Les Etats-Unis du Bassin du Congo

De
Publié par

La reconstruction de l'Afrique centrale dévastée plaide pour un changement de regard tant sur ce qui fait la richesse d'une région que sur ce qui devrait dorénavant faire valeur pour l'Afrique centrale. Cet ouvrage lance l'idée des Etats-Unis du Bassin du Congo comme un projet de "co-développement" pour cette partie médiane de l'Afrique façonnée par la nature pour être une éco-région confédérale.
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
Lecture(s) : 15
EAN13 : 9782296986244
Nombre de pages : 222
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Didier MUMENGILes états-Unis du
Bassin du Congo
a reconstruction de l’Afrique centrale
dévastée, ruinée, plaide pour un Lchangement de regard tant sur ce
qui fait la richesse d’une région que sur ce
qui devrait dorénavant faire valeur pour
l’Afrique centrale.
Que faire de ce patrimoine forestier
d’environ 230 millions d’hectares, soit
près de 91 % des forêts denses humides
d’Afrique, formant le second plus grand
massif de forêts tropicales après le massif
amazonien ? Les états-Unis du
Comment ne pas faire des innombrables
biens et services écologiques dont regorge
le Bassin du Congo à la fois un atout « éco-
diplomatique » partagé et un élément Bassin du Congo
commun d’effcacité économique ?
Une éco-région pour un co-développementComment les pays légataires de ce patrimoine écologique peuvent-ils
donner à leurs populations les moyens intellectuels et scientifques suffsants
pour permettre à cette éco-région de jouer un rôle respectable dans
cette mondialisation qui veut dire : fusion des intelligences, rencontre des
capacités, rendez-vous des possibilités et confrontation des volontés.
Cet ouvrage lance l’idée des états-Unis du Bassin du Congo comme un
projet de « co-développement » pour cette partie médiane de l’Afrique
façonnée par la nature pour être une éco-région confédérale.
Collection « Comptes rendus »
fondée et dirigée par Eddie Tambwe
22 €
ISBN : 978-2-336-00224-8
Didier MUMENGI
Les états-Unis du Bassin du CongoLes Etats-Unis du
Bassin du Congo
Une éco-région pour un co-développementCollection « Comptes rendus »
fondée et dirigée par Eddie TambweDidier MUMENGI
Les Etats-Unis du
Bassin du Congo
Une éco-région pour un co-développementDU MÊME AUTEUR
• La naissance du Congo, De l'Egypte à Mbanza-Congo, Paris,
l'Harmattan, 2009.
• Sortir de la pauvreté, La Révolution du Bon Sens au Congo, Paris,
l’Harmattan, 2006.
• Panda Farnana, Premier Universitaire Congolais, Paris, l’Harmattan,
2005.
• Le Chantier de la paix, Partenariat pour la paix et le co-
développement dans la région des Grands Lacs, Kinshasa, Editions
Safari, 2002.
• L’Avenir à bras le corps. Prospective pour le développement
de la République Démocratique du Congo, Kinshasa, Editions
Universitaire Africaines, 2001.
• L’Univers des jeunes sans toit, Kinshasa, Editions Arc-En-Ciel, 2001.
• Les jeunes sans toit à Kinshasa (Etude du phénomène des enfants
de la rue), Kinshasa, Editions Universitaires Africaines, 2001.
• Conspiration du silence (Théâtre populaire), en collaboration,
Kinshasa, Editions Safari, 2000.
• Drame familial (TKinshasa,
Editions Safari, 2000.
• Désir de vérité (Livre-Entretien), Bruxelles, Editions Havaux, 1997.
• Esprit de rupture, Bruxelles, Edition Pop-copy, 1995.
© L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'Ecole Polytechnique, 75005 Paris
ISBN : 978-2-336-00224-8
EAN :9782336002248à ma très chère épouse,
Angèle Baende Mumengi
Ainsi qu'à mes adorables enfants :
Olivier-Henri Mumengi,
Madeleine Mumengi,
Didier Mumengi jr.,
Catherine Mumengi
Conception de la couverture et Mise en page initiale de l’ouvrage par
Grace NZOLO (tél : +243 998374110, gracenzolo@yahoo.fr)
7Les Etats-Unis du Bassin du Congo
Note de l'éditeur
Jour après jour, les mouvements migratoires, les relations
communautaires transfrontalières et les échanges commerciaux entre
les peuples et les communautés de l’Afrique Centrale s’intensifent en
méconnaissant les frontières politiques. L’existence de ces énergiques
mouvements « d’en bas », ainsi que leur constance témoignent de la
conscience profonde de l’unité existentielle des peuples et des communautés
de cette Afrique, en dépit des échecs et des contrariétés politiques.
Cette conscience traîne manifestement les pas du côté des
dirigeants, alors qu’au niveau du quotidien, les peuples de cette Afrique
éprouvent puissamment ce sens de leur unité et restent attachés à la
solidarité africaine, notamment par la musique, les sports, les échanges
intercommunautaires, le commerce, etc.
Non seulement ces mouvements indiquent l’importance de
la constitution d’un espace régional commun pour permettre un
rapprochement structuré des peuples, des unautés et des économies,
mais ils soulignent encore mieux le fait que l’Afrique Centrale est, selon
toute vraisemblance, la région d’Afrique qui dispose du potentiel de
coopération régionale le plus élevé. Comprendre les lignes de force de
ces dynamiques, celle « de l’Afrique Centrale des peuples », c’est décrypter
à la fois la plus grande faiblesse, la plus grande force et la plus grande
opportunité historique de développement de cette région.
La plus grande faiblesse qui s’en dégage est manifestement
une absence de vision régionale commune et partagée. Cette faiblesse
entretient des divisions factices au sein d’un ensemble régional que le
quotidien des gens, les traditions, les valeurs, la géographie et l’histoire
rapprochent. Cette division empêche l’émergence des projets régionaux
communs, pendant que ce qui est fait au nom de la région reste disparate,
mal fait, non intégré et loin des aspirations, des préoccupations et des
espoirs des peuples. Devant le constat de cette division, chaque pays de la
région appréhende son ancien colonisateur comme le seul espoir vers qui,
prudemment il faut se tourner, dans l'angoisse de sous-développement.
Un paradigme se tisse : les anciens colonisateurs savent de loin mieux que
les africains comment se développer. Eux seuls peuvent donc faire sortir
l'Afrique du sous-développement. L'Afrique doit donc savoir élever son
9Note de l'éditeur
âme vers l'Occident, car seuls les occidentaux détiennent les secrets du
développement. Eux seuls possèdent et maîtrisent les formules magiques
susceptibles de conjurer toute souffrance…
Sortir du sous-développement signife donc leur crier les épreuves
africaines. Leur expliquer nos malheurs. Leur exposer nos problèmes, et
les prier de nous en délivrer !
Lutter pour le développement ne signife donc pas combattre
le sous-développement, mais trouver grâce aux yeux des anciens
colonisateurs. La seule aptitude qui se propose aux consciences africaines
à cet effet est la posture de la main tendue, la règle de l’échine souple, le
culte de la génufexion. Il y a donc à la racine du sous-développement de
l’Afrique d’abord un problème d’obscurcissement des consciences. C’est-
à-dire : des anomalies des convictions.
Le sous-développement n’assiège donc pas l’Afrique en lésion
organique. Il est le résultat d’un confit intérieur, d’une défectuosité des
consciences… D'ailleurs, depuis les indépendances, les agissements africains
semblent ne plus appartenir à la volonté consciente et à la raison logique.
Et c’est dans les profondeurs de l’univers des instincts et les ténèbres de
l’inconscience que jaillissent, comme des éclairs, les cataclysmes qui, pied-
à-pied, endeuillent l’Afrique : guerres, corruption, prédation, concussion,
confits ethniques… Même en démontrant comment et combien le sous-
développement est indissolublement lié au néocolonialisme, on en arrive
au constat que les Etats de la région constituent, eux-mêmes, la pire
menace pour le développement des potentiels de l’Afrique Centrale. La
menace est donc avant tout interne.
Mais si cette Afrique Centrale agonisante ne succombe pas, c’est
grâce à son grand potentiel diversifé fait d’un riche patrimoine historique,
culturel et naturel. Au centre de cette richesse sourd sa plus grande force
actuelle, qui est un autre gigantesque «potentiel» : le bassin du Congo.
Comment en faire un puissant levier de développement, après l’infortune
des minerais ?
D’abord et avant tout faire naître une volonté de travailler ensemble
pour la sauvegarde et la gestion stratégique de ce potentiel unique, qui
lui confère une centralité économique et stratégique considérable. Suite
logique : la plus grande faiblesse africaine étant l’absence de vision régionale
commune, et la plus grande menace étant les africains eux-mêmes, il leur
faut alors faire en sorte qu'ils apprennent à vivre et à travailler ensemble.
C’est-à-dire : résorber les contentieux et les confits régionaux ;
se donner des objectifs communs ; se doter de projets communs
10Les Etats-Unis du Bassin du Congo
rassembleurs ; trouver le chemin d’un grand destin régional commun ;
avoir des avis communs sur les grands dossiers de la région, de l’Afrique
et du monde ; développer une dynamique de région unie qui se donne des
priorités et des orientations communes ; assimiler la modernité, améliorer
la capacité de négociation collective ; valoriser le vaste marché de l’Afrique
Centrale de l’Océan Atlantique à l’Océan Indien...
Voilà pourquoi l’Auteur s’interroge… Comment tirer avantage de
l’atout de la forêt, après la malédiction du sous-sol ? Comment se saisir
de la rente forestière pour se présenter au monde en plus grand bassin de
l’intelligence écologique ? Et par là, devenir la promesse d’une nouvelle
humanité ! L’auteur exhorte les Etats du « Bassin du Congo » à s’équiper
d’un stock de faits et gestes mieux doté en aptitudes cognitives. Cette
nouvelle manière africaine d'être devrait, par conséquent :
• se connaître lui-même, au risque de ne pas avoir un contact
positif et gagnant avec les autres peuples ;
• faire partie d’un corps régionalement uni afn de faire
avantageusement face aux autres (Occident notamment, mais
aussi l’Asie nouvelle) qui viennent visiter l’Afrique d’une
manière unie ;
• avoir une vision partagée du futur régional, et donc croire dans
la place qu’il entend occuper dans le concert des hommes, des
peuples et des nations.
A ce jour, il ne manque à cette indispensable perspective, pour
apparaître au grand jour et participer pleinement à la renaissance des pays
du Bassin du Congo, qu’une prise de parole et une action audacieuses de
tous ceux qui pensent autrement le développement de cette Afrique. C’est
à cette prise de parole et à cette action que Didier Mumengi espère ici
contribuer et inciter. Il commence en effet par un effort de réfexion sur le
contenu et la signifcation du non développement de cette Afrique, pour
évoluer vers une rédaction audacieuse d’une sorte de vade-mecum d’un
processus de développement qui ne signife pas seulement « avoir plus »,
mais davantage « être mieux ensemble » et surtout « être plus ».
Cela posé, l’ouvrage soulève un questionnement : que faire du
Bassin du Congo, deuxième plus grand massif de forêts tropicales humides
de la planète et troisième plus grande région de convection profonde de
la planète, après le pacifque ouest et l’Amazonie ? Que faire de ce capital
forestier qui rend des services environnementaux décisifs à la planète entière,
11Note de l'éditeur
en infuençant notamment le modèle de précipitation dans l'atlantique
nord ? Depuis le Protocole de Kyoto, adopté en 1997, les conférences et
les sommets se succèdent pour reconnaitre que le Bassin du Congo est une
immense réserve de carbone d’importance cruciale pour la régulation du
climat planétaire. Et les études les plus sérieuses affrment que tout en étant
un espace à fort couvert forestier, le Bassin du Congo est un massif forestier
à faible taux de déforestation. L’ouvrage en déduit que les forêts du Bassin
du Congo indiquent aux Etats attributaires l’horizon d’une écorégion. Cette
perspective signife qu’aucun pays de la sous-région ne saurait à lui seul
maîtriser les processus décisionnels en rapport avec le management de ce
vaste capital forestier. D’où le projet de création des Etats-Unis du Bassin du
Congo, qui permettront (à la fois) de confer au niveau de l’écorégion des
fonctions que chaque pays ne pourrait optimiser séparément.
Pourquoi une nouvelle organisation sous-régionale ? Pourquoi
s’appuyer de nouveau sur une ressource naturelle après la malédiction des
minerais ? Si hier les minerais ont fait le malheur de l’Afrique centrale, le
déf de ce projet consiste à se saisir du capital forestier du Bassin du Congo
pour faire de tous les pays de cette écorégion, de toute cette sous-région,
un espace cognitif en vaillance commerciale, en effervescence productive,
en éveil scientifque, en fécondité technologique, en pétulance culturelle,
et en capacité d’avoir des avis et des positions qui comptent au chapitre
des décisions qui rythment la marche du monde. C’est donc-là que réside
la particularité du projet de création des Etats-Unis du Bassin du Congo :
dans l’intelligence géostratégique de gérer ensemble un bien commun vital
pour la planète.
Le projet des Etats-Unis du Congo est conçu comme un
approfondissement de l’essence même de la civilisation négro-africaine, de
sa capacité à réconcilier son histoire et sa géographie, d’affrmer une
puissance écologique et culturelle. C’est une vision fédérative pragmatique
qui permettra une régulation concertée d’accès aux biens communs du Bassin
du Congo, en développant en même temps, des outils, des structures et des
réseaux d’harmonisation fscale et sociale et d’interdépendance économique,
culturelle et politique. La perspective vise une prise de responsabilité
propre à l’Afrique centrale, où échanges, marchés, coopération trouveront
le terreau fertile pour un épanouissement à la hauteur des exigences d’un
espace régional en quête de prospérité économique.
A l’image de ce projet des Etats-Unis du Bassin du Congo, les idées
qui sont développées dans cet ouvrage me convainquent, parce qu’aucune
société ne peut vivre sans un idéal qui inspire son peuple et sans un corpus
des valeurs qui guident et structurent son humanité.
12Les Etats-Unis du Bassin du Congo
D’abord, le livre rend les Africains du Bassin du Congo conscients
des principes d’après lesquels ils sont gouvernés, et s’indigne de voir les
intelligences et les talents des peuples de cette partie de l’Afrique anesthésiés
par le catéchisme de « l’aide internationale au développement ». Ensuite,
il fait prendre conscience à l’opinion africaine des données du moment,
l’invitant à s’extraire des routines pour trouver en elle-même l’énergie
nécessaire pour corriger ce qui doit l’être, et chemin faisant, s’octroyer
la légitimité intellectuelle indispensable pour en parler et en débattre, le
courage et l’orgueil pour le mettre en œuvre de manière volontariste, et la
perspicacité requise pour le faire aboutir.
En réalité, l’ouvrage invite les Africains à se donner d’autres temps,
à imaginer d’autres passés possibles, à reconquérir le sens du possible
que l’histoire de ces cinq derniers siècles s’échine à maintenir loin de la
conscience africaine. Ici, Didier Mumengi met le doigt sur le nœud gordien
des déboires de l’Afrique : la crise des fliations, l’absence du récit des
origines. L’Afrique se croit héritière de rien et de personne, si ce n’est de
l’histoire paralysante de la traite d’esclaves ou de la colonisation ! L'histoire
africaine a cessé d’être le recit de ce que sont les africains depuis la nuit
des temps, pour devenir le déchiffrement de ce qu'ils sont à la lumière de
l’histoire de la traite des esclaves et de la colonisation. Cette histoire exerce
une privation de mémoire qui empêche d’affronter l’avenir, qui interdit
aux Africains de construire des nations mémorielles.
Il ne s’agit donc pas d’un livre de plus sur un sujet rabâché à en
perdre le souffe, comme diraient peut-être certains esprits désabusés
par l’imperceptible déclin de l’Afrique, qui pousse au fatalisme. D’autres,
cédant à l’exaspération, pourraient penser que le temps des théories
est passé et que seule compte maintenant la réalisation. D’autres enfn,
« pragmatiques à peu de frais », trouveraient peut-être que le chemin de
l’Afrique est d’ores et déjà tracé par un contexte géostratégique mondial
cadenassé ad vitam aeternam, et qu’il ne reste plus qu’à le suivre sans rien
remettre en cause, sans avoir à nouveau à poser des problèmes qui risquent
de susciter l’agacement du G7, pudiquement estampillé : « la communauté
internationale ».
Mais aux uns et aux autres, il suffra de lire jusqu’au bout cet
ouvrage de Didier Mumengi pour que tombent ces équivoques, tant ce
livre, empreint d’objectivité, encourageant par son optimisme raisonné,
est essentiellement riche d’une idée simple : faire du Bassin du Congo un
atout pour le développement harmonieux de l’Afrique Centrale, de l'océan
Atlantique à l'océan Indien.
13J’ai appris plus tard que beaucoup de
scientifques grecs de l’antiquité sont nés, ont
grandi et ont été instruits en Afrique noire. Et
je me demande toujours si ces scientifques
Grecs n’étaient pas en réalité des Africains
noirs...
Philip EmeagwaliLes Etats-Unis du Bassin du Congo
Introduction
ès la révolution du néolithique, avec l’invention de l’agriculture
et de l’élevage, l’homme modife l’environnement de manière Dirréversible... En ces temps- là, l’homme, dans l’enfance de
son humanité, subissait les rythmes climatiques de la nature. Depuis la
révolution industrielle, c’est-à-dire l’essor général des méthodes industrielles
de production (le machinisme, le taylorisme, la multiplication des usines,
etc.), l’homme ne cesse d’abuser des philanthropies de la nature. A l’aube
de ce troisième millénaire, le bilan annonce des tragédies : déforestation,
perte de fertilité des sols, changement de climat lié à l’action humaine,
agglomération des produits chimiques dans l’environnement et dégâts dans
la couche d’ozone, épuisement de la capacité photosynthétique terrestre…
Comment prendre en considération la juste valeur des biens et
services fournis par la nature et l’intégrer dans l’ensemble des politiques
publiques, en préconisant, pour la sauvegarde de la planète, des
du patrimoine naturel et paysager à travers le monde? Le 5 octobre 1948 en
France, à Fontainebleau, 18 gouvernements, 7 organisations internationales
et quelques 107 diverses organisations créent l’Union internationale pour
la protection de la nature, UIPN. Devenue aujourd’hui l’U.I.C.N. (Union
internationale pour la conservation de la nature), l’institution regroupe plus
de 90 États, 120 institutions publiques, 91 organisations internationales et
plus de 800 ONG.
Malgré l’avènement de cette institution de négociation et de
régulation, il fallut attendre que le Club de Rome sonne en 1972 l’hallali
des méfaits des activités de l’homme sur la nature. Son rapport, intitulé
« Les limites de la croissance » (The limits of growth), remet en cause le
principe d’une croissance illimitée comme modèle de développement,
et tire les conséquences inévitables de la fnitude de notre planète et de
ses ressources. Ainsi prend naissance la conscience de la nécessité de
sauvegarde de la planète, comme réponse au constat que les ressources
nécessaires à la vie des hommes sur la Terre sont limitées, fragiles et mal
réparties. Le 16 juin 1972, les Nations Unies en conférence à Stockholm
décident de mettre en œuvre des politiques de limitation des pressions
15Introduction
subies par les écosystèmes forestiers. Cette année du déclic de la conscience
écologique donne naissance, en Nouvelle-Zélande, au tout premier parti
vert : le Values Party.
L’année d’après, en 1973, le Programme des Nations unies pour
l’environnement (Pnue) voit le jour. Naïrobi en abrite le siège. L’année qui
suit, en 1974, deux événements se distinguent. D’abord, deux chercheurs
découvrent que des produits chimiques appelés chlorofluorocarbures
(CFC), employés depuis longtemps comme gaz à l’intérieur des bombes
aérosols ou directement comme agent réfrigérant, sont responsables de
la diminution de l’ozone stratosphérique, que l’on situe entre 12 et 50 km
d’altitude, et dont la fonction consiste à fltrer les radiations ultraviolettes,
lesquelles radiations, si elles atteignaient la surface, rendraient toute
vie impossible sur Terre. L’année 1985 est marquée par le phénomène
du « trou » dans la couche d’ozone, découvert par des météorologues
britanniques du British Antartic Survey, après avoir constaté que la couche
d’ozone avait perdu un tiers (1/3) de son épaisseur.
En mars de cette même année 1985, le monde adhère à la thèse
selon laquelle les activités humaines modifent la composition de
l’atmosphère en gaz à effet de serre, et signe la Convention de Vienne
pour la protection de la couche d’ozone. Dès lors, l’inquiétude de voir
la planète périr par l’effet de méprises humaines augmente et suscite
l’émergence d’une nouvelle discipline au début des années 1980, la biologie
de la conservation, découlant de deux préoccupations majeures : l’étude
et la classifcation des êtres vivants du globe, d’une part, et la prise de
conscience et l’étude des interdépendances entre les organismes vivants,
d’autre part.
Le mot « biodiversité » surgit pour la première fois en 1988, comme
titre du compte rendu que fait l’entomologiste américain E.O. Wilson sur le
« National Forum on Biological Diversity », organisé par le National Research
Council en 1986. Mais bien avant, le naturaliste et médecin suédois Carl
von Linné, à travers ses nombreux ouvrages (Systema Naturae, le Système
de la nature en 1735, Fundamenta botanica, les Fondements de la botanique
en 1736, Philosophia botanica (la Philosophie botanique en 1751), eut déjà
scientifquement cerné les rebords essentiels de la problématique, à partir
du postulat selon lequel les organismes vivants ici-bas sont créés sous une
forme défnitive et immuable selon un projet divin, et sont disposées en
un système ordonné. Les travaux de Linné permirent donc l’avènement de
la conscience des interactions complexes des organismes vivants au sein
d’un même environnement.
16Les Etats-Unis du Bassin du Congo
Prolongeant cette étude sur les conditions de vie végétale et
animale et leur lien avec leur milieu, le biologiste allemand Haeckel, dans
son ouvrage « Morphologie générale des organismes », évoque : « la science
des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans
un sens large, la science des conditions d’existence. » Et en 1866, Ernest
Haeckel baptise ce phénomène sous le vocable de Ökologie, écologie en
français, terme venant du grec oikos (« maison », « habitat ») et logos («
science », « connaissance ») : c’est la science de la maison, de l’habitat
qui, par extension, devait s’appuyer sur des sciences connexes telles
la climatologie, l’hydrologie, l’océanographie, la chimie, la géologie, la
pédologie (science du sol), la physiologie, la génétique et l’éthologie (étude
du comportement animal).
Vingt ans plus tard, en 1887, l’américain Stephen Alfred Forbes,
déconcerté par une mortalité massive anormale de poissons dans le lac
Mendota à Wisconsin, Etat du centre-nord des Etats-Unis d’Amérique,
démontre qu’à l’origine de l’hécatombe, il y eut connexion entre la
prolifération d’algues et la physique du lac. Sur ces entrefaites, Forbes
lance «unremarkable research program into the ecology of lakes and
rivers». C’est-à-dire : «programme de recherches sur l’écologie des lacs
et des rivières». Il publie, en 1887, un ouvrage mémorable, sous le titre
de « Le lac comme microcosme». Pour la toute première fois, le terme
« microcosme », jaillit pour qualifer le subtil jeu d’interrelations entre les
espèces et le milieu physico-chimique.
En1935, le botaniste anglais George Tansley constate l’unité
écologique fonctionnelle qui regroupe l’ensemble des êtres vivants,
végétaux, animaux et micro-organismes, qui trouvent dans le milieu des
conditions leur permettant de vivre et de se reproduire (biocénose),
et le milieu physique et chimique dans lequel vivent les végétaux et les
animaux (biotope). Professant que la biocénose et le biotope constituent
deux éléments indissociables qui réagissent l’un sur l’autre pour former
un système plus ou moins stable, il choisit le vocable « écosystème », pour
qualifer ce phénomène.
Ce concept, éminemment scientifque au départ, introduit dans
la conscience humaine la nécessité de porter un regard écologique sur le
monde et oblige à considérer les interactions entre tous les compartiments
du système planétaire, y compris les aspects humains, économiques et
sociaux. En juin 1992, à l’issue du sommet planétaire de Rio de Janeiro, «
la biodiversité » devient un concept politique, faisant dorénavant prendre
conscience à l’homme qu’il est partie prenante de la biosphère. Ce tout
17Introduction
premier sommet de la Terre se clôtura par ce qu’on appela la Déclaration
de Rio sur l’environnement et le développement, énumérant 27 principes
pour un développement durable avec comme premier principe « le droit
pour les êtres humains à une vie saine et productive en harmonie avec la
nature ». Le but affché par l’agenda est de « satisfaire les besoins humains
fondamentaux et d’améliorer le niveau de vie pour tous, tout en protégeant
et gérant mieux les écosystèmes et assurant un avenir plus sûr et plus
prospère ».
L’urgence d’une politique climatique se signala aussitôt, et tous
les Etats signèrent la «Convention cadre des Nations Unies sur le Changement
Climatique» (CCNUCC). Cette « convention » est le premier instrument
qui conscrit le mieux la problématique du changement climatique et
comment, par voie de conséquence, y remédier. Aussi, l’article 2 stipule
que les signataires s’engagent à limiter les émissions des gaz à effet de serre
à un niveau ne devant pas occasionner de « perturbation anthropique
dangereuse pour les systèmes climatiques ».
En avril 2002, les parties à la « Convention sur la Diversité
Biologique» (CDB) se retrouvent à Johannesburg pour s’engager à
parvenir pour 2010 à une « réduction signifcative du taux de perte de
biodiversité au niveau global, régional et local ». C’est « l’objectif 2010 ».
Le Japon n’a pas seulement offert à l’humanité l’accord sur le climat par
le biais du protocole de Kyôto, qui lança en 1997un régime international
de régulation des émissions de gaz à effet de serre, dans le but de limiter
l’effet des activités humaines sur les changements climatiques. Le monde
devrait faire le bilan de « l’objectif 2010 » de Johannesburg. En octobre
2010, Nagoya, au Japon encore une fois, a accueilli la 10ème rencontre
entre les pays ayant signé la «Convention pour la Diversité Biologique».
Les représentants de plus de 190 pays, à l’exception notable des Etats-
Unis qui n’ont jamais ratifé la CBD, lancée en 1992 lors du sommet de
la Terre à Rio, ont adopté un « plan stratégique » en 20 points pour 2020,
visant à freiner le rythme alarmant de disparition des espèces, avec comme
objectifs majeurs une réduction drastique du rythme d’appauvrissement
de tous les habitats naturels, y compris les forêts, et l’augmentation des
aires protégées de la planète : 17% de la surface totale des terres (contre
13% aujourd’hui) et 10% pour la surface totale des océans (contre un peu
moins de 1% aujourd’hui).
La dynamique de Nagoya mit en mouvement, par la même
occasion, un nouveau mécanisme permettant de rémunérer les pays
en développement qui luttent contre la déforestation et développent la
18Les Etats-Unis du Bassin du Congo
gestion durable de leur forêt, principalement les grands bassins forestiers
d’Amérique du Sud, du Bassin du Congo et de l’Indonésie.
Hier la valorisation des écosystèmes forestiers du Bassin du Congo
se concentrait sur l’exploitation et la commercialisation des essences
de haute valeur commerciale. Mais déjà aujourd’hui et surtout demain,
compte tenu de la maturité de la conscience écologique planétaire, et du
fait d’avoir souscrit aux conventions internationales reliant développement
et environnement, les pays du Bassin du Congo doivent recentrer leurs
politiques forestières vers une vision multifonctionnelle de la forêt,
privilégiant la durabilité forestière.
Ce devoir prioritaire de sauvegarde du patrimoine forestier du
Bassin du Congo et la conscience du rôle que la communauté planétaire
attend de cette partie de l’Afrique, invitent les pays de cette écorégion à
se mettre à la hauteur de cette mission géostratégique vitale pour le salut
de la planète. Malheureusement aujourd’hui, pour s’acquitter de cette
responsabilité de deuxième poumon de la planète, les Etats du Bassin du
Congo multiplient des initiatives, des programmes et des projets qui se
chevauchent et se télescopent, dans l’absence totale de synergie. Le bon
sens recommande d’œuvrer à la cohésion de ces différents programmes,
projets et initiatives. D’où le projet de création des Etats-Unis du Bassin
du Congo. L’objet de la création des Etats-Unis du Bassin du Congo
est l’avènement d’un espace dans lequel s’inscrit une écorégion conçue
comme un champ d’interaction et un lieu d’une dialectique entre :
• d’une part, la mutualisation des souverainetés étatiques,
dont la régulation serait essentiellement une question d’ultime
géostratégie de développement, et subsidiairement un régime
régional de normes communes, de règles partagées, de procédures
institutionnelles concertées, privilégiant le mélange d’intérêts et
d’alliage d’ambitions, autant sur l’échiquier économique que sur
les plans politique, culturel et diplomatique;
• d’autre part, l’accélération du développement de l’intelligence
écologique régionale, afn de rassurer le monde sur les capacités
de l’expertise locale à valoriser durablement les ressources
forestières du Bassin du Congo, d’abord et avant tout, pour
améliorer les conditions des populations de la région, tout en
participant à la régulation des équilibres climatiques globaux.
19Introduction
Comment ces deux variables peuvent s’articuler, infuer l’une sur
l’autre, se recouper ou interagir dans la réalité ? Les Etats du Bassin du
Congo n’ont pas le droit d’oublier la controverse de l’an 1498. Le sévillan
Barthélémy de Las Casas (1474-1566), passager de Christophe Colomb
lors de son second voyage, devenu évêque de Chiapa au Mexique, et
baptisé « Apôtre des Indiens », lança pour la toute première fois, l’idée
de déportation de Nègres vers les Indes Occidentales. Le théologien
Sépulveda, historiographe de Charles-Quint, s’y opposa et soutint que l’on
devait exterminer quiconque refuserait d’embrasser la religion chrétienne.
Le pape Léon X trancha et prôna pour l’introduction des esclaves nègres
en Amérique « puisqu’ils n’étaient pas chrétiens ». Et en 1498, la bulle
du pape Martin V décréta : « la terre appartient au Christ et le Vicaire a
le droit de disposer de tout ce qui n’est pas occupé par les chrétiens. Les
infdèles ne sauraient être possesseurs d’aucune partie de la terre. » Ainsi
se vidèrent les Amériques de ses autochtones, pour prendre les reliefs
humains qui les peuplent aujourd’hui.
Quelque chose de ce genre a été lancée le 16 décembre 2009, en
marge du Sommet sur le climat tenu à Copenhague du 7 au 18 décembre
2009 sous l’égide de l’ONU. Le Chef d’Etat français Nicolas Sarkozy s’est
octroyé le courage de dire : « Le Bassin du Congo est un patrimoine de
l’humanité ». Or le rapport Greenpeace d’avril 2007 sur le pillage des forêts
du Congo prévient : « Près de 25% des émissions mondiales de gaz à effet
de serre découlent de la disparition des forêts tropicales… Jusqu’à un quart
des émissions totales mondiales de gaz à effet de serre est imputable à la
déforestation tropicale, souvent en vue d’une transformation en pâtures
ou terres agricoles . . . La RD Congo risque de perdre plus de 40% de ses
forêts… Et d’ici à 2050, la déforestation en République Démocratique du
Congo pourrait libérer jusqu’à 34,4 milliards de tonnes de CO2, soit à peu
près l’équivalent des émissions de CO2 du Royaume-Uni au cours des
soixante dernières années ».
L’Afrique Centrale en danger
C’est donc un paradoxe diffcile à croire : à cause de sa grande
richesse, et eu égard à la question de son appropriation et de sa préservation,
le Bassin du Congo représente une menace pour l’Afrique Centrale dans
son indépendance internationale et dans sa continuité historique.
Greenpeace prévient : « moins de 10 % des 500.000 plantes
recensées sur la planète ont été étudiées en vue d’une utilisation
20Les Etats-Unis du Bassin du Congo
médicale. Or, les deux tiers des 3.000 plantes ayant des effets actifs en
pharmacologie proviennent des forêts tropicales. Un arbre comme
le moabi est par exemple employé dans plus de cinquante utilisations
médicinales… En détruisant ces forêts, nous détruisons aussi la pharmacie
1de demain… » D’après la FAO, environ 13 millions d’hectares de forêts
disparaissent annuellement sur Terre. C’est l’équivalent de la surface de
l’Angleterre, soit 1 terrain de football toutes les quinze secondes. « Les
zones touchées par la sécheresse en Afrique subsaharienne pourraient
2 augmenter de 60 à 90 millions d’hectares (...) d’ici à 2060. (...)»
Or le Bassin du Congo représente 26% de la forêt tropicale mondiale. Revoici
encore l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation
(FAO) qui évalue à 934 000 hectares les surfaces affectées par an par cette
déforestation à laquelle s’ajoutent les actes de braconnage des populations
3 locales mettant en outre en péril la faune d’une rare richesse qui s’y découvre » .

Comment ne pas être saisi d’angoisse lorsque Jean Ping,
président de la Commission de l’Union africaine (UA), déclare, lors de
la réunion ministérielle africaine préparatoire à RIO+20 tenue à Addis-
Abeba en 2011 : « La situation des forêts du Bassin du Congo demeure
inquiétante, la biodiversité sur notre continent ne cesse de se réduire.
Quant à la désertifcation, elle reste une menace réelle pour le continent
avec ses corollaires, la sécheresse et l’érosion qui gagnent du terrain… En
outre, poursuit-il, les dangers liés à la dégradation de l’environnement,
notamment le changement climatique, l’appauvrissement de la diversité
biologique, la sécheresse et la désertifcation, affectent les ressources
4 du continent et ajoutent à la question de l’eau une acuité particulière » .
1 Greenpeace, Bassin du Congo. Forêts en sursis, in www.greenpeace.fr
2 Frédéric Lemaître, « Une crise alimentaire majeure se profle », Le Monde, Paris, 8
Février 2008, 3 p.
3 Raphaël MVOGO, Changements climatiques : déforestation préoccupante du Bassin
du Congo, article in Xinhuanet du 09/12/2009
4 La Réunion régionale africaine préparatoire à la Conférence des Nations Unies sur
le Développement Durable (CNUDD ou Rio +20) a eu lieu en conjonction avec la
septième session du Comité sur la sécurité alimentaire et au développement durable
(CFSSD-7) du 20 au 25 octobre 2011, à Addis Abeba, Éthiopie. La réunion, organisée
par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), la Banque africaine de
développement (BAD) et l’Union africaine (UA), a été l’occasion de délibérer sur les
thèmes et les objectifs de Rio +20, de s’accorder sur une déclaration de consensus et
d’adopter un projet de résolution sur la participation effective de l’Afrique à Rio +20.
21

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.