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Les Figures du Sujet en Sciences Humaines

De
96 pages
Les textes ici rassemblés traitent de la description des ruptures de continuité dans le déroulement de la chaîne signifiante, verbale ou analogique, sonore ou visuelle du discours et du récit. L'enjeu est d'identifier les figures qu'engendrent les fluctuations du rapport à autrui au cours de l'énonciation discursive ou narrative.
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Les figures du sujet en sciences humaines
"Motifs de rupture"

La collection Sémantiques est née du constat qu'il est devenu de plus en plus difficile pour les chercheurs en linguistique de faire paraître en librairie des ouvrages relativement pointus, leur science passant apparemment pour trop difficile et leur lectorat trop restrei nt, tandis que leurs travaux souffrent énormément du manque de publicité, tant pour s'exposer à la critique de leurs pairs que pour être appréciés hors du premier cercle des spécialistes. Collection ouverte à toutes les recherches en cours, Sémantiques a pour but de faire connaître ce qui se passe dans les universités, les instituts et les laboratoires dans les domaines qui sont les siens: linguistique générale et appliquée (ou confrontée) à la psychologie, à la sociologie, à l'éducation et aux industries de la langue. Le. rythme de parution adopté - un à deux titres par mois - permet la publication rapide de thèses, de mémoires et de recueils. Sémantiques s'adresse principalement aux linguistes, mais son projet éditorial la destine aussi aux chercheurs, formateurs et étudiants en lettres, langues et sciences humaines, ainsi qu'aux praticiens lexicographes, traducteurs, interprètes, orthophonistes...

Marc Arabyan IUT de Fontainebleau F-77300 FONTAINEBLEAU

@

L'Harmattan,

1998

-

ISBN: 2-7384-6632-X

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Arabyan

François Baudry, Bruno Bonu, Jean..Paul Desgoutte, Pascal Froissart, Martine Poupon.. Buffière, Frédéric Rousseau

Les figures du sujet en sciences humaines
"Motifs de rupture"
Textes réunis et présentés par Jean-Paul Desgoutte

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique F - 75005 PARIS FRANCE -

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques MON1RÉAL (Qc) - CANADA H2Y IK9

À la mémoirede FrançoisBaudry.

Jean,Paul

Desgoutte

A vant..propos

Le motif est un mouvement, un dessin, une phrase mélodique dont la richesse se mesure à la variété des figures qu'il engendre. La rupture est une solution de continuité qui crée, dans sa manifestation même, deux traces spéculaires, complémentaires et différentes, dont la vocation à se rejoindre est à l'origine de la plupart des cosmogonies. Le motif de la rupture est donc un archétype anthropologique et linguistique, un signifiant premier qui ne fait référence qu'à l'absence de son même ou de son autre, et instaure ainsi l'espace et le temps comme univers infiniment varié du sens, à la recherche de l'unité. Le motif, en tant que signifiant premier ou ultime, ne renvoie qu'à lui-même

-

ou à un principe

transcendant

dont pro'

cède son efficacité. C'est donc un signifiant qui ne signifie rien, tout en produisant du sens dans le mouvement même de son articulation. Le meilleur exemple qu'on puisse donner de cette définition paradoxale est l'archétype culturel de l'objet brisé en signe d'amitié, lors d'une séparation. Les deux morceaux séparés portent chacun la trace identique et complémentaire de la fracture. Le motif de rupture n'a pas d'autre sens que l'anticipation des retrouvailles où il s'effacera. Le recollection des deux mor, ceaux ne produit pas un surplus de signification, mais efface au contraire l'effet qui procédait de la séparation. Le signe torturé de la brisure ne renvoie ni à un ailleurs, ni à un passé, ni même à un futur, il manifeste dans son mouvement figé la distorsion

de l'être, dans le temps et dans l'espace, où prend naissance du désir et du manque -le sujet.

-

6

MOTIFS DE RUPTURE

Ce jeu, simple ou complexe, de la naissance de la forme et du sens, à partir d'un motif de séparation - qui est aussi motif de se rejoindre -, est le point de rencontre des recherches ici pré, sentées : anthropologiques et linguistiques sur le sujet et son de, venir, sémiologiques et psychanalytiques sur les figures de dé, placement et le jeu des images, psychosociologiques et sociologiques sur les figures mythiques de la crise et les procédures énonciatives où se confrontent et interagissent les identités du sujet et de la communauté.

* * *

Les textes rassemblés sont issus du séminaire organisé de février à juin 1997 par l'Atelier de recherche intermédia de l'université de Paris VIII. Le thème de la recherche était la reconnaissance et la descriPtion des ruptures de continuité dans le diroulement de la chaîne signifiante, verbale ou analogique, sonore ou visuelle du discours et du récit. L'enjeu de ce travail était d'élaborer une topologie de l'intersubjectivité, qui rende manifestes les fluctuations du sujet qu'engendre le rapport à autrui, dans la forme directe du dis, cours ou dans la forme indirecte du récit, verbal ou visuel. *

*

*

De l'image au verbe, se joue le passage du nécessaire à l'arbitraire. C'est en ce sens que la figure peut être envisagée comme le moment et le lieu d'une transition entre le réel et le symbolique, nécessaire au sujet pour s'affirmer à la fois dans son irré, ductibilité individuelle et dans son devenir social. La figure discursive est l'objet de transition par lequel le sujet se délivre du hic et nunc - où il est enfermé dans sa seule référence à lui,même

-

pour élaborer

un signifié

échangeable,

lieu collectif

de cam,

munication (Martine Poupon-Buffière, Figures de crise). Le récit et le discours sont ici envisagés selon deux approches convergentes ou complémentaires, une approche sémiologique européenne, issue de Benveniste et de la narratologie qui tend à

AVANT-PROPOS

7

rassembler en une même théorie la syntaxe narrative du récit et la ponctuation intersubjective du discours (Jean-Paul Desgoutte, Figures sémantiques), et une approche sociolinguistique issue de l'Analyse de conversation américaine, qui s'attache plus particulièrement à décrire les procédures et conditions de réussite de l'échange verbal (Bruno Bonu, Narration et interaction). Dans l'une et l'autre approche, l'interrogation porte prioritairement sur les choix que propose ou qu'induit l'organisation en séquences de la chaîne verbale, chaque temps de silence se manifestant comme le nœud où se structure, se ramifie ou se referme la figure sémantique de l'échange. La figure est à la fois le lieu d'une projection individuelle où le sujet s'identifie

-

et celui d'une

rencontre

avec

l'autre.

Elle a le double aspect du réceptacle où l'individu se protège et de l'arène où il se donne en spectacle. C'est sur cette frontière de l'unique et du commun, que se pose la question du style, où le sujet se dessine, se reconnaît et s'affirme (Frédéric Rousseau, Figures de style). La rumeur, lieu commun par excellence, est une figure de langage particulière en ce sens qu'elle nie le sujet. Elle ne possède apparemment ni origine, ni destinataire, mais se déplace, prolifère et meurt, hors de toute procédure de confirmation référentielle. Il semble - quoiqu'en disent ses thuriféraires qu'elle se manifeste essentiellement comme un acte illocutoire, coquille vide où chacun peut porter son affect et confirmer ses peurs, ses haines, ses angoisses, hors de tout référent (Pascal Froissart, La rumeur te nie...). Trace dans l'espace, la figure naît d'une transposition (EntsteUung, dans la tradition freudienne) et prend les figures alternatives de la métaphore et de la métonymie. Ces figures de base de toute rhétorique (décrits par Freud sous les termes de Verschiebung et de Verdichtung - condensation et déplacement), sont les versants fondamentaux, selon Lacan, du jeu de l'inconscient. Mais la barre, qui institue la métaphore, et le vide ou le silence qui ordonnent la métonymie, ne sont pas du même ordre. Et la question se pose de la nécessité propre à la concaténation des signifiants - en dehors du modèle verbal. Où se trouve la figure induite sinon dans un troisième temps ou un

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MOTIFS DE RUPTURE

troisième lieu, temps et lieu du réel où le signifiant se referme sur lui-même 1 (François Baudry, Linguisterie lacanienne) Le sens procède ainsi d'un effet de résonance qui prend sa
source dans une profération - une pulsion, un attrait, une rupture? -, se développe et s'épanouit en saturant une figure mouvante - comme la vague révèle les points de fracture intimes du rocher qu'elle balaie sans cesse - puis s'achève, se fige et se retire, en abandonnant la trace fossilisée de son mouvement.

Martine

Poupon~Buffière

Figures de crise

Comment couvrir un vide par un discours, inventer une suite à ce qui apparemment n'en a pas, donner un sens à une agitation désordonnée, un ordre au chaos, une raison à ce qui n'a pas de logique? C'est sans doute la fonction essentielle des figures qui sont l'objet de notre recherche1. Confronté à une crise d'identité, le sujet perd littéralement le sens. Echecs professionnels, ruptures familiales, émois amou, reux, maladies, deuils, ou tout simplement crises et métamor, phoses de croissance, l'éloignent de l'intelligence de sa propre histoire. Désorienté, sans repères, à la frontière de l'aphasie, il est incapable d'élaborer une explication rationnelle, logique de ce qui lui arrive et plus encore d'inférer une suite à partir de ce qu'il perçoit de son présent. Le sujet est confronté à une rup' ture, une discontinuité de sens. Il ne peut plus énoncer que la figure, l'image incertaine de son épreuve. Il cherche alors dans le Ueucommun un ultime point de rencontre avec les autres. Il régresse vers la métaphore et la métonymie, pures figures de déplacement, qui recomposent l'espace dans la coexistence de l'autre et le temps dans la répétition du même. Ces figures sont des messages sans contenu. Elles n'ont qu'à peine un référent. Ce sont des actes énonciatifs purs qui per, mettent dans le meilleur des cas d'entretenir ou de préserver un minimum de communication ou de jeu relationnel. Dire: Je

1 Pour un exposé détaillé, voir Poupon,Buffière (Martine), « Figures discursives et efficacité narrative », in Philosophie du langage, esthétique et éducation, L'Harmattan, Paris, 1996.