Les figures de l'inégalité et le renouveau des luttes sociales

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L'Afrique subsaharienne connait actuellement un regain des luttes sociales. Mais la critique sociale, portée par ces mouvements sociaux, est encore faiblement élaborée dans le champ intellectuel. A partir des exemples du Bénin, du Gabon, de la RDC et du Sénégal, ce numéro voudrait contribuer à cette réflexion en répondant aux questions suivantes : qu'est-ce qui explique ce réveil des luttes sociales ? Quels en sont les enjeux ? Quelles formes prennent-elles ?
Publié le : lundi 1 juin 2015
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EAN13 : 9782336382548
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Revue 8 Revue Gabonaise
de Sociologie Gabonaise
de SociologieLes fgures de l’inégalité
et le renouveau
Numérodes luttes sociales 8
L’Afrique subsaharienne connait actuellement un
regain des luttes sociales. Certaines ont conduit aux
changements politiques, alors que l’issue des autres
reste encore incertaine.
Mais la critique sociale, portée par ces mouvements
sociaux, est encore faiblement élaborée dans le
champ intellectuel. A partir des exemples du Bénin,
du Gabon, de la République Démocratique du Congo
et du Sénégal, ce numéro voudrait contribuer à cette
réflexion en répondant aux questions suivantes :
qu’est-ce qui explique ce réveil des luttes sociales ? Les fgures de l’inégalité
Quels en sont les enjeux ? Quelles formes prennent- et le renouveau elles ?
des luttes sociales
Illustration de couverture : © Fotosearch- Thinkstock
ISBN : 978-2-343-06331-7
16,50 € 9 782343 063317
Les fgures de l’inégalité et le renouveau des luttes sociales


REVUE GABONAISE
DE SOCIOLOGIE



N° 8



Les figures de l’inégalité et le renouveau
des luttes sociales






CRES/L’Harmattan































© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06331-7
EAN : 9782343063317 Revue Gabonaise de Sociologie

Une publication du
Centre de Recherches et d’Etudes Sociologiques
(Université de Libreville - Gabon)

Comité de Direction
Jean-Ferdinand MBAH
Achille DEJEAN
Claudine-Augée ANGOUE

Rédacteur en Chef
Jean-Ferdinand MBAH

Rédaction
Placide ONDO
Mathurin OVONO EBE
Maixent MEBIAME ZOMO

Comité scientifique
Jean-Copans (Paris V)
Achille DEJEAN (Université de Libreville)
Caroline JUILLARD (Paris V)
Abel KOUVOUAMA (Pau)
Jean-Ferdinand MBAH (Université de Libreville)
André MARY (EHESS Marseille)
Nicolas METEGUE N’NAH (Université de Libreville)
Francis NYAMNJOH (CODESRIA)
Jean Bernard OUEDRAOGO (CODESRIA)

Rédaction
CRES, Université de Libreville
B.P. 17055 Libreville – Gabon
Tel. (00 241) 06 70 40 83
e-mail : regasocres@yahoo.fr
Sommaire


Dossier
Coordonné par Placide ONDO

Présentation
La lutte sociale et son renouveau 11

La grève des enseignants de l’Education Nationale :
de la classe à la lutte des classes
Jean-Ferdinand MBAH 25

Le M23 au Sénégal : décryptage d’un mouvement
qui a voulu changer le monde sans prendre le pouvoir
Malick DIAGNE 61

Conflits autour de "l’or blanc" et manifestation
de la puissance politique des cotonculteurs à Banikoara
Fabien AFFO 85

Le renouveau de la conflictualité sociale et la lutte
contre la production de l’indignité au Gabon
Placide ONDO 97

Recherches

La marginalisation sociale urbaine à Lubumbashi :
une contestation de l’ordre économique dominant
Delphin KAIMBI MPYANA 131

Résumés 149
7













































Dossier











Présentation
La lutte sociale et son renouveau

Placide ONDO
CRES/Université de Libreville


Depuis le milieu des années 2000, l’Afrique subsaharienne
connait un regain des luttes sociales et politiques, des luttes
qui ont pris un tournant décisif avec la crise mondiale dont
les répercussions sur le plan national sont le coût élevé de la
vie et les politiques d’austérité. Cette crise, qui s’est exportée
1en Afrique par le « printemps arabe » , a inspiré ou alimenté
les velléités contestataires en Afrique subsaharienne. La
naissance de certains mouvements sociaux et le réveil
d’autres, ont fortement secoué de nombreux Etats. Dans
certains cas, les mouvements sociaux ont conduit au
changement politique (Mali, Centrafrique, Burkina Faso,
Sénégal). Dans d’autres cas, la contestation est présente mais
avec une issue encore incertaine (Togo, RDC, Cameroun,
Gabon).
Mais pourquoi cette région de l’Afrique est-elle un
terreau de la contestation sociale ? La réponse à cette
question n’est pas aisée, car la critique produite par les
mouvements sociaux est faiblement élaborée dans le champ
intellectuel. On peut reprendre ici le constat de Ndongo
Samba Sylla sur le cas de l’Afrique de l’Ouest : « Alors que
la littérature sur les mouvements sociaux s’étoffe un peu
partout, surtout depuis le passage du « printemps arabe », ce
n’est pas encore le cas en Afrique de l’Ouest, où l’entrée
« mouvement social » tarde à s’imposer comme prisme


1 Politique africaine, « la Libye révolutionnaire », n° 125, mars 2012 ;
Politique africaine, « La Tunisie en révolution », n°121, 2011.






Présentation : La lutte sociale et son renouveau


analytique permettant d’éclairer les dynamismes
2sociopolitiques »
Ce numéro de la revue gabonaise de sociologie voudrait
contribuer à cette réflexion en essayant de répondre à deux
questions principales : comment comprendre et expliquer le
réveil des luttes sociales en Afrique ? Quelles formes
prennent-elles et quels en sont les enjeux ?

Les mouvements de revendication démocratique et les
contestations post-électorales

Vers la fin de la colonisation et au début des années 1960, la
lutte sociale en Afrique subsaharienne est incarnée par les
3mouvements syndicaux . Mais dans la période qui s’étend de
1960 à 1980, le syndicalisme, dans la plupart des pays
francophones, se montre très atone car les organisations
syndicales sont liées aux régimes autoritaires. De ce fait, les
4mouvements syndicaux ont perdu leur légitimité historique
acquise au prix de luttes anticoloniales et revendicatrices des
indépendances.
A la fin des années 1980, les nombreuses inégalités
accumulées mais étouffées par l’autoritarisme des régimes
politiques et l’inféodation des organisations syndicales,
s’expriment par des mouvements de contestation libérés par
le discours de François Mitterrand à la Baule et la fin de la
guerre froide symbolisée par la chute du mur de Berlin. Ces

2 Les mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest. Entre les ravages du
libéralisme économique et la promesse du libéralisme politique, Paris,
L’Harmattan, 2014, p.15.
3 Sur le syndicalisme de cette période, Voir J. Meynaud, A. Salah-Bey, Le
syndicalisme africain, Paris, Payot, 1963.
4 Cette légitimité avait fait de nombreux syndicalistes des leaders
politiques. Nous pensons à Ruben Um Nyombé au Cameroun, Sékou
Touré en Guinée, Modibo keita et Mamadou Konaté au Mali, Djibo
Bakary au Niger.
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Présentation : La lutte sociale et son renouveau


mouvements sociaux (fin des années 1980-début des années
1990) ont imposé, dans la plupart des cas, l’instauration du
multipartisme après la tenue des conférences nationales dont
certaines, souveraines, ont conduit au changement de régime
comme au Bénin, et d’autres, non souveraines comme celle
du Gabon, ont décidé du multipartisme sans changement à la
tête de l’Etat. Mais dans les deux cas, le multipartisme est
perçu comme une seconde décolonisation : il est le moyen
d’accès à l’alternance politique nécessaire pour lutter contre
les inégalités accumulées pendant la période de
monopartisme. Cette perception explique à la fois les fortes
mobilisations pour la revendication de la démocratie au
détriment des revendications sociales, et du surinvestissement
du discours scientifique sur le processus démocratique en
5Afrique . La lutte politique éclipse alors la lutte sociale.
Mais les premières élections pluralistes montrent vite
qu’elles sont « un mécanisme de recyclage d’anciens partis
uniques en hyper-dominants bénéficiant de surcroit de la
6légitimité conférée par le suffrage universel. » Et les
contestations post-électorales sont légion en prenant la forme
7d’injures, de casses d’urnes, d’échanges de coups, de
8batailles rangées, etc. Cette « manifestation politique »
s’inscrit désormais dans l’action électorale comme « forme

5 Pour le bilan de la littérature sur la démocratisation en Afrique au début
des années 1990,voir R. Buijtenhuijs, C. Thiriot, Démocratisation en
Afrique au Sud du Sahara, 1992-1995. Bilan de la littérature,
BordeauxLeyde, CEAN-IEP- Université de Bordeau-Montesquieu/Centre d’études
africaines, 1995-
6 R. Otayek « Les élection en Afrique sont-elles un objet scientifique
pertinent ? », Politique africaine, n°69, 1998, p.4. Voir aussi J. John-
Nambo, « Parodie d’élection présidentielle au Gabon », Politique
africaine, n°53, 1993, pp.133-139.
7 A. Halimi, Du bon usage de l’insulte en période électorale, Paris,
SaintGermain des Prés, 1973.
8 P. Favre (Ed.), La manifestation, Paris, Presse de la FNSP, 1990.
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Présentation : La lutte sociale et son renouveau


9déviante de participation politique» qui sous-tend la
possibilité d’un désaccord et d’un refus de l’ordre établi.
La fraude électorale et sa dénonciation deviennent un
principe de la concurrence politique garantissant
paradoxalement l’acceptation mutuelle d’un système
pluraliste. Ce principe apparait dans les années 1990 comme
un rituel politique qui voudrait que la majorité au pouvoir
remportât toujours les élections et que l’opposition dénonçât
la fraude, de façon à obtenir un « consensus » qui se traduit
par la formation des gouvernements d’ « union nationale »,
de la « démocratie », de « large consensus », etc., qui
légitiment l’entrée de l’opposition au pouvoir. Du coup, la
fraude électorale et sa contestation deviennent à la fois des
10éléments constitutifs du marché politique et une source de
légitimation dont l’opposition et la majorité semblent
s’accommoder en hypothéquant l’alternance politique dans
un proche avenir et en compromettant la lutte contre les
inégalités sociales que les masses populaires avaient
subordonnée à la lutte pour l’alternance démocratique.

La désillusion démocratique et la (re) mobilisation de la
société civile

11Cette désillusion démocratique a provoqué chez les masses
populaires une désaffection à l’égard des politiques, mieux
12elle a produit une « forme d’abstention active » qui
s’enracine dans la révolte contre une double impuissance :

9 P. Quantin, « Pour une analyse comparative des élections africaines »,
Politique africaine, n°69, 1998, p.22.
10 Idem, p.19.
11 C.M. Toulabor, « Les mots sont fatigués ou la désillusion démocratique
au Togo », Politique africaine, n°64, 1996, pp.62-70.
12 « La représentation politique. Eléments pour une théorie du champ
politique », Actes de la recherche en sciences sociales, n°36-37, 1981,
P.5.
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Présentation : La lutte sociale et son renouveau


impuissance vis-à-vis de la politique et de toutes les actions
sérielles qu’elle propose ; impuissance devant les appareils
politiques. Cet « apolitisme », comme contestation du
monopole de la lutte sociale et politique par le personnel
politique, va provoquer, pour reprendre l’expression de
Christophe Aguiton et Daniel Bensaïd le « renouveau des
13mouvements sociaux » qui se traduit par :

 la recomposition du mouvement social. La disparition
progressive des partis uniques à partir du début des
années 1990 a entrainé le retour au pluralisme
syndical et permis à l’action syndicale de s’émanciper
du pouvoir politique. Mais cette autonomie a été aussi
à l’origine de l’émiettement des forces syndicales et
donc de l’affaiblissement des mouvements syndicaux.
A partir des années 2000, le mouvement social
se recompose en se diversifiant, et se renforce par de
nouvelles dynamiques. En effet, deux logiques
renforcent les dynamiques syndicales : le
regroupement des syndicats d’un même domaine ou
secteur d’activité, c’est le retour des confédérations
pour lutter contre l’émiettement observé dans les
années 1990 ; les alliances avec des syndicats d’autres
secteurs d’activité ou des autres composantes de la
société civile. Ce sont ces dynamiques syndicales
unitaires et ces alliances entre les différentes
composantes de la société civile qui vont créer la
force de mobilisation que l’on a observée en Guinée,
au Burkina Faso, au Sénégal, au Togo, au Gabon, etc.
Ces dynamiques sont aussi renforcées par
14l’avènement de nouvelles formes de syndicalisme

13 C. Aguiton, D. Bensaïd, Le Retour de la question sociale : le renouveau
des mouvements sociaux en France, Lausanne, Ed. Page Deux, 1997.
14 Voir L. Mathieu, « Les nouvelles formes de contestation sociale »,
Regard sur l’actualité, n°251, 1999, pp.33-44.
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