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Les héros de l'adolescence

De
158 pages
Depuis le XIXe siècle, l'adolescence commence avec la puberté et s'achève socialement avec l'entrée dans la vie professionnelle : l'enfance est finie mais ce n'est pas encore l'âge adulte. C'est cet entre-deux problématique qui peut se compliquer sous l'influence de facteurs sociaux. Il s'agit ici de donner enfin la parole aux adolescents. Cette étude a permis de préciser des notions comme l'identification, la projection... et surtout d'entendre la pensée de l'adolescent.
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LES
HÉROS
DE
LADOLESCENCE
5-7,
© L’Harmattan, 2012 rue de l’École-polytechnique ; 75
005
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-99185-9 EAN : 9782296991859
Pa
ris
Emmanuel G A
RRIGUES
LES HÉROS DE L’ADOLESCENCE
Contribution à une sociologie de l’adolescence et de ses représentations
Logiques soci ales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.
Dernières paru tions
Antigone MOUCHTOURIS, L’observation : un outil de connaissance du monde , 2012. Sophie DEVINEAU, Le genre à l’école des enseignantes. Embûches de la mixité et leviers de la parité , 2012. Julien LAURENT, Le skateboard. Analyse sociologique d’une pratique physique urbaine , 2012. Sylvain KERBOUC’H, Le Mouvement Sourd (1970-2006). De la Langue des Signes française à la reconnaissance sociale des sourds , 2012. Jacques COENEN-HUTHER, Les paradoxes de la sociologie , 2012. Charlotte LECLERC-DAFOL, Pietro Germi et la comédie à l’italienne, Cinéma, Satire et société , 2012. Suzie GUTH, Robert E. Park. Itinéraire sociologique de Red Wing à Chicago , 2012. Isabelle BIANQUIS, L’alcool : anthropologie d’un objet-frontière , 2012. Loïc JARNET, Figures de la rationalité dans les STAPS , 2012. Jean FERRETTE, La Société Métallurgique de Normandie, Grandeur et déclin d’une communauté ouvrière , 2012. Aline CHAMAHIAN, Claire LEFRANÇOIS, Vivre les âges de la vie, de l’adolescence au grand âge , 2012. Sacha LEDUC, Les Ressentiments de la société du travail. La couverture maladie universelle (CMU) en quête de légitimité , 2012.
« C e qui compte, dis it  uss, c'est le él nésien de telle ou telle île… » C ontre le théoricien, l'observ teur doit toujours voir le dernier mot ; et contre l'observ teur, l'indigène. E nfin, derrière les interprét tions r tion lisées de l'indigène — qui se f it souvent observ teur et même théoricien de s propre société — on rechercher les « C tégories inconscientes »…
C laude évi-trauss A nthropologie tructur le 2
ntroduction
L’adolescence et ses héros
I U N E A PPRO C H E DE S R E PR É S E NT A TIONS E T DE S V A L E URS DE L AD OL E S CE N CE 'adolescence a-t-elle des héros spécifiques et quels sont-ils ? e cœur de ce travail repose sur trois enquêtes faites, l'une en 1960, l'autre en 1970 et la troisième, en deux parties, en 1975 et 1978, sur les héros ou personnages préférés des adolescents. l s'agit surtout, d'une analyse des représentations des adolescents de la « génération » de ai 68, afin de comprendre et de cerner au mieux quels sont leurs modèles et leurs valeurs. l s'agit, enfin, d'une recherche qui intègre le temps comme variable et qui s'efforce d'appréhender les évolutions possibles des représentations dans la durée d'une génération, entendue au sens large, de 1960 à 1995. ourquoi avoir tant attendu pour rendre compte longuement d'une série d'études dont la plus importante concerne essentiel-lement les adolescents de ai 68 ? l y a plusieurs raisons à cela, mais la plus déterminante est liée à la complexité même de la notion de représentation ; il nous paraissait, d'entrée de jeu, nécessaire de ne pas avoir une conception et une approche statiques de cette notion. es autres raisons en découlent. C omment analyser et étudier le changement ? C omment vérifier si un moment historique parti-culier, comme ai 68, a entraîné ou non une évolution des comportements et des modèles et valeurs, comme beaucoup l'ont cru et l'ont dit, et fort probablement vécu ? C omment s'articulent le vécu et les représentations ? eut-on concevoir le vécu sans représentations ? ourquoi y a-t-il toujours décalage ? uel est le
sens de ce décalage ? ai 68 a été, justement, un état ou une étape du mouvement social favorisant ce genre de réflexions. eut-on parler de prises de conscience ; peuvent-elles être collectives ?
Mai 968 Un évènement de cette ampleur peut, lui aussi, nécessiter l'écart, dans le temps, d'une génération, pour être pleinement apprécié et évalué. ongtemps, comme témoin, nous avons pensé qu'un certain nombre des attitudes et des valeurs du mouvement n'avaient pas été comprises ; en parler en termes d'échec ou de réussite de la chose nous semblant un bon exemple de cette incompréhension. e mouvement aurait échoué parce qu'il n'avait pas pris le pouvoir, ni « fait la révolution ». C es appréciations nous paraissaient un aveu de méconnaissance. 'ébranlement général n'avait pas été minime. ouvenons-nous de ce qu'en disait ichel de C erteau : en ai 68, on a pris la parole comme on avait pris la B astille en 1789. oments intenses où on a plus l'impression que dans le cours ordinaire des choses de contribuer concrètement, immédiatement, au changement social. rendre conscience peut être plus important et efficace que prendre le pouvoir ; c'est même cela qui s'est passé : préférer prendre conscience que de prendre le pouvoir. référer le moyen terme au court terme. Un des éléments de notre travail va consister à explorer cette facette importante de l'évènement ; de même que les témoignages des adolescents ont exprimé et contribué à faire apparaître une autre dimension, peu repérée et peu analysée de ai 68, et qui nous a paru, à l'époque, être, pourtant, une de ses caractéristiques majeures, à savoir sa dimension de « révolution » symbolique et surtout sensorielle. a sensorialité de ai 68 va nécessiter un examen particulier.
Limplication du chercheur Une autre raison, qui imposait de prendre le recul suffisant, est l'implication « autobiographique » du chercheur dans sa recherche, à, au moins, deux niveaux. e premier est d'avoir été un témoin actif de ai 68 ; mais ce n'est pas le plus impliquant, et c'est aussi une caractéristique partagée par une multitude de personnes ; un mouvement étudiant amorce ce qui va devenir la plus grande grève
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du pays et le parti dit révolutionnaire, le . C . F ., ne fait rien ou plutôt condamne. oit ; mais à partir de ce moment-là, les mots changent de sens. C 'est ce changement de sens des mots qui indique que l'évènement signifie aussi des prises de conscience, et donc des changements des attitudes et des valeurs. ais peut-on du coup, se contenter d'étudier la chose après l’avoir vécu ? C 'est là qu'intervient le deuxième niveau : l'enquête qu' E dgar orin avait lancée sur les héros de l'adolescence en 1960 m'avait impliqué au moins de deux façons différentes (et qui vont beaucoup compter) l'une comme un des adolescents longuement interviewés dans la recherche préparatoire à l'étude de 1960 ; l'autre comme témoin, observateur de cette étude ; ce qui a contribué à déterminer mon orientation, tout en étant un premier apprentissage d'une future pratique professionnelle. lus tard, après ma formation à la sociologie, ean D uvignaud me conseilla de travailler sur des groupes de jeunes : B lousons noirs, C œurs verts, étudiants, jeunesse… e film es C œurs verts d’ E douard untz, en 1967, témoignait sur les B lousons noirs, dans un récit racontant leur vie quotidienne et mettant en scène des jeunes de B anlieue uest dans leurs propres rôles ; j'étudiais le film et enregistrais longuement des entretiens avec ces jeunes racontant leur vie de banlieue, leur sentiment de rejet par la société, leurs difficultés face à des parents vacants, démissionnaires ou absents, leur peur de ne pas pouvoir ou vouloir s'intégrer socialement, et les brimades et vexations incessantes, voire harcelantes, de la police. D es boucs émissaires en quelque sorte. C 'est à ce moment-là que l'idée me vint de refaire 10 ans après lui la même enquête que celle dans laquelle E dgar orin m'avait impliqué. e pensais que ai 68 avait provoqué (ou en était l'expression) une cassure telle dans les comportements, attitudes et valeurs, que les résultats de 1970 n'auraient rien à voir avec ceux de l'étude de 1960. C 'est pourquoi je réalisais cette deuxième étude au cours de l'année 1970, en pensant qu'elle apporterait un matériau intéressant et important pour une thèse. uand l'analyse des premiers résultats me donna l'impression d'obtenir le même genre de héros de l'adolescence qu'en 1960, j'abandonnai le matériau. l me paraissait impossible que les adolescents de 1970 puissent répondre et choisir les mêmes types de héros que ceux de 1960 après que ai 68 soit passé par là.
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D ernière raison autobiographique de ce travail : j'avais commencé à enseigner à l'université en F évrier 1968. a rentrée universitaire qui suivit ai 68 m'imposa de constater le décalage obligé qui existe entre le modèle idéal d'enseignant que nous nous croyions autorisés à exiger et la réalité de ce que j'étais et de ce que je pouvais proposer. e décalage est moins celui qui existe entre la théorie et la pratique que celui qui existe entre les représentations que l'on se fait d'une situation, d'un évènement ou d'un rôle social et la réalité correspondante. C 'était l'apprentissage de ce décalage et la prise de conscience progressive du retard des représentations sociales sur la réalité. l y a, à la fois, décalage et retard. D ès lors, la nécessité d'étudier les représentations s'imposait. E nfin, entre 1970 et 1978, . D uvignaud nous (me) conseilla de changer d'approche et de méthode et de nous concentrer sur l'étude de groupes précis, de façon microsociologique et qualitative. entant que cela aboutirait à un changement de terrain, nous avons procédé à des entretiens et des tables rondes avec des adolescents sur le thème des héros et des modèles. C ertains d'entre eux n'hésitaient pas à remettre carrément en question, ce qui est tout à fait dans les valeurs de cette époque, la notion de héros ou de modèle. C eux qui refusaient de se reconnaître des héros ou modèles précisaient que, pour eux, l'idée qu'on puisse penser qu'ils avaient des héros qui leur servent de guide ou de modèle leur paraissait infantilisante, surannée, dépassée, inadéquate. ls exprimaient un certain refus d'admirer, d'idolâtrer, ou d'adhérer sans nuances à la démarche ou à la personnalité de tel ou tel personnage susceptible de les intéresser. C e qui, finalement, exprime une des attitudes, parmi les plus fortes, des acteurs de ai 68. ls mettaient en doute, en question, voire en refus, l'idée qu'un mouvement social soit forcément dirigé par un leader, un chef qu'on suit. ombre de réunions, discussions, assemblées générales, forums, organisés pour améliorer et transformer certaines institutions ou lieux de travail, les relations sociales qui y prennent place, et les hiérarchies qui en émanent, avaient pour but essentiel parmi d'autres, de déhiérarchiser les relations et les démocratiser, de provoquer un partage plus équitable des responsabilités et des décisions, dans le sens d'une plus grande cogestion, voire autogestion des rapports de travail en
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