Les mouvements sociaux à l'épreuve de l'interculturel

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Cet ouvrage interroge et analyse les enjeux des mouvements sociaux à l'oeuvre durant ce XXIe siècle. Il propose à travers des contributions pluridisciplinaires provenant des cinq continents des perspectives de progrès inter-, voire transculturelles. De même, la construction des nouveaux savoirs qui tiennent compte des complexités des contextes et des situations locales.
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
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EAN13 : 9782336392721
Nombre de pages : 273
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Sous la direction de
LES MOUVEMENTS SOCIAUX Nabil Hajji et Odette Lescarret
À L’ÉPREUVE DE L’INTERCULTUREL
C’est dans une double dynamique à la fois prospective et proactive que l’Association
Internationale pour la Recherche Interculturelle (ARIC) a tenu son XIVème congrès
en décembre 2013 à Rabat au Maroc autour de la thématique des « Mouvements
sociaux et dynamiques actuelles de changements…Nouveaux défs pour la recherche LES MOUVEMENTS SOCIAUX
interculturelle ». Cet ouvrage interroge et analyse les enjeux des mouvements sociaux
à l’œuvre durant ce XXIème siècle. Il propose aussi à travers des contributions, des À L’ÉPREUVE regards pluridisciplinaires de chercheurs, de praticiens, d’étudiants représentant
les cinq continents, des perspectives de progrès inter, voire transculturelles. De
même, la construction de nouveaux savoirs dans des perspectives de changements DE L’INTERCULTUREL
transnationaux qui tiennent compte des complexités des contextes et des situations
locales. Jamais un tel ouvrage n’aura été autant visionnaire s’inscrivant au cœur de
l’actualité et des débats qui animent nos sociétés.
Nabil HAJJI est Adjoint de Direction, Responsable du pôle
Développement, des formations continues, qualifantes et certifantes
à l’Institut pour le Travail Educatif et Social (ITES) de Brest-Quimper.
Il est psychologue et formateur en interculturel. Président et
coorganisateur du XIVème congrès de l’ARIC qui s’est tenu à Rabat
au Maroc. Il a exercé la fonction de vice-président de l’ARIC de 2012 à 2013.
Actuellement il est membre du conseil d’administration de l’ARIC et du comité de
lecture de la revue Le Sociographe. Depuis 2000, ses domaines de recherches sont
en lien avec la santé, la prévention et l’éducation en contexte interculturel appliqués
à la formation et au travail social.
Odette LESCARRET est Professeur des Universités émérite en
Psychologie de l’Université de Nîmes, membre du Laboratoire
Psychologie du Développement et des Processus de Socialisation
(PDPS) de l’Université Toulouse-Jean Jaurès, et Docteur Honoris
Causa de l’Université Nationale du Vietnam à Hanoi. Psychologue,
elle est présidente-fondatrice de l’Association pour le Développement de l’Education
et de la Psychologie en Asie du Sud-Est (ADEPASE) opérateur d’une coopération
universitaire et professionnelle plus que jamais d’actualité. Experte scientifque
pour des revues spécialisées et des diplômes nationaux et internationaux, elle est
professeur invitée dans les universités de Prague (Tchéquie), de Hanoi (Viêt-Nam) et
de Phnom Pench (Cambodge). Elle a dirigé avec Elaine Costa-Fernandez l’ouvrage
De la Diversité Linguistique aux Pratiques Interculturelles (2012) aux éditions
L’Harmattan.
ISBN : 978-2-343-07170-1
27,50 €
ESPACE_INTERCULTUREL_GF_LESCARRET.indd 1 06/08/2015 10:37
LES MOUVEMENTS SOCIAUX
Sous la direction de Nabil Hajji
et Odette Lescarret
À L’ÉPREUVE DE L’INTERCULTUREL




Les mouvements sociaux
à l’épreuve de l’interculturel

Sous la direction de
Nabil Hajji et Odette Lescarret








Les mouvements sociaux
à l’épreuve de l’interculturel








Parutions d’ouvrages des mêmes auteurs

Lescarret, O., & Prêteur, Y. (1987). Psychologue de l’enfance : formations, pratiques,
emplois. Toulouse : Etche (125 pages).
Cantau, J-M, Carrade, J-B, Lescarret, O. & Nougué, Y. (1994). Freud : versions
française. Toulouse : PUM (159 pages).
Lescarret, O., & de Léonardis, M. (1996). Séparation des sexes et compétences. Paris :
L’Harmattan (248 pages).
Lescarret, O., Lê, Khanh & Ricaud, H. (2000). Enfances, cultures, Educations (Vol.
I et II). Hanoi : Thê Gioi (296 pages et 258 pages). Parution en langues
française, anglaise, vietnamienne.
Costa-Fernandez, E. & Lescarret, O. (2012). De la Diversité Linguistique aux
Pratiques Interculturelles. Paris : L’Harmattan (249 pages).

Hajji, N. (2014). La prévention pour la santé en contexte interculturel. In O.
Meunier (Ed.). Cultures, éducation, identité. Recompositions socioculturelles,
transculturalité et interculturalité. Arras : Artois Presses Université, pp
139148.
Hajji, N. (2014). Développement social et empowerment en situation
interculturelle. In A. Karkun et É. Costa-Fernandez (Ed.). Développement
social et interculturalité : un regard croisé. Paris : L’Harmattan, pp 73-83.
Hajji, N. (2008). Quelle place pour la religion dans le travail social ? Approche
interculturelle. In J. Depireux et A. Manço (Ed.). Formation d’adultes en
interculturalité, innovations en pays francophones. Paris : L’Harmattan, pp 79-92.
Hajji, N. (2008, rééd. 2013). Une autre approche de l'homme : histoire de vie et
socio-analyse. In JM. Gourvil (Ed.). Former au Développement Social Local.
Paris : Dunod, pp 41-53.



© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07170-1
EAN : 9782343071701

Comité de lecture



Michèle VATZ LAROUSSI (Université de Sherbrooke, Canada)
Tania OGAY (Université de Fribourg, Suisse)
Aline GOHARD (Université de Fribourg Suisse)
Claudio BOLZMAN (Haute école de Genève-Université de Genève, Suisse)
René MOUKONKOLO (Université de Tours, - France)
Mohammed LAHLOU (Université de Lyon France)
Anne Françoise DEQUIRE (Université catholique de Lille/Institut social Lille
Vauban)
Hédi SAIDI (Université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban)
Gina THESEE (Université du Québec, Canada)
Emmanuel JOVELIN (université catholique de Lille/Institut social de Lille
France)
Mourad KAHLOULA (Université d’Oran, Algérie)
Fabienne RIO (Université Paris 8, IME, France)
Elaine COSTA FERNANDEZ (Université Fédérale de Pernambuco, Brésil)
Anna ELIA (Université de Calabria, Italie)
Jean FOUCART (Haute Ecole Européenne Charleroi, Belgique)
Reinaldo FLEURI (Université Fédéral de Santa Catarina, Florianoplois, Brésil)
Marie Antoinette HILLY (université de Poitiers, France)
Geneviève VERMES (Paris 8, France)
Nicole CARIGNAN (Université du Québec, Montréal)







Présentation des auteurs

BARRAS Christine, Docteure en philosophie et lettres de l’Université de
Neuchâtel (Suisse), chercheuse et membre associée du Groupe interdisciplinaire
de recherche sur la socialisation, l’éducation et la formation (GIRSEF) de
l’Université catholique de Louvain, Belgique.
BENNABI Bensekhar Malika, Maître de Conférences en psychologie,
Université de Picardie Jules Verne, Amiens, France.
BOLZMAN Claudio, Professeur à la Haute Ecole de Travail Social, Genève,
Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale (HES-SO) et chargé de cours au
Département de Sociologie, Université de Genève, Suisse.
BOSSUROY Muriel, Maître de conférences, Université Louis Lumière, Lyon,
France.
BRANDIBAS Jacques, Psychologue, expert judiciaire honoraire, fondateur en
1996 de la consultation de soin et de recherche clinique spécialisée dans la prise
en charge transculturelle des enfants et des familles de migrants dans la région
océan Indien, enseignant à l'Université de La Réunion, France.
CHAUDHRY Kiran, Professeur au Centre d’Etudes Françaises et
Francophones, Université Jawaharlal Nehru (JNU), New Delhi, Inde.
CHERMELEU Adia, Maître de Conférences, Université de l’Ouest de
Timisoara, Faculté de Sociologie et Psychologie, Département des Sciences de
l’Éducation ; chargée de cours de français juridique et de traductologie à la
Faculté de Lettres, Histoire et Théologie, Roumanie.
FEU CLOSAS Montserrat, Association Atlàntida, professionals per la
Interculturalitat. Barcelona, Espagne.
COSTA FERNANDEZ Elaine, Docteure en psychologie Interculturelle,
Maître de Conférences en Psychologie de l’Université Fédérale de Pernambuco,
Brésil, Chercheure associée au Laboratoire Clinique Psychopathologie
Interculturelle (LCPI) Université Toulouse Jean-Jaurès, France.
HAJJI Nabil, Adjoint de Direction, Responsable du pôle Développement,
formations continues, qualifiantes et certifiantes, Institut pour le Travail
Educatif et Social (ITES) Brest-Quimper, psychologue, vice-président de
l'ARIC de 2012 à 2013, France.
JOVELIN Emmanuel, Professeur des universités en sociologie, Université de
Lorraine, membre du centre Pierre Naville et du laboratoire lorrain des sciences
sociales (2L2S), Vice-président de l'Association Internationale pour la
Recherche InterCulturelle (ARIC), France.
JUNOD Roland, Philosophe, chercheur et enseignant honoraire de la Haute
école de travail social de Genève. Intervenant dans le Master’s in Genocide
Studies and Prevention à Kigali, Suisse.
KARKUN Abhijit, Professeur associé au Centre d’Etudes Françaises et
Francophones de l’Ecole des études sur le Langage, la Littérature et la culture,
Université Jawaharlal Nehru (JNU), New Delhi, Inde, Président de l’ARIC de
2011 à 2013.
LAAROUSSI Jaouad, doctorant en histoire à l'université McGill à Montréal,
est spécialisé en histoire des mouvements sociaux, Canada.
LESCARRET Odette, Professeur de Psychologie Emérite, Université de
Nîmes, Directrice de recherches au Laboratoire Psychologie du
Développement et des Processus de Socialisation (PDPS) de l’Université
Toulouse Jean Jaurès, psychologue, Présidente de l’Association pour le
Développement de l’Education et de la Psychologie en Asie du Sud-Est
(ADEPASE), France.
LORCERIE Françoise, Directrice de recherche émérite CNRS, Membre du
conseil scientifique de la Revue du Monde méditerranéen et de la Méditerranée
(REMMM) ; Membre des comités de rédaction de l’Année du Maghreb
(IREMAM/CNRS), de Migrations Sociétés, VEI (Ville Ecole Intégration)
(Education nationale), et des Cahiers Pédagogiques, Membre du pôle Sciences
sociales du contemporain, Aix-Marseille, Université Aix-en-Provence, France.
MALBERT Thierry, Maître de Conférences en Sciences de l’éducation,
LCFICARE, Université de La Réunion, France.
MANÇO Altay A., Docteur en psychologie, Université de Liège, Directeur
scientifique de l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations
(IRFAM), Belgique.
MANSOURI Malika, Maître de Conférences en psychologie clinique et
psychopathologie, Université de Paris-Descartes, Sorbonne Paris Cité.
Chercheure Inserm U1178. Psychologue psychanalyste en pédopsychiatrie de
Seine Saint-Denis, France.
MARINONI Rosita, Psychologue clinicienne, Thérapeute familiale, Médiatrice
systémique à l’association internationale de médiateurs systémiques (AIMS),
Médiatrice familiale internationale, Présidente du Centre Bateson de
MilanItalie. Formatrice à la médiation systémique et sociale – Superviseur.
Consultante pour les entreprises et les organisations, Italie.
MEKIDECHE Tchirine, Maître de Conférences, Université d'Alger 2, Faculté
des Sciences Humaines et Sociales, Département de Psychologie, Centre de
Recherche en Economie Appliquée pour le Développement (CREAD),
Algérie.

MEZZOUJ Fatima, doctorante en sociologie, membre du laboratoire, Pacte,
Université Pierre Mendès France, Grenoble. Chargée de mission
"accompagnement social", Bureau de l’accompagnement social et
professionnel, Direction de l'Accueil, de l'Accompagnement des Etrangers et de
la Nationalité (DAAEN), Direction générale des étrangers en France, Ministère
de l'intérieur, France.
MORO Marie-Rose, Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent,
Université Paris Descartes, Sorbonne Paris cité, Chef de service de la Maison
des adolescents de l’Hôpital Cochin, Maison de Solenn, Paris, responsable de la
consultation transculturelle pour les familles migrantes et leurs enfants, Hôpital
Avicenne, Bobigny, Directrice de la revue transculturelle, France.
MOUSSA-BABACI Fatima, Professeur Université d'Alger 2, Laboratoire
d'anthropologie psychanalytique et de psychopathologie, Algérie. Présidente de
l'Association Internationale pour la Recherche InterCulturelle (ARIC).
MRINI Salima, Psychologue clinicienne, Thérapeute familiale Systémique en
centre privé à Rabat, Formatrice à l’approche systémique relationnelle et
écologique. Co-fondatrice de l’Association Marocaine pour la Recherche et la
Thérapie Systémique de la famille et autres systèmes humains (AMRTS),
Consultante auprès des écoles, des entreprises et des groupes de travail,
Médiatrice systémique à l’association internationale de médiateurs systémiques
(AIMS) auprès des couples et des familles recomposées, Maroc.
NAIT BELAID Youssef, Docteur en Sciences de l'éducation, Directeur du
Centre Régional de Documentation, d’Animation et de Production
Pédagogique (CRDAPP), Ministère de l'Education Nationale, Académie
Régionale d'Education et de Formation, Marrakech Tensift AL Haouz, Maroc.
NGUYEN Ngoc Diep, psychologue, docteur en psychologie, ancienne
enseignante-chercheure à l’Université Nationale du Vietnam à Hanoi.
TANON Fabienne, PhD, Maître de conférences en psychologie, Ecole
Normale Supérieure (ENS) de Lyon, Centre Max Weber - Unité Mixte de
Recherche (UMR) 5283 - Centre National de Recherche Scientifique (CNRS),
France.
TOUHAMI Fatima, Psychologue clinicienne, Protection Maternelle et infantile,
co-thérapeute consultation transculturelle, Maison de Solenn, Hôpital Cochin,
unité Inserm U669, Paris, France.
REZZOUG Dalila, Maître de Conférences en psychiatrie de l’enfant et de
l’adolescent, Université de Paris 13, pédopsychiatre, Service de
psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, Hôpital Avicenne, Bobigny,
France.
VATZ-LAAROUSSI Michele, docteure en psychologie et professeur en travail
social à l’Université de Sherbrooke (Québec). Membre du Centre des Etudes
EThniques des Universités de Montréal (CEETUM), directrice de travaux sur
l’immigration en région, sur les dynamiques familiales et collectives dans la
mobilité, sur les pratiques de travail social avec des membres de communautés
culturelles et minoritaires. Fondatrice du programme de Maîtrise en médiation
interculturelle de l’Université de Sherbrooke, Canada.
ZOLDAN Yann, psychologue clinicien, doctorant au sein du Laboratoire
Clinique Psychopathologie Interculturelle (LCPI) Université de Toulouse
JeanJaurès, chercheur associé à la consultation transculturelle de l’hôpital Saint
André de Bordeaux, France.


SOMMAIRE

PREAMBULE .......................................................................................... 15
CHAPITRE INTRODUCTIF ................................................................. 19
Recherche interculturelle et mouvements sociaux : dynamiques de changement
et défis éthiques - Michèle Vatz Laaroussi

Première partie
RAPPORT AU CONTEXTE
DANS LES ACTIVITES TRANSNATIONALES
Chapitre 1 ...................................................................................................................... 33
Avoir 18 ans, un anniversaire difficile pour un Mineur Isolé Etranger (MIE)
en France - Fabienne Tanon
Chapitre 2 ...................................................................................................................... 45
L’accompagnement des invisibles de la République française :
en route pour la reconnaissance des personnes âgées immigrées des pays tiers
- Fatima Mezzouj et Emmanuel Jovelin
Chapitre 3 ...................................................................................................................... 61
La diversité culturelle dans les PME européennes -
Altay Manço et Christine Barras
Chapitre 4 ...................................................................................................................... 73
Printemps Érable et Place Taksim : interculturalisme et transnationalisme
dans les espaces de mobilisation - Jaouad Laaroussi
Chapitre 5 ...................................................................................................................... 85
La double posture du chercheur en recherche-action. À propos d’une
coopération Nord-Sud au Rwanda dans un contexte post-génocide - Roland
Junod
Chapitre 6 ...................................................................................................................... 93
L’éducation transdisciplinaire. Quels enjeux didactiquesdans l’enseignement
primaire ? - Adia-Mihaela Chermeleu

Deuxième partie
CIVILISATIONS, CULTURES ET RELIGIONS :
DU CONFLIT AUX DYNAMIQUES INTERCULTURELLES
Chapitre 7 .................................................................................................................... 103
D’une violence à une autre, révolte et modernité - Yann Zoldan
Chapitre 8 .................................................................................................................... 113
Médiation familiale, adolescence et psychanalyse en ligne.
Transfert de technologie et mondialisation. - Fatima Moussa, Elaine
CostaFernandez, Odette Lescarret, Nguyen Ngoc Diep
Chapitre 9 .................................................................................................................... 133
Evaluer la transmission des langues et des identités en contexte migratoire.
L’Elal d’Avicenne. - Fatima Touhami, Malika Bennabi Bensekhar, Muriel
Bossuroy, Dalila Rezzoug, Marie-Rose Moro
Chapitre 10 .................................................................................................................. 143
Les effets du colonial (Résumé de thèse, prix ARIC 2013) - Malika Mansouri
Chapitre 11 .................................................................................................................. 151
Crise, rupture sociale et expérience transculturelle de la médiation systémique
entre le Maroc et l’Italie - Rosita Marinoni et Salima Mrini
Chapitre 12 .................................................................................................................. 159
Enseigner en milieu rural : quels enjeux interculturels ? - Youssef Nait Belaid
Chapitre 13 .................................................................................................................. 169
L’islam, enjeu de formation interculturelle. Le cas français -
Françoise Lorcerie

Troisième partie
L’INTERCULTUREL, C’EST POSSIBLE
Chapitre 14 .................................................................................................................. 181
Socialisations citoyennes scolaires, entre respect de la diversité et nécessité
de cohésion sociale. L'éclairage d'une approche interculturelle comparative. -
Tchirine Mekideche


Chapitre 15 .................................................................................................................. 189
Personnes âgées, migration et care : enjeux intergénérationnels
et pour les politiques sociales - Claudio Bolzman
Chapitre 16 .................................................................................................................. 211
Valorisation des savoirs et des connaissances de la population immigrée -
Montserrat Feu Closas
Chapitre 17 .................................................................................................................. 223
La médiation culturelle à travers les traductions françaises des œuvres
littéraires indiennes - Kiran Chaudhry
Chapitre 18 .................................................................................................................. 231
Clinique de la différence - Jacques Brandibas
Chapitre 19 .................................................................................................................. 237
Le dialogue interreligieux, au cœur d’une logique interculturelle reconnue :
le vivre ensemble réunionnais. - Thierry Malbert
Chapitre 20 .................................................................................................................. 245
Religion et mouvements sociaux à l’épreuve du travail social en France -
Nabil Hajji

CONCLUSION ..................................................................................... 257
Platon et Gandhi : un dialogue des cultures - Abhijit Karkun


PREAMBULE
à l’ouvrage

« Les mouvements sociaux à l’épreuve de l’interculturel »


La mondialisation des échanges et l’évolution fulgurante des pratiques
habituelles de communication n’en finissent pas de déstabiliser les personnes,
de bouleverser les sociétés et les cultures, et de surprendre les états.
L’émergence et le développement de mouvements sociaux dans toutes les
parties du monde, à des fins difficilement explicitables par les acteurs
euxmêmes, témoignent de ces bouleversements ainsi que des crises multiples qui
agitent notre période actuelle : crise des valeurs bien sûr, mais aussi crise des
repères, crise des idéologies, crise économique et des institutions nous dit-on,
en tout cas… crise de la civilisation, crise de la reconnaissance de l’autre et de
son écoute.
Certes toute crise porte en elle une dynamique constructive où le
changement est associé à l’idée de progrès mais que dire aussi de ces agressions,
conflits, replis communautaires, rejets de la culture et de l’autre différent ou
étranger qui radicalisent actuellement les discours et les pratiques, détruisent les
personnes et anéantissent l’histoire ?
Oui tout bouge, tout change, on laisse croire que tout communique,
que l’information peut être en continu, ici et maintenant, que toute action de
l’homme doit se mesurer à l’échelle du monde, comme si tout était comparable,
mesurable, virtualisable, uniformisable (sur quel modèle ?) sans tenir compte
des contextes, des spécificités culturelles, des trajectoires historiques, des
métissages possibles.

Quel ratage de l’humain cautionnons-nous ? A qui profite la crise ?
Que ressentent les personnes ? Se sentent-elles reconnues dans leur histoire,
leur culture, leur spécificité humaine ?
Le malaise est grand, les mouvements sociaux se multiplient, alors il est
temps de revenir sur ce qui les fait éclore, de repérer les potentialités de
dialogue, d’interroger les initiatives de créativité prenant en compte les
revendications de l’autre différent, et de promouvoir plutôt une mondialisation
intégrative, attentive aux dimensions culturelles.
15 Odette Lescarret et Nabil Hajji
C’est dans cette démarche alternative que du 9 et 13 décembre 2013 à
Rabat au Maroc, l’Association de Recherches Inter Culturelles (ARIC) s’est
donnée les conditions pour que son XIVème Congrès soit entièrement focalisé
sur ce problème, autour du thème plus que sensible : « Mouvements sociaux et
dynamiques actuelles de changements. Nouveaux défis pour la recherche interculturelle ».
Pendant cinq jours, au sein de l’Université Mohamed V-Souissi, dans les locaux
de la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales, plus de trois
cents personnes, chercheurs et responsables en Sciences Humaines, Sociales et
Politiques, en provenance du monde entier, ont pu croiser leurs analyses, leurs
témoignages, leurs innovations et soumettre leurs avancées à l’épreuve de la
discussion.
Cet ouvrage, à la suite du congrès de Rabat, interroge la possibilité ou
non d’interculturalité dans l’évolution fulgurante de nos rapports sociaux
mondialisés, avec pour conséquence extrême au niveau de la civilisation en cas
de ratage de cette interculturalité, ou bien l’écrasement des différences par
imposition généralisée d’une culture ou d’une religion ou d’une idéologie, ou
bien par des remontées patrimoniales ou de replis, des revendications
identitaires traduisant des rejets ou des refus de toute mondialisation.
Ainsi des chercheurs et acteurs sociaux analysent en quoi la notion
même de contexte (social, historique, culturel, etc) est diversement prise en
compte dans la réalité des activités transnationales actuelles, ce qui souligne la
diversité des conséquences sur les processus psychiques des personnes et des
groupes.
D’autres interrogent alors la part du culturel, du religieux, du virtuel, du
civilisationnel dans le développement des récents conflits et apportent des
éclairages nouveaux par rapport à ceux des medias car plus complexes, moins
réducteurs et donc plus proches de la dimension humaine.
D’autres enfin présentent et questionnent des situations alternatives, et
soulignent le rôle innovant et porteur de sens de conceptions interculturelles,
déjouant alors la dérive médiatique actuelle qui voudrait étendre à l’échelle
mondiale la fascination morbide du catastrophisme ambiant en faisant impasse
sur les ressources inépuisables de la reconnaissance, du dialogue et de
l’interculturalité.
L’ensemble des vingt-trois textes de l’ouvrage contribue à l’ouverture
de perspectives nouvelles et à la créativité dans la recherche de solutions, pour
que la prise en compte des potentialités interculturelles de l’homme soit un
levier de changement.

Le chapitre introductif scande d’entrée de jeu cette problématique en
puisant, dans la dynamique de changement portée par les mouvements sociaux
récents, des ressources pour des voies nouvelles de recherche interculturelle,
16 Préambule
des cadres conceptuels innovants et des postures de recherche explicitables
permettant de relever les défis éthiques soulevés par ces nouvelles constructions
de rapports sociaux, culturels et politiques.
Trois axes organisent les textes présentés dans cet ouvrage,
représentatifs de la pluralité disciplinaire, culturelle et géographique des
participants au congrès, au-delà de la distinction recherche scientifique,
académique et pratiques professionnelles :

1. Rapport au contexte dans les activités transnationales, avec
des présentations de situations et des analyses soulignant la
dimension plus que jamais mouvante et contextualisée des
processus à l’œuvre et des méthodes pour prendre en compte ce
rapport au contexte.

2. Civilisations, cultures et religions : du conflit aux
dynamiques interculturelles, avec des discussions éclairant
l’évolution radicale des acquis dans ces nouvelles rencontres
virtuelles et concrètes, interrogeant la part de violence, de rejet,
d’ignorance ou de reconnaissance possible de l’autre, de ses
pratiques, de ses croyances, de ses significations.

3. L’interculturel, c’est possible, avec des présentations, des
témoignages et des méthodes soulignant des traces explicites et des
expressions inédites de créations interculturelles au sein des
actuelles tensions culturelles, ethniques, linguistiques, religieuses, et
révélant alors des ressources essentielles pour un changement
social respectueux de la dimension humaine.

La conclusion, très documentée, d’un tel ouvrage analytique et
prospectif, rappelle pour sa part les axes fondamentaux qui structurent la
pensée de Platon à Gandhi en les présentant selon le paradigme du dialogue,
l’accent est alors mis sur les valeurs et choix humains qui ouvrent la voie à
l’indispensable révolution interculturelle.

Cet ouvrage s’est aussi donné pour vocation de diffuser des travaux
choisis de jeunes chercheurs, afin de promouvoir dans la recherche à la fois des
paradigmes prenant en compte le fait culturel et sa dynamique, et également des
modélisations scientifiques de la complexité ayant pour éthique le choix
épistémologique de l’humain. C’est aussi ce qui caractérise la démarche
17 Odette Lescarret et Nabil Hajji
alternative et exigeante de l’ARIC, toujours de plus en plus repérée
internationalement et documentée, dont les manifestations scientifiques sont
connues pour leur haut niveau et leur qualité des débats, et les productions
scientifiques citées. Le lecteur trouvera ainsi dans ce livre des pistes et des clés
pour soutenir une posture interculturelle, porteuse de créativité, de paix et de
dynamisme.
Nous tenons en tant qu’initiateurs et coordonnateurs de l’ouvrage à
remercier Fatima MOUSSA la Présidente de l’ARIC qui impulse, anime et
soutient ces initiatives scientifiques, NGUYEN Ngoc Diep pour sa réalisation
éclairée de la mise en page, et tous les auteurs pour la formalisation rigoureuse
de leurs avancées scientifiques. Nos remerciements vont également à
Emmanuel JOVELIN et Claudio BOLZMAN, directeurs de la Collection
« Espaces Interculturels » aux Editions L’Harmattan, pour leur confiance et leur
soutien.

Odette Lescarret et Nabil Hajji

18
CHAPITRE INTRODUCTIF
Recherche interculturelle et mouvements sociaux :
dynamiques de changement et défis éthiques
Michèle Vatz Laaroussi

Introduction : la recherche interculturelle au gré des mouvements
sociaux
Durant les vingt dernières années, la recherche interculturelle s'est
développée et son champ d'application a dépassé les frontières disciplinaires
pour aborder des thématiques jusque-là réservées aux sciences politiques, à la
sociologie ou à l'histoire. Dans le même temps, les mouvements sociaux de la
dernière décennie interpellent les dynamiques de contact des cultures au sein
des sociétés mais aussi entre les différentes sociétés. Ces mouvements
s'internationalisent, redessinent voire renversent les frontières, mettent en
contact de manière virtuelle et concrète des individus et des groupes qui
auparavant s'ignoraient et créent de nouvelles solidarités, des réseaux
transnationaux et des dynamiques de changement imprévisibles et innovantes.
Face à cette construction reconfigurée des rapports sociaux, culturels et
politiques, la recherche interculturelle ne peut et ne doit pas rester indifférente.
De nouveaux champs de recherche s'ouvrent à elle tels que l'analyse des
dynamiques interculturelles propres à ces mouvements ou encore des
dynamiques transnationales et des rapports culturels et intergénérationnels dans
ces processus mouvants et contextualisés.
La recherche interculturelle dispose déjà de cadres conceptuels pertinents
pour approcher les rapports sociaux en situation inégalitaire, qu’on pense aux
travaux sur la décolonisation des savoirs (Fleuri, 2013) ou aux nouvelles
conceptualisations qui allient histoire collective, transmission de la mémoire
familiale et rapport sociaux intergénérationnels (Mansouri, 2011). Par contre la
recherche interculturelle sur, dans et avec les mouvements sociaux doit aussi
s'approprier et construire de nouveaux concepts issus par exemple de l'histoire
et des sciences politiques. En s'approchant de ces mouvements, elle fait face
aux idéologies et aux dynamiques de contestation-revendication devant
lesquelles elle a été traditionnellement plus frileuse. Nous proposons ici une
réflexion sur les nouveaux cadres conceptuels et les postures du chercheur qui
permettent d'approcher les mouvements sociaux dans une perspective à la fois
interculturelle et éthique, visant non seulement la description des processus
mais aussi la compréhension des dynamiques voire leur accompagnement par le
chercheur interculturel engagé dans le changement des rapports sociaux dans
son groupe, dans sa société mais aussi dans le monde. En dessinant ce nouveau
19 Michèle Vatz Laaroussi
champ de recherche interculturelle, nous identifierons les défis éthiques qui
sont soulevés tant dans le domaine de la recherche que dans celui des rapports
interculturels et nous proposerons des principes et des balises qui permettent
de les relever. Nous présenterons dans un premier temps les développements
contemporains de la recherche interculturelle pour aborder ensuite les concepts
et théories des mouvements sociaux et des réseaux sociaux. Notre troisième
partie abordera les articulations entre recherche interculturelle et mouvements
sociaux pour ouvrir dans un dernier temps sur une réflexion éthique concernant
le rôle du chercheur interculturel en lien avec les mouvements sociaux.

1. Recherche interculturelle et mouvements sociaux :
transnationalisme, reconfigurations et déploiements
contemporains
Recherche interculturelle et mouvements sociaux ont fait l’objet, de
manière parallèle dans la dernière décennie, de renouvellement et d’extension.
Leurs expressions et définitions se sont redessinées au travers de processus
sociaux transnationaux et originaux. Voyons quelle analyse nous pouvons faire
de ces redéploiements et vers quelles nouvelles conceptualisations et théories ils
nous amènent.

1.1. Diversification et recomposition de la recherche interculturelle
Selon les derniers travaux concernant la recherche interculturelle (Vatz
Laaroussi, Riard, Gélinas et Jovelin, 2013), les deux dernières décennies ont été
marquées par des processus de diversification et de reconfiguration liés au
renouvellement des approches disciplinaires et interdisciplinaires. On a aussi vu
émerger et se développer de nouveaux concepts inhérents au champ de
l’interculturel. La recherche interculturelle qualitative, antiraciste ou militante, la
recherche action et la recherche formation se sont ajoutées aux approches
traditionnelles des sciences sociales. De nouvelles disciplines, comme les
sciences juridiques, historiques et politiques, ont investi le domaine interculturel
en particulier pour sonder et analyser les rapports, processus et dynamiques en
jeu. S’associant aux chercheurs ou parfois en les précédant, les praticiens, les
décideurs politiques, les gestionnaires, les professionnels mais aussi les acteurs
sociaux, les militants et les simples citoyens ont participé au développement de
la recherche interculturelle en lui donnant de nouvelles voix et des orientations
originales.
En effet les rapports et dynamiques interculturelles sont, plus que jamais,
au cœur des débats sociaux, politiques, intellectuels et disciplinaires. Le champ
conceptuel interculturel n’a jamais été aussi investi, exploité, souvent
instrumentalisé mais aussi exploré et développé que ce soit pour des raisons
idéologiques, politiques et sociales. Le domaine de la recherche interculturelle
20 Chapitre introductif
devient dès lors espace de débats publics dans lequel l’interculturalisme est
approché parfois comme un modèle d’intégration et de gestion de la diversité
ethnoculturelle (Bouchard, 2014), parfois comme un épouvantail des dérives
communautaristes (Ferry, 2003). Face à cette politisation des concepts liés à
l’interculturel, les approches interactionnistes sont mises de l’avant comme des
méthodologies du sens qui permettent de mieux comprendre les relations
interculturelles en situation. En parallèle les théories de la reconnaissance
(Honneth, 2008) sont de plus en plus utilisées pour aborder les questions des
minorités et des rapports sociaux inégaux. Cet investissement du concept de
reconnaissance dans les rapports interculturels peut amener à une forme de
fragmentation du social selon la perspective postmoderne de Maffesoli (2014)
mais peut représenter aussi un processus par lequel passent les mouvements
sociaux pour amener du changement social.
Dans ces nouvelles lectures disciplinaires et conceptuelles de
l’interculturel, c’est une épistémologie originale qui émerge et se développe,
intégrant des théories traditionnelles et psychosociales comme l’acculturation
mais aussi de nouveaux cadres conceptuels issus des perspectives de la
sociologie critique comme l’ethnicisation des rapports sociaux, les processus de
domination et de discrimination ou encore la perspective post-coloniale.

1.2. Les mouvements sociaux : réseaux et perspectives
transnationales
Les mouvements sociaux sont au cœur des dynamiques de contact des
cultures, ils se déploient dans des configurations internationales et visent des
changements sans toutefois en contrôler les acteurs et les finalités. Ils
s’inscrivent dès lors dans de nouvelles formes d’innovation sociale dont
l’interculturalité est une dimension importante.
On se doit d’abord de souligner un lien conceptuel et épistémologique
important entre les mouvements sociaux et les réseaux, déjà bien connus et
intégrés aux approches de recherche interculturelle (Vatz Laaroussi, 2009 ;
Bolzman et Vatz Laaroussi, 2010). Mouvements sociaux et réseaux partagent
des caractéristiques liées à l’informalité de leurs liens, aux solidarités qu’ils
construisent et sur lesquelles ils reposent, à la perméabilité de leurs frontières
ainsi qu’à leur structure dynamique. Les uns comme les autres remplissent des
fonctions de circulation des informations et des savoirs tout en permettant
voire en visant le changement social.
Cette articulation s’est d’ailleurs clairement illustrée par la place prise par
les réseaux sociaux virtuels dans les révoltes du printemps arabe et dans le
mouvement étudiant du printemps érable au Québec mais aussi dans
l’ensemble des mouvements sociaux transnationaux contemporains. En effet
ces réseaux présentent nombre de qualités qui se retrouvent au sein des
mouvements sociaux. Pensons à leur capacité à mener des actions rapides et
21 Michèle Vatz Laaroussi
spontanées, à faire circuler des informations immédiates, à permettre des
expressions multiples sans hiérarchie voire un ou des leaderships partagés. Ils
ouvrent aussi sur l’implication informelle d’acteurs sociaux diversifiés et
distribués aux quatre coins du monde offrant ainsi de nouvelles perspectives sur
la citoyenneté et la démocratie. Ces réseaux virtuels, insérés dans les
mouvements sociaux tout autant que vecteurs de nouveaux savoirs, offrent
ainsi des alternatives politiques et sociales alors que les groupes et les structures
contemporaines et formalisées n’apportent pas de réponse adaptée aux
interrogations sociales. C’est sur ces liens des réseaux informels, souvent
virtuels et transnationaux, que vont se développer les mouvements sociaux
contemporains.
Les mouvements sociaux dépassent et transcendent cependant les
réseaux en particulier par leurs aspirations communes centrées sur des valeurs
et des idéaux partagés. Ces mouvements se caractérisent par leur transversalité
(Veyne, 2008) qui permet de sortir des appartenances groupales et
institutionnelles traditionnelles comme les partis politiques ou les syndicats tout
en regroupant des acteurs multiples et diversifiés autour d’une même cause.
Quels que soient la dispersion internationale de ces acteurs, leur posture sociale
et leur statut socio-économique, ils développent au sein du mouvement et dans
une situation conflictuelle, un sentiment d’identité collective. Cette identité
commune est fragile, ponctuelle et dynamique puisqu’elle se construit dans une
opposition collective à des politiques, à un gouvernement, ou à des
phénomènes sociaux et économiques perçus comme injustes, porteurs
d’inégalités et d’oppression.
Ainsi le mouvement social apporte et crée une continuité, une histoire
commune, avec des temps et des espaces ponctuellement investis par des
acteurs spécifiques et en réseaux. Ces actions ponctuelles et articulées dans le
mouvement remettent en question l’ordre établi.

2. La recherche interculturelle à l’épreuve des mouvements
sociaux : un paradigme et une posture renouvelés
Ainsi les dynamiques des mouvements sociaux interpellent la recherche
interculturelle la contraignant à renouveler ses concepts mais aussi ses
méthodologies, limites et prémisses. Alors sur quels fondements
épistémologiques, idéologiques et éthiques, la recherche interculturelle peut-elle
se baser pour développer une nouvelle approche des mouvements sociaux ?

2.1. La reconnaissance critique des rapports sociaux comme
paradigme interculturel
D’après Agrikoliansky et al.(2010), la sociologie française des
mouvements sociaux développe des caractéristiques comme le recours aux
22 Chapitre introductif
instruments de la sociologie critique, « la méfiance à l'égard des méthodes positivistes au
profit de méthodes plus artisanales, le suivi approfondi de la vie du groupe protestataire et
l'interrogation sur les motivations de ses membres, le développement des recherches sur des
univers autres qu'occidentaux, sur les mouvements dits de ‘sans’ et l'altermondialisme… »
(ibid, 123) Selon les auteurs, ces approches permettent une forme de dialogue
interdisciplinaire et, en ce qui nous concerne, on y voit clairement émerger des
objets et dimensions en lien avec la recherche interculturelle.
En effet le champ interculturel, lorsqu’on le parcourt avec les approches
radicales, critiques et intersectionnelles, s’éclaire de nouvelles perspectives et
offre une lecture renouvelée des conflits et des débats ouvrant aussi sur le
dialogue voire la médiation (Vatz Laaroussi et Tadlaoui, 2014). Par exemple
l’analyse intersectionnelle permet de saisir les rapports sociaux au travers des
multiples stigmatisations et oppressions auxquelles sont soumis les acteurs. On
parle de sujets opprimés du fait de leur genre, de la couleur de leur peau, de leur
culture, de leur religion, de leur langue, de leur niveau scolaire, de leur
orientation sexuelle ou encore de leur statut socio-économique. Ce cumul
d’oppressions et de discriminations appelle à une analyse complexe des
interactions en jeu et de leurs effets tant sur le plan de l’identité individuelle que
collective. Antiracisme, féminisme, anticapitalisme se conjuguent alors pour la
recherche et l’action sur ces problématiques complexes.
Par ces théories, la recherche interculturelle renouvelle ses objets et ses
méthodes, s’intéressant désormais aux rapports de pouvoir et les approchant au
travers d’épistémologies critiques mais elle révise aussi ses objectifs, associant à
l’émergence des connaissances la recherche de l’équité, de l’inclusion, de la
coopération et d’interactions égalitaires. C’est le paradigme interculturel même
qui se voit révisé, articulé désormais sur la finalité d’un Vivre ensemble complexe
et juste qui permet de rattraper les inégalités, de donner la parole et le pouvoir
par l’éducation et la culture. Dès lors la perspective interculturelle est à la fois
un idéal, une utopie transformatrice mais aussi une méthodologie d’action et de
réflexivité et le sens même du changement social.
Et dans ce nouveau paradigme, la recherche interculturelle se lit comme
une posture politique, éthique et pratique ayant la production de nouveaux
savoirs, l’émancipation et le changement comme finalités.

2.2. La recherche interculturelle engagée
Cette perspective amène à postuler que la recherche est politique, qu’elle
participe à la définition des rapports socio-politiques sur un territoire et avec
des acteurs divers. Et en ce sens on peut parler de recherche interculturelle
collaborative et engagée dans laquelle la structure égalitaire et de coopération se
retrouve dans l’équipe de recherche comme avec les acteurs locaux, femmes et
familles, participant aux études. Les recherches reposant sur une épistémologie
féministe et antiraciste en sont une bonne illustration (Paillé, 2012). Nous nous
23 Michèle Vatz Laaroussi
situons, selon cet auteur, au cœur des épistémologies critiques qui
déconstruisent les savoirs en différenciant les savoirs dominants de ceux qui
sont dévalorisés voire opprimés. On y remet en question la neutralité de la
recherche et du chercheur et on y développe un savoir critique quant aux
conditions de sa production mais aussi quant au fonctionnement du système
social et politique dans lequel la recherche s’inscrit. Par ailleurs ces recherches
reposent sur des modalités de collecte des données, d’analyse et de transfert des
connaissances originales et créatives amenant à un partage des pouvoirs et des
savoirs (Vatz Laaroussi, 2008). On utilise entre autres les réseaux informels
ainsi que l’art et les médias multiples pour faire émerger et circuler de nouvelles
connaissances.
La participation des acteurs aux publications, la mise en œuvre de
forums, de conférences, de débats et tables rondes, la mise en action des
chercheurs avec des organismes communautaires, l’écriture de chartes, de
pétitions et de mémoires, le soutien aux acteurs leaders dans leurs démarches,
illustrent les multiples collaborations entre chercheurs et citoyens acteurs de
réseaux et de mouvements sociaux qui visent à faire de la recherche
interculturelle un instrument pertinent pour les divers acteurs soit comme
argument, soit comme capital de savoirs, ou encore comme témoignage, projet
communautaire et force socio-politique. Dans tous les cas la recherche
interculturelle engagée permet dès lors au travers des réseaux et des
mouvements sociaux, le déploiement d’espaces internationaux voire
transnationaux et transculturels de solidarité.

2.3. La recherche interculturelle et les mouvements sociaux : un
champ de tensions
Les mouvements sociaux et la recherche interculturelle engagée se
rejoignent alors en tissant de nouvelles solidarités, en donnant voix et
reconnaissance à des acteurs jusqu’alors invisibles, en s’intéressant aux rapports
de domination, d’infériorisation et d’oppression, en analysant les réseaux et les
dynamiques d’interactions tout en identifiant les diverses sources de
discrimination et de rapports inégalitaires en lien avec la culture mais aussi de
nombreuses autres appartenances et identités. Ce nouveau champ de recherche
et d’action est aussi parcouru par de nombreuses tensions entre des processus
visant : l’inclusion versus la différenciation, l’intégration versus l’identité ou
encore le singulier le collectif. Recherche interculturelle engagée et
mouvements sociaux composent et recomposent sans cesse le continuum et les
nuances entre ces concepts qui les parcourent. Il en est de même pour les
tensions entre le mouvement global et son actualisation locale, entre le
paradigme des droits et celui des responsabilités des acteurs. Plus encore
recherche et mouvements naviguent aussi entre la reconnaissance des conflits et
la mise en œuvre de processus de médiations et plus encore entre les diverses
24 Chapitre introductif
définitions du changement social, porté par des réformes et des analyses
interactionnistes ou amené par la révolution et la perspective critique radicale.
Finalement, la tension la plus perceptible dans la recherche interculturelle
engagée, et encore plus lorsqu’on y aborde les mouvements sociaux de ces
dernières années, est celle qui favorise la participation en opposition à
l’organisation de revendications. La recherche interculturelle engagée est
participative, elle tend aussi à faire témoignage, à accompagner les acteurs vers
la revendication de leurs droits et la lutte contre les discriminations et injustices.
Elle est ainsi à la charnière entre ces deux pôles et en permet une intégration
dynamique. Il semble, dès lors, que, s’intéressant aux mouvements sociaux et à
leurs acteurs, la recherche interculturelle doive se situer dans une perspective à
la fois critique et émancipatrice mais aussi dialogique dans le sens où elle
permet d’intégrer de manière dialectique ces oppositions pour laisser place aux
sujets et à leur expression. Cette posture de chercheur accompagnateur des
acteurs et du changement social n’est pas sans poser des questions éthiques
concernant les fondements de la recherche interculturelle traditionnelle comme
l’objectivité, la neutralité ou le consensus social.

3. Questions d’éthique
Afin de discuter ces questions, nous aborderons d’abord l’éthique de
l’action sociale selon Baptiste et Caubère (2010) pour mener ensuite une
réflexion à partir des travaux de Bourgeault (2004) sur l’éthique des
mouvements sociaux et de la contestation.

3.1. Éthique de l’action sociale (Baptiste et Caubère, 2010)
Selon ces auteurs, l’action sociale repose sur trois grandes valeurs qui se
déclinent au travers de différentes dimensions. Le respect est la première de ces
valeurs qui se caractérise par la primauté accordée à la personne, la
reconnaissance de sa dignité et des différences interindividuelles, sociales et
culturelles. La valeur du respect amène à la citoyenneté.
La seconde valeur est celle de l’engagement des acteurs de l’action
sociale, praticiens, intervenants, gestionnaires, décideurs, voire chercheurs de et
pour l’action sociale. L’engagement se qualifie par la croyance des intervenants
en l’être humain et par le souci de l’autre. Selon les situations il prendra la
couleur de la tolérance, de la vigilance ou de la convivialité. Cette valeur amène
à la solidarité définie au travers des liens sociaux.
Enfin l’éthique de l’action sociale repose sur la valeur de la
performance qui se décline au travers de la participation, de l’innovation, de
l’adaptabilité, de l’audace, et de la persévérance. Cette valeur amène au
changement social.
25 Michèle Vatz Laaroussi
Il est aisé de saisir que la recherche interculturelle avec les mouvements
sociaux combine ces mêmes valeurs en particulier le respect, la reconnaissance,
l’engagement, la solidarité, la participation et le changement social. Ainsi se
définit le cadre éthique dans lequel vont se déployer les nouvelles avenues de la
recherche interculturelle engagée. Si le respect, la reconnaissance et la
participation sont déjà des axes importants dans les recherches interculturelles
contemporaines, utilisant les paradigmes interactionnistes et constructivistes, on
peut imaginer que, de plus en plus confrontés aux mouvements contestataires,
les acteurs de ces approches vont continuer à développer des modalités, des
méthodes, des objets d’étude et de nouveaux cadres conceptuels en lien avec les
valeurs d’engagement, de solidarité et de changement. Les réflexions de
Bourgeault (2004) concernant les valeurs et les conflits éthiques en lien avec les
mouvements sociaux et la contestation, apportent un éclairage fort pertinent
dans cette voie.

3.2. L’éthique des mouvements sociaux et de la contestation
Bourgeault (2004) aborde dans un premier temps les tensions entre
l’unité et la diversité pour réfléchir aux peurs inhérentes aux débats et aux
conflits. Suivant cette analyse, nous pourrons ensuite avec l’auteur, réfléchir à la
posture éthique du chercheur qui travaille en interculturel et avec des minorités,
au cœur des débats et des conflits contemporains.
Bourgeault identifie la tension qui se développe entre le consensus et la
dissidence lorsqu’on parle de mouvements sociaux et de contestation. Pour lui,
« La normativité renvoie à une vision particulière de l’être humain dans le monde, malgré sa
prétention à l’universalité, et doit être remise en question par l’inédit des enjeux dans des
situations nouvelles »… (Bourgeault, 2004, 74). Le chercheur tout comme les
acteurs sociaux doivent donc être particulièrement vigilants par rapport aux
limites de la norme et de l’universel : « Les dissidents ont dû briser au cours des siècles
les enfermements perçus comme rassurants dans les consensus et les règles établies, pour
réintroduire l’interrogation là où elle ne semblait plus avoir cours » (ibid, 75). Il rétablit ici
la force et la légitimité des contestataires, des marginaux ou des minoritaires qui
ont dû contester l’ordre établi pour le changement social et politique. Il cite
Ghandi et Martin Luther King, mais l’important est de saisir que ces leaders
n’étaient pas des acteurs isolés. Ce sont les mouvements sociaux qui les ont
accompagnés et portés qui ont permis de sortir des consensus opprimants et
injustes contre lesquels ils ont lutté. Et l’histoire permet de saisir que ces
mouvements étaient justes et légitimes même s’ils n’ont pas été considérés
comme tels à l’époque et même si on a présenté ces conflits comme non
éthiques.
Il faut dès lors aborder la peur du conflit comme une dimension à
déconstruire. En effet selon nos sociétés démocratiques, il faudrait la recherche
ou l’obtention du consensus pour que les décisions soient considérées comme
26

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