Les infrastructures du trouble mental

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La psychiatrie reste sujette à des oppositions internes et à des énigmes qui imposent un regard nouveau sur cette discipline. À cet effet, l'auteur adopte une perspective dynamique et interdisciplinaire qu'il situe face aux divers courants historiques en psychiatrie. Il précise les interrelations variables de la pensée et du langage, leurs liens en boucles, qui retentissent sur la structuration et la connaissance du trouble.
Publié le : vendredi 1 mai 2015
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EAN13 : 9782336376028
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Pierre
Les infrastructures du trouble mental Marchais
Renouvellement des modes de pensée en psychiatrie
Les infrastructuresLa psychiatrie reste sujette à des oppositions internes et à des
énigmes qui imposent un regard nouveau sur cette discipline.
À cet effet, l’auteur adopte une perspective dynamique et du trouble mentalinterdisciplinaire qu’il situe face aux divers courants historiques
en psychiatrie.
Il précise les interrelations variables de la pensée et du langage,
Renouvellement des modesleurs liens en boucles, qui retentissent sur la structuration et la
connaissance du trouble. de pensée en psychiatrie
Les modes de pensée sont renouvelés par des notions issues de
disciplines plus rigoureuses : logique des contraires, théorie des
ensembles, théorie des catégories, constructivisme informatique,
compatibilité électromagnétique…
Les représentations du trouble mental deviennent alors l’effet
de référents de plus en plus affinés. Elles ne se font plus à partir
des apparences sans leurs infrastructures, et s’avèrent par là
susceptibles d’intégrations.
Une ouverture permanente de la connaissance en psychiatrie
en résulte, notamment grâce aux progrès e ectués en d’autres
disciplines, permettant ainsi de résoudre des questions demeurées
jusqu’à présent sans réponse.
Le docteur Pierre Marchais est neuropsychiatre. Ancien médecin-chef
du service de psychiatrie à l’hôpital Foch de Suresnes, président et
secrétaire général de la Société médico-psychologique, membre de
l’Académie européenne interdisciplinaire des sciences, il s’est orienté
vers une psychiatrie à visée interdisciplinaire. Il est l’auteur d’une
vingtaine d’ouvrages, dont plusieurs ont été traduits à l’étranger et
couronnés par l’Académie française et l’Académie de médecine.
Illustration de couverture : Sculpture en
aluminium coulé, 2015, de Jean Campa, sans titre.
Photo Fabrice de Silans (Silans-Photo).
ISBN : 978-2-343-05632-6
24€
Pierre Marchais
Les infrastructures du trouble mental






Les infrastructures du trouble
mental






Pierre Marchais










Les infrastructures du trouble
mental
Renouvellement des modes de pensée en
psychiatrie


Avec la participation d’Alain Cardon et Olivier Martin





































































Du même auteur

Psychiatrie générale. Fondements théoriques, cliniques et interdisciplinaires.
Paris, L’Harmattan, 2011.
Troubles mentaux et interprétations informatiques (avec A. Cardon). Paris,
L’Harmattan, 2010.
L’Esprit. Essai sur l’unité pradoxale des flux énergétiques de la dynamique
psychique. L’Harmattan, 2009
La Conscience humaine. Paris, L’Harmattan, 2007.
L’Activité psychique. Paris, L’Harmattan, 2003.
Le Processus de connaissance. Paris, Édit. Frison-Roche, 2000.
Le Nouvel esprit psychiatrique. Paris, Édit.Frison-Roche, 1996.
Le Phénomène moral. Toulouse, Privat, 1989.
Permanence et relativité du trouble mental. Toulouse, Privat, 1986
Les Mouvances psychopathologiques. Essai de psychiatrie dynamique. Toulouse,
Erès, 1983.
Les Processus psychopathologiques de l’adulte. Toulouse, Privat, 1981.
Magie et mythe en psychiatrie. Paris, Masson, 1977.
Métapsychiatrie. Paris, Masson, 1974.
Psychiatrie de synthèse. Paris, Masson, 1973.
Introduction à la psychiatrie théorique. Paris, Masson 1971.
Glossaire de Psychiatrie. Paris, Masson, 1970 (Prix Bordin de l’Académie
Française).
Psychiatrie et Méthodologie. Paris, Masson, 1970 (Prix Ritti de l’Académie de
Médecine).
Les Processus névrotiques. Paris, L’Expansion scientifique, 1968.
Psychopathologie en pratique médicale. Voies d’entrée. Thérapeutique. Paris,
Masson, 1964.

Ouvrages collectifs
La Psychopathologie et la philosophie de l’esprit au Salon. J. Chazaud. Paris,
L’Harmattan, 2001.
La lecture du monde. Livre d’hommages à Yves Pélicier. J. Pélicier. Paris, PUF,
1998.
Logique, discours et pensée. Mélanges offerts à Jean-Blaise Grize. P. Lang, Berne,
Suisse, 1997.
Dictionnaire français de Médecine et de Biologie. A. Manuila et coll. Paris,
Masson, 1970.





© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05632-6
EAN : 9782343056326
Avant-Propos

« C’est la notion d’énergie qui
forme le trait d’union le plus
fructueux entre la chose et le
mouvement… c’est par cet
intermédiaire qu’on peut voir
comment un mouvement devient
une chose ».

G. Bachelard
(Le Nouvel Esprit Scientifique)

La psychiatrie comporte toujours des oppositions internes
et des énigmes persistantes. Afin de les résoudre, un regard
nouveau, une réorientation et une reformulation de cette
discipline, s’imposent.
Les questions soulevées sont nombreuses. Certains
observateurs n’affirment-ils pas que la psychiatrie est en voie de
démembrement ? Faut-il désormais se résigner à la réduire aux
découpages en critères, aux neurosciences, et aux
psychothérapies ? Comment trouver une solution à des énigmes
comme la transformation des troubles ? La connaissance des
formes apparentes peut-elle se désintéresser de leurs
infrastructures cachées ? Les rapports de la pensée et du
langage sont-ils toujours respectés ? La clinique psychiatrique
n’a-t-elle pas d’arguments suffisants pour y répondre ? Face à
ces interrogations parmi d’autres, les ressources du clinicien ne
peuvent-elles pas être induites au besoin par d’autres
disciplines, car au delà de ses multiples facettes, la
connaissance n’a-t-elle pas un fond unitaire ?
Autant de questions auxquelles cet ouvrage essaie de
répondre par de nouvelles démarches, méthodes, et théories
dans une perspective interdisciplinaire.

*
* *
Pour mener à bien un tel projet, il convient déjà de
préciser les moyens naturels de connaissance dont dispose
l’observateur. À cet effet, il ne suffit pas d’analyser les liens
apparents de la pensée, du langage, et du trouble mental. Encore
7 faut-il tenir compte des infrastructures et des variables cachées
de ces formations. Faute d’y prendre garde, des causes d’erreur
se manifesteraient.
Le mode opératoire de pensée comporte ainsi un premier
risque. Les démarches intuitives sont importantes, mais restent
aléatoires. Les démarches rationnelles et logiques, qui assurent
la pensée de l’observateur et l’orientent, permettent de vérifier,
de valider les données obtenues, et d’extraire des invariants,
mais ne sauraient suffire à traduire toute la nature du trouble
vécu.
Le langage, pour sa part, n’est pas toujours stable ni
conforme à la pensée qui le génère et le sous-tend, s’y opposant
même parfois. Il est donc important de bien situer sa formation
et ses rapports avec la pensée sous peine d’illusions.
Une étude des liens intrinsèques à la pensée opératoire et
au langage devient alors nécessaire. Elle aboutit notamment à
des formalisations constituant des moules de pensée et, par
suite, à des représentations constructivistes des soubassements
du trouble mental (Figure 1).

Liens Liens
intrinsèques extrinsèques
T ROUBLE ApparentLANGAGEFormalisations MENT AL
et modèles PENSÉE
OPÉRATOIRE Infrastructures
Observateur
Applications cliniques analogiques

L’INTÉGRATION DES CYCLES DE CONNAISSANCE

Figure 1

Dès lors, un renouvellement des paradigmes établis
surgit. Différentes représentations d’un même trouble et de ses
infrastructures peuvent être élaborées. Plusieurs niveaux et
échelles de référence sont impliqués. Une intégration des
diverses représentations peut même être envisagée.
Pour le démontrer, cet essai est centré sur des moules de
pensée logiques et mathématiques contemporains élémentaires,
8 ainsi que sur les apports informatiques constructivistes déjà
précisés lors de travaux antérieurs. Cependant, d’autres
référentiels disciplinaires, notamment la biochimie et l’imagerie
cérébrale, pourraient être aussi bien retenus.
L’objectif est ici de montrer qu’une ouverture de la
connaissance en psychiatrie à visée interdisciplinaire, axée sur
les aspects cachés du trouble, est réalisable, capable de
renouveler les approches habituelles, et d’esquisser des
réponses aux énigmes posées.


9 Remerciements


Nous remercions vivement tous ceux qui nous ont
conforté dans une perspective interdisciplinaire permettant de
mieux approcher les infrastructures du trouble mental et les
propriétés énergétiques qui les animent.
Ainsi avons-nous pu bénéficier, tout au long de nos
recherches cliniques, de nombreuses rencontres fructueuses en
des domaines fort différents. Ces derniers ont concerné :
- l’épistémologie, qui nous a montré l’intérêt d’une
orientation interdisciplinaire, notamment lors de réunions avec
nos collègues Claude-Jacques Blanc et Jacques Birenbaum,
1ainsi que lors des séminaires de l’AFSCET , de « Mamuphi » à
2 3l’ENS , et de l’AEIS , lesquels nous ont confirmé la possibilité
d’établir des ponts entre des domaines apparemment fort
éloignés les uns des autres ;
- la biologie, au cours de notre collaboration avec notre
regretté ami Axel Randrup, biochimiste au SCT Hans Hospital
de Roskilde au Danemark, et fondateur du Centre International
de Recherche Interdisciplinaire en Psychiatrie ;
- la logique, lors des recherches avec notre ami
récemment disparu, le Professeur J.-B. Grize, doyen de
l’Université de Neuchâtel en Suisse, dont nous avions vivement
apprécié la rigueur, la générosité, et l’ouverture de pensée ;
- la systémique, à l’AFSCET qui nous a permis de
confirmer l’efficacité de la méthode systémale en psychiatrie ;
- les mathématiques, grâce au Professeur Andrée
Ehresmann et aux séminaires de René Guitart sur la théorie des
catégories, ainsi qu’aux rencontres initiées par François Nicolas
à l’ENS qui en ont souligné l’intérêt depuis les sciences exactes
jusqu’à la composition musicale ;
- l’informatique constructiviste, les travaux d’Alain
Cardon, Professeur des Universités, chercheur au LITIS-INSA

1 Association Française de Science des Systèmes Cybernétiques, Cognitifs et
Techniques.
2 Séminaires « Mamuphi » (mathématique, musique, philosophie) à l’École
Normale Supérieure.
3 Académie Européenne Interdisciplinaire des Sciences.
11 de Rouen, nous ayant permis de développer des rencontres avec
la clinique que nous reprenons dans cet ouvrage ;
- la compatibilité électromagnétique, en référence aux
travaux d’Olivier Maurice, Docteur ingénieur en électronique,
responsable de recherches au laboratoire d'essais en
4environnement du GERAC , qui nous ont apporté un éclairage
supplémentaire sur cette nouvelle voie d’approche possible ;
- le domaine artistique, les œuvres de notre ami Jean
Campa, poète et sculpteur, nous ayant rappelé la conjonction
harmonique d’approches sensibles et rationnelles.
Nous remercions aussi vivement nos collègues étrangers
qui ont contribué à la diffusion de nos travaux, notamment les
Professeurs Jorge-Alberto Costa e Silva de Rio de Janeiro,
Hector Perez-Rincon de Mexico, et Toshiro Fujimoto de Tokyo.
Merci également à notre collègue et ami, le Docteur Paul
Houillon, d’avoir bien voulu accepter de relire notre texte avant
publication, en nous faisant part de ses remarques pertinentes et
constructives.
Enfin, nous exprimons toute notre reconnaissance au
Docteur Jacques Chazaud qui n’a pas hésité, durant de
nombreuses années, à faciliter l’édition de nos ouvrages qui se
situaient hors des sillons habituels de connaissance en notre
discipline.

4 Groupe d’Étude et de Recherche Appliquée à la Compatibilité
électromagnétique
12 Introduction


Le champ de la psychiatrie ne saurait être réduit à un
ensemble de troubles bien codifiés, d’autant que le trouble
mental se forme, se déforme, et peut même se transformer au
gré des flux énergétiques variables internes et externes qui
animent le système psychique.
Les représentations du trouble fondées sur ses seules
apparences ne sauraient par suite en refléter toute la complexité.
De ce fait, il est donc nécessaire d’en connaître aussi les
infrastructures cachées, car il se construit à partir des multiples
éléments fonctionnels sous-jacents et du milieu qui le
structurent.
Certes, avant de s’infiltrer dans les soubassements du
trouble, il convient déjà de l’aborder à partir de ses
manifestations les plus habituelles. À cet effet, une résonance
psychique suffisante entre l’observateur et le patient s’avère
toujours nécessaire. Ceci implique une similitude
architectonique du système cérébro-psychique et la prise en
compte du vécu instinctivo-émotionnel et affectif du patient,
afin d’établir déjà une empathie suffisante préalable avec lui
avant toute communication intellectuelle. En effet, se fixer
d’emblée sur une perspective préconçue risquerait de formater à
l’avance la connaissance du système de pensée étudié, et de
retentir en retour sur l’attitude de l’observateur. Mettre une
étiquette de maladie à un patient (attitude classique) reviendrait
à l’enfermer dans un cadre qui ne pourrait que rejaillir
ultérieurement sur la liberté conceptuelle de l’observateur.
Continuer à assimiler le vécu du patient à un recueil athéorique
d’items apparents (attitude critériologique) reviendrait à un
éparpillement hétérogène de la personne et verser, malgré des
intentions de scientificité, en des représentations plus ou moins
biaisées.
Il s’ensuit la nécessité de concevoir, de façon plus libre et
dynamique, les modes de fonctionnement de la pensée et leur
moyen d’expression langagier. Ceci permet alors de renouveler
les représentations du trouble et de les étendre en fonction des
modes de pensée requis, avant d’en effectuer une synthèse. Ces
13 représentations seront ici limitées aux formes névrotiques et
psychotiques.

*
* *
L’objectif de cet ouvrage est une première approche de ce
sujet ardu, tout en pouvant rejoindre les données de la clinique
habituelle. À cet effet, les moyens de connaissance sont à
renouveler à la lumière de leur dynamique historique générale,
en élargissant la perspective au delà des seuls phénomènes
perceptibles et de la seule discipline psychiatrique, en modifiant
les démarches, les méthodes, les représentations, et par suite les
paradigmes de référence.

L’histoire de la psychiatrie montre que cette discipline a
dû modifier à plusieurs reprises le statut de ses connaissances,
afin de résoudre de nombreuses énigmes.
En effet, la connaissance psychiatrique est loin d’avoir
été toujours linéaire, soumise à des démarches rationnelles. Elle
a évolué de façon apparemment discontinue montrant de
multiples facettes du trouble mental. À chacune de ses étapes,
l’observateur a dû se dégager des cadres conceptuels établis
pour essayer de résoudre des difficultés persistantes. La
psychiatrie a ainsi subi diverses révolutions conceptuelles,
qu’elles soient d’ordre rationnel, psychanalytique, biochimique,
philosophique, informatique ou autre, suscitant de nouveaux
courants de connaissance fort différents les uns des autres.
L’approche du trouble mental est ainsi passée de ses
apparences à ses contenus, de ses descriptions à ses
significations, de ses formes sensibles à des structures
abstraites, de structures figées à des agencements mobiles de
flux bouclés et intégrés... À cet effet, elle a eu recours à des
attitudes allant du mythe (la « Folie ») à la rationalité (la
« maladie mentale »), de démarches analogiques sensibles à des
démarches rationnelles empiriques, de l’empirisme à des
démarches logiques renouvelées, d’une perspective centrée sur
l’individu à des perspectives s’ouvrant sur le milieu, suscitant
par là des hypothèses nouvelles.
Avec le recul, cette histoire montre aussi
schématiquement que la connaissance psychiatrique subit une
évolution en spirale, revenant sur ses données préalables pour
14 progresser en les approfondissant, chaque approfondissement
allant de pair avec des moyens de plus en plus abstraits,
répondant par là à une loi d’épistémologie générale.
Au stade actuel des connaissances, elle est ainsi revenue
à une attitude descriptive de symptômes, mais en voulant se
passer de toute théorie (pourtant indispensable en toute science)
avec des combinaisons de critères positifs et négatifs selon les
DSM (1). L’intention a été de réunir les observateurs et de
mieux repérer les troubles, tout en s’ouvrant par ailleurs aux
neurosciences. De nombreuses difficultés subsistent néanmoins.

Une nouvelle perspective plus vaste et plus approfondie
doit dès lors s’instaurer pour mieux rendre compte de la
complexité de l’approche du trouble mental. En effet, un survol
des diverses périodes historiques de la psychiatrie témoigne
qu’il y a schématiquement deux façons d’aborder le monde des
troubles mentaux : soit par les données apparentes, qui ont
l’inconvénient de limiter la connaissance, soit par les aspects
cachés plus aléatoires, qui associés aux précédentes viennent les
enrichir, impliquant un cheminement différent, voire opposé,
des démarches requises.
Dans le premier cas, l’approche reste éminemment
descriptive, d’abord sensible, puis rationnelle, visant à préciser
les formes apparentes, à les distinguer, et à établir d’éventuelles
corrélations. Dans le second, elle s’avère éminemment
structurelle, impliquant d’emblée une stratégie particulière pour
s’infiltrer sous les formes apparentes, visant notamment à
extraire des invariants par des analyses comparatives et
différentielles. Elle peut le faire soit par des confluences
d’analogies dominantes portant à l’interprétation, comme l’a
tenté la psychanalyse, soit par des démarches logiques assurant
le cheminement de l’observateur. L’approche interne
complétant l’approche externe permet alors d’avoir une vision
plus globale des problèmes posés, de préciser les liens intimes
entre les formes apparentes des objets considérés et leurs
structures sous-jacentes, tout en établissant des corrélations
avec les facteurs de milieu, permettant ainsi de mieux préciser
la signification du trouble. La recherche de ces liens doit être
effectuée en permanence : liens simples ou complexes, certains,
hypothétiques, ou probables.
15 Il s’ensuit que l’importance accordée aux démarches
analogiques et logiques diffère selon les perspectives adoptées.
Une approche fondée sur des résonances analogiques de formes
ouvre la porte à des aléas qui seront corrigés secondairement
par des démarches logiques. Une approche rationnelle les limite
d’emblée par des moules logiques de pensée préalablement
requis.
En d’autres termes, l’approche qui consiste à passer du
monde apparent au monde interne des troubles mentaux en
recourant à des démarches analogiques et logiques, voire
mathématiques et techniques, va s’inspirer de données de
diverses disciplines pour en extraire des invariants, procédant
ainsi d’une perspective interdisciplinaire.

Les démarches utilisées sont de ce fait très variées. En
effet, chacune des perspectives historiques s’est accompagnée
de changements dans les démarches requises : empiriques en
psychiatrie classique associant différemment logique et
analogie, analogiques dominantes en psychanalyse, logiques
plus formelles dans les courants à visée scientifique… Ainsi
plus l’observateur s’est penché sur le vécu des sujets, plus il a
dû céder à des confluences analogiques sensibles, sources
d’interprétations incertaines ; plus il s’est voulu rigoureux, plus
il a dû recourir à des démarches logiques de plus en plus
précises, asséchant en même temps les aspects sensibles du
vécu. De toute façon, la recherche d’invariants par une suite
d’analyses comparatives et différentielles demeure essentielle.
Cependant, des énigmes subsistent toujours. La situation
actuelle ne saurait donc être pleinement satisfaisante.
Notamment, les troubles peuvent s’avérer mouvants, s’associer,
ou même se transformer sans raison apparente évidente. Ainsi,
pour mieux les comprendre, convient-il de recourir à des
moyens susceptibles de préciser non seulement les différences
de formes, mais aussi leurs oppositions, voire leurs
contradictions internes. Il en est de même pour les passages du
monde physique au monde psychique qui restent toujours aussi
mystérieux. Par là, le clinicien est conduit à tenir compte
davantage de la structuration dynamique interne des troubles, à
assurer son langage, à affiner ses démarches, à les rendre plus
rigoureuses grâce à des logiques nouvelles comme celle des
contraires, plus cohérentes grâce à des moules de pensée bien
16 établis, à s’orienter vers les dysfonctionnements des réseaux
énergétiques sous-jacents.
Chaque type de démarche suscite ainsi des méthodes et
des théories nouvelles : descriptives, fonctionnelles,
structurales, où l’objectivité et la subjectivité de l’observateur
varient. Passer d’une face à l’autre du trouble est ainsi changer
de paradigme, à la recherche de nouvelles données.

Les méthodes requises s’orientent ainsi vers des
approches de plus en plus scientifiques, sans oublier pour autant
la spécificité des vécus sensibles. Établir des liens entre les
vécus sensibles et les données directement observables, entre
l’observable et le non perçu, est un des objectifs de la science.
La psychiatrie se retrouve dès lors projetée au sein d’un monde
de connaissance logique nouveau. Sans pouvoir représenter
l’ensemble de son domaine complexe, ce monde lui assure
cependant une certaine assurance en empruntant aux données
logiques, mathématiques, informatiques, électroniques...,
lesquelles viennent compléter et assurer son objectif humaniste
et éthique initial dans une visée constructiviste. Tel est le rôle
d’une méthode ensembliste capable d’intégrer aussi bien les
composants des troubles, leurs niveaux de manifestation,
assurer leur organisation, et même servir de référentiel
théorique à d’autres méthodes plus dynamiques et plus affinées
comme celle des catégories, voire à certaines technologies
contemporaines.
C’est ce que nous avons tenté de réaliser par notre ligne
de recherche. Le recours à une méthode ensembliste nous a
ainsi permis de mieux préciser les champs biologiques,
psychologiques, et socioculturels avec leurs différents niveaux
d’organisation, leurs modes d’intégration, de communication,
de régulation, aboutissant ainsi à une méthode d’observation
dite systémale qui s’est avérée très productive (47, 49). De
même, au delà de cette conception générale, l’étude des
processus fonctionnels et des divers liens simples et complexes
qui les composent peut être mieux précisée par le recours à la
théorie mathématique des catégories (48, 50). Enfin, pour
enrichir la connaissance de leurs automatismes, la prise en
compte des champs énergétiques sous-jacents et des éléments
d’information attenants nous a conduit à des analogies avec les
données informatiques constructivistes d’un système de pensée
17 artificiel développé par A. Cardon (60), et même à signaler avec
O. Maurice les apports possibles des notions de compatibilité
électromagnétique. Une suite de modèles de plus en plus précis
peut être ainsi progressivement évoquée.
Toutefois, le clinicien doit procéder par étapes, chacune
faisant intervenir des facteurs de plus en plus enfouis dans
l’infrastructure du système psychique. Ainsi sommes-nous
souvent contraint de revenir sur chaque type de trouble au fur et
à mesure que l’outil de connaissance s’affine, afin de pénétrer
progressivement dans sa structuration. Ceci ne va pas sans
susciter des répétitions, mais permet aussi un renouvellement
continu de l’analyse de ces troubles, en reprenant à chaque fois
les données initiales pour les approfondir toujours davantage,
traduisant par là un mode de connaissance en spirales.

Les représentations hypothétiques du trouble mental
vont être ainsi transformées. En effet, cette nouvelle approche a
pour conséquence d’inciter à ne plus considérer le trouble
mental comme une maladie ou un concept réduit à un ensemble
de symptômes juxtaposés constituant des formes différentes,
sujet à des évolutions et des causes plus ou moins spécifiques.
Le trouble devient une structure dynamique complexe de flux
énergétiques interactifs et d’éléments d’information multiples
en appui sur des fondements biologiques, dont les interactions
permanentes avec le milieu génèrent des formes apparentes,
mouvantes, susceptibles d’éventuelles transformations.
En d’autres termes, dans cette nouvelle perspective, le
champ de la pathologie observable s’avère éminemment
dynamique et devient plus vaste que la somme des formes
pathologiques décrites et recensées à ce jour. Certes, les formes
apparentes servent toujours de repères, mais cette nouvelle
approche permet d’analyser leur structuration interne pour les
préciser davantage. Elle mise sur les éléments d’information
reçus et transmis à tous les niveaux d’organisation du système
psychique et dans toutes les directions, créant ainsi de multiples
boucles et structures intégrées en permanent remaniement.

De nouveaux paradigmes s’élaborent ainsi
progressivement à partir des mouvements de pensée traduisant
des mobilisations énergétiques.
18 Toutefois, pour qu’un nouveau paradigme puisse s’avérer
fiable, plusieurs conditions sont nécessaires. L’observateur doit
déjà enrichir la palette des référentiels qui lui permet de mieux
préciser l’infrastructure du trouble et ses facteurs cachés. À cet
effet, une perspective interdisciplinaire en est une condition
implicite. En outre, pour exprimer ces facteurs de façon aussi
exacte que possible, la pensée opératoire et le langage doivent
être précisés et distingués dans leurs propres soutènements, afin
d’être mieux intégrés, de rester suffisamment cohérents entre
eux, et congruents avec les réalités étudiées. De plus, pour
aborder les divers niveaux de connaissance impliqués par ces
infrastructures, il faut nécessairement tenir compte de leur
hiérarchisation et envisager les échelles leur correspondant. Par
là, il convient de faire appel à des outils qui leur sont plus
immédiatement spécifiques, ce qui implique le recours à des
démarches et des moules de pensée de plus en plus affinés.
Finalement, pour dévoiler les infrastructures du
fonctionnement psychique normal ou pathologique,
l’observateur doit pénétrer dans les moyens naturels de
connaissance et recourir aux avancées des sciences et
technologies contemporaines, pour en extraire des facteurs de
plus en plus précis. Par-là, les fluctuations de ces infrastructures
deviennent plus compréhensibles, incitant notamment à mieux
saisir les raisons des mouvances et des éventuelles
transformations du trouble mental.
19 Plan général


Cet ouvrage se situe dans une perspective conceptuelle
interdisciplinaire. Il comporte trois parties.
La première est un rappel succinct d’ordre historique.
Elle vise à situer ce travail dans le champ des connaissances
psychiatriques existantes. À cet effet, elle évoque les
renouvellements successifs de paradigmes qui ont spécifié les
divers modes de pensée et contribué à élargir le champ d’étude
des troubles mentaux. Elle montre ainsi leur évolution générale
qui conduit à un nouveau saut paradigmatique.
La deuxième est consacrée au rôle respectif de la pensée
opératoire et du langage, outils naturels de connaissance et de
communication. Ceux-ci sont abordés dans leur constitution,
leurs singularités respectives et leur activité complémentaire,
montrant ainsi la disparité de leurs liens avec les troubles
étudiés.
La troisième partie développe les représentations des
infrastructures du trouble mental, correspondant à différents
référentiels disciplinaires. Divers exemples en sont donnés à
partir d’une structuration dynamique du système psychique et
des réseaux de flux d’informations psychiques avec leurs
variations énergétiques biophysiques sous-jacentes. Ils
concernent ici l’application de moules de pensée
logicomathématiques (ensembliste et catégorique), de technologies
contemporaines (informatique constructiviste), auxquelles est
jointe la compatibilité électromagnétique. Par là, il devient
possible de mieux se rendre compte des flux énergétiques qui
contribuent à former les infrastructures du trouble. Leurs
différents niveaux et leur diversité d’échelles, qui peuvent
néanmoins s’intégrer, permettent de rendre compte des modes
de développement des diverses représentations d’un même
trouble.
Une synthèse de ces diverses données rappelle que la
psychiatrie ne saurait rester à l’écart de l’évolution générale des
connaissances scientifiques et technologiques qui envahissent
notre vie quotidienne. Dès lors, un nouveau paradigme
plurimodal de connaissance surgit en psychiatrie. Il permet de
dévoiler progressivement la structuration profonde des troubles
21 mentaux, tout en laissant la porte ouverte à de nouveaux
niveaux d’investigation.
22






PREMIÈRE PARTIE



RAPPEL DES COURANTS DE CONNAISSANCE

EN PSYCHIATRIE

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