Les grandes problématiques de la psychologie clinique

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Les grandes problématiques de la psychologie clinique psychanalytique abordées dans un ouvrage clair et accessible.

Publié le : mercredi 12 août 2009
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EAN13 : 9782100542475
Nombre de pages : 256
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LES GRANDES PROBLÉMATIQUES DE LA PSYCHOLOGIE CLINIQUE
À PROPOS DU DÉVELOPPEMENT PSYCHIQUE DU BÉBÉ
La question de savoir comment l’esprit vient aux bébés reste une question controversée tant chez les psychanalystes que chez les psychologues du développement. Les nombreuses recherches portant sur les compétences des nouveau-nés montrent leurs étonnantes capacités discriminatives (Stern, 1985). Cependant pour que celles-ci apparaissent un préalable est toujours nécessaire : que le bébé soit calme mais éveillé dans l’état décrit par Wolff (1966) comme un état d’activité alerte. Ce préalable pourtant indispensable n’est jamais évoqué par les expérimentalistes car ils ne retiennent pour leurs expérimentations que les bébés jugés aptes. Or l’état d’activité alerte n’est atteint chez le nouveau-né ou le très jeune bébé que lorsqu’aucune excitation en excès ne pèse sur lui. C’est dire que le système pare-excitation maternel joue alors pleinement son rôle de filtre des excitations venues tant du monde interne du bébé que du monde externe environnant. Ces moments de calme éveillé sont évidemment de courte durée mais ils s’étayent chez le nouveau-né sur une quasi immédiate reconnaissance de la mère à travers le contact œil à œil, le bain de parole, les sensations cénesthésiques liées au portage, les sensations olfactives, etc. J’ai décrit à de nombreuses reprises la contagion affective qui unit mères et bébés. Celle-ci se donne à voir lors des consulta-tions de la triade à travers les comportements en écho que le bébé met en œuvre pour illustrer ou anticiper ce que sa mère va dire. De mon point de vue, il s’agit là d’incontestables signes de santé.
3 L’AXEORGANISATEUR LIÉ À L’INVESTISSEMENT PRÉCOCE DES OBJETS D’AMOUR
Le développement le plus favorable se fait donc sur la base de cette très précoce reconnaissance de la mère à laquelle, me semble-t-il, il faut ajouter une reconnaissance tout aussi précoce du père, distinct de la mère, lorsque celui-ci est présent et disposé à jouer son rôle. De ce fait le monde extérieur se perçoit alors par le nouveau-né, d’une manière certes discontinue, en mère-père/non-mère-non-père. Il s’agit là de l’axe organisateur lié à l’inves-tissement précoce des objets d’amour. Si l’on adhère à ce modèle, on voit que la perception de l’étranger ne correspond plus à la figure du père comme cela est classiquement admis ; on constate également que cette perception,
LE BÉBÉ
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d’abord fugace et transitoire mais très précoce se lit à travers des signes discrets : un regard un peu plus appuyé, la brusque recherche du visage de la mère ou du père avant de se manifester plus bruyamment en véritable peur de l’étranger. Tous ces signes traduisent la progressive psychisation du bébé et en tant que tels, sont des signes de santé.
Ce sont donc les objets vivants aimés qui organisent le monde des percep-tions dans un mouvement ou perception et affect se trouvent quasi d’emblée liés à l’image des moments d’accordage affectif (atunement) décrits par D. Stern. Toutes les situations de maternage sont propices pour favoriser cette rencontre affective où mère, père et bébé se trouvent unis dans un échange joyeux et vivant qui s’étaye sur cette discrimination fine et souvent ultra-précoce de la mère et du père.
L’étape suivante, probablement également très précoce chez certains bébés, concerne l’accès à ce que M. Fain a décrit comme « la censure de l’amante» (1971): le bébé qui a éprouvé l’expérience de la satisfaction évoquée par Freud – la mère a su combler le désir et le besoin à travers le plaisir répété de la tétée – va se trouver confronté à une situation nouvelle : sa mère physiquement présente est mentalement absente car reprise par ses préoccupations habituelles et en particulier par ses désirs amoureux pour son conjoint. Le bébé répond à cette perception de manque génératrice d’excita-tions par la mise en route de ses auto-érotismes, mais aussi de ses activités fantasmatiques, véritable « prélude à la vie fantasmatique ». Cette théorie purement psychanalytique rend bien compte de ce que la vie psychique naît dans le manque qui rend possible le fait d’halluciner, c’est-à-dire d’imaginer l’objet aimé transitoirement absent. Ici, on le voit clairement le psychisme du bébé naît bien du psychisme de la mère et du père dans un climat relationnel tendre et calmant qui conduit le bébé apaisé et satisfait à un sommeil tran-quille tandis que la mère peut rejoindre le père et réinvestir les échanges amoureux. Théorie idéale s’il en est puisque partant d’une union totale où mère et bébé sont entièrement l’un à l’autre – on retrouve ici la « préoccupation maternelle primaire » de Winnicott – ils vont progressive-ment et d’une manière discontinue, accéder à une possible autonomisation : le bébé avec la mise en route de ses auto-érotismes et le début de son activité hallucinatoire, et la mère à travers la reprise de ses investissements amou-reux. On conçoit qu’alors la distinction de plus en plus claire entre activité et passivité, avec la possibilité d’avoir accès sans danger à la position passive, puisse s’établir chez le bébé. Il n’est pas en effet dans ce cas la cible d’un hyper-investissement anxieux de la part de ses parents capables de le désin-vestir ponctuellement le temps de la reprise de leurs échanges amoureux. Rien de trop ne pèse sur lui et son développement psychosomatique paraîtra révéler essentiellement les éléments constitutifs de sa « mosaïque première » (Marty, 1976) secondairement repris et intégrés dans ce qui se joue au niveau © DdunuodcaLraapchottèocroepieentondauutocrisoéemestpuonrdtéelit.ment.
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LES GRANDES PROBLÉMATIQUES DE LA PSYCHOLOGIE CLINIQUE
C’est une théorie idéale qui met l’accent sur des moments eux-mêmes particulièrement heureux dans le déroulement de la vie de la triade père-mère-bébé, ce qui n’exclut nullement qu’il existe aussi des périodes beau-coup moins harmonieuses, voire même franchement conflictuelles. C’est ce qui me fait affirmer qu’aucun bébé ne franchit aujourd’hui les premiers mois de son existence sans présenter de temps à autre une symptomatologie psychosomatique précoce. Mais celle-ci peut être fugace parce que quasi immédiatement contre-investie par les modifications du cadre, c’est-à-dire des réajustements que son apparition entraîne dans la réponse que consti-tuent les soins maternels. On peut dire cependant que plus le bébé va être capable de développer précocement des conduites d’attente, bientôt étayées sur les auto-érotismes et sur les toutes premières activités fantasmatiques, plus son extrême dépendance vis-à-vis des données du cadre va s’en trouver réduite. Les problèmes cruciaux qui se jouent autour de la présence\absence de la mère ou du père s’en trouvent grandement facilités. Le fil rouge que constitue l’accès progressif aux discriminations organisa-trices du psychisme naissant centré sur l’investissement précoce des objets privilégiés mère et père se poursuit avec l’apparition entre 16 et 19 mois de la phase génitale précoce décrite par H. Roiphe et E. Galenson (1981). Cette phase génitale précoce est liée à la perception en général toujours boulever-sante de la différence des sexes. Cette perception, véritable déplacement vers le bas : du haut : le visage, vers le bas : les organes sexuels, entraîne des réactions différentes chez le bébé fille et chez le bébé garçon. Chez le bébé garçon, la réaction immédiate est le déni. Freud avait déjà signalé ce mode de réaction en 1925 dans « Quelques conséquences psychi-ques de la différence anatomique entre les sexes ». De ce fait, le bébé garçon va développer rapidement des conduites d’évitement pour ne plus être confronté à cette réalité insupportable : la petite fille ou la mère n’ont pas de pénis. Pour cela, il s’engage dans des activités motrices rassurantes où le corps en mouvement est investi comme le pénis: il est l’avion qui vole lorsqu’il court en écartant les bras, le plaisir de son corps en mouvement lui donne la preuve qu’il est bien intact. Dans le même temps, il se rapproche de son père dont la présence physique réelle et la disponibilité psychique semblent particulièrement utiles à ce moment précis du développement du petit garçon. Le père réel rassure et console, il est le support de conduites d’imitation souvent touchantes lorsque le bébé garçon imite ses attitudes ou s’approprie ses objets quand il marche par exemple en lui empruntant ses chaussures tout en s’enroulant dans son écharpe ou sa cravate. Lorsque père et fils peuvent se retrouver dans une proximité heureuse et tendre à cette période de la vie, l’identité de genre plus fragile chez le garçon que chez la fille s’en trouve raffermie, ouvrant la voie vers un complexe d’Œdipe vérita-blement organisateur. L’importance du recours au déni entraîne cependant une relative stéréotypie des conduites de jeu habituellement moins riches que celles des bébés filles du même âge lorsque celles-ci vont bien.
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