Les fantômes de l'âme

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296271920
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LES FANTÔMES

DE L'ÂME

Claude NACHIN

LES FANTOMES DE L'AME
"-

"-

A PROPOS

DES HÉRITAGES

PSYCHIQUES

Publié avec le concours du Conseil Régional de Picardie et de la Faculté de Philosophie Sciences Humaines et sociales de l'Université de Picardie-Amiens.

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de 1'École- Polytechnique 75005 PARIS

PSYCHANALYSE ET CIVILISATIONS Collection dirigée par Jean NADAL L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théories issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque, à élaborer le concept d'« inconscient », à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection « Psychanalyse et Civilisations» tend à promouvoir cette ouverture anthropologique nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pouf/çtayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste qui, en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes.

Ouvrages parus: Rêve de corps. Corps de langage par: J. Nadal, M. Pierrakos, M.-F. Lecomte-Emond, A. Ramirez, R. Vintraud, N. Zuili, M. Dabbah. Oralité et Violence, par K. Nassikas. Emprise et Liberté, par J. Nadal, N. Rand et M. Torok, R. Major, R. Dadoun, M.-F. Lecomte Emond, H. Ramirez. La pensée et le trauma, par M. Bertrand. Mot d'esprit, inconscient et événement, par M. Kohn. La diagonale du suicidaire, par S. Olindo Weber. Journal d'une anorexie, par K. Nassikas. Le Soleil aveugle, par C. Sandori.
A paraître: La psychanalyse en Hongrie, par E. Brabant. Utopie créatrice, Destin de la pulsion, M.-F. Lecomte-Emond. Langue arabe, corps et inconscient, collectif dirigé H. Bendahman.

par par

@ L'Harmattan, 1993 ISBN: 2-7384-1578-4

A ma femme A mes patients

Introduction
(Assurer)..., « à chaque fois, une petite victoire de l'amour sur la mort... » (Nicolas ABRAHAM) (1, 1978, p.452)*

Problématique Ce livre est consacré à l'étude de l'héritage psychique qui se transmet à travers les générations, ce que les spécialistes du psychisme appellent depuis une dizaine d'années les problèmes inter- et trans-générationnels. Jerne limiterai ici à la part de cet héritage qui peut avoir des conséquences psychopathologiques en laissant de côté sa contribution à la transmission et à l'enrichissement du matri-patrimoine de l'humanité. Mais nous verrons, chemin faisant, que certaines difficultés sérieuses peuvent aussi se socialiser dans des activités diverses et se sublimer dans certaines formes de créativité. J'ai distingué (NACHIN) (47, 1985) dans les phénomènes intergénérationnels trois conjonctures, même si elles peuvent se trouver associées dans certains cas cliniques: - les clivages du Moi qui renvoient à une expérience personnellement vécue par le patient, étudiés dans mon livre sur « Le deuil d'amour» (NACHIN) (1989) ; - les perturbations de l'unité duelle mère-enfant (ou parent-enfant) dans les cas de mère ou de parents endeuillés
* Les numéros ( ) renvoient à la bibliographie placée à la fin de l'ouvrage. Par la suite, les renvois à « L'écorce et le noyau» sont référencés « E.N. » suivis de la pagination. 9

à proximité d'une naissance décrits en particulier par Monique BYDLOWSKI [14] ; il s'agit là de perturbations accidentelles, en général temporaires, qui peuvent pourtant avoir un grand retentissement pour l'avenir d'un jeune enfant; - enfin les fantômes psychiques élaborés à travers les générations qui entraînent toujours des perturbations dans les relations parents-enfants et qui constituent spécifiquement les problèmes transgénérationnels que nous allons étudier. La notion de transmission psychique pose deux questions préalables. S'agit-il d'une hérédité psychique? Sinon, comment une telle transmission peut-elle s'opérer? Les progrès contemporains de la génétique ne permettent pas d'envisager une hérédité directement psychique. Cependant des anomalies génétiques touchant les champs sensitivosensoriels, moteurs ou (et) associatifs du système nerveux peuvent sans doute gêner la constitution du psychisme et son évolution, bien que l'on n'ait pas pu démontrer, jusqu'à présent, de lien entre un syndrome mental et des anomalies génétiques déterminées. Les seules affections génétiqu'es certaines sont des formes d'arriération graves où le trouble mental est lié à des altérations anatomopathologiques du cerveau. Dans notre perspective, la transmission psychique n'est pas héréditaire, elle résulte d'un héritage familial précoce qui s'opère au travers des interactions précoces, mère-enfant et parents-enfant, qui débutent dès la grossesse et s'enrichissent à partir de la naissance, d'abord fondées sur les attitudes, les gestes, la mimique et la vocalité en attendant que le langage y intervienne en tant que langage verbal.

Définition L'outil nécéssaire pour notre travail nous a été fourni par N. ABRAHAM (1, p. 391) avec le nouveau concept psychanalytique de «travail du Fantôme dans l'inconscient». Il l'a défini comme le travail, dans l'inconscient d'un sujet, du secret inavouable (bâtardise, inceste, crimi10

nalité, ) d'un autre (ascendant mais aussi autre objet d'amour, voire patient...ou thérapeute). J'en ai étendu la définition au travail induit dans l'inconscient d'un sujet par sa relation avec un parent ou un objet d'amour important porteur d'un deuil non fait, ou d'un autre traumatisme non surmonté, même en l'absence d'un secret inavouable, avec la réserve qu'un deuil non fait devient par lui-même un secret au fil du temps, après des années, voire des décennies. Tout le monde comprend bien les manifestations de tristesse, voire de dépression, d'un endeuillé au cours de la première année, voire des trois années qui suivent un deuil grave. Plus tard, personne, y compris l'intéressé, ne fait plus le lien entre le deuil et les manifestations psychopathologiques récurrentes d'un ancien endeuillé qui ne manquent pas de retentir sur ses relations avec ses proches et, en particulier, avec ses enfants. Placé sous le sceau du secret, le Fantôme entraîne une « nescience », une obligation de ne pas savoir, pour le sujet qui en est affecté. Ses manifestations cliniques (Chapitres III et IV), les hantises, sont très diverses. Il s'agit aussi bien de paroles et d'actes bizarres que de symptômes phobiques, obsessionnels, psychopathiques, psychosomatiques et, parfois, psychotiques. Issu des effets de traumatismes psychiques non surmontés, en particulier des parents ou des grands-parents, le Fantôme a un double rapport avec le Trauma, car la fragilité psychique qu'il entraîne chez le descendant rend ce dernier plus traumatisable, la présence d'un Fantôme est toujours potentiellement traumatisante. Le Fantôme, ainsi conçu, consiste en phénomènes internes au psychisme humain, dont les fantômes et les revenants des traditions populaires (Chapitre I) ne seraient que la projection et l'objectivation dans le monde extérieur. Dans la suite de ce travail, le Fantôme, doté d'une majuscule, désignera toujours le concept psychanalytique tandis que les fantômes de la littérature (Chapitre II) et des traditions populaires seront nommés avec une minuscule. En choisissant le mot « âme» pour qualifier les Fantômes dans mon titre, j'ai voulu souligner que la connaissance psychanalytique ne sépare, ni dans sa démarche ni dans ses résultats, l'intelligence (l'esprit ou le psychisme) Il

avec son pôle discursif verbal et son pôle sensorimoteur de l'affectivité (émotions ou sentiments), contrairement à une tendance intellectualiste à mettre l'homme en équations qui s'est exprimée dans des « mathèmes » à la fin de l'œuvre de LACAN.

Construction et déconstruction du Fantôme
Le Fantôme est parfois conçu comme un « objet transgénérationnel », véritable corps étranger interne, qui serait en particulier imposé inconsciemment par les ascendants à des enfants qui le recevraie11t passivement. C'est méconnaître, sur le plan théorique, l'importance du concept de « l'unité duelle » qui est pour nous le concept premier de la psychanalyse, ce qui n'empêche pas que l'Oedipe en reste le concept central comme nous le verrons en présentant la théorie du Fantôme (Chapitre VI) . C'est aussi méconnaître, sur le plan pratique, la richesse de l'activité psychique de l'enfant dès l'orée de la vie dans ses interactions et son interfantasmatisation avec sa mère et ses parents dont Sandor FERENCZI [31] a, le premier, pressenti l'importance avec la notion de « l'enfant-thérapeute ». Le Fantôme résulte d'une lacune dans les Objets internes qui va faire lacune dans le Ça de l'enfant ainsi que dans le Moi et le Surmoi qui s'en différencient. Si la lacune peut être caractérisée comme l'effet d'une forclusion, un élément qui aurait dû faire partie de la topique de l'enfant faisant défaut, les manifestations cliniques fantomatiques sont liées à une activité, à un travail psychique incessant et désespéré de l'enfant pour combler la lacune. La pulsion filiale de l'enfant est exacerbée par les manques du parent et cela rendra difficile la mise en place convenable de sa pulsion génitale. Le Fantôme au sens métapsychologique est donc une CONSTRUCTION PSYCHIQUE DE L'ENFANT, le produit de son travail psychique pour comprendre et soigner son parent avec l'espoir d'en être à son tour mieux compris et soigné. A partir de là, la cure des patients qui en sont porteurs (Chapitre VII) apparaît comme un travail de DÉCONSTRUCTION pour lequel j'essaie d'indiquer les conditions les plus propices. 12

Actualité de la question
Après les travaux psychanalytiques des trois premiers quarts du siècle, les problèmes posés par la sexualité psychique inconsciente étaient bien inventoriés, mais les questions liées aux traul11atismes singuliers, aux séparations et aux deuils de personnes aimées, lesquels jalonnent toute vie, étaient moins étudiées. A plus forte raison, les effets sur les descendants des problèmes irrésolus de leurs parents et de leurs aïeux étaient largement méconnus par la psychanalyse et les sciences humaines jusqu'à ces quinze dernières années même s'ils avaient été signalés dans des textes religieux, philosophiques et poétiques depuis l'Antiquité. Si FREUD [33] a eu quelques intuitions en direction de ce problème, nous verrons à propos du « Petit Hans» (Chapitre V) ce qui a pu contribuer à les lui faire négliger. Le concept de Fantôme est neuf, complexe, et les textes inauguraux de N. ABRAHAM et de Maria TOROK ne m'ont parlé qu'après deux expériences personnelles. J'ai bien connu une dame qui, à l'âge de quatre-cinq ans, avait perdu sa mère à la suite d'une avortement, et qui a présenté ensuite une maladie du deuil non traitée qui ne s'est apaisée qu'au troisième âge. Jeune femme, elle avait encore perdu une petite fille, alors que son enfant premier-né était encore tout-petit. Ce fils très aimé s'est trouvé en présence d'une mère déprimée, situation qu'il allait retrouver périodiquement mais qui était pour lui incompréhensible puisqu'elle n'était pas liée à une cause de tristesse qu'il eût pu partager pleinement. Il est devenu un grand obsédé préoccupé de chiffres et de dates. Surtout, alors que j'étais engagé depuis plusieurs années dans la psychanalyse d'une demoiselle gravelnent phobique sans que les résultats soient très probants, l'écoute du sixième acte d'Hamlet enregistré par N. ABRAHAM (E.N. p. 447) m'a fait songer à la possibilité d'une bâtardise dans la génération des parents de ma patiente, ce qui devait se confirmer et donner un nouvel élan à la cure. Lorsque Sigmund FREUD, l'infatigable déchiffreur d'énigmes, s'efface derrière Sigmund FREUD, l'esprit systématique, « la réaction thérapeutique négative» constatée au cours de la cure des cas difficiles est rapportée par lui 13

à la suprématie de « la pulsion de mort» et le psychanalyste est invité à modérer ses ambitions thérapeutiques et à renoncer à la cure de certains patients. Par contre, si l'on poursuit le chemin ouvert par Sandor FERENCZI, certaines réactions «thérapeutiques négatives» peuvent apparaître comme un effet de la surdité de l'analyste et être levées par un affinement de l'écoute et par le recours à de nouveaux concepts psychanalytiques. Telles ces rivières du Jura qui disparaissent dans la montagne et resurgissent là où on ne les attend pas, la vie psychique peut trouver un nouvel essor chez un patient qui paraissait définitivement voué à la folie. Au cours des dernières années, mon expérience psychanalytique s'est suffisamment enrichie dans ce domaine pour que j'aie le désir de la faire partager en essayant de préciser ma position de psychanalyste par rapport aux travaux très divers suscités par les problèmes transgénérationnels. En guise de conclusion, j'évoquerai quelques questions qui restent ouvertes. Après mon travail sur « Le deuil d'amour », ce deuxième livre constitue pour moi une nouvelle étape dans l'étude des opérations symboliques de l'esprit humain, leur réalisation mettant en œuvre des modalités chaque fois singulières.

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Remerciements
Mes remerciements vont à Maria TOROK, Nadine ZUlLI, Nicholas RAND, André BARBIER, Gabriel COTTIN, Yolande PAPETTI-TISSERON, à de nombreux collègues de la S.P.P. et de l'A.P.F. ainsi qu'aux participants de notre groupe de travail de Sainte-Anne (1981-1986), de notre groupe de travail d'Amiens et du groupe de travail animé par Jean COMAS dans le cadre du 4e Groupe de psychanalystes O.P.L.F. pour leurs apports, leurs conseils et leur amitié. Ils vont également à Jean NADAL et aux éditions de l'Harmattan qui ont réservé le meilleur accueil à ce travail. Serge TISSERON a joué un rôle particulier dans l'élaboration de ce volume: en effet, depuis quelques années, nous échangeons régulièrement nos textes et nos réflexions sur la problématique du Fantôme. Enfin, les échanges permanents avec ma femme sur la vie quotidienne comme sur la psychologie, la littérature et les arts, notre amour et son aide constante, sont essentiels pour la poursuite de mon travail d'écriture.

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PREMIÈRE

PARTIE

Fantômes dans l'histoire

et revenants et la littérature

I

Fantômes

et revenants dans J'histoire

C'est à Claude LECOUTEUX [41] que nous devons l'ouvrage fondamental sur les fantômes et les revenants au Moyen Age. Illes a étudiés dans les pays nordiques et germaniques où le paganisme a cohabité longtemps avec le christianisme avant que la culture chrétienne ne recouvre la culture antérieure. Il étudie la période qui va du Xe au XIIIe siècle. Il se pose les questions fondamentales: qui revient? quand? où ? comment? pourquoi? A cette époque, les hommes de ces pays avaient « ...un llnivers mental où les revenants sont des êtres de chair et de sang, parlànt et agissant comme les vivants» (op. cit., p. 14). La croyance aux revenants a ses racines dans la peur de la mort et des morts et dans la surprise que crée toute mort ressentie comme anormale, qu'elle soit prématurée, accidentelle ou qu'elle résulte d'un meurtre.

Fantômes

et revenants

dans )'Antiquité

Dans la Rome antique, le mort est tenu pour impur et dangereux tout au moins tant qu'il n'a pas reçu la sépulture rituelle qui comporte tout un dispositif complexe. Des épidémies, des cas de folie et de possession sont reliés à la possession par une « larve », « c'est-à-dire par un mort ayant commis un crime ou étant passé de vie à trépas dans des circonstances particulières» (op. cit., p. 20). Les morts sont réputés continuer à vivre dans leur tombe, mais seuls 19

les « mal» morts présentent un danger. Ce sont les per-' sonnes ayant péri de mort violente, à l'exclusion des soldats morts au combat: assassinés, suppliciés, suicidés, noyés, ainsi que les morts considérés comme prématurés et ceux laissés sans sépulture rituelle. Cela fait donc beaucoup de revenants et de fantômes en puissance: « défunts cherchant à se venger ou désirant qu'on les venge, aspirant à la sépulture rituelle, trépassés mécontents ou jaloux, donc malfaisants» (op. cit., p. 22). L'archéologie nous montre des restes humains mutilés ou ligotés dans leur tombeau, soigneusement clos pour que le nlort ne puisse pas en sortir, mais contenant par ailleurs tout ce qui est nécessaire à sa vie. Dès le VIlle siècle de notre ère, des textes attestent ce que l'archéologie laisse supposer. De l'Antiquité au XIxe siècle, ce sont les mêmes morts qui apparaissent susceptibles de devenir des revenants redoutables: noyés, enfants non baptisés, avortés, fœtus morts, suicidés, pendus, décédés de mort violente, mariés décédés le jour du mariage, fiancés morts juste avant le mariage et femmes mortes en couches... La mort est conçue comme un rite de passage qui ne doit pas être raté. D'où l'importance des rites funéraires.

Fantômes

et revenants à l'ère chrétienne
chrétienne vont reprendre les

Les Pères de l'Église

croyances de leur époque en les corrigeant. Au Ille siècle,
pour Tertullien, les revenants seraient des démons ou des morts possédés par un diable. Toutes les apparitions se ramènent à des illusions: le démon se joue de nous en nous envoyant des images que 110USprenons pour la réalité. L'illusion à l'état de veille est rapprochée du rêve: le mort qui apparaît en rêve n'a pas plus de réalité que le vivant qui fait de même. Un revenant doit avoir un corps sinon c'est une tromperie. Pour l'illusion, Tertullien utilise le mot phantasma, origine du vocable « fantôme» COITlmedu « fantasme» de la psychanalyse. Lorsque les apparitions sont bénéfiques, Saint Augustin les attribue à des messages divins transmis par les anges avec différents 20

moyens, dont les morts (op. cit., p. 53-55). Il prive les revenants de toute corporéité. Au VIesiècle, Grégoire le Grand reprend les théories de saint Augustin mais, en même temps, il fait état de beaucoup de revenants et de fantômes. Illes considère comme des esprits se manifestant sous une apparence humaine. «Les morts se montrent là où ils vécurent et péchèrent », pensée qui n'est guère éloignée des croyances païennes: les personnes assassinées hantent les lieux de leur trépas, et il en va de même pour tous ceux dont le décès fut anormal (op. cit., p. 56). L'église chrétienne va transformer les fantômes et les revenants en âmes en peine en même temps qu'elle met en place le Purgatoire entre l'Enfer et le Paradis. Les morts ont besoin des vivants et les moines de Cluny mettent en place la fête des morts. Mais on peut rencontrer des revenants parce que certaines âmes expient sur les lieux de leurs forfaits. A partir du XIIe siècle, on explique les revenants en disant que Dieu autorise parfois les anges déchus à se glisser dans les cadavres et à les animer, ce sont les « incubus ». En tout cas, le revenant est devenu une sorte de démon sans corporéité, un fantôme, une image, qu'il se transforme en âme en peine all en damné. L'interprétation chrétienne brouille les pistes et on doit donc reprendre le problème en deçà d'elle (op. cit., p. 59-60).

Vrais et « faux revenants»
L'étude des textes permet de distinguer les vrais et les faux revenants. Les faux revenants sont des morts qui se manifestent immédiatement après leur décès parce qu'ils ne gagnent le tombeau qu'à contre-cœur ou bien « des trépassés qui s'animent, soit pour se défendre parce qu'on viole leur sépulture, soit parce qu'on les oblige à revenir par nécromancie» (op. cit., p. 65). L'institution de la veille des morts est antique, mais sa fonction a varié: pour la chrétienté, il s'agit d'empêcher qu'un esprit diabolique ne s'empare du corps. La nécromancie est une technique de divination en invoquant les morts pour qu'ils reviennent parler aux vivants et les éclairent. 21

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