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Les Espaces publics informels en Afrique

De
282 pages
Cet ouvrage reprend l'ensemble des travaux de l'auteur sur le phénomène de la mobilité sociale et politique des espaces publics informels en Côte d'Ivoire. Connus sous les étiquettes "Sorbonne", "Agoras et Parlements" et "Grins", ces lieux de prise de parole sur les faits brûlants d'actualité nationale et internationale se démultiplient, et leurs manifestations sociopolitiques suscitent une série de réflexions scientifiques sur la trajectoire de la "politique de rue" dans le processus de construction de la démocratie en Côte d'Ivoire.
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N’Guessan Julien ATCHOUALes Espaces publics informels en Afrique
Le présent ouvrage est une version revue et corrigée de l’ensemble des
travaux de N’Guessan Julien Atchoua sur le phénomène de la mobilité
sociale et politique des espaces publics informels en Côte d’Ivoire.
Connus sous les étiquettes « Sorbonne », « Agoras et Parlements » et
« Grins », ces lieux de prise de parole sur les faits brûlants d’actualité Les Espaces publicsnationale et internationale rappellent à la fois le Speakers’ Corner de
Londres, l’agora de l’Antiquité grecque ou même l’arbre à palabre des
cités traditionnelles africaines. informels en Afrique
Leur démultiplication et leurs manifestations sociopolitiques dans
les quartiers populaires d’Abidjan et d’autres villes comme Bouaké ou « Sorbonne », « agoras et parlements », « grins »
Yamoussoukro suscitent ici une série de réfl exions scientifi ques sur la
trajectoire de la « politique de rue » dans le processus de construction
de la démocratie en Côte d’Ivoire.
Docteur N’Guessan Julien ATCHOUA est Maître de
Conférences et enseignant chercheur en communication
politique à l’UFR Information, communication et arts
de l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan (Côte
d’Ivoire). Membre du Centre d’études et de recherches en communication
(CERCOM) et de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) au
Québec (Canada), il s’ intéresse aux mutations de l’espace public en rapport
avec les médias et la vie socio-politique nationale et internationale.
Préface de Christian Agbobli
ISBN : 978-2-343-02864-4
28 euros
N’Guessan Julien ATCHOUA
Les Espaces publics informels en Afrique












LES ESPACES PUBLICS INFORMELS
EN AFRIQUE
« Sorbonne », « agoras et parlements », « grins »


















N’Guessan Julien ATCHOUA








LES ESPACES PUBLICS INFORMELS
EN AFRIQUE
« Sorbonne », « agoras et parlements », « grins »



Préface de Christian Agbobli















L'HARMATTAN




































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343- 02864-4
EAN : 9782343 028644

PRÉFACE

DE L’UTILITÉ D’UNE LECTURE
IVOIRIENNE DE L’ESPACE PUBLIC

Amadou Hampaté Ba disait qu’en Afrique, quand un
vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.
L’ouvrage rédigé par notre collègue N’guessan Julien
Atchoua, fait ressortir un vif intérêt ou une prise en
compte du chercheur pour la réflexion sur la tradition
orale en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire. Si la
phrase d’Amadou Hampaté Ba reflète l’état des lieux dans
plusieurs pays d’Afrique et rend compte à la fois du
respect dû aux aînés (en raison de leurs expériences, de
leurs connaissances et de leurs sagesses) et des risques
qu’encourent les sociétés sans écriture, ce dernier peut
reposer en paix car l’ouvrage de Julien Atchoua permet de
réconcilier les défis des sociétés orales avec les enjeux de
recherche en favorisant une rencontre entre une forme
d’engagement politique basée sur la prise de parole en
public et l’engagement du chercheur basé sur la collecte
de données reliée à la prise de parole en public.

Si plusieurs chercheurs ont inscrit l’Afrique dans le
pôle des sociétés sans écriture, des recherches récentes ont
souligné que les sociétés africaines ont été à la fois des
sociétés écrites et des sociétés orales. Néanmoins, les
différentes sociétés africaines sont marquées par
l’importance de la tradition orale, symbolisée par l’arbre à
palabres. Cette tradition correspond d’une certaine
manière à la discussion publique de personnes privées,
telle que Jürgen Habermas l’a soulevé dans son livre
L’Espace public. Archéologie de la publicité comme
7

dimension constitutive de la société bourgeoise, publié en
1962. Analysant l’évolution du capitalisme et la
transformation de l’État, Habermas souligne que c’est face
au pouvoir et à son pendant, que se forme la société
bourgeoise. Jürgen Habermas donne une définition de la
sphère publique bourgeoise : « La sphère publique
bourgeoise peut être tout d’abord comprise comme étant la
sphère des personnes privées rassemblées en un public.
Celles-ci revendiquent cette sphère publique réglementée
par l’autorité, mais directement contre le pouvoir
luimême, afin de discuter avec lui des règles générales de
l’échange, sur le terrain de l’échange des marchandises et
du travail social - domaine qui reste essentiellement privé,
mais dont l’importance est d’ordre public. Le médium de
cette opposition entre la sphère publique et le pouvoir est
original et sans précédent dans l’histoire : c’est l’usage
public du raisonnement (1988, p. 38). » Dans ce sens, le bourgeois s’oppose au pouvoir dans le but de
transformer la nature de la domination. La sphère publique
peut être définie comme le raisonnement public de
personnes privées. À une sphère publique économique,
s’ajoute une sphère publique culturelle et politique qui a
pour lieu les cafés, les salons, les réunions d’habitués qui
constituent les institutions d’une sphère publique littéraire.

Une telle lecture de Jürgen Habermas correspond à la
vision que nous donne Julien Atchoua des espaces publics
informels, Agoras, Parlements et Grins dans le contexte de
1la Côte d’ivoire dans le sens où la notion d’espace public-

1
Loin de nous l’idée de mettre sur le même tableau Jürgen Habermas
et Julien Atchoua. Toutefois, la manière dont le chercheur ivoirien
analyse et décortique les espaces informels suggère quelques
comparaisons, même si les territoires géographiques et temporels sont
8

au-delà d’être uniquement une réflexion articulée dans un
contexte occidental, se déploie dans d’autres sphères,
notamment en Côte d’ivoire avec l’analyse nourrie que
nous apporte Julien Atchoua autour des espaces informels
qui permettent aux gens de discuter des choses publiques.

L’espace public selon Atchoua
Lorsque la presse qualifie les espaces publics que sont
les agoras et autres parlements de lieux de « parole, rien
que parole », comme le rappelle Atchoua, le chercheur se
doit d’interroger la puissance de cette parole. À quoi
sertelle ? A-t-elle un effet de transformation sur la vie
politique ivoirienne ?

Dans la réflexion qu’effectue Atchoua, une tension
entre ces espaces de rue et la vraie démocratie apparait. La
démocratie telle qu’elle essaie de se construire en Côte
d’Ivoire ressemble à une sorte de mise en scène mimée par
les citoyens ivoiriens adeptes des espaces publics
informels. Si ce balbutiement démocratique ivoirien
n’avait pas des conséquences tragiques pour la population
ivoirienne, on aurait pu sourire de la théâtralité construite
dans les agoras et dans les parlements. Toutefois, cette
théâtralité possède un fort pouvoir communicationnel.
Selon Atchoua, « Ces interactions permettent, dans le
même temps, de définir le phénomène comme un système
communicationnel dans son fonctionnement. On y observe
des acteurs sociaux en interaction qui débattent des faits
d’actualité par le canal de la parole. » Le chercheur Julien
Atchoua souhaite donc analyser ces espaces sous un angle
purement communicationnel. Cet aspect apporte un

différents : L’Occident du XVIIIe siècle pour Habermas et la Côte
d’Ivoire de 2002 à 2011 pour Atchoua.
9

éclairage spécifique à la réflexion menée par l’auteur du
livre.

Les défis d’une telle entreprise
Si le contexte d’apparition de la Sorbonne d’Abidjan
est antérieur à l’avènement du multipartisme en Côte
d’ivoire, on peut interroger l’absence de filiations avec les
traditions ancestrales ivoiriennes. En effet, ces espaces
informels ne relèvent pas d’une génération spontanée.
Elles découlent d’une histoire construite par les grandes
ethnies ivoiriennes (Akan, Krou, Mandé, etc.) et qui s’est
déployée dans la période post-indépendance. On peut
néanmoins souligner le riche rappel des conditions de
création de ces espaces de rue.

La temporalité de la réflexion constitue un autre défi.
En effet, l’ouvrage de notre collègue Julien Atchoua cible
la période 2002-2011. Si cette période mérite qu’on s’y
penche attentivement en raison des nombreuses
turbulences qu’a connu la Côte d’Ivoire (quasi-Etat
d’exception, multiplication de négociations et d’accords,
tension extrême, changements de premiers ministres, etc.),
Atchoua aurait pu renforcer l’analyse de la période du
parti unique puisque le bilan des années Houphouët, même
s’il est entamé par les chercheurs ivoiriens, n’est pas
encore complètement épuisé.

Par ailleurs, si Atchoua reconnaît la capacité des
orateurs à diffuser des rumeurs, alias Radio-Treichville, il
aurait été pertinent de réfléchir sur la force de la rumeur
dans les sociétés africaines qui ont été marquées par la
tradition orale (voir : Akindès ; Bonhomme ; Djian ;
Froissard).

10

La ligne de fracture politique qui structure les agoras,
parlements et grins amène le lecteur à s’interroger sur la
structuration d’espaces qui étaient censés être informels :
n’y a-t-il pas de perte de liberté pour les membres ? Le fait
de se réunir dans un hôtel ne gâche-t-il pas la liberté qui
caractérise ces espaces de discussion ?

Lorsqu’il aborde le discours de La Baule de François
Mitterrand alors président de la République française,
Atchoua tend à penser que ce discours a amené les
autorités ivoiriennes à aller dans le sens de la démocratie.
Nous faisons une lecture complètement différente de cet
événement historique. En effet, la France, comme
ancienne puissance coloniale, est mue par des intérêts
stratégiques et la Côte d’Ivoire faisait assurément partie de
ses enjeux stratégiques. Nous sommes d’avis que les
pressions internes sont les éléments les plus importants qui
ont amené l’évolution de la situation politique en Côte
d’ivoire. Ici se situe ma principale réfutation à l’analyse d’
Atchoua.

La deuxième critique repose sur l’absence de mention
d’un haut lieu de l’espace public informel en Côte
d’Ivoire. En effet, pour qui connaît l’histoire de ce pays,
on ne peut occulter le rôle joué par la fameuse rue
princesse à Abidjan (aujourd’hui détruite) qui fut l’espace
public informel par excellence où se déroulaient des
échanges et des discussions de toute sorte.

Si par moments Atchoua aborde la question religieuse,
il aurait fallu étayer la réflexion sur le rapport entre
religion et pouvoir en Afrique. En effet, si les sociétés
africaines ont connu une domination religieuse avec le
christianisme et l’islam – phénomène que peu de
11

chercheurs ont voulu mettre en exergue -,
l’Étatpostcolonial a su mettre à contribution la religion pour
continuer à asservir les peuples. On peut donc se
demander si l’intégration de la religion dans les
parlements et grins ne correspond pas à une stratégie
sournoise de maintenir une domination du politique et du
religieux sur le citoyen lambda ivoirien.

***
Au-delà du contexte d’oralité et des enjeux culturels,
économiques et politiques des espaces publics informels
formalisés, la réflexion d’Atchoua contribue à approfondir
théoriquement dans le champ de la recherche en
communication en Afrique, un nouvel espace de recherche
fécond autour des enjeux d’oralité. Evidemment,
N’guessan Julien Atchoua, en tant que brasseur d’idées,
est un précurseur dans le sens où il ancre résolument sa
réflexion dans la discipline de la communication. Nous
pensons que cet ouvrage apporte, à n’en point douter, une
pierre importante à la construction africaine d’un cadrage
analytique en communication.

2Christian Agbobli

2 Christian Agbobli est vice-doyen à la recherche et à la création de la
Faculté de communication de l’Université du Québec à Montréal
(UQAM). Professeur au Département de communication sociale et
publique de cette université canadienne, Christian Agbobli est
spécialiste en communication internationale et interculturelle.
Directeur du Groupe d’études et de recherches axées sur la
communication internationale et interculturelle (GERACII), membre
du Centre de recherche GRICIS et de la Chaire Unesco en
communication et technologies pour le développement, le professeur
Agbobli a plusieurs ouvrages et publications scientifiques à son actif
et est membre de plusieurs comités scientifiques internationaux dans
12

INTRODUCTION

Dans le continuum de nos recherches sur l’espaces
public informel, le présent ouvrage est une version revue
et augmentée de la première édition intitulée « Les espaces
publics informels Agoras, Parlements… et Grins :
Sociogenèse, frontière de la démocratie et devenir d’un
espace public émergent ». Eu égard à leur expansion et
mutation sous l’influence des crises sociopolitiques que
connaît la Côte d’Ivoire, plusieurs de nos travaux qui
s’inscrivent dans le champ de la communication politique
ont été consacrés à ce phénomène des espaces publics
informels en Côte d’Ivoire : mémoire de Maîtrise (2002),
projet de DEA (2003), la thèse de Doctorat (2008), un
article scientifique et un ouvrage parus en 2012.
L’objectif visé dans le présent ouvrage est d’actualiser
les informations sur ce phénomène des espaces de
communication politique de rue. Sous l’emprise des crises
sociopolitiques qui caractérisent le jeu politique ivoirien et
à la jonction entre la société moderne et les valeurs
culturelles africaines de sociabilité, ces phénomènes de la
« politique de rue » attirent, aujourd’hui encore, de plus en
plus de jeunes. Ils sont dans leur grande majorité des
personnes sans emploi. Les plus chanceux sont des
débrouillards du secteur informel difficilement rentable.
Ces espaces publics qui rappellent de façon apparente à la

des revues et congrès au sein des Sciences de l’information et de la
communication (SIC). Son dernier ouvrage publié en 2013 est
Identités diasporiques et communication (en collaboration avec
Oumar Kane et Gaby Hsab). Son précédent ouvrage (2011),
Communication internationale et communication interculturelle :
regards épistémologique et espaces de pratique (avec Gaby Hsab), a
contribué à structurer le champ de la communication internationale et
interculturelle dans les SIC.
13

fois l’Arbre à palabre des civilisations africaines,
Speakers’ Corner de Hyde Park à Londres ou même
l’Agora de l’antiquité grecque, constituent une réelle
problématique de l’espace public discursif en Côte
d’Ivoire.
En somme, intitulé « les espaces publics informels
Agoras, Parlements et Grins en Côte d’Ivoire, mobilité et
trajectoire de la politique de rue dans la crise ivoirienne »,
cet ouvrage se veut un creuset de réflexions sur les enjeux
de l’espace public informel au lendemain de l’avènement
en Côte d’Ivoire du multipartisme et des crises
sociopolitiques et militaires qui l’ont succédé. En
s’appropriant les informations (sociogenèse des espaces,
leur description, etc.) des travaux effectués
antérieurement, cette nouvelle édition revue et corrigée
met à jour, à travers un renforcement de la méthode
d’observation, des données sur ce phénomène sous la
perfusion des événements sociopolitiques de 2002 à avril
32011 et même après le changement de pouvoir d’Etat. Le
19 septembre 2002 fut le début d’une crise sociopolitique
et militaire entre des groupes rebelles et le régime de
Laurent Gbagbo. Cette crise qui marque une
« brutalisation » du champ social et politique ivoirien
(Dozon 2011) a abouti en avril 2011 à une guerre

3 La crise ivoirienne dans son aspect militaro-sociopolitique ne date
pas que de 2002. La Côte d’Ivoire post-Houphouët-Boigny
(19601993) a, au contraire, connu un coup d’État, heureusement non
sanglant, en décembre 1999 qui a renversé le régime du président
Henri Konan Bédié (1993-1999). Pour des besoins d’illustration, cette
période de conflit sociopolitique et militaire est évoquée dans certains
paragraphes de ce document. Elle n’est pas cependant au centre de nos
investigations contrairement à la période de 2002 à 2011 où l’espace
public informel, objet de notre étude, a été mobilisé et réellement
impliqué dans le jeu politique d’affrontement idéologique, symbolique
et physique entre les acteurs politiques ivoiriens.
14

fratricide qui a vu un changement de pouvoir à la tête de
l’Etat avec la chute du président Laurent Gbagbo en
faveur de son adversaire Alassane Ouattara. La question
est alors de déterminer le niveau d’influence de cette crise
sur les mutations sociopolitiques de l’espace public. Les
espaces publics ont-ils été neutres, partisans actifs ou
passifs dans cette crise ? Quelle fut leur trajectoire
politique dans les événements qui ont fragmenté le tissu
social en Côte d’Ivoire ? Sous cet angle, trois objectifs
fondent l’écriture du présent ouvrage. Il s’agit
premièrement, de cerner ces espaces publics informels
comme des lieux de communication parallèle au système
formel de communication ; deuxièmement, comme des
lieux de reconstruction des identités sociales, culturelles et
politiques. Enfin, cette étude s’ouvre également à la
problématique toujours préoccupante de la relation de ces
espaces au politique. Ces objectifs trouvent donc leur
fondement dans les fonctionnalités des espaces en
question : la dimension communicationnelle, la fonction
de construction des identités et le volet politique de ces
espaces de discussion de rue. Le présent travail constitue
alors un questionnement sur ces différents aspects de
l’espace public informel ivoirien qui s’offre à divers
champs d’interprétation.
En tant que rassemblements d’individus, ces lieux de
communication interpersonnelle pourraient être sujets à
divers contextes d’influence que nous sommes amenés à
cerner. La connaissance des enjeux et des significations
sociales de ces espaces publics ivoiriens peut donc
constituer un atout pour leur contrôle et même si
nécessaire, pour la réorientation profitable des ambitions
des acteurs qui se regroupent. Sur le plan scientifique,
cette recherche sera le lieu de découvrir, à partir
15

d’instruments élaborés, des faits pratiques de
communication en milieu populaire ivoirien.
Dans l’ensemble, ces espaces publics informels qui
connaissent des formes diversifiées d’organisation varient
en nombre de personnes. Il n’est pas aisé de leur trouver
une appellation ou classification stable. Mais, en tant que
regroupements de personnes, ces espaces de discussion de
rue des milieux urbains ivoiriens donnent à penser à des «
foules conventionnelles » que Anzieu et Martin (1971 :
17-45) définissent comme étant la rencontre de plusieurs
personnes sur un lieu précis. Une rencontre dont la
dynamique est fortement liée aux circonstances, à
l’influence de leaders, à l’interdépendance des personnes
rassemblées, à la poursuite des mêmes buts et à la
référence chez elles des mêmes normes de conduite
sociale.
Les espaces de discussion de rue donnent l’impression
de correspondre à une telle définition et apparaissent, dans
cette perspective, comme des milieux physiquement et
symboliquement structurés. Ils constituent des lieux
publics où les acteurs tiennent des réunions, mènent des
discussions sur des faits d’actualité ou débattent d’un sujet
quelconque. Il s’agit de rassemblements populaires qui se
distinguent du meeting politique où des leaders de partis
politiques avérés et leurs partisans se rencontrent pour
atteindre des objectifs purement politiques. Les espaces de
discussion de rue ici en question sont constitués de
groupes de personnes réunies sur des sites bien définis, de
façon habituelle et à des heures régulières. Cependant, en
termes de désignation globale, il convient d’envisager ces
groupements sous l’angle d’espaces publics informels qui
se distinguent, d’un point de vue théorique avec Miège
(1995), par ses traits de médiation qui réunit des acteurs
appartenant à des sphères sociales différentes, de
16

communication où des acteurs partagent un minimum de
codes communs, et de participation où des acteurs agissent
publiquement pour soutenir ou pour contester un système
de fonctionnement.
En effet, les espaces publics informels symbolisent
dans ces différents aspects de médiation, de
communication et de participation ci-dessus évoqués, des
mutations de l’espace public ivoirien dont l’analyse
comme processus de transformation « oscille entre la
fonction de régulation d’un lien déstabilisé [par le
musèlement de la parole sous le parti unique] et
l’apparition de nouveaux modes de gestion du social et des
formes de domination » (Floris et al. 1995 : 13). Il va sans
dire, avec Miège (1995 : 170), que « la complexité du
fonctionnement des sociétés modernes a conduit l’espace
public lui-même à se complexifier et à élargir ses
compétences » dans les conditions où il se perpétue,
s’élargit, étend régulièrement ses fonctions avec cette
possibilité qu’il se fragmente sous l’influence des
inégalités sociales dont la crise sociopolitique ivoirienne
du 11 septembre 2002 à avril 2011 en constitue un
véritable pourvoyeur. Les « Sorbonne » et les « Grins »
constituent donc des espaces publics informels aussi
complexes qu’il convient de les situer symboliquement
entre la déviance sociale évoquée par Miège (1995)
comme une forme de réponse à la domination, aux
inégalités sociales et des lieux habermassiens de la
construction des opinions et de leur expression par le canal
de l’oralité. Ces espaces laissent présager également, dans
une perspective anthropologique, un besoin de
recomposition de la sociabilité culturelle africaine en
milieu urbain en témoignent Vincourt et Kouyaté (2012)
dans leur article « Ce que « parler au grin » veut dire :
sociabilité urbaine, politique de la rue et reproduction
17

sociale en Côte d'Ivoire » paru dans la revue Politique
Africaine n°127.
D’un point de vue typologique, le milieu social ivoirien
semble comporter deux types d’espaces de discussion de
rue. Ce sont, d’une part la « Sorbonne » et ses espaces
satellites devenus aujourd’hui « Agoras et Parlements » et
d’autre part, le « Grin » qui se caractérise entre autres par
la prise de thé entre les membres réunis. La « Sorbonne »
et les « Grins » ont respectivement pour origine des débats
4de maquis et des pratiques culturelles antérieures à
l’avènement du multipartisme des années 1990.
Aujourd’hui, ces regroupements de personnes
majoritairement jeunes connaissent une forte propension
dans les villes ivoiriennes et se caractérisent par des
désignations comme « Sorbonne », « Parlement »,
« Marcoussis », « Place de la République », « L’ONU »,
« Pretoria », « Le forum Kléber », « Accra II », ou même
« TV4 Bingerville », etc. Ces appellations rappellent
certes des structures institutionnelles, administratives,
politiques et culturelles mais paraissent également
révélatrices, pour quiconque fait une lecture des

4
Le maquis est un argot du français populaire ivoirien qui connait une
expansion dans les pays frontaliers de la Côte d’Ivoire comme le
Burkina Faso, le Mali et la Guinée. Le maquis désigne donc en milieu
social africain et ivoirien en particulier une sorte de bar dancing ou un
lieu de restauration où se vend de la boisson alcoolisée et/ou de la
nourriture à consommer sur place. C’est un endroit généralement
bruyant sous les effets sonores de la musique locale ou sous régionale
et également sous l’ambiance des échanges interpersonnels. À
l’origine érigés sous la forme de baraques en bois sur des terrains
inoccupés, les maquis connaissent des formes modernisées. (Cf.
François Kouakou N’Guessan (1982), « Le maquis ivoirien, un lieu de
restauration ou de conscientisation » Kasa Bya Kasa, Revue
Ivoirienne d’Anthropologie, n°1 ; Abidjan, p. 121-155).

18

évènements survenus en Côte d’Ivoire ces dernières
années, du contexte sociopolitique prévalant. Que
traduisent alors plus exactement de telles qualifications
qui rappellent la crise ivoirienne ? Pourquoi
une telle mobilité des espaces publics informels en cette
période de tension sociopolitique ?
De telles interrogations suscitent des investigations
scientifiques sur la trajectoire de la « politique de rue » en
Côte d’Ivoire afin d’en comprendre le sens et les enjeux
sociopolitiques. Cet objectif de recherche est soutenu par
l’hypothèse que les crises sociopolitiques et militaires
survenues dans le pays depuis l’avènement du
multipartisme des années 90, et à la période de septembre
2002 à avril 2011 (période de conflits armés) expliquent
les mutations sociales, idéologiques et politiques des
espaces publics informels. Ces espaces de discussion de
rue, en dépit de quelques valeurs africaines comme la
sociabilité, la perpétuation de l’oralité qu’ils incarnent,
constituent dans les agglomérations abidjanaises et autres,
une sorte de miroir du jeu politique ivoirien empreint de
violences physiques, verbales, symboliques et
psychologiques.
Ces espaces publics constituent sans aucun doute des
lieux de communication interpersonnelle qu’il convient de
cerner sous l’angle des Sciences de l’Information et de la
Communication. Elles considèrent que tout comportement
est porteur de sens dans la mesure où il communique
quelque chose (Mucchielli 2006). Il s’agit dans ce travail
de cerner le sens des regroupements de rue à travers les
communications qui se font et les contextes dans lesquels
elles se font. A ce titre, la méthodologie adoptée pour y
parvenir a porté sur l’approche compréhensive. La
compréhension suppose, comme le soutient De Coster
(1996 : 31), « un effort d’analyse visant à saisir les
19

intentions de l’agent ou de l’acteur par rapport à autrui et à
déterminer, dans le cadre d’une conceptualisation et d’une
méthodologie appropriée la signification pertinente des
motivations qui les font agir ».
Du point de vue des enquêtes sur le terrain, les
investigations ont eu lieu de façon successive : une phase
exploratoire a permis de faire le mémoire de maîtrise en
2002 et le projet de DEA en 2003, une observation plus
élargie et approfondie a été effectuée lors de la réalisation
de la thèse de Doctorat de 2004 à 2008. En plus, des
enquêtes complémentaires ont été opérées dans le cadre de
la réalisation du présent ouvrage et d’autres travaux de
recherche. Les enquêtes ont été menées dans les dix
communes de la ville d’Abidjan et ses banlieues pour
s’étendre plus tard à certaines villes comme
Yamoussoukro, Bouaké et Grand Bassam (dans la seconde
phase des enquêtes) où le phénomène connaît également
une phase évolutive et est l’objet de couverture
médiatique. L’ensemble des espaces de discussion de rue
organisés de façon régulière constitue notre population
d’étude. Nous avons observé, depuis le début de nos
travaux sur le phénomène en 2002 jusqu’à son
actualisation de décembre 2011 au début de l’année 2012,
208 sites distincts dont 112 espaces « Grins » et 86 sites de
type « Sorbonne ». L’actualisation des informations sur le
phénomène à la période post-crise électorale (de 2011 à
2012 comme indiqué précédemment) a porté sur 16 sites
5dont 11 « Grins » et 5 « Agoras » et « Parlements » .

5
La raison de cet écart de chiffre entre le nombre de « Grins » et celui
des « Agoras et Parlements » est moins une question méthodologique
qu’une réalité sociale. La plupart des « Sorbonnes », « Agoras » et
« Parlements » plus proches de l’idéologie politique du président
Laurent Gbagbo ont partiellement disparus ou ont suspendu leurs
activités en cette période post-crise électorale d’avril 2011 où nous
20

Comme dans les enquêtes antérieurement menées, des
entretiens ont été effectués auprès de personnalités
politiques (8 à ce jour) et des leaders d’organisations de la
société civile (6 au total) dont les partis politiques ou les
mouvements ont une relation quelconque avec l’existence
de ces espaces publics. Les investigations ont également
porté sur divers documents (articles scientifiques et de
presse, images photographiques, discographiques et
informations numériques). Les instruments utilisés dans la
méthode d’investigation qualitative ont donc porté sur
l’observation directe, les entretiens individuels et des
focus group (avec des leaders de groupes) et l’analyse de
contenu documentaire. Sur le plan quantitatif, un
questionnaire été administré à 300 participants au total
pour déterminer leur motivation à fréquenter les espaces et
leur perception des leaders qui les entretiennent. D’autres
variables inhérentes à l’idéologie politique
d’appartenance, au niveau d’étude, à l’appartenance
ethnique, au quartier de provenance, à l’âge et au sexe, au
statut socioprofessionnel, aux médias préférés, etc. ont pu
être collectées par le questionnaire utilisé. Par ailleurs, les
méthodes d’analyse comparative et systémique des
relations utilisées en compléments des analyses
qualitatives et quantitatives, nous ont permis de distinguer
des éléments de divergence et de convergence des types
d’espaces de discussion de rue observés. Ces méthodes
complémentaires ont, en outre, permis de repérer les
formes d’échanges inter-acteurs et les règles explicites ou
implicites qui les sous-tendent.

avons entamé des observations complémentaires visant à mettre à jour
les informations sur le phénomène des espaces publics informels..
Certains sites comme la « Sorbonnes » du plateau (Abidjan) ont été
rasés par les autorités municipales après la chute du chef de l’État en
avril 2011 (cf. le chapitre 6 du présent ouvrage).
21

Le regard scientifique que nous portons régulièrement à
ce phénomène des espaces de discussion de rue nous
permet aujourd’hui de produire cet ouvrage structuré en
six (6) chapitres qui traitent de ces organisations
informelles d’abord comme une spécificité de l’espace
public africain, puis comme un lieu d’expression du
citoyen sur l’actualité sociale et politique de son
environnement et enfin comme des espaces publics sous
influences du contexte politique prévalant. Ces différents
chapitres révèlent en somme, la trajectoire sociale et
politique de ces espaces de discussion de rue.


22

Chapitre 1
AGORAS, PARLEMENTS… ET GRINS :
SOCIOGENESE ET MOBILITE SOCIALE
D’UN ESPACE PUBLIC ATYPIQUE

A travers les paragraphes qui suivent, notre travail met
en relief le contexte socio-historique et politique
d’émergence des espaces de discussion de rue ici étudiés.
Puis, comme souligné plus haut, il faut d’ores et déjà noter
que ces espaces publics informels peuvent être distingués
en deux types d’espaces que sont, d’une part, les « Agoras
et Parlements » et, d’autre part, les « Grins ». Nous tentons
ici également de les appréhender dans leur typologie, leurs
spécificités sociales, organisationnelles et
communicationnelles.

1.1. LES AGORAS, LES PARLEMENTS ET LES GRINS :
VUE THEORIQUE D’UN ESPACE PUBLIC INFORMEL
D’une façon générale, l’espace public (perçu comme
agora en langue grecque et forum en langue latine) semble
être au cœur du fonctionnement de la démocratie et de la
sociabilité et donc de la constitution des groupes comme
ceux qui font ici l’objet d’étude. D’ailleurs, pour Kant
(Cité par Wolton 1998), l’espace public constitue une
sphère intermédiaire entre la société civile et l’Etat. Il
apparait également comme un espace physique qui est au
départ, selon Wolton (1998), celui de la rue, de la place,
du commerce et des échanges ; et maintenant, un ordre
symbolique accessible à tous les citoyens, un lieu où un
public s’assemble pour formuler une opinion publique qui
se dégage de l’échange discursif de positions raisonnables
sur les problèmes d’intérêts généraux. Mieux, il symbolise
la réalité d’une démocratie en action et se caractérise par
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l’expression contradictoire des informations, des opinions,
des intérêts et des idéologies. Ce qui suppose une
construction des opinions par des individus non « aliénés
aux discours dominants » affirme Wolton (1998 :
378381).
Dans le même élan, pour Breton et Proulx (2006 :
204208), le concept d’espace public comporte deux idées
essentielles qui traduisent deux manières de le définir et de
l’aborder. Ces deux définitions sont une confrontation de
l’appréhension du concept d’espace public chez les
philosophes Habermas d’une part et Arendt d’autre part.
L’espace public évoquerait, d’une part, l’idée d’une
sphère ou arène publique de libre expression. Dans cette
perspective, il devient un espace de communication d’où
émerge l’opinion publique à partir de discussions entre des
protagonistes qui développent des arguments rationnels.
L’opinion publique y est « fondée en raison » (Breton et
Proulx 2006 : 204-208) puisqu’elle émerge de la
confrontation entre les arguments rationnels des
interlocuteurs. L’idée d’une sphère publique évoque à
juste titre chez Habermas un espace rationnel où se
discutent des questions pratiques et politiques, où la
capacité de conviction des membres d’une société les uns
envers les autres tient essentiellement à la rationalité des
arguments. Habermas aurait ainsi développé un modèle
rationaliste et communicationnel du concept d’espace
public qui apparaît alors comme une instance médiatrice
entre l’Etat, la famille et la société civile.
L’espace public rappellerait, d’autre part, l’idée d’une
scène d’apparition où des acteurs, mais aussi des actions,
des événements ou des problèmes sociaux, « accèdent à la
visibilité publique » (Breton et Proulx 2006 : 204-208).
Selon toujours les mêmes auteurs, reprenant Arendt dans
cette seconde appréhension de l’espace public, ce ne sont
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pas les arguments rationnels des protagonistes qui
occupent l’attention de l’observateur de cette scène où se
jouent et se confrontent des représentations mais plutôt le
processus de publicisation qui fait qu’un événement, une
action, un problème apparaît publiquement. L’espace
public peut être alors perçu comme une scène d’apparition
qui suppose la présence d’un public de spectateurs
capables de porter un jugement sur les éléments du
pouvoir soumis au regard de tous. L’idée de la scène
d’apparition admise par la philosophe Arendt, proposerait
à cet effet un modèle esthétique de l’espace public pour
lequel l’agora grec, lieu physique où se rencontre les
citoyens pour débattre des affaires politiques de la cité en
est une illustration. Ces définitions riches d’enseignements
sur le concept d’espace public sont-elles généralisables
aux espaces « Agoras », « Parlements », « Grins » et
autres des quartiers populaires ivoiriens ?
Dans la perspective d’une plus grande compréhension
du phénomène qui se développe en Côte d’Ivoire, il nous
semble opportun de faire un tour d’horizon sur l’existence
de ce type de regroupements dans le monde en vue d’en
dégager des informations, des régularités et des
significations sociales.
Dans l’antiquité grecque, à Athènes notamment, des
espaces de communication connus sous l’étiquette
e ed’agoras ont émergé entre le V et VIII siècle avec la
formation des villes. Ces agoras désigneraient en outre,
dans ces villes grecques antiques, de vastes esplanades
bordées de boutiques, de portiques… et seraient réservés
aux activités politiques, religieuses, commerciales et
culturelles (Marc 1998 : 3-15). En plus de ces fonctions,
les agoras auraient, selon l’auteur, également une fonction
civique à partir de laquelle se sont développés des centres
de jeux, d’échanges, de théâtres et plus spécifiquement de
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débats politiques. Alors, comme lieu de réunion du peuple,
de la sociabilité et de la démocratie, de « redoutables
discoureurs » (Platon 1927 : 85) de la dimension de
Socrate et d’autres hommes publics se succéderaient dans
ces places publiques pour haranguer des citoyens sur
divers sujets d’intérêts politiques et sociaux des cités. Les
motivations de ces rhéteurs à discourir dans les espaces
publics seraient variées : susciter une révolution, donner
des enseignements, faire partager leurs idées sur la gestion
de « la chose publique » (Mucchielli 2001 : 55). Les
hérauts et les troubadours y feraient, quant à eux, la
publicité des grands seigneurs en vantant leurs mérites et
leurs vertus. Ainsi, les agoras auraient survécus aux
régimes politiques comme la royauté héréditaire,
l’aristocratie, l’oligarchie, la démocratique et la tyrannie
qui ont caractérisés les pouvoirs politiques grecs d’alors.
Tout laisse apparaître que les agoras ont émergé pour
répondre à des besoins spécifiques de reformes, voire de
luttes politiques bien que les fonctions religieuses et
commerciale de ces esplanades n’aient pas été substituées.
Les agoras seraient apparues à cet effet comme des
creusets de la démocratie en territoire grec.
Mais les Grecs n’ont pas été les seuls à avoir eu recours
aux espaces publics de discussion pour entreprendre des
réformes et mener des luttes. En France, des
bouleversements sociaux, devant conduire à la révolution
de 1789 pour la fin de l’absolutisme et de la monarchie,
ont suscité des mouvements de rue et la diffusion d’idées
nouvelles à travers les cafés artistiques et littéraires
(Lambin et al. 1992). Les plus connus de ces espaces
publics informels étant le « caveau », le « Corroza », le «
hollandais »... et surtout le « café de Foy » du Palais royal
où des orateurs de renom comme Camille Desmoulins ont
fait montre de leur capacité de mobilisation des foules.
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Sur cet aspect de la révolution du 14 juillet 1789 à
Paris, les écrits indiquent que le rôle joué par les espaces
publics informels dans « la prise de la Bastille » (Lambin
et al. 1992) qui marque le début de cette révolution fut
déterminant. Ces espaces publics informels auraient été les
initiateurs des agitations de mécontentement face à des
décisions politiques comme la nouvelle du renvoi par le
Roi Louis XVI du ministre Necker alors considéré comme
plus proche de la population dans la lutte du peuple contre
la monarchie. Ces forums constitueraient également des
relais de diffusion d’informations. Il s’agirait
d’informations considérées comme des bruits absurdes qui
couraient à travers la ville de Paris. Dans le cas d’espèce,
l’activisme des espaces publics informels dans les
changements sociopolitiques serait lié à leur force de
défiance de l’autorité royale à travers leur capacité à
mobiliser les populations contre la volonté de celui-ci.
Ainsi, après avoir annoncé la tenue d’une manifestation
patriotique de grande envergure le 12 juillet 1789, des
orateurs, dont Camille Desmoulins, auraient galvanisé et
entrainé des foules de personnes à s’emparer de plus de
3000 armes aux invalides et à prendre le contrôle de la
Bastille le 14 juillet de la même année. Dans ce contexte
français, les espaces publics ont servi de tremplin aux
différentes mutations sociopolitiques qui ont eu lieu,
même si le motif de création de ces regroupements, était
lié aux retrouvailles entre écrivains, artistes, savants et
autres flâneurs. En somme, en France, les espaces de
discussion de rue auraient participé plus directement aux
réformes politiques.
En Angleterre, l’avènement des forums de discussion
serait apparu comme un symbole de liberté d’expression et
pour ce faire, un indice de démocratie. Le journaliste
Bégin (2003) en conclut que là où s’éveillent les
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