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Les enjeux de la psychanalyse aujourd'hui

De
266 pages
Cet ouvrage édité dans le cadre du Groupe méditerranéen de la Société Psychanalytique de Paris, voudrait montrer que le travail des psychanalystes ne se limite plus désormais à la cure-type divan-fauteuil. Les limites entre la psychanalyse et la psychothérapie analytique auraient-elles tendance à s'estomper ? D'autres modèles pourraient-ils nous aider ?
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Les enjeux de la psychanalyse aujourd'hui

Psychanalyse et Civilisations Collection dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection Psychanalyse et Civilisations tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Déjà parus Pierre DELTElL, Justice, un extraordinaire gâchis, 2008. Nuno Miguel PROENÇA, Qu'est-ce que l'objectivation en psychanalyse. Sept lectures de Freud, 2008. Bruno FALISSARD, Cerveau et psychanalyse. Tentative de réconciliation, 2008. Jean-Michel PORRET, Les narcissismes, 2008. Florence PLON, Vivre la perte. L'accompagnement des deuils, 2007. Franca MADIONl, La psychanalyse interroge la phénoménologie. Recherches freudiennes à partir de Brentano, 2007. Pascal HACHET, Promenades psychanalytiques, 2007. Georges ZIMRA, Penser l'hétérogène. Figures juives de l'altérité, 2007. Claude LORIN, Un nouveau regard sur l'anorexie. La danse comme solution possible, 2007. Jean-Paul DESCOMBEY, La psychiatrie sinistrée, 2007. Claude BRODEUR, L'inconscient collectif, 2007. Violaine DUCHEMIN, Le dénouement d'un secret defamille, 2007. Kéramat MOV ALLALI, Contribution à la clinique du rêve, 2007. Riadh BEN REJEB (sous la direction de), La dette à l'origine du symptôme, 2007. Pierre BALLANS, L'écriture blanche. Un effet du démenti pervers, 2007. Alain LEFEVRE, La blessure mélancolique kanak. Une psychanalyse de l'ombre mélancolique en Nouvelle-calédonie, 2007.

Groupe Méditerranéen la Société Psychanalytique

de de Paris

Les enjeux de la psychanalyse aujourd'hui
Sous la direction de André BARBIER et Myriam BOUBLI

François BALMES André BARBIER Gérard BAYLE Thierry BOKANOWSKI Myriam BOUBLI Étienne CUENANT Pierre DECOURT Paul DENIS Terttu ESKELlNEN DE FOLCH Antonino FERRO Georges PRAGIER Florence QUARTIER-FRINGS Manuela UTRILLA-ROBLES Françoise WILDER Sean WILDER

L' Harmattan

cg L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairicharmattan.com diffusion. harmattan(i~wanadoo. harmattan I@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06] 02-6 EAN : 9782296061026

fr

Ouvrages publiés par le Groupe Méditerranéen de la Société Psychanalytique de Paris

Les fantasmes originaires, ouvrage collectif sous la direction de H. Sztulman, A. Barbier, J. Caïn, colI. Éducation et Culture, Toulouse, Privat éd., 1983. Transmission, transfert de pensée, interprétation, ouvrage collectif sous la direction d'A. Barbier et de P. Decourt, coll. du Monde Interne,Paris, ln Press éd., 1998.
La séparation, ouvrage collectif sous la direction d'A. Barbier et de J.-M. Porte, colI. du Monde Interne, Paris, In Press éd., 2003.

L'amour de soi, ouvrage collectif sous la direction d'A. Barbier et de J.-M. Porte, coll. Psychanalyse et Civilisations, Paris, L'Harmattan éd., 2006.

Les auteurs

François BALMES (Montpellier), psychanalyste, membre de l'École Sigmund Freud, récemment décédé, son travail est présenté par Françoise Wilder. André BARBIER (Montpellier), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Gérard BAYLE (Paris), psychanalyste, ancien président de la Société Psychanalytique de Paris, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Thierry BOKANOWSKI (Paris), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Myriam BODBLl (Aix-en-Provence), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Étienne CDENANT (Montpellier), chirurgien, président de la Société Montpelliéraine d'Histoire de la Médecine. Pierre DECODRT (Montpellier), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Paul DENIS (Paris), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale.

Terttu ESKLlNEN DE FOLCH (Barcelone), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique Espagnole, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Antonino FERRO (Pavie), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique Italienne, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Georges PRAGIER (Paris), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Florence QUARTIER-FRINGS (Genève), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique Suisse, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Manuela UTRILLA-ROBLES (Madrid), psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Madrid, société membre de l'Association Psychanalytique Internationale. Françoise WILDER (Montpellier), psychanalyste, membre des Cartels Constituants de l'Analyse Freudienne, association membre de l'Inter-Associatif Europoéen de Psychanalyse. Sean WILDER (Montpellier), psychanalyste, membre des Cartels Constituants de l'Analyse Freudienne, association membre de l'lnter-AssociatifEuropoéen de Psychanalyse.

INTRODUCTION ENJEUX ACTUELS DE LA PRATIQUE PSYCHANALYTIQUE Myriam Boubli et André Barbier

Le développement actuel de thérapeutiques visant le symptôme ou le comportement, et dont les effets sont censés être rapides, a relégué loin derrière celles-ci dans les médias cette thérapeutique de longue haleine qu'est la psychanalyse même si la notion d'inconscient semble admise, et chacun reconnaît que la psychanalyse a pour visée d'aider à élucider les conflits inconscients qui font souffrir les patients. C'est un peu de l'ordre du « on sait bien mais quand même». Dans ce contexte difficile, la psychanalyse demeure cependant dynamique et ses recherches novatrices. Après avoir fêté le cent cinquantenaire de la naissance de son créateur, S. Freud, la psychanalyse, tout en ayant atteint un âge fort raisonnable, demeure scandaleuse en affirmant la complexité des processus et la nécessité de tenir compte de la temporalité psychique dans le travail de transformation durable, transformation sans violence traumatique. La méthodologie psychanalytique, héritée de Sigmund Freud, récuse le causalisme scientifique simple du XIXème siècle, même si Freud, homme d'une époque, s'y réfèrait en partie tout en déclarant, de façon paradoxale, que des causes déterminées pouvaient produire des effets imprévisibles. La science des XXème et XXIème siècles, en particulier du fait de la grande révolution qu'a impulsée la théorie du chaos, est un modèle de pensée qui va bien dans ce sens. Georges Pragier nous propose, dans cet ouvrage, de sortir des tentations pseudo scientifiques issues

des conceptions du déterminisme linéaire causal en s'étayant sur la théorie du chaos. A l'aide de trois métaphores, il nous présente une démarche réflexive très stimulante pour notre pensée. Aujourd'hui, comme au début de l'avènement de la psychanalyse, c'est de la pratique de la cure et de ses impasses que sont nés les aménagements techniques, les innovations et les grandes confrontations conceptuelles. C'est dans cette conflictualisation constante de nos références théoriques à la clinique que se situe le levier fondamental du dynamisme de la psychanalyse, obligée, au quotidien, de se questionner sur les fondements de son corpus théorique et de sa technique. C'est aujourd'hui entre névrose et psychose, dans ce non délimité que l'on désigne par pathologies limites, que des grandes avancées théoriques et techniques ont vu le jour. En effet, nos connaissances actuelles nous permettent de mieux entendre les modalités nouvelles de la souffrance psychique. Afin d'ajuster au plus près notre réponse, se sont imposées des variations techniques. Ces avancées théorico-cliniques sont en grande partie liées aujourd'hui, aux nouveaux questionnements issus à la fois de la recherche analytique avec les enfants (ouvrant de nouveaux champs de compréhension des processus psychiques) et des réactions thérapeutiques négatives de certains patients adultes présentant des problématiques narcissiques. Ces patients, souffrant de« troubles de l'intériorité », se retrouvent sous les nominations de pathologies narcissiques, de pathologies psychosomatiques, de pathologies comportementales (addictives, agressives, perverses). Le travail de G. Bayle signale à quel point ces états dits « limites» sont au centre des débats et théorisations actuelles, en ce qu'ils imposent un questionnement des modalités même de la technique analytique. De nouvelles pratiques analytiques s'avèrent nécessaires pour accéder à 12

ces troubles présentant, très fréquemment, des modalités de fonctionnement chargés en clivages divers. A l'aide d'exemples tirés de sa clinique, G. Bayle nous montre la nécessité de sortir de ces clivages qui appauvrissent la vie sociale et affective de ces patients. Pour ce faire, il importe de différencier ce qu'il en est des clivages qu'il a qualifiés de fonctionnels, des clivages qui, eux, seraient structurels. Cette distinction se révèle extrêmement fructueuse. Elle ouvre de possibles voies d'approche favorisant la résolution de ces clivages et la sortie de ces économies de carence narcissique. Cet éclairage signale la nécessité pour l'analyste de tolérer, ce qui est parfois bien difficile au niveau contre-transférentiel, de prendre la place (et non pas le rôle) assignée par le patient, du pervers ou de son bouchon, voire même, dans certains cas, d'être objetfétiche ou en place du fétichiste. Il s'agit d'une clinique éprouvante, parfois au fil du rasoir, nécessitant d'être extrêmement attentif aux impacts contre-transférentiels de la dynamique imposée par ces patients. Comme nous l'avons déjà signalé, c'est la clinique avec des enfants et des adultes présentant des pathologies lourdes ou « limites» qui impulse les grands réaménagements théoriques et techniques actuels et dévoile la multiplicité, la richesse des questions nouvelles à explorer dans le champ psychanalytique. Ainsi, Mme Terttu Eskelinen de Folch signale la richesse de l'apport, dans le travail avec les enfants et les adultes, de l'observation des premiers rapports entre la mère et son bébé, en particulier en ce qui concerne l'organisation du temps et de l'espace. Ce rapport au temps et à l'espace, elle nous propose de l'observer à l'œuvre dans le jeu transféro-contretransférentiel avec quelques-uns de ses patients.

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Mus par le dynamisme de cette nécessaire réflexion, nous avons durant deux ans, dans le cadre des Journées du Groupe Méditerranéen de Psychanalyse de la Société Psychanalytique de Paris, organisé des conférences et des rencontres sur le thème «La psychanalyse aujourd'hui ». Les textes qui composent cet ouvrage correspondent à ces conférences, sans cependant en reprendre l'ordre, ni nécessairement en restituer l'intégralité. La logique qui préside à l'organisation du livre se situe autour des grands enjeux de la pratique psychanalytique contemporaine. Ces débats conceptuels, ne perdront jamais de vue la clinique et son enseignement et, par là même, les questions posées par la technique analytique. Nous avons fait appel, pour réfléchir à ces questions, à des analystes de pays différents, points de vue issus des Sociétés Psychanalytiques Espagnole, Italienne, Suisse, Française, tous mobilisés par des questionnements spécifiques, du fait de leur appartenance à des champs théoriques parfois en opposition radicale. Nous avons rassemblé ces approches et ces apports théorico-cliniques sous trois rubriques, dynamisant par là les confrontations entre les textes ou éclairant les confrontations internes aux textes eux-mêmes. En effet, certains auteurs proposent un travail de réflexivité dans le champ de leur clinique propre et rendent compte de l'évolution, voire des transformations de leurs modalités d'intervention, tirant avec nous les fruits de ces « apprentissages par expériences », types d'apprentissage qui, comme le développe Bion, nous modifie profondément de l'intérieur, à la façon de l'expérience analytique. La première partie fait le point sur les enjeux de la pratique psychanalytique actuelle, tout d'abord dans le champ de la clinique psychanalytique des adultes, puis dans celle des enfants. Nous les avons séparés, non pour positionner par ce biais une hiérarchie quelconque, diffé14

rencier l'or pur de la cure type du vil métal, mais pour aider à la pensée. Nous sommes convaincus, comme l'écrit A. Ferro, que la psychanalyse est une qu'elle s'applique à des adultes ou à des enfants. La seconde partie portera sur les implications cliniques des théories psychanalytiques et la troisième questionnera quelques modèles théoriques. Les liens, extrêmement étroits, existant entre ces trois parties sont mis en exergue par l'organisation d'ensemble de l'ouvrage dynamisée par le jeu des différences, toujours chargées en potentialités de changement et en conflits mobilisateurs de questionnements. Mais, si la psychanalyse est une, la situation analytique, la technique de travail avec les enfants (surtout les jeunes enfants ou les enfants très perturbés) est, elle, très différente. Le travail avec les parents fait partie de ces grandes dissemblances, comme nous le rappelle Manuela Utrilla-Robles à l'aide d'une formule dérangeante: en psychanalyse d'enfants nous serions plus près de l'agir que du penser. On voit à quel point, dans les conditions complexes inhérentes à l'analyse d'enfant, l'identité psychanalytique exige une encore plus grande rigueur du fait même de l'importance des liens et de l'impact des transferts et des résistances parentales. P. Decourt, à propos de l'analyse d'adulte, insiste aussi sur l'illusion d'une cure épurée de toute intrusion du réel au sein d'une bulle artificielle gonflée par la puissance idéalisée du logocentrisme. Il souligne que, si nous avons une dette vis à vis à Freud, c'est bien celle d'aider à la compréhension des processus, exigence incontournable pour assurer la survie de l'apport freudien. Le travail analytique avec les enfants, dont la fantasmatisation passe par l'acte, le travail sur la négativité comme émergence d'éléments significatifs bien

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qu'impensables (Green, 20001), nous aident à problématiser autrement nombre de processus et, de ce fait même, nos modalités interprétatives. On en arrive à se demander si, avec les adolescents et les pathologies dites narcissiques ou limites, nous nous situons si loin des passages « par l'acte» des enfants, éclairant, pour qui sait regarder, la mise en place de scénarios fantasmatiques. Thierry Bokanowski, de ce point de vue, aborde les particularités théoriques et techniques du travail avec des patients qui présentent des registres de fonctionnement psychique très hétérogènes et relativement clivés les uns par rapport aux autres. Il signale la nécessité de questionner la notion de structure si fortement ancrée dans la pensée psychanalytique française. On voit à quel point cette forme de remise à plat de nos grands repères peut favoriser l'idée de reprise évolutive, de subjectivation, quelle que soit la pathologie présente chez le patient. Il s'agit là d'une complexification essentielle qui rejoint en partie certains relents réducteurs issus des modèles causalistes de la fin du XIXème siècle. Sous une autre forme, mais au fond dans l'idée de la pluralité et de la souplesse, la notion de structure est questionnée par Terttu Eskelinen de Folch et le travail interprétatif par Antonino Ferro. Terttu Eskelinen de Folch insiste sur le fait que, même si, dans l'analyse des enfants, l'histoire de l'enfant nous provient par le biais des adultes après consultation des parents, notre compréhension majeure doit être centrée sur le vécu de l'enfant dans la séance. Pour ce faire, il faut nous laisser guider par l'enfant qui exprime ses expériences avec le passage par l'acte comme moyen de communication et d'évacuation. Le passé devient expérience pré-

Geen A., 2000, André Green at the Sqiggle Foudation, Karnac Books.

1

London,

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sente en séance analytique lorsque l'enfant actualise une partie ou l'autre de son monde interne. Antonino Ferro, en s'appuyant sur la pensée de Bion et la notion de champ des Baranger, considère qu'il est possible de ne pas mobiliser les défenses par la violence interprétative. Selon lui, les transformations narratives qui adviennent à travers le tissage du dialogue analytique n'impliquent pas un degré moindre de transformation par rapport à des interventions plus décodifiantes, car celles-ci donnent un sens plus explicite mais activent souvent l'intolérance du patient à recevoir ce que l'analyste propose. Chacune de ces approches, avec les enfants ou avec les adultes, en fonction des spécificités et des pathologies de chacun, passe par une redéfinition rigoureuse du cadre, des techniques adaptées, de ce que cela modifie dans l'écoute du matériel clinique et dans le contre-transfert. C'est sur l'ensemble de ces points que porte le débat contradictoire entre Paul Denis et François Balmes. Paul Denis se propose d'exposer certaines « oppositions pertinentes», certains écarts théoriques, parfois considérables, entre les formulations de Lacan et la psychanalyse que, pour aller vite, il qualifie de « traditionnelle », désignant par là, l'ensemble des analystes de l'APl (Association Internationale de Psychanalyse). Il souligne, par exemple à quel point la modalité de travail change radicalement: - selon qu'analyser le contre transfert soit une faute éthique, ou qu'à l'inverse l'analyse du contre transfert soit une exigence de tous les instants, - selon que l'interprétation se réduise au signifiant, ou que l'on considère que la réaffectation des souvenirs est un des facteurs du changement, - selon que l'on pratique des séances à durée possiblement variable en fonction de ce qui apparaît adéquat à 17

l'analyste, ou qu'au contraire la durée soit partie intégrante du cadre proposé comme un tiers à l'analyste et à l'analysant. François Balmès, pour sa part, se positionne, en son nom et non au nom d'une orthodoxie lacanienne, en faveur de la séance à durée variable tout en considèrant la séance courte, voire ultra-courte, que Lacan a pratiquée à la fin de sa vie à titre systématique, comme une aberration et un scandale. Il développera son point de vue sur la question de l'acte et de la temporalité dans la cure. Cette partie met en exergue à quel point notre travail clinique est lié à notre arrière plan théorique. Notre lecture théorique des textes, ceux de Freud en particulier, mais de tous les théoriciens, prend la couleur de notre conception de la vie psychique. Le travail de Sean Wilder nous donne ainsi un aperçu d'une lecture lacanienne de Winnicot, comme Antonino Ferro nous donne une lecture interpersonnelle de Bion. Nous souhaitons que cet ouvrage élargisse le débat et permette de repenser les liens actuels entre psychanalyse, médecine, psychiatrie, sciences. Comment se situe de nos jours la psychanalyse quand elle est importée dans le champ de la psychiatrie? En quoi, les modèles actuels utilisés dans les sciences contemporaines peuvent-ils enrichir nos propres conceptions des processus psychiques, maintenant que, comme le dit Étienne Cuénant, Freud a ouvert une nouvelle vision du monde, non pas du tout utopique, mais bien scientifique. Les questions ouvertes demeurent heuristiques et le champ de recherche et de pensée d'une rare richesse.

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1ÈRE PARTIE

LES ENJEUX DE LA PRATIQUE PSYCHANALYTIQUE

1

ère

section

Chez l'ad ulte

CHAPITRE I LA PRATIQUE PSYCHANALYTIQUE CONTEMPORAINE LES ENJEUX DE LA PRATIQUE ANALYTIQUE DANS LA PSYCHANALYSE CONTEMPORAINE
Thierry Bokanowski

Nous sommes bien conscients que, dans la pratique de la psychanalyse actuelle, il est rare de traiter un patient névrosé qui soit en mesure d'associer librement, dont les émotions apparaissent évidentes en séance, dont les résistances à exprimer une pensée pénible soient manifestes, et dont l'investissement profond dans la quête de la compréhension de lui-même constitue une partie essentielle de cette alliance thérapeutique qui lui permet de vaincre ses résistances et d'analyser ses conflits inconscients. La réflexion (d'algourd'hui) s'applique moins à l'analyse des patients névrosés qu'à un travail pratiqué avec des patients schizoïdes, états-limites et narcissiques (les individus qui, soit ne peuvent pas parler, soit sont si méfiants qu'ils n'osent pas lefaire) ,. il nous faut attacher une importance différente aux diverses règles qui régissent la pratique de la psychanalyse. e. Bollas, La force de la destinée, Calmann-Lévy éd. 1996.

Traiter, dans un temps obligatoirement condensé, d'un sujet aussi vaste et complexe que celui soulevé par la pratique analytique dans la psychanalyse contemporaine est un projet pour le moins ambitieux qui me conduira à ne

pouvoir proposer qu'une esquisse du vaste ensemble théorico-pratique soulevé par cette immense question.
Bouleversements conceptuels

Plus d'un siècle de pratique analytique nous sépare des premiers traitements entrepris par S. Freud. Si la méthode d'investigation des processus psychiques reste encore aujourd'hui sensiblement la même, néanmoins la réflexion autour de ce qui s'y oppose, ou de ce qui l'entrave, a, depuis, conduit à des bouleversements conceptuels qui ont quelque peu modifié notre compréhension, comme notre vision de la cure. Ceci a été en grande partie dû au fait que le modèle de « névrose de transfert », établi par S.Freud comme modèle paradigmatique de la situation analysante, s'est avéré insuffisant pour rendre compte des apories processuelles rencontrées chez ceux qui ne sont pas toujours en mesure d'organiser une névrose de transfert, ce qu'illustre remarquablement M. Little (dans le témoignage qu'elle donne de son analyse avec D.W. Winnicott), lorsque, abordant la question des angoisses qui régissent certains fonctionnements psychiques, elle écrit: « S.Freud a découvert que, lorsque les angoisses étaient en rapport avec la situation œdipienne (castration, perte d'une partie du corps, perte d'un objet ou perte de l'estime de soi) une névrose de transfert, que l'on pouvait guérir, se développait pendant l'analyse. Mais quand les angoisses concernaient plutôt l'existence, la survie, l'identité (névroses narcissiques et psychoses), la névrose de transfert n'apparaissait pas et la psychanalyse (dans sa forme classique) demeurait sans effet. » . On doit aussi se rappeler que bien avant, dans l'Abrégé (1940 (1938)), S. Freud avait lui-même reconnu, que l'on devait tenir compte de cette « autre catégorie de malades psychiques, manifestement très proches des psy24

chosés (...) immense foule des névrosés gravement atteints [dont] les causes aussi bien que les mécanismes pathogéniques de leur maladie doivent être identiques ou du moins très semblables à ceux des psychotiques », patients à propos desquels il écrivait que c'est à leur cas que l'on devait s'intéresser et rechercher « par quelles voies» on pouvait les « guérir ». Cette remarque suit celle qu'il avait fait une année plus tôt dans son texte testamentaire concernant la pratique analytique, L'analyse avec fin et l'analyse sans fin (1937), et qui témoigne de ses interrogations concernant les difficultés, voire les «limites », de celle-ci du fait des apories du processus psychanalytique, lui-même soumis aux apories de la vie psychique, en partie liées à l'hétérogénéité des parties du Moi chez tout sujet, allant du plus névrotique au plus psychotique: « Toute personne normale n'est en fait que moyennement normale, son Moi se rapproche de celui du psychotique dans telle ou telle partie, dans une plus ou moins grande mesure, et le degré d'éloignement par rapport à l'une des extrémités de la série et de rapprochement par rapport à l'autre nous servira provisoirement de mesure pour cette « modification du Moi» si vaguement caractérisée. » Ce constat est d'une importance capitale, car il implique que tout sujet, quelle que soit son organisation psychique, sa structure et le type de fonctionnement psychique qui l'anime, est susceptible à tout moment de fonctionner selon différents registres, qui vont du plus symbolique (et, dans ce cas, se réfèrent aux relations à l'objet total et sollicitent le développement d'un transfert qui s'apparente au modèle classique de la « névrose de transfert») à des niveaux de fonctionnement peu ou mal organisés par une symbolisation secondarisée, laissant alors apparaître des souffrances « narcissiques identitaires », liées aux vicissitudes des liens primaires à l'objet (ou, si l'on préfère, des liens à l'objet primaire). 25

Dans la pratique de la cure analytique, ces deux modèles de fonctionnement psychique se retrouvent toujours, dans des proportions variables chez tous les sujets. Plutôt que de parler de structure (ce que l'on a plutôt tendance à faire) il semble qu'il est plus analytique de se référer à ces deux modèles de fonctionnement qui, lors de sa pratique, se présentent à l'écoute du psychanalyste, ceci dans une oscillation continuelle et un remaniement incessant (D.Quinodoz, 2002) Là encore, je m'appuierai sur M. Little (1966) pour illustrer mon propos: « Non seulement la gamme de patients est très étendue, mais aussi la gamme de fonctionnements chez n'importe quel patient, celui-ci pouvant au fil des semaines ou des mois, voire au cours d'une seule séance, se révéler tour à tour ou simultanément névrosé, psychotique et "normal", se situer psychiquement sur plusieurs niveaux, tantôt glissant imperceptiblement d'un niveau à l'autre, tantôt passant brusquement de l'un à l'autre selon qu'une interprétation adéquate, qu'un évènement quelconque, en lui ou venant empiéter de l'extérieur, soulage l'angoisse présente, fasse céder une défense ou mette au jour une nouvelle couche de matériel ainsi que l'angoisse qui lui est inhérente. » Hétérogénéité du fonctionnement psychique Aujourd'hui la pratique analytique nous conduit de manière quotidienne à mener un travail analytique (je propose, ici, de condenser sous le vocable travail analytique aussi bien le travail de psychothérapie analytique pratiquée par un analyste formé à l'analyse, le dispositif de «face à face », que celui d'analyse, dans un dispositif classique « divan-fauteuil») avec des patients qui présentent de manière prépondérante des registres de fonctionnement psychique très hétérogènes et relativement clivés les uns des autres. Ces patients souffrent d'une hétérogé26