Les Indiens de la Caraïbe

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Publié le : dimanche 1 septembre 1991
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EAN13 : 9782296391550
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SINGARAVE LOU
Professeur à ru niversité de Bordeaux III

LES INDIENS .. DE LA CARAIBE
TOME 2

CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ET INTÉGRATION ÉCONOMIQUE DES INDIENS DEPUIS 1945

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

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L'Harmattan, 1987
2-85802-804-4

ISBN:

« Quand la violence eut renouvelé le lit des hommes sur la terre, Un très vieil arbre, à sec de feuilles, reprit le fil de ses maximes... Et un autre arbre de haut rang montait déjà des grandes Indes souterraines, Avec sa feuille magnétique et son chargement de fruits nouveaux. » St. John Perse (Vents IV)

La Deuxième Guerre mondiale joua un rôle déterminant dans l'histoire des populations indiennes dans la Caraïbe. Elle contribua dans les trois colonies du Sud à l'essor économique des Indiens. En particulier, les riziculteurs ont bénéficié de la hausse des prix et de l'interruption des importations du riz asiatique. L'enrichissement des Indiens à travers l'agriculture et les activités militaires (bases américaines, en particulier à Trinidad) a permis ensuite l'éclosion d'une génération de fonctionnaires et de professions libérales grâce aux bienfaits de l'instruction. De l'après-guerre date la véritable pénétration indienne dans le secteur ter.

tiaire urbain. Ainsi à Paramaribo de 1940 à 1949, le nombre des commerçants
indiens est passé de 63 à 261, dépassant celui des commerçants créoles et néerlandais (221) et menaçant les chinois (329) (*). La guerre a favorisé le départ des Indiens hors du secteur agricole, le développement de la compétition socioéconomique entre Indiens et Créoles, en milieu urbain, grâce à la formation de classes moyennes. De la période d'après guerre date aussi une très forte croissance démographique qui fait de ces descendants d'immigrants ~inoritaires, des groupes majoritaires bien enracinés territorialement, dans les Guyanes et à Trinidad.

* D. Dew: op. cit., p. 52.

Chapitre premier

La population indienne de la Caraïbe (1946-197 5)

A partir de la Deuxième Guerre mondiale, on constate une nette accélération de la croissance démographique indienne dans la Caraibe. Celle-ci se poursuit pendant un quart de siècle et correspond à la croissance de la population générale antillo-guyanaise au cours de cette période. Privée de l'apport de l'immigration contractuelle, interdite depuis 191 7 pour la Caraibe britannique et hollandaise, et arrêtée depuis 1885 pour les colonies françaises, la population indienne, après avoir marqué un fléchissement durant l'entre-deux guerres, s'accroît à nouveau, grâce à une forte croissance naturelle, liée à une natalité élevée et à une mortalité en baisse constante. Toutefois, le comportement démographique varie selon les pays. Malgré les particularismes régionaux et nationaux, on peut distinguer deux principales tendances: celle des petites collectivités minoritaires des îles au vent, de la Jamaique et des Antilles françaises où la croissance démographique est relativement faible, en tout cas guère supérieure à celle de la population globale; et celle des grandes communautés du Sud de la Caraibe où le rythme de croissance démographique et naturelle est nettement supérieur à celui de la population globale, où la minorité indienne s'est accrue rapidement, jusqu'à obtenir la majorité absolue en Guyana et devenir le groupe ethnique le plus nombreux, à Trinidad et au Surinam. La répartition de la population au sein du territoire national a évolué au cours de cette période. Elle est marquée par le renforcement des densités rurales dans 9

. les régions à fortes densités indiennes, par une relative faiblesse des migrations intérieures et internationales, sauf dans des circonstances exceptionnenes comme les conflits raciaux de 1962-64 en Guyana ou l'accession à l'indépendance du Surinam en 1975. Dans la plupart des pays de la Caraïbe, la population urbaine d'origine indienne reste relativement modeste, à l'exception de l'agglomération de 'Paramaribo qui a attiré un nombre relativement élevé d'Indiens. L'étude démographique qui suit se justifie à divers titres. La croissance numérique de la population indienne a permis à celle-ci de pénétrer dans de nouveaux secteurs de la vie économique~ tout en consolidant ses activités traditionnelles, essentiellement agricoles. La perspective pour ces minorités ethniques d'atteindre et de dépasser la majorité numérique, dans les colonies du Sud de la Caraibe, risque de bouleverser les structures héritées de la plantation. La ségrégation spatiale entre Indiens ruraux et Créoles urbanisés, encore réelle, même si elle tend à s'atténuer avec l'urbanisation, favorise un certain isolement culturel et la persistance de nombreuses valeurs ethniques indiennes. A nouveau, no~s ferons la part belle aux trois collectivités indiennes du Sud de la Caraibe ; nous présenterons ensuite l'évolution de la population indienne dans les petites îles au vent britanniques et en Jamaique ; nous terminerons par une brève présentation de la situation démographique des Indiens aux Antilles françaises et à Belizel.

A. LA FORTE CROISSANCE NUMÉRIQUE DE L'APRÈS-GUERRE
Les trois colonies du Sud de la Caraibe, que nous examinerons d'abord, ont connu une croissance démographique comparable.

1. Ce que nous avons précisé plus haut, à propos des sources statistiques démographiques, reste valable pour la période d'après guerre. Il est toujours impossible de dénombrer exactement les Indiens 2'.lXAntilles françaises, en l'absence de critères ethniques dans les recensements. La tentative d'évaluation que nous avons faite ailleurs n'est qu'une approche grossière de la réalité. Dans les Antilles britanniques, certains sociologues et démographes ont mis en doute la qualité des critères ethno-religieux retenus et l'exactitude des résultats obtenus. Voir Lloyd Braithwaite: Sociology and Demographic research in the British Caribbean. In Social and Economic Studies, Vol. 6, n° 4, 1957. Mais les géographes comme les chercheurs en sciences humaines. sont bien obligés de se contenter de ces résultats tout en sachant qu'ils ne cernent pas de très près la réalité. Ennn, les recensements de 1970 ne donnent plus des répartitions détaillées selon les critères ethno-religieux, considérés probablement comme des facteurs de division, dans des sociétés pluralistes dont les gouvernements voudraient consolider l'unité nationale, dans la phase actuelle d'indépendtlnce, récemment conquise. Telles sont les limites imposées par nos sources statistiques: elles nous engagent à souligner la fragilité de tout chiffre trop précis.

10

1. L:BS COMMUNAUTÉS INDIENNES DU SUD DE LA CARAÏBE

a) Trinidad De 1946 à 1970, la population d'origine indienne est passée de 195 747 à 37 3 538 personnes, soit une croissance absolue de 177 791, en un quart de siècle (+ 90,8 %). La progression démographique intercensitaire s'établit de la façon suivante:
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1

Taux de croissance intercensitaire

[1946-1960 [1960-1970

Tableau nOI

-

Populations indienne et noire (nombre et proportion) taux de croissance intercensitaire (1946-1970).

et

Le pourcentage de la population indienne par rapport à la population totale est passé de 35,1 % en 1946 à 36,5 % en 1960, et 40,1 % en 1970 ; parallèlement, la population d'origine africaine est passée respectivement de 46,9 % à 43,3 % et ensuite à 42,8 %. Le taux annuel de croissance intercensitaire a été, pour les deux groupes ethniques, plus élevé durant la période 1946-1960 qu'au cours de la décennie suivante; et il est constamment plus élevé chez les Indiens que chez les Noirs. Le recensement de 1970 qui indique que deux habitants sur cinq sont d'origine indienne, et que les Indiens talonnent de près les Mro-Trinidadiens, mérite d'être nuancé. Il faut noter que les enquêtes du recensement ont eu lieu durant la période de troubles socio-politiques, en 1969-70, suscités par le Mouvement du
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Pouvoir Noir» (c(Black Power»). Il est fort probable que, dans ce climat

d'insécurité et de « chasse aux sorcières », le recensement ait sous-évalué le nombre de Noirs, et qu'un léger mouvement d'émigration temporaire ait touché plus. particulièrement les populations urbaines, en grande majorité non-indiennes. Cette constatation semble être confirmée par une enquête menée en 197 3, sur les hommes de la tranche d'âge 15 à 64 ans2. Celle-ci indique que, dans cette tranche d'âge, 50 % étaient d'origine africaine et 34 % d'origine indienne, alors
2. N. Abdulah : Fertility and Family planning among men in Trinidad and Tobago. Institute Economic Research. University of West Indies. Trinidad 1975 p. 11. of Social and

Il

que le recensement donnait respectivement 44 % et 40 %. Toutefois, il faut être prudent et circonspect dans l'utilisation de ces correctifs car l'impact du mouvement du Black Power est encore mal connu, et souvent, de nature ambiguë. Par ailleurs, au cours de la décennie 1960-1970, le pays a connu un bilan migratoire nettement déficitaire, et il est fort probable que la croissance relative du nombre des Indiens au recensement de 1970 soit due à des taux d'émigration plus élevés parmi les non-Indiens. Malgré les incidences réelles mal connues de l'émigration différentielle et de la surévaluation numérique des Indiens, il est incontestable que leur forte croissance démographique est imputable à une plus forte croissance naturelle, elle-même liée à un taux plus élevé de natalité. La répartition par âge et par sexe de la population indienne comparée à celle de la population afro-trinidadienne permet de préciser les contours de cette croisAnnée groupe d'âge
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Tableau

nOlI

- Population

trinidadienne

selon l'origine

ethnique

(en

pourcentage) et sex-ratio (1946-1970)
12

sance démographique accélérée. Le tableau n° II indique l'évolution par âge et par sexe (~n pourcentages) des populations indiennes et africaines, d'après les recensements de 1946, 1960 et 19703. La population indienne est une population jeune, plus jeune en moyenne que les Afro-Trinidadiens, quoique la différence entre les deux groupes ethniques tende à s'estomper. Le pourcentage des moins de 15 ans est le même (44 %) pour les Indiens, en 1946 et en 1970, après être passé par un maximum (46 %) en 1960 ; par contre, chez les Afro-Trinidadiens, le pourcentage s'est accru de façon régulière de 32 % à 40 %. Pour les personnes âgées de plus de 45 ans, la situation est inverse; le pourcentage a atteint un plancher de 1 3 à 14 %, depuis la Deuxième Guerre mondiale, chez les. Indiens, alors qu'il plafonne à 21 % chez les Africains. Pour la catégorie intermédiaire des adultes de 1 5 à 44 ans, les Africains étaient plus nombreux que les Indiens, en 1946 ; l'écart s'est réduit en 1960, et les proportions sont inversées en 1970. A cette date-ci, on compte 159 867 Africains. Le recensement de 1970 annonce la légère supériorité numérique des Indiens jeunes et adultes (moins de 45 ans) et la nette supériorité des Mricains pour les plus de 45 ans. La pénétration massive des jeunes adultes indiens sur le marché de l'emploi, en particulier dans les régions urbaines, est une des' conséquences de cette croissance démographique et caractérise la situation socio-économique de la décennie actuelle. Les problèmes posés par la concurrence économique et les contacts socio-culturels doivent être analysés dans le contexte précis de la supériorité numérique des Indiens dans les groupes les plus jeunes et les. plus actifs de la population. Les rapports numériques entre les sexes présentent un intérêt socio-économique réel et des caractéristiques ethniques originales. Chez les Indiens, le sexratio (nombre d'hommes pour 1 000 femmes) n'a cessé de diminuer, depuis la période de l'immigration. Au recensement de 1891, il était encore de 1 571 ; en 1946, de 1 066 ; et en 1970, il était de 1 002. Il Y avait autant d'hommes que de femmes parmi les Indiens. Ce rééquilibrage entre les sexes au cours du xxe siècle est dû à l'augmentation progressive du nombre des Indiens nés dans le pays aux dépens du nombre des immigrants de la première génération, à l'arrêt de l'immigration en 1917, et à la surmortalité masculine. Ce rééquilibrage est également "le signe que les Indiens abordent le dernier quart du XXC siècle en per~ant les caractéristiques d'une population immigrée, et en tant que population stabilisée et bien intégrée dans le contexte démographique global. Car, la diminution du sex-ratio est un phénomène général qui touche toutes les catégories ethniques de la population. Chez les Africains et les Métis, groupes les plus nombreux en dehors des Indiens, on compte moins d'hommes que de femmes (figures n° 1 et 2). L'analyse du sex-ratio par tranche d'âge montre que, pour les plus de 45 ans, les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes. Ce sex-ratio élevé
3. J. Harewood: The population of Trinidad and Tobago. CIëRED series 197 5,p. 100.

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FIG. 1. -

Pyramide des âges des populations indienne et africaine de Trinidad en lJ 60.

14

est un reliquat du passé lié à l'immigration, et dont l'importance a diminué de 1946 à 1970. On passe ainsi de 1 404 et 1 1 5 3 pour les groupes d'âge de 45-64 ans et de plus de 64 ans, en 1946, à respectivement, 1 120 et 1 012 ; à l'autre extrémité, pour le groupe d'âge des moins de 15 ans, on compte un nombre d'hommes légèrement supérieur à celui des femmes, dû au nombre plus élevé de garçons nouveau-nés que de filles. Ainsi, la population indienne de Trinidad a connu une forte progression numérique, au cours du quart de siècle de l'après-guerre, supérieure à celle des autres groupes ethniques, tout en perdant ses caractéristiques héritées de la période d'immigration (équilibrage des sexes). Cette croissance a été particulièrement importante dans les groupes d'âge de jeunes et d'adultes, expliquant ainsi l'âpreté de la compétition économique et les rivalités socio-culturelles, surtout en milieu urbain. Enfin, un certain ralentissement de la croissance naturelle n'a pas permis aux Indiens de devenir le groupe ethnique le plus nombreux du pays comme c'est le cas au Surinam et en Guyana4. b) SUNnam De 1943 à 1970, la population indienne du Surinam a presque triplé; elle est passé de 48 057 à 142 049 personnes (soit une augmentation de 19 5 %). Au cours de la même période, la population totale du pays est passée de 1 50 665 à 355 690 habitants, soit une augmentation de 136 %'. Le tableau suivant indique l'évolution numérique des populations indienne, créole, indonésienne et totale, de 1945 à 1970, par tranches quinquennales (figure n° 3). Indiens
ANNEE Population totale
156 783 178 078 211 743 256 526 310 572 349 637

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I

I

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Tableau

nOIII - populations Indienne, créole, indonésienne et totale Surinam (nombre et pourcentage) 1945 - 1970.

Mricains et 4. Il est probable que le léger écart (25 000) qui séparait les deux groupes ethniques Indiens - en 1970 soit comblé au cours de la décennie actuelle, si le rythme de croissance naturelle des années 1960-1970 se maintient au même niveau. 5. L'essentiel des données démographiques provient de r excellent ouvrage, déjà cité, de H. E. Lamur. Parfois, les chiffres produits par cet auteur sont légèrement différents de ceux avancés par d'autres. Nous avouons n'avoir pu trancher, compte tenu des difficultés liées aux sources hollandaises, déjà Dans un souci d'unité, nous avons préféré utiliser les chiffres proposés par le socio-démographe Lamar. 15

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Tous les groupes ethniques ont progressé parallèlement à la population totale. Toutefois, il faut noter que les Indiens qui constituaient moins d'un tiers (32,9 %) de la population totale en 1945, représentaient plus des deux-cinquièmes en 1970. Le pourcentage de la population créole a connu une baisse de près de 7 points (de 42,6 % à 35,8 %). Cette baisse est surtout sensible à partir des années soixante, alors que de 1950 à 1960, le pourcentage plafonne à 40 %. Les Indonésiens ont légèrement régressé en pourcentage, avec une tendance à la stabilisation à partir de 1965 ; ils représentaient 20,1 % du total en 1945 et 16,6 % en 1970. Ainsi, les Indiens sont devenus le premier groupe ethnique, ayant dépassé en 1965 les Créoles jusqu'alors numériquement en tête. Un tel dépassement n'a été possible que grâce à une forte croissance interannuelle, qui se situe à un niveau élevé (supérieur à 40 %0) jusqu'en 1962, et qui est en baisse constante, depuis cette date, jusqu'à atteindre un plancher relativement bas de 22 %0, en 1970. Malgré cette baisse, la croissance de la population indienne se situe, néanmoins, bien au-dessus de celles des autres groupes ethniques et de la population totale, comme l'indique le tableau suivant:
période Indiens \; 42.5 37.0 Créoles \; 27.6 17.8 Indonésiens \; 19.6 276 Population totale \; 31.4 29.6

1943-1962 1962-1970

Tableau

nOIV

- Croissance
ethnique

annuelle
au Surinam

moyenne de la population
(taux pour 1 000 habitants).

par groupe

La population créole connaît une forte baisse de la croissance interannuelle à partir de 1962, passant de 34 %0 à cette date, à 5,1 %0 en 1969, l'année 1970 se soldant par une légère diminution du nombre des Créoles, due à une forte poussée migratoire vers l'étranger. La population d'origine indonésienne, après avoir connu une forte croissance, durant la phase d'immigration de l'entre-deux guerres, a vu sa croissance annuelle diminuer fortement de 1943 à 1962, pour reprendre ensuite de façon plus vigoureuse que celle des Créoles. La forte croissance de la population indienne est due essentiellement à sa croissance naturelle, liée à un très fort taux de natalité et à un abaissement du taux de mortalité; de 1943 à 1970, l'accroissement naturel s'est stabilisé autour de 40 %0. Par contre, après 1962, le déficit de la balance migratoire a contribué à la diminution du taux de croissance démographique indienne. Le recensement de 1964 dénombrant la population au 31 décembre 1963, indique qu'il y avait alors 56 244 hommes et 5 5 165 femmes d'origine indienne. La lecture de la pyramide des âges souligne un léger déséquilibre des sexes au profit des hommes, qui varie en fonction des groupes d'âge. Chez les moins de vingt ans, le sexe masculin est beaucoup mieux représenté que le sexe féminin ; cela est dû probablement au nombre plus élevé des naissances masculines. La

17

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18

tendance s'inverse, de 20 à 40 ans, où les femmes sont plus nombreuses, compte tenu de la surmortalité masculine. A nouveau à partir de 40 ans - et à la seule exception du groupe 45-49 ans - les hommes sont constamment plus nombreux que les femmes. Ici comme à Trinidad, les effets de la surmortalité masculine sont largement compensés par les effets résiduels de l'immigration, marquée par un fort déficit féminin (figure n° 4). La comparaison avec la pyramide des âges des Créoles est à cet égard significative. Chez ceux-ci, les hommes sont plus nombreux que les femmes jusqu'à vingt ans; ensuite, la tendance s'inverse définitivement jusqu'au sommet de la pyramide. Par contre, la comparaison avec la pyramide des âges de la population indonésienne dont l'immigration s'est poursuivie jusqu'en 1933, montre le degré de stabilisation de la population indienne et sa moins grande dépendance à l'égard des faits de migration. La population indienne du Surinam est une population jeune, comme nous l'indique le tableau suivant:
Age 0- 4 5-14 15-44 45-64 65+ Inconnu TOTAL Tableau nOV Indiens 21.8 30.5 36.9 7.0 1.2 1.5 99.9 % Créoles 18.6 28.5 35.2 11 8 4.5 % Id'. oneSlens n 17.4 22.8 34.4 11 .6 7. 1 5.6 99.9 % :Population

: totale I
19.5 28. 1 36. 1 10.0 3.6 1.8 99 1

%

o 6
99.2

-

Répartition
nésienne

par âge des populations
et de la population totale

indienne,
au Surinam.

créole,
1964.

indo-

Les moins de quinze ans comptent pour plus de la moitié (5 2,8 %) de la population, et un Indien sur cinq est un enfant de moins de cinq ans; la population de jeunes adultes (1 5-44 ans) est relativement importante (3 7 %), et les adultes vieux (45 -64 ans) ne sont plus que 7 % du total. Un Indien sur cent seulement a plus de 65 ans. Cette extrême jeunesse de la population indienne s'explique essentiellement par un taux de natalité très élevé. En comparaison, les Créoles et les Indonésiens présentent une structure démographique vieillie. Les moins de 15 ans y sont respectivement 47,5 % et 40,2 % du total; et les plus de 45 ans, respectivement 17 % et 19 %, contre 8 % seulement chez les Indiens. La population indienne du Surinam a pratiquement été multipliée par trois depuis 1945, et sa progression numérique, supérieure à celle des autres groupes ethniques, lui a permis de devenir, à partir de 1965, le groupe le plus nombreux. C'est une population essentiellement jeune où l'héritage démographique de l'immigration s'estompe rapidement. Un tel dynamisme est perçu comme une menace par les Créoles, aux plans économique, socio-culturel, et finalement politique. 19

HOmmes

Fem.T;.es

o o o o C\J

1

.

o o o o POPULATION INDIENNE

''-

o o o o
N

I:excédent

H

80 ans 75 70 65 60 55 50 45 40 35 30 25 20 15

F

o N

8 o

-,--

o ....

8 o

o

o o o o
CRBOLE

-.--------

8 8
N

POPULATION

NOIRE

FIG. 4. - Pyramide des âges des populations indienne et créole du Surinam en 1} oJ (recensement 1963).

de

20

t) Gtlyana En Guyana, la croissance démographique, amorcée dans les années 1930, s'est poursuivie sans interruption jusqu'à nos jours, au point que le groupe indien a dépassé la majorité numérique absolue vers la fin de la décennie 1960-70. C'est le premier pays qe la Caraïbe où les Indiens sont majoritaires, et ils y formaient le groupe ethnique le plus nombreux, déjà depuis le début de ce siècle. De 1946 à 1970, on est passé de 163 434 à 362 736 Indiens, soit une augmentation de 122 %. Le tableau suivant indique les étapes de cette croissance, d'après les données des recensements.
I I I Année
I

Indiens I I I
I

I I I
I

I

Noirs

:
I

.

. PopulatIon
I I % I
!

I I Nombre I
I

I
I

%

:

Nombre

I I I
I

%

I I Nombre I
I

1946 1960 1970 Croissance

163 434
267 797 362 736

I 43.5 I
: :

I I I 1946 - 1960 +104 362 :+63.9 I 1960 ~1970 + 94 939 :+35.5 I I

47.8 51.8

148 385 I 39.5 I 183 950 32.8 218 401 I 31.2
: :

375 701

I I +25 565 1+24.0 I +34 451 :+18.7 I I

I I +184 629 :+49.1 I +139 514 :+24.9 I I de

100% I 560 330 100% 699 844 I 100%
:
:

Tableau neVI - Croissance
1970

démographique
Noirs et

en Guyane britannique
population totale).

1946à

(Indiens,

La population indienne s'est accrue de plus de 104 000 personnes entre 1946 et 1960, et de près de 95 000 au cours de la décennie 1960-1970 ; les pourcentages par rapport à la population totale sont passés respectivement de 43,5 % à 47,8 %, et ensuite à 5 1,8 % soit un gain de 8,3 points en un quart de siècle. Il est remarquable que la population créole africaine ait connu au cours de cette même période un déclin relatif de 8,3 points (de 39,5 % à 31,2 %), plus rapide durant la phase 1946-60 qu'au cours de la décennie suivante. Le rythme de croissance de la population indienne est donc plus rapide que celui des autres groupes ethniques et contribue pour une grande part à la croissance démographique générale. De 1946 à 1960, le nombre des Indiens s'est accru de 64 %, celui des Mricains, de 24 %,et celui de la "population totale, de 48 %. L'accroissement numérique indien entre pour plus de la moitié (56, 5 ~kJ) dans l'accroissement de la population générale. La part des Indiens dans la croissance numérique totale s'est élevée"à 68 %, ce qui souligne l'effondrement démographique des autres groupes ethniques. Ce fait mérite d'être souligné, parce qu'unique dans la Caraibe : les Indiens, devenus majoritaires, sont la locomotive démographique de la nation guyanaise6.
6. De nombreux observateurs contestent la validité du recensement de 1970 ; ils estiment que pour des raisons ethno-politiques, le gouvernement, dominé par les Créoles Noirs, a volontairement sous évalué le

.21

Hommes

Femmes

o o o o
~

o o o o N

- - --r T-fTTTII"'T-

000 o o o PO PULA TrCN

0 0 0 INDI8IDt:;

o o o o ."

o o o o
f'("'\

~

H

I: excéd4!nt

80 ans 75 70 65 60 5 50

F

0-'--- -

~

8 N
POPULATIOB AFRICAINB

o

FIG. 5. - Pyramides des âges des populations indienne et africaine de Guyane britannique en lJ 60 (recensement de 1960).

22

La répartition par âge et par sexe permet de mieux préciser les données de cette croissance privilégiée. Les pyramides des âges de la population indienne en 1946, en 1960 et en 1970 indiquent un déséquilibre numérique entre les sexes au profit des hommes, qui tend d'ailleurs à diminuer au cours de cette période. Le sex-ratio est passé de 1 076 hommes pour 1 000 femmes en 1946, à 1 037 en 1960 et à 1 009 en 1970. Aujourd'hui, on compte autant d'hommes que de femmes dans la population indienne. De même qu'à Trinidad, on assiste, en Guyana, à une « normalisation» démographique, où les Indiens perdent définitivement leurs caractéristiques de population immigrée et se rapprochent du comportement démographique des autres groupes ethniques. Sans s'attarder sur le sex-ratio par groupe d'âge en 1946 et en 1960 où, à quelques exceptions près, les hommes sont plus nombreux que les femmes, il faut noter qu'en 1970, une nouvelle tendance se dessine dont le recensement prochain montrera la continuité ou la précarité. Les hommes sont plus nombreux que les femmes, chez les moins de 15 ans; de 15 à 40 ans, la tendance s'inverse; et au-delà de 40 ans, les hommes reprennent numériquement le dessus. La répartition par âge montre que la population indienne est une population jeune (figures n° 5 et 6).
I I

I

1946
Nombre
I I I I I I

I I

I

1960

I I

I

1970 Nombre 177 697 144 447 % 49.0

Age

o- 4
5 - 14
15 45

I I I I I I I I

%
16.0 26.6

I I I I I I I

Nombre
50 005 83 615 102 854 25 899 5 374

I I

65+

44 64

26 43 70 19

181 548 635 049

I I I I I I

%
18.7

I I I I I I I

I I
I I I

I
I I I I

31.2

4 001

I 43.2 I I 11.7 I I 2.5 I I I

TOTAL
Tableau nOVII _

163 414
Population 1970.

II I

I 384 I 9.7 I I I 2.0 I I I

32 725
7 867

39.8 9 2.2.

:100%
indienne

267 797

II I

:100%

362 736

1I I

: 100%
1960 et

par groupe

d'âge

en 1946,

La proportion des moins de 15 ans par rapport à la population totale est passée de 42,6 % en 1946 à 49,9 % en 1960, cette période étant la phase de rajeunissement la plus importante. Depuis 1960, on constate un certain tassement, le pourcentage des moins de 15 ans étant de 49 %. La proportion des adultes de 15 à 64 ans est passée de 55 % à 49 % en 25 ans, alors que le pourcentage des vieux est relativement stable - autour de 2 %. Aujourd'hui, un
Indien sur deux a moins de 15 ans et neuf Indiens sur dix ont moins de 45 ans.
nombre des Indiens. Étant donné la fréquence des pratiques frauduleuses dans ce pays, en particulier dans le domaine électoral, ces craintes et ces doutes ne sont probablement pas dénués de fondement. Mais il est difficile, dans le cadre de ce travail, de préciser la marge d'erreur. Nous pouvons tout au plus avancer, sous toutes réserves, que les Indiens représentent à l'heure actUelle environ 5 5 à 60 % de la population guyanaise.

23

Ii:> e S Ul!:1

Femmes

I:excédent

o
o

8 o
"'""

o o

~

o o o o

o

~

I
N

8 8

fW"\

FIG. 6. - Pyramide des âges de la population indienne de Guyana en lf) 70 (recensement

de 1970).

Les problèmes socio-économiques qui se posent aux Indiens sont amplifiés par le fait que les groupes d'âge de moins de 40 ans, le pourcentage des Indiens (54 % de la population totale) est supérieur à la moyenne nationale alors qu'il est inférieur (42 %) parmi les adultes de plus de 40 ans. La population indienne de la Guyane britannique a poursuivi sa croissance démographique des années trente jusqu'à dépasser la majorité absolue vers la fin de la décennie 1960-70, malgré un récent tassement de cette croissance. Le passage du seuil des 50 % a été un puissant levier psychologique, confortant les Indiens dans l'idée que, dans un avenir peu lointain, la Guyana deviendra une « nation indienne D. Parallèlement, la majorité numérique a légitimé chez ces descendants d'immigrants, longtemps considérés comme..une minorité étrangère, un sentiment de frustration dans le domaine social et politique.
Ii) Bila. du trois &01II",8U8Iis dl la Caraïbe fllirilii01lak

Le~ trois pays du Sud de la Caraibe présentent des caractères démographiques communs, assortis de nuances. Le tableau suivant regroupe les données numériques essentielles. La population indienne de Trinidad est la plus nombreuse de laCaraibe, suivie de très près par celle de la Guyana, et de plus loin, par le Surinam. Cette primauté numérique, à laquelle s'ajoutent des facteurs économiques et culturels,

24

1946
Pays

1960

1970
I I

Nombre:
Trinidad Guyana Surinam

I I

%I/T

Nombre:
301946 267 797 97 246

%I/T

Nombre:
373 538 362 736 142 049

I I f

%I/T

195 747 163 434 53 426 nOVIII

135.1 I 43.5 33.2

:

i
I I

i
I I

iI 36.5 47.8 37 9

:

:
I f

t 40.6

i 40.1 51.8

Tableau

-

Populations indIennes Guyana et de Surinam

(nombre et % I/T) de Trinidad,

-

1946

-

1960

- 1970.

donne aux Indiens de Trinidad le sentiment d'être les chefs de nIe de l'indianité dans la Caraibe. La Guyana revendique, comme nous l'avons vu, le privilège d'être le premier pays à majorité indienne dans la Caraibe7 ; ce qui lui confère un rôle de pionnier dans le domaine socio-politique. Ennn, le Surinam mérite une attention particulière par le rythme rapide de sa croissance en une génération. La population indienne, dans ces pays, est relativement plus jeune que la population créole:

Pays
Trinidad Guyana Surinam

o - 15 ans 15 - 44.ans 45 ans et
% % %

+

44 49 52.3

43 39.8 36.9

14 11 .2 8.2

Tableau nOIX - Population indienne par groupe d'âge à Trinidad, et au Surinam (Pourcentage).

en Guyana

Le Surinam, connrmant sa croissance numérique rapide, a le pourcentage de jeunes de moins de 15 ans, le plus élevé. Trinidad a le taux le plus faible (44 %) ; par contre, les adultes et les personnes âgées y sont relativement plus nombreux, ce qui est déjà un signe du tassement de la croissance démographique. La Guyana, à cet égard, occupe une situation intermédiair.e. Dans ces trois pays, les Indiens, par leur nombre et par leur jeunesse, constituent, aux yeux des Créoles, une menace. L' ccinvasion indienne », qu'on évoquait comme une probabilité lointaine, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, est devenue une réalité numérique en Guyana, et le sera très probablement dans les deux autres pays avant la nn de ce siècle. Parmi les multiples problèmes suscités par cette évolution démographique, nous soulignerons ici l'importance de trois: la compétition pour l'emploi avec une tendance à la ségrégation ethnique
7. Dans toute la ccdiaspora» nais. indienne, seule l'île Maurice, avec ses 66 % d'Indiens, dépasse le tau.x guya-

25

entre Indiens et non Indiens, sur le marché du travail; la compétition politique où la règle majoritaire, en vigueur dans les démocraties héritées de lacolonisation, peut être contournée ou violée par un despotisme policier, des pratiques électorales frauduleuses ou des combines politiques d'état major; enfin, cette progression numérique a contribué à la modification de la mentalité et de la psychologie collective des Indiens. La forte poussée des jeunes dans les années soixante a suscité des clivages entre les générations, inscrits dans la différence des comportements face à la tradition socio-culturelle indienne et à la modernité de la culture occidentale. Il arrive que l'évolution des mentalités ne suive pas la croissance numérique; en Guyana, par exemple, on est frappé par la persistance du comportement ccminoritaire» dans une communauté qui est numériquement majoritaire dans le pays, depuis plus de dix ans.
2. LES PETITES COLLECTIVITÉS INDIENNES DU CENTRE ET DU NORD DE LA CARAÏBE

Très différente de trois grandes communautés méridionales est l'évolution démographique des petites collectivités indiennes du Centre et du Nord de la Caraïbe. Parmi celles-ci, une distinction s'impose entre les colonies britanniques pour lesquelles nous disposons de données de recensement relativement précises et les dépendances françaises - devenues départements d'outre-mer, en 1946 - où, plus que jamais, les critères ethniques sont bannis des recensements officiels. a) La Jamaïque Les Indiens de la Jamaïque sont les plus nombreux. En 1943 on en comptait 26 507, les métis y compris; en 1960, le nombre a plus que doublé, avec 54 266 Indiens. Le recensement de 1970 indique le chiffre de 30 736 Indiens.
I I I I I I I I I I

:Croissance (+) Année I Indiens I % I/T : Défi ci t (-) I I I I I I I I I I I 2 2 I 1921 I 18 610 I 1943 26 507 2. 1 I + 7 897
1960

Taux Annuel

: :54
I

:
: :
I

266

3.4

I

:

+ 27 759

+ 1.9 % + 6.1 %

1970 :30 736 : 1.7 Tableau n° X

:

- 23 530

- 4.3 %

-

Croissance

de la population

indienne en Jamalque de

1921 à 1970. La croissance annuelle de 1943 à 1960 est plus de trois fois supérieure à celle des deux décennies pr.écédentes (6,1 % contre 1,9 %). Ce fort taux de croissance s'explique probablement par une très forte natalité, visible dans la pyramide des âges de 1960. Néanmoins, on ne peut manquer de s'étonner de ce très fort taux de croissance qui est plus élevé encore, si on distingue les Indiens métissés des non~métissés. Pour 1943 et 1960, les chiffres sont les suivants: 26

I
I

T

I

I

Population:
I

1943

1
I

1960

;
Indiens:
Métis indiens:
I I I

;
I I

: Croissance
I I

%

:
I I

21393 :27 9121 I I 5 114 :26 3541

+ 30.5 + 415.3

Tableau

n° XI

-

Population
(1943 et

indienne,
1960).

métissée

ou non, en JamaIQue

La progression de la population indienne nous semble « normale» (1,8 %), comparable à celle de la période précédente (1,9 %) ; par contre, la population de Métis indiens a été multipliée par cinq, soit une progression de 25 % par an ! Un nombre croissant d'unions mixtes entre Indiens et non-Indiens et une plus forte natalité chez les « dhoglas » pourraient expliquer cette forte croissance, à propos de laquelle nous émettons des, réserves, sans avoir toutefois les moyens de les vérifi er. La diminution de la population indienne de 1960 à 1970; au rythme de - 4,3 % par an ne pourrait s'expliquer qu'en tenant compte d'une modification intervenue dans le comptage. Dans le recensement de 1970, - à la différence des deux précédents - il senible que les Indiens métis soient exclus de la catégorie des Indiens et soient classés parmi les Métis (( Mixed»). Ainsi, la croissance est régulière pour les Indiens non-métis.

1943 : 21 393 1960 : 27 912 1970:30736

+ 1,8% par an + 1,0% par an

De toute façon, ces fluctuations numériques ne modifient que très peu la population totale jamaïcaine, étant donné les faibles pourcentages de la population indienne, comme l'indiquent les chiffres suivants:
Année 1943 1960 1970 Indiens 1,7 1,7 1,7 Métis- Indiens % MIlT 0,4 1,7 ?

On note là une remarquable constance de la population non métissée qui s'est accrue, depuis un quart de siècle, au rythme de la population générale, témoignant ainsi de son intégration dans le schéma démographique global jamaïcain. Celle-ci est plus manifeste encore dans la répartition par sexe et par âge. Les pyramides des âges de 1943, 1960 et 1970 résument les principales données. En 1960, la population métissée présente une pyramide à la base plus large et aux contours plus réguliers que celle de la population indienne non métissée. Le sex-ratio s'est abaissé progressivement au cours de ce quart de siècle: en 1943, il 27

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