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Les épines de la couronne

De
232 pages
De tout temps, le pouvoir politique fascine. L'homme politique, selon les époques et les circonstances, fait figure de thaumaturge, de prophète, de demi-dieu. Par petites touches, à travers des aphorismes soigneusement ciselés, où fusent l'ironie, l'humour et la dérision, l'auteur jette un regard froid, parfois désabusé, sur l'homme du pouvoir qui, parce qu'il gouverne, tend à s'éloigner, malgré lui, de la condition humaine.
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Auguy Makey
Les épines de la couronne
De tout temps, le pouvoir polit que fascine. L’homme
polit que, selon les époques et les circonstances, fait fi gure
de thaumaturge, de prophète, de demi-dieu. En dépit de
son immense prest ge, le pouvoir polit que n’est pas exempt
d’aliénat on.
Par pet tes touches, à travers des aphorismes soigneusement
ciselés, où fusent l’ironie, l’humour et la dérision, Auguy
Makey jet e un regard froid, parfois désabusé, sur l’homme Les épinesdu pouvoir qui, parce qu’il gouverne, tend à s’éloigner, malgré
lui, de la condit on humaine. de la couronne
Réflexion sur le pouvoir politique
Auguy Makey est docteur en philosophie
(Université Paris I Panthéon-Sorbonne). Il vit et
travaille à Libreville (Gabon).
Illustrat on de couverture : Fotolia - Blackthorn branches © Kalavat
ISBN : 978-2-343-04680-8
22,50 €
Auguy Makey
Les épines de la couronne










Les épines de la couronne



Auguy Makey














Les épines de la couronne
Réflexion sur le pouvoir politique

















































































Du même auteur

Philosophie
L’homme, le sublime zéro (essai), Paris, éditions L’Harmattan,
coll. « Recherche & Pédagogie », 2008.

Littérature
Gabao News, nouvelles, Paris, éditions L’Harmattan, coll.
« Encres noires », 2008.

Brazza, capitale de la Force libre, nouvelles, Paris, éditions
L’Harmattan, coll. « Encres noires », 2004.

Tiroir 45, nouvelles, Paris, éditions L’Harmattan, coll. « Encres
noires », 2003.

Carnet secret de Judas Iscariote, roman, Paris, éditions
L’Harmattan, coll. « Encres noires », 1998.

« Hypertension », nouvelle, 1er Prix du Concours littéraire
« B.I.C.I.G. Amie des Arts et des Lettres », Libreville, 1996.

Sur les pas d’Emmanuel, nouvelles, Paris, éditions
L’Harmattan, coll. « Encres noires », 1995.

Francofole, nouvelles, Paris, éditions L’Harmattan, coll.
« Encres noires », 1993.

Pamphlet
Lettre ouverte aux partisans de la dot, Libreville, éditions
Odem, 2012.



























© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04680-8
EAN : 9782343046808
« Le pouvoir n’est jamais un bien si celui qui le possède n’est pas
homme de bien. »
ALFRED le Grand
« La politique, qui ne peut être morale, doit faire triompher la
morale. »
NAPOLEON
PREMIÈREPARTIE
1
Les principes d’une part. Les intérêts d’autre part. Deux
forces que la politique tente en vain de concilier.
2
Les politiciens s’approprient les meilleurs titres : « Son
Excellence », « Sa Sainteté », « Sire », « Sa Majesté »,
« Honorable » « Son Eminence », « Seigneur », « Altesse »,
etc. Régner, c’est naître de nouveau.
3
Waterloo, 18 juin 1815. Guerre décisive. Vainqueurs :
Wellington (Anglais) et Blücher (Prussien). Vaincu :
Napoléon Bonaparte. L’empereur français est entré dans la
légende. Les deux autres sont inconnus. Certaines défaites
contribuent à la gloire.
4
Il faut instituer une trêve inviolable : une semaine par an,
le souverain doit, seul, sans ses gardes du corps, descendre
dans la rue, se promener sur les places publiques, faire
luimême quelques courses, bavarder avec les passants, aller
partout, sans que sa vie ne soit menacée.
5
A la Conférence de Yalta, (4-11 février 1945), Staline
(URSS), Roosevelt (USA), Churchill (Grande Bretagne),
vainqueurs de la seconde guerre mondiale, se partagent la
planète. Roosevelt meurt en 1945, Staline en 1953,
Churchill en 1965. Cinquante années plus tard, tout leur
échafaudage politique s’effondre. Le monde n’appartient à
personne.
6
Toutes les femmes qui réussissent en politique se
masculinisent quelque part.
7
Le président américain Richard Milhous Nixon disait :
« Le succès de la démocratie dépend de la qualité de
1l’électorat et de la sagesse des élus. » Hélas ! Les votants
ne comprennent rien aux questions politico-économiques.
Les élus ne sont pas toujours les meilleurs produits de la
société. La démocratie est une éternelle frustration.
8
C’est au moment de mourir que le souverain s’aperçoit
enfin que tous les hommes sont égaux.
9
Lors d’une élection présidentielle, si le score entre les
deux finalistes est égal ou si l’écart est trop serré, il faut
procéder à un tirage au sort : dans un premier temps, les
hommes choisissent, dans un deuxième temps, les dieux
choisissent.
1 NIXON Richard, Dans l’arène, Paris, éditions Tsuru, collection «
Mémoriser », 1990, p. 340.
10
10
Le 17 mai 1954, la Cour suprême de la première
puissance économique du monde, les USA, à travers l’arrêt
Brown c. Topeka, supprime la ségrégation dans les écoles
publiques.
En septembre 1957, le Lycée de Little Rock dans
l’Arkansas, décide d’appliquer enfin la loi sur la
déségrégation. Neuf élèves noirs sont autorisés à s’inscrire. Emeute
dans la ville ! Face au déchaînement de la population, le
gouverneur Orval Faubus demande à la Garde nationale
(Force armée de l’Etat) d’interdire l’accès du Lycée aux
élèves noirs. Les troubles sociaux vont durer trois semaines.
Le président des USA Ike Eisenhower demande alors à
l’armée fédérale de conduire les neuf lycéens noirs dans
leur salle de classe respective. La haine et la contestation ne
faiblissent pas pour autant. L’année scolaire suivante, on
2décide de fermer tous les établissements publics de la ville .
Ceux qui définissent l’animal par l’instinct, oublient que
l’homme est encore plus instinctif que l’animal.
2 Il faudra attendre quarante ans pour que ces malheureux enfants profondément
traumatisés soient enfin honorés grâce à l’humanisme du gouverneur Bill
Clinton, futur président des USA. Il dira à ce sujet : « Les Neuf de Little Rock sont
devenus un symbole de courage dans la quête de l’égalité. En 1987, devenu
gouverneur, je les ai invités pour le trentième anniversaire de l’affaire. J’ai
organisé une réception en leur honneur à la résidence du gouverneur et je leur
ai montré la salle dans laquelle le gouverneur Faubus avait orchestré la
campagne visant à les exclure du lycée. Et, en 1997, nous avons organisé une
grande cérémonie sur la pelouse du lycée pour le quarantième anniversaire de
l’événement. A la fin de celle-ci, le gouverneur Mike Huckabec et moi-même
avons ouvert les portes du lycée tandis que les Neuf y entraient. Elizabeth
Eckford, qui, à 15 ans, avait été profondément blessée par les injures lancées contre
elle tandis qu’elle fendait seule une foule agressive, se réconcilia avec Hazel
Massery, qui s’était trouvée au nombre des persifleurs quarante ans plus tôt. En
2000, lors d’une cérémonie qui a eu lieu sur la pelouse sud de la Maison
Blanche, j’ai remis la médaille d’or du Congrès aux Neuf de Little Rock.
Décoration créée par le sénateur Dale Bumpers. »
CLINTON Bill, Ma vie, Paris, éditions Odile Jacob, 2004, p. 46-47. Traduit de
l’anglais (américain) par Michel Bessières, Agnès Botz, Jean Luc-Fidel, Michel
Garène, Jacqueline Henry, Patrick Hersant, Barbara Hochstedt, Claude-Christine
Farny, Sylvie Kleiman-Lafon.
11
11
Le rôle de courtisan ne sied pas à l’artiste : l’homme
politique ne chante que ses propres louanges.
12
Si vous vous retrouvez un jour devant un chef d’Etat,
n’oubliez pas la consigne : tout souverain se prend pour un
génie.
13
Pour avoir dit que l’homme est souillé par le péché
originel, qu’il est incapable de se sauver lui-même, que la
chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume, que les
choses de la terre sont sans valeur, que le vrai bonheur est
au Ciel, le texte religieux voit parfois plus loin que le texte
politique.
14
Il faut plaindre les présidents qui meurent au pouvoir :
ils partent dans l’ignorance. Il faut envier ceux qui perdent
le pouvoir : ils deviennent philosophes.
15
Quand un régime politique est trop mauvais, il arrive que
Dieu, pour se moquer des hommes, choisisse quelqu’un à
l’intérieur du système pour le liquider pacifiquement. En
Afrique du Sud, Frederik de Klerk enterre l’apartheid. En
URSS, Mikhaïl Gorbatchev démolit le communisme.
16
Excellent ou médiocre, le souverain se définit d’abord
comme un chanceux.
17
Le président sénégalais Léopold Sédar Senghor quitte le
pouvoir le 31 décembre 1980, cède le trône à Abdou Diouf.
12
Senghor qui veut néanmoins rester président d’honneur du
Parti socialiste, propose Moustapha Niasse au poste de
premier ministre. Dès son investiture comme président de la
République et secrétaire général du Parti, Diouf fait savoir
que la présence de Senghor aux réunions du Parti sera
incommodante. A la place de Niasse, il nomme son ami
Habib Thiam.
Toi qui t’apprêtes à quitter le pouvoir, saches que ton
dauphin, sitôt intronisé, ne sera plus un « yes man ».
18
Ceux qui exercent le pouvoir aiment la dictature. Ceux
qui convoitent le pouvoir aiment la démocratie.
19
« Mieux vaut partir cinq ans plus tôt qu’une minute trop
tard », disait le président français Charles de Gaulle.
Réussir sa sortie est la chose la plus difficile en politique.
20
Une religion installée au pouvoir ne peut régner que par
la terreur.
21
Tout règne politique commet une faute majeure.
Le 18 octobre 1685 à Fontainebleau, Louis XIV révoque
l’édit de Nantes qui, selon lui et ses conseillers, a donné
trop de droits aux églises réformées.
Napoléon Bonaparte s’épuise à maintenir un blocus
continental contre l’Angleterre et son commerce.
Staline qui a signé le pacte germano-soviétique le 23
août 1939, ne croit pas à l’imminence d’une attaque
allemande contre son pays.
Mao Zedong qui a imposé un régime communiste en
Chine populaire depuis 1949, se lance dans le « grand bond
13
en avant », pour rattraper et dépasser la production anglaise
de l’acier.
Conséquences de toutes ces erreurs :
– Les protestants quittent la France, ce qui réduit l’élite
du pays.
– Le blocus napoléonien, loin de ruiner l’Angleterre,
affaiblit l’économie française.
– Plus de vingt millions de mort en URSS lors de la
seconde guerre mondiale.
– Trente millions de morts en Chine populaire pour
avoir négligé l’agriculture et privilégié les hauts
fourneaux : la famine la plus terrible de l’histoire !
22
Dwight Eisenhower alias Ike, sort troisième de sa
promotion en 1915 de la grande école militaire de West Point
(USA). Commandant en chef du théâtre d’opération en
Europe, il dirige avec succès le débarquement allié de
novembre 1943 en Afrique du nord, met au point l’opération
Overlord (débarquement en Normandie) le 6 juin 1944.
Après la seconde guerre mondiale, il est chef d’état-major
général de l’armée américaine, président de l’Université
Columbia, premier commandant en chef de l’OTAN (Traité
de l’Atlantique Nord). Adulé, comblé d’honneur,
extraordinairement populaire, il est alors courtisé par les Partis
républicain et démocrate qui souhaitent le propulser à la
présidence de la République. Sous la bannière du Parti
républicain, il remporte les élections présidentielles de 1952. Il
sera réélu en 1956.
La démocratie devient une lamentable escroquerie
lorsque les élections – même les plus transparentes – ne
couronnent pas le plus apte, mais le plus populaire ou le plus
éligible.
14
23
Le président américain Abraham Lincoln, obsédé par la
lancinante question de l’esclavage et de la sécession des
Etats du Sud, écrit en 1862 :
« Si je pouvais sauver l’Union sans libérer un esclave, je le
ferai ; si je pouvais la sauver en libérant tous les esclaves, je
le ferai aussi ; et si je pouvais sauver l’Union en libérant
quelques esclaves et en abandonner les autres, je le ferai
également. »
En politique, les intérêts passent avant la morale.
24
La religion est céleste, la politique terrestre. Pour
descendre dans l’arène politique, la religion doit pactiser avec
le diable.
25
L’homme est libre donc ingouvernable.
26
Il n’y a que deux sortes de pouvoir : le peuple
commande, le souverain n’est qu’un serviteur ; le souverain
commande, le peuple est à son service. La première formule
n’est qu’une illusion.
27
Certains dirigent avec succès des pays immenses,
pluriethniques, surpeuplés, économiquement complexes.
D’autres vivent l’échec dans un village homogène de cent
habitants.
28
eAu XVII siècle, Nicolas Fouquet, marquis de Belle-Isle,
Surintendant des Finances françaises est un homme riche et
puissant. Pour éblouir le jeune roi Louis XIV, il l’invite
15
dans son merveilleux château de Vaux-le-Vicomte construit
par 18.000 ouvriers et dont le coût total s’élève à 18
millions de francs. Ce 17 août 1661, Fouquet étale une
splendeur inouïe devant six mille invités. On mange dans des
assiettes en or. Ce luxe insolent fait de l’ombre au
RoiSoleil.
Le 5 septembre de la même année, Nicolas Fouquet,
dénoncé par Colbert, est arrêté à Nantes par D’Artagnan le
capitaine des mousquetaires. Fouquet est jugé de manière
partiale et irrégulière trois ans durant par une Cour
extraordinaire composée de 22 juges. Condamné, on l’enferme
dans la forteresse de Pignerol. Il y meurt en 1680. Le roi
Louis XIV embauche, à son compte, les brillants artistes –
Le Vau (architecture), Le Nôtre (jardin), Le Brun (peinture)
– qui ont jadis travaillé pour Fouquet. Ils construiront le
célèbre château de Versailles. Le blason de Nicols Fouquet
portait la devise : « Quo non ascendam ? » (Jusqu’où ne
puis-je monter ?)
Pauvre Fouquet ! Il n’a pas compris que tout chef d’Etat
est un jaloux.
29
Ceux qui gouvernent avec le cœur sont faibles. Ceux qui
gouvernent avec la tête sont impopulaires.
30
En politique, il faut avoir son ennemi près de soi. Mais,
un ennemi trop proche vous surveille à son tour et vous
saute à la gorge. Terrible dilemme !
31
Aimé Césaire le poète de la négritude écrit dans sa
célèbre Lettre à Maurice Thorez, en 1956 : « Il y a deux
manières de se perdre : par ségrégation murée dans le
particulier ou par dilution dans l’universel. » Cette sentence
reste valable en politique : le souverain enfermé dans les
16
problèmes individuels ou accaparé par les affaires de
l’univers est un homme perdu.
32
Quand son père, le tsar Vassili II meurt en Russie le 4
décembre 1533, son fils Ivan (le Terrible) qui n’a que 3 ans
hérite du trône.
Les laboratoires scientifiques sont fermés aux enfants et
aux profanes. La politique n’hésite pas à confier la vie des
millions de gens à des nourrissons.
33
Joukov Gueorgui (1896-1974), maréchal soviétique, se
bat en 1938-39 contre les Japonais dans la région de
l’Amour, participe à la guerre contre la Finlande en
193940. Chef d’état-major de l’Armée rouge, vice commissaire
du peuple à la Défense, on le charge de bouter dehors les
soldats d’Hitler qui ont traîtreusement attaqué l’URSS.
Joukov, fin stratège, dirige la défense de Moscou, mène la
contre-offensive lors de la célèbre bataille de Stalingrad où
les terribles Allemands sont enfin écrasés. En 1957,
ministre de la Défense, il soutient la politique de
Khrouchtchev.
Hélas, Joukov ne fera pas carrière en politique : depuis
Napoléon Bonaparte, on se méfie des militaires victorieux.
34
erLe 1 janvier 1863, la proclamation d’émancipation des
esclaves noirs secoue l’Amérique : « Dans les Etats
sécessionnistes, les esclaves doivent se considérer comme
libres ». Quand il annonce cette libération des esclaves,
Abraham Lincoln, le président américain se heurte à
l’hostilité de ses concitoyens, même dans son propre Parti
politique (le Parti républicain). Lincoln sait qu’une simple
proclamation d’émancipation ne suffit pas : un autre
président, un autre gouvernement, s’il le souhaite, peut abroger
17
cette proclamation, la considérer comme un abus de
pouvoir. Il faut nécessairement un texte constitutionnel plus
solide. Lincoln doit alors convaincre les siens, affronter leur
réticence, blâmer leurs atermoiements, jouer de toute son
influence, proposer des nominations, des postes fédéraux,
négocier ferme pour convaincre ceux qui restent encore
favorables à l’esclavage. Le 31 janvier 1865, vote : 119
evoix pour l’abolition, 58 voix contre. Le 13 amendement
est enfin adopté. Lincoln, heureux peut alors dire :
« Si mon nom entre à jamais dans l’histoire, ce sera pour cet
acte. »
Comment une nation aussi jeune, aussi dynamique, aussi
pieuse, aussi prospère, aussi démocratique, a-t-elle pu
sombrer et persévérer dans le pire des péchés ? L’esclavage des
Noirs aux USA montre qu’une nation peut être puissante
économiquement, mais, arriérée moralement.
35
Quand on exerce le pouvoir politique, il est préférable de
tenir ses parents loin du trône. Même lorsqu’ils sont
brillants, il vaut mieux les voir exceller dans d’autres
domaines.
36
Il n’y a que trois sortes de politiciens : ceux qui font
reculer le pays, ceux qui le laissent dans le même état, ceux
qui le font avancer.
37
Le 18 mars 1977, le jeune commandant Marien
Ngouabi, président du Congo-Brazzaville est assassiné par ses
proches qui s’emparent du trône, maquillent le crime,
décrètent un mois de deuil national, réalisent des funérailles
somptueuses, organisent un procès truqué au terme duquel
on fusille quelques innocents. Les usurpateurs déclarent
18
l’illustre disparu « Immortel », « Héros national »,
confectionnent un musée, dressent une statue en son honneur,
donnent son nom à l’unique Université du pays.
Les politiques sont les meilleurs comédiens du monde.
38
Le monarque gère des courtisans. Le démocrate gère des
opposants. Entre ces deux options, le choix du souverain est
facile à deviner.
39
Le commun des mortels pense plus à ses amis qu’à ses
ennemis. Le souverain pense plus à ses ennemis qu’à ses
amis.
40
Jules César demande au Sénat romain le droit de
guerroyer en Gaule, juste pour se faire un nom et conquérir par
la suite le trône. Qu’importe s’il faut pour cela tuer des
milliers d’innocents !
41
Comment porter des grossesses, allaiter des nourrissons
et faire de la politique ? Le pouvoir politique reste à jamais
un bastion mâle ; les femmes – mêmes présidentes de la
République – y seront simplement tolérées.
42
Les temps modernes ont fabriqué un épouvantail qui
terrorise les chefs d’Etat : le sondage d’opinion.
43
Aucun politicien n’aime les urnes : lors d’une élection
correcte, le vrai vainqueur c’est le peuple.
19
44
La politique, même en démocratie, reste un exercice
violent.
45
Un Parti politique d’obédience religieuse se croira
toujours supérieur aux autres formations. On devra donc
l’interdire.
46
Le président du Cameroun Ahmadou Ahidjo, calme et
compétent, en fonction depuis 1960, se sent de plus en plus
mal. Fatigue, maux de tête, déficit de la mémoire. Le 3
novembre 1982, il appelle son premier ministre Paul Biya, lui
dit qu’il envisage démissionner de la présidence de la
République pour lui confier le pouvoir. « Réfléchissez et
donnezmoi la réponse dans une heure, mais je ne vous forcerai pas
3la main. » Biya, après quelques fausses hésitations accepte.
Dès le 4 novembre, Ahidjo informe les politiciens les
plus proches. A tout le monde et aux autres prétendants au
trône, il explique : « Vous savez bien qu’un homme du Nord
ne pouvait pas me succéder ; j’ai choisi parmi ceux du Sud,
4le plus posé d’entre eux » . L’après-midi, Ahidjo convoque
les membres de son Parti, l’UNC (Union Nationale
Camerounaise), leur annonce sa démission. Stupeur générale ! On
supplie le président de rester. Quelqu’un lui suggère de
garder ne fût-ce que la présidence du Parti. Ahidjo hésite,
finit par accepter mais promet se débarrasser de ce fardeau
dans six mois. Le samedi 6 novembre 1982 Paul Biya prête
serment à l’Assemblée nationale.
Commence alors un pénible bicéphalisme. Le Parti
(Ahidjo) ou l’Etat (Biya) ? Ahidjo, on le sent, ne veut pas
partir définitivement : « Le Parti définit les orientations de

3 Africa International, n° 327, septembre 1999, p. 24.
4 Idem
20 la politique nationale. Le gouvernement applique celles-ci
compte tenu de nos possibilités », dit Ahidjo dans le journal
Cameroon Tribune. Paul Biya quant à lui rétorque aux
journalistes de RFI (Radio France Internationale) que dans
la Constitution « qui, dans la hiérarchie des règles, est la
norme la plus élevée, il est dit que c’est le président de la
République qui définit la politique de la nation ».
Ahidjo qui souhaite contenir son successeur, veut
modifier la Constitution, faire en sorte que l’Etat soit subordonné
au Parti unique qu’il dirige toujours. Biya, le nouveau chef
de l’Etat décide alors d’attaquer : changement du
gouvernement, nouvelles nominations, etc. Le ton monte. Ahidjo
crie à la trahison, ameute ses troupes, notamment les
membres de sa tribu, les Haoussa.
Trop tard ! L’ancien chef n’a plus le contrôle de
l’appareil, notamment le trésor public, l’armée, la police,
les services secrets, l’administration. Le conflit se termine
par un bain de sang le 6 avril 1984. Deux jours de folie.
Deux jours de tuerie. Une mutinerie au sein des forces
armées camerounaises conduite par le colonel Ibrahim Saleh
et Ahmadou Seydou veut remettre en selle Ahidjo. Echec
complet. L’ex président serait-il responsable de ce putsch
déshonorant ? On l’ignore encore.
Biya conserve le pouvoir, crée sa propre formation
politique, le Rassemblement Du Peuple Camerounais (RDPC)
en mars 1985.
Exilé à Dakar, jugé au Cameroun, Ahidjo est condamné
par contumace. Tenaillé par les remords, déçu de s’être si
lourdement trompé sur son dauphin, rongé par la maladie,
Ahidjo meurt loin de son pays le 30 novembre 1989. Il avait
67 ans.
Moralité de cette histoire :
Un brillant politique peut se tromper sur les
compétences réelles de son dauphin : sous Biya, le
Cameroun recevra de la part des experts internationaux,
no21
xtamment l’Agence Transparency International basée
en Allemagne, l’infâme qualificatif de « pays le plus
corrompu au monde ».
 Le fauteuil du pouvoir est entier : on ne peut avoir
une fesse dedans et une autre dehors.
 Le bébé ne repart jamais dans le ventre de sa mère :
qui décide de quitter la matrice du pouvoir politique,
ne doit pas regarder en arrière.
 Comme le dit le petit peuple, « le pouvoir, comme la
femme, ne se prête pas. »
47
On ne se bouscule pas au portillon de la philosophie : la
philosophie est difficile.
On ne se bouscule pas au portillon de la science : la
science est difficile. tillon de l’art : l’art est
difficile.
On ne se bouscule pas au portillon du sport : le sport est
difficile.
On se bouscule trop au portillon de la politique : la
politique est difficile, mais c’est la seule activité qui n’exige
aucune qualification particulière.
48
Que choisir ? Prophète ou politicien ? Moïse eut peu de
mal pour libérer les Hébreux : quelques miracles suffirent
pour effrayer Pharaon. Le calvaire de Moïse commença
quand il fallut conduire le peuple vers la Terre promise.
49
L’âge idéal pour la magistrature suprême se situe entre
40 et 70 ans. Avant, c’est trop tôt ; après, c’est trop tard.
22