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Les enjeux de l'interprétation théâtrale

De
128 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1997
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EAN13 : 9782296344907
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LES ENJEUX DE L'INTERPRETATION THEATRALE

Collection Anthropologie du monde occidental dirigée par Denis Laborde

Denis Laborde éd., Tout un monde de musiques. Repérer, enquêter, analyser, conserver..., 1996. Annie Goffre éd., Polyphonies corses. L'orgue et la voix, 1996.

Sous le direction de Laurier Turgeon, Denys Delâge, Réal Ouellet, Transferts culturels et métissages Amérique/Europe XVle-XXe siècles, publié en collaboration avec Les Presses de l'Université de Laval, Québec, 1996. Denis Laborde, De Jean-Sébastien Bach à Glenn des sons et spectacle de la passion, 1997. Gould. Magie

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5639-1

Hubert Jappelle

LES ENJEUX DE L'INTERPRETATION THEATRALE

L'Harmattan L'Harmattan Inc 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique 55 rue Saint-Jacques 75005 Paris - France Montréal (Qc) Canada H2YIK9

L'avenir du monde est dans le regard des enfants qui vont à l'école." (proverbe chinois)

"Si tu ne sais pas où tu es ni où tu vas, n'oublie jamais d'où tu viens." (adage togolais)

Présentation

Les oeuvres ont été conçues par des êtres humains. Elles disent prodigieusement tout de nos tourments, et tout de nos joies. Parce qu'elles nous expliquent à nous mêmes, parce qu'elles posent des questions que nous croyions être seuls à nous poser ou que nous ignorions devoir et pouvoir nous poser, elles nous émeuvent, nous donnent du courage, éclairent notre conscience, nous relie à l'aventure humaine. Aussi fmissent-elles par nous habiter, par nous accompagner dans la vie, par vivre en nous comme autant de présences singulières et fraternelles. Cependant nous ne pouvons disposer des oeuvres dramatiques ou musicales comme on dispose des oeuvres littéraires, picturales ou architecturales. En effet, l'accès à l'oeuvre dramatique ou musicale est conditionné par leur exécution, et ce, par l'intermédiaire d'interprètes. Le spectateur et l'auditeur sont de la sorte condamnés à devoir s'en remettre entièrement et aveuglément à la compétence, l'intelligence, la sensibilité, la délicatesse, aux scrupules présupposés des interprètes.

La question de l'interprétation est donc cruciale. C'est même en défmitive la question la plus cruciale qui soit puisque d'elle dépend la réception des oeuvres par le public. C'est dire que l'enjeu premier de l'interprétation est aussi décisif qu'invisible et que la responsabilité de ceux qui se risquent à l'exécution publique de quelque oeuvre que ce soit, est écrasante au regard de ses conséquences possibles sur le spectateur ou l'auditeur: de l'interprétation de l'oeuvre dépend à priori "la place que celle-ci sera ou non amenée à prendre dans leur mémoire, dans leur vie. Les oeuvres ne sont pas à considérer comme des sortes de "jouets culturels", et la notion d'interprétation ne doit pas être pervertie, discréditée, voire méprisée par l'interprète au nom de quoi que ce soit. La fonction de l'interprète est définie une fois pour toutes par la position intermédiaire et invariable qu'il occupe entre l'oeuvre et le public. De sorte que si subjective que soit l'essence de l'interprétation, le point de vue de l'interprète ne restera pas moins, et défmitivement, subordonné au double point de vue de l'oeuvre et du public. Le plus précis de l'art de l'interprète, et ce par quoi il se distinguera, tient à imposer l'évidence d'un parti pris qui aura su le mieux intégrer la prise en compte simultanée du point de vue de l'oeuvre et de celui du public. L'exécution d'une oeuvre dramatique ou musicale institue donc un cadre relationnel à l'intérieur duquel l'interprète occupe une fonction, une position, qui lui sont inhérentes, et par voie de conséquence constantes. Mais nous ne nous y trompons pas: si l'interprète, de par la position intangible qu'il occupe a vocation à transmettre les oeuvres, celle-ci est seulement implicite, car ce n'est pas un désir altruiste qui le motive nécessairement. L'artiste-interprète ne transmet pas les oeuvres au même titre que l'instituteur apprend à lire, à écrire ou à compter. La mission "pédagogique" de l'interprète est une mission de fait car elle coïncide à l'objectif de son ambition la plus égoïste. L'interprète n'existe en tant que tel que pour autant il réussit à faire exister l'oeuvre. Il ne peut mieux défendre son intérêt qu'en défendant au 2

mieux les intérêts de l'oeuvre. L'exigence de l'interprète, son ambition artistique, est la condition de sa complète jouissance de l'oeuvre, c'est à une nécessaire symbiose réalisée entre l'oeuvre et son interprète que le public doit son plaisir, son émotion, son bonheur. Et c'est bien à cette symbiose qu'il applaudit. C'est en cela que l'exigence égoïste de l'artiste interprète coïncide exactement avec ce que le public est en droit d'exiger de lui. L'ensemble des textes regroupés ici (tour à tour polémiques, critiques ou théoriques) se vouent presque entièrement à la réhabilitation de la notion d'interprétation théâtrale. Il nous semble en effet que c'est aù moyen principal de cette réhabilitation que le public pourra trouver du théâtre là seulement où il peut y en avoir et non là où un art de la mise en scène absurde et pervers s'obstine à le chasser.

Hubert Jappelle mars 1997

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