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Les médecins en Afrique et la sorcellerie

De
172 pages
En Afrique, comment les médecins réagissent-ils lorsque, dans le cadre de leur pratique professionnelle, ils reçoivent des patients convaincus que leur maladie est d'origine occulte, un mauvais sort, un acte malveillant d'un sorcier ? L'auteur a réalisé des entretiens individuels avec 36 médecins africains de différentes nationalités et en dégage les différentes réactions affichées par la pratique de la médecine moderne en Afrique lorsqu'elle rencontre l'évocation de la sorcellerie dans la maladie des gens qu'elle soigne.
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Oliver Nkulu Kabamba
Les médecins enAfrique et la sorcellerie
Une herméneutique de leur rencontre
Les médecins en Afrique et la sorcellerie
Une herméneutique de leur rencontre
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1 wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03341-9 EAN : 9782343033419
Olivier Nkulu Kabamba
Les médecins en Afrique et la sorcellerie
Une herméneutique de leur rencontre
Ouvrage réalisé avec le concours de 36 médecins africains
L’Harmattan
Études africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Dernières parutions
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Introduction
En Afrique, comment les médecins réagissent-ils lorsque, dans le cadre de leur pratique professionnelle, ils reçoivent des patients convaincus que leur maladie est d’origine occulte, un mauvais sort, un acte malveillant d’un sorcier ?Autrement dit : comment ceux qui pratiquent la médecine moderne dite© PpGHFLQH VFLHQWL¿TXH ªen Afrique s’y prennent-ils lorsqu’ils rencontrent l’évocation de la sorcellerie dans l’étiologie établie par le malade lui-même, ou dans la relation thérapeutique établie avec celui-ci lors d’une hospitalisation? Telle est la question principale qui constitue l’objet de ce livre : une herméneutique de la rencontre entre l’exercice de la médecine moderne et l’évocation de la sorcellerie dans l’étiologie, l’évolution et le pronostic des maladies.
Pour traiter ce sujet de la rencontre entre la pratique de la médecine moderne en Afrique et la croyance dans l’existence de la sorcellerie comme cause des maladies ou facteur inÀuençant l’évolution de celles-ci, j’ai effectué des entrevues individuelles avec 36médecins africains de différentes nationalités exerçant leur médecine en Afrique : 4 duSénégal (Dakar), 5de la Côte d’Ivoire (Abidjan et San Pedro), 2du Bénin (Cotonou), 5de la République Démocratique du Congo (Kinshasa et Lubumbashi), 2de l’Angola (Luanda), 3du Burkina Faso (Ouagadougou et
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Bobo-Dioulasso), 3du Cameroun (Yaoundé et Douala), 1 duCongo (Brazzaville), 1du Mozambique (Maputo), 2 del’Ouganda (Mayuge et Kampala), 2du Kenya (Nairobi), 1 du Nigeria (Kano), 3 du Maroc (Marrakech) et 2 d’Algérie(Alger). Avec chacun d’eux, j’ai échangé sur leur expérience dans la pratique médicale en rapport avec la question de la sorcellerie véhiculée par la croyance de leurs patients. Durant ces entretiens, les médecins rencontrés m’ont donc livré à la fois leur expérience propre et la manière dont ils s’y prennent lorsqu’un de leurs patients évoque la sorcellerie comme cause de sa maladie ou de sa non guérison. Les conversations avec ces médecins que je vous livre dans le premier chapitre, se faisaient, comme on dit familièrement, à bâtons rompus, à travers une partie d’échanges et au milieu des appréciations que chacun se permettait à propos de la sorcellerie en Afrique.
Dans l’histoire de l’humanité, pour expliquer la maladie et chercher les voies de guérison, toutes les sociétés ont eu recours à des croyances médicales relevant des mythes ou des superstitions. Ainsi trouvons-nous dans chaque société la description systématique des activités d’une certaine catégorie de personnes chargées par leur groupe culturel de modi¿er le fonctionnement intérieur d’autres personnes. L’ethnologie et l’histoire nous instruisent de l’existence de multiples¿gures culturelles du thérapeute, désignées d’un abondant lexique qui parle de sorciers, d’« hommes-mpGeFLQeª, de chamans, de guérisseurs, de marabouts, de «SUrWUes-e[oUFLsWesª, de«WUDGL-WhpUDSeXWesª, etc. Et ce, en rapport avec la maladie qui a été attribuée tour à tour à la colère et à la volonté des dieux, aux démons, aux inÀuences astrales contraires ou à la manifestation des esprits et bien sûr aussi à la sorcellerie. Hélas! Ces idées n’ont pas disparu, elles restent encore répandues bien que la montée en puissance de la médecine scienti¿que au cours du dernier
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millénaire ait éclipsé et rendu caduques bon nombre d’entre elles. La croyance à la sorcellerie, par exemple, est toujours présente dans le monde entier, contrairement aux théories progressistes des années 1960et 1970, qui prédisaient que la sorcellerie disparaîtrait au fur et à mesure que les sociétés se« moGeUQLseUDLeQWª. Chaque année à travers le monde des milliers de femmes, d’enfants, d’hommes, dans des proportions non quanti¿ées comme en Afrique, sont accusés de sorciers et parfois même mis à mort pour cela. En effet, de nos jours encore, la sorcellerie est et reste un phénomène social de grande ampleur en Afrique. La sorcellerie n’a pas disparu et s’af¿rme aujourd’hui comme une catégorie incontournable de la vie publique et privée. À son endroit voici ce que déclare l’anthropologue français Lionel Obadia, professeur en anthropologie sociale et culturelle à l’Université Lumière Lyon II :«$OoUsTX¶eOOe esWFeQspeDYoLUpWppYDFXpeGes soFLpWps oFFLGeQWDOesSDUODmoGeUQLWpODsoUFeOOeULe semEOeDYoLUUeJDJQpGXWeUUDLQGDQsG¶DXWUesSD\seQSDUWLFXOLeUsXUOeFoQWLQeQWDIULFDLQo eOOeDUpsLsWpjoFFLGeQWDOLsDWLoQesWODUDLsoQSoXUODTXeOOeDXSULsmeGeODUDWLoQDOLWpFoQWemSoUDLQe UpSDQGXe eQ(XUoSe eWeQ$mpULTXeGX1oUGODmDJLe eWODsoUFeOOeULe soQWYXesFommeoEsoOqWes³sXSeUsWLWLoQs´sLWXpesGDQsGesUpJLoQs oO¶LQÀXeQFeGesLGpoOoJLes oFFLGeQWDOes esW moLQGUe>«@/DFUo\DQFeDIULFDLQeDX[mDOIDLWeXUs oFFXOWesQeUeOqYe mDOheXUeXsemeQWSDsGXYLeLOe[oWLsmeGes mLssLoQQDLUesG¶DQWDQ3DUWoXW eQ$IULTXe DXMoXUG¶hXL eOOe esWOeIDLWGes mLOLeX[XUEDLQsFomme Ges mLOLeX[UXUDX[GespOLWesFommeGesJeQs sLmSOeseOOeLQWeUIqUeGDQsOesUeODWLoQs soFLDOesOesLQÀXeQFes SoOLWLTXesGe mDQLqUe eQFoUeSOXsGommDJeDEOe sDQsGoXWe1 eOOeQeXWUDOLseOes moWLYDWLoQsDXSUoJUqspFoQomLTXeª.
1. OBADIA,L., La sorcellerie, coll.«,GpesUeoXesQƒ+LsWoLUeGesFLYLOLsDWLoQsª, Paris, Éditions Le Cavalier bleu, 2005, p.34 et p.89.
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Aleksandra Cimpric, anthropologue slovène au service de l’UNICEF en Afrique de l’ouest af¿rme la même chose :
«/esFUo\DQFesjODsoUFeOOeULe soQWODUJemeQWUpSDQGXes GDQsGLIIpUeQWsSD\sG¶$IULTXe sXEsDhDULeQQe6LSDUOe SDsspoQSoXYDLWsXSSoseUTXeFesFUo\DQFes eWSUDWLTXes soFLoFXOWXUeOOesGLsSDUDvWUDLeQWOD sLWXDWLoQDFWXeOOe moQWUeO¶LQYeUse/oLQGe sesWomSeUFesUeSUpseQWDWLoQs soFLDOes eWFXOWXUeOOes se soQW mDLQWeQXes eWWUDQsIoUmpes D¿QGe s¶DGDSWeUDX[FoQWe[WesFoQWemSoUDLQs/DÀe[LELOLWp eWO¶pODsWLFLWpGXWeUme mrmeGe³soUFeOOeULe´OXLSeUmeWGpsoUmDLsGe s¶LQWpJUeUGDQsWoXsOes GomDLQesGeODYLe mrmeOesSOXs³moGeUQes´>«@6LSDUOeSDssp oQSoXYDLW sXSSoseUTXeOeGpYeOoSSemeQWO¶XUEDQLsDWLoQOD moGeUQLsDWLoQOD sFoODULsDWLoQODFhULsWLDQLsDWLoQ oXO¶LsODmLsDWLoQIeUDLeQWGLsSDUDvWUe OesFUo\DQFes eWOesSUDWLTXesGpsLJQpes soUFLqUesODsLWXDWLoQDFWXeOOeDX sXGGX sDhDUDGpmoQWUeO¶LQYeUse/oLQGe sesWomSeUFesUeSUpseQWDWLoQs soFLDOes eWFXOWXUeOOes se soQWmDLQWeQXesWUDQsIoUmpes eWUpDGDSWpes eQIoQFWLoQGesUpDOLWps eWGesEesoLQsFoQWemSoUDLQs/DsoUFeOOeULeQeUeOqYeSOXsGXseFUeWoXGXQoQ-GLWeOOe se  mDQLIesWeGDQsWoXsOesGomDLQesGeODYLeª.
On attribue à la sorcellerie le pouvoir de nuire à la santé et d’être source de malheur. Les religions monothéistes disent qu’elle résulte d’un pacte conclu entre le diable et le sorcier dans le but de faire du mal aux gens. En effet, af¿rme le prêtre camerounais-ean Bosco Musumbi, membre de la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (O.M.I.) :
2. ACIMPRIC,A.,«/es eQIDQWsDFFXspsGe soUFeOOeULeª. Étude anthropologique des pratiques contemporaines relatives aux enfants en Afrique, Dakar, UNICEF Bureau Afrique de l’ouest et du centre (BRAOC), Avril 2010, p.5 et p.10.
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«/es soUFLeUs oQWXQSUoIoQGUesSeFWSoXUOesIoUFesGeODQDWXUe eWSoXUOes esSULWsDX[TXeOsLOsIoQWDSSeOSoXUOes 3 DLGeUjmeQeUOeXUs eQYo€WemeQWsª.
(VVDL GH FRPSUpKHQVLRQ GHV Gp¿QLWLRQV GH OD VRUFHOOHULH
Lasorcellerieestuntermedontladé¿nitionestdif¿cilement réductible à une réalité appréhendée de la même manière par tous, son histoire est complexe. Selon le contexte et le milieu culturel dans lequel ce mot est employé, il désigne parfois des idées différentes, voire opposées. Néanmoins un aspect commun se dégage, à savoir l’aspect criminogène de la sorcellerie. En Afrique comme partout dans d’autres sociétés où les désordres de tout genre s’expliquent depuis longtemps par référence à la sorcellerie, l’idée générale que partagent nos contemporains, est celle d’une association de la sorcellerie avec le mal, l’infortune, le malheur et la maladie, et¿nalement la mort. Selon Aleksandra Cimpric, anthropologue slovène au service de l’UNICEF en Afrique de l’ouest déjà ci-dessus citée :«/DQoWLoQGe soUFeOOeULeELeQTX¶eOOeDLWXQe spmLoOoJLeSOXULeOOeSeXWrWUeGp¿QLeGDQsXQeJUDQGeSDUWLeGesSD\sDIULFDLQsFommeFDSDFLWpGeQXLUejXQeSeUsoQQeJUkFeDXSoXYoLU m\sWLTXe3DUFoQspTXeQWOe soUFLeUoXODsoUFLqUeLQFDUQeFeSeUsoQQDJe mDOp¿TXeSoXsspjIDLUeGXmDOsoXsLQÀXeQFeGeFeWWeIoUFe
3. MUSUMBI,-.B.,«/D soUFeOOeULeDIULFDLQeª in$\DDsQeW5eOLJLeX[DIULFDLQGXWUoLsLqme mLOOpQDLUepage web perso de jb musumbi, o.m.i. http://www. – ayaas.net/carnet/croyance/sorcier.php. À ce sujet, on peut aussi lire avec intérêt : -SALLMAN-ean Michel,«/es soUFLqUes¿DQFpesGe6DWDQª, Paris, Gallimard, 1989– TOBIE NATHAN :«/es1oLUsFUoLeQWTXeOe moQGe esWSeXSOphXmDLQs eWGeQoQ-hXmDLQsTXeOesQoQ-hXmDLQsWoXWFommeOes hXmDLQssoQWGoXpsG¶LQWeQWLoQDOLWpTXe ODQDWXUe esWDQLmpeTX¶eQXWLOLsDQWFes³IoUFes´oQSeXWDJLUjGLsWDQFeTXeoQSeXWpWDEOLUXQFommeUFeDYeFOesQoQ-hXmDLQsSoXUOesLQÀXeQFeUeQQpJoFLDQWDYeFeX[ eQ soSSosDQWj eX[ eQOes spGXLsDQW eQOes sXSSOLDQW eQOesUesSeFWDQW eQOes WUomSDQWeWFª. NATHAN, T.,«/es mpGLFDmeQWsGDQsOesFXOWXUesQoQoFFLGeQWDOesªin NATHAN, T. et STENGERS, I.,Médecins et sorciers(1995), Paris, Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte, 2012, p.56.
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