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Les moeurs sexuelles à Mayotte

De
154 pages
La société mahoraise est à la croisée des chemins. D'origine traditionnelle, elle est très codifiée par des règles de bonne conduite très précises et des interdits tout aussi clairs qui balisent le champ socialement correct. Chaque société impose des jalons pour définir le champ du socialement possible. Dans la tradition mahoraise, il existe un cadre très précis codifiant les pratiques sexuelles, laissant ainsi très peu de marge de manœuvre aux individus qui par ailleurs sont de plus en plus influencés par des pratiques venant d'ailleurs.
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LES MŒURS SEXUELLES À MAYOTTE

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr (Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9458-0 EAN : 9782747594585

Bacar ACHIRAF

LES MŒURS SEXUELLES
À MAYOTTE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-PolYlechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

Italia
15

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm, BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Bnrkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougon 12

1053 Budapest

Sexualité humaine Collection dirigée par Charlyne Vasseur Fauconnet
Sexualité humaine offre un tremplin pour une réflexion sur le désir, le plaisir, l'identité, les rôles féminin et masculin. Elle s'inscrit dans un mouvement socio-culture!, dans le temps et dans l'espace. La sexualité ne peut être détachée de sa fonction symbolique. L'erreur fondamentale serait de la limiter à un acte et d'oublier que l'essentiel est dans une relation, une communication avec l'autre, cet autre fût-il soi-même. Cette collection a pour objet de laisser la parole des auteurs s'exprimer dans un espace d'interactions transdisciplinaires. Elle relie la philosophie, la médecine, la psychologie, la psychanalyse avec des ramifications multiples qui vont de la pédagogie à la linguistique, de la sociologie à l'anthropologie, etc. Déjà parus Josette FORT, Naissance et fantasme de mort, 2005. Houria BOUCHENAF A, Mon amour, ma soeur. L'imaginaire de l'inceste frère-soeur dans la littérature européenne du XIX siècle, 2004. Ney BENSADON, Sodome ou l 'homosexualité, 2004. Jean EMELINA, Les chemins de la libido, 2004. Annemarie TREKKER, La mémoire confisquée, 2003. Geneviève PAICHELER (dir.), Sexualité, normes et contrôle social, 2003. Rommel MENDES LEITE, Bruno PROTH, Pierre-Olivier BUSSCHER, Chroniques socio-anthropologiques au temps du sida. Sami A. ALDEEB ABU-SAHLIEH, Circoncision masculine, circoncision féminine. Sylvie BABIN, Des maternités impAnsables, l'accompagnement de l'abandon et des parentalités blessées. Martine COSTES PEPLINSKI, Nature Culture Guerre et Prostitution. Philippe CLAUZARD, Conversations sur l 'homo (phobie). Nay BENSADON, Attentats contre le sexe, ou ce que nous dévoilent les mutilations sexuelles. Sami ALDEEB, Circoncision, le complot du silence. Michèle CERIOLI, Que deviennent les hommes?

REMERCIEMENTS

Je voudrais dédier cet ouvrage à tous ceux qui d'une manière ou d'une autre ont contribué à sa réalisation avec une pensée spéciale pour Bongo, Charles, Dan, Faouzia, Gara, Jersey et Régine.

EPIGRAPHE

« On peut tout supprimer de la vie du monde: l'art, la science, la justice, la vérité, les machines et les livres - il est impossible de supprimer le sexe, parce qu'il est la vie même. Ignorer le sexe c'est ignorer la vie et les hommes. Les hommes sont un sexe avant d'être une main, un cœur, un cerveau ou un ventre. Il ne faut pas leur demander de choisir entre faire la guerre, de l'argent, des maisons, des livres - ou l'amour: pour que le monde continue, mieux vaut faire des enfants que fortune ou envie, mieux vaut baiser que penser.» Jean d'Ormessonl

«Est-il possible que Dieu nous ait voulus monogames alors qu'une vie d'homme tout entière ne suffirait pas à pétrir tous ces seins et toutes ces fesses écrasées ici dans l'étreinte épaisse de ces fauteuils sournois aux ressorts douloureusement comprimés sous le poids brûlant de vos chaleurs interdites, madame! » Pierre Desproges2

]

Jean d'ORMESSON de l'Académie française.
Presque rien sur presque tout. Folio. 1996. p. 226 et p. 228
2

Pierre Desproges. Textes de scène. Seuil. Coll. Points. 1988. p. 26

AVANT-PROPOS

Les expressions et termes empruntés au dialecte mahorais et à la langue malgache seront retranscrits en italique suivis d'une proposition de traduction en français.

INTRODUCTION La société mahoraise est à la croisée des chemins. D'origine traditionnelle et à l'instar de la plupart des communautés humaines, elle est très codifiée par des règles de bonne conduite très précises et des interdits tout aussi clairs qui balisent le champ du socialement correct. A tout instant, chaque membre de cette communauté très hiérarchisée doit tenir un rôle bien défini, et ce, à tous les niveaux de l'échelle sociale. Afin de maintenir une bonne cohésion, toute incartade par rapport aux normes communément admises est malvenue et plus ou moins sévèrement condamnée en fonction de sa gravité. Le but premier est naturellement de tendre vers un idéal de société. Ce système est basé pour l'essentiel sur le postulat que l'adulte, plus mature, plus sage, plus lucide, plus aguerri par l'expérience, doit former la nouvelle génération au respect de certaines valeurs afin de garantir la stabilité, la pérennité et la régénération de la société. Mais, au fil du temps avec les mouvements de populations, Mayotte s'est ouverte au monde extérieur et en subit de plein fouet les assauts. La télévision a ouvert une fenêtre sur d'autres réalités culturelles à travers le monde, et comme les Mahorais voyagent de plus en plus. Autrefois discrètes et sournoises, les influences de l'extérieur se sont intensifiées au point de semer le doute dans les esprits chagrins. Ces échanges ont de facto une incidence remarquable et significative sur la vie sociale, culturelle et religieuse des Mahorais; les mentalités changent, la perception du monde et de ses finalités également. L'échelle des valeurs s'en trouve modifiée. En outre, la jeune génération n'est pas toujours enthousiaste dès qu'il est question de se conformer aux us et coutumes dont elle pourfend parfois les archaïsmes ou les lourdeurs. Ebranlé, le socle social se fissure. Peu à peu, l'entraide et la solidarité cèdent la place à des comportements plus individua-

listes, voire même égoïstes. L'anticonformisme gagne du terrain au grand dam des vieillards, des philanthropes et des défenseurs d'un communautarisme exacerbé. Autrefois admise et même inébranlable, désormais, l'autorité des aînés est parfois ouvertement contestée ou défiée. Les priorités et les aspirations des traditionalistes par rapport à celles de la jeune génération sont différentes quand elles ne sont pas carrément antagonistes. Le projet social n'est plus exclusivement collectif mais à dominante individuelle. Il faut réussir sa vie personnelle avant de nourrir quelques desseins altruistes ou sociétaux. Chaque organisation sociale a édicté un ensemble de préceptes, de codes, de règles de bon usage, de pratiques, de convenances et des interdits fixant ou définissant une manière d'être avec les autres, un savoir-vivre ensemble. Tous les aspects de la vie commune sont régis par des manières d'être plus ou moins complexes dont l'assimilation se poursuit durant la vie entière de tout individu qui, bon gré mal gré, est tenu de s'y conformer. Pour entreprendre quoi que ce soit, toute personne un tant soit peu scrupuleuse doit s'assurer de ne pas se mettre en porte-àfaux avec la bienséance sociale. La morale populaire est dans ce contexte une référence intangible, un exemple à suivre vaille que vaille. Il existe également des garde-fous pour remettre sur le droit chemin les iconoclastes en herbe. Car à tout moment, chaque individu sait consciemment ce que la communauté attend de lui en fonction de son statut, de son âge, de son sexe, etc. Cela constitue le ciment du lien social, les fondements de la société. Quand cette dernière est dite traditionnelle, elle requiert pour sa stabilité une bonne cohésion entre tous les membres qui se doivent une solidarité mutuelle. L'intérêt commun transcende alors les velléités individualistes et les penchants égoïstes des uns ou des autres. Naturellement, chacun se sent alors investi d'une mission dans la mesure où il doit rendre compte de la plupart de ses faits et gestes à la société même si tout le monde ne conçoit pas leur existence comme devant se 14

dérouler exclusivement dans ce cadre très restrictif et rigide. Les chantres de la tradition sont les garants de la paix sociale, les gardiens du temple. Ils sont très à cheval sur les principes. Ils ont en général des représentations figées quant à l'organisation de la société ou du monde. Partant de ce constat et en tant que témoin privilégié du profond bouleversement des us et coutumes de la société traditionnelle mahoraise, je souhaite avoir le point de vue authentique d'un autochtone et différent du regard extérieur porté généralement sur notre culture. Le but est d'étudier les conséquences de ces évolutions sociales sur les mœurs sexuelles à Mayotte. Car il est possible d'appréhender ou d'expliquer la vie d'un individu aussi bien par ses croyances, ses ambitions, son histoire, ses idées ou par quoi que se soit d'autre que par le sexe. Il ne sera pas question de grands sentiments entre individus et encore moins d'écrire un roman d'amour mais uniquement de relever des comportements sexuels et quelques-unes des principales interrogations qui en résultent. Je vais donc étudier la vie des Mahorais à travers exclusivement l'expression et les manifestations de leur sexualité en relevant l'essentiel de leurs incidences sur la société. La démarche ne se veut pas scientifique, ni sociologique et encore moins anthropologique. A Mayotte la culture orale prime encore beaucoup sur l'écrit qui peut aisément se déchirer ou se perdre alors que la parole ne s'efface pas. Elle persistera ad vitam aeternam dans la mémoire collective. De ce fait, pour le recueil des données pertinentes, nous nous inscrivons de façon délibérée dans cette optique afin d'assurer une continuité à cette oralité ancestrale et culturelle plutôt que d'adopter une méthode académique inappropriée par rapport à la réalité du contexte local. L'originalité de notre démarche réside donc dans le choix volontaire de travailler à partir de témoignages avérés pour appréhender la complexité des relations humaines.

15

Pour ce faire, nous avons rencontré beaucoup de personnes qui ont accepté d'aborder ces questions en toute franchise mais dans le strict respect de leur anonymae. Elles ont été choisies au hasard, au gré des rencontres, en fonction de leur propension à se confier sur un sujet aussi personnel que délicat compte tenu du contexte socioculturel mahorais que nous expliciterons. D'autant que, de prime abord, le sujet met d'emblée les gens mal à l'aise et les pousse plus au mutisme qu'à un bavardage intarissable. Tout le monde a peur d'être mal compris ou mal interprété. Cependant, certaines personnes ne savaient pas du tout que leurs propos seraient peut-être analysés, ou retranscrits ici. Pour ne pas les rebuter ou les perturber, il ne leur a même été fait état de ce projet d'écriture. Par contre, d'autres, l'ayant appris par ouï-dire, m'ont sollicité de leur propre initiative estimant qu'ils pouvaient apporter des éléments intéressants de réflexion. Ainsi, après avoir exposé les pratiques sexuelles des Mahorais tel que la tradition l'exige, nous étudierons comment évoluent les moeurs à cet égard. L'ouvrage est donc en deux parties principales: la première est un exposé des pratiques sexuelles observées à Mayotte dans le cadre traditionnel, la deuxième est une réflexion sur les comportements sexuels déviants.

3

Les noms des personnes citées ont été modifiés pour préserver leur vie

privée. 16

1ère partie: LA SEXUALITE DANS LE CADRE TRADITIONNEL Chapitre 1 : Le cadre général La sexualité d'un individu est naturellement induite par la culture dont il est issu. Une expression sexuelle instinctive est inadmissible chez l'être humain. Chaque société impose une réglementation pour définir le champ du sexuellement possible. Dans la tradition mahoraise, il existe un cadre très précis codifiant les pratiques, laissant ainsi très peu de marge de manœuvre aux gens. Elles se caractérisent tout d'abord par le culte du secret et par la pudeur. Les témoignages sur les comportements des individus sont donc difficiles à recueillir. Il faut donc agir avec tact pour mettre son interlocuteur en confiance. Puisqu'il est plus facile de parler d'autrui que de soi-même, beaucoup de choses se racontent à propos des uns et des autres. L'investigation consiste donc à recouper les informations afin de faire la part des choses. Par exemple, selon la rumeur4, il se raconte qu'untel couche avec unetelle, tel enfant n'est pas le fils de son prétendu père, telle femme est une nymphomane, telle fille a été dépucelée par tel garçon, une autre a déjà avorté plusieurs fois, tel homme est impuissant, etc. En dépit des « règles» innombrables qui la régissent, la sexualité est malgré tout entourée d'un grand mystère avec beaucoup de non-dits. Par exemple, nul n'est sensé parler ou mettre à nu sa vie sexuelle ou se comporter de manière impudique ou ostentatoire. Il faut faire preuve de retenue: la morale condamne le dévergondage, l'exhibitionnisme et la prostitution. Fatalement, tout ce qui se rapporte à la sexualité est donc frappé de beaucoup de tabous. Néanmoins, quelques rares personnes ont accepté, sous couvert de l'anonymat, de parler de leur propre expé4

La rumeur est appelée « radio cocotier », « ari ari » ou « lali ».