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Les étrangers dans la région du Nord

De
198 pages
La grande aventure de l'industrialisation à laquelle participa pleinement la région du Nord s'accompagna du recours à une main-d'oeuvre étrangère. En lisant ces travaux qui datent des années soixante-dix/quatre-vingt l'on voit peu à peu s'esquisser un panorama historique des flux migratoires successifs (Belges, Polonais, Italiens, Algériens, Marocains,...). Ce livre n'a qu'une seule ambition: affirmer la légitimité de cet objet historique encore mal "intégré", l'histoire de l'étranger en région.
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LES ÉTRANGERS DANS LA RÉGION DU NORD

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07983-0 EAN : 9782296079830

Jean-René GENTY

LES ÉTRANGERS DANS LA RÉGION DU NORD
Repères pour une histoire régionale de l'immigration dans le Nord-Pas-de-Calais (1850-1970)

Publié avec le concours de l'Acsé

L'Harmattan

Le CREAC (Centre de Recherches Contemporaine), entend:

et d'Études

sur l'Algerie

- Promouvoir la publication d'ouvrages anciens, tombés dans le domaine public dont la richesse historique semble utile pour l'écriture de l'histoire. - Présenter et éditer des textes et documents produits par des chercheurs, universitaires et syndicalistes français et maghrébins. Dejà parus: La Fédération de France de l'USTA (Union Syndicale des Travailleurs Algériens. Regroupés en 4 volumes par Jacques SIMON, en 2002). Avec le concours du Fasild-Acsé -L'immigration algérienne en France de 1962 à nos jours (œuvre collective sous la direction de Jacques Simon) - Les couples mixtes chez les enfants de l'immigration algérienne. Bruno LafJort. - La Gauche en France et la colonisation de la Tunisie. (/881-1914). Mahmoud Faroua, - L'Étoile Nord-Africaine (/926-1937), Jacques Simon. - Le MTLD ILe Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (1947-1954) (Algérie. Jacques Simon - La réglementation de l'immigration algérienne en France. Sylvestre Tchibindat. - Un Combat laïque en milieu colonial. Discours et œuvre de la fédération de Tunisie de la ligue française de l'enseignement (/891-1955). Chokri Ben Fradj -Novembre 1954, la révolution commence en Algérie. J Simon -Les socialistes français et la question marocaine (I903-1912) Abdelkrim Mejri - Les Algériens dans le Nord pendant la guerre d'indépendance. Jean RenéGenty. - Le logement des Algériens en France. Sylvestre Tchibindat. - Les communautés juives de l'Est algérien de 1865 a 1906. Robert Attal. - Le PPA (Le Parti du Peuple Algérien) 1. Simon - Crédit et discrédit de la banque d Algérie (seconde moitié du XIX" siècle) M. L. Gharbi -Militant à 15 ans au Parti du peuple algérien. H. Baghriche -Le massacre de Melouza. Algériejuin 1957. Jacques Simon - Constantine. Le cœur suspendu. Robert A ttal - Paroles d'immigrants: Les Maghrébins au Québec. Dounia Benchaâlal - « Libre Algérie ii. Textes choisis et présentés par Jacques Simon. - Algérie. Le passé, l'Algérie française, la révolution (1954-1958). Jacques Simon. - Messali avant Messali.Jacques Simon. - Comité de liaison des Trotskystes algériens. Jacques Simon. -Le MNA. Mouvement national algérien. (1954-1956). Nedjib Sidi Moussa Jacques Simon -Algérie. L'abandon sans la défaite (1958-1962). Jacques Simon

« Il n y a pas de plus grave problème que celui de la main-d'œuvre étrangère. IIfaut d'abord assurer la liberté et respecter la solidarité du prolétariat de tous les pays, pourvoir aux nécessités de la production nationale qui a souvent besoin, en France surtout, d'un supplément de travailleurs étrangers, et ilfaut empêcher que cette main-d'œuvre étrangère soit employée par le patronat comme un moyen d'évincer du travailles ouvriers français et d'avilir leur salaire ».

Jean Jaurès, L'Humanité, 28 juin 1914
« Il Y a des cimetières Où les paroles fleuries Tombent droit comme des pierres Dire morts pour la patrie Dire tombés pour la France C'est manière de causer Une rime à la souffrance Affaire de s'excuser Que saviez-vous des querelles Que réglaient en miaulant Les fusants et les schrapnells Ces inventions de blancs Hommes noirs tombés en Flandres Dans la neige de chez nous Qui pour parler à vos cendres Se met àjamais à genoux Vous êtes comme une brique Par grand vent tombée du toit Vous qui cherchiez votre Afrique Dans le soleil de l'Artois Vos chansons se sont éteintes Comme des feux trop légers On n'écoute plus les plaintes Quand les mots sont étrangers »

Louis Aragon, « Cantique aux morts de couleur, Caravane de Lorette », Mes caravanes et autres poèmes, Paris, Seghers, 1949.

À la mémoire de Ramdane Allali, membre des Forces Françaises de l'Intérieur, tué au combat le 4 septembre 1944 à Flines-lez-Mortagne;
Eusébio Ferrari, chef de l'Organisation Spéciale de Combat du parti communiste, abattu par des gendarmes français, le 18 février 1942 à Anzin;

Alex Tsachenkov, officier de l'Armée Rouge, chef du détachement de partisans franco-russes opérant dans l'Artois, abattu par la feldgendarmerie à Berles-au- Bois, le 18 août 1944 ; Sandor Serediak, membre de l'Organisation Spéciale de Combat du parti communiste, fusillé à Lille, le 15 novembre 1941 ; Ladislas Wazni alias Tygris, capitaine de l'armée polonaise, chef du renseignement du réseau « Monique W », torturé et abattu à Montigny-en-Ostrevent en août 1944.

INTRODUCTION

La présente plaquette n'a pour objectif que d'esquisser ce qui pourrait être un ouvrage de synthèse sur l'histoire des flux migratoires dans la région du Nord aux XIXe et XXe siècles. Elle résulte de la mise en forme d'exposés et de documents initialement conçus à l'occasion d'interventions devant des membres des fonctions publiques d'État et territoriales intervenant dans les domaines de régulation des migrations ou de gestion relevant de la politique de la ville. Esquisser seulement, parce que celui qui veut tenter une synthèse de I'histoire de ces mouvements migratoires se heurte à une première difficulté essentielle, l'absence de données historiques stabilisées pour de nombreux groupes de migrants installés dans la région. Excepté les Belges, les Polonais et les Italiens qui ont fait l'objet de travaux universitaires importants, les autres communautés étrangères demeurent relativement mal connues d'un point de vue historique. Certes, des travaux dans le domaine de l'histoire urbaine peuvent également fournir des éclairages novateurs mais ils concernent eux aussi les «grandes immigrations ». Ainsi, Chantal Pétillon aborde la question de l'immigration massive en milieu urbain dans sa thèse d'histoire du développement démographique de Roubaix au XIXe siècle1. Mais il s'agit là aussi d'étudier le flux migratoire belge dans une ville qui fut la seconde cité belge au monde après... Bruxelles dans le dernier quart de ce siècle. Esquisser, car les données statistiques sont dispersées et souvent fragmentaires. Il s'agit d'un problème classique bien connu de celui qui souhaite recourir à ce type d'informations et qui se heurte constamment à l'évolution des concepts et des définitions, à l'éparpillement des données quantifiées, au caractère souvent incomplet des séries et à la difficulté à 9

assurer une certaine cohérence. Dans ce domaine, les évolutions de la conception de la nationalité et de la citoyenneté ont suscité à côté du duo classique étranger/français une catégorie intermédiaire qui ne s'appuie plus sur une conception purement juridique puisque, désormais, l'INSEE prend en compte l'ensemble « immigrés» qui regroupe de fait trois populations: les immigrés français par naturalisation; les étrangers nés à l'étranger; les étrangers nés en France. Évidemment, pour la période à laquelle cette synthèse s'intéresse prioritairement, cette catégorie n'existe pas encore. Les séries statistiques présentées ne distinguent que les deux catégories fondamentales, les Français et les étrangers. Esquisse également dans la mesure où les universités de la région ne semblent pas s'être investies de façon significative dans ce champ d'étude. En considération de la situation géographique, industrielle et démographique de la région du Nord, on aurait pu attendre la mise sur pied de programmes de recherche interuniversitaires ambitieux relatifs à cette dimension de I'histoire régionale. Il n'en a rien été. La période la plus féconde semble avoir été celle des années soixantedix/quatre-vingt avec la publication de grandes thèses d'histoire sociale et économique, pendant régional du mouvement d'ensemble analysé par Gérard Noiriel dans son ouvrage sur l'évolution de l'histoire contemporaine en France2. Ces grands travaux abordaient fréquemment le thème des populations migrantes3. Sur le plan régional, cette approche a culminé d'une certaine manière avec le travail intitulé « Sociabilité et mémoire collective» publié en 1982 par la Revue du Norct. Il s'agissait en fait du rapport final destiné au CNRS d'un vaste travail d'enquête mené de part et d'autre de la frontière franco-belge par une équipe pluridisciplinaire 10

comprenant des sociologues, des historiens et des géographes sous la responsabilité scientifique de Marcel Gillet. Une étude abordait plus particulièrement la question de la présence des migrants dans le bassin minier, celle consacrée par un historien (Gérard Gayot) et deux sociologues (Jacques Hédoux et Claude Dubar) à « Sociabilité minière et changement social à Sallaumines et à Noyelles-sous-Lens. 1900-1980 ». Dans la perspective de ces grands travaux, de nombreux mémoires de maîtrise furent réalisés portant soit sur des thèmes d'histoire sociale urbaine soit sur des groupes d'origine immigrée, polonais très souvent. Mais cet intérêt s'est manifestement atténué et on ne peut que constater le nombre relativement faible de travaux historiques actuellement produits sur la question alors que les fonds d'archives administratives ou privés sont abondants et relativement accessibles. Le travail réalisé par une équipe labellisée IFRESI-CNRS (Institut Fédératif de Recherche sur les Économies et les Sociétés Industrielles) sous l'égide de l' ACSE (Agence nationale pour la Cohésion Sociale et l'Égalité des chances) demeure à ce jour la seule étude globale mais seule la synthèse de seize pages est accessible au grand public sur le site de l'agence et sur celui de la Cité nationale de I'histoire de l'immigration. Le point de vue résolument historique de cette brochure n'exclut pas de s'intéresser à la réalité actuelle de l'immigration dans la région du Nord. D'une certaine manière, la situation s'est complexifiée. À côté des descendants d'immigrés d'autrefois qui ont rompu tout lien avec la condition d'étranger, d'immigré, on trouve les migrants d'aujourd'hui. Ces derniers se répartissent en deux ensembles très différents, les ressortissants des pays de l'Union européenne et ceux qui viennent soit des anciennes colonies Il

soit d'autres pays encore plus éloignés. Les premiers bénéficient de droits sociaux et politiques (droit de vote aux élections locales par exemple), cadres supérieurs d'entreprises, ils ne relèvent pas de la condition des migrants. Quoi de commun entre l'immigrant italien de 1947, ouvrier mineur, retraité et le cadre supérieur de l'industrie automobile ou de la fonction bancaire arrivé pour quelques années en 2001, rappelait souvent le regretté Rudy Damiani. Dans le cas des premiers, on renoue avec la condition des migrants du XIXe siècle et de la première partie du XXe siècle. Arrivés par des voies à la frontière de la légalité, ils se retrouvent dans une situation irrégulière au regard des lois, désignés sous la dénomination de « sans papiers ». Le paradoxe est particulièrement criant. Tout s'organise peu à peu comme s'il existait une immigration officielle, labellisée, prise en charge avec des dispositifs de plus en plus sophistiqués de contrôle social et de tamis et dont le discours idéologique structurant s'organise autour du thème de « l'immigration choisie ». Et il y a à côté une réalité grise, les migrants clandestins pourrait-on dire sur lesquels on sait peu de choses puisqu'ils n'existent pas. Pour prendre la mesure de cette réalité, il faut se rendre à Calais et voir le soir les cohortes de migrants sortir de l'ombre. Étrange société que celle-ci qui dresse des façades « Potemkine» pour masquer la réalité et qui aboutit à un monde digne de celui de la fiction de Georges Romero. Calais, c'est« Land of Death » en France, à côté de chez nous! Après avoir évoqué l'histoire économique de la région (chapitre I) et l'évolution démographique (chapitre II), La présente plaquette évoquera les vagues successives (chapitre III : les Belges; chapitre IV : les Polonais: chapitre V : les Italiens, chapitre VI: les Algériens; chapitre VII: les Marocains; chapitre VIII: les migrants chinois et russes). Des nationalités ne figurent pas, non qu'elles soient absentes de la 12

région mais parce qu'on ne dispose pas forcément d'études les concernant. Ainsi, pour l'immigration portugaise, on attend la publication de la thèse de Miguel Da Mota. Les principaux groupes de migrants seront évoqués successivement. Le lecteur pourra enfin consulter une bibliographie qui a été voulue la plus complète possible.

Notes
1

Pétillon C, La population de Roubaix, industrie,démographieet société,

1750-1880, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2001.
2 Noiriel 1998. G, Qu'est-ce-que l'histoire contemporaine? Paris, Hachette,

3 On peut citer les travaux suivants qui évoquent la place des migrants dans l'évolution démographique et économique de la région: F.P. Codaccioni, De l'inégalité sociale dans une grande ville industrielle. Le drame de Lille. 1850-1914, Lille, Presses universitaires de Lille, 1976. M. Gillet, Les charbonnages du Nord de la France au XIX' sicèle, Paris-La Haye, Mouton, 1979. O. Hardy-Hémery, De la croissance à la désindustrialisation, un siècle dans le Valenciennois, Paris, Presses de la FNSP, 1984. F. Lentacker, La frontière franco-belge, étude géographique des effets d'une frontière internationale sur la vie de relations, Lille, Morel et Cordonnier, 1974.
4

M. Gillet (sous la direction), «Sociabilité et mémoire collective », Revue du Nord, tome LXVI, n0253, avril-juin 1982.

13

CHAPITRE l

L'ÉVOLUTION

ÉCONOMIQUE RÉGIONALE AUX XIXe ET XXe SIÈCLES

LA CROISSANCE SIÈCLE

DE L'ÉCONOMIE

FRANÇAISE

AU XIX'

Le scénario de la révolution

industrielle

Au XIXe siècle la révolution industrielle en France s'est déroulée selon deux phases bien déterminées. Au cours de la première période, qui coïncida avec le début de la monarchie de Juillet (1830-1848), l'économie française s'installa dans la croissance et la durée. Cette évolution devait continuer sous le Second Empire. Son fonctionnement se caractérisait à l'interne par la prédominance du textile sur la métallurgie, et à l'externe, au cours de la seconde partie de la période, par son insertion dans une économie de libreéchange. La seconde phase débuta vers 1890. Le développement économique se structura autour des industries lourdes utilisant notamment des procédés de fabrication plus élaborés: électrochimie, électro-métallurgie, aciers spéciaux, air liquide et automobile. Entre ces deux périodes d'expansion, la France devait connaître une longue dépression accompagnée par un très fort protectionnisme. Entre 1898 et 1913, la croissance industrielle progressa de 2/3. Cela généra entre 1901 et 1911 la création de 1 600 000 emplois nouveaux dans l'industrie. Mais cette «seconde» révolution industrielle éprouvait des difficultés à mobiliser les hommes dans les processus de 15

production capitalistes. L'originalité française résidait dans la persistance d'une population rurale importante qui se manifesta dans le modèle de l'ouvrier-paysan. Vers 1890, le comité central des houillères se plaignait qu'il manquait 15 mille mineurs, soit 10 % de la main-d' œuvre totale des mines, pour satisfaire les commandes I.
Une évolution continue perturbée par des blocages et des secousses sociopolitiques

Tout au long du XIXe siècle, l'économie française poursuivit une croissance soutenue, encadrée par des événements extérieurs à l'univers économique proprement dit, la révolution française, la révolution de 1848 et la guerre de 1870. Le pays émergea de la période 1789-1814 dans un état de grande difficulté économique et l'écart s'était considérablement creusé avec le Royaume-Uni. Les guerres napoléoniennes qui se soldèrent par un échec lui avaient fait perdre des marchés extérieurs. De plus, la France apparaissait relativement mal dotée en facteurs de production. La houille était plus coûteuse qu'ailleurs en Europe car les conditions d'extraction s'avéraient plus difficiles. Les salaires étaient plus élevés que dans les autres pays européens. Malgré ce handicap, l'économie connut une croissance accélérée entre 1815 et 1824 reposant principalement sur l'industrie textile. Les industriels qui réussissaient se spécialisaient dans des produits de luxe et de demi-luxe fabriqués par une maind'œuvre habile et relativement bon marché par rapport à ses compétences. Des parts de marché furent reconquises et les secteurs de production concernés se modernisèrent: textiles du Nord, de Reims, d'Elbeuf et de Lyon. Ces innovations constituèrent la base de la reprise des exportations jusque dans les années 1830. De son côté, l'agriculture augmentait sa production et améliorait ses termes d'échange. À partir de 1840, ce processus fut relayé par le développement du chemin de fer qui induisit deux conséquences très importantes. La première, immédiate, se traduisit par une 16

demande considérable de rails et de matériels métalliques divers. L'industrie métallurgique se développa de manière considérable pour répondre à la demande intérieure. L'unification du marché intérieur fut la seconde conséquence de l'amélioration des transports. En 1847-1848, la crise économique qui frappa la France, crise agricole et crise industrielle se traduisit par un ralentissement très net de l'activité économique et joua un rôle non négligeable dans le déclenchement des événements de février 1848 qui aboutirent au renversement de la monarchie de Juillet. L'activité reprit au début des années 1850 portée essentiellement par les industries dynamiques, les mines, la métallurgie et la chimie. Le textile joua encore un rôle important mais c'était désormais le coton qui en constituait l'élément dynamique. Cette phase de croissance rapide dura jusqu'en 1860. Elle s'incarna politiquement dans le régime de l'empire autoritaire instauré par Louis-Napoléon Bonaparte. Après 1860, la croissance se poursuivit en conservant un rythme supérieur à la moyenne tout en ralentissant quelque peu. La situation se dégrada sérieusement à la fin des années soixante-dix. L'économie française connut alors une période d'atonie qui dura plus de dix ans, de 1883 à 1896.
Cette grande dépression fut provoquée au départ par une crise profonde que traversait l'agriculture française. Cette crise résultait d'un phénomène mondial, la mise en culture de nouvelles terres dans les pays neufs et la baisse du coût du transport international. Cette évolution amena sur le marché intérieur national des produits agricoles bon marché. L'effet en fut particulièrement grave là où la structure de l'exploitation paysanne rendait la riposte difficile. Cette concurrence frappa principalement les producteurs de céréales mais aussi ceux de matières premières agricoles, laine, soie. À ces effets néfastes de la concurrence internationale s'ajoutèrent des catastrophes conjoncturelles dans certains secteurs comme le phylloxéra qui frappa les vignobles du sud de la France. Le 17

monde agricole représentant à l'époque la plus grande partie de la population française assista à la diminution de ses revenus. La demande intérieure se rétracta et l'industrie se retrouva à son tour atteinte de plein fouet. Le pays entrait dans une période de récession généralisée. À partir de 1896, la croissance repartit de manière très vigoureuse. Elle reposait essentiellement sur les secteurs les plus dynamiques et les plus innovants qu'étaient alors la métallurgie, la mécanique, la chimie et la production d'électricité. Cette période d'expansion dura jusqu'à la veille de la Première Guerre mondialé.
LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE RÉGIONAL

L'évolution économique régionale illustre à sa manière les thèmes exposés précédemment. Au XIXe siècle, la région du Nord connut un essor industriel considérable qui reposait sur l'exploitation charbonnière. Celle-ci démarra de manière relativement modeste au cours de la première moitié du XIXe siècle. Vers 1850, les sondages permettaient de repérer les tracés des veines à l'ouest et de lancer la grande exploitation. Dans le domaine de l'extraction et de la fabrication du coke, le bassin du Nord-Pas-de-Calais occupa rapidement la première place. En 1876, il fournissait la moitié de la production française et en 1914, les deux tiers. Ce démarrage de l'exploitation houillère induisit le développement de l'utilisation de la machine à vapeur. L'industrie textile eut rapidement recours à cette nouvelle source d'énergie. En 1834, l'arrondissement de Lille possédait 82 machines à vapeur. En 1850, le département du Nord disposait de 878 machines à vapeur.

18

Une agriculture prospère place dans l'économie régionale

qui occupe une grande

La terre était riche et largement mise en valeur. En 1828, le département du Nord ne comptait que 6% des terres cultivables en jachère. Cette part tombait à 0,75 % en 1882. La région offrait une grande variété de sols. La Flandre était un pays de polyculture. Sur les plateaux artésiens et picards, les agriculteurs cultivaient des céréales avec des rendements importants. La betterave à sucre faisait désormais partie de l'assolement. Elle fournissait en outre de l'aliment pour bétail. Tout au long du siècle l'agriculture régionale se modernisa et se structura. La loi du 2 mars 1851 organisa dans chaque arrondissement une chambre consultative d'agriculture constituée par les grands propriétaires. Des sociétés des sciences, de l'agriculture et des arts furent fondées dans les principales villes de la région. Tout cela créa un mouvement d'émulation et de réflexion qui accompagna le processus de modernisation. Dans un certain nombre de zones rurales, des industries d'appoint se développèrent comme le travail du bois tourné (boissellerie) dans l'Avesnois. Les familles façonnaient les « bois jolis» : cuillères, écuelles, plats, manches de faucille, pelles à four, bobines à filer, fuseaux à faire la dentelle. On trouvait également des vanniers, des marbriers et des sabotiers. Dans la région de Cambrai, des centaines d'ouvriers ruraux travaillaient la dentelle à domicile.
Le Nord: terre des industries lourdes

La révolution de la vapeur entraîna le développement des transports et plus particulièrement le chemin de fer. En 1846, la ligne Paris-Lille-frontière belge était mise en exploitation et attirait les industries et les ouvriers. Au cours de la seconde 19