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Les étudiants étrangers à Paris

De
284 pages
A partir d'une enquête qualitative menée auprès d'une centaine de jeunes de différentes contrées venus étudier en France, les auteurs ont tenté de comprendre comment ces jeunes vivent cette expérience. S'agit-il de sélectionner des élites internationales ou d'une fuite des cerveaux ? Et au profit de qui ? Bien des facteurs construits là-bas et ici différencient des trajectoires, en fonction desquelles certains se paupérisent et se précarisent quand d'autres, privilégiés, réussissent des parcours sans faute et se projettent dans une élite internationale.
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Sommaire

Préface
Éric Plaisance
Introduction
Les étudiants étrangers : des migrants comme les autres ?
Catherine Agulhon et Angela Xavier de Brito
Chapitre 1
«Avec du cœur au ventre »
L’expérience desBrésiliens nonboursiersà Paris
Angela Xavier de Brito
Chapitre 2
L’adaptation sociale et scolaire desétudiantsargentinsenFrance
Jimena Pereyra
Chapitre 3
Lesétudiantschinoisà Paris:une affiliation partielle
Catherine Agulhon
Chapitre 4
Lesétudiantschinoisdans les grandesécoles.
Unevisiondel’excellence
An Yan
Chapitre 5
Desfemmesafricaines:unemobilitérécente
Caroline Agenet
Chapitre 6
Étudiantesetétudiantsétrangersà Paris:
entre culture d’origine etculture d’accueil
Virginie Duclos
Conclusion
Catherine Agulhon etAngela Xavier de Brito
Annexe 1
Guide d’entretien.Accueilet intégrationdesétudiants
étrangersdans l’enseignement supérieur parisien
Annexe 2
Données sur lesboursiersdu gouvernementfrançais
(année civile2006)

7

9

4

1

71

107

157

203

249

265

277

281

Préface
Éric Plaisance
Professeurémérite
CERLIS Université Paris-Descartes

Commence-t-onàs’intéresserauxétudiantsétrangersenFrance àpartirdu
moment où lepays perdsaposition hégémonique en lamatière?C’est laquestion
un peu provocatricequel’on peut seposerenconfrontantdeux
typesd’informations.Lapremière donnée est quela Franceoccupait lapremièreplacemondiale
dans l’accueildesétudiantsétrangers jusqu’audébutdesannées 90 mais qu’ellese
situe désormaisàlaquatrièmeplace, derrièrelesÉtats-Unis,le Royaume-Uniet
l’Allemagne.Cetteplacen’est pourtant pas négligeable en termesdepourcentages,
et non plusd’effectifsbruts,puisquelesétudiantsétrangersformentencore11 %
del’ensemble desétudiants,soitbien plus quelesÉtats-Unis,qui n’en ont que3 %,
etau mêmeniveau quel’Allemagne.Il n’est toutefois pas sûr quela France exerce
aujourd’hui lamême attractionculturellequeprécédemment pour lesétrangers,si
cen’est pour lenouveau public desétudiantschinois, en trèsforte augmentation.
Lagrande faiblesse delapolitique française d’accueildesétudiantsétrangers,les
obstaclesadministratifs,voireles réticences plus ou moins
voiléesàtouteouvertureinternationale, contribuent sansdoute à cereculdel’attractivité.La deuxième
donnée concerneles travaux portant précisément sur lesétudiantsétrangers.Mis
àpartcertains travaux pionniers, comme ceuxde Camilleri,quidatentdu milieu
desannées 1980,ouencore ceuxde Xavierde Brito sur lesétudiantsbrésiliensau
débutdesannées 1990,ondoitbienconstater quelesétudiantsétrangersenFrance
n’ont suscitél’attentiondeschercheurs qu’àunepériodetrès récente, àpartirdes
années 2000, etceci malgréle développementdeséchangesErasmusenEurope.On
peutainsi repérer lesbilans, denaturestatistique, del’observatoire delavie étudiante
(OVE) sous laresponsabilité de Coulonetdesescollaborateurs.
C’estdonc direl’intérêtdela contributionde celivre collectif àla connaissance
du public étudiantétranger, dans toutesa diversité.Mais ondoit surtout souligner
l’originalité del’ouvrage et, en premier lieu,le fait que des orientations théoriques
indispensablesàtouterecherchesociologiquesontbeletbienaffirmées.On nese
contentepasde fournirdesdonnéesdescriptives ; on situelaquestiondelamobilité
étudiante dans le cadregénéraldes politiques portant sur la circulation
internationale des savoirsetdes individus,visant icià formerdesélites.Unensemble
d’interrogations spécifiques peutalorsêtre engendré,quelescoordonnateursdel’ouvrage
rappellentaudébutdeleur présentation,parmi lesquelles:les relationsentreoffre et
7

demande de formation,les mobilitésentrepaysde départet paysd’accueil, les types
detrajectoiresétudiantes, avec projet de retour ou non, etc.La conséquence de ce
type d’approche est denepas considérer les migrationsétudiantes isolément, comme
unesorte desecteuràpart,maisaucontraire deles situerau seindu problèmeglobal
des migrations, d’où, audébutdel’ouvrage, ces présentationsdétailléesde données
surl’immigration (tendances mondiales,tauxd’emploienFranceselon
lanationalité) maisaussidenotions quiaccompagnent lephénomène.Peut-on parleret,si oui,
àquellesconditions, d’intégrationconçue comme assimilation, commeprocessusde
métissage,ouencore commetransformation identitaire?Les travaux sociologiques
surl’immigration sontcertes nombreux, depuisceuxdel’école de Chicagojusqu’à
ceuxdes auteurs français,souventcentrés surl’immigrationen provenance d’Afrique
du Nord. Mais il reste évidemmentàsavoir sices pistesdéjà
bienexploréess’appliquentauxétudiants migrants:sont-ilsdes migrantscommelesautres ?
De cepointdécoulela deuxièmeoriginalité del’ouvrage, cette fois-cien termes
méthodologiques.Lesauteurs n’ont pas menéune enquêtestatistiquesur lesétudiants
étrangers.Ils ont pris lepartid’une approcherésolument qualitative,quidécoule
logiquementdeleurschoixconceptuels.S’il s’agitdemettre enévidenceles
processusd’intégrationdesétudiants ou,plus précisément,leursconstructions identitaires,
leurs trajectoires,ouencore,pour reprendreune expressionchère à RobertCastel,
leurs typesd’affiliation, alorscesontbiendesenquêtes parentretiensapprofondis
qui permettentderévéler lesens qu’ilsaccordentàleurexpérience enFrance.Ainsi,
cesont une centaine d’entretiens qui ontétéréalisés sur unepériode de deuxans
par sixchercheurs surdesétudiants issusdeplusieurscontinents,l’Amérique du
Sud(Brésil, Argentine),l’Asie(Chine),l’Afrique et, en partie,l’Europeorientale.
On pouvait s’attendre à ceque cette diversité depays soitassortie d’une diversité
d’attentesetd’expériencesdesétudiants, ceque confirmentbien les résultatsdes
enquêtes.Mais lesauteurs révèlentaussi (autreoriginalité !) une diversiténon moins
grande au seind’unemêmenationalité d’origine,selon les parcoursde départ,le
statutde boursier oudenonboursier,larecherche detel ou tel type de formation,
autantde dévoilements, deredressementsdes pseudo-évidences,qui sont
lescaractéristiquesdetravaux sociologiques qui retiennent l’attention.

8

Introduction
Les étudiantsétrangers:
1
des migrantscommelesautres ?

Catherine Agulhon
Angela Xavierde Brito
CERLIS
Université Paris-Descartes/CNRS

Lamobilité étudiantes’affirme aujourd’huicommepréoccupationdesÉtatset
des responsables politiquesdel’enseignement supérieurdepar
lemonde.Elles’inscritdans un renouvellementdes politiquesde circulationdes savoirsetdes individus
et produitdesformesde
concurrenceinternationaleparticulières.Lamondialisation qui recouvre enfaitdenombreusesformesde concurrence économique etde
redistributiondesactivitéséconomiquesélaboreun marchéinternational qui intègre
ces mobilités.Les paysdel’OCDEydétiendraient une bonneplace
etchercheraientàmonopoliser la connaissance.Ils seraientainsiengagésdans une« société
dela connaissance».Cetermerecouvreplusieursacceptions,les unesempiriques,
lesautres idéologiques,les unes sur lesquelles il semblequelesÉtats occidentaux
puissentagir,lesautres qui sont plusdel’ordre del’injonction ou même
del’incantation.Dansce contexteplus ou moins prégnant,plusieurs phénomènes se dessinent.
Lesactivitéséconomiques seredistribuententreles payset mêmelescontinents ;
lesactivités scientifiqueset techniques sont l’objetd’attentionetde concurrence.Et
dans leur sillage,les lieux producteursdesavoirs quesont les
institutionsd’enseignement supérieurdéveloppentdes stratégiesconcurrentiellesdont l’accueildes
étudiantsétrangersest un volet.Cesformesde concurrence et l’importance
accordée àlascience, aux savoirs, aux pouvoirs politique etéconomiquequ’ilsdonnent
nesont pas, bienentendu,nouvelles,mais quandlaproductivité augmentetout
autant quele coûtdu travail,lamargequereprésentelasuprématie du savoirdevient
undesenjeux les plusconvoités.L’enseignement supérieurestainsientraîné dans
cejeu international.L’Europes’engage dans uneréforme en profondeur quoique
trèschaotique,tantchaque État gardeses prérogativesen matière d’éducation,pour
asseoir sapositiondanscejeu.Le créditaccordé auxclassements internationaux,

1)Cetexte apu voir lejour grâce àun travailcollectifréalisé dans le cadre d’uncontratderecherche
financépar la Mairie de Paris.
9

comme celuide Shanghai, est làpour témoignerd’unmouvementen profondeur
quelesacteurs nationaux ontdu malàmaîtriseretàréguler.
La circulationdesétudiants,objetdelarecherche exposéeici, est undes voletsde
ce foisonnementderéformesetd’injonctionsdont leschercheurs tententde dévoiler
lescauseset leseffets (Vinokur,2007,2008;Schulteiset al.,2008).S’agit-ild’un
marché?La demande force-t-ellel’offreou inversement ?Lescausesde ces mobilités
sont-ellesplutôt à rechercher dans les paysde départ oud’accueil ?Quelles sont les
politiques et les formes de rétentions menées par les pays d’accueil ?Quels sont les
configurations des trajectoires des étudiants mobiles et les ressorts de leurdiversité ?
Y a-t-il volonté de retouretpossibilité de promotion socialeviaces mobilités ? Ces
questions sont à la base de notre recherche, même si les moyens dontnousavons
disposénenous ont pas permisdetoutes lesexplorer.
Laquestiondes mobilitésétudiantesfaitégalement resurgir la controversesur
la fuite descerveaux, commelesouligne A.Vinokur (2008), alors qu’elles’était
quelque peu atténuée après sonémergence dans lesannées 60.Vingt-quatremillions
detravailleurs hautementqualifiés sont migrantsdont85%établisdans les paysde
l’OCDE.Cettemigrationd’individus hautementqualifiéesaprogressé cesdernières
annéesjusqu’àreprésenter 34,6 %des migrationsdans lemonde.Ont-ellesdeseffets
positifssur les paysde départ ?Rien n’est moins sûr, conclut A. Vinokur.Il semble
plutôt qu’elles participentencore dela consolidationdes inégalitésNord-Sud. La
Banquemondiale et l’OCDEproduisentdesbasesde donnéeset tententd’apprécier
ces migrationset leurseffets.Lesétudiants n’y sont pas intégrés.Ils sontpourtant les
vecteursde cette fuite,mais ils sontconsidéréscommenon rentableset non inscrits
dans lescircuitsmarchands.Leursmouvements migratoires sont, de ce fait, encore
peuconnus.Si lesÉtatsdécomptent les populationsétudiantesentrantes,ils suivent
peu leurs trajectoires.Leretour, en particulier, est unaspectdifficile à évalueret, à ce
titre, bien souvent laissé dansl’ombre.
Pourtant,lespolitiquesd’attractiondesétudiantsétrangers n’ontcessé de croître
cesdernièresannées.Les pays occidentaux cherchentautantà combler leursdéficits
d’effectifsqu’àtrouverdenouvelles ressources pourfinancer l’enseignementsupérieur
(Bel,2008).Et la controversesurces politiquesestmenéepardesuniversitairesenEurope
(Schulteiset al.,2008)comme ailleurs,parexemple au Mexique (Didou, 2008).
Lamobilité étudiantepose ainsibiendes questions non résolues, d’autantque les
données sont peunombreuseset partielles.Lamigrationétudianteserait-elleseulement
uncas spécifique des migrations internationales ? Quelest le lien entre l’accueildes
étudiants étrangers et lespolitiques d’immigrationou les formes de réception et
d’intégration de l’immigration ? Quels sont les liens entre cespolitiques et les sens
des migrations, des retoursetdesnon-retours ?Nousne prétendons pas répondre
à l’ensemble de cesquestions dans cetouvrage.Notre apportsera beaucoupplus
modeste,puisque, àpartird’une enquêtequalitative menée en France auprès d’une
centaine d’étudiants étrangers originaires des cinq continents,nousdécrirons leurs
trajectoireset nousdégagerons leur mode d’affiliation scolaire et culturelle.
10

L’IMMIGRATION,UNE QUESTION POLITIQUE

Unepremière question mérite d’être
éclaircie.Lamigrationétudiantes’inscritelle dans les processusmigratoires globaux ? Ses spécificitéslui donnent-ellesunstatut
particulier ? Il faut revenir sur l’histoire et les politiquesdes migrationset sur lesapports
des recherchesen sciences socialessurces questions pour trancher.Si les migrations
detravail ont occupé le devantdelascène etalimentéles polémiques,les migrations
d’études, en se développant,s’ouvrenten partie à des questionnements semblables.
e
C’estdès leXIXsiècle quel’immigrationconstituaun problèmepolitique aux
États-Unis,maisc’estplutôt dans l’entre-deux-guerresqu’ilémergea en Franceou
enEurope. Commelerappelle A.Sauvy,lesenset l’origine des migrationsévoluent
e
auXXsiècle.Jusque-làplutôteuropéennes,les migrations s’intensifientet se
diversifient.La décolonisation,puis lesappels successifsdemain-d’œuvre après la
Seconde Guerremondialeont transforméla donnetandisquelesconditionsdevie
dans les paysde départpoussaient lespopulationsàse déplacer.Il semblequeplus
de192millionsd’individusaient migré ces trente dernièresannées, dontplusdes
2
deux tiersvers les paysdel’OCDE.L’immigration poseproblème autantpour les
paysde départquepour les paysd’accueil.Elle a deseffetssur lanature des relations
politiqueset sociales internesetexternesd’un grandnombre depays,sanscompter
leseffetséconomiques (Simon,2008).
Ducôté delarecherche,lesÉtats-Unisfurentaussi précurseurs.Là encore, en
France etenEurope,ila falluattendrela findela Seconde Guerremondialepour que
laquestion soit prise enconsidération.Les problèmes spécifiques
queposel’immigrationen termeséconomiques,maisaussi quantitatifs
(versusl’immigrationclandestine),voire en termesd’intégrationoud’assimilation, focalisent l’attention.Les
politiquesd’immigrationdes paysd’accueilsontd’ailleursambiguës: fermeture et
ouverture desfrontières sesuccèdentau gré desbesoinsetdes
tensionsqu’ellessuscitent.Les modèlesassimilationniste etcommunautaristesetélescopent.Laposition
assimilationnistesupposeunenégationdela culture des populations immigréeset
unevolonté denier lesdifférences ; laposture communautaristesuppose
des’appuyersur lesculturesdesmigrantspourfaciliter leurintégration (Noiriel,1988;
Schnapper,2007).Ces politiquess’inscrivent leplussouventdansdes relations
Nord-Sudqui sont loind’êtrenormalisées.
Lesdémographes suiventattentivementces mouvementsdepopulation (Simon,
2008) tandisqueles sociologueset les psychosociologues s’intéressentplutôtaux
modesd’intégrationdes migrants.D.Schnapper(2007)s’interroge en premier lieu
surceterme.Querecouvre-t-il
?Aussibienunepolitiquequ’unconceptsociologique?Et, de fait,les protagonistes(politiques,migrantsetpopulationsautochtones)
n’ont pas lamêmeperceptionde ceprocessus:normalisation,régulation,positions

2)Selon lesdonnéesdel’ONU,il s’agit même de220 millionsd’individus représentant 3,3 %dela
population mondiale(Simon,2008).
11

défensives semêlentetcomplexifientun processusdifficile àréduire.Quelssont les
facteurs quicontribuentou quiempêchent l’intégration ? Faut-il perdre son identité
premièrepourmieuxs’acculturerà l’identité collective du pays d’accueil ? Maisalors,
qu’est-ce quel’identité collective?N’est-ellepastoujoursenmouvement ?Les
processusd’acculturation, plutôt que d’éradiquer la culture d’origine,nes’appuient-ils pas
au contrairesurunmétissage avecla culture du paysd’accueil ? Celle-ci n’est-ellepas
toujoursendevenir ?
Cesquestions,on lesaitbien,nesont pas neutres ;elles sont idéologiqueset
leplussouvent traitéesdemanièreidéologique.Biendes nations, biendes groupes
sociaux ontdes réactionsderejetdel’étrangeretenfont, en période de crise,un
bouc émissaire,prenant prétexte de différencespour le rejeter oul’accuserdetous les
maux. Des historienscommeG.Noiriel (1988) ont montréque ces
relationsdiscriminantes n’étaient pasnouvelles,mais il nesemblepasquelesdémocratiesaientpu
les gommer ; il nesemblepasqueles loisantiracistesaientpu lesatténuer.
Aujourd’hui, ces questions sontàl’ordre du jour ; les migrations semultiplient ;
nombre depolitiques tententdelescontenir oudeles réguler.L’immigrationchoisie
estun« motd’ordre»françaisqui asonéquivalentdans maints paysdéveloppés.
Et l’attraitpour le Nordnese dément pas.Eneffet,la qualité desemploisetdes
environnements scientifiqueset techniques,les salairesetconditionsdevie etde
travail retiennentun grandnombre depersonnes venuesétudier et/ou travailler.
L’OCDE estime que prèsde75%des jeunesformésaux États-Unisou enEurope
y restent, et plusencore quandil s’agitde cadres internationaux, d’ingénieurs, de
médecins (Cervantes&Guellec,2002).Dans lesannées80de nouvellesanalyses
interrogent leseffetsde ces mobilités.Ceseffets sontbien sûrdissymétriques ; ils
semblent leplussouventfavorables pour les paysd’accueiletdéfavorables pour les
paysde départ.Maiscertains observateursy voientdesfacteurs positifs pour les pays
de départ, et préfèrent leterme de circulationdes individusetdes savoirs,
évocateurdepossiblesbénéfices, à celuide«fuite descerveaux ».Eneffet,les migrants
envoientchezeuxdessubsides qui permettentàleurfamille desortirdudénuement
et qui représentent même une part non négligeable du budget de certains pays.
Cette fuite descerveauxincite des pays, commela Chine et l’Inde, à améliorer les
conditionsderetourdeleursmigrants.Elle facilite enfin la circulationdes savoirs
etdes technologies,lesentreprises internationales jouantalorsunrôle d’interface
entreles pays.La plupart du temps, ceterme contientcependantune connotation
péjorative,quiévoquela concurrenceinternationale entreles pays occidentaux pour
capter lesdétenteursd’unsavoir, facteur de développement,maisaussidepouvoir.
Il stipule égalementque ces mouvementsentraînentundéficitde compétencesdans
les paysde départ, tout en rappelant, bien sûr,leséchanges inégaux entrele Nord
et le Sud,puisqu’eneffet85%des 20 millionsdemigrants hautementqualifiés
viventdans les paysdel’OCDE(Vinokur,2008).Lephénomène est
internationaletcontroversé.Le débat n’est pas tranché.Lesdéficitsdemain-d’œuvre dans
les pays occidentaux favorisent lemaintiende ces non-retoursetprivent les pays
12

exportateursd’unegrandepartie deleurmain-d’œuvrequalifiée etdeleursélites.
Les transfertsfinanciers vers les paysd’origine dépassent l’aide au développementet
3
compenseraient les pertes .
Mais la fuite descerveaux correspond àl’installationdes individusdans lepays
d’accueil tandisquenotre étude concerne plutôt les jeunesqui arriventpour étudier
en France – àParisen particulier – et dont le devenir n’est pasencore défini.
Ces migrationsétudiantes sontencore assez peu étudiées ;elles se développent
aumêmerythme que lesautres.Elles sontbalisées paruncertainnombre de données
sur lesquellesnous reviendrons.Ellesconcernent 1,6 milliond’individusdontplus
desdeux tiersétudientdansun paysdel’OCDE.Elles interrogent tantsur lescauses
desdéparts quesurl’organisationdes trajectoires scolaireset professionnellesqu’elles
favorisent.Elles sontsujettesà débat.Les gains sont-ilsplusintéressantsque lescoûts,
tantpour les paysde départque pour les paysd’accueil ?
Bienentendu, les pointsdevue et les positionsdesacteurs,hommes politiques,
ressortissantsdu paysd’accueil et étudiantsétrangersdiffèrent.Les premiers veulent
mener une politique de régulationdesflux (qui peutvarier selon lesconjonctures) ;
lesautochtones peuventsesentirconcurrencésou floués par lesaidesou lesconditions
spécifiquesaccordéesà desétrangersqui, eux-mêmes,nesesentent niattendus,ni
accueillis par les populations locales, encoremoins intégrésau seindes institutions
nationales.
Notrerecherche a étémenéesurdeuxans.Durantl’annéescolaire2006-2007,
l’équipes’estconstituée, arassembléles matériauxexistantsetdéfini uncanevasde
travail.L’équipe comprendprincipalementdeux chercheurset quatre étudiantes (deux
doctorantesetdeux jeunesfillesen masterderecherche).Le choix s’est portésur
l’enquêteparentretien.S’ilest vraique ce type d’enquêtenepermet pasd’atteindre
lareprésentativitéstatistique,ilest plus souple et permetdesaisirconcrètement les
trajectoireset les représentationsdes individus.Chaqueparticipante aprivilégiéune
population, au seindelaquelle elle amenéunevingtaine d’entretiensen profondeur.
La deuxième année apermisde confronter nos résultatsetde construire cetouvrage.
Nousnesommes pas les premiersànous intéresserà ces questionsd’actualité.
C’estpourquoi, danscetteintroduction,nous situerons les théories sur les
migrationset lamobilitéinternationalequi ontbalisénotrerecherche et nous
nousappuierons sur lesapportsdes travauxde collègues, en particulierdel’université de
ParisDescartes, de Paris8, del’EHESS
etdel’IRD.Travaillantàplusieurs,nousaborderonsensuite chacunenotre enquête demanièreplus ou moins personnelle,puis nous
conclurons, en reprenantetcomparant les points saillantsdesdifférentesenquêtes,
ouplutôt les modesd’acculturation spécifiquesà chaquepopulation.

3)Ces transferts représentent 23 milliardsde dollarset,parexemple,jusqu’à24%duPIB auMali,
19%auSénégal,9 %auMaroc(Simon,2008).
13

L’INTÉGRATION:UN PROCESSUS,UN MÉTISSAGE

L’immigration peut prendre desformes variées, commeon l’a déjàsouligné.On se
doitde dissocier les migrationséconomiques,politiques ou scolaires ;elles ontchacune
leursdéterminantset leurs problématiques.Maiscertainsconceptsélaborésàpartirde
l’observationdesformesd’intégrationd’un groupe demigrants peuventéclairercelles
des migrationsd’unautretype.C’estpourquoi ilnousasemblénécessaire de baliser
lalittératuresur lesujetdes migrationsetdes immigrationscorrélées.
e
C’estau début duXXsiècle ques’estdéveloppée aux États-Unisunesociologie
del’immigration,prenant laville et sesnouveauxarrivantscommeobjetsd’étude.
L’école de Chicagoaproduit des travauxpionnierssur laquestion grâce àtrois
fondateurs: RobertPark, ErnestBurgessetWilliamThomas.Dans larichesse et la
diversité de ces travaux, trois schémasd’analysese dégagent:le
cycleorganisationdésorganisation-réorganisationdeThomasetZnaniecki, consignénotammentdans
The PolishPeasant in Europe and America(1918),le cycle des relations racialesde
ParketBurgesset l’étude delanotiondeghettode Wirth.L’école de Chicagoa ainsi
élaboréunesérie deproblématiquesquelasociologie del’immigrationeuropéenne
découvriraplus tard :l’importance desconcentrations résidentielles, dela formation
de communautésd’origine,les problèmesde différenciation sociale et,plus largement,
laquestion scientifiquequi provientdirectementd’unequestion politique, c’est-à-dire
l’assimilationoul’intégrationdesnouveaux venus.Cesapproches se distinguentde
celle développée enFranceparDurkheim.Eneffet,l’intégration sociale estau cœur de
lasociologie fonctionnaliste de ce dernier.Maisceprocessusnese distinguepas selon
lescaractéristiquesdes groupes sociaux oudescatégories sociales.Lasocialisation par
les institutions touchetous lesagents sociaux.
EnFrance,laquestionde l’immigration sera abordéeplus tard,unepremière
fois dans les années 1950, aumoment de la grande vague d’immigrationquisuit la
SecondeGuerremondiale.À cette époque, des militantsdegauche, deschrétiens,
quelques intellectuels témoignentdesconditionsdevieprécairesdesnouveaux
arrivants.Des sociologuesengagentdes travauxsurl’immigrationquisont restés
marginauxetn’ont pasétévalorisés par la communautéscientifique.Partant,la
thématique del’immigration n’est pasenseignée àl’université : ellereste discrète.
Dominique Schnapper (2007)écrità cepropos:«LaFrance est un payimmigra-s d’
tion qui s’ignore».Constatant l’écartentrelaréalité del’immigrationdepuis prèsde
deux siècleset lesnon-ditdel’histoire, Gérard Noiriel (1988 :27)apréciséque«la
recherche historique sur l’immigration a étévictime, par rapportà son homologue
américaine, d’un autre handicap majeur :le désintérêtdes sciences sociales jusque dans les
années 70pour cette question. Aussi, les sources qui auraientpusuppléer auxlacunes de
l’enregistrementofficiel, notammentles enquêtes de sociologie, sontintrouvables jusqu’ à
la Seconde Guerre mondiale».
Ilfautattendrelesannées80 pour que cetteproblématiquetrouvesonassise.
Enregistrementdesdiscriminations, expériences interculturelles, confrontationsentre
14

cultures,processusd’intégrationou d’assimilation,placespécifique des migrantsdans
les sociétésd’accueil,unesérie d’approches se dessine,sansque la placespécifique des
étudiants nesoitsouventabordée.
Lasociologie del’immigrationexploresouvent les logiquesde domination, ainsi
quel’expérience dela dominationsubiepar lesimmigréset
reconstituel’enchaînementdes pratiquesetdes représentationsqui créentdesfrontières symboliqueset
produisentdes groupes stigmatisés.Ellereprendlesapportsd’ErvingGoffmanqui
a appeléstigmatisationàla fois leprocessusde dominationet les traitsde caractère
quelesétrangers rejettentau profitd’unstéréotype collectif.Ila
établiquelesdifférences individuellesoufamilialeschez les stigmatisés sont gomméesau profitd’une
frontière, leplussouvent posée en terme de différence culturelle,voireraciale.La
stigmatisation participe ainsidu processusde constructionde catégoriesdominées,
notamment raciales.E.Goffmandistinguetrois typesdestigmates: à côté des
«monstruosités du corps»etdes «tares du caractère»,il retient les stigmates «tribaux»
quesont «la race, la nationalité et la religion, qui peuvent se transmettre de génération
en génération et contaminer tous les membres de la famille».Lastigmatisationestun
processus par lequeldesacteurs oudesinstitutions relèventdes traitsdes
individusafindelesdifférencieretdeles inférioriser.Un trait ne devient stigmateque
par lavaleur négativequi luiestconférée dans unesituation interactionnelle.Selon
Goffman,l’efficacité du processusdestigmatisation reposesur la contamination.Le
discréditcontaminetousceux qui partagent lemêmestigmate.L’effet produit,voire
recherché,par lastigmatisationest l’infériorisation sociale et politique du groupe
stigmatisé,lamise àl’écart,voireleretraitde celui-ci desespacesde compétition.
Cette finalité alimentela discriminationqui en retour alimentele discrédit.Lorsque
lestigmate est visible commela couleur de la peau,l’individu est immédiatement
discrédité.Ilestamené à devoircontrôler dans l’échangeleseffetsdel’existence du
stigmate.Lesétudes portantsur la discrimination raciale émettent l’hypothèse d’une
héréditésociale delastigmatisation.
AbdelmalekSayad(1991)joueunrôleimportantdanscette élaboration
théorique. Celle-cis’appuiesurl’analyse derapportsdepouvoiretde domination, qui
nese confondent pasaveclaseule exploitationcapitaliste, c’est-à-direla
dominationquesubit la force detravaildans le champdelaproduction.Dans le casdes
migrants, cette dominationengage tout le processusd’intégration
sociale.Seplaçantégalementencontradictionaveclathéorie de Durkheim, Stéphane Beaud et
Gérard Noiriel (1989:70) précisentque,«au lieu de mettre l’accent sur les groupes
sociaux confrontés aux problèmes de l’assimilation, Durkheim privilégie une approche
non ethnique du problème, en montrant que les immigrants, les minorités religieuses, etc.
ne sont que des cas particuliers d’un processus d’ensemble qui est au cœur des mutations
des sociétés contemporaines».
On levoit,lesquestionsd’intégration sontaucœurde cettesociologie
del’immigrationetnourrissent lescontroverses.Ellesanimentautant lesdébats politiqueset
publics quelarecherchesociologique.

15

Le conceptd’intégrationlui-mêmetrouve desacceptions multiples.Se dégageant
encore dela conceptiondurkheimienne qui élude lesdifférences racialeset les modes
d’acculturation spécifiques,les sociologuescontemporains interrogentce conceptet
sonpouvoird’explicitationdes processusen jeu. Wieviorka(2001)lui préfèreune
réflexionsur les identitésculturelleset lemétissage despopulationsà différents niveaux
dansdescontextesévolutifs.Les médias transforment les modesde communicationet
réduisentl’altéritésansabolir lesformesdela dominationculturelle. L’identitépasse
par une culture qui forge lesdistinctionsentrenouseteux qu’il s’agisse de classes,
commelemontraitHoggart(1970), desexes oud’ethnies.Des termescomme« ici »
et « là-bas »,« nous »,lesautochtones «d’ici »et «eux »,lesallochtonesde« là-bas »,
et,inversement,« nous » lesmigrants,«eux » les natifs rendentcompte de
distances socialesetculturellesdifficilesàréduire. Les groupes sociaux figentdesfrontières
invisibles,maisplus oumoinsétanches.La
questionestquasimentd’ordrephilosophique,maiselle construit également la conceptualisation sociologique. Elle est
pensée en termesd’adaptation, d’acculturation.Pour A. Sayad (1991),l’intégration
est «un processus dont on ne peut parler qu’après coup, pour dire qu’il a réussi ou qu’il a
échoué ; un processus qui consiste à passer de l’altérité la plus radicale à l’identité la plus
totale».Lepremiercontactaveclasociété d’accueil peut êtreviolent.Lesdifficultés
de communication,la barrière delalanguepeuventêtre des obstacles majeurs.Ils
peuvent provoquer uneperte derepères,une crise d’identité.
Vivre dansunesociété étrangèreimplique de décoderdes normesetdes valeurs
etdes’adapteràla culture du paysd’accueil. C’estune expérience devieimposant
des interactions socialesdans lesquellesl’étranger sereconstituepeuàpeu.Cette
compréhension interculturelle etcette adaptation impliquentchez l’immigréun
changement profond dansce qu’ilest.Chaquemigrantdonneraunsens particulier
à cette expérienceindividuelle, conditionnéepar son habitus.Ilentreprend dese
construireuneidentitépartagée entre deuxcultures.
On notera que cesapprochesetces perspectives placent leplussouvent lasociété
d’accueil commelepivot,l’objectif,lanorme.Lemigrant, dans noscontrées, estun
immigrant venud’ailleurs ; ildoits’intégreret s’assimiler ; il y perdses repères
identitaires (Wieviorka,2001 ;Schnapper,2007).La dominationpolitique et culturelle
du paysd’accueiln’est leplussouvent ni interrogée,ni remise encause.Àl’inverse,
le communautarismeinduit lareproductiondu groupe et lerepli identitaire.Ces
deux modèles,lepremier plutôtfrançais,lesecondplutôtanglo-saxon, doiventêtre
dépassés, estime MichelWieviorka; l’intégrationdoit permettrel’expressiondes
différences, des particularismesculturelset
religieux.Pourtant,lemodèlerépublicain n’avalisepasce dépassement ; s’il tolère desdifférencesdans l’espaceprivé,il les
bannitdel’espacepublic(Tribalat,1995).Dansunepériode detensions religieuses
etdoncidentitairesetculturelles,lesconfrontationsentregroupes nationaux ou
ethniques ont mêmetendance às’accroître.
Les recherches sur la constructiondel’identité complètentdonclesapprochesen
termesd’intégration.Elles ontétabli le faitquel’identitén’est jamaisacquise,toujours
16

endevenir ;c’estégalementun processusd’adaptationquisenourritd’interactions
sociales.C.Dubar (2002) distingueuneidentitépour soiet uneidentitépourautrui
quis’ajustentdansunetransaction renouvelée.F.Barth (1999)estimeque l’identité
estunconstruit quis’élabore dans la relation entre individusetentre groupes culturels
et sociaux. Selonlui,l’identité estunmode de catégorisationutilisépar les groupes
pour organiser leurséchanges.Ellen’existe que par rapport aux autres.Autrement
dit, pour Barth, identité etaltéritésont intimement liéeset l’identification va depair
avecla différenciation.Dans lamesureoù l’identité esttoujours lerésultatd’un
processusd’identificationauseind’unesituation relationnelle,l’essentielestdemarquer
lalimite entre« nous »et«eux », d’établiretdemaintenirce
qu’ilappelleune«frontière».Il s’agitd’une frontièresociale et symbolique, résultatd’uncompromisentrela
frontière que le groupe prétendse donneretcelle que lesautres veulentluiimposer.
Cette frontière est produite autant parunevolonté dese différencier, enusant par
exemple de certains traitsculturelscommemarqueursdeson identitépropre, que par
les signesde distanciationqu’imposentd’autres groupes sociaux.
Cette frontièrepeut être étanche :«eux », lesautres,lesautochtones, en
l’occurrence,peuvent rejeter l’étranger quisubitalorsdesdiscriminations.Eneffet,l’étranger
oùqu’il soitetd’oùqu’il vienne est spontanémentjugé par les natifs, quiont tendance
àl’évaluer par rapport à leur propre façond’être aumonde, àleur culture, donnant
ainsià celle-ciunevaleur universelle.Néanmoins, commelesoulignentCamilleriet
Cohen-Emérique(1989),l’individun’est jamais passif dans sonappropriationdela
culture. Enfonctiondemultiplesfacteurs,il
manipule,hiérarchisesesdiversesappartenancesetatoujours uneinterprétationdynamique,voire créatrice des
modèlesculturels,réalisant par lui-mêmela dualité complexe detoutequête d’identité :être à la fois
semblable et différent.La constructiondel’identité apparaîtcommeune construction
del’image desoi, dansunsentimentd’exclusion oudeparticipationà des groupes
sociaux plus ou moins organisés, d’acceptationou de rejet des normes, des valeurset
deleurssignifications.Elle estainsiàla fois imposée àtravers
lesattributionsd’étiquettesetdestatuts (étiquetage,stigmatisation,identité pour autrui) et acceptée et
intériorisée àtravers lesentimentd’appartenance(identité poursoi).
Par ses pratiquesquotidiennes,l’immigré doit semontreràlahauteur des
obligations liéesàson statut dans lepaysd’accueil. Il estcontraintdese comportercomme
un« stigmatisé» ou de devenir invisible.Maistous les migrants vivent-ils lamême
expérience d’étiquetage et destigmatisation ?En réalité, des
hiérarchiessubtilescatégorisent les migrantscomme d’autresacteurs sociaux.Lesdistances socialesetculturelles
façonnentdes représentations segmentéesd’unmonde del’immigration hétérogène.
Peut-onalors inclure lesétudiantsdansuneproblématique globale des
migrationsetdel’intégration ?Lesétudiants migrants sont-ilsdes migrantscommeles
autres ?Ou bienen quoi s’endistinguent-ils ?Angela Xavierde Brito (2002a)a
déjàmontré que«le déplacement dans l’espace n’est pas une situation, mais un
processus dont l’étude ne peut se résumer aux conditions de départ».Commelesuggère
Dominique Joly (1998),l’analyse d’un phénomènesicomplexe doit prendre en
17

compte àla fois laperspective du paysd’accueil, celle du paysd’origine et lepoint
devue desacteurseux-mêmes.
Desauteurscomme ErnestRavenstein (1889)etEdward Lee(1966)demeurent
des référencespournombre d’étudessurcesujet,lepremierpoursathéoriegénérale
delamigration,lesecond pour enavoirdégagéles lois.Ils ont recherchélesfacteurs
explicatifsdu processusdemigration ; ilsdistinguentdesfacteursattractifs (pull)et
desfacteurs répulsifs (push).Lathéorie dupush and pulla eu un impactconsidérable
sur laplupartdes travaux ultérieurs.
E.Lee(1966)estimait qu’ilexiste desdifférences importantesentrelesfacteurs
associésau lieud’origine etceux associésau lieu de destination, encesensque,
contrairementau lieu d’origine,la connaissance quel’ona du lieu de la destination
avant lamigrationest rarement parfaite – pour peu quel’imaginaire aitéténourri
pardes influencesayant traitàl’étranger.Il yatoujoursdesélémentsquel’on ignore
lorsqu’on migre etc’est seulementlorsqu’on vitdansun paysquel’onendistingueles
traits,lesavantageset les inconvénients.Deplus,il ya entrelesfacteursd’attraction
etderépulsiondesfacteurs que E.Leenommeintermédiaires,tels la distance et le
coûtdudéplacement.Desfacteurs personnels peuventatténuer leseffets positifs ou
négatifs, faciliter ou retarder lamigration.Certainsfacteurs personnels sont plus ou
moinsconstants,tandis que d’autres sontassociésaux différentes phasesdu cycle de
vie eten particulier aux ruptures liéesau passage d’unephase àl’autre. Les
sensibilités personnellesentrenten ligne de compte dans l’évaluationdelasituationdu pays
d’origine etdu paysde destination.Lee enconclut que«la décision de migrer n’est
donc jamais complètement rationnelle et la composante rationnelle peut agir beaucoup
moins nettement que l’irrationnelle».
Diambomba(1987),quia étudiélesétudiantsafricainsàl’étranger,s’estappuyé
sur lemodèlethéorique de Lee,selon lequel lamigrationest, dans son sens large,
«un changement permanent ou semi-permanent de résidence»,indépendammentde
la distanceparcourue (courte ou longue), du caractère du déplacement (volontaire
ouinvolontaire)etdelanature de lamigration (interne ouinternationale).Pour lui
aussi,quatretypesde facteursinterviennentdans la décisiondemigrer: desfacteurs
associésau lieu d’origine, desfacteurs relatifsau lieu de destination, desfacteurs
intermédiairesetdesfacteurs personnels.Cetauteur estime que, dans le casdes
Africains,lesfacteurs « repoussants » ont traitaux caractéristiqueséducationnelles,
économiqueset sociopolitiquesdumilieu d’origine etque lesfacteurs «attirants »
sesituentdans lepaysd’accueil. Cesdeux typesde facteurs influenceraient
lesdécisionsàla fois privéesetpubliques.Toutefois, des obstacles
intermédiairesetdesfacteurs personnels jouentaussiunrôle dans lesdécisionsdes individus.L’accès inégal
ou laméconnaissance des ressources (bourses,informations,logement, entre autres)
jouerontunrôle décisif.
Pour temporairequesoit leurséjour,lesétudiantsétrangersétablissentdes
interactionsdans lepaysd’accueil qui peuventchangeràla fois leur perceptiondumonde et
leur relationavecleur paysd’origine.Ils opèrentainsiunetransformation identitaire
18

qui peut êtreunfreinàleur réussitescolaireouàleuradaptationaux conditionsde
vielocales.Nousanalyseronsces pointspour chacune denospopulations.En
revanche,il n’est pasexclu que certainsd’entre eux éprouvent le désirdeprolonger leur
séjour dans lepaysd’accueil et changentdestatut au coursdeleur séjour.Ilarrive
même que lestatut d’étudiant masque d’autres motivationsde départ,ycompris
le désird’unemigrationàpluslongue échéance.C’estalorsun tremplinpourune
migrationdéfinitive.
Un travailépistémologiques’impose ainsipoursaisiràla fois lesdifférences
et lessimilitudesentre cescatégories,lesaspects objectifset subjectifsde ces
trajectoires.C’estdanscesensqu’A.Xavierde Brito (2002a; 2002b)a esquisséla
notiond’«habitus de migrant»–laréférence au terme« migrant » nerecouvrant
pas uniquementunesituationdepauvreté, de fuite d’uneréalitésocio-économique
difficile,maisplutôtuneréférence àla façondontcespopulations interprètent leur
séjour àl’étranger.Encore austade exploratoire, cettenotionaundoublemérite.
D’unepart, ellepermetd’intégrerdans l’analyselesensque les personnesen
déplacementelles-mêmesattribuentàleurvécu dans les paysd’accueil. D’autre part,
ellemontre que la familiarité croissante aveclesdéplacementsdans l’espace – en
généraldans lesensd’uneplus grande complexificationdescontextesnouvellement
fréquentés–permetà ces personnes l’exercice deleur créativité face auxstimuli
culturelsdifférentsauxquelselles sontexposées,signalant queleprocessusdit
d’« intégration »estun jeudemiroirsentrelesacteursimpliqués.Bref, cette
notioncontribue àmontrer que, dès qu’on y intègrelaperspective del’acteur, les
barrièresanalytiquesquiséparent lespopulationsendéplacement nesont pasaussi
infranchissablesqu’on veut bien le faire croire.
Ainsi,loinde conclure que lesétudiantsétrangersà Paris sesententavanttout
marginalisés, discrédités,stigmatisés,nousattironsl’attentionsur leshorizons
qu’ouvrent lesmouvements migratoires.Nous
retenonsdoncqu’ilexisteunesituation particulière du« migrantétudiant », quenousanalyserons plusavant.

LES MIGRATIONS ÉTUDIANTES:QUELQUES DONNÉES DE CADRAGE

Iln’est pascontestable que les migrations onten majeure partieune base
économique.Mêmesi« la circulationdescerveaux » estàl’ordre du jour
auniveauinternational,les migrationséconomiques restentdominantes.Ellesfavorisent lapolémique
sur leurseffetsdans les paysd’accueil comme dans les paysde départ.Elles
participentd’enjeux politiques non négligeables ;enfinellesinquiètent lesgouvernements
des paysdu Nordjusqu’à construire desmurs pours’en protéger, commele fait la
Californievis-à-visdes migrantsclandestins mexicains.
Un premier tableauvisualiselaprogressionet lesensdes migrationsdans le
monde.Globalement,les migrations ontdoublé en trente ans.Sans nous surprendre,
19

41,8

16,2

9,9

28,1

49

8,7

2,9

14,1

Nombre de migrants
(en millions)

154

47,2

89,7

3,8

18,1

3

Ex-URSS

Europe

30,3

110,3

174,9

47,7

38,3

81,5

99,8

27,6

40,8

5,8

Source : NationsUnies,tendances des migrations mondiales,révision 2003 (citépar l’Insee).

2

1,6

2,8

1,3

2,2

3,6

5,6

15,6

46,6

1,2

2

Cetableau permetde quantifier rapidement les migrationsetdepréciser leur
sens global.Cent soixantequinzemillionsd’individussont migrantsen 2000
(220 millionsen 2005), dont lesdeux tiers viventdans les paysdéveloppés.Lapart
des migrantsdans la populationestfaible enAfrique, enAsie etenAmérique du
Sud,mais importante enEurope, enAmérique du Nord et enex-URSS, ce quin’est
pas pournous surprendre.Dansl’Unioneuropéenne des 25, entre2000et 2004,la
partdes « non-nationaux », c’est-à-direles personnes quin’ont pas lanationalité du
pays oùelles résident,s’établissaità 5,5%dela population totale,selonEurostat.
Cetauxvarie considérablementd’un paysàl’autre, allantdemoinsde1 %dela
population totale enSlovaquie à39 %au Luxembourg,sachantque dans lamajorité
20

29,5

48,6

51

48

6,4

Afrique

46,5

43,8

51,1

16,3

3,1

32,3

18,7

18,8

12,9

1,1

10,2

48

64,3

52,1

2000

64,6

Part des
migrants dans la
population totale
(en %)

Part des femmes
parmi les migrants
(en %)

Tableau 1
Tendances des migrations mondiales

2000

46,8

42,7

onconstate qu’elles s’effectuenttoujoursduSudvers le Nord,l’Afrique etl’Asie étant
des terres privilégiéesd’émigration.Deplus,lesfemmes, apriori moins mobilesque
les hommes,tendentaujourd’huiàles rattraper.

52,1

44,6

1970

1,3

45,7

2000

1970

1,3

4,1

46,7

43,3

50,3

50,5

51

50,2

22,2

6,1

Asie
Amérique latine
et Caraïbes
Amérique du
Nord
Océanie

5,8

13

4,8

3,3

7

32,8

26,3

5,9

43,2

1990

1980

1970

Monde
Économies
développées
Économies en
développement

des paysce chiffre estcomprisentre2et8%.Ilestde 5,5%en France et de 8,7 %
pour laseulepopulationactive en 2007 (Insee,2008).

Taux de sous-emploi
en %

Ensemble
Diplôme le plus élevé
obtenu
Sans diplôme ou CEP
BEPC, CAP, BEP

Baccalauréat
Bac+2
Diplôme supérieur

Nationalité dont

Française
Africaine
Maghrébine
Européenne

Habitation en ZUS

Oui
Non

Tableau 2
Taux de sous-emploi

Ensemble

4,8

7
4,8
5
2,6
3,4

4,7
15,1
7,9
5,1

7,8
4,7

Hommes

1,9

2,6
1,4
2,1
1,4
2

1,7
9,1
4,3
1,3

3,8
1,7

Source : Enquête Emploi 2004.
Note : Lesous-emploi retenu ici portesur les seules personnesàtemps partiel.

Femmes

8,4

12,6
9,9
7,9
3,6
4,9

8,1
24,9
16,8
10,9

12,7
8,1

Migrationéconomique,regroupementfamilial, exodepolitiqueoudéplacement
pourétudes, ces mouvements
migratoiress’accompagnentdeproblèmesd’intégrationculturelle,maisaussiéconomique.Letauxdesous-emploides migrantsen
France enest une desexpressions.
Lesous-emploi,indice deprécarité,n’a cessé deprogresserdepuisvingtans,
mais il ne touche pastoutes lescatégories socioprofessionnellesdelamême façon.
Les moinsqualifiés,lesfemmeset lesétrangers sont lesplus touchés.LesFrançais,
puis lesEuropéens sont les moinsconcernés ; lesMaghrébins lesontencoremoins
que lesAfricains, et lesfemmesplus queleshommes.Cettehiérarchie en reproduit
d’autresetd’une certainemanièrereflèteles inégalitésface àl’intégration sociale.Ces
21

inégalités pèsent-ellessur lapopulation spécifique desétudiantsétrangers ?C’estune
desquestionsauxquellesnousauronsàrépondre.Mais il nousfaut toutd’abord faire
lepointsurcettepopulation particulière : lesétudiantsétrangers.

Quatresources permettent d’établirunétatdes lieuxdes migrations étudiantes :
•les donnéesquantitatives de l’OCDE, dela DEPP etdesOVE(Observatoiresde
la Vie Étudiante);
•les travaux del’équipe d’A.Coulonetde S.Paivandiàl’université de Paris8;
•les travauxpluséclectiquesde chercheursdel’EHESSoudel’IRD, en particulier
sur lesétudiants venantduMaghrebqu’étudie Étienne Gérard;
•Les travauxduCRBC/EHESS del’équipe dirigéeparA.Garcia, financés par le
programme CAPES-COFECUB,portanten particulier sur lesétudiantsboursiers
brésiliens.
Cesdonnéesnous ont permisd’établiruncadrage denotreobjetetd’élaborer
notrepropregrille d’interrogations.
Rappelonsque ces migrationsétudiantes ne constituent pas un phénomène
e
nouveau.Depuis le MoyenÂgejusqu’auXVIIIsiècle,
descohortesd’étudiantscirculaientenEurope, constituant un phénomène culturel majeurdont lesfonctions
étaient multiples.Elles visaient non seulement la formationdel’esprit,maiségalement
celle ducorpset même ducorps social: ainsi le Grand Tour ouKavalierstour, cette
« initiation mondaine»des jeunes
noblesappartenantauxaristocratieseuropéennesestune desformes majeuresduvoyage académique(Julia, Revel& Chartier,
1985 :12).Centréesur le continenteuropéen,l’attractiondesuniversitésdépassait
lesfrontières,s’exerçantsur lesétudiantsde contréeséloignées tant
géographiquementque culturellement–lelatin permettant la communicationentre cepetit
nombre d’intellectuels.Cen’estcertes pas grâce auseuleffortdeson imaginationque
Montesquieu(1721:9)crée des personnages tels que UzbeketRica,«les premiers
peut-être parmi les Persans que l’envie de savoir ait fait sortir de leur pays et qui aient
renoncé aux douceurs d’une vie tranquille pour rechercher laborieusement la sagesse»,
car ils ne croyaient pasqueles limites nationales «fussent celles de nos connaissances et
que la lumière orientale dûtseule nous éclairer».
Les pérégrinationsacadémiques sont toutefoisconditionnéesàla fois par
l’appartenancesociale – étudiants noblesou roturiers– et par le clivage
confessionnel–réseaux réformé etcatholique(Julia & Revel,1989:60-61), Parisétant la
capitale culturelle dudernier.
e e
AuxXIXetXXsiècles,la basesociale de ces migrations s’élargit, àun point tel
que dans l’entre-deux-guerresune définitiondel’étudiantcomme
catégoriestatistique,rienqu’auniveaueuropéen,semblaitdéjà«unevoie bien difficile etsemée
4
d’embûches» (Le Cétéiste,1934 :14).

4)Journaldel’InstitutInternationaldela CoopérationIntellectuelle dela Société desNations.
22

La décolonisation n’apas interrompucemouvement.Aucontraire,laFrance, en
particulier, dans un mouvementdegénérosité, de culpabilité,maisaussidemaintien
desonemprise culturellesur sesanciennescoloniesamené des politiques scolaires
particulièresàleurégard, caractérisées par la construction locale desystèmes scolaires
et par la distributionde boursesd’étudespour les étudiants.Unetroisièmevague ou
périodes’ouvre dans lesannées80.La croissance delascolarisationa fait soneffet:
la demande d’étudessupérieurescroîtet les systèmes locauxnepeuvent y
répondre.Puis,latertiarisationdeséconomieset la diffusiondes idées sur lasociété dela
connaissanceparticipentà cetattrait pour lesétudeset lesdiplômes,mêmesidans le
mêmetemps onaccuse cesderniersdeperdre deleurvaleur et denepasendiguer les
problèmesd’emploietde chômage.
Onestdonc face àunehistoirelongue etcomplexe liée aux relations
internationalescomme auxhistoires scolaires nationales.Lesensde ces migrationsest
prévisible,mêmesidesexceptions se fontjour. En France, ce terrain est peuexploré; il
l’estplussouvent pardeschercheurs venusde l’étranger, commeA.Xavierde Brito
ou A.Garcia.
On ne comptepas moinsd’1,6 milliond’étudiants mobilesauniveaumondial,
c’est-à-dire étudiantdansun paysétranger.LesÉtats-Unisà euxseulsenattirent près
de30 %; l’Europe tente desuivrelemouvement.
Quelestdonc l’état actueldes connaissancessur lesétudiants étrangers dans les
sciences sociales et, en particulier, ausein de la sociologie ?Dansquellemesureles
précédentes recherches,leur cadre théorique et leur apportméthodologiqueont-ils
été utilesàla constructionde cet objetderecherche?
Lalittératurescientifiquesur lesmobilitésétudiantes se développe demanière
systématique à partir de la deuxièmemoitié desannées40.Cetteproduction
s’organise en trois périodesclairementdiscernables:

1.

De1945 a1965,l’intérêtpourl’objetétudiant étrangers’éveille,notammentaux
États-Unis, auseindelapsychologiesociale etdans le cadre
del’approchecrosscultural.Eneffet,l’entrée enforce desÉtats-Unisdans lescénario mondial– autant
sousl’angle politique quesous lesangles scientifique et technologique – et le
finan5
cement massif des programmesde formation ontprovoquéunaffluxd’étudiants
étrangers verscepaysaprès la SecondeGuerremondiale.L’importance politique
du phénomène dansuncontexte deguerre froide faitdu gouvernementaméricain
legrand commanditaire desétudes sur cet objet, dont leprincipal objectif estde
«développer des attitudes favorables de la part des étudiants par rapport
auxÉtatsUnis, à leur peuple età leurs institutions» (Loomis& Schuler, 1948 : 18). En
résultentdeux grands groupesderecherches: celles portantsur
leprocessusd’adaptationou d’intégrationdesétudiantsétrangersau système éducatif et à lasociété

5)Ces programmesétaientfinancés par la Public Law 584 ou le Fulbright-HaysAct,promulguésen
1946, dont lesbénéficiairesétaiententièrement prisencharge,transportet séjourauxÉtats-Uniscompris.
23

2.

3.

d’accueil et cellesaxéessur le rôle joué par cesétudiantsdans le changement social
deleur pays, àleur retour. Smith (1956)soulignelanécessité des recherchesde
suivi,pour mesurer laportée del’influence dela culture étrangèrelorsdu retour
del’étudiantdans son paysd’origine.Jacobson (1963) s’interrogesur lapartde
l’individudansceprocessusainsiquesur les perspectivesde continuité d’unetelle
expériencelorsdu reltour ;es travauxde UseemetUseem (1955) insistentsur
l’importance des relations interpersonnellesdans la définitiondelasituationde
séjouràl’étranger ;Lysgaard(1955)etGullahornetGullahorn,(1963), avecleurs
courbesenU etenW,posent les principesd’une constante
adaptation-réadaptationdesétudiants selon le contexte,tandisque LoomisetSchuler (1948), Aich
(1962)etVeroff(1963)développent l’idée d’une duréeoptimale deséjour.

De1965 à1980, cesontplutôt les «étudesàl’étranger »en tantqueprocessus
qui retiennent l’attentiondeschercheurs,les travauxétantsurtout le
faitd’économistesdel’éducation inspirésdelathéorie ducapital humain.Sous-jacente
aux thèmesdéjà exposés,seglisselapréoccupationde
comprendrelesdéterminants plus larges,plus structurelsdu phénomène.Il ya donc changement
d’orientationetdeméthodes, cesdernièresdevenantplus préciseset plus
quantitatives,les profitséconomiques sesubstituantauxacquisculturels,les questions
posées s’encadrantdansunelogique de coûts/bénéficeset l’axe d’analysese
déplaçantdes paysd’accueilvers les paysd’envoi.La conceptionsous-jacente
estqueleschoixdes individussontguidés par unerationalitéqui lesdépasse,
celle duDéveloppementNational (Spaulding& Flack,1976):l’orientation
générale desfluxSud-Nordillustre bien le cadre d’échangeinégalde
ceprocessus.Toutefois,pour lapremière fois, des travaux telsque ceuxde Myers(1972)
etGlaser (1978) s’attachentauxeffets perversdu phénomènequ’onappelle
«étudesàl’étranger »,telsquela fuite descerveaux.

Dans lapériodeplus récente,1980-2008,onassiste àla complexificationdes
schémasd’appréhension, de
compréhensionetd’explicationdel’objet,notamment par lerecoursàlaméthode comparative.Le
champcommencetimidementàs’ouvrirauxapprochesanthropologiqueset sociologiques,mais les
travauxsur lesétudiantsétrangersenFrance comme ceuxde C.Camillerisur
leur identité culturelle(1985)etceuxd’A.Xavierde Brito (1991)sur la
carrièremorale desétudiantsbrésiliens restent très rares.L’intérêtpourcet objetva
resterépisodiquejusqu’àlarecrudescence dela circulationdesétudiantsdans le
cadre del’Europe –quand deséquipesde chercheursàl’IRD etàl’EHESSvont
commenceràs’y intéresser.

EnFrance, aucoursdela dernièrepériode,l’attention portée
auxcarrièresétudiantesa favoriséla créationdel’Observatoire delavie étudiante.Dansce cadre, A.Coulon,
R.Ennafaa etS.Paivandi(2001,2003,2008) ontété appelésàréunir l’essentieldes
24

donnéesqui peuventéclairercet objet– donnéesqui peuventêtre complétées par
lesEnquêtes détaillées par fiche individuelle, annuelles, et lesNotes d’Informationdela
6
DEPP.Nousnereprendrons pastoutesces informations.Ilnous suffitdesituer la
place delaFrance dansces migrations, celle delarégionIle-de-France dansl’accueil
des étudiants étrangers et les principales caractéristiquesde cesderniers.
88 %des étudiants étrangers dans le monde, dont70% viennent des pays du
Sud,sont inscritsdansun paysdel’OCDE.Ilsétaient 108000en 1950 ; ils sont
1,6 millionen 2000.En France, leurcroissance est parallèle à celle d’autres pays : ils
étaient 20 000 en 1960 ; ils sont près de 265 000 en 2005, soit 15% des effectifs des
univ% de laersités et 11,6population étudiante.
Maiscomment identifierou définircette catégorie?Doit-on garder la définition
d’étudiantadoptéepar la plupart des organismes internationaux,selon lesquels«est
considéré comme étudiant, dupointdevue delastatistique,toutindividu del’un
oudel’autresexe qui, ayantdépassél’âge de17ans, est inscritdans unétablissement
d’enseignementsupérieurauquelon nepeut accéder qu’aprèsavoirsubiavecsuccès
lesépreuvesdu baccalauréat, du diplôme dematuritéoud’unexamenéquivalent »,
oudoit-on l’élargir ?Doit-on y inclureles jeunesquiontsuivi leurfamilleou ne
prendre encompteque ceux venus seuls pourétudier, etcomment lesdistinguer ?
Toute catégorisationdemandeprécautionset surtoutconnaissance du terrain.Nous
netrancherons pas surce débat,quiexpliqueles variationsdesdonnées selon les
sources (MAE, DEPP, UNESCO,BIT,OCDE).
Le faitest que,selonA.CoulonetS.Paivandi,laFrance aperdudepuis1993
la première placequ’elle occupaitdepuisfortlongtemps dans l’accueildes étudiants
étrangers.Avec244335 étudiantsétrangersen 2004, et 260596en2007, ellese
place désormaisenquatrièmeposition, derrièrelesÉtats-Unis (572509étudiants),
le Royaume-Uni(364271 individus)etl’Allemagne(260 314 étudiants).Maisen
proportiondunombre d’étudiants, ellegardeuneplace de choix, car lesétudiants
étrangersen représente%nt 3aux États-Unis,mais 11%en France.Ils maintiennent
la croissance denoseffectifsquand celle des nationauxstagne.
Laplace delaFrance dans les classements internationauxdes établissements,
7
suivisavec attentioncesderniers temps, agit sur sarenommée et sur sa capacité
d’attraction ; celle-ci se combine ensuite aveclesavantages qu’elle accorde (bourses,
logements, infrastructures) auxétudiants.
Deuxmesures peuventêtremobiliséespour établir cette diffusiondesétudiants
migrants:lenombre de ceux-ciet leur partdans lapopulationétudiante,quidépend
del’ampleur de celle-ci.

6)«Lesétudiantsétrangersdans l’enseignementsupérieurfrançais:une croissancesoutenuepar les
Asiatiques »,Note d’informationdela DEPP, NI07.02.
7)Le classementde Shanghaiest parexemplesuiviaveclaplus grande attention tant par les
responsablesdu ministère del’Éducationque par les présidentsdesuniversités.
25

France

Allemagne

2 080 962

2 012 193

États-Unis

Allemagne

Canada

2 330 457

2 160 300

2 247 441

Total
étudiants

Étudiants
étrangers

2 087 044

1999

Part des
étrangers
(en %)
3

9

364 271

1 254 833

3

1

100

2004

Total
étudiants

9

3

Japon

4 031 604

13 769 362

Étudiants
étrangers

451 934

Tableau 4
Répartition des étudiants étrangers dans les principaux pays d’accueil
selon le continent d’origine en 2001-2002

13

27

Pays

États-Unis

Australie

7

Asie

5

16

9

8

51

Royaume-Uni

Pays d’accueil

112 816

845 636

117 903

10

8

199 284

3 940 756

117 485

56 552

35 543

244 335

1 192 570

572 509

260 314

31

11

62

35

Le tableau3, ci-dessous, établit leseffectifsd’étudiantsetd’étudiantsétrangers
pour les principaux paysdel’OCDE.Il montre desévolutionscontrastées,mais la
permanence duclassementdesÉtats.Laprogressiondu nombre d’étrangersestplus
nette au Royaume-Uni, enAustralie etauCanada, encontrepartie,sansdoute, des
politiques restrictivesaméricainesaprès le« 11 septembre».LaFrance et l’Allemagne
accueillentégalementunnombreimportantd’étudiantsétrangers.

0

1

1

Royaume-Uni

209 513

160 533

178 195

Source : Ennafaa etPaivandi (2008),Les étudiants étrangers en France, Paris, La
documentationfrançaise,p.51.

Afrique

Amérique

10

6

Australie

France

Source : OCDE,repris parA.Coulon,2003.
26

15

4

14

12

Part des
étrangers
(en %)
3

6

Monde

16

11

46

78

1

0

100

100

100

100

100

Total

14

16 900 472

Tableau 3
Part des étudiants étrangers
dans sept pays de l’OCDE en 1999 et en 2004

20

Europe

15

50

26

51

1

1 002 998

Autres

Auvude cetableau,onconstate que la part desAsiatiquesestdominante dans
ces mobilités.Mais,surchaque continent,lesensdes migrations renvoie àunehistoire
particulière. LesAfricains se dirigent vers laFrance, lesSud-Américains vers
lesÉtatsUnistout commelesAsiatiques,lesEuropéens vers le Royaume-Uni.Les liens
historiques,larenommée des systèmesde formation,lalangueparticipentàl’attractivité
de chaque paysd’accueil.
Lescausesdesdépartssontégalementà chercherdans les paysd’origine.La
qualité dusystème d’enseignement,sescapacitésd’accueil, lavaleur desesdiplômes
et lavalorisationdesdiplômesétrangers sur lemarché du travail,les représentations
véhiculées par le corps socialcommelesaccordsavecles paysd’accueil favorisent
lesdépartset leschoixdesdestinations.Ainsi,lapartdespopulationsétudiantes
nationalesquis’expatrievarieseloncesdifférents paramètres.Certain paysd’Afrique
manquentd’équipementsuniversitairesetenvoientplusde30 %deleurs jeunesà
l’étranger tandisque leJaponou la Chine enenvoient respectivement 2et4,5%.
Dans la dernière décennie, cettepart peutêtre enaugmentation– comme,par
exemple, enChine –ouaucontraire enbaisse, comme enAfrique.
EnFrance,les relationsaveclesanciennescoloniesdominent les politiques
d’accueil.Les jeunesduMaghreb etd’Afriquenoirereprésentent51 %desétudiants
étrangers, ceuxd’Asie15%, ceuxd’Europe26%etceuxen provenance des
Amériques 7%.Pourchaquepopulation,les indicesd’évolutionsont très variables
et reflètentdes représentationsdistinctesdela France, des relationspolitiqueset
culturellesdenaturetrèsdifférente.
La croissancequantitative desétudiantsétrangersaucoursde cesdernièresannées
concerne aussibien lesuniversitésquelesétablissements
nonuniversitairesdel’enseignementsupérieur: STS, CPGE, écolesd’ingénieurs, de commerce.
De1999à2002,leseffectifsdesétudiantsétrangers ontcrûau totalde38%,
passantde160533en 1999à221567en 2002,244335 en 2004 et 260596
8
en 2007 .Ainsi,leur proportion passe de 8%en 1999à10 %en 2002,11 %en
2004 et 11,7 %en 2007.Cette augmentationest particulièrement importante dans
lesécolesd’ingénieur (+72%entre1999et 2002),lesécolesde commerce(+55%)
et lesCPGE(+58%).
Parmicesétudiantsétrangers,75%fréquententuneuniversité,lesautresétant
inscritsdansd’autresétablissementsd’enseignementsupérieur (ycompris lesIUT).
Dans lemêmetemps,lenombretotaldesétudiants s’est tassé.Onassiste ainsià
deuxévolutionscontraires:tandis queleseffectifsd’étudiantsfrançaisdiminuent
de 5,8%, ceuxdesétudiantsétrangersaugmententde 47,8%, compensantainsi la
diminutiondu nombreglobaldesétudiants inscritsdans les universitésaucoursde
lapériode1997-2005.Cephénomène est transnationaletaffectenombre depays
occidentaux,la croissance del’offres’accompagnantd’unerécessiondémographique.

8)LaNote d’informationdela DEPPn°1de2009 précisequ’en 2006et2007ona enregistréune
stagnationdesfluxd’étudiantsétrangers.
27

C’estd’ailleursune descausesdelarapidemise en place d’unepolitique d’attraction
despopulationsétudiantesétrangères.

Tableau 5
La part des étudiants étrangers dans l’enseignement supérieur français en 2007-2008

Étudiants
ÉcolesParaUniversité IUFMSTS IUTGE
étrangers médicales
Effectifs 194480 7775 5936 2771 791131 624
% de
15,9 1,12,4 5,41,4 10,5
l’ensemble
Source : NI 09-01,«Leseffectifsdans l’enseignementsupérieuren2007 ».

Autres

20 054

12,8

Tableau 6
L’évolution du nombre des étudiants étrangers dans les universités
selon leur nationalité

1998-1999

1999-2000

2000-2001

2001-2002

Maroc 16030 17899 21343 26076
Algérie 13427 12535 12005 13602
Chine 1374 2111 3452 5536
Tunisie 5079 5676 6346 7251
Sénégal 3548 4079 5147 6166
Allemagne 5174 5436 5395 5412
Italie 3661 3847 3657 3781
Cameroun 3254 3279 3389 3666
Liban 2457 2500 2817 3233
Côte-d’Ivoire 2025 2342 2676 3125
Espagne 3423 3628 3729 3383
Roumanie 1973 2271 2861 3255
Madagascar 2213 2319 2519 2953
Pologne 1708 1854 2090 2326
Congo 2188 2197 2326 2569
États-Unis 2406 2522 2578 2624
Bulgarie 1366 1579 1897 2270
Royaume-Uni 3227 3167 2805 2661
Gabon 1614 1776 1984 2267
Russie 1269 1453 1704 1987
Belgique 1834 1938 2066 2116
Grèce 2664 2537 2579 2329
Portugal 2542 2304 2221 2143
Source : CoulonetPaivandi,Rapport pour l’OVE, février 2004.
28

2002-2003

28 563
17 064
8 773
8 253
7 324
5 888
4 094
4 030
3 871
3 537
3 529
3 466
3 255
2 871
2 820
2 610
2 599
2 585
2 452
2 284
2 259
2 168
2 035

Total

260 596

11,7

Évolution
1998-2002
78 %
27 %
539 %
62 %
106 %
14 %
12 %
24 %
58 %
75 %
3 %
76 %
47 %
68 %
29 %
8 %
90 %
-20 %
52 %
80 %
23 %
-19 %
-20 %