Les Enjeux du métier d'éducateur de jeunes enfants

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L'éducateur de jeunes enfants occupe une position très particulière dans l'éventail des professions sociales. L'objectif de cet ouvrage est de mettre en évidence le retour aux sources d'une profession qui n'a cessé d'être inscrite dans le champ social.
Les auteurs expliquent la construction de ce métier, dressent un panorama complet et très actualisé de sa réalité de terrain. Elles décryptent en particulier la réglementation concernant les établissements et services de la petite enfance et les enjeux de l'accession aux postes de direction des éducateurs de jeunes enfants.
Ouvrage de référence sur un métier en changement, il s'adresse autant à ceux qui désirent s'informer pour s'orienter vers la profession, qu'à ceux qui exercent déjà. Les responsables de lieux d'accueil de jeunes enfants et les cadres de formation
s'y référeront utilement pour comprendre les enjeux de la fonction d'éducateur de jeunes enfants. Ce livre est donc tout à la fois une base pour les professionnels et un outil abordable et motivant pour les postulants à la formation. En effet, tous
les aspects du métier et les données sur la formation préparant au diplôme d'État d'EJE sont présentés.
Cet ouvrage offre de plus une information précise sur la législation professionnelle, accessible à toute personne intéressée par ce métier. Cette troisième édition est à jour des changements intervenus dans l'accueil collectif des jeunes enfants.
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782710127741
Nombre de pages : 192
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Les enjeux du métier d'éducateur de jeunes enfants


Dominique Auzou-Riandey Bernadette Moussy



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Nous remercions chaleureusement l'ensemble des EJE interrogés pour leur grande disponibilité. La qualité de leurs témoignages et de leurs expériences professionnelles nous ont permis d'enrichir notre propre réflexion sur les pratiques et les enjeux du métier.

À mes enfants, Caroline et Rémi Riandey. À mes petits- enfants, Santiago, Valentine et Matias Mazoni- Moussy.




© 2007 ESF éditeur 

© ESF éditeur 2012 pour la 3e édition 

Division d'Intescia 

SAS au capital de 4 099 168 

52, rue Camille-Desmoulins, 92448 Issy-les-Moulineaux Cedex

ISBN : 978-2-7101-2774-1

ISSN : 1269-8377

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COLLECTION ACTIONS SOCIALES/ SOCIÉTÉ

dirigée par Amédée Thévenet 

La collection Actionssociales regroupe des ouvrages de référence écrits par des professionnels et des praticiens du travail social.

Outils de réflexion et de pratique, destinés à fournir des pistes d'action dans la tradition des ouvrages parus chez ESF éditeur, les livres de la collection Actionssociales s'intéressent tout à la fois à des questions d'actualité et à des réflexions de fond.

Destinés aux travailleurs sociaux en exercice et en formation, aux formateurs, aux enseignants, aux associations et aux élus, à tous les citoyens dans une société en évolution et à toute personne impliquée dans la fonction et l'action sociales, les ouvrages parus dans la collection répondent de façon pragmatique aux interrogations et aux attentes de terrain.

Préface

Cette troisième édition

L'éthique d'une société se mesure à l'aune de l'attention qu'elle accorde, ou non, à ses membres les plus vulnérables, dont les enfants et les bébés, et de ce point de vue, la place des éducateurs de jeunes enfants (EJE) est importante.

D'où l'intérêt de cette réédition qui intègre une réflexion sur les nouvelles mesures réglementaires, lesquelles ont parfois été fructueuses (décret de 2007) mais qui n'ont pas toujours pris suffisamment en compte les spécificités et les difficultés particulières de ce métier-pas-comme-les-autres (décret de 2010).

Mieux connaître les origines de cette profession, réfléchir aux différentes tâches primaires de l'EJE (éduquer, prévenir, coordonner), penser aux moyens de se former et de se qualifier, tout ceci est nécessaire non seulement pour ceux et celles qui s'engagent dans cette profession, mais aussi pour tous ceux et celles qui, à un titre ou à un autre, ont à travailler en synergie avec les EJE (pédopsychiatres, psychologues et psychanalystes d'enfants, travailleurs sociaux, personnels des différents lieux de vie des bébés, responsables administratifs...).

De la maison à l'école : une première étape du développement

Cette première étape, fondamentale et fondatrice, se trouve au coeur même des préoccupations de l'EJE. Elle est centrée par une « prématurité » physiologique particulière du nouveau-né humain.

Le risque, c'est que celui-ci est, on le sait, particulièrement fragile et vulnérable. La chance, c'est que le nouveau-né humain est le seul nouveau-né mammifère à ne pas construire son cerveau entièrement inutero, mais à en achever l'organisation après la naissance, soit au contact de son environnement, et en particulier dans sa rencontre avec le travail psychique d'autrui (parents ou professionnels).

C'est dire que la place de l'autre va s'inscrire au sein même de l'organisation neurologique du bébé et que la qualité de l'attention et des soins qu'on accorde au bébé a un impact énorme sur sa construction psychique et même cérébrale.

S'occuper des enfants des autres : un métier à part entière

Notre attention doit se centrer sur le difficile métier d'accueillir et d'éduquer les tout-petits, à un moment où les pouvoirs publics ont la fâcheuse tentation - pour des raisons d'économie qui ne font jamais que dévoiler davantage une éternelle ambivalence envers l'enfance - de revenir à l'idée que s'occuper des enfants des autres serait, au fond, relativement aisé pour quiconque a déjà fait l'expérience de la parentalité et se trouve animé de bonnes intentions1...

S'occuper des enfants des autres n'a rien à voir, en effet, avec le fait de s'occuper des siens. S'occuper des enfants des autres passe par la mise en oeuvre de nos propres parties infantiles, soit de nos parties les plus vivantes mais aussi les plus vulnérables, et ceci ne peut se faire sans dommage qu'au prix d'une formation approfondie - pas seulement d'un enseignement, mais d'une véritable formation au sens plein du terme. Pour socialiser un enfant, il ne suffit pas, tant s'en faut, de le plonger sans ménagement dans une collectivité d'enfants. La capacité d'un tout-petit à tirer profit du groupe dépend fondamentalement de la qualité de ses rencontres individuelles préalables ainsi que de la qualité du savoir-être, du savoir-faire et du savoir-dire des adultes qui l'accueillent et qui l'accompagnent au sein du groupe.

La fonction de l'EJE est ici essentielle car il s'agit, en effet, d'offrir à l'enfant l'occasion de transformer progressivement ses compétences en performances, de respecter les rythmes propres de son développement, de transformer ses pulsions agressives grâce à l'instauration de limites claires mais aussi grâce à un travail d'élaboration et de soutien à la sublimation progressive, de parler enfin à l'enfant mais avec un langage vrai, juste, empreint de plaisir et qui parte toujours du point de vue de l'enfant lui-même.

Mais il y a des obstacles à cette vision des choses

Je ne ferai que citer ici la triple culture de l'expertise (qui disqualifie les parents en leur laissant penser qu'il y a toujours quelqu'un, quelque part, qui sait mieux qu'eux ce qui est bon et nécessaire pour leur enfant), la culture de la rapidité (qui disqualifie la notion de rythme développemental propre à chaque enfant), et la culture du résultat (qui disqualifie l'attention aux processus qualitatifs du développement).

À ceci s'ajoute l'ambivalence assez généralisée des adultes à l'égard de l'enfance, le parasitage de nos interactions avec les enfants par les représentations de l'enfant qu'on craint soi-même d'avoir été, et la difficulté, enfin, du renoncement à notre pouvoir sur les enfants (ce qui ne signifie en rien un renoncement à notre devoir de leur fixer des limites). Mais au rang des obstacles, il faudrait encore citer l'enfant mythique ou culturel actuel (ensemble des représentations qu'une société donnée se donne des enfants et de l'enfance à telle ou telle époque de son histoire) qui laisse peu de temps aux bébés pour être des bébés, et bien entendu aussi les contraintes économiques qui, je l'ai déjà dit, ne font, généralement, que révéler et amplifier des résistances sous-jacentes.

Finalement, on le sent bien, le métier d'EJE est précieux mais complexe, et il importe pourtant, aujourd'hui, de savoir prendre soin des adultes qui prennent soin des enfants. Il y a là un véritable choix politique qui se doit de prendre en compte notamment le statut du travail des femmes dans notre société, l'équilibre entre une logique du quantitatif versus une logique du qualitatif (ce à quoi s'emploient, parmi d'autres, les collectifs « Pasde0deconduite » et « Pas de bébés à la consigne »), ainsi que la formation des soignants et des cadres administratifs sans laquelle tous les acquis des connaissances récentes ne peuvent que demeurer lettre morte.

Merci à Dominique Auzou-Riandey et à Bernadette Moussy de nous faire découvrir cette troisième édition de leur ouvrage qui fournit un document de référence pour les EJE, et pour l'ensemble des professionnels de la petite enfance, mais qui peut aussi fonctionner, me semble-t-il, comme un outil d'information à l'intention des politiques qui n'ont aucune raison de pouvoir deviner par eux-mêmes les prodigieux acquis scientifiques des avancées récentes qui ont eu lieu dans le domaine de la petite enfance.

Bernard Golse2

1. Voir à ce sujet le rapport de Michèle Tabarot sur « Le développement de l'offre d'accueil de la petite enfance », déposé en juillet 2008, rapport qui avait alors inquiété nombre de professionnels.

2. Pédopsychiatre-psychanalyste (membre de l'Association psychanalytique de France), chef du service de pédopsychiatrie de l'hôpital Necker-Enfants malades (Paris), professeur de psychiatrie de l'université Paris-Sud et de l'université ParisDescartes, président de l'Association Pikler Lóczy-France, président de l'Association pour la formation à la psychothérapie psychanalytique de l'enfant et de l'adolescent (AFPPEA).

Introduction

Le métier d'éducateur de jeunes enfants mérite d'être mieux connu. Il est à la fois très ancien, puisque émanant du métier de jardinière d'enfants importé d'Allemagne au début du siècle dernier, et très récent, puisque l'institution du premier diplôme d'État d'éducateur de jeunes enfants date de 1973. Ses lieux d'exercice s'étendent sur plusieurs secteurs d'activité dont certains sont méconnus.

L'éducateur de jeunes enfants s'adresse à tous les jeunes enfants et leur famille, dans toutes les institutions qui les accueillent et les prennent en charge, hormis l'Éducation nationale. Nous reviendrons sur ce point car cette institution est en train d'évoluer.

C'est un métier de l'éducation, qui s'exerce pour une grande part dans les secteurs social et médico-social.

Parmi les travailleurs sociaux de même niveau (éducateur spécialisé, assistant de service social, conseillère en économie sociale et familiale, éducateur technique), les éducateurs de jeunes enfants sont les spécialistes de la petite enfance. Paradoxalement, ils travaillent surtout en collaboration avec des personnels de santé de même niveau, infirmières et infirmières puéricultrices, mais en plus grand nombre, avec les auxiliaires de puériculture et personnes détentrices d'un CAP petite enfance, et beaucoup moins fréquemment avec leurs collègues travailleurs sociaux. Ils - elles - sont surtout connu(e)s du grand public comme faisant partie des équipes de crèches. Cette image n'est pas exacte.

Décider d'exercer le métier d'éducateur de jeunes enfants, vouloir participer à l'éducation de la petite enfance, c'est vouloir travailler avec chaque enfant et pour tous les enfants. Chaque enfant est unique et digne d'intérêt.

En conséquence, si cela veut dire que l'on va s'adresser aux tout-petits et à leurs parents dans des situations ordinaires d'accueil quotidien, on va de même chercher à aider plus particulièrement ceux qui connaissent des difficultés, ceux qui souffrent pendant leur petite enfance de leur état de santé ou de handicap, de leur situation familiale, ou de leur appartenance à un groupe qui vit l'exclusion et la pauvreté. . .

Choisir un métier de l'éducation, c'est prendre un engagement, assumer sa part de la responsabilité collective. C'est un engagement important et personnel qui implique notre propre histoire, notre culture et ce que nous en avons fait, nos choix de vie, nos propres recherches sur le sens de certaines valeurs. « Aimer s'occuper de jeunes enfants » demande un investissement et des qualités personnelles, sans lesquelles le métier d'EJE s'avérerait non seulement difficile ou fatigant mais aussi dépourvu de sens et ne serait profitable ni à l'intéressé, ni aux enfants, ni aux familles.

L'enfant et sa famille sont au coeur du métier. La fragilité du petit est pleine de promesses, il s'agit de savoir lui proposer le maximum pour lui permettre de grandir, de se développer au mieux de ses compétences et prendre une place dans la société qui ait un sens pour lui. C'est de cette façon qu'il deviendra un adulte responsable qui s'engagera à son tour dans la vie sociale.

Ce profond intérêt pour la petite enfance et son importance dans l'évolution de chaque individu et de la société est donc à la base du métier d'EJE.

Accueillir et accompagner les jeunes enfants ne peut se faire sans collaborer avec ses parents qui en sont les premiers éducateurs. Outre l'accueil éducatif que l'EJE assume en équipe, l'accueil des familles et le soutien à la fonction parentale constituent une part importante de ses fonctions et de ses pratiques. Cette base fondamentale du métier le situe d'emblée dans une fonction sociale et préventive, en tout lieu, même lorsqu'il s'exerce dans des lieux d'accueil ordinaires.

Quel que soit le poste qu'il occupe, l'EJE établit une relation éducative avec l'enfant, élabore et conduit un projet éducatif en coopération avec les parents et au sein d'une équipe.

Les contextes d'intervention de la profession sont vraiment très nombreux. La Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants dénombre plus de 70 types d'établissements ou de services dans lesquels les EJE exercent. Sans prétendre à l'exhaustivité, nous tenterons de préciser les conditions d'exercice du métier les plus fréquentes dans différents secteurs d'emploi de la profession. Les postes qui sont confiés aux éducateurs de jeunes enfants sont aujourd'hui en constante mutation, à l'instar de ceux des autres travailleurs sociaux. Nous intégrons dans cet ouvrage les ultimes arrêtés concernant le profil de la profession.

Enfin, sachant que, pour devenir EJE, il est indispensable de suivre une formation qui débouche sur le diplôme d'État EJE, nous évoquerons la formation des éducateurs de jeunes enfants et les modalités du diplôme d'État EJE.

Sur cette profession méconnue, il n'est pas si facile de se renseigner, ainsi qu'en attestent chaque année les entrants en formation d'EJE.

Cet ouvrage a donc pour ambition de compléter et actualiser les informations disponibles concernant le métier, en particulier la réglementation concernant les établissements et services de la petite enfance et l'accession aux postes de direction des éducateurs de jeunes enfants. Des études sur la réalité des évolutions des postes, statuts et embauches, font encore défaut.

En 2007, l'ensemble des professions du champ social s'est transformé, entraînant une prolongation et une modification de la formation EJE. En 2010, le décret du 7 juin (JO du 8) affecte essentiellement le secteur de l'accueil collectif des jeunes enfants. Nous souhaitons que ce fascicule devienne un outil de travail pour ceux et celles qui sont en formation ou en recherche de validation de leurs acquis professionnels, pour leurs formateurs, les professionnels débutants comme ceux devenus responsables de structures.

La longue histoire des éducateurs de jeunes enfants

L'histoire des éducateurs de jeunes enfants a plusieurs caractéris tiques. Elle s'intègre dans l'histoire sociale de la France, celle qui s'est préoccupée depuis deux siècles, de prendre soin de la petite enfance, que ce soit dans le secteur privé ou public. Elle s'inscrit dans l'histoire de l'éducation et de l'enseignement. Elle reflète aussi l'évolution de la perception de l'enfant, de sa place et de son statut.

1. Aux origines du métier

De nombreuses données entrent en jeu dans la création des institutions d'accueil des jeunes enfants et donc dans l'émergence du métier : les religions et les courants philanthropiques, qui se préoccupent d'aider les plus faibles, les philosophies qui sont à la base des méthodes pédagogiques, les événements historiques comme les guerres, à la suite desquelles on désirera changer l'Homme...

Il faut aussi noter l'impact de l'économie, avec l'avancée de l'industrialisa tion qui entraînera le travail des mères et une autre organisation de la famille ; les découvertes scientifiques, en particulier médicales, mais aussi l'avancée de la psychologie, qui apportera une autre connaissance de l'enfant et qui a changé jusqu'à aujourd'hui le regard que l'on a pour lui.

L'émergence du métier

Les soins, l'éducation et l'intérêt pour la petite enfance existent depuis longtemps, en premier lieu au sein de la famille. Les premiers travaux d'historiens ont mis l'accent sur la mortalité infantile et les abandons dont les enfants étaient victimes. D'autres chercheurs nous ont dévoilé par la suite, que déjà au Moyen Âge, dès sa naissance, l'enfant avait droit à des soins bien élaborés 1 . Cette histoire nous présente aussi les différents rites d'éducation qui marquaient la vie des enfants jusqu'à 7 ans, environnés d'un réseau d'adultes et de faits qui avaient un sens : il s'agissait de l'intégrer dans la société où il était né. Ils étaient différents en fonction du monde urbain ou rural et selon le pays dans lequel les enfants vivaient.

Comme aucune réalisation ne peut se faire sans l'engagement d'hommes et de femmes, des éducateurs, ceux qu'aujourd'hui nous appelons les « grands pédagogues », posent des actes au nom de leurs convictions religieuses, philosophiques, ou idéologiques. Ils gardent comme ligne de conduite l'éducation ou le respect de l'enfant.

Au XVIIe siècle, Coménius2, déjà...

Dès 1627, Komensky, dit J. A. Coménius, a publié un ouvrage sur l'éducation, LaGrandeDidactique, où il présente ses idées sur une éducation qui commence à la naissance pour se terminer à l'université.

Il est influencé par les idées des « Frères moraves 3 » dont il reprend le mode de pensée et d'action. Les idées essentielles sont que la mère a une place importante auprès de son enfant et que l'éducation du petit enfant commence à sa naissance. Cela passe donc par l'éducation pour tous : filles et garçons. Elle s'étend aussi à différentes formes d'intelligence mais aussi à tous les âges. Dans son chapitre sur « l'école du giron maternel » ou « l'école maternelle », Coménius propose que différentes familles se regroupent pour élever les petits. Le jeu y est important, les chansons et comptines aussi. On initie l'enfant au temps et à l'espace, on l'introduit dans le monde social, on fait son éducation sensorielle pour lui donner la conscience du monde extérieur.

D'autres principes qui imprègnent toute l'oeuvre de Coménius concernent aussi la petite enfance : l'importance de la nature, non seulement dans l'éducation de l'enfant, mais dans l'approche que l'on en a. Il faut le considérer comme une graine qui possède tout en puissance et n'intervenir que pour l'aider à grandir. Il faut attendre le moment favorable pour intervenir et n'enseigner que ce que l'enfant est prêt à recevoir. C'est ce que l'on appellera plus tard « le respect du rythme de l'enfant 4 ». Les sensations sont importantes, il ne faut pas séparer le manuel du mental. Il convient de donner de l'importance à l'expérience car l'enfant y est acteur et, de ce fait, il apprend à gérer ses facultés.

Toutes ces idées seront reprises par Jean-Jacques Rousseau et les pédagogues qu'il a inspiré pendant deux siècles : Johann-Heinrich Pestalozzi, Jean-Frédéric Oberlin, Friedrich Fröbel, Pauline Kergomard et nombre d'autres pédagogues qui vont marquer de façon irréversible l'approche de la petite enfance. Ils développeront la base des « méthodes actives 5 » dont les principes sont encore à l'ordre du jour et marquent profondément les approches de la petite enfance les plus récentes.

Plus tard, au XVIII e siècle, les nourrices et les premières institutions d'accueil

Des observations d'enfants dévoilent que les prémices de la psychologie enfantine existent au moins depuis le XVIII e siècle 6 . À cette époque, dans le monde rural, la garde est familiale. Dans le monde urbain, quand la mère ne peut garder l'enfant, il peut rester avec des voisins ou avec des enfants plus âgés que lui. Mais de plus en plus, il va être placé à la campagne, que ses parents soient artisans ou commerçants.

Dans le milieu aisé, la femme confie son enfant à une nourrice ou à des « gardeuses ». Quelques fois, elle l'allaite si elle s'est laissée influencer par les idées de Jean-Jacques Rousseau. Pour la femme de la campagne qui vient d'accoucher, c'est un moyen de gagner de l'argent en nourrissant l'enfant d'une autre.

Il y a des bureaux de placement avec des « recommandaresses ». Et déjà les municipalités ouvrent des bureaux de nourrices pour les contrôler et tenter d'éviter la terrible mortalité qui survient dès le transport et pendant le placement. On met en place des maisons de sevrage pour les enfants revenus de nourrice.

C'est en fin de XVIII e siècle que les premières institutions d'accueil pour la petite enfance sont créées sous les auspices de la reine Marie-Antoinette avec la Société de charité maternelle. Mais cela restera un institut de bienfaisance aux possibilités limitées.

À cette époque, la garderie des enfants se faisait par des personnes privées, à profit personnel. La situation était déplorable ; on gardait beaucoup d'enfants dans peu d'espace, il y avait 30 enfants dans une petite pièce par exemple. Il existe aussi la garde hospitalière à l'hospice pour les enfants abandonnés. Ils sont confiés à des nourrices ou à des religieuses comme les filles de la Charité de l'hospice Saint-Vincent-de-Paul, devenu aujourd'hui une pouponnière et un foyer de l'enfance de l'Aide sociale à l'enfance à Paris.

L'école est pour les enfants de 5 ans, encore que l'âge d'entrée à l'école en soit variable. À la campagne, ils sont gardés par la bonne du curé, ou une jeune fille pieuse qui occupe petits et grands en leur apprenant à coudre.

Lesécolesàtricoter

Une première réalisation va servir de référence par la suite : les « écoles à tricoter » de Jean-Frédéric Oberlin 7 .

Pasteur d'un petit village situé dans les Vosges à la frontière de l'Alsace, en 1770, Oberlin va ouvrir des « écoles à tricoter ». La pédagogie est basée sur l'observation de l'environnement et des activités traditionnelles.

Ces petites institutions font partie d'un plan d'éducation de tous les habitants : les enfants peuvent donner de bonnes habitudes à leurs parents, mais il y a aussi des démarches diverses où les parents apprennent à devenir responsables de leur village et de son évolution sociale et économique. Nous découvrons ici l'éducation de l'enfant comme vecteur de l'éducation familiale. N'est-ce pas un exemple d'éducation populaire ?

Parallèlement à ce début d'accueil collectif des très jeunes enfants, naît un courant d'idées qui fait de la mère un personnage sacralisé, seule en capacité d'élever son enfant. Elle deviendra ainsi un modèle pour les éducatrices. Ce dernier va être également prôné par certains révolutionnaires comme Talleyrand et aussi par le clergé catholique. Il durera longtemps puisqu'il sera constant chez des pédagogues comme J. Pestalozzi, F. Fröbel, P. Kergomard, avec « la mère intelligente et dévouée ». Parallèlement, une nouvelle vision de l'enfant va naître : il va devenir une future force de production qu'il faut protéger et gérer.

Au début du XIX e siècle, les maisons de sevrage 8 vont être peu à peu visitées par les « Dames charitables 9 » et les médecins. Leurs témoignages montrent que l'hygiène est catastrophique. Pour calmer les enfants, on leur donne du sirop de pavot ou de l'alcool dans leur biberon. C'est plus tard que l'hygiène va prendre une place importante et faire baisser la mortalité infantile grâce aux découvertes de Pasteur. Elle influence encore actuellement l'éducation du bébé, de même que la conception de certaines formules d'accueil collectif.

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