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Les grandes figures

de la Résistance francaise

1940-1945


DU MÊME AUTEUR

Histoire de la France militaire et résistante, éditions du Rocher, 2000.

Aquitaine, histoire de la Résistance, éditions CMD, 2000.

Limousin, histoire de la Résistance, éditions CMD, 2001.

Orthon le farfadet et autres histoires mystérieuses de l’Aquitaine,éditions du Rocher, 2001.

L’Affaire de Bentzmann, 1939-1945, éditions Les Chemins de la Mémoire, 2002.

Les Combats victorieux de la Résistance dans la Libération, 1944-1945,éditions Le Cherche Midi, 2002.

Histoires mystérieuses du Sud-Ouest,éditions Les Chemins de la Mémoire, 2002.

La Bataille des cadets de Saumur, juin 1940,éditions Les Chemins de la Mémoire, 2002.

La Libération du Sud-Ouest, 1944-1945,éditions Les Chemins de la Mémoire, 2003.

Le Grand Livre des fantômes,éditions Trajectoire, 2003.

Rommel, la fin d’un mythe,éditions du Cherche Midi, 2003.

Histoire de la presse en France,éditions de Vecchi, 2004.

Comme des lions, le sacrifice héroïque de l’armée française en mai-juin 1940,éditions Calmann-Lévy, 2005.

Les Templiers,éditions de Vecchi, 2005.

Les Grandes Affaires de la Résistance, éditions Lucien Souny, 2005.

Histoires extraordinaires de la Seconde Guerre mondiale,éditions Lucien Souny, 2006.

Jean Moulin,éditions InFolio, 2007.

La Libération de la France,éditions Lucien Souny, 2007.

Mers el-Kébir, juillet 1940,éditions Calmann-Lévy, 2007.

Les Poches de l’Atlantique, 1944-1945,éditions Lucien Souny, 2008.

Les 35 plus grandes affaires criminelles,éditions Trajectoire, 2008.

La Guerre italo-grecque, 1940-1941,éditions Calmann-Lévy, 2008.

Les Victoires militaires françaises de la Seconde Guerre mondiale,éditions Lucien Souny, 2009.

La Bataille de Bir Hakeim, une résistance héroïque,éditions Calmann-Lévy, 2009.

Les Mystères des manuscrits de la mer Morte,éditions de Vecchi, 2009.

La Bataille de France jour après jour, mai-juin 1940,éditions Le Cherche Midi, 2010.

Croyances et légendes populaires,éditions de Vecchi, 2010.

La Bataille de Stonne, Ardennes, 1940,éditions Perrin, 2010.

L’Apport capital de la France dans la victoire des Alliés, 1914-1918 et 1939-1945,éditions Le Cherche Midi, 2011.

La Bataille de Dunkerque, 26 mai-4 juin 1940,éditions Tallandier, 2011.

39-45, les soldats oubliés, ceux dont l’Histoire ne parle plus,éditions Jourdan, 2012.

Koenig, l’homme de Bir Hakeim,éditions du Toucan, 2012.

La Libération de la France jour après jour, 1944-1945,éditions Le Cherche Midi, 2012.

L’Armée française pour les nuls,éditions First, 2012.

Histoire générale de la Résistance française,éditions Lucien Souny, 2012.

La Résistance,éditions Gründ, 2012.

La Gestapo et les Français,éditions Pygmalion, 2013.

Légendes & fadaises de la Seconde Guerre mondiale,éditions First, 2013.

Histoires extraordinaires de la Résistance française,éditions Le Cherche Midi, 2013.

La Résistance pour les nuls,éditions First, 2013.

Fiers de notre histoire,éditions First, 2013.

Les Crimes nazis lors de la libération de la France, 1944-1945,éditions Le Cherche Midi, 2014.

12 trains qui ont changé l’Histoire,éditions Pygmalion, 2014.

La bravoure méconnue des soldats italiens, 1914-1918 & 1939-1945,éditions Altipresse, 2014.

Dominique Lormier




Les grandes figures

de la Résistance francaise

1940-1945




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Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

© Éditions Sud Ouest, 2014

ISBN : 978-2-8177-0415-9

Table des matières

  • Introduction
  • Valentin Abeille
  • Henri Adeline
  • Berty Albrecht
  • Dimitri Amilakvari
  • Emmanuel d’Astier de La Vigerie
  • Philippe Auboyneau
  • Lucie et Raymond Aubrac
  • Jacques Baumel
  • Jean de Bazelaire de Ruppierre
  • Didier Béguin
  • Mohamed Bel Hadj
  • Georges Bergé
  • Jean-Pierre Berger
  • Pierre Bertaux
  • Antoine Béthouart
  • Marc Bloch
  • Claude Bonnier
  • André Boulloche
  • Maurice Bourgès-Maunoury
  • Pierre Brossolette
  • Georges Cabanier
  • Michel de Camaret
  • Danielle Casanova
  • René Cassin
  • Jean Cassou
  • Jacques Chaban-Delmas
  • Pierre Château-Jobert
  • Maurice Chevance-Bertin
  • Eugène Claudius-Petit
  • Pierre-Henri Clostermann
  • Paulin Colonna d’Istria
  • Daniel Cordier
  • Édouard Corniglion-Molinier
  • Charles Delestraint
  • André Dewavrin-Passy
  • Honoré d’Estienne d’Orves
  • Marie-Madeleine Fourcade
  • Pierre Fourcaud
  • Henri Frenay
  • Charles de Gaulle
  • Joseph de Goislard 
de Monsabert
  • Georges Guingouin
  • Victor Iturria
  • Alphonse Juin
  • Philippe Kieffer
  • Pierre Koenig
  • Edgard de Larminat
  • Jean de Lattre de Tassigny
  • Philippe Leclerc de Hauteclocque
  • Missak Manouchian
  • Francois de Menthon
  • Edmond Michelet
  • Jean de Milleret
  • Roger Mompezat
  • Théodose Morel
  • René Mouchotte
  • Jean Moulin
  • André Pommiès
  • Serge Ravanel
  • Gilbert Renault
  • Jacques Renouvin
  • Henri Rol-Tanguy
  • Henri Romans-Petit
  • Marcel Taillandier
  • Georges Thierry d’Argenlieu
  • Charles Tillon
  • Germaine Tillion
  • Alfred Touny
  • Martial Valin
  • Hélène Viannay

Introduction

Cet ouvrage présente les grandes figures de la Résistance, touchant aussi bien les mouvements clandestins en métropole que les Forces françaises libres (FFL) et l’armée d’Afrique. On y découvre ainsi l’immense variété de la Résistance à travers des portraits aussi différents que Berty Albrecht, Dimitri Amilakvari, Emmanuel d’Astier de La Vigerie, Lucie et Raymond Aubrac, Marc Bloch, Pierre Brossolette, Georges Cabanier, Pierre-Henri Clostermann, Charles Delestraint, Marie-Madeleine Fourcade, Pierre Fourcaud, Charles de Gaulle, Georges Guingouin, Alphonse Juin, Philippe Leclerc de Hauteclocque, Missak Manouchian, Jean Moulin, André Pommiès, Gilbert Renault (colonel Rémy), Henri Rol-Tanguy, Germaine Tillion, Martial Valin…

Chefs de réseau, fondateurs de mouvement clandestin, chefs de corps franc, commandants de maquis et simples résistants, soldats, pilotes et marins des Forces françaises libres, combattants et officiers de l’armée d’Afrique… témoignent du passé glorieux d’une France combattante qui a refusé le déshonneur et a lutté avec courage contre l’Allemagne hitlérienne. Nous découvrons ainsi, à travers des biographies étonnantes, souvent émouvantes et inédites, que la Résistance française ne se limite pas à l’action audacieuse menée par les mouvements clandestins et les maquis en métropole, mais s’étend aux combats mémorables de la France libre et de l’armée d’Afrique.

Toutes les tendances politiques, sociales et philosophiques sont ainsi représentées, donnant au lecteur une image complète et encyclopédique de la Résistance française sous toutes ses formes. On comprend mieux les diverses motivations qui ont poussé des hommes et des femmes à devenir résistants.

Valentin Abeille

Fils de Pierre Abeille, sous-préfet engagé volontaire et mort au front en 1914, Valentin Abeille voit le jour le 8 août 1907 à Alençon. Élève au lycée Henri-IV à Paris, puis à la faculté de droit, il entre également dans la carrière préfectorale. Reçu deuxième au concours de rédacteur de la préfecture de Paris en 1930, il est attaché au cabinet du préfet de police et à divers cabinets ministériels avant d’être nommé sous-chef à la préfecture de police. Chef du secrétariat du président du Conseil Camille Chautemps, dont il devient le gendre, il est sous-préfet à Provins en 1938. Ancien élève de l’École de cavalerie de Saumur et officier de réserve, il refuse, à la déclaration de guerre en septembre 1939, son statut d’affecté spécial et s’engage au 29e régiment de dragons.

Il prend part activement aux campagnes de Belgique et de France, reçoit trois citations pour sa bravoure au front. Démobilisé le 25 juillet 1940, Valentin Abeille retourne à Provins et, deux mois plus tard, est nommé sous-préfet d’Autun. Relevé de ses fonctions le 8 janvier 1941, il prend le poste de conseiller de préfecture à Marseille le 31 mars 1941.

À la fin de l’année 1941, il entre en contact à Marseille avec le mouvement de résistance Combat, dont il rencontre le chef, Henri Frenay, en janvier 1942. À la même époque, il est révoqué de ses fonctions de conseiller, quitte Marseille et s’inscrit alors comme avocat au barreau de Lons-le-Saulnier. Mis en relation avec des membres locaux de Combat, il participe à l’édition de publications clandestines entre mai et juillet 1942.

En contact avec Marcel Pecq, chef régional de Combat, Valentin Abeille devient chef départemental pour le Jura de l’Armée secrète (AS), fusion des mouvements de résistance de zone Sud (Combat, Libération et Franc-Tireur). Il fait preuve d’une intense activité.

En janvier 1943, recherché par la Gestapo, alors que plusieurs membres de sa famille ont été arrêtés, il prend le maquis dans le Jura, puis rejoint Londres par une opération aérienne depuis le terrain clandestin « Orion », près de Cosges dans le Jura, dans la nuit du 19 au 20 mai 1943.

En Grande-Bretagne, Valentin Abeille est affecté au Bureau central de renseignement et d’action (BCRA), services spéciaux de la France libre. Désigné comme délégué militaire de la région M (Normandie, Bretagne et Anjou), il accomplit un entraînement militaire intensif et se fait déposer près de Tours par une opération aérienne – avec d’autres délégués militaires – dans la nuit du 12 au 13 septembre 1943.

En quelques mois, épaulé par son adjoint Maurice Guillaudot, il parvient à regrouper, grâce à ses remarquables qualités d’organisateur, les forces combattantes des organisations de Résistance des 14 départements de sa région. Il met localement en place les divers plans d’exécution mis au point avec Londres et la Résistance, comme les sabotages et les embuscades.

Sa tête est mise à prix. Pris dans une souricière, Valentin Abeille est arrêté par la Gestapo à Paris, le 31 mai 1944. Gravement blessé par balle, il est transporté rue de Saussaies où, malgré son état, la police allemande l’interroge. Transporté à l’hôpital de la Pitié, il meurt le surlendemain, sans avoir parlé, le 2 juin 1944. Il est inhumé à Montréjeau, en Haute-Garonne1.

Henri Adeline

Henri Adeline est né le 8 mai 1898 à Verdun de parents lorrains. Après des études secondaires au collège de Verdun, puis au lycée de Troyes, il est admis à l’École militaire de Saint-Cyr en 1916 (promotion des Drapeaux et de l’Amitié franco-américaine). Il y reste un an et part pour le front comme aspirant au 278e régiment d’infanterie en août 1917. Blessé par éclats d’obus en juillet 1918, Henri Adeline reçoit deux citations à l’ordre de la division.

En 1920, il est affecté au service de transmissions des troupes du Maroc avant de passer, sur sa demande, dans l’arme du génie. Il est jusqu’en 1922 dans plusieurs garnisons du Maroc et reçoit une nouvelle citation. Après les cours de l’Écoletechnique du génie et de la section radio à l’École supérieure d’électricité, il est envoyé au 18e régiment du génie à Nancy où il reste six ans. Admis à l’École de guerre (1930-1932), il est ensuite affecté à l’état-major de la 20e région militaire à Nancy, puis au 6e régiment du génie à Angers.

En septembre 1939, il rejoint l’état-major du 12e corps d’armée en Alsace en tant que chef du 4e Bureau. Le 24 juin 1940, au moment de la reddition du groupe d’armées françaises encerclées en Alsace, le chef de bataillon Adeline refuse de se rendre à la Wehrmacht. À la tête d’un petit groupe d’officiers et de sous-officiers, il tente de rejoindre la zone libre, en parcourant 250 kilomètres à pied en quelques jours.

Au sein de l’armée d’armistice, Henri Adeline commande le 1er bataillon du génie à Bergerac au moment de l’occupation par les Allemands de la zone libre, en novembre 1942. Ayant participé auparavant au camouflage du matériel, en 1940-1941, il prend désormais contact avec l’Armée secrète et l’Organisation de résistance de l’armée. En avril 1944, il assure le commandement des maquis de la région de Bergerac et devient l’un des commandants de l’Armée secrète de Dordogne sud.

À la tête de 2 500 hommes des maquis AS et Francs-tireurs partisans (FTP) de Dordogne sud, il engage en août 1944 la poursuite des colonnes allemandes qui se replient sur Bordeaux. Il participe à la libération de la ville le 28 août 1944. Début septembre, il prend le commandement de tous les groupements FFI du Sud-Ouest – plus de 12 000 hommes – et les lance vers la Charente-Maritime et le Médoc. Il parvient à enfermer d’importantes troupes allemandes – environ 30 000 soldats – dans les poches de La Rochelle, Royan et la pointe de Grave.

Le 18 septembre 1944, dans son PC de Saintes, il reçoit le général de Gaulle qui le confirme dans son commandement des forces françaises du front de l’Atlantique jusqu’au 22 octobre 1944. À cette date, il passe sous les ordres du général de Larminat. Henri Adeline commande dès lors les fronts de La Rochelle et Royan jusqu’en avril 1945, continuant à faire preuve des mêmes qualités de combattant, de chef et d’organisateur.

Lors de l’attaque de Royan, du 14 au 18 avril 1945, il commande le groupement sud de la division Gironde, comprenant 10 000 soldats. Il atteint ses objectifs avant les délais prévus, enlève des ouvrages bétonnés puissamment armés couverts d’importants champs de mines, libère trois gros villages, la partie ouest de Royan et capture un important matériel. Le 22 avril 1945, aux Mathes, près de Royan, le général de Gaulle lui remet la croix de la Libération.

Promu général de brigade le 8 mai 1945, Henri Adeline commande le génie en Algérie, puis le génie de la 1re région militaire en métropole, où il initie et coordonne la construction de près de 1 500 logements pour les cadres militaires en région parisienne.

Prenant sa retraite en 1955, il dirige un bureau d’études de construction et réalise plus d’un millier d’appartements en banlieue parisienne, à Strasbourg et à Saint-Georges-de-Didonne. Il décède le 1er mai 1971 dans un accident de voiture à Châlons-sur-Marne. Il a été inhumé à Sivry-sur-Meuse dans la Meuse2.

Berty Albrecht

Berty Albrecht, née Wild de son nom de jeune fille, voit le jour le 15 février 1893 à Marseille, dans une famille bourgeoise protestante d’origine suisse. Après des études classiques à Marseille, puis à Lausanne, elle passe un diplôme d’infirmière en 1912. Jeune diplômée, elle se rend à Londres à la veille de la Première Guerre mondiale comme surveillante dans une pension de jeunes filles. Elle rentre ensuite à Marseille où elle exerce dans les hôpitaux militaires durant toute la durée du conflit.

Après l’armistice de 1918, elle épouse un banquier hollandais, Frédéric Albrecht, et réside en Hollande, puis à Londres à partir de 1924. Elle commence à s’intéresser à la condition féminine. Revenue à Paris en 1931, elle devient membre de la Ligue des droits de l’Homme et fonde, en 1933, une revue féminine. Elle s’occupe des réfugiés allemands fuyant le nazisme (Juifs et opposants politiques), puis des Espagnols républicains exilés en France. En octobre 1936, elle devient surintendante d’usine. En 1938, on l’affecte aux usines Barbier-Bernard et Turenne, fabrique d’instruments d’optique pour la Marine.

Après l’armistice de juin 1940, Berty Albrecht entre aux usines Fulmen à Vierzon et profite de cette situation, dès l’été 1940, pour faire passer la ligne de démarcation à des prisonniers évadés. Début 1941, elle dactylographie les premiers bulletins de résistance du Mouvement de libération nationale (MLN) créé par Henri Frenay, qu’elle connaît depuis 1934. Elle recrute pour le mouvement les premiers adhérents et collecte des fonds. En mai 1941, elle emménage à Lyon, en tant que chargée de mission par le ministère de la Production industrielle et du Travail pour l’ensemble des problèmes du chômage féminin dans la région. Berty fait ouvrir des ateliers de couture pour les chômeuses. Elle découvre à Villeurbanne, où se trouvent les locaux du commissariat au Chômage, le premier imprimeur qui édite le journal de résistance Les Petites Ailes à 2 000 ou 3 000 exemplaires, puis le journal Vérités, à partir de septembre 1941.

En 1942, le mouvement Combat se développe sous l’impulsion d’Henri Frenay, François de Menthon et Berty Albrecht. Poursuivant sa lutte contre le nazisme, elle établit de précieuses liaisons entre les deux zones au profit du mouvement Combat. Les bureaux de Villeurbanne deviennent ceux du mouvement Combat. Berty s’efforce de mettre en place un service social pour venir en aide aux camarades emprisonnés et à leur famille. La police française arrête Berty Albrecht à la mi-janvier 1942, puis la relâche au bout de trois jours. Elle est contrainte de démissionner du commissariat au Chômage. Arrêtée à son domicile fin avril 1942, elle est internée administrativement à Vals-les-Bains en mai 1942. Elle exige d’être jugée. Devant le refus des autorités, elle débute une grève de la faim pendant treize jours avec plusieurs de ses codétenus, dont Emmanuel Mounier. Elle obtient d’être transférée à la prison Saint-Joseph, à Lyon, puis est finalement jugée et condamnée à six mois de prison ferme.

L’invasion de la zone Sud, le 11 novembre 1942, complique l’avenir des prisonniers politiques et des résistants. Berty Albrecht décide de simuler la folie. Envoyée à l’asile psychiatrique de Bron le 28 novembre, elle est libérée par un commando de Combat dirigé par André Bollier, le 23 décembre 1942, grâce également à l’aide de sa fille Mireille et de son médecin traitant. Refusant de passer en Grande-Bretagne, elle reprend aussitôt ses activités clandestines et, début février 1943, rejoint Henri Frenay à Cluny.

Arrêtée à Mâcon le 28 mai 1943 par la Gestapo, lors d’un faux rendez-vous, Berty Albrecht est torturée et transférée à la prison du fort Montluc à Lyon puis à Fresnes, où elle est incarcérée le 31 mai à 0 h 15 et placée dans une cellule du quartier des droits communs. Échappant à la surveillance réservée aux politiques, elle se suicide par pendaison dans la nuit. Le 31 mai 1943, les Allemands font connaître à la préfecture de Mâcon la mort de Berty Albrecht. En mai 1945, son corps est retrouvé dans le jardin potager de la prison de Fresnes. Berty Albrecht est inhumée dans la crypte du mont Valérien3.

Dimitri Amilakvari

Issu d’une grande famille de la noblesse géorgienne, le prince Dimitri Amilakvari est né le 12 novembre 1906 à Bazorkino en Géorgie. Contraint avec sa famille à l’exil par l’arrivée de l’Armée rouge en Géorgie en 1921, il s’installe en France. Admis à l’École militaire de Saint-Cyr en 1924, il en sort deux années plus tard dans la promotion du Rif. Il participe activement aux combats au Maroc. Il est alors affecté comme sous-lieutenant au 1er régiment de la Légion étrangère à Sidi-Bel-Abbès. En 1929, il passe au 4e régiment de la Légion étrangère, dans la région de Marrakech. Participant à la campagne du Haut Atlas à la tête de sa section, il est cité, le 30 mai 1932, pour les combats d’Aït-Atto. En août 1933, lors des opérations du Djebel Baddou, il gagne une deuxième citation. Promu capitaine en janvier 1937, il est ensuite de nouveau affecté au 1er étranger à Sidi-Bel-Abbès, où il commande jusqu’en août 1939 la compagnie d’instruction de mitrailleuses.

Le 20 février 1940, le capitaine Amilakvari rejoint le 2e bataillon du groupement de haute montagne, quelques semaines avant de recevoir la nationalité française. Durant la campagne de 1940, il participe aux opérations de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) en Norvège, en qualité de commandant de la compagnie d’accompagnement du 2e bataillon. En Norvège, il confirme sa valeur militaire par trois nouvelles citations et la croix de chevalier de la Légion d’honneur. De retour en Bretagne le 16 juin 1940 avec le corps expéditionnaire français, et devant l’impossibilité de reprendre le combat sur le sol français, il s’embarque le 19 juin de Saint-Jacut-de-la-Mer avec des officiers de la 13e DBLE, dont son chef le colonel Magrin-Verneret (Monclar). À Jersey, la troupe française est prise en charge par un cargo et rejoint l’Angleterre le 21 juin 1940.

Après l’armistice de juin 1940, Amilakvari s’engage dans les Forces françaises libres au sein de la Légion étrangère. De Londres, il part le 31 août 1940 pour l’Afrique. Il participe à la prise du Gabon avant de rejoindre l’Érythrée par le Cameroun. Au sein de la brigade française d’Orient, il commande la compagnie d’accompagnement du 1er bataillon de la Légion étrangère qui prend une part décisive à la victoire de Keren le 27 mars 1941, puis à la prise de Massaouh le 8 avril. Les troupes françaises capturent 14 000 soldats italiens après des combats acharnés. Amilakvari participe ensuite à la campagne de Syrie en juin 1941, au cours de laquelle il est nommé chef de bataillon le 25. Le 25 septembre 1941, il est promu lieutenant-colonel après avoir reçu, le 16, le commandement de la 13e DBLE qui aligne alors trois bataillons. Formidable officier de terrain, il organise parfaitement sa demi-brigade à la guerre du désert. Au début de l’année 1942, il se distingue durant la campagne de Libye, au sein des colonnes motorisées de la 1re brigade de la France libre (BFL).

Du 26 mai au 11 juin 1942, à Bir Hakeim, il est l’adjoint du général Koenig, commandant de la 1re BFL, et ne cesse de se porter volontaire dans les endroits les plus exposés pour renseigner le commandement de la situation. À la tête d’une colonne motorisée, il attaque un détachement allemand le 31 mai, détruisant cinq chars ennemis. Dans la nuit du 10 au 11 juin, il sort de la position de Bir Hakeim dans la voiture du général Koenig et parvient à rejoindre les positions alliées, malgré l’encerclement des troupes allemandes et italiennes. La croix de la Libération lui est remise par le général de Gaulle au camp de El-Tahag, en Égypte, le 10 août 1942.

De juillet et à septembre 1942, la bataille d’El-Alamein est marquée par de nombreuses offensives et contre-offensives, menées dans les deux camps, où Rommel est finalement tenu en échec. Le 20 octobre 1942, le général britannique Montgomery, fort d’une supériorité numérique écrasante dans tous les domaines, compte enfoncer les positions de l’Axe pour contraindre Rommel et ses troupes à abandonner l’Égypte. La VIIIe armée britannique dispose de 220 000 soldats alliés contre 96 000 soldats italo-allemands, 1 600 chars contre 500 chars adverses, plus de 1 000 canons contre 480 chez l’ennemi, 973 avions contre 340 appareils germano-italiens, 1 400 pièces antichars alors que l’Axe n’en a que 774.

À El-Alamein, la majorité des troupes de l’Axe sont italiennes : divisions Littorio, Trieste, Trento, Bologna, Brescia, Ariete, Folgore et Pavia, pour seulement quatre divisions allemandes (15e et 21e Panzerdivisionen, 90e division motorisée, 164e division d’infanterie), sans oublier la brigade parachutiste Ramcke. Les fantassins italiens ont pour mission de défendre les positions, alors que les contre-attaques sont confiées aux blindés allemands et italiens qui souffrent d’être trop disséminés le long du front, perdant ainsi leur impact.

Pour enfoncer les positions ennemies, Montgomery compte engager le gros de ses troupes au nord et surtout au centre du dispositif, tandis que la 1re brigade française libre se voit confier une mission de diversion au sud, véritable opération suicide, pour fixer l’excellente division parachutiste italienne Folgore et la redoutable brigade parachutiste allemande Ramcke, soutenues par des chars allemands et italiens. La position que doit conquérir la 1re BFL et un sommet rocheux de 400 mètres de hauteur, l’Himeimat, dont la zone d’approche est constituée de champs de mines sur un terrain de sable mou, rendant le parcours particulièrement difficile aux véhicules. Plus au sud encore, la grande dépression d’El-Qattara, imperméable aux chars, limite toute possibilité d’extension de la zone d’attaque.

Koenig estime que confier une telle attaque de diversion à une simple brigade d’infanterie relève de la folie, contre un adversaire plus nombreux, solidement retranché sur des positions élevées, protégé par d’importants champs de mines et appuyé par une puissante artillerie et de nombreux blindés. Montgomery n’a que faire des objections raisonnées de Koenig. Une fois de plus, la 1re BFL doit se sacrifier pour permettre aux troupes britanniques de lutter dans les meilleures conditions possibles.

L’offensive alliée doit se déclencher de nuit à 22 heures, sur tout le front, de la mer Méditerranée à la position de la 1re BFL, précédée d’une formidable préparation d’artillerie. C’est la 22e brigade blindée britannique qui doit ouvrir la brèche dans le premier champ de mines au moyen d’unités spécialisées du 13e corps d’armée (CA), équipées de chars armés pour ce type de mission. Le 18 octobre 1942, le commandant du 13e CA, le général britannique Horrocks, vient expliquer ce plan à Koenig au nouveau PC de la 1re BFL. La participation française à cette offensive, prévue dans la nuit du 23 au 24, est donc maintenue. Le lendemain, c’est le général Alexander lui-même qui rend visite à la 1re BFL et s’enquiert de l’état physique et moral, ainsi que du degré d’entraînement des hommes. Manifestement, les Britanniques s’inquiètent des réticences de Koenig.

Le 20 octobre, le général Harding explique à Koenig la manœuvre de la 7e division blindée (DB) britannique, dont l’attaque doit se dérouler parallèlement mais indépendamment de celle de la 1re BFL, un large écran de fumée tendu par l’artillerie et l’aviation devant protéger le flanc sud de la 7e DB dans l’intervalle la séparant de la BFL. Cependant, comme le premier objectif de celle-ci se trouve à proximité de la limite sud de la zone d’action de la 7e DB, Koenig demande à Harding que la liaison en ce point soit à la charge des blindés britanniques. Harding acquiesce et dirige une patrouille de chars légers Stuarts. Enfin, il est confirmé que le 3e régiment d’artillerie britannique (lieutenant-colonel Bubil) reste à la disposition de la 1re BFL, avec ses 24 obusiers de 86 mm, sans oublier le 1er régiment français d’artillerie du lieutenant-colonel Laurent-Champrosay. C’est cependant bien peu pour prétendre soutenir efficacement un assaut d’infanterie à découvert contre un ennemi solidement retranché sur un piton rocheux. La 13e demi-brigade de la Légion étrangère du lieutenant-colonel Amilakvari, le bataillon d’infanterie de Marine du Pacifique du commandant Bouillon, le régiment de spahis marocain du chef d’escadrons de Kersauson sont les principales unités de la 1re BFL engagées pour cette mission à haut risque.

L’attaque française débute le 23 octobre à 19 h 30 dans une pagaille sans nom, du fait des mauvais renseignements transmis par le commandement britannique. Les fantassins et les véhicules doivent traverser plusieurs kilomètres d’un terrain des plus inhospitaliers. Aucun véhicule lourd ne peut avancer sans risquer de s’enliser rapidement. Les hommes quittent finalement les véhicules, se chargent du matériel, afin d’en alléger le poids, mais il faut en abandonner un grand nombre en pleine chaleur. Puis ils traversent des champs de mines non cartographiés sur un plateau, les pires auxquels ils se soient jamais affrontés. Les mineurs, à plat ventre, essaient désespérément de retrouver un chemin, mais les patrouilles allemandes et italiennes ont changé les signes britanniques de repérage. Quand on découvre la localisation exacte des mines, il est trop tard.

Pour compliquer les choses, les troupes de l’Axe ont ajouté des mines de leur fabrication, plus sophistiquées, difficilement détectables. Le résultat est catastrophique et, lors des premières heures, Koenig perd beaucoup d’hommes. Tandis que les soldats s’approchent de la montagne de 400 mètres de hauteur, l’alarme est donnée et l’ennemi ouvre le feu avec des canons de 105 mm, ce qui rend la traversée des champs de mines encore plus difficile. La montagne de l’Himeimat est beaucoup mieux défendue que prévue et lorsque les braves combattants français atteignent le bas des pentes, l’Himeimat se dresse devant eux dans la clarté lunaire, telle une énorme façade imprenable. Les radios cessent de fonctionner à la minute où les troupes arrivent dans son ombre. Les soldats et les officiers ne peuvent plus communiquer entre eux. Piégés, plongés quelques instants dans un silence total, ils se demandent pourquoi on les a laissés passer.

Le silence est rompu par le premier tir de barrage de la principale offensive d’El-Alamein, qui débute à 21 h 40 avec les milliers de canons de Montgomery pilonnant les positions ennemies. Les éclairs des canons soigneusement synchronisés qui prennent part à l’opération flamboient dans la nuit. On se croit en plein jour. Le ciel du désert s’embrase des lumières des explosions et des tirs traçants. Au bout d’un quart d’heure, les canons se taisent durant cinq minutes. L’air sent la poussière et la poudre. Puis, à 22 heures, ils recommencent dans un crescendo encore plus impressionnant : monumental requiem de guerre parfaitement orchestré.

Ces bombardements au nord poussent les défenseurs de l’Himeimat à passer à l’action et ils ouvrent un feu d’enfer sur les Français libres. Dix-sept des 24 véhicules antichars du capitaine Jean Simon sont touchés et prennent feu. Les canons sont détachés à chaque fois que c’est possible et tractés à la main. Le commandant de Bollardière reçoit l’ordre de tenter l’assaut de la montagne avec trois compagnies. Il s’élance avec un magnifique courage, mais cette attaque tourne au massacre et il se retire dans un cratère. Lorsqu’il part une seconde fois à l’assaut, il est sérieusement blessé au bras, ne peut finalement rien faire d’autre que de rester là où il est tombé – avec son aide de camp qui vient de perdre une jambe – en espérant que les secours viendront rapidement. Il fait un froid terrible et les hommes, vêtus de leur tenue d’été, sont très peu protégés. À 4 h 30, Amilakvari dit au commandant Bablon que c’est son tour d’attaquer : « Pour l’honneur de la Légion, vous devez remporter quelques succès »lui dit-il en lui tapotant le dos pour l’encourager4.

Le commandant Bablon et ses deux compagnies s’élancent comme un seul homme. Pierre Messmer se trouve parmi eux. Ils parviennent à se hisser au sommet et à percer une partie des défenses italiennes, détruisant de l’artillerie lourde et prenant le contrôle d’un point d’observation. Mais comme personne ne les suit et que l’artillerie britannique ne les soutient pas, ils sont rapidement débordés par des forces allemandes et italiennes nettement plus nombreuses et soutenues par des chars. Les Français libres, dépourvus d’armes antichars, sont contraints de battre en retraite.

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