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Les leçons de l'histoire

De
93 pages
L'approche historique de la chasse permet de voir comment se sont constitués tant les rapports de l'homme à l'animal que les relations sociales. Dans les sociétés primitives, on retrouve les caractéristiques de la chasse de subsistance des temps préhistoriques. Dans les pays industrialisés, ce type de chasse cohabite avec des usages modernes relevant des concepts de développement durable. La chasse, enjeu social de premier plan, devient aujourd'hui un lieu de mixité sociale et de convergence entre rural et urbain...
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Les leçons de l'histoire

© L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-03839-5 EAN : 9782296038395

Paul HAVET

Les leçons de l'histoire
Nature, chasse et société

L'Harmattan

professeur honoraire à l’Université de Paris XII, correspondant national de l’Académie d’Agriculture de France
Cette collection rassemble des synthèses, qui font le point des connaissances sur des situations ou des problèmes précis, des études approfondies exposant des hypothèses ou des enjeux autour de questions nouvelles ou cruciales pour l’avenir des milieux naturels et de l’homme, et des monographies. Elle est ouverte à tous les domaines des Sciences naturelles et de la Vie. Déjà parus Emmanuel TORQUEBIAU, L’agroforesterie, 2007. Jean-Jacques HERVE, L’agriculture russe, 2007. Jean-Marc BOUSSARD, Hélène DELORME (dir.), La régulation des marchés agricoles internationaux, 2007. Jacques CANEILL (dir.), Agronomes et innovation, 2006. Gabriel ROUGERIE, Emergence et cheminement de la biogéographie, 2006. Ibrahim NAHAL, Sur la pensée et l’action. Regards et réflexions, 2006. Maurice BONNEAU, La forêt française à l’aube du XXIè siècle, 2005. Alain DE L’HARPE, L’espace Mont-Blanc en question, 2005. René LE GAL, Comprendre l’évolution,2005. Dr Georges TCHOBROUTSKY, Comment nous fonctionnons, 2005. Jean TOTH, Le cèdre de France, 2005. France Pologne pour l’Europe, Les enjeux de la Politique agricole commune après l’élargissement du 1er mai 2004, 2005. Louis CRUCHET, Le ciel en Polynésie. Essai d’ethnoastronomie en Polynésie orientale, 2005. Henri LOZANO, Le sens des choses. une logique d’organisation de l’univers, 2005. Pierre PIGNOT, Europe, Utopie ou Réalité ?, 2005. Pierre DE FELICE, L’image de la terre : les satellites d’observation, 2005. André NEVEU, Les grandes heures de l’agriculture mondiale, 2005. Philippe PREVOST (Sous la direction de), Agronomes et territoires, 2005.

Biologie, Ecologie, Agronomie Collection dirigée par Richard Moreau

Traces et mémoire
L’homme de la modernité est sans passé et sans avenir, il s’abandonne au passé immédiat. Ce qui ne va pas sans grands périls. Il est plus que temps désormais, de sortir du deuil du projet, de ré-habiter enfin l’histoire. J.C. Guillebaud1, E. Verdel, co-directeur des recherches archéologiques de Charavines-Colletière (Isère), a rédigé en 1992 un ouvrage tout à fait intéressant, publié sous forme de brochure, mais relativement peu diffusé. Il est donc resté assez confidentiel, alors qu’il contient une analyse historique de grand intérêt pour tous ceux qui s’intéressent à la chasse. Il servira de trame à cette analyse, et sera enrichi d’autres observations tirées de l’importante bibliographie qui a pu être rassemblée sur ce thème. Nous exploiterons largement, par ailleurs, le compte-rendu du colloque sur l’État et la chasse, organisé en 2002 par l’Institut Français des Sciences Administratives2. La chasse, même à ses débuts n’apparaît pas comme la condition exclusive de la survie de l’homme, mais ce fut une condition essentielle et un moteur de son évolution. L’aventure humaine aurait commencé en Afrique de l’Est et du Sud. Après avoir été végétarien, Australopithecus gracilis aura une dentition attestant d’un régime plus diversifié et incluant de la viande. L’on retrouve dans des campements éthiopiens des instruments en pierre et en os qui servaient à dépecer, mais aussi à abattre des animaux. La chasse était née. Cette aventure va se poursuivre, et la chasse prendra tout au
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Cité par Benjamin Delannoy. Présidé par Renaud Denoix de Saint Marc, vice-président du Conseil d’État, et, par ailleurs, président du conseil d’administration de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage jusqu’en début 2005.

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long de cette longue évolution des aspects bien diversifiés, qui expliquent que l’on ne peut la réduire. Chercher dans les faits historiques les éléments de réponse à nos questions permet de juger tant de l’évolution des rapports de l’homme à l’animal, que des rapports sociaux des hommes entre eux. La chasse occupe une place étonnamment importante dans le droit rural, puis dans celui très récent de l’environnement. Le droit suit plus souvent l’évolution de la société qu’il ne la précède ; d’où l’importance à accorder à l’évolution des idées, non pas par intellectualisme, mais parce que cette évolution est déterminante pour l’avenir de la chasse. L’histoire du cadre législatif et réglementaire de la chasse est attachée à l’analyse des faits historiques, car celui-ci est un excellent témoin de la richesse historique de la chasse française et de la complexité de la relation entre chasse et société. La chasse est très anciennement policée3 et fondamentalement d’ordre juridique4. En parallèle avec l’évolution historique des techniques et des idées, la législation a d’abord porté sur la protection des intérêts agricoles, pour s’intéresser ensuite à la maîtrise de prélèvements par la chasse, nécessaires ou acceptables. Elle a évolué vers la protection stricte des espèces, de leur utilisation et de leur commerce, puis de leurs habitats. Elle a toujours été la traduction des relations parfois tendues entre toutes les composantes de la société. La France a joué un grand rôle dans la création des structures internationales qui ont inventé le droit international en matière d’environnement. Il est donc utile d’en rappeler les grands traits pour qu’elle continue à tenir son rang et défendre des conceptions originales toujours porteuses de sens. Le droit de la chasse est révélateur à la fois d’une peur ancestrale face à une faune hostile et d’une angoisse nouvelle vis-à-vis d’écosystèmes fortement menacés. Le Code Rural s’il préserve, en effet, la référence aux bêtes fauves, dispose que la
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Fromageau J ; 1999. Genèse du droit de la chasse dans les pays européens. In « La chasse en droit comparé » ; actes du colloque Strasbourg des 9 & 10 Novembre 1995. pp 7-21.. L’Harmattan, 381 pages. Eizner. N., Préface aux actes du colloque « Imaginaire et réalité de la chasse aujourd’hui » Chalon-sur-Saône. Op. citée, p.16.

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préservation des espèces animales et de leurs habitats est d’intérêt général. C’est déjà un premier aspect de l’inscription de la préservation de la faune et de la chasse dans le développement durable. Droit national par excellence, le droit de la chasse tend cependant à échapper au législateur français… puisque l’Union européenne a compétence sur l’environnement depuis le Traité de Rome ; et pèse particulièrement par deux directives importantes, celle de 1979 sur la conservation des oiseaux, et celle de 1992 sur la protection des autres espèces et surtout de leurs habitats. Le rapport de la chasse à l’Europe est donc d’un grand intérêt pour demain, mais c’est déjà un autre et vaste sujet. Le droit de la chasse trouve ses sources tant dans la codification de coutumes traditionnelles locales que dans la traduction d’aspirations nouvelles, comme aujourd’hui le droit dit de non-chasse5. À travers l’histoire, ce sont les aspirations des hommes qu’il convient d’éclairer ; nul ne pourra bâtir demain le cadre d’une chasse réinventée, comme l’a souhaité le Conseil Économique et Social en décembre 2002, sans y approfondir aussi les aspects sociologiques, et au-delà les dimensions philosophiques et métaphysiques. Le Droit de la chasse, devenu d’une extrême complexité, se prête difficilement à une réforme sereine et globale, pourtant esquissée depuis 1986 ; en raison de la complexité de la galaxie institutionnelle de la chasse et de ses partenaires, de la multiplicité des intervenants et des intérêts en jeu ; dès qu’il s’agit de faune, de leurs habitats et plus généralement de territoire rural, ce sont plusieurs mondes interconnectés qu’il faut faire bouger. Nous ne connaissons depuis 2000 pas moins de trois lois et plusieurs ordonnances qui concernant de près ou de loin la chasse !

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Possibilité offerte à un propriétaire opposé par éthique à la chasse de s’opposer à l’inclusion de son territoire dans celui de l’ACCA, association dont le législateur de l’époque voulait être la base d’un regroupement des droits de chasse ; pour permettre une gestion mieux coordonnée de la chasse et de la faune à l’échelle de la commune, et mettre fin à la chasse banale, souvent anarchique.

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La chasse a été jusqu’en 2000 codifiée dans le Code Rural. Elle est, depuis, intégrée au Code de l’Environnement, ce qui traduit une évolution importante des mentalités ; la création d’une double tutelle, environnement et agriculture, pour toutes les affaires de chasse, traduit bien l’imbrication entre avenir de la chasse et celui de l’espace rural.

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La chasse, phénomène essentiel dans l’évolution de l’homme au cours de la préhistoire
Une chasse pour la survie : prédation et solidarité naissante
Pourquoi la science ne parvient pas à percer le mystère de nos origines ? 6. L’histoire de nos origines est donc encore énigmatique ; point de certitudes absolues et définitives. Mais déjà des trouvailles pour se forger une idée sur la place et le rôle structurant de la chasse ! En conduisant à l’émergence progressive de l’humanité, l’évolution fait de l’homme un être biologique complètement intégré à la nature puisqu’il en est issu. Les sciences discutent cependant de sa filiation évolutive. La bipédie serait apparue il y a environ 4,5 millions d’années (australopithèques du type de Lucy). Un tout premier pas vers l’homme, puisque l’homo habilis, qui le premier inventa les outils de pierre, remonte à 2 millions d’années. Aujourd’hui la science, paléontologie et génétique tout particulièrement, après avoir semblé expliquer la filiation évolutive de l’espèce humaine, hésite sur ce qui distingue en propre notre espèce, et nombre de chercheurs pensent que le scénario de nos origines reste à découvrir. Les oiseaux aussi maîtrisent la bipédie ; d’autres primates que l’homme ont des mains préhensiles. De récents résultats de recherche remettent en question la frontière de l’intelligence entre homme et animal.
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Sciences et Vie. mars 2003.

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