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Les enjeux éthiques de la prostitution

De
179 pages
L'église, dans le passé, oeuvra pour encadrer la pratique prostitutionnelle au détriment des exigences spirituelles dont elle se réclame. En parallèle à cette émergence de la prise en compte de la personne prostituée, nos sociétés modernes développent une certaine"privatisation de la sexualité". Dès lors, aussi bien la réalité prostitutionnelle que nos normes, nos lois et nos représentations sociales se voient interrogées, de manière fondamentale, sur les valeurs qu'elles mettent en jeu.
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Les enjeux éthiques de la prostitution

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B.PéquignotetD.Rolland
Chômage, exclusion, globalisation.. . Jamais les « questions contemporaines» n'ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines» est d'offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions Florence HODAN, Enfants dans le commerce du sexe. Etat des lieux, état d'urgence, 2005. V. TONEV STRATULA, La liberté de circulation des travailleurs en question, 2005. Henri SOLANS (sous la direction de), Faire société sans faire souffrir ?, 2005. Aziz HASBI, ONU et ordre mondial: Réformer pour ne rien changer,2005. Pierre-Alain PORTE, La valeur du sport, 2005. Dimitri MIEUSSENS, L'exception corrida: de l'importance majeure d'une entorse mineure, 2005. Bernard SALENGRO, Le stress des cadres, 2005. Dominique GARRIGUES, Manuel des réformateurs de terrain, 2005. Jean-Baptiste RUDELLE, Vous avez dit progrès ?, 2005. Bernard L. BAL THAZARD, Le développement durable face à la puissance publique, 2005. Laurent SALIN, Vers une Europe vaticane ?, 2005. David MATHEWS, Politique par les citoyens, 2005. Bernard LA V ARINI, La grande muraille du Ille Millénaire, 2005 Patrick BRAmANT, Lettres aux «anticapitalistes» (et aux autres) sur la démocratie, 2005. Marion PEYRE (Sous la dir.), Le livre noir de l'animation

socioculturelle, 2005.

Maïko- David Portes

Les enjeux éthiques de la prostitution
,

Eléments critiques des institutions sociales et ecclésiales

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www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 2-7475-9775-X EAN : 9782747597753

Préface

Sujet souvent classé parmi les vices qui contribuent à la putréfaction de la société, la prostitution peut être perçue sous différents angles. Le domaine littéraire est d'ailleurs assez représentatif de cette multiplicité. Ordinairement, nous avons coutume de nommer prostitution l'activité de vendre son corps pour pouvoir survivre, pour lutter contre la misère la plus basse. C'est le cas de FantineI. Celle-ci est, en effet, obligée de se prostituer pour subvenir à ses besoins ainsi qu'à ceux de sa fille, Cosette. Mais de cette sorte de prostitution découlent plusieurs paradoxes. Tout d'abord, comme le relève à juste titre Agnès Spiquel, Fantine se trouve réduite à la parole misérable: «Parce que j'ai Cosette, je me prostitue mais, parce que je me prostitue, je ne peux pas avoir Cosette avec moi. »2 Pour elle, la prostitution est un cercle vicieux car elle ne lui permet pas d'accéder à son but. Ensuite, cette activité relève un paradoxe entre la misère morale et la suffisance matérielle. C'est tout le sens de la remarque que fait Fantine à l'inspecteur : « Parlez à mon propriétaire, maintenant je paye mon terme, on vous dira bien que je suis honnête. »3 Ceci va à l'encontre des préjugés bourgeois selon lesquels une prostituée ne peut point être honnête puisque c'est malhonnêtement qu'elle gagne son argent.

V. Hugo, Les Misérables.. A. Spiquel, Victor Hugo, Les Misérables, romantiques. 3 V.. Hugo, Les Misérables.. 2

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Université

d'Amiens,

Société des Etudes

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Les enjeux éthiques de la prostitution

Enfm, une vérité semble apparaître dans son personnage; Fantine se prostitue pour sortir de la misère. Or, elle termine sa vie vieillie et ternie dans une misère plus grande encore. Pour Manon Lescaut, les choses se présentent de manière quelque peu différente4. Elle ne se prostitue pas pour simplement survivre, comme Fantine ; Manon ne supporte pas de mener une vie modeste, elle veut vivre la grande vie. Mais contrairement à Fantine qui semble s'offrir à qui en veut, Manon choisit ses « proies» et fait d'avantage figure de femme entretenue que de «putain ». Pour elle, le bonheur ne se résume pas à l'amour et à la complicité qui peuvent unir un couple. Au contraire, le bien-être du couple découle de l'aisance matérielle. C'est le sens de la réplique de Manon à son amant: « Crois-tu qu'on puisse être bien tendre lorsqu'on manque de pain? [. . .] laisse-moi pour quelque temps le ménagement de notre fortune [. . .] Je travaille pour rendre mon Chevalier riche et heureux. »5 Manon, par sa volonté de pourvoir aux besoins du couple en vendant un service d'amour, fait du Chevalier des Crieux son complice... son maquereau. Elle a réellement séduit son Chevalier au sens étymologique du terme (seducere: «détourner du droit chemin» ).Ainsi Manon ne se prostitue pas pour vivre bien, mais pour . . VIvremIeux. Mais s'il est un personnage qui aille plus loin dans la dépravation des mœurs, c'est bien Juliette6. Cette jeune orpheline utilise son corps comme moyen de gravir les échelons sociaux. À l'inverse de Manon qui ne recherchait que la fortune, Juliette quant à elle, aspire au pouvoir. La particularité de cet ouvrage, c'est l'inversion des valeurs à laquelle procède Sade; la vertu mène au malheur tandis que le vice ouvre les portes de la gloire. Juliette est l'incarnation de la dépravation et de la fourberie. Pour Juliette, la prostitution se présente comme une évidence:

4

5 Abbé Prévost, Manon Lescaut, GF, p 100. 6 Sade, Justine ou les malheurs de la Vertu. 8

Abbé Prévost, Manon Lescaut.

Les enjeux éthiques de la prostitution

« Dès le lendemain, ses prémices sont en vente. En quatre mois, la marchandise est successivement vendue à plus de cent personnes. »7 Même si elle évolue au départ dans une maison close, qu'elle considère comme une maison d'apprentissage, elle finit par voler de ses propres ailes et se sert de son pouvoir sexuel pour s'accaparer la fortune des hommes qu'elle séduit et, du même coup, accéder à un rang social plus élevé. Le dernier cas est celui d' Henriette8. Celle-ci est une femme honorable, qui appartient à la haute société. C'est pourquoi elle s'est toujours refusée à Félix, malgré un feu intérieur grandissant. Elle n'avouera ce désir qu'avant de mourir et va même jusqu'à affmner un fantasme de viol: «J'ai parfois désiré de vous quelque violence, mais la prière chassait promptement cette mauvaise pensée. »9 Dans un dernier élan de passion, elle confessera avoir souhaité « être une de ces filles déchues que les hommes aiment tant »10. Elle se pose ainsi en tant que prostituée dans le seul désir de satisfaire son unique client, car c'est sa froideur qui a jeté Félix dans les bras de la sulfureuse Lady Dudky, femme frivole s'il en est. En fait, Henriette semble avoir rêvé de briser les carcans d'une société trop conformiste, et envie aux prostituées une liberté sexuelle et morale qu'elle ne connaîtra jamais. «Fille de joie» ou «putain », victime ou manipulatrice, chaque prostituée a son histoire, d'où la complexité de la notion de prostitution. Est-elle due à un dysfonctionnement de la société? En est-elle une source? Certainement un peu des deux... dans tous les cas l'analyse qui suit nous permettra d'entrer un peu plus avant dans ce monde d'interdits et de faux semblants. Audrey CARDIA

7

Sade, Justine ou les malheurs de la Vertu, Gallimard, p 61-62. 8 Honoré de Balzac, Le Lys dans la Vallée. 9 Honoré de Balzac, Le Lys dans la Vallée, Gamier Frères, p 364. 10Ibid P 366.
9

Introduction

Le constat le plus marquant lorsque l'on aborde le thème de la prostitution au sein du corps social est qu'il inspire nombres d'auteurs, de journalistes, de peintres, de cinéastes... Oui, la prostitution est un fait social qui, dans sa fascination ou dans sa terreur, laisse peu d'artistes et de penseurs insensibles aux problématiques qu'elle pose sur l'Hommell et sur ses sociétés. Pourquoi cela? Parce qu'elle est une pratique qui résiste à tous les cadres que I'histoire lui procura. En effet, les seuls discours qui tentent de la comprendre restent sous la critique soit des influences idéologiques, soit des approches sociologiques. Critiques idéologiques, disions-nous? Alors, la prostitution est jugée moralement comme une activité, ou bonne, ou mauvaise, dont la société est appelée à reconnaître la juste place. Les uns lui désirent une reconnaissance professionnelle, tandis que les autres espèrent qu'une conversion de I'humain lui permettrait de quitter le monde. Critiques sociologiques? D'autres études, refusant d'entrer dans ces querelles d'opinions, préfèrent comprendre l'existence sociale de la prostitution de manière scientifique à travers des enquêtes sociologiques. Mais le handicap premier de telles approches est qu'elles présupposent une mathématisation du phénomène. Or, celui-ci, par sa complexité, résiste à une compréhension sociologique globale.

Il Nous faisons le choix dans l'écriture même de cette étude, de distinguer l'Homme et l'homme. Celui-ci désignera les individus masculins de l'humanité; en ce sens, l'homme est distinct de la femme. Celui-là recouvrira plutôt le sens d'être humain, c'est-à-dire se placera au-delà de la séparation des genres. Il

Les enjeux éthiques de la prostitution

Que reste-t-il alors de la prostitution? Jean-Louis Soulie, dans sa thèse de droitl2, soutient que « la compréhension moderne» exige un regard nouveau sur la prostitution éloigné de la moralisation des consciences. Ainsi, il s'attaque avec minutie aux idées qui construisent la prostitution comme une utilisation du sexe de la femme au service de l'homme, sources d'outrages et de violences qui se dresseraient comme un mur face à l'épanouissement de la personne. Cette déconstruction lui permet de faire apparaître la prostitution comme un fait de la société humaine, comme un mode de la réalisation de la sexualité humaine, comme s'il existait une sexualité de la prostitution. Alors, il dresse pour notre temps l'exigence de la prostitution comme le lieu de la libération totale des stéréotypes afm d'assurer les droits de la personne; car, au-delà des aspects moralisateurs ou anthropologiques qui peuvent se construire à partir d'un discours sur les Droits de l'Homme, l'esprit de ces droits est celui de l'individu dont la liberté et la responsabilité doivent être garanties par les lois. Aussi, ses derniers mots s'érigent en utopie: « Un réel respect de l'être humain. Une réelle libération. Sans a priori de la
prostitution. »13

Sa critique met au jour l'impasse des discours qui rendent compte de la compréhension du phénomène prostitutionnel dans les sociétés humaines: l'a priori. Il trace une voie nouvelle en vue de libérer la prostitution d'une régulation sociale contraignante construite par les a priori, dans la mesure où la prostitution d'aujourd'hui est celle de la personne libre et maîtresse de son corps tout comme de son sexe. Sans pour autant aller jusqu'à affIrmer ce droit à la prostitution que Jean-Louis Soulie semble fonder sur l'exigence de la modernité, il nous semble cependant intéressant de relever la tension qui habite son discours. En effet, la place de la prostitution dans la société est comprise à travers l'individu. Ainsi, la prostitution, parce que sexuelle, relèverait de l'autonomie de la personne, de sa vie privée, de son corps propre. A contrario, toute construction qui chercherait à saisir la question sociale de la prostitution dans sa socialité, notamment dans sa
Cf. J.-L. Soulie, Le traitement de la prostitution: inadéquation d'un système, Grenoble, Thèses-Lille, 1999. 13 J.-L. Soulie, Le traitement de la prostitution: inadéquation d'un système, Grenoble, Thèses-Lille, 1999 ; P 680. 12
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Les enjeux éthiques de la prostitution

dimension et sa régulation publique, ne révèlerait que les a priori de ceux qui construisent les discours. Le problème se dessine alors. La compréhension de la prostitution semble équivoque dans la mesure où elle relève de deux plans différents. Le premier l'érige en une activité privée dont la société doit par ses lois garantir l'existence en son sein suivant le principe de la liberté individuelle. Le second la fait être comme une activité publique mettant en jeu la société par le truchement de la relation prostitutionnelle. Ainsi, faisant se rencontrer le corps privé et le corps social, la question de la prostitution deviendrait une question identitaire. Ce qui nous amène à nous interroger sur le statut social de la prostitution; est-il plutôt privé ou plutôt public? Notre hypothèse de recherche est que la prostitution est un phénomène social complexe qui n'existe que dans la tension qui l'habite. Mais la mise en exergue de cette tension n'est pas encore chose acquise. Seule une étude qui prend en compte la question de la prostitution à travers une institution particulière - en l'occurrence l'Église - pourra infmner ou confmner cette compréhension. Ainsi, analysée dans ce qu'il est, le cheminement historique de la question sociale de la prostitution nous conduira à prendre la mesure de son existence sociale et de son statut au sein de la société. Même s'il s'avère exact, comme le pense Jean-Luc So~lie, que l'enjeu de la prostitution soit la liberté sexuelle des individus, cela ne suppose pas pour autant que sa tension privé/public s'évanouisse dans sa pratique et dans ses représentations. Quel est le statut social de la prostitution? Voilà dans le fond la question qui se pose à celui qui cherche ce que cette pratique révèle de l'Homme.

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Première Partie La prostitution, une activité en tension

Débuter notre analyse réclame de voir en premier si notre hypothèse est recevable. Celle-ci postule le fait que la prostitution apparaît comme une réalité sociale en tension entre le privé et le public. Il nous revient donc d'évaluer si la prostitution peut effectivement, au sein d'une société donnée, se comprendre à la fois comme une question privée et une question publique. Notre méthode consistera en une étude sur la manière dont la prostitution peut se donner à voir dans une institution particulière, en l'occurrence l'Église. Nous opterons donc pour une analyse de la prostitution à travers l'Église afm de créer un espace qui, espérons-le, fera surgir la tension de la prostitution. Toutefois, la rencontre de la réalité « prostitution» et de la réalité « Église» peut se décliner de multiples manières. En effet, les deux termes étant vastes, pluriels et chargés de nombreux développements historiques, il serait nécessaire de restreindre notre champ d'étude en précisant les présupposés que nous allons mettre en Jeu. Ceux-ci reposent sur le postulat que l'Église ne peut, dans son discours, exister que par une expression qui passe par la réalité sociale. Autrement dit, le discours de l'Église qui se veut « catholique », c'està-dire étymologiquement parlant universel aussi bien dans le temps que dans l'espace, ne peut exister qu'à travers des époques et des lieux qui lui donnent réalité. Bien sûr, si le paradoxe n'est que formel, puisque la logique veut la détermination comme principe de réalité, 15

Les enjeux éthiques de la prostitution

cela s'ouvre sur une tension fondamentale dont l'Église devient le théâtre: celle entre la réalité et la vérité. Pierre de touche de l'intellect sur laquelle butte la philosophie, cette tension se retrouve sous la plume d'Augustin dans les notions des deux Cités; l'une temporelle et l'autre spirituellel4. La cité terrestre s'oppose à la Jérusalem Céleste dont l'Église est, dans sa temporalité, le symbole-image. Ainsi, se construisent deux discours. L'un théologique articulé sur la Révélation de Dieu. Il assure la foi de la pérennité de la vérité. L'autre politiquerelatif à la vie de la polis (la cité) comme réalité humaine comprise

dans ses déterminations spatio-temporelles - qui est le mouvement
même de l'Homme dans son devenir. Partant de cette hypothèse qu'une tension habite la parole même de l'Église, nous dirigeons notre étude vers l'expression de cette tension dans le discours de l'Église sur la prostitution. En effet, il est de coutume d'affmner qu'Augustin est l'un des premiers penseurs à avoir écrit sur la nécessité sociale de la prostitution pour le maintien de l'ordre publicl5. De même, Louis IX (saint), dans une lecture moderne de l'histoire, se présente comme le père lointain des maisons closes du XIXème siècle par son réglementarisme qui institua les prostibulal6. Ces deux références du « On» social semblent déchirer l'Église entre son idéal de vie morale et la réalité de la nature humainel7. Ainsi, la

14 Il semblerait que pour Augustin, Babylone et Jérusalem soient intrinsèquement mêlées dans la temporalité historique. En effet, la Jérusalem Céleste ne peut s'incarner dans aucune institution humaine. En d'autres termes, l'Église elle-même porte en son sein la marque de Babylone. Ainsi, à l'image de la parabole du grain et de l'ivraie (Mt 13, 24-30) l'Église devient ce champ où les lumières de Jérusalem sont appelées à cohabiter avec les ténèbres de Babylone (Cf. P. Cubelier, Lajustice dans la Cité de Dieu, Paris, lEA, 2004). L'interprétation médiévale de ce texte d'Augustin cèdera à un déplacement qui fera de l'Église le symbole de la Jérusalem Céleste. Ainsi, cette réinterprétation conduira la pensée à justifier dans la vie de l'Église deux ordres -l'un spirituel et l'autre temporel- dont la théologie n'aura de cesse de réunir (Cf. Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, PUF, 2002; art. «politiques », et Dictionnaire Encyclopédique du Moyen Âge, Paris, Cerf: 1997 ; art. « pouvoir temporel»). 15Cf. Augustin, De Ordine, Paris, lEA, 1997 ; II,4, 12, Ig40-50. 16 Cf. J. Rossiaud, La prostitution médiévale, Paris, Flammarion, 1998. 17C. Chauvin met en perspective, dès l'introduction de son ouvrage (Les chrétiens et la prostitution, Paris, Cerf: 1983), la manière dont la morale chrétienne a compris la 16

Les enjeux éthiques de la prostitution

problématique de l'articulation - comprise aussi bien dans son sens de diction que dans son sens de cohérence - de la Parole de l'Église sur la prostitution aux sociétés dans lesquelles elle existe, se profile. Dès lors, le discours que tient l'Église sur la prostitution est-il immanent à la société dans laquelle elle le construit, ou, au contraire, en est-il transcendant? Certes, cette énonciation/représentation duelle semble absurde aux yeux de nos présupposés. En effet, ils laissaient entendre que l'Église se présentait comme cet espace de la rencontre entre l'immanence et la transcendance, entre la réalité et la vérité, entre l'histoire des Hommes et Dieu. En revanche, une telle question fait surgir une réflexion qui se problématise autour de la dynamique du discours de l'Église sur la prostitution. Une dynamique double, marquée d'une part par la vérité de la Révélation qui se situe au-delà du langage et de son énonciation, et d'autre part par le changement des sociétés humaines aussi bien dans leurs constructions idéologiques que dans leurs réalisations pratiques. Pour ce faire, nous allons examiner quelle est la parole théologique de l'Église sur la prostitution; une parole qui se construit comme un discours unificateur sur les variations historiques des positions de l'Église face à la question de la prostitution. Ainsi, partant du développement de l'Église durant la grande époque des institutions ecclésiales du Moyen Âge, nous verrons ce que les remises en cause, d'un côté par les bouleversements sociaux de la déconfessionnalisation de l'État, et de l'autre par une compréhension spirituelle renouvelée qui réorienta, à travers le discours théologique, les agirs chrétiens face à la prostitution, déplacent dans l'enjeu de l'activité prostitutionnelle. En effet, seul un parcours historique qui évalue les déplacements problématiques semble pouvoir guider notre recherche sur ce qu'est la prostitution dans la société des Hommes.

prostitution comme péché honteux, tout en refusant de remettre en cause son existence.

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