Les hommes entre travail et famille

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La question de la conciliation de la vie privée et de la vie professionnelle est en général abordée d'un point de vue féminin. L'égalité entre hommes et femmes ne passe pas uniquement par un investissement de la sphère publique et de la sphère professionnelle par celles-ci; les hommes doivent s'adapter à leur tour, pour investir la sphère privée et familiale. Différents thèmes sont abordés : les théories sur la question du genre ou les hommes et la violence, les politiques publiques en Europe.
Publié le : vendredi 1 juin 2007
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EAN13 : 9782296175815
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Sous la direction de Pascaline GABORIT

LES HOMMES ENTRE TRAVAIL ET FAMILLE

L'Harmattan

A vec les contributions de : Brigitte Beauzamy, Sandrine Bretonnière, Christine Castelain Meunier, Simon Forrest, Pascaline Gaborit, Ada Garcia, Marc Gartner, Hans-Joachim Lenz, Benedetta Magri, Ralf Puchert, Paco Abril, Vera Riesenfeld, Alfons Romero

« L'information

contenue

dans cette publication ne reflète pas nécessairement Commission européenne»

l'opinion

de la

Table des matières
Avan t propos 9

Introduction.... .......
tendance (Pascaline Gaborit)

...

... ....... ..... .

......... Il

La conciliation vie privée et vie professionnelle: Analysed'une
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 13

Work life balance

and conciliation:

Analysis of a trend (Pascaline aborit)... 1 G 3

Partie I Théories
<Tellre et ~asclllillit~s

49
:;1

La question du genre et les différentes masculinités
(Christine Castelain Meunier). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...51

Parcours entre espace privé et espace public: La transformationdes
rôles genrés en France et en Bosnie-Herzégovine Violellce
and Hans-Joachim

(SandrineBretonnière).. . . . . . . . . .. 77
9:;

et gellre..
Lenz)

. . . . . .. . .. .. . .. . . . . . .. .. . .. . . . . . . . .. . .. . . . . . .. . .. ... . .

La violence au sein de la famille: les hommes comme victimes (RalfPuchert
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .95

Violence within the family:
Lenz)

men as victims (RalfPuchertand Hans-Joachim

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .1 09

La violence entre partenaires: une typologie de ses formes et modes
d'expression (Ada Garcia). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... 121

Partie II Politiques publiques en Europe

139

Étllde co~parative de la cOllciliatioll elltre vie priv~e et vie professiollelle ell Frallce, Espaglle, <TBet Belgiqlle 141 Work-life balance policies from a comparative perspective (Brigitte
Be auzamy)

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 1

Les politiques de conciliation entre travail et vie privée d'un point de vue
comparatif (Brigitte Beauzamy). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175

COllciliatioll elltre vie priv~e et vie professiollelle ail Royall~elIlIi

~1Jr

The experiences of fathers in a New Town in the UK (Simon orrest).. .213 F . Les expériences de pères d'une Ville Nouvelle du Royaume-Uni
(Simon Forrest) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 237

Conciliation entre vie privée et vie professionelle en Espagne Men's opportunities for balancing work, family and personallife through organisational measures in Spanish companies(Paco Abril
and A lfons Romero).

263

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 263

Conciliation entre vie privée et vie professionelle en Allemagne...291 "Money or Life"? Masculine employment-orientation and the New
Life Model amidst Changing
Vera Rieserif'e Id)

Labor Market

Condition

(MarcGartner &

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .291

Partie III Perspective internationale
Conciliation issues are notjust women's issues (BenedettaMagri)

323
325

- 8-

Avaut propos

Avaut propos

Cette publication est le résultat de l'étude menée dans le cadre du projet européen « le rôle des hommes et des pères dans la conciliation entre vie privée et vie professionnelle» cofinancé par la Commission Européenne dans le cadre du programme européen sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Notre projet a permis l'organisation de forums de discussion avec des pères dans trois pays: Le Royaume-Uni, la Belgique et l'Espagne, ainsi qu'une comparaison des différents contextes et acteurs dans lesquels interviennent la politique familiale. L'analyse des résultats du projet est reprise dans cet ouvrage. Cette publication regroupe par ailleurs des articles divers d'auteurs très différents issus du milieu universitaire, associatif et politique dont les études contribuent à notre réflexion. Enfin, concernant le titre «Les hommes entre travail et famille », le terme de famille renvoie ici davantage à la famille nucléaire (parents et enfants), qu'à la famille élargie. Certains articles sont consacrés à la masculinité en général, et d'autres plus nombreux se réfèrent aux pères. Par aileurs, le temps réservé aux loisirs fait partie intégrante de notre analyse sur l'équilibre entre travail et famille.

Introduction

La conciliation vie privée et vie professionnelle: Analyse d'une tendance
Pascaline Gaborit

« Les préjugés sont toujours formés sur la base d'une image tronquée de la réalité, qui s'applique comme modèle général de manière non justifiée» (article R. Puchert/J. Lenz: la violence dans la famille: les hommes comme victimes). Au-delà de la tendance générale qui vise à dépeindre une égalité entre les. hommes et les femmes qui serait la conséquence logique et naturelle de l'accès généralisé des femmes au marché de l'emploi, les résultats de notre étude et de la recherche en général montrent une réalité plus complexe, qui inclut la persistance du modèle de l'homme «gagne pain» ou breadwinner, et de la femme «maîtresse de maison» ou homemaker. Ceci est particulièrement perceptible dans les différentes représentations sociales et les discours, au-delà de l'interprétation de politiques publiques plus progressistes. Le débat sur la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle n'est pas nouveau. Dans les années 1970, la question s'était posée lors de l'accès généralisé des femmes au marché de l'emploi 1. Mais comme souvent, le masculin comme catégorie apparaissait encore comme un « tabou» (Article de Christine Caste Iain Meunier: genre et masculinités), et ce débat s'était alors concentré sur la question de comment les femmes pouvaient mieux concilier leurs différents rôles. La question des hommes et de la conciliation entre vie privée et vie professionnelle est en soi un sujet intéressant, et ce recueil s'articule autour de différents thèmes: théories sur les questions de genre, les hommes et la violence, avec une deuxième partie principalement axée sur les politiques publiques. La question de la conciliation entre vie privée et vie professionnelle est incontestablement une question étroitement liée au genre. Cependant, le retour de cette notion dans l'actualité nécessite une analyse du débat à la lumière des changements familiaux, et des choix individuels, mais aussi comme révélateur social, avant de pouvoir analyser plus en détails les différentes politiques publiques reliées à ce thème.

La conciliation: une histoire de genre, de culture, et de classe sociale Le rôle des pères et des mères et les difficultés de positionnement méthodologique du sujet. Lors de notre passé européen récent, les rôles et comportements des pères et des mères étaient considérés comme «naturels» parce qu'ils semblaient relever du biologique2. Tout paraissait immuable car cette apparence figée dans le temps était renforcée par la tradition et la religion qui attribuaient aux pères et aux mères des rôles fixes, presque sacrés. La sociologie dans son courant majoritaire étudiait davantage les différentes fonctions sociales de la famille que l'organisation de la famille en ellemême3. Il a fallu attendre l'aide de l'anthropologie, et de l'ethnologie pour que l'on se rende compte que l'organisation familiale, le rôle des enfants, la répartition des tâches domestiques et parentales étaient différents d'une société à une autre, et relevaient en conséquence d'une construction sociale culturelle. L'implication du physiologique et des représentations a par ailleurs rendu très difficile l'étude du genre, car il était difficile pour les auteurs de faire abstraction des schémas de représentation de la société dans laquelle ils vivaient eux-mêmes4. Or l'étude des représentations montrait un schéma de valeur différencielle selon les genres à savoir l'association de valeurs héroïques au masculin, et l'association du féminin à la douceur, la patience5... L'univers se partageait ainsi en deux: aux femmes la beauté, aux hommes la force, aux femmes l'enfantement et aux hommes le pouvoir, tout ceci se fondant dans les images de la publicité, des médias, des films et l'inconscient collectif. Ces faits rendent toute étude de genre extrêmement difficile, et a fortiori notre étude sur la conciliation vie privée et vie professionnelle, et ceci pour plusieurs raIsons: Premièrement, au sein de l'étude du genre il y a plusieurs théories, une tendance étant l'analyse des relations entre genres, une autre étant l'analyse des institutions en terme de genre (l'Etat, l'école etc)6. Mais on peut aussi avancer comme seconde raison que le genre est une structure complexe où un grand nombre de logiques différentes sont imbriquées7. Le masculin est souvent entendu comme référence, ce qui rend assez rares - 14 -

les études sur la masculinité et la paternité, à l'exception de certains changements dus notamment à l'influence des mouvements gays et lesbiens. Enfin, au-delà de l'épanouissement personnel, la question du rôle des parents dans l'éducation des enfants reste entière: dans un monde de changements où les identités évoluent, les questions «y aurait-il un minimum de conditions correspondant à ce qui serait bon pour un enfant» et « quel modèle parental serait meilleur qu'un autre» sont des questions subjectives soumises à un positionnement culturel et social, dont on serait bien malaisé de tenter de répondre. Au sein de toutes ces incertitudes, il reste les faits et les pratiques. À savoir que, malgré une évolution des représentations en matière de répartition des tâches domestiques, les pratiques montrent une persistance du modèle de l'homme breadwinner et de la femme homemaker. La persistance du modèle breadwinner/homemaker Les entretiens réalisés en Belgique, mais aussi au Royaume-Uni, dans le cadre du projet montrent que le modèle traditionnel de l'homme qui gagne de l'argent et de la femme qui s'occupe du domicile est loin d'être révolu. En Belgique notamment, le fait pour certains pères au chômage qui ont été interrogés, de ne pas pouvoir garantir un meilleur niveau de vie à leur famille est vécu comme un mal-être ou comme la sensation de ne pas être un bon père. Comme le note Anne Marie Devreux dans son article «autorité parentale et parentalité8 », la part des hommes dans la part du travail domestique n'a pas beaucoup progressé depuis les dernières décennies, et ceci malgré une participation croissante des femmes à la production (vie économique et professionnelle). Tout s'est passé comme si, dans l'évolution du partage du travail, les femmes étaient les seuls acteurs possibles de changement. Ceci s'est traduit par des politiques privilégiant l'emploi des femmes, l'égalité dans la vie professionnelle, entraînant par conséquence un surinvestissement des femmes. Les femmes cumuleraient ainsi de plus en plus de responsabilités: dans la vie professionnelle, leur vie maternelle, mais avec en plus le défi de réussir leur couple et leur vie privée. Or, comme le note Christine Castelain Meunier9, pour les hommes comme pour les femmes, «construire et partager une affirmation - 15 -

identitaire en cours et perpétuellement remaniée, développer une vie sentimentale et une sexualité épanouie, des investissements professionnels et des responsabilités éducatives en prêtant attention à la formation et à la construction de l'identité des enfants, peut être considéré comme relevant de l' exploitlO». Alors que les femmes assument de plus en plus de responsabilités et de contraintes, et malgré l'image des médias qui nous montrent des hommes participant aux différentes taches domestiques et familiales, la réalité a peu changé. Ainsi en France, une étude réalisée par l'INSEE en 1999 et relatée par Anne Marie Devreux dans l'article op cil, montre que l'investissement de l'homme dans les tâches domestiques est inversement proportionnel au nombre d'enfants. Ainsi de 37% dans les couples sans enfants, la part moyenne du total du travail qu'assument les hommes au sein de leur famille baisse à 34% lorsque l'enfant parait. Lorsque la famille ne compte qu'un enfant, les hommes consacrent en moyenne en France 15 heures 30 par semaine aux tâches domestiques et parentales. Les mères d'un enfant y consacrent, elles, plus de 31 heures par semaine, soit le double. Dès le deuxième enfant, les hommes réduisent en moyenne leur activité domestique et parentale d'au moins une heure par semaine. Le troisième enfant amène un nouveau recul de l'investissement masculin dans la prise en charge du travail domestique et parental 11 . Ainsi on assiste au schéma inverse de ce que l'on aurait souhaité: plus la famille s'agrandit, moins le père s'investit. À l'inverse, plus la famille s'agrandit, et plus les possibilités d'évolution professionnelle s'estompent, et c'est en général après la naissance du second enfant que les femmes réalisent les difficultés de concilier leur vie privée et leur vie professionnelle, ce qui peut résulter dans un sentiment de frustration 12 . Cette inégalité du partage du temps, est aussi visible après les séparations. Ainsi, à l'époque de la garde alternée, les pères isolés affirment ainsi passer moins de temps dans les tâches domestiques et parentales que les mères. Ceci repose la question de la garde alternée, car l'on observe, d'un côté, la réticence des juges à appliquer ce système lorsque le père est chômeur (c'est-à-dire lorsque le père a du temps), alors qu'à l'inverse, si un père a une activité professionnelle reconnue - 16 -

socialement mais chronophage, les juges s'orienteront plus volontiers vers une garde altemée13. Nous nageons donc dans un système entièrement paradoxal, où l'on invoque l'intérêt de l'enfant sans savoir à quoi l'on se réfère. Des nuances par pays? Le projet «Men equal, men different », aussi co-financé par le programme sur l'égalité entre les femmes et les hommes de la Commission Européenne, et dirigé par le ministère à l'enfance et à la famille de Lettonie, a permis d'impliquer des partenaires européens, notamment bulgares et français, et d'organiser des forums de discussion transnationaux. Les résultats de ce projet14 apportent des éléments nouveaux qui corroborent l'analyse des entretiens de notre projet. Ainsi dans le cadre des forums organisés, les pères français définiraient leur rôle « comme celui de la mère », mais aussi comme « avoir l'autorité que la mère n'a pas », ou «avoir une bonne situation professionnelle pour assurer l'éducation ». Ils trouveraient dans le sur-investissement des femmes dans la sphère privée une entrave à plus d'investissement dans la famille. La question des différences culturelles est importante, même si elle ne ressort pas clairement dans les entretiens organisés dans le cadre de notre projet, du fait certainement d'un manque d'harmonisation de la méthodologie. D'après les résultats du projet «Men equal, men different », les pères français ont répondu à la question « qu'est-ce qu'être un bon père? » majoritairement par la réponse « passer du temps avec sa famille », alors que les bulgares ont répondu « travailler dur pour assurer de bonnes conditions de vie ». La classe et l'origine comme facteurs de différence? D'après une idée largement répandue, le partage des tâches dans la vie domestique serait réservé à une élite. Parce que le genre structure l'espace social, il existe forcément des liens entre genre et d'autres éléments de structuration sociale comme la classe ou l'origine 15. Mais les entretiens réalisés dans le cadre de notre projet « le rôle des pères et des hommes dans la réconciliation entre vie privée et vie professionnelle» démontre à l'inverse que dans les couches sociales les moins favorisées, les hommes passent plus de temps dans leur famille, et qu'ils consacrent plus de temps - 17 -

à l'éducation de leur enfant, que dans les familles où le père a un emploi de cadre ou une profession intellectuellel6. C'est notamment vrai dans le cas où, par exemple le père est chômeurl7. Dans ce contexte, nous sommes tentés de nous demander si le choix de la famille pour les hommes ne serait pas un second choix. Selon cette hypothèse, l'investissement dans la famille serait plus important si la personne (homme ou femme) n'a pas pu s'investir davantage dans la vie professionnelle. Quant à «l'évolution des mœurs» progressiste que connaîtrait les familles de cadres, s'agirait-il d'une campagne d'affichage, d'apparence? Des études menées dans d'autres contextes, tendent cependant à prouver que le « choix» en matière de conciliation entre vie privée et vie professionnelle serait quelque chose de beaucoup plus complexe, ce qui laisserait notre hypothèse décrite plus haut en suspens... En effet, d'après l'étude « l'individu, la famille et l'emploi »18,la population se diviserait en deux parties: les personnes qui dans leur enfance développent un mode d'attachement sécure, et ceux qui développent un mode d'attachement insécure. Pour les premiers, que l'on retrouve surtout dans les familles les plus aisées, le petit individu est lors de son développement, très rapidement autonomisé. Ses parents l'encouragent à développer une personnalité propre et à très tôt nouer des liens sociaux avec l'extérieur, pour plus tard quitter le nid familial et s'investir dans la vie professionnelle. À l'inverse, dans le mode d'attachement insécure, l'enfant est davantage attaché à sa famille, avec une idée de rattachement au groupe ou à la communauté. Les liens vers l'extérieur sont plus rares, et une fois adulte, l'enfant est encouragé à rester et s'installer près de la famille. Ce schéma se retrouverait davantage dans les catégories professionnelles les moins aisées, et l'étude qui est effectuée sur un échantillon de chômeurs, montre clairement que les individus qui ont développé dans leur enfance un attachement non sécure, ont plus de chance de rester au chômage sur une longue durée, alors que les personnes qui ont développé dans leur enfance un mode d'attachement sécure, utiliseraient davantage leur période de chômage, comme une période d'inactivité propice à une réorientation professionnelle.

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Cette théorie ajoute à la réflexion à plusieurs égards: d'une part elle expliquerait les résultats de l'enquête récente de L'Institut National des Etudes Démographiques français (INED)19,qui démontre que les enfants de cadres et professions libérales ont tendance à chercher un emploi et fonder à leur tour une famille assez loin de chez leurs parents, alors qu'à l'inverse dans les catégories professionnelles moins aisées, les enfants préfèrent souvent fonder une famille près de chez leurs parents. D'autre part, cette théorie permet d'ajouter de la compréhension dans le cadre des entretiens réalisés au cours du projet, si l'on prend en compte que dès l'enfance les petites filles auront tendance à développer un attachement «insécure », alors que les petits garçons développeront plutôt un attachement «sécure ». À la vue de nos données à ce jour, il s'agit d'une hypothèse. Cependant, dans nos sociétés actuelles, l'héritage de plusieurs décennies où les parents disaient à leur fils «tu seras un homme un jour» et tendaient à surprotéger leurs filles (concernant les sorties, les rencontres, et mêmes les emplois) se retrouve massivement dans l'éducation que des parents modernes donnent encore à leurs enfants. Ainsi, des parents qui ont une fille et un garçon vont-ils inconsciemment attendre de leur fils que ce soit lui qui quitte la maison en premier pour faire carrière, alors que les attentes pour la fille pour qu'elle fasse des enfants seront plus importantes2o. Eric Goffman dans « l'arrangement entre les sexes» va plus loin dans l'analyse de la différenciation des rôles dans l'éducation des fils et des filles et donc des frères et des soeurs21. Ainsi il existerait «des comptes différents en fonction du sexe, comme lorsqu'au cours d'un repas la plus grosse part est attribuée au mâle parce qu'il est un garçon et que le plus confortable des deux lits est accordé à la fille, parce qu'elle est une fille, ou qu'un garçon se voit infliger des sanctions plus dures que celles qui sont accordées à une fille, parce qu'il est d'une nature plus rude et qu'il serait plus difficile à atteindre22». Ces éléments n'ont pas encore été abordés dans le cadre de notre projet et dans l'organisation de nos forums de discussion avec les pères, cependant ce sont des pistes extrêmement intéressantes pour la suite du projet qui abordera plus en détail la question des représentations, y compris dans les familles et dans les écoles. Car comme le note Eric

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Goffman lui-même, «tout ceci est en principe parfaitement connu, mais peu étudié dans le détail23». La conciliation: une histoire de famille? L'usage du mot conciliation serait-il inhérent au couple et à la famille? L'apparition d'un débat sur la « conciliation entre vie privée et vie professionnelle» n'est en effet pas entièrement neutre. Il pourrait même s'avérer représenter un glissement sémantique qui déplacerait la difficulté de concilier son propre rôle dans une société de consommation atomisée24, comme au sein de la famille. Comme les familles et les représentations évoluent, les individus exprimeraient en conséquence de plus en plus de difficultés à donner un sens à leur rôle dans la sphère privée comme dans la sphère professionnelle. «Pour Pierre Legendre comme pour Hannah Arendt, les sociétés démocratiques et industrielles modernes sont exposées à un effet de casse consistant à la reproduction en série d'individus privés d'accès à l 'humanisation qu'il appelle les sans liens. C'est que les institutions faillissent à leur fonction qui est de mettre en scène sociale la problématique de la différenciation et de la limite. »25 On peut dans ce contexte s'interroger si ce nouveau débat de la conciliation entre vie privée et vie professionnelle ne cacherait une recherche de sens, dans un monde troublé par une crise des rôles et des représentations. Il est juste de penser que dans les décennies précédentes, la question des genres était plus marquée, et plus injuste aussi. Les tâches domestiques reposaient sur les épouses, ce qui rendait leur travail « invisible », alors que la vie professionnelle était investie par les hommes. Mais il serait entièrement erroné de penser que les hommes plaçaient, dans une échelle de valeurs, leur activité professionnelle avant leur famille. À l'inverse, la société les encourageait à se dédier à la famille, et à gagner de l'argent pour élever leurs enfants. On retrouve par exemple une réplique dans la bouche du parrain: «Un homme qui ne consacre pas de temps à sa famille n'est pas un homme »26.Cette anecdote met en évidence qu'il n'y a pas d'association directe entre implication des pères dans la famille et égalité des genres.

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Mais de quoi est-il en réalité question dans notre sujet? Le problème n'est en effet pas de faire prendre conscience aux hommes que leur famille est importante, ce qui serait un faux débat, comme je le montre plus haut. Mais le débat tournerait davantage autour de la question: pourquoi, à l'époque où les femmes se rapprochent d'une certaine égalité au niveau de l'emploi, restent-elles encore investies du devoir « d'être de bonnes mères» et surtout « de bonnes maîtresses de maison» : comment concilier la double journée de travail? Comment, pour une femme, avoir un rôle politique par exemple et une vie de famille? Dans le débat sur la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, non seulement on se trompe parfois d'angle et de question, mais de nombreux facteurs ont en plus été oubliés du débat. L'un des premiers facteurs qui va influencer la conciliation est le niveau de vie de la famille. En effet, à l'heure d'une raréfaction en Europe des possibilités de garderies publiques, la question de l'emploi d'une personne tierce pour garder les enfants se pose. Or la possibilité de cet emploi est avant tout question de niveau de vie. Le second facteur qui est parfois occulté est le rôle des grand-parents27. En effet, les familles qui concilient le mieux leur vie privée et leur vie professionnelle sont les familles où les grand-parents habitent dans la même ville et peuvent aller chercher l'enfant à la crèche ou le garder lorsqu'il est malade. Or, la relation avec les grand-parents au sein d'une famille n'est pas neutre. Selon qu'il s'agisse des grand-parents paternels ou maternels, l'autre parent peut se sentir exclu de la relation qui va s'opérer entre les trois générations. Si le couple est le lieu de la négociation et de la conciliation, l'intervention des grand-parents, qui représentent dans la famille un poids symbolique important (éducation que l'un des parents a lui-même reçu, potentiel affectif...), va complexifier les relations familiales et la conciliation au sein de la famille va devenir un enjeu important. Enfin, un troisième facteur qui est souvent oublié est la relation mère/fils et mère/fille dans le partage de la gestion des tâches quotidiennes28. Dans le sujet tel qu'il est abordé aujourd'hui, on prend surtout en compte les parents, et les enfants en bas âge. À cette époque là - 21 -

de la famille, il existe en effet un couple, qui doit concilier l'éducation et la gestion de leur enfant en bas âge avec leurs activités sociales ou professionnelles respectives. Mais l'enfant grandit vite, et c'est vers le stade de la pré-adolescence que la «mère débordée» par ses activités professionnelles, sociales et familiales, peut demander au pré-adolescent ou adolescent de la seconder dans les tâches ménagères et l'entretien de la maison, voire pour la garde des petits frères ou des petites sœurs. La maman va spontanément investir sa fille aînée ou cadette afin de la seconder dans ces tâches. Il est en effet courant que la mère préfère partager les tâches ménagères avec ses filles, plutôt que de demander à son mari de l' aider29. La conciliation au sein de la famille et plus particulièrement au sein du couple a opéré un passage de la sphère privée à la sphère publique. Auparavant, la famille était un cercle fermé, sacré, inviolable. En cas de doutes, de disputes et de conflits, la religion et ses représentants étaient les référents. Aujourd'hui, la famille apparaît comme un enjeu public, et plus seulement du côté des conservateurs qui voulaient la réinscrire dans une série de rôles traditionnels pour qu'elle puisse retrouver de son importance. Elle apparaît comme une affaire sociale, où l'Etat se doit de protéger l'individu. Les questions de l'enfant, de l'éducation, mais aussi des violences familiales, trouvent plus d'écho auprès d'associations, d'ONG et de politiques, alors que ce n'est pas un phénomène nouveau. La famille n'est plus seulement une question privée, mais devient un enjeu social au-delà d'une ancienne vision conservatrice. La conciliation au cœur de la société Si la conciliation est un point central au sein des familles, la conciliation entre soi et soi-même au sein de la société est aussi une question cruciale. En effet, nos sociétés sont passées d'une répartition de rôles distincts, simples, identifiables et en apparence immuables, à une société hédonique où l'individu est à la recherche de l'épanouissement de lui-même et du bonheur. Certains auteurs n'hésitent d'ailleurs pas à franchir un pas, en écrivant que l'enfant représente aujourd'hui pour les parents une continuation identitaire30.Dans ce contexte, chacun développe des identités et des fonctions multiples. Une personne peut avoir plusieurs emplois, plusieurs enfants de conjoints différents et donc plusieurs - 22-

familles, chacun a plusieurs hobbies, plusieurs cercles de connaissances, sans parler de la société virtuelle... Dans ce contexte, chacun cherche la meilleure combinaison possible pour concilier toutes ses obligations et tous ses centres d'intérêts... Dans une société où le temps ne représente plus cette étendue immuable où rien ne change, mais devient une denrée précieuse et éphémère, l'individu doit opérer des choix. Le problème est donc peut-être moins de concilier différentes activités et obligations, que d'orienter ses propres choix. Le problème est que, face à ces choix, l'individu n'a justement pas souvent le choix: il se sent stressé, porté, automatisé, « manipulé» par la société, et souvent dans le cadre de ses fonctions professionnelles, où la division des tâches et l'automatisation ont entraîné un effacement de la personne, du contact humain et une atomisation des responsabilités... d'où la nécessité pour l'individu de réagir. C'est en effet dans un contexte de malaise au travail31qu'une plus grande flexibilité de négociation pour l'employeur au niveau des horaires peut s'avérer intéressant. Cela peut représenter beaucoup d'autonomisation, de reconnaissance, de revanche sur la fatalité que de pouvoir négocier un congé familial ou une adaptation de ses horaires, afin de consacrer du temps à sa famille ou à d'autres activités sociales. À l'heure où la personne s'efface devant l'automate, c'est peut-être dans la famille ou dans d'autres cercles sociaux que l'individu pourra retrouver son rôle de personne avant tout. La question de la conciliation entre vie privée et vie professionnelle ne peut en effet pas être abordée sans prendre en compte la question des négociations avec les entreprises, avec l'employeur. Dans les forums de discussion organisés dans le cadre de notre projet « le rôle des pères et des hommes dans la réconciliation entre vie privée et vie professionnelle », les pères se sont souvent plaint de ne pas pouvoir discuter avec leur employeur de la possibilité d'avoir un emploi du temps plus flexible, ou de pouvoir travailler à la maison32. La question de la sensibilisation des employeurs à ces questions paraît en effet cruciale. Là encore, il convient de distinguer entre les différents employeurs. Simon Forrest note dans son rapport qu'il est en effet plus facile pour un fonctionnaire de la municipalité de Harlow de prendre un congé paternité, que pour un père qui travaille dans le privé. Mais ce débat ne peut en aucun cas remplacer la question du sens donné à la vie professionnelle. Instaurer des espaces - 23 -

de dialogue avec l'employeur serait déjà en soi une immense avancée au sens de la prise en compte de l'individu dans l'entreprise, et la généralisation d'une telle démarche irait au-delà d'une simple reconnaissance des activités familiales pour les pères: elle rendrait à l'employé une meilleure image de lui-même en tant que personne et individu. Un autre enjeu éminemment social concerne les stéréotypes liés aux pères. Au cours de l'organisation de notre forum de discussion à Bruxelles33, nous avons en effet pu constater que la société renvoie toujours le père à sa fonction de breadwinner. C'est tout d'abord le cas des institutions: un auteur mentionne en effet que l'un des pères qu'il avait interrogé, mentionnait qu'à la crèche les puéricultrices lui lançaient régulièrement « et vous direz à sa maman qu'il a bien mangé ». Dans nos forums, c'est à la maternité et devant les tribunaux que les pères s'étaient sentis le plus discriminés: malgré une évolution des réglementations des hôpitaux pour que les visites soient ouvertes aux papas, un père d'origine africaine s'était vu refuser l'accès à la maternité après 9 heures du soir. De même devant les tribunaux, et bien qu'il faille se méfier des groupes de pression des pères qui veulent avant tout dans certaines tentatives récupérer leurs « droits sur l'enfant» (référence), les jugements de garde alternée se trouvent souvent remis en cause lorsque le papa est au chômage ou qu'on considère que son emploi n'est pas assez bon (comédiens.. .). Or n'est-ce pas dans ces contextes précis que les pères ont

plus de temps à passer avec leur enfant?
Dans le contexte où le choix de l'individu est possible, ce n'est donc pas seulement dans le cadre des liens avec l'employeur que les hommes et les pères vont rencontrer le plus de difficultés, mais davantage dans le cadre d'une représentation institutionnelle, où les rôles de genre sont très fortement affirmés. Des réponses encore peu à la hauteur des enjeux au niveau politique Si, dans les discours, on a opéré un passage de représentations de la famille qui auparavant relevait entièrement de la sphère privée, sociale et religieuse à la sphère publique, les politiques et les propositions politiques dans ce domaine sont restées très en retrait vis-à-vis des attentes34. Les - 24-

hommes que nous avons interrogés à Bruxelles regrettent en effet que si peu soit fait au niveau national et au niveau des autorités locales pour qu'une meilleure conciliation entre vie privée et vie professionnelle soit possible. Mis en exergues tout d'abord, un manque de places dans les crèches, ce qui force souvent l'un des deux parents à arrêter sa vie professionnelle. Mais c'est aussi tout l'entourage et l'environnement nécessaire à l'épanouissement de l'enfant qui fait défaut, à savoir les possibilités pour les enfants d'avoir des espaces de jeux, pour les adolescents des maisons des jeunes, la possibilité pour les pères de s'inscrire au même club de football que leur fils, etc. C'est donc tout le système d'entourage de l'enfant qui fait défaut dans les politiques des pays européens, à l'exclusion de la Scandinavie. Ceci s'explique pour plusieurs raisons: tout d'abord il existe souvent un malentendu sur ce que l'on nomme les «politiques familiales ». Parce qu'il s'est agi pendant longtemps de proposer des politiques natalistes, qui suggéraient le retour des femmes au foyer, la plupart des politiques revendiquées comme familiales sont catégorisées comme conservatrices, et dans certains pays européens comme l'Allemagne, les Pays-Bas ou encore la Belgiqlle, elles sont avant tout l'apanage des chrétiens démocrates. À l'inverse en France, pour les socialistes, et de la même manière qu'après 1968 il était «interdit d'interdire », il est parfois assez mal vu de vouloir légiférer sur la famille. Ainsi certaines prises de position politiques sur la famille sont apparues comme conservatrices, alors qu'elles visaient peut-être à replacer la famille dans l'agenda politique, et les propositions pour autoriser le mariage homosexuel sont parfois perçues comme une invasion du politique dans le domaine privé. À ce sujet, la différence entre la France et la Belgique est révélatrice, ce second pays, ayant une plus longue tradition chrétienne démocrate, permet tout comme l'Espagne le mariage homosexuel. Cette frilosité des politiques face aux questions familiales s'explique difficilement à l'heure où la natalité s'est effondrée, et où l'on parle de plus en plus de la nécessité d'enfants pour remédier au vieillissement de la population35.Mais l'argument du paiement des retraites qui est souvent avancé permet difficilement de rendre aux parents potentiels la confiance dans l'avenir pour vouloir faire des enfants. De plus, il faut noter que très peu de mesures sont proposées à part une compensation pour « le parent - 25 -

qui reste à la maison », même si dans certains pays comme la France, les garderies et crèches tout comme en Scandinavie sont assez bien développées, et permettent la plupart du temps aux parents de conserver leurs emplois respectifs. Une autre explication face à la frilosité des politiques par rapport à ce problème important est la question des contraintes économiques. Ce sont des discours qui masquent un manque de discernement face aux priorités « Des crèches publiques... oui, mais combien ça coûte? La question du congé parental à la Scandinave? Mais cela a un prix! »36.Or peu de personnes remettraient en cause la nécessité de la mise en place d'écoles ou d'universités. C'est donc bien que dans l'échelle des valeurs sociales et politiques actuelles, la situation n'est pas préoccupante, et que les politiques agissent encore comme s'il y avait une alternative: celle de la double journée des femmes... Enfin reste la question de la tradition et du changement. Lorsque l'Etat providence a été mis en place, il s'est avéré paternaliste, inégalitaire, et peu soucieux d'une égalité des genres: possibilité d'avoir une retraite, une allocation chômage, la sécurité sociale... Tout cela a été pensé avant tout pour les hommes... La question du congé maternité n'est venue que plus tard, avec le contexte... C'est donc dans un contexte de tradition institutionnelle que le changement a du mal à s'inscrire. Conclusion Comme le laissait sous-entendre l'un des pères participants au forum organisé à Bruxelles en février 2006, la conciliation est une histoire de temps, et la durée du temps, c'est bien connu, se réduit quand on en a pas. «Je pense qu'il est possible de concilier vie familiale et vie professionnelle. » disait-il. «D'après moi c'est avant tout une question d'organisation. Je pense que ça dépend de comment on arrive à gérer son emploi du temps. L'important pour moi c'est de construire un cadre fixe, mais souple, qui répartit le temps entre la vie familiale, la vie professionnelle, et le couple ». La conciliation est donc une histoire de famille, en priorité, une histoire individuelle aussi, dans son rapport à l'autre et au temps, mais aussi une histoire sociale et une question genrée. Cette conciliation renvoie à la difficulté pour l'individu à effectuer des choix. Il faut en effet arbitrer entre travail et temps libre, mais aussi le - 26-

nombre d'enfants, parfois entre stabilité du couple et épanouissement individuel. Les pères comme les mères doivent aujourd'hui répondre à toutes ces questions dans un schéma d'évolution des rôles, mais où la répartition des tâches reste inégale. Enfin, face aux enjeux d'une complexité croissante pour les individus à assumer les contraintes financières et professionnelles, et pouvoir assumer une famille, les réponses politiques sont restées très en deçà des attentes. Bibliographie Blondin R. «Le guerrier désarmé: édition Boréal, Québec 1994 vers une nouvelle masculinité »,

«Les cahiers du genre: temporalité sociale et sexuation » numéro 24, édition I'harmattan, 2003 Connwell, R.W. « Masculinities », second edition, California Press, Los Angeles, 2005 (paperback 1999) universrity of

Cyrulnik, B. «Sous le signe du lien », édition Hachette Littérature, collection Pluriel, 2000 Devreux A.M. «Autorité parentale et parentalité: droit des pères et obligation des mères» in Revue dialogue «L'autorité parentale et les mutations de l'ordre familial », 2004, Paris, n° 165 ENTP «rapport sur les forums de discussion: projet le rôle des hommes et des pères dans la conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle », Bruxelles, 2006 Fagnanu J. et alter «Vie privée, vie professionnelle: l'arbitrage impossible?» in Revue «Esprit» Mars-Avril 2001 «l'un et l'autre sexe ». Forrest. S. «Rapport des forums de discussion à Harlow», Harlow, Septembre 2006

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Goffman E. «L'arrangement 2002 (original 1977)

entre les sexes », édition la dispute, Paris

Guionnet C.- Neveu E. «Féminins, masculins: sociologie du genre» édition Armand Colin, Paris, 2004-2005 Hassner, « La violence et la paix », édition du Seuil, Paris, 2000 Mischerlich A. «Vers la société sans pères », Paris, éditions Gallimard, 1985 Meunier, C.C. « Tension et contradictions dans la répartition des places et des rôles autour de l'enfant» in Revue dialogue « L'autorité parentale et les mutations de l'ordre familial »,2004, Paris, n° 165 Seligman, «Dialogues and essays on tolerance and tradition », édition Erasmus books, Indiana, 2004 Sullerot E. «La crise de la famille », édition Fayard, collection pluriel, 1994 Steiner P. «La sociologie de Durkheim », édition la Découverte, collection repères, Paris, 2000 Thalineau A. «L'individu, la famille et l'emploi », édition l'Harmattan, logiques sociales, Paris 2004 Quotidiens: « Le monde» du 12 Juin 2006 « Libération» des 10 et Il Juin 2006 - 25 Septembre 2006- 12 Octobre 2006 « Le soir» du 10 et Il Juin « The daily telegraph» Hebdomadaires: « Courrier international» N° 816 du 22 au 28 Juin 2006 «La famille revient» - 28 -

« Courrier international» N°834 du 26 Octobre au 1er Novembre 2006 : « La famille et le chaos»

Annie looter Loiseau «la notion de la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle », in Les cahiers du genre numéro 24, L'Harmattan, Paris 1999, p 73. 2 Ceci était spécialement vrai en Europe à partir du 18ièmeiècle. Source C. Guionnets E. Neveu« Féminins, masculins: sociologie du genre» édition Armand Colin p 31. 3 Segalen M. « Sociologie de la famille », édition Armand Colin, Paris 2000, p 115
4 C'est la première contrainte méthodologique que Pierre Boudieu mentionne dans " la domination masculine" 5 C'est Françoise Héritier qui parle de «différentiel des sexes Guionnet-Neveu« Féminins-Masculin» op cit p 12 6 R.W. Connwell, « Masculinities », second edition, universrity Los Angeles, 2005 (paperback 1999), p 61 7 Idem p 73 8 Anne Marie Devreux, «Autorité parentale et parentalité: obligation des mères» in Revue dialogue «L autorité parentale

1

», elle est citée par of California Press,

droit des pères et et les mutations de

l'ordre familial », 2004, Paris, n° 165, p 61 9 Christine Castelain Meunier, «Tension et contradictions dans la répartition des places et des rôles autour de l'enfant» in Revue dialogue «L autorité parentale et les mutations de l'ordre familial », 2004, Paris, n° 165 10 Idem p 37 Il in Revue dialogue «L autorité parentale et les mutations de l'ordre familial », 2004, Paris, n° 165, pp 61-62 12 Alexander Mischerlich « Vers la société sans pères », Paris, éditions Gallimard, 1985 13 Entretiens à Bruxelles 14 Journal «Libération» du 25 Septembre 2006 et sur le site http://www.eu25.women.eu.com! 15 R.W. Connwell, « Masculinities », second edition, universrity of California Press, Los Angeles, 2005 (paperback 1999), p 61 16S. Forrest « Rapport des forums de discussion à Harlow», Harlow, Septembre 2006 17ENTP, « rapport des forums de discussion à Bruxelles », Bruxelles, 2006 18 A. Thalineau « L'individu, la famille et lémploi », édition l'Harmattan, logiques sociales, Paris 2004 19 Enquête parue dans A. Régnier-Loilier « Population et sociétés» n° 427, Octobre 2006 et dans le jounral « Libération» du 12 Octobre 2006 « Parent-enfant: le lien tient à la distance».

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20

C. Guionnet-

E. Neveu «Féminins,

masculins:

sociologie du genre»

édition

Armand Colin p 42 21 E. Goffman «L'arrangement entre les sexes », édition la dispute, Paris 2002 (original 1977) p 75 22 Idem 23 Idem p 76 24 Alexander Mischerlich « Vers la société sans pères », Paris, éditions Gallimard, 1985 25 Pierre Hassner, « la violence et la paix», édition du Seuil, 2000. 26 John Ford Coppola, « Le parrain », partie I 27 M. Segalen « Sociologie de la famille », édition Armand Colin, Paris 2000, p 109 28 Idem p 106 29 Revue dialogue « L'autorité parentale et les mutations de l'ordre familial », 2004, Paris, n° 165 30 M. Segalen « Sociologie de la famille », édition Armand Colin, Paris 2000, chapitre 6, pp 150-183

31Supplément emploi du journal

«

Libération », du 25 Septembre 2006.

32 Rapport S. Forrest op cit 33 Février 2006 34ENTP « rapport sur les forums de discussion: projet le rôle des hommes et des pères dans la conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle », Bruxelles, 2006 35 «La famille revient: vers une révolution conservatrice» in «courrier international» n0816 du 22 au 28 Juin 2009 pp 32 -37 écrit suite aux déclarations du démographe allemand Herwig Birg en Juin 2006. 36 Dans les pays scandinaves, le conge maternité et paternité s'élève à un an pour chacun des deux parents.

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Work life balance and conciliation: Analysis of a trend
Pascaline Gaborit

"Research shows that prejudice are always formed on the basis of an incomplete picture of reality, and that picture is unjustififiably assumed to be generally valid' (article R. Puchert/J. Lenz: violence within the family: men as victims). Beyond the general trend that tends to picture equality between men and women as a logical and natural consequence of the generalized access by women to the work market, the results of our study, and the grey literature picture, as often, a different and more complex reality with a persistence of the model of the breadwinner/homemaker model. This is especially true in social representations and discourses beyond the interpretation of more progressive public policies. The debate on work life balance, and conciliation is also not new. It emerged first in the 1970ies, with the generalized access of women to work. But as often, masculine as a category still appeared as a taboo (Article from Christine Castelain Meunier: gender and masculinities), and this debate then rather focused on the issue: how women could conciliate and find a balance between their different roles. Men and work life balance is, as such an interesting debate, and is, this book articulated around different themes: main theories about gender, men and violence and public policies. Work life balance is without any doubts an issue closely related to gender. However, the debate on conciliation, because it recently came back as a public issue, needs to be further analyzed under the light of family changes as regards to the choices of individuals, as well as under the light of societies in which it is taking place, before being able to further analyze the different public policies related to this theme. Work life balance: a matter of gender, culture and social class Methodology and difficulties of the subject's positioning. During Europe's recent past, the roles and behaviour of fathers and mothers were viewed as "natural", as they were seemingly biologicall. Everything appeared unchanging, with tradition and religion attributing

fixed, almost sacred roles to fathers and mothers, thereby further reinforcing this apparent state embedded in time. Sociology tended to study the different social functions of the family more than the organisation of the family itself. It took the help of anthropology and ethnology to show that the family organisation, the role of the children and the distribution of domestic and parental tasks, were different from one society to the next, and as a result presented us with a culture-based social construction. The inclusion of physiological aspects and representations made the study of gender even more arduous, as it was difficult for authors to leave aside representation scenarios of societies in which they themselves were living3. Studies into representations therefore showed a differential value scenario based on gender, namely the association of heroic values with men, and gentleness, patience etc. with women4. The world was thus split into two: women and beauty, men and strength, women and childbirth, men and power, all merging into the collective unconscious and images in advertising, media and films. All of this makes gender studies and a fortiori our study on private life and professional life conciliation extremely difficult, for the following reasons: Firstly, there are several theories within gender studies: one tendency being the analysis of relationships between genders, another being the analysis of institutions in terms of gender (the State, school etc.)5. Yet a possible second reason is also the fact that gender is a complex structure where several different logics overlap6. The male is often taken as a reference, which makes for very few studies on masculinity and paternity, though there have been some changes due notably to the influence of gay and lesbian movements. Finally, beyond personal development, the question of the parents' role in raising children remains unresolved: in an evolving world where identities are undergoing change, the questions "should there be minimum conditions in terms of what would be good for a child?" and "which parent model would be better than another?" are subjective questions addressed from different cultural and social viewpoints and that are very difficult to try and answer. Amidst all this uncertainty, there are the realities and practices. Namely that despite a change in representations in terms of sharing 32

domestic tasks, practice shows breadwinner/female homemaker model.
Persistence of the breadwinner/homemaker

persistence

of

the

male

model.

Discussions that took place in Belgium and the United Kingdom during the project, revealed that the traditional model of the man earning money and woman looking after the home is far from becoming a thing of the past. In Belgium, some of the unemployed fathers talked to, see the fact of not being able to guarantee a better standard of living for their families as a weakness or feel that they are not good fathers. Men's share of domestic work has not progressed very far in recent decades, despite the increased presence of women in production both economic and social (Devreux, 2004). Everything has taken place as though, in the changes relating to work distribution, only women could bring about any change. This is seen in policies favouring employment of women and equality in the workplace, with the result being an overinvestment in women. Women are therefore taking on increased responsibilities, in professional life and maternal life, with the added challenge of making their marriage and private life work. For both men and women, "building and sharing a progressing and continuously revisited identity commitment, and having an emotionallife and fulfilling sex life, professional interests and education responsibilities, all the while paying attention to the formation and development of the children's identity, can be considered an achievement in itself' (Castelain Meunier 2004, p 165 and 37). While women are taking on increased responsibilities and constraints, and despite images from the media that show men involved in different domestic and family tasks, reality has changed little. In France, a 1999 study conducted by the INSEE (National Institute for Statistics and Economic Studies) and referred to by Anne Marie Devreux in the article op. cit., shows that the involvement of men is domestic tasks is inversely proportional to the number of children. Among couples without children, the average share of the total work that men take on within their family falls from 37% to 34% when the child arrives. In 33

France, when the family has only one child, men spend an average of 15.50 hours per week on domestic and parental tasks. The mothers of one child spend more than 31 hours per week, i.e. double. With the second child, men reduce their domestic and parental work by an average of one hour per week. The third child sees a further reduction in male involvement in taking on domestic and parental duties7. We therefore have an inverse scenario from what was wanted: the more the family grows, the less the father is involved. Inversely, the more the family grows, the more the opportunities for professional advancement fade away. It is generally after the birth of the second child that women realise the difficulties in balancing their private life and professional life, and it can see them become unsatisfied8. This inequality in time distribution can also be seen following separations. In cases of alternative custody, fathers living on their own also claim to spend less time on domestic and parental tasks than mothers. This again puts the alternative custody question under the spotlight, as judges are seen as reluctant to apply the system of alternative custody when the father is unemployed (Le. when the father has time), while inversely, if a father has a socially recognised professional work activity but one that is time-consuming, the judges tend to opt for an alternative custody arrangement9. We therefore find ourselves floating around in a totally paradoxical system where the interest of the child is mentioned but where we do not actually know what we are referring to.
Differences between countries?

The project "Men equal, men different", again funded by the European Commission's programme on equal opportunities and managed by the Latvian Ministry responsible for children and families, also saw the involvement of European partners, notably from Bulgaria and France, and the organisation of discussion forums, this time transnational. The results ofthis projectlOprovided new elements that corroborate the analysis of the discussions in our project. In the forums organised, French fathers defined their role as "similar to that of the mother", but also "having the authority that the mother doesn't have", or "having a sound professional position to ensure the children are educated." They found that too much involvement of women in the private sphere was a hindrance to contributing more to 34

the family. The question of cultural differences is important, even though it does not clearly come out of the discussions organised in our project. This is undoubtedly due to a lack of harmonisation in the methodology. Based on the results of the project "Men equal, men different", French fathers responded to the question "what makes a good father?", in the majority of cases with "spending time with the family", while the Bulgarians responded with "working hard to ensure a good standard of living. "
Class and background as factors of difference?

Sharing household tasks is reserved for an elite group. Because gender structures social space, there are inherent links between gender and other aspects of social structuring such as class or background]]. However, the discussions held in our project "the role of fathers and men in the conciliation between private life and professional life" show conversely that in more disadvantaged social classes, men spend more time with their family including educating their children, than is the case in families where the father has a management position or intellectual profession]2. This is notably the case for example where the father is unemployed 13. In such a context, we are tempted to ask ourselves if the choice of family for men might not be a second choice. According to this hypothesis, putting effort into the family would be of secondary importance in the case where the person (man or woman) has not been able to commit more to professional life. In terms of progressive "changing ways of life" as is known to management families, is this simply some type of poster campaign or even some type of show? Studies conducted in other contexts tend however to prove that the "choice" in terms of the conciliation between private and professionallife is something that is much more complex, which would therefore put the above hypothesis on hold. Indeed, according to the study "the individual, the family and the job" ]4,people are divided into two camps: people who in their childhood develop a secure mode of attachment and those who develop an insecure mode of attachment. For the first, which is the case in more well-to-do families, the young person very quickly becomes independent during development. The parents encourage the youngster to 35

develop his/her own personality and to forge social bonds with the outside world at a very early age, so that later on he/she can leave the family environment and focus efforts on professionallife. Conversely, with the insecure mode of attachment, the child is more attached to his/her family, with the idea oflinking to the group or community. Links with the outside world are much more rare. Once an adult, the child is encouraged to remain and settle down near the family. This scenario features more predominantly in less affluent professional categories. The study conducted on a sample of unemployed people clearly showed that individuals who developed an insecure mode of attachment in their childhood, were more likely to stay on the dole for a long period of time, while people who developed a secure mode of attachment in their childhood were more likely to use the time spent on the dole as a period of inactivity suitable for reorienting careers. This theory contributes to the analysis on several fronts: firstly, it explains the results of the recent survey conducted by the French National Institute for Demographic Studies (INED)15, which shows that children from management and liberal profession backgrounds have a tendency to search for a job and build a family quite far away from their parents, while conversely, in less affluent professional categories the children often prefer to build a family near their parents. Secondly, this theory contributes something to understanding more about the discussions held in the project, if we see that from childhood, young girls tend to develop an "insecure" attachment, while young boys tend to develop a "secure" attachment. Given the data we have to hand, this is a hypothesis. However, in today's societies, the legacy of several decades where parents would say to their sons "you'll be a man one day", while tending to overprotect their daughters (as regards going out, meeting people, and even jobs), is still widely present in the education that modem parents give to their children. Therefore parents with one girl and one boy are going to subconsciously expect their son to leave home first to start a career, while the daughters will be expected to have children16.Eric Goffman in "L'arrangement entre les sexes" goes further into analysing the differentiation of roles in the education of girls and boys and therefore brothers and sisters17.Thus there are "different rules according to the sex, such as when the largest part of the meal is given to 36

the male because he is a boy and when the more comfortable of the two beds is given to the girl, because she is a girl, or when a boy is more severely punished than a girl because the boy is tougher in nature and it would be more difficult to have any effect on himI8". These areas have not yet been addressed in our project or in the discussion forums organised with fathers, however, these are extremely interesting avenues for the remainder of the project where the question of representations, including in families and schools, will be further delved into. As Eric Goffman himself says "in theory everyone knows about this, but it has not been studied in great detaiI19". Conciliation and balance: a family matter? Are the use of the word conciliation and balance inherent to couples and families? The advent of a debate on the "conciliation between private life and professional life" or "work life balance" is not in fact entirely neutral. It might even turn out to represent a semantic shift that moves the difficulty of conciliating one' s own role in a fragmented consumer society20, as within the family. As families and representations change, individuals as a consequence show increased difficulty in giving sense to their role in the private sphere as occurs in the professional sphere. "For Pierre Legendre as for Hanna Arendt, modern industrial and democratic societies are exposed to a break effect involving the series reproduction of individuals deprived of access to humanisation, individuals he calls the "sans liens" (unconnected). It relates to institutions failing in their role which is to put the problems of differentiation and limits into the social arena."21 In such a context, we might ask ourselves if this new debate on conciliation between private life and professional life is not hiding a search for meaning in a world troubled by a crisis of roles and representations. It is right to think that in previous decades the gender question was more marked, yet also more unjust. Household duties were the work of the wives, which mean their work was "invisible", while husbands focused on their professionallife. However it would be a mistake to think 37

that men ranked the value of their professionallife ahead of their family. Conversely, society would encourage them to devote themselves to their family and earn money to raise their children. For example, the "Godfather" offered the following line "a man who doesn't devote time to his family, is not a man,,22.This anectode shows that involvement in the familiy and gender egalitarianism are two distinct topics. But what is our subject really all about? The problem is not in fact to make men become aware that their family is important; this would be a false argument as I show above. The debate is more oriented toward the questions: Why at a time when women are edging closer to some kind of equality in the workplace, are they still duty bound to be "good mothers" and above all "good housewives"? How can the double work day be reconciled? How can a wife have both a political role and a family life for example? In the debate on the conciliation between private life and professional life, not only do we often make mistakes with how we approach it and the questions asked, but we also forget numerous factors in the debate. One of the factors to influence the conciliation is the standard of living of the family. In fact, at a time of short supplies in Europe in terms of public day-care centre availability, the question of employing a third party to look after the children is often asked. This employment relates predominantly to standard of living. The second factor often hidden is the role of the grandparents23. Families that best reconcile their private and professionallife are families where the grandparents live in the same city and can pick up the children from the day care or look after them when they are sick. The relationship with the grandparents within the family therefore comes into play. Whether it relates to the maternal or the paternal grandparents, the other parent may feel excluded from the relationship between the three generations. If the couple is the basis for negotiation and conciliation, the involvement of the grandparents, who represent a major symbolic influence in the family (education that one of the parents him/herself will have received, affection potential...), will contribute complexity to the family relations, where conciliation within the family becomes an important issue.

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