économie. C’est sur eux que reposent normalement les activités de production, mais ce sont également eux qui sont les plus perméables aux innovations technologiques. Leur départ entraîne d’une part, le maintien prolongé des personnes

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