Les matsouanistes et le développement

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L'auteur démontre que la réduction de la misère, de la pauvreté, de la maladie et de la faim ne peut se réaliser sous la dictature et l'oppression ; que seul un système politique démocratique, avec un Etat de droit issu d'élections libres, transparentes et régulières, qui engendre le développement socio-économique, culturel et spirituel, peut résoudre de tels fléaux sociaux.
Publié le : mardi 1 janvier 2008
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EAN13 : 9782296189355
Nombre de pages : 302
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I I
Alors... Raconte... Alors... Raconte...
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Exemplaire n° Exemplaire n°
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HENRI BOUBLIL HENRI BOUBLIL
Alors... Raconte... Alors... Raconte...
Éditions de l'Onde Éditions de l'Onde
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I II I
Cherchez-moi! Cherchez-moi!
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Moi Moi
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es parents ont dû attendre seize ans pour avoir le plaisir de me es parents ont dû attendre seize ans pour avoir le plaisir de me
voir arriver dans leur foyer, c'est dire la joie immense qu'ils voir arriver dans leur foyer, c'est dire la joie immense qu'ils
ont éprouvée. Un deuxième garçon après quatre filles !!!... Et ont éprouvée. Un deuxième garçon après quatre filles !!!... EtM M
ils n'étaient pas les seuls à manifester leur joie, tous les juifs du monde ils n'étaient pas les seuls à manifester leur joie, tous les juifs du monde
étaient en fête ce jour-là... je dois préciser que c'était le jour de étaient en fête ce jour-là... je dois préciser que c'était le jour de
Pourim... ce qui fait que je ne saurai jamais s'ils célébraient Pourim ou Pourim... ce qui fait que je ne saurai jamais s'ils célébraient Pourim ou
ma naissance... j'avoue que ce doute est assez agaçant... ma naissance... j'avoue que ce doute est assez agaçant...
Bref, me voilà donc arrivé ce mardi 6 mars 1928, vers dix-huit heures Bref, me voilà donc arrivé ce mardi 6 mars 1928, vers dix-huit heures
(14 Adar 5688), au 20 rue Bab-Souika (<< porte du petit pied »), premier (14 Adar 5688), au 20 rue Bab-Souika (<<portedu petit pied»), premier
étage, porte de droite, à Tunis. étage, porte de droite, à Tunis.
Mon père n'avait pas tardé à me déclarer à la Municipalité de Tunis. Mon père n'avait pas tardé à me déclarer à la Municipalité de Tunis.
Ce qui ne fut pas le cas pour ma sœur Nelly, née un 31 août alors que Ce qui ne fut pas le cas pour ma sœur Nelly, née un 31 août alors que
la famille était en villégiature à La Goulette, déclarée le 6 septembre la famille était en villégiature à La Goulette, déclarée le 6 septembre
comme étant née le 3 (la déclaration devant être faite dans les trois jours comme étant née le 3 (la déclaration devant être faite dans les trois jours
suivant la naissance). Il est vrai que, pour une troisième fille, il n'était suivant la naissance). Il est vrai que, pour une troisième fille, il n'était
pas nécessaire de se presser, d'autant plus qu'à Tunis il fait très chaud au pas nécessaire de se presser, d'autant plus qu'à Tunis il fait très chaud au
mois d'août, et puis... et puis? c'est tout, point... non! pas points de mois d'août, et puis... et puis? c'est tout, point... non! pas points de
suspension, point final. suspension, point final.
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"''''.Saül Koukè Saül Koukè
Grand-mère paternelle Grand-mère paternelleGrand-père paternel Grand-père paternel
18 et 20 rue Bab-Souika 18 et 20 rue Bab-Souika
Photo prise en ? ? (bien avant 1998) Les trois tenêtres, à droite, sont celles de notre Photo prise en ? ? (bien avant 1998) Les trois fenêtres, à droite, sont celles de notre
appartement (photo prise en 1998) appartement (photo prise en 1998)
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vant de continuer, je me dois de présenter mes parents. vant de continuer, je me dois de présenter mes parents.
Mon père, Chalom, Charles, est né à Tunis en 1888, fils de Saül Mon père, Chalom, Charles, est né à Tunis en 1888, fils de SaülABoublil et de Koukè Bellaïche, huitième enfant d'une famille de ABoublil et de Koukè Bellaïche, huitième enfant d'une famille de
neuf enfants (à ma connaissance). J'ai dénombré cinq garçons et quatre neuf enfants (à ma connaissance). J'ai dénombré cinq garçons et quatre
filles. filles.
J'ai bien connu deux oncles, Albert, Abraham, Breïtou et Mardochée, J'ai bien connu deux oncles, Albert, Abraham, Breïtou et Mardochée,
Mridech; ils habitaient tous les deux avec leur famille au 18 de la même Mridech; ils habitaient tous les deux avec leur famille au 18 de la même
rue (l'immeuble avait, en fait, deux entrées dans la rue). Le 18 com- rue (l'immeuble avait, en fait, deux entrées dans la rue). Le 18 com-
portait deux étages. Au premier habitaient mon oncle Breïtou et la portait deux étages. Au premier habitaient mon oncle Breïtou et la
famille Baranès et au second, mon oncle Mridech. Son appartement famille Baranès et au second, mon oncle Mridech. Son appartement
donnait sur la terrasse qui communiquait avec le 20. Ce deuxième corps donnait sur la terrasse qui communiquait avec le 20. Ce deuxième corps
de bâtiment ne comportait qu'un étage avec deux appartements où de bâtiment ne comportait qu'un étage avec deux appartements où
logeaient la famille Bismuth et la nôtre. logeaient la famille Bismuth et la nôtre.
J'ai aussi connu deux tantes, R'héïmè Chemla, qui habitait au rez-de- J'ai aussi connu deux tantes, R'héïmè Chemla, qui habitait au rez-de-
chaussée surélevé d'un petit immeuble situé à quelques pas de chez nous chaussée surélevé d'un petit immeuble situé à quelques pas de chez nous
et que j'apercevais souvent, en revenant de l'école, assise auprès de la et que j'apercevais souvent, en revenant de l'école, assise auprès de la
fenêtre, et Méïssa Cohen, qui habitait au rez-de-chaussée de notre fenêtre, et Méïssa Cohen, qui habitait au rez-de-chaussée de notre
immeuble, au fond d'un long couloir. immeuble, au fond d'un long couloir.
Il y avait deux autres oncles, que je n'ai pas connus. Le plus âgé des Il y avait deux autres oncles, que je n'ai pas connus. Le plus âgé des
cinq frères, Isaac, décédé en laissant une descendance, et le plus jeune, cinq frères, Isaac, décédé en laissant une descendance, et le plus jeune,
célibataire, mort pour la France au cours de la Première Guerre mon- célibataire, mort pour la France au cours de la Première Guerre mon-
diale (cf. Appendice). Il y avait aussi deux autres tantes que je n'ai pas diale (cf. Appendice). Il y avait aussi deux autres tantes que je n'ai pas
connues. Mais j'ai bien connu leurs enfants et même leurs petits- connues. Mais j'ai bien connu leurs enfants et même leurs petits-
enfants, Rachel Nizard et Saal. enfants, Rachel Nizard et Saal.
Mon grand-père était négociant importateur de sucre. Il en achetait des Mon grand-père était négociant importateur de sucre. Il en achetait des
cargaisons entières et revendait cette marchandise en Tunisie; c'est pour cargaisons entières et revendait cette marchandise en Tunisie; c'est pour
cela qu'on l'avait surnommé «le roi du sucre ». Il était installé au souk et cela qu'on l'avait surnommé «le roi du sucre ». Il était installé au souk et
travaillait, je crois, avec le plus âgé de ses fils, dont j'ai bien connu les travaillait, je crois, avec le plus âgé de ses fils, dont j'ai bien connu les
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enfants et quelques petits-enfants. Son commerce lui avait rapporté gros enfants et quelques petits-enfants. Son commerce lui avait rapporté gros
et il disposait d'une fortune importante qu'il plaçait dans l'immobilier. et il disposait d'une fortune importante qu'il plaçait dans l'immobilier.
Lors d'une de ses acquisitions, on lui avait, paraît-il, proposé de choi- Lors d'une de ses acquisitions, on lui avait, paraît-il, proposé de choi-
sir entre deux immeubles, l'un situé à l'angle de l'avenue de France et sir entre deux immeubles, l'un situé à l'angle de l'avenue de France et
de la rue Es-Sadikia, à l'emplacement de l'immeuble «La Nationale» de la rue Es-Sadikia, à l'emplacement de l'immeuble «La Nationale»
qui fait face à la Résidence de France, et donc en plein centre de la ville qui fait face à la Résidence de France, et donc en plein centre de la ville
européenne, et l'autre, celui de la rue Bab-Souika, dans la médina. Sans européenne, et l'autre, celui de la rue Bab-Souika, dans la médina. Sans
hésiter, son choix s'est porté sur ce deuxième immeuble et c'est bien hésiter, son choix s'est porté sur ce deuxième immeuble et c'est bien
dommage. Mais à sa décharge, il faut tout de même préciser que le pre- dommage. Mais à sa décharge, il faut tout de même préciser que le pre-
mier était, à l'époque, situé à proximité d'un quartier marécageux. mier était, à l'époque, situé à proximité d'un quartier marécageux.
En effet, le lac de Tunis, séparé de la mer par une étroite bande de En effet, le lac de Tunis, séparé de la mer par une étroite bande de
terre, était marécageux aux abords de la ville. Les marécages ont été terre, était marécageux aux abords de la ville. Les marécages ont été
asséchés et une bonne partie de la ville européenne a été bâtie dans cette asséchés et une bonne partie de la ville européenne a été bâtie dans cette
zone. Notamment, l'avenue Jules-Ferry (actuellement avenue zone. Notamment, l'avenue Jules-Ferry (actuellement avenue
Bourguiba) et probablement l'avenue de France ont été prises sur ces Bourguiba) et probablement l'avenue de France ont été prises sur ces
marécages. D'ailleurs l'avenue Jules-Ferry s'appelait «la Marine» (en marécages. D'ailleurs l'avenue Jules-Ferry s'appelait «la Marine» (en
arabe: B'héïrè, de la racine b'har qui signifie «mer») et la po rte de arabe: B'héïrè, de la racine b'har qui signifie «mer ») et la porte de
France (au bout de l'avenue de France et juste à l'entrée des souks) s'ap- France (au bout de l'avenue de France et juste à l'entrée des souks) s'ap-
pelle en arabe Bab B'har (<<porte de la mer»). pelle en arabe Bab B'har (<<porte de la mer»).
Le commerce de mon grand-père était florissant jusqu'au jour où le Le commerce de mon grand-père était florissant jusqu'au jour où le
bateau qui transportait sa marchandise a fait naufrage, et comme la car- bateau qui transportait sa marchandise a fait naufrage, et comme la car-
gaison n'était pas assurée, il n'a pas été en mesure de payer toutes ses gaison n'était pas assurée, il n'a pas été en mesure de payer toutes ses
dettes et a été déclaré en faillite. La faillite à l'époque faisait l'objet de dettes et a été déclaré en faillite. La faillite à l'époque faisait l'objet de
sanctions pénales. Il a dû faire de la prison et bien entendu les sanctions pénales. Il a dû faire de la prison et bien entendu les
immeubles qu'il possédait ont été vendus... à l'exception toutefois de immeubles qu'il possédait ont été vendus... à l'exception toutefois de
deux immeubles, un immeuble situé avenue de Paris et celui de la rue deux immeubles, un immeuble situé avenue de Paris et celui de la rue
Bab-Souika. Eh oui, mon grand-père avait eu la bonne idée d'acheter Bab-Souika. Eh oui, mon grand-père avait eu la bonne idée d'acheter
ces deux immeubles au nom des héritiers de ses enfants mâles. Il devait ces deux immeubles au nom des héritiers de ses enfants mâles. Il devait
avoir le sens de la hiérarchie, car il avait réservé l'immeuble de l'avenue avoir le sens de la hiérarchie, car il avait réservé l'immeuble de l'avenue
de Paris aux héritiers de son premier fils et l'autre aux héritiers de ses de Paris aux héritiers de son premier fils et l'autre aux héritiers de ses
quatre autres fils de la façon suivante: 30 % pour Breïtou, 30 % pour quatre autres fils de la façon suivante: 30 % pour Breïtou, 30 % pour
Mridech, 20 % pour mon père et 20 % pour Simon. Pour ce deuxième Mridech, 20 % pour mon père et 20 % pour Simon. Pour ce deuxième
immeuble, le sort a tout de même rétabli l'équilibre puisque mes deux immeuble, le sort a tout de même rétabli l'équilibre puisque mes deux
oncles ont eu trois garçons chacun et mon père deux garçons; ce qui oncles ont eu trois garçons chacun et mon père deux garçons; ce qui
fait que nous nous trouvions, tous les héritiers, avoir la même part de fait que nous nous trouvions, tous les héritiers, avoir la même part de
10 %. En fait, c'est mon frère et moi qui avions la plus grosse part 10 %. En fait, c'est mon frère et moi qui avions la plus grosse part
(12,5 % chacun contre 11,67 % pour mes cousins) puisque les héritiers (12,5 % chacun contre 11,67 % pour mes cousins) puisque les héritiers
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Oncle BreÏtou et tante Marie Oncle BreÏtou et tante Marie
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Oncle Mardochée Oncle MardochéeOncle Mardochée Oncle Mardochée
portrait portraitet tante Marguerite et tante Marguerite
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de mon oncle Simon étaient les enfants de ses quatre autres frères. À l'é- de mon oncle Simon étaient les enfants de ses quatre autres frères. À l'é-
poque, chez les Tunisiens, lorsque dans une famille il y avait des garçons poque, chez les Tunisiens, lorsque dans une famille il y avait des garçons
et des filles, seuls les garçons héritaient de leur père. Cette règle était en et des filles, seuls les garçons héritaient de leur père. Cette règle était en
vigueur jusqu'à l'indépendance de la Tunisie. A-t-elle été modifiée vigueur jusqu'à l'indépendance de la Tunisie. A-t-elle été modifiée
depuis? depuis?
Au sujet de la faillite de mon grand-père, ma mère m'avait dit que Au sujet de la faillite de mon grand-père, ma mère m'avait dit que
c'est mon père qui avait éteint la dette et que, grâce à cela, mon grand- c'est mon père qui avait éteint la dette et que, grâce à cela, mon grand-
père avait pu être libéré. D'après la copie d'un acte que j'ai pu me pro- père avait pu être libéré. D'après la copie d'un acte que j'ai pu me pro-
curer, mon grand-père est décédé le 6 février 1914 à l'âge de soixante- curer, mon grand-père est décédé le 6 février 1914 à l'âge de soixante-
qUinze ans. qUinze ans.
Quant à mon père, il était aussi négociant mais, contrairement à son Quant à mon père, il était aussi négociant mais, contrairement à son
père et à ses frères, il exerçait dans la ville européenne, dans un premier père et à ses frères, il exerçait dans la ville européenne, dans un premier
temps rue Saint-Jean, puis rue de Flandre, au n° 4, un local de 405 temps rue Saint-Jean, puis rue de Flandre, au n° 4, un local de 405
mètres carrés situé dans le quartier du port de Tunis, ce qui était plus mètres carrés situé dans le quartier du port de Tunis, ce qui était plus
pratique pour réceptionner et entreposer les marchandises (des céréales) pratique pour réceptionner et entreposer les marchandises (des céréales)
qu'il importait d'Europe. Je n'ai réellement aucun souvenir du local de qu'il importait d'Europe. Je n'ai réellement aucun souvenir du local de
la rue Saint-Jean. Cela est tout à fait normal, car mon père avait dû la rue Saint-Jean. Cela est tout à fait normal, car mon père avait dû
déménager bien avant ma naissance puisque, selon la photocopie du déménager bien avant ma naissance puisque, selon la photocopie du
titre de propriété en ma possession, ce local de la rue de Flandre a été titre de propriété en ma possession, ce local de la rue de Flandre a été
acquis le 24 décembre 1921. acquis le 24 décembre 1921.
J'ai retrouvé une carte postale que Félix, le frère de ma mère, avait J'ai retrouvé une carte postale que Félix, le frère de ma mère, avait
envoyée en août 1913 à mon père rue des Zaptiers (ou Zaptiés ?), ce qui envoyée en août 1913 à mon père rue des Zaptiers (ou Zaptiés ?), ce qui
m'incite à penser qu'avant d'aller rue Saint-Jean, mon père travaillait m'incite à penser qu'avant d'aller rue Saint-Jean, mon père travaillait
dans cette rue des Zaptiers (à moins qu'il ne s'agisse d'un simple chan- dans cette rue des Zaptiers (à moins qu'il ne s'agisse d'un simple chan-
gement de nom de la rue). Le numéro de la rue n'y est pas mentionné, gement de nom de la rue). Le numéro de la rue n'y est pas mentionné,
je pourrais en déduire que mon père était très connu... je pourrais en déduire que mon père était très connu...
mais je pense plutôt que la rue devait être petite. mais je pense plutôt que la rue devait être petite.
À la rue de Flandre, il avait pour voisins les frères À la rue de Flandre, il avait pour voisins les frères
Cassar, «vins et spiritueux», et entretenai t avec eux des Cassar, «vins et spiritueux», et entretenait avec eux des
relations très amicales. Il importait aussi du café du relations très amicales. Il importait aussi du café du
Brésil pour ses clients Henri et Albert Bondin, Café Brésil pour ses clients Henri et Albert Bondin, Café
Bondin, qui fournissaient le café à toute la Tunisie dont Bondin, qui fournissaient le café à toute la Tunisie dont
ils étaient les seuls torréfacteurs. Ils étaient plus que des ils étaient les seuls torréfacteurs. Ils étaient plus que des
clients, de grands amis. clients, de grands amis.
~ ~
Affiche des cafés Bondin Affiche des cafés Bondin
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Grand-père maternel Grand-père maternelOncle Fé1ix sa tombe Onde Félix sa tombe
(Chalom - Papa 2) (ChaJom - Papa 2)
Tombe Grand-mère maternelle Tombe Grand-mère maternelleMaman Maman Oncle MoïseOncle Moïse
(Rahmouna) (Rahmouna)
I II I
a mère, Zeizè, Aimée, est née également à Tunis, en 1893, a mère, Zeizè, Aimée, est née également à Tunis, en 1893,
fille de Chalom Haggiag (que nous appelions «papa deux» fille de Chalom Haggiag (que nous appelions «papa deux»
puisqu'il portait le même prénom que mon père) et de puisqu'il portait le même prénom que mon père) et deM M
Rahmouna Bismuth. Elle était l'aînée des trois enfants issus de ce Rahmouna Bismuth. Elle était l'aînée des trois enfants issus de ce
mariage et avait deux frères, Félix, mort à La Marsa (banlieue nord de mariage et avait deux frères, Félix, mort à La Marsa (banlieue nord de
Tunis) le 15 octobre 1913 dans sa dix-huitième année, de la fièvre Tunis) le 15 octobre 1913 dans sa dix-huitième année, de la fièvre
typhoïde, et Moïse (Bach) que j'ai très bien connu, marié à celle que typhoïde, et Moïse (Bach) que j'ai très bien connu, marié à celle que
nous appelions la tante Henriette et qui n'a pas eu d'enfants. La tante nous appelions la tante Henriette et qui n'a pas eu d'enfants. La tante
Henriette était la sœur de l'épouse de Maurice Sitruk, propriétaire du Henriette était la sœur de l'épouse de Maurice Sitruk, propriétaire du
cinéma Le Mondial et qui plus tard a eu aussi la gérance du cinéma Le cinéma Le Mondial et qui plus tard a eu aussi la gérance du cinéma Le
Palmarium. Ces Sitruk ont eu deux enfants, un garçon, Yvan (je ne sais Palmarium. Ces Sitruk ont eu deux enfants, un garçon, Yvan (je ne sais
pas ce qu'il est devenu), et une fille, Marianne, qui est à présent très pas ce qu'il est devenu), et une fille, Marianne, qui est à présent très
active au sein de la Coopération Féminine (mariée en très grande active au sein de la Coopération Féminine (mariée en très grande
pompe à l'hôtel Majestic, au polytechnicien Belhassen). pompe à l'hôtel Majestic, au polytechnicien Belhassen).
Ma grand-mère est décédée très jeune, en 1900? peut-être même Ma grand-mère est décédée très jeune, en 1900? peut-être même
avant, en 1898? Je revois encore sa tombe, l'une des premières au cime- avant, en 1898? Je revois encore sa tombe, l'une des premières au cime-
tière du Borgel (ce doit être la cinquième à gauche en entrant au cime- tière du Borgel (ce doit être la cinquième à gauche en entrant au cime-
tière, elle est gravée intégralement en hébreu; la dalle en marbre blanc tière, elle est gravée intégralement en hébreu; la dalle en marbre blanc
est posée à même le sol, comme le sont d'ailleurs toutes celles de cette est posée à même le sol, comme le sont d'ailleurs toutes celles de cette
époque). Elle est toujours très bien entretenue car elle se trouve juste époque). Elle est toujours très bien entretenue car elle se trouve juste
devant la porte d'un petit local dans lequel vivent des gens (probable- devant la porte d'un petit local dans lequel vivent des gens (probable-
ment les gardiens). Le nom de ce cimetière vient, paraît-il, du fait que ment les gardiens). Le nom de ce cimetière vient, paraît-il, du fait que
la première personne qui y a été enterrée s'appelait Borge!. Ma mère la première personne qui y a été enterrée s'appelait Borge!. Ma mère
avait donc environ cinq à six ans au décès de sa mère et ses frères entre avait donc environ cinq à six ans au décès de sa mère et ses frères entre
un et trois ans. Aussi mon grand-père s'est-il remarié avec la sœur de ma un et trois ans. Aussi mon grand-père s'est-il remarié avec la sœur de ma
grand-mère (maman Dayè, que mes cousins appelaient Nanna). grand-mère (maman Dayè, que mes cousins appelaient Nanna).
De ce second lit sont nés cinq garçons et deux filles. Edmond, Élie, De ce second lit sont nés cinq garçons et deux filles. Edmond, Élie,
Gaston, Kioche, Alfred. Les deux filles étaient Marcelle et Hélène. Gaston, Kioche, Alfred. Les deux filles étaient Marcelle et Hélène.
15 15
I II I
Au décès de ma grand-mère, le frère de mon grand-père avait Au décès de ma grand-mère, le frère de mon grand-père avait
demandé que ma mère vienne vivre chez lui. Il avait déjà une fille qui demandé que ma mère vienne vivre chez lui. Il avait déjà une fille qui
avait à peu près le même âge que ma mère et estimait qu'il pouvait en avait à peu près le même âge que ma mère et estimait qu'il pouvait en
élever deux. Cela devait permettre de soulager un peu mon grand-père élever deux. Cela devait permettre de soulager un peu mon grand-père
et sa deuxième épouse. et sa deuxième épouse.
Jusqu'à son mariage, ma mère a donc vécu chez son oncle, avec sa Jusqu'à son mariage, ma mère a donc vécu chez son oncle, avec sa
cousine qui était la mère du docteur René Dana. C'est la raison pour cousine qui était la mère du docteur René Dana. C'est la raison pour
laquelle ce dernier a toujours appelé ma mère «tante Aimée». laquelle ce dernier a toujours appelé ma mère «tante Aimée».
Ma mère me raconta que pendant la période de ses fiançailles, elle ne Ma mère me raconta que pendant la période de ses fiançailles, elle ne
pouvait pas sortir avec mon père sans qu'il y ait à leurs côtés un chape- pouvait pas sortir avec mon père sans qu'il y ait à leurs côtés un chape-
ron. En général, c'était ma tante Marcelle qui accomplissait cette mis- ron. En général, c'était ma tante Marcelle qui accomplissait cette mis-
sion, et si la tante Marcelle n'avait pas envie de sortir avec eux, eh bien, sion, et si la tante Marcelle n'avait pas envie de sortir avec eux, eh bien,
point de promenade. Elle m'avait dit aussi que si son père ne voulait pas point de promenade. Elle m'avait dit aussi que si son père ne voulait pas
qu'elle sorte, il cachait son chapeau. Sortir avec son fiancé sans cha- qu'elle sorte, il cachait son chapeau. Sortir avec son fiancé sans cha-
peau... était tout à fait inconcevable; peut-être cela frôlait-il l'indé- peau... était tout à fait inconcevable; peut-être cela frôlait-il l'indé-
cence? cence?
Elle s'habillait à la mode de l'époque et portait un corset qui lui ser- Elle s'habillait à la mode de l'époque et portait un corset qui lui ser-
rait la taille avec le petit coussinet posé sur les reins. Ses cheveux étaient rait la taille avec le petit coussinet posé sur les reins. Ses cheveux étaient
relevés pour former un chignon. Bref, cela la changeait beaucoup de sa relevés pour former un chignon. Bref, cela la changeait beaucoup de sa
façon d'être avant ses fiançailles, et elle m'avait dit qu'elle avait eu beau- façon d'être avant ses fiançailles, et elle m'avait dit qu'elle avait eu beau-
coup de mal à s'y habituer. coup de mal à s'y habituer.
Mes oncles maternels étaient de grands sportifs et notamment Mes oncles maternels étaient de grands sportifs et notamment
Gaston, champion de natation. À ce titre, il était allé en Belgique pour Gaston, champion de natation. À ce titre, il était allé en Belgique pour
représenter la Tunisie. Le roi de Belgique lui avait serré la main, comme représenter la Tunisie. Le roi de Belgique lui avait serré la main, comme
il l'avait fait à tous les sportifs qui se trouvaient là. On m'a dit que il l'avait fait à tous les sportifs qui se trouvaient là. On m'a dit que
Gaston était resté une semaine sans se laver cette main qui avait serré Gaston était resté une semaine sans se laver cette main qui avait serré
celle du roi. celle du roi.
~ ~
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I II I
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Maman Dayè et son petit-fils (Vanou) Maman Oayè et son petit-fils (Vanou)
Maman Dayè et son Maman Dayè et son
fils fils
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Maman Dayè
Onde Gaston Oncle Gaston
(Photo prise (Photo prise
Onde Élie Oncle Élie
le 23 avril 1928) le 23 avril 1928)
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Oncle Edmond Oncle Edmond
(photo prise à Paris, (photo prise à Paris,
le 24 mai 1926) le 24 mai 1926)
I II I
Équipe du Club Nautique de TunisieÉquipe du Club Nautique de Tunisie Oncle Gaston Onde Gaston
Équipe de natation Oncle Gaston Équipe de natation Oncle Gaston
I II I
Maman Papa Maman PapaDédée, Yvette, Nelly, Inès Dédée, Yvette, Nelly, Inès
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La Kétouba (Contrat de mariage) Georges GeorgesTraduction de la Kétouba La Kétouba (Contrat de mariage) Traduction de la Kétouba
Georges GeorgesDédée Dédéelnès et Georges Inès et Georges
I II I
es parents se sont mariés en janvier 1912 et ont fait un voyage es parents se sont mariés en janvier 1912 et ont fait un voyage
de noces en France, et je crois bien aussi en Suisse et en Italie. de noces en France, et je crois bien aussi en Suisse et en Italie.
Ils avaient effectué le voyage de Tunis à Marseille sur le Ils avaient effectué le voyage de Tunis à Marseille sur leM M
Carthage qui, selon les dires de ma mère, a fait naufrage pendant la Carthage qui, selon les dires de ma mère, a fait naufrage pendant la
Première Guerre mondiale. Première Guerre mondiale.
Ils étaient nés tous les deux dans des familles où l'on ne parlait que le Ils étaient nés tous les deux dans des familles où l'on ne parlait que le
judéo-arabe, mais ils avaient suivi leurs études dans des écoles françaises judéo-arabe, mais ils avaient suivi leurs études dans des écoles françaises
(ma mère avait son brevet supérieur), c'est dire qu'ils étaient parfaite- (ma mère avait son brevet supérieur), c'est dire qu'ils étaient parfaite-
ment bilingues; ma mère parlait aussi l'italien. ment bilingues; ma mère parlait aussi l'italien.
Du côté paternel, seuls les oncles Mardochée et le plus jeune, Simon, Du côté paternel, seuls les oncles Mardochée et le plus jeune, Simon,
mort à la guerre, parlaient français. Les autres parents ne devaient s'ex- mort à la guerre, parlaient français. Les autres parents ne devaient s'ex-
primer qu'en judéo-arabe; en tout cas ceux que j'ai connus ne compre- primer qu'en judéo-arabe; en tout cas ceux que j'ai connus ne compre-
naient pas le français. naient pas le français.
Du côté maternel, mon grand-père, dont je n'ai qu'un vague souve- Du côté maternel, mon grand-père, dont je n'ai qu'un vague souve-
nir (je devais avoir trois ou quatre ans au moment de son décès) et sa nir (je devais avoir trois ou quatre ans au moment de son décès) et sa
deuxième épouse ne parlaient qu'en judéo-arabe. Cependant, j'ai bien deuxième épouse ne parlaient qu'en judéo-arabe. Cependant, j'ai bien
connu une jeune tante de ma mère (sœur de sa mère), tata H'biba, et connu une jeune tante de ma mère (sœur de sa mère), tata H'biba, et
un oncle (frère de sa mère), tonton Charles, qui s'exprimaient très bien un oncle (frère de sa mère), tonton Charles, qui s'exprimaient très bien
en français et l'écrivaient sans difficulté. Quant aux frères et sœurs de en français et l'écrivaient sans difficulté. Quant aux frères et sœurs de
ma mère, ils s'exprimaient aussi bien en français qu'en judéo-arabe. ma mère, ils s'exprimaient aussi bien en français qu'en judéo-arabe.
Certains parlaient même l'italien. Certains parlaient même l'italien.
Notre famille était composée de six enfants. Andrée, Dédée, Notre famille était composée de six enfants. Andrée, Dédée,
Rahmouna, née le 9 mars 1913; Yvette Cauca née le 25 mars 1914; Rahmouna, née le 9 mars 1913; Yvette Cauca née le 25 mars 1914;
Nelly, BahIa, née le 31 août (mais officiellement, le 3 septembre) 1916; Nelly, BahIa, née le 31 août (mais officiellement, le 3 septembre) 1916;
Inès, Hanina, née le 14 mai 1920; Georges, Simon, né le 17 février Inès, Hanina, née le 14 mai 1920; Georges, Simon, né le 17 février
1924, et moi-même, Henri, Saül. À ce sujet, j'avais demandé à ma mère 1924, et moi-même, Henri, Saül. À ce sujet, j'avais demandé à ma mère
pourquoi ce prénom de Saül (celui de mon grand-père paternel) m'avait pourquoi ce prénom de Saül (celui de mon grand-père paternel) m'avait
été attribué alors qu'il revenait normalement à Georges. Ma mère me été attribué alors qu'il revenait normalement à Georges. Ma mère me
20 20
I II I
répondit que lorsqu'elle attendait son cinquième enfant, mon père avait répondit que lorsqu'elle attendait son cinquième enfant, mon père avait
rêvé (rhir ou chèloumou mlih -« bien», «paix» et« bon» rêvé (rhir ou chèloum ou mlih « bien », « paix» et «bon»- c'est ce que - - c'est ce que
l'on doit dire avant que la personne raconte son rêve) que son père était l'on doit dire avant que la personne raconte son rêve) que son père était
venu lui dire: «Ton frère Simon va venir chez toi, prends-en bien soin. » venu lui dire: «Ton frère Simon va venir chez toi, prends-en bien soin.»
Mes parents avaient donc décidé de donner ce prénom à l'enfant qui Mes parents avaient donc décidé de donner ce prénom à l'enfant qui
naîtrait, si c'était un garçon. En ce qui me concerne, on ne pouvait pas naîtrait, si c'était un garçon. En ce qui me concerne, on ne pouvait pas
me nommer du nom du père de ma mère puisqu'il portait le même pré- me nommer du nom du père de ma mère puisqu'il portait le même pré-
nom que mon père; chez nous, un père et son fils ne peuvent pas avoir nom que mon père; chez nous, un père et son fils ne peuvent pas avoir
le même prénom. le même prénom.
Je m'aperçois que Dédée portait le prénom de ma grand-mère mater- Je m'aperçois que Dédée portait le prénom de ma grand-mère mater-
nelle. C'est sans doute par égard pour ma mère qui n'avait que très peu nelle. C'est sans doute par égard pour ma mère qui n'avait que très peu
connu sa mère. C'est donc Yvette qui a été nommée du prénom de ma connu sa mère. C'est donc Yvette qui a été nommée du prénom de ma
grand-mère paternelle. grand-mère paternelle.
~ ~
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I II I
otre immeuble était toujours bien entretenu, les marches des otre immeuble était toujours bien entretenu, les marches des
escaliers étaient en marbre blanc, comme l'était d'ailleurs la escaliers étaient en marbre blanc, comme l'était d'ailleurs la
quasi-totalité des sols. Les parties communes étaient toujours quasi-totalité des sols. Les parties communes étaient toujoursN N
très propres. C'était à tour de rôle les voisins et nous-mêmes qui les très propres. C'était à tour de rôle les voisins et nous-mêmes qui les
entretenions. Sur la terrasse, c'était pareil, et notamment la synagogue entretenions. Sur la terrasse, c'était pareil, et notamment la synagogue
était toujours impeccable. Oui, nous avions une synagogue située sur la était toujours impeccable. Oui, nous avions une synagogue située sur la
terrasse de notre immeuble, côté 20 rue Bab-Souika. terrasse de notre immeuble, côté 20 rue Bab-Souika.
Pour exécuter les travaux domestiques et faire les courses, nous avions Pour exécuter les travaux domestiques et faire les courses, nous avions
un homme de couleur pure ébène, qui s'appelait Shaâd; je n'en ai qu'un un homme de couleur pure ébène, qui s'appelait Shaâd; je n'en ai qu'un
très vague souvenir mais je sais qu'il nous était très dévoué, qu'il était très vague souvenir mais je sais qu'il nous était très dévoué, qu'il était
d'une parfaite correction et qu'il abattait un travail énorme sans se d'une parfaite correction et qu'il abattait un travail énorme sans se
ménager. ménager.
Notre appartement était composé d'une grande entrée carrée dont le Notre appartement était composé d'une grande entrée carrée dont le
plafond se trouvait à six ou sept mètres au-dessus du sol. En haut de plafond se trouvait à six ou sept mètres au-dessus du sol. En haut de
chacun des murs de droite et de gauche se trouvait une fenêtre qui don- chacun des murs de droite et de gauche se trouvait une fenêtre qui don-
nait sur la terrasse; ces fenêtres laissaient entrer la lumière du jour et nait sur la terrasse; ces fenêtres laissaient entrer la lumière du jour et
constituaient également une source d'aération, mais nous ne les constituaient également une source d'aération, mais nous ne les
ouvrions pratiquement jamais, car il aurait fallu installer des cordes ouvrions pratiquement jamais, car il aurait fallu installer des cordes
pour pouvoir le faire ou alors monter à la terrasse. De ce côté, elles pour pouvoir le faire ou alors monter à la terrasse. De ce côté, elles
étaient garnies de barreaux de fer. étaient garnies de barreaux de fer.
L entrée desservait tout l'appartement : L entrée desservait tout l'appartement:
- en face était située la cuisine, elle aussi assez grande, mais le plafond, - en face était située la cuisine, elle aussi assez grande, mais le plafond,
comme celui de toutes les chambres, était à une hauteur normale de comme celui de toutes les chambres, était à une hauteur normale de
quatre mètres environ. Elle n'avait pas de fenêtre mais seulement une quatre mètres environ. Elle n'avait pas de fenêtre mais seulement une
ouverture sur le plafond avec une verrière posée dessus. Lévier était taillé ouverture sur le plafond avec une verrière posée dessus. Lévier était taillé
dans un bloc de marbre. Nous n'avions pas de salle de bain. Une douche dans un bloc de marbre. Nous n'avions pas de salle de bain. Une douche
avait été fixée dans le wc. situé au fond de la cuisine (angle gauche). Il avait été fixée dans le wc. situé au fond de la cuisine (angle gauche). Il
y avait une petite marche pour y accéder. Devant la porte du Wc., un y avait une petite marche pour y accéder. Devant la porte du Wc., un
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I II I
petit trou permettait l'évacuation de l'eau. Sur le mur de gauche de la petit trou permettait l'évacuation de l'eau. Sur le mur de gauche de la
cuisine, on avait installé un lavabo avec un miroir au-dessus; cuisine, on avait installé un lavabo avec un miroir au-dessus;
- à droite, nous avions une grande chambre comportant deux - à droite, nous avions une grande chambre comportant deux
fenêtres qui donnaient sur la rue Bab-Souika. Cette chambre permet- fenêtres qui donnaient sur la rue Bab-Souika. Cette chambre permet-
tait d'accéder à une autre plus petite, la Maksoura, avec, elle aussi, une tait d'accéder à une autre plus petite, la Maksoura, avec, elle aussi, une
fenêtre sur rue; fenêtre sur rue;
- à gauche, il y avait la salleà manger avecune petite fenêtre qui don- - à gauche, il y avait la salle à manger avec une petite fenêtre qui don-
nait sur la cour, située au même niveau que l'appartement des Pariente nait sur la cour, située au même niveau que l'appartement des Pariente
qui habitaient au 22 de la rue Bab-Souika. Cette pièce donnait accès à qui habitaient au 22 de la rue Bab-Souika. Cette pièce donnait accès à
une autre, le salon, qui disposait lui aussi d'une fenêtre donnant sur les une autre, le salon, qui disposait lui aussi d'une fenêtre donnant sur les
oukèlè de la rue Sidi-Mahrès ou de la Hafsia. Cette fenêtre, comme celle oukèlè de la rue Sidi-Mahrès ou de la Hafsia. Cette fenêtre, comme celle
de la salle à manger, était ornée de barreaux de fer. Accrochés sur un de la salle à manger, était ornée de barreaux de fer. Accrochés sur un
mur de ce salon, il y avait deux beaux cadres d'environ un mètre de haut mur de ce salon, il y avait deux beaux cadres d'environ un mètre de haut
sur soixante-dix centimètres de large, avec la photo représentant en pied sur soixante-dix centimètres de large, avec la photo représentant en pied
le frère de ma mère et celui de mon père, tous les deux morts très le frère de ma mère et celui de mon père, tous les deux morts très
jeunes, l'un habillé en civil (photo prise au Mont-Dore deux mois avant jeunes, l'un habillé en civil (photo prise au Mont-Dore deux mois avant
son décès) et l'autre en tenue de soldat (photo prise aussi quelques mois son décès) et l'autre en tenue de soldat (photo prise aussi quelques mois
avant son décès). avant son décès).
Qu'est-ce qu'une oukèlè? C'est un logement constitué d'un patio à Qu'est-ce qu'une oukèlè? C'est un logement constitué d'un patio à
ciel ouvert donnant accès aux chambres. La cuisine est faite dans le ciel ouvert donnant accès aux chambres. La cuisine est faite dans le
patio. Les familles de condition modeste habitaient ensemble à plu- patio. Les familles de condition modeste habitaient ensemble à plu-
sieurs dans une oukèlè, le patio servant de cuisine commune. sieurs dans une oukèlè, le patio servant de cuisine commune.
Pendant la fête de Souccot, on construisait sur la terrasse, à côté de la Pendant la fête de Souccot, on construisait sur la terrasse, à côté de la
synagogue, une grande cabane avec des branches de palmier. À l'intérieur, synagogue, une grande cabane avec des branches de palmier. À l'intérieur,
on accrochait toutes sortes de fruits de la saison ainsi que des lampions on accrochait toutes sortes de fruits de la saison ainsi que des lampions
pour avoir de la lumière la nuit. On y déjeunait et dînait souvent. Une pour avoir de la lumière la nuit. On y déjeunait et dînait souvent. Une
multitude de cabanes étaient construites dans les balcons du quartier. multitude de cabanes étaient construites dans les balcons du quartier.
Puisque nous sommes dans le domaine des fêtes, je peux en évoquer Puisque nous sommes dans le domaine des fêtes, je peux en évoquer
quelques-unes: quelques-unes:
Hanoukka, qui commémore la victoire des Maccabées sur les Syriens Hanoukka, qui commémore la victoire des Maccabées sur les Syriens
qui voulaient imposer leurs dieux à la Judée. Nous avions une hanoukia qui voulaient imposer leurs dieux à la Judée. Nous avions une hanoukia
en bronze que nous accrochions sur un mur, et nous l'allumions tous en bronze que nous accrochions sur un mur, et nous l'allumions tous
les soirs (pendant huit jours) avec une bougie que nous approchions les soirs (pendant huit jours) avec une bougie que nous approchions
d'une tige de coton qui baignait dans des petits godets remplis d'huile d'une tige de coton qui baignait dans des petits godets remplis d'huile
d'olive (la veille au soir du premier jour on allumait un godet, le lende- d'olive (la veille au soir du premier jour on allumait un godet, le lende-
main on allumait le premier et le deuxième et ainsi de suite jusqu'à la main on allumait le premier et le deuxième et ainsi de suite jusqu'à la
veille du huitième jour où tous les godets étaient allumés). Il faut signa- veille du huitième jour où tous les godets étaient allumés). Il faut signa-
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.*
Hanoukia HanoukiaLa même tout allumée La même tout allumée
1er que le jour hébraïque commence la veille, au coucher du soleil, et se 1er que le jour hébraïque commence la veille, au coucher du soleil, et se
termine le jour, au coucher du soleil. Le sixième jour (Rosh Hodesh, termine le jour, au coucher du soleil. Le sixième jour (Rosh Hodesh,
premier jour du mois), c'est la fête des filles qui, semble-t-il, n'est célé- premier jour du mois), c'est la fête des filles qui, semble-t-il, n'est célé-
brée qu'en Tunisie. Elle est considérée comme le pendant de la fête des brée qu'en Tunisie. Elle est considérée comme le pendant de la fête des
garçons. garçons.
Nous célébrions tous les ans la fête des garçons, Shôdè't hro (fête de Nous célébrions tous les ans la fête des garçons, Shôdè't hro (fête de
Jéthro). Ce soir-là, tout était miniaturisé, nous avions toute une vaisselle Jéthro). Ce soir-là, tout était miniaturisé, nous avions toute une vaisselle
minuscule (assiettes et soupière en porcelaine, verres, fourchettes, cou- minuscule (assiettes et soupière en porcelaine, verres, fourchettes, cou-
teaux...); pour la nourriture c'était pareil, c'est le pigeon farci qui rem- teaux.. .); pour la nourriture c'était pareil, c'est le pigeon farci qui rem-
plaçait la poule farcie, les makouds, les gâteaux au miel, tout était petit. plaçait la poule farcie, les makouds, les gâteaux au miel, tout était petit.
e était un véritable festin pour lilliputiens. Cependant, nous terminions e était un véritable festin pour lilliputiens. Cependant, nous terminions
le repas dans un service de grandeur normale; la patience, la faim et la le repas dans un service de grandeur normale; la patience, la faim et la
gourmandise de chacun ne pouvaient, en effet, se satisfaire de tous ces gourmandise de chacun ne pouvaient, en effet, se satisfaire de tous ces
petits ustensiles. Je dois signaler que cette fête était commémorée uni- petits ustensiles. Je dois signaler que cette fête était commémorée uni-
quement en Tunisie. D'après ce que je sais, à une certaine époque, les quement en Tunisie. D'après ce que je sais, à une certaine époque, les
jeunes garçons nés en Tunisie mouraient par asphyxie (le croup). Par jeunes garçons nés en Tunisie mouraient par asphyxie (le croup). Par
miracle, cette calamité a cessé le jeudi de la semaine où on lit la barashah miracle, cette calamité a cessé le jeudi de la semaine où on lit la barashah
de Jéthro (sur les dix commandements) et c'est depuis ce moment que de Jéthro (sur les dix commandements) et c'est depuis ce moment que
l'on marque cet événement en l'honneur de Jéthro (beau-pèrede Moïse). l'on marque cet événement en l'honneur de Jéthro (beau-père de Moïse).
Il y a bien d'autres versions mais je ne retiendrai que celle-ci. Il ya bien d'autres versions mais je ne retiendrai que celle-ci.
À Pourim, on se déguisait et on recevait des cadeaux pour exprimer À Pourim, on se déguisait et on recevait des cadeaux pour exprimer
notre joie en souvenir d'Esther qui sauva le peuple juif persécuté par notre joie en souvenir d'Esther qui sauva le peuple juif persécuté par
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I II I
Aman, ministre du roi des Perses Assuérus (Racine s'en est inspiré pour Aman, ministre du roi des Perses Assuérus (Racine s'en est inspiré pour
faire une pièce de théâtre). Nous avions droit au repas traditionnel (poule faire une pièce de théâtre). Nous avions droit au repas traditionnel (poule
farcie, bouillon de poulet avec des pâtes faites par ma mère et toujours les farcie, bouillon de poulet avec des pâtes faites par ma mère et toujours les
gâteaux au miel, notamment les manicottes (appelées aussi «oreilles gâteaux au miel, notamment les manicottes (appelées aussi «oreilles
d'Aman»). C'est aussi mon anniversaire dans le calendrier hébraïque. d'Aman»). C'est aussi mon anniversaire dans le calendrier hébraïque.
À Pâque, qui évoque la sortie d'Égypte, chaque chambre était net- À Pâque, qui évoque la sortie d'Égypte, chaque chambre était net-
toyée à fond et il était interdit d'y entrer avec un morceau de pain. toyée à fond et il était interdit d'y entrer avec un morceau de pain.
Cependant, l'avant-veille au soir du premier jour de Pâque, nous Cependant, l'avant-veille au soir du premier jour de Pâque, nous
posions à l'entrée de chaque chambre, sur la poignée ou la serrure des posions à l'entrée de chaque chambre, sur la poignée ou la serrure des
portes, un morceau de pain (pas plus gros qu'une olive) enveloppé dans portes, un morceau de pain (pas plus gros qu'une olive) enveloppé dans
un papier. Puis le chef de famille faisait une inspection de tout l'appar- un papier. Puis le chef de famille faisait une inspection de tout l'appar-
tement avec un couteau et une assiette. Quelqu'un l'accompagnait en tement avec un couteau et une assiette. Quelqu'un l'accompagnait en
tenant une bougie. Bien entendu, il trouvait les petits paquets de pain tenant une bougie. Bien entendu, il trouvait les petits paquets de pain
qu'il faisait tomber dans l'assiette à l'aide du couteau. Le lendemain qu'il faisait tomber dans l'assiette à l'aide du couteau. Le lendemain
matin, vers dix heures, nous montions à la terrasse pour manger un matin, vers dix heures, nous montions à la terrasse pour manger un
casse-croûte tunisien, et pour ensuite brûler tous les petits paquets casse-croûte tunisien, et pour ensuite brûler tous les petits paquets
ramassés la veille. ramassés la veille.
Nous passions les deux premiers soirs de Pâque avec nos voisins, leurs Nous passions les deux premiers soirs de Pâque avec nos voisins, leurs
enfants lisaient mieux l'hébreu que nous et nous apportions notre enfants lisaient mieux l'hébreu que nous et nous apportions notre
repas; nous ne goûtions que très peu leur nourriture car elle était très repas; nous ne goûtions que très peu leur nourriture car elle était très
épicée et ils consommaient l'harissa à la louche. Lorsqu'ils voulaient épicée et ils consommaient l'harissa à la louche. Lorsqu'ils voulaient
nous faire goûter leurs plats, ils nous disaient qu'ils n'avaient mis que nous faire goûter leurs plats, ils nous disaient qu'ils n'avaient mis que
très peu d'harissa ou même pas du tout, cela voulait dire qu'ils n'en très peu d'harissa ou même pas du tout, cela voulait dire qu'ils n'en
avaient mis qu'une cuillère à soupe. Le dernier soir, au moment où nous avaient mis qu'une cuillère à soupe. Le dernier soir, au moment où nous
pouvions manger du pain, nous dégustions un délicieux sandwich tuni- pouvions manger du pain, nous dégustions un délicieux sandwich tuni-
sien ou une assiette tunisienne composée des mêmes ingrédients que le sien ou une assiette tunisienne composée des mêmes ingrédients que le
casse-croûte mais avec, en plus, l'œuf à la coque. Avant de nous mettre casse-croûte mais avec, en plus, l'œuf à la coque. Avant de nous mettre
au lit, nous posions des feuilles de laitue romaine sur les meubles et les au lit, nous posions des feuilles de laitue romaine sur les meubles et les
lustres de chaque chambre en disant: Khadarnèou âam hakhdar (<<Nous lustres de chaque chambre en disant: Khadarnè ou âam hakhdar (<<Nous
avons mis de la verdure, l'année sera verte»). avons mis de la verdure, l'année sera verte»).
Nous célébrions aussi Rebbi Shemoun (rabbin Simon). À cette occa- Nous célébrions aussi Rebbi Shemoun (rabbin Simon). À cette occa-
sion nous accrochions, allant d'un mur à l'autre en diagonale, des guir- sion nous accrochions, allant d'un mur à l'autre en diagonale, des guir-
landes constituées de chaînes faites avec des bandelettes de papier léger landes constituées de chaînes faites avec des bandelettes de papier léger
de différentes couleurs, collées avec de la farine mélangée à un peu de différentes couleurs, collées avec de la farine mélangée à un peu
d'eau. Nous préparions aussi des bougies entourées de fleurs que nous d'eau. Nous préparions aussi des bougies entourées de fleurs que nous
mettions sur la table. mettions sur la table.
Tous les appartements étaient ainsi décorés. Tous les appartements étaient ainsi décorés.
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I II I
La mosquée Sidi Mahrez (vue de la place Bab-Souika) La mosquée Sidi Mahrez (vue de la place Bab-Souib)
(à gauche le minaret où était hissé le drapeau au moment du coucher du soleil) (à gauche le minaret all était hissé le drapeau au moment du coucher du soleil)
A'
La mosquée Sidi Mahrez vue de la terrasse de notre immeuble, côté 18 rue Bab-Souib La mosquée Sidi Mahrez vue de la terrasse de notre immeuble, côté 18 rue Bab-Souika
(à droite, le même minaret) (à droite, le même minaret)
I II I
Rosh-Hashana, jour de l'an du calendrier hébraïque, les repas des Rosh-Hashana, jour de l'an du calendrier hébraïque, les repas des
deux premiers soirs étaient (et sont toujours) précédés de plusieurs pro- deux premiers soirs étaient (et sont toujours) précédés de plusieurs pro-
duits sucrés et notamment de miel (figues, grenades, sésames et même duits sucrés et notamment de miel (figues, grenades, sésames et même
certains légumes frits et enrobés de miel.. .) afin que l'année qui débute certains légumes frits et enrobés de miel...) afin que l'année qui débute
soit douce. Avant qu'on ne le mange, chacun de ces produits fait l'ob- soit douce. Avant qu'on ne le mange, chacun de ces produits fait l'ob-
jet d'une bénédiction qui lui est propre. jet d'une bénédiction qui lui est propre.
Pour Kippour, jour du grand pardon, nous achetions des volailles, Pour Kippour, jour du grand pardon, nous achetions des volailles,
une par personne (autant de poules que de filles et autant de coqs que une par personne (autant de poules que de filles et autant de coqs que
de garçons, père et mère inclus), on les faisait tourner au-dessus de de garçons, père et mère inclus), on les faisait tourner au-dessus de
notre tête (chacun la sienne) en disant une prière, puis un rabbin venait notre tête (chacun la sienne) en disant une prière, puis un rabbin venait
pour les tuer et, après les avoir plumées, nous pouvions les cuisiner. Il y pour les tuer et, après les avoir plumées, nous pouvions les cuisiner. Il y
en avait quelques-unes que nous donnions aux personnes qui venaient en avait quelques-unes que nous donnions aux personnes qui venaient
régulièrement nous demander l'aumône (les kapparot). régulièrement nous demander l'aumône (les kapparot).
Quelques jours avant, nous préparions un coing dans un chiffon Quelques jours avant, nous préparions un coing dans un chiffon
humide avec des clous de girofle qui, préalablement, avaient été pilés. humide avec des clous de girofle qui, préalablement, avaient été pilés.
En deux ou trois jours, il devenait entièrement marron et sentait bon le En deux ou trois jours, il devenait entièrement marron et sentait bon le
clou de girofle. Ainsi, pendant le jour de Kippour, nous le sentions et clou de girofle. Ainsi, pendant le jour de Kippour, nous le sentions et
cela nous permettait de bien supporter le jeûne. cela nous permettait de bien supporter le jeûne.
Vers la fin de la journée et un peu avant d'entendre le son du shofar (son Vers la fin de la journée et un peu avant d'entendre le son du shofar (son
du cor émis au moyen d'une corne de bélier), nous montions sur un petit du cor émis au moyen d'une corne de bélier), nous montions sur un petit
muret grâce auquel nous pouvions apercevoir le minaret de la mosquée muret grâce auquel nous pouvions apercevoir le minaret de la mosquée
de Sidi Mahrez pour guetter un drapeau qui était hissé juste au moment de Sidi Mahrez pour guetter un drapeau qui était hissé juste au moment
du coucher du soleil. Cela voulait dire que la fin de Kippour était toute du coucher du soleil. Cela voulait dire que la fin de Kippour était toute
proche et donc que l'on n'allait pas tarder à manger. proche et donc que l'on n'allait pas tarder à manger.
Pour en revenir à l'entretien de notre immeuble, c'est vrai qu'il était Pour en revenir à l'entretien de notre immeuble, c'est vrai qu'il était
toujours très propre mais nous avions tout de même quelques souris qui toujours très propre mais nous avions tout de même quelques souris qui
nous tenaient compagnie. On m'a raconté qu'un soir Yvette s'était mise nous tenaient compagnie. On m'a raconté qu'un soir Yvette s'était mise
au lit avec un journal qu'elle lisait, puis s'était endormie, le journal sur au lit avec un journal qu'elle lisait, puis s'était endormie, le journal sur
le visage. Elle se réveilla le lendemain matin avec toujours le même jour- le visage. Elle se réveilla le lendemain matin avec toujours le même jour-
nal sur la tête, mais une bonne partie en avait été transformée en confet- nal sur la tête, mais une bonne partie en avait été transformée en confet-
tis. Je ne sais pas si Yvette avait le sommeil lourd mais je suis sûr que la tis. Je ne sais pas si Yvette avait le sommeil lourd mais je suis sûr que la
souris (ou les souris), d'une éducation parfaite (comme l'étaient souris (ou les souris), d'une éducation parfaite (comme l'étaient
d'ailleurs tous les habitants de l'immeuble), discrète et pleine d'atten- d'ailleurs tous les habitants de l'immeuble), discrète et pleine d'atten-
tion, avait pris toutes ses précautions afin de ne pas déranger son hôte tion, avait pris toutes ses précautions afin de ne pas déranger son hôte
dans son sommeil. Il faut dire que nous n'avions, à l'époque, ni radio ni dans son sommeil. Il faut dire que nous n'avions, à l'époque, ni radio ni
télé et qu'il ne restait plus aux souris que le journal pour se tenir au cou- télé et qu'il ne restait plus aux souris que le journal pour se tenir au cou-
rant de l'actualité, qu'elles dévoraient à pleines dents. rant de l'actualité, qu'elles dévoraient à pleines dents.
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I II I
Au rez-de-chaussée de notre immeuble habitaient quelques familles. Au rez-de-chaussée de notre immeuble habitaient quelques familles.
Il y avait Marcelle Marouani, grande amie d'Inès, qui vivait avec sa Il y avait Marcelle Marouani, grande amie d'Inès, qui vivait avec sa
mère. Il y avait les Tarente, catholiques d'origine italienne, très prati- mère. Il y avait les Tarente, catholiques d'origine italienne, très prati-
quants, avec lesquels nous entretenions des relations d'une parfaite cor- quants, avec lesquels nous entretenions des relations d'une parfaite cor-
rection mais plutôt réservées. Il y avait aussi Philomène, elle aussi rection mais plutôt réservées. Il y avait aussi Philomène, elle aussi
catholique très pratiquante, qui vivait avec son père et dont la sœur était catholique très pratiquante, qui vivait avec son père et dont la sœur était
entrée dans les ordres. Elle avait beaucoup d'estime pour ma mère et entrée dans les ordres. Elle avait beaucoup d'estime pour ma mère et
cela était réciproque. Je me souviens que lorsque la période de Pâques cela était réciproque. Je me souviens que lorsque la période de Pâques
arrivait, elle disait à ma mère: «Aimée, si je te réponds de travers à arrivait, elle disait à ma mère: «Aimée, si je te réponds de travers à
Pâques, ne rn'en veux pas, car lorsque l'on sort de l'église, on a envie de Pâques, ne rn'en veux pas, car lorsque l'on sort de l'église, on a envie de
tuer tous les juifs.» tuer tous les juifs. »
Dans l'immeuble situé en face du nôtre habitaient plusieurs familles, Dans l'immeuble situé en face du nôtre habitaient plusieurs familles,
les Tubiana, les Brami, les Azoulay, les Hayoun, etc. Pour communiquer les Tubiana, les Brami, les Azoulay, les Hayoun, etc. Pour communiquer
avec eux, nous n'avions pas besoin de téléphone (d'ailleurs nous n'en avec eux, nous n'avions pas besoin de téléphone (d'ailleurs nous n'en
avions pas, sauf à un moment, lorsque mon père a été malade, pour avions pas, sauf à un moment, lorsque mon père a été malade, pour
pouvoir gérer son commerce et aussi pour parer à toute éventualité; le pouvoir gérer son commerce et aussi pour parer à toute éventualité; le
numéro? le 07.77). Par la fenêtre on se parlait, on se montrait les nou- numéro? le 07.77). Par la fenêtre on se parlait, on se montrait les nou-
veaux vêtements que l'on avait achetés... C'étaient, plus que des voi- veaux vêtements que l'on avait achetés... C'étaient, plus que des voi-
sins, des amis et même plus que des amis, des frères. Le Shabbat et les sins, des amis et même plus que des amis, des frères. Le Shabbat et les
jours de fête, ils venaient tous prier dans notre synagogue. Elle était jours de fête, ils venaient tous prier dans notre synagogue. Elle était
petite, mais les fidèles débordaient sur la terrasse. petite, mais les fidèles débordaient sur la terrasse.
Aux murs de la synagogue étaient accrochés des kandils. Ils étaient Aux murs de la synagogue étaient accrochés des kandils. Ils étaient
constitués d'une planche en bois verni ou ciré, chacune de forme diffé- constitués d'une planche en bois verni ou ciré, chacune de forme diffé-
rente. Perpendiculairement à cette planche, un anneau en bois était fixé rente. Perpendiculairement à cette planche, un anneau en bois était fixé
pour y loger un récipient en verre de forme légèrement conique afin pour y loger un récipient en verre de forme légèrement conique afin
qu'il puisse tenir dans cet anneau. Jusqu'à un certain niveau on y met- qu'il puisse tenir dans cet anneau. Jusqu'à un certain niveau on y met-
tait de l'eau et on complétait avec de l'huile. On y faisait flotter une tait de l'eau et on complétait avec de l'huile. On y faisait flotter une
mèche de coton faite à la main, que l'on allumait à la mémoire d'une mèche de coton faite à la main, que l'on allumait à la mémoire d'une
personne décédée. En dessous de ce kandil il y avait, fixée sur la personne décédée. En dessous de ce kandil il y avait, fixée sur la
planche, une feuille d'argent sur laquelle étaient gravés le nom du planche, une feuille d'argent sur laquelle étaient gravés le nom du
défunt et la date de son décès. Tous les ans, les frères Azoulay (qui défunt et la date de son décès. Tous les ans, les frères Azoulay (qui
étaient bijoutiers au souk) enlevaient cette feuille d'argent pour en étaient bijoutiers au souk) enlevaient cette feuille d'argent pour en
remettre une autre toute neuve. C'était leur façon d'apporter leur remettre une autre toute neuve. C'était leur façon d'apporter leur
contribution à l'entretien de la synagogue. Tout ce qui pouvait être fait contribution à l'entretien de la synagogue. Tout ce qui pouvait être fait
pour la synagogue constituait une mitzva (une bonne action). pour la synagogue constituait une mitzva (une bonne action).
À une centaine de mètres de notre immeuble, sur le trottoir d'en face, À une centaine de mètres de notre immeuble, sur le trottoir d'en face,
juste avant d'arriver à la place Bab-Souika et un peu après le marchand juste avant d'arriver à la place Bab-Souika et un peu après le marchand
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I II I
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I II I
de beignets, il y avait une école de filles. Je sais qu'Yvette y est allée et de beignets, il y avait une école de filles. Je sais qu'Yvette y est allée et
probablement Dédée, et je pense aussi Nelly et Inès. probablement Dédée, et je pense aussi Nelly et Inès.
En continuant un peu plus loin, à la hauteur de la place Bab-Souika, En continuant un peu plus loin, à la hauteur de la place Bab-Souika,
il y avait sur la droite la rue Halfaouine (je pense qu'elle existe toujours). il y avait sur la droite la rue Halfaouine (je pense qu'elle existe toujours).
C'était une rue étroite et très commerçante. Durant les nuits de C'était une rue étroite et très commerçante. Durant les nuits de
Ramadan, elle était très animée et regorgeait de nourriture avec notam- Ramadan, elle était très animée et regorgeait de nourriture avec notam-
ment les délicieux gâteaux au miel (beignets, jlèbiè, baklaouè, n'kha- ment les délicieux gâteaux au miel (beignets, jlèbiè, baklaouè, n'kha-
rak...) ; la musique orientale battait son plein et des danseuses du ventre rak...) ; la musique orientale battait son plein et des danseuses du ventre
se produisaient dans les cafés. La fête durait toute la nuit et cela pendant se produisaient dans les cafés. La fête durait toute la nuit et cela pendant
tout le mois de Ramadan. Nous y allions de temps à autre puisqu'elle tout le mois de Ramadan. Nous y allions de temps à autre puisqu'elle
était située à deux ou trois cents mètres de chez nous. Un film tunisien était située à deux ou trois cents mètres de chez nous. Un film tunisien
a été fait sur cette rue et a obtenu un gros succès en France. Après l'indé- a été fait sur cette rue et a obtenu un gros succès en France. Après l'indé-
pendance de la Tunisie, le Président Bourguiba avait bien insisté sur le pendance de la Tunisie, le Président Bourguiba avait bien insisté sur le
fait qu'il fallait, bien entendu, respecter le jeûne de Ramadan, mais fait qu'il fallait, bien entendu, respecter le jeûne de Ramadan, mais
qu'entre le repas du soir et celui du matin, il fallait dormir. En effet, l'ac- qu'entre le repas du soir et celui du matin, il fallait dormir. En effet, l'ac-
tivité du pays ne pouvait pas s'arrêter pendant un mois. tivité du pays ne pouvait pas s'arrêter pendant un mois.
Dans notre quartier, comme dans toute la Tunisie, coexistaient en par- Dans notre quartier, comme dans toute la Tunisie, coexistaient en par-
faite harmonie des communautés arabes, siciliennes, juives, et il y avait faite harmonie des communautés arabes, siciliennes, juives, et il y avait
aussi quelques Maltais. Les premières étaient surtout composées d'épiciers aussi quelques Maltais. Les premières étaient surtout composées d'épiciers
(venant de Djerba pour la plupart, au point que le mot djerbien signifiait (venant de Djerba pour la plupart, au point que le mot djerbien signifiait
aussi épicier), les secondes, d'artisans (il y avait Andrea, le cordonnier, aussi épicier), les secondes, d'artisans (il y avait Andrea, le cordonnier,
Maria la repasseuse) dont les enfants aimaient bien travailler chez nous Maria la repasseuse) dont les enfants aimaient bien travailler chez nous
comme femmes de ménage; les Maltais étaient, pour la plupart, des comme femmes de ménage; les Maltais étaient, pour la plupart, des
cochers de fiacre (il y avait Mikalef et ses chevaux). Quant aux Juifs, ils cochers de fiacre (il y avait Mikalef et ses chevaux). Quant aux Juifs, ils
comptaient beaucoup de commerçants. (On disait souvent que la popu- comptaient beaucoup de commerçants. (On disait souvent que la popu-
lation était composée d'un quart d'Arabes, d'un quart d'Italiens, d'un lation était composée d'un quart d'Arabes, d'un quart d'Italiens, d'un
quart de Juifs, d'un quart de Maltais et que le reste était français). quart de Juifs, d'un quart de Maltais et que le reste était français).
Notre rue était très animée. Le tramway (le numéro 1) passait juste Notre rue était très animée. Le tramway (le numéro 1) passait juste
devant notre immeuble, il faisait le tour de la médina. Il y avait aussi des devant notre immeuble, il faisait le tour de la médina. Il y avait aussi des
fiacres, à l'arrière desquels les enfants s'installaient souvent; parfois les fiacres, à l'arrière desquels les enfants s'installaient souvent; parfois les
passants criaient: Ourak! ce qui signifie «derrière toi », le cocher diri- passants criaient: Ourak! ce qui signifie «derrière toi », le cocher diri-
geait alors son fouet vers l'arrièrede la voiture et la lanière en cuir qui geait alors son fouet vers l'arrièrede la voiture et la lanière en cuir qui
prolongeait le manche du fouet allait frapper les enfants; cela devait prolongeait le manche du fouet allait frapper les enfants; cela devait
faire très mal. faire très mal.
Des tas de gens aussi passaient par là. Des tas de gens aussi passaient par là.
Quelques personnes venues d'Afrique centrale et notamment Quelques personnes venues d'Afrique centrale et notamment
Bouchaâdyè. C'était un Noir qui s'habillait comme les gens de son pays, Bouchaâdyè. C'était un Noir qui s'habillait comme les gens de son pays,
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