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Les Modes de Paris

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350 pages

A LA FORMATION même du Directoire, la plus parfaite anarchie, — une anarchie libératrice et de soulagement, — succéda au sanglant régime du « Rasoir national ». La Révolution avait tout détruit, même l’empire des femmes. Les clubs, les réunions de la rue ne devaient que faire disparaître toute apparence de salon et l’on constatait que l’esprit, la grâce, toute la finesse françaises semblaient avoir sombré dans les sanglants délires de la plèbe.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Octave Uzanne
Les Modes de Paris
Variations du goût et de l'esthétique de la femme, 1797-1897
« Une mode détruit à peine une autre mode, qu’elle est abolie par une autre plus nouvelle, qui cède elle-même à celle qui la suit et qui ne sera pas la dernière... Telle est notre légèreté ! LABRUYÈRE La Mode est la Déesse des apparences. COLTON Une mode ancienne demeure une curiosité ; Une mode passée depuis peu devient un ridicule ; Une mode régnante qu’anime la vie nous semble la grâce même. O.U.
LA MODE ET LES MODES DE PARIS
CE SERAIT une œuvre considérable, un travail d’érud it tel qu’il en exista dans les. e monastères du XVI siècle, que de dresser une bibliographie complète, alors même que sommaire, des ouvrages consacrés aux costumes et au x variations constantes de la Mode à toutes les époques et dans toutes les contrées du monde ; ce serait en raccourci une façon deDictionnaire des sourcespour servir à l’Histoire générale de l’Humanité. On y verrait, non sans étonnement, que les esprits les plus sérieux, les intelligences les plus nobles et les moins frivoles, souvent même les religieux les plus austères, se sont passionnés pour cette sorte de chasse aux papillonnages de la Mode à travers les temps et les latitudes. Rien n’est en effet à la fois aussi curieusement évocateur, aussi typique et pittoresque, mieux en concordance avec le caractère, l’esprit et la morale d’un peuple ou d’une époque déterminée que l’expression dominante du costume et le luxe diversement coloré des ajustements. L’art du vêtement possède des lois générales qui in téressent la ligne, la couleur et l’expression harmonieuse d’un ensemble ; il exalte ou modifie la beauté, il trompe parfois notre esthétique et pervertit notre goût. Son influ ence se répand de toute part, en littérature, en peinture. Dans la statuaire, dans les idées, dans le langage et même dans l’économie politique d’une nation. — La science et la médecine ne peuvent demeurer indifférentes aux questions du costume, et loin d’ê tre un sujet d’observation futile, le vêtement et la parure sont, comme le remarqua Charl es Blanc, une indication morale sérieuse pour le philosophe et un signe très accusé des idées régnantes. De plus, le constant changement des modes est une n écessité, car c’est, selon Chamfort, l’impôt le plus naturel que l’industrie du pauvre puisse mettre sur la vanité du riche. La bizarrerie de la Mode, loin d’être un pré servatif pour s’en garantir, sinon un remède pour en guérir, devient une obsession à laquelle nul n’échappe. Il en est de ses caprices comme de ceux des femmes ; l’inconvénient qui devrait en éloigner est précisément l’attrait qui-y ramène. — Dans leur jeunesse, les hommes adorent la Mode, dans leur vieillesse les peuples se livrent tout à elle. Les nations civilisées sont comme les femmes sensibles ou les courtisanes dont la coq uetterie augmente et s’affine avec l’âge. Plus l’esprit s’éclaire, plus le goût se perfection ne, dit un moraliste. La finesse des perceptions engendre la mobilité des sentiments et l’extrême délicatesse de l’esthétique fait naître inévitablement la névrose de l’inconsta nce et conduit à l’empire fatal de la Mode, de cette Mode qui, selon Balzac, n’a jamais é té que l’opinion en matière de
costume. Les livres sur les Modes seront donc éternellement recherchés et accueillis avec une faveur incomparable en tous milieux, par la raison qu’ils récréent, qu’ils instruisent et que chacun se juge capable de s’y complaire, de les com prendre et de les interpréter. Ils piquent la curiosité générale ; les femmes y retrouvent comme l’histoire de leur drapeau, de leur corporation, de leur mobilité ; les hommes essaient d’y évoquer le souvenir de séductions défuntes, et leur mélancolie s’égare dan s ces lointains de grâces à jamais évanouies ; les enfants eux-mêmes ouvrent leurs grands yeux d’aurore sur ces ombres amusantes encore fardées des couleurs de la vie, et ce sont, pour les aïeules, des retours vers le jeune âge, comme une reprise de sen sations passionnelles, le mirage d’un passé qui apparaît tout à coup en lumière dans cette lanterne magique de l’estampe enluminée. Pour ne considérer que la France, qui, depuis si longtemps, fut la créatrice de la Mode et qui imposa aux nations voisines les éternelles variations du costume, on peut dire que l’art de la parure ne fut jamais plus intéressant q ue depuis qu’il se généralisa en se démocratisant. La Révolution, qui bouleversa inutilement tant de traditions et qui remua plus de théories humanitaires qu’elle ne provoqua de réformes vraiment bienfaisantes au peuple, cette Révolution qui creusa un si profond a bîme entre deux sociétés, et de laquelle datera l’histoire de l’incivile civilisation moderne, cette Révolution, en rompant la chaîne de toutes les traditions françaises, créa un e nouvelle conception de l’esthétique du vêlement d’où dérivent logiquement les Modes de ce siècle, si extraordinairement multiples, si proches et cependant déjà si lointaines. Elles furent d’abord, ces Modes du peuple affranchi , libératrices des formes, complaisantes aux contours et-transparentes à souhait ; elles s’inspirèrent de la nature et de la mythologie païenne ; elles prétendirent ne ri en cacher et se conformer aux harmonies de la beauté grecque ; puis on les vit so us l’Empire, déjà moins frivoles, se faire plus romaines et incursionner dans l’engoncement des uniformes militaires. Sous la Restauration, avec la littérature des néo-médiévistes, les Modes s’empesèrent, affectant les lignes roides, les manières guindées d’un faux troubadourisme ; 1830 fut plus Renaissance, plus souple, plus voluptueux ; jamais la Mode n’apparut plus femme, plus subtile qu’alors, plus originale, plus exquisement artistique. Depuis, l’outrance du costume s’ébaucha, s’accentua, s’aggrava pour ne s’ arrêter qu’aux monstrueuses caricatures de la crinoline, aux simiesques accoutr ements du second Empire. Après 1870, nous ne jugeons plus nettement de ce que fut notre goût dans le costume, par cette raison qu’il faut un recul de plus de quinze ans pour décider d’une expression d’ensemble des formes et des couleurs. Une Mode ancienne est toujours une curiosité, une Mode depuis peu périmée est un ridicule, seule la Mode actuelle, qu’anime la vie, impose sa grâce, sa séduction et ne se discute pas. Ce sont ces Modes successives, étranges, curieuses sous tant d’aspects différents, que nous avons voulu fixer au cours de cet ouvrage en les faisant défiler dans les divers milieux de notre cher Paris où elles évoluèrent dep uis cent ans. Pour retirer aux illustrations la marque banale de la composition de « genre costume », nous avons voulu que leur décor fit tableau d’ensemble, qu’il montrât les architectures de la vie parisienne sur lesquelles la Mode se silhouetta en des centres d’élégance et de plaisir, et notre illustrateur François Courboin a su répondre fidèlement à notre désir et réaliser, à notre entière satisfaction, la galerie d’estampes rétrosp ectives que nous réclamions de son talent et de son érudition spéciale. Chacune de ses centi llustrations en couleur hors t exte est un document exact, une vue d’ensemble d’un coin disparu sinon modifié de P aris et la Mode n’y apparaît que
comme un accessoire logique, indispensable, laissant tout l’intérêt au fond du décor où se retrouvent les aspects les plus fashionables de notre vieille cité. Quant aux deux cent trente dessins du texte, ils ont tout le charme, la verve, la légèreté des anciennes vignettes de l’École 1840 et séduiront sûrement les amateurs, aussi bien les modernes curieux que ceux qui apportent dans leur passion po ur le livre illustré quelques rétrospectives tendresses. Pour ce qui est de la substance même du livre, de ces dix chapitres successifs de nos Modes de Paris,nous pensons pouvoir affirmer qu’ils mettent au point définitif ce que nos études dela Française du siècleet dela Femme et la Modeavaient d’inachevé ; ce sont les mêmes observations, les mêmes tableaux de mœurs, les mêmes précis historiques de nos métamorphoses sociales haussés à la portée d es révolutions du jour. Nous voudrions pouvoir ajouter que ce livre est comme la synthèse expressive et artistique de e tout ce qui fut écrit sur nos salons, nos habillements, nos idées dans le courant du XIX siècle. Sous la forme la plus concise, il nous sera it agréable d’avoir atteint notre but : Établir le plan général du monument esthématique de notre époque. Y avons-nous réussi ? Quelques esprits sérieux, par mi ceux qui vont au delà de l’intérêt récréatif des gravures, pourront en juger et conclure. Pour les autres, pour les Biblioscopes,ne leur avons point ménagé, pensons-nous, la pâture de l’œil. Cet nous ouvrage offre une hospitalité considérable au docum ent dessiné ; l’album y double le Livre, la vignette, à chaque page, y illustre le texte ; on n’a jamais fait davantage, on ne saurait faire mieux en un seul volume pour le plais ir des Iconophiles, Amis des Modes. Mais la vanité de l’auteur-éditeur qui s’y affirme, est d’y avoir allumé sa propre lanterne et de l’avoir consciencieusement promenée à travers le s êtres et les choses de ce siècle parmi les événements qui contribuèrent à cet art de se parer et de plaire, dont la Mode a toujours été le principal but dans l’opinion du plus grand nombre. OCTAVE UZANNE.
Paris, 18 octobre 1897.
DRIVE EN WISKI Longchamps, An V (1797).
LES BAINS VIGIER An V (1797).
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