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Les naissances de la pleine lune

De
176 pages
Pourquoi les Inuits ont-ils tant d'enfants ? Les harems existent-ils vraiment ? Pourquoi les femmes vivent-elles plus longtemps que les hommes ? A quel type de population nous prépare le clônage? Connaissait-on la contraception dans les anciens temps? Les yaourts augmentent-ils la longévité? Destiné à un large public cet ouvrage a pour ambition de faire le point sur des questions essentielles ayant trait à la population, sur lesquelles la science démographique peut apporter un éclairage complémentaire.
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Les naissances de la pleine lune
et autres curiosités démographiques

Collection Populations dirigée par Yves Charbit, Maria Eugenia Cosio-Zavala, Hervé Domenach
La démographie est au coeur des enjeux contemporains, qu'ils soient économiques, sociaux, environnementaux, culturels, ou politiques. En témoigne le renouvellement récent des thématiques: développement durable, urbanisation et mobilités, statut de la femme et de l'enfant, dynamiques familiales, santé de la reproduction, politiques de population, etc... Cette démographie contextuelle implique un renouvellement méthodologique et doit donc prendre en compte des variables en interaction, dans des espaces de nature diverse (physiques, institutionnels, sociaux). La collection Populations privilégie les pays et les régions en développement sans pour autant oublier leurs liens avec les pays industrialisés et contribue à l'ouverture de la démographie aux autres disciplines. Elle est issue d'une collaboration entre chercheurs de l'Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération (ORSTOM), le Centre d'Etudes et de Recherches sur les Populations Africaines et Asiatiques (Université Paris V - René Descartes) et le Centre de Recherches Populations et Sociétés (Université Paris X - Nanterre).

Déjà paru
Véronique PETIT, Migrations et société dogon, 1998.

<9 L' Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6961-2

Frédéric Sandron

Les naissances de la pleine lune
et autres curiosités

démographiques

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

L'auteur remercie France Meslé, Michel Picouët et André Quesnel pour leur lecture attentive et leurs remarques sur une partie ou la totalité du manuscrit, ainsi que Yves Charbit, Maria Cosio-Zavala et Hervé Domenach pour leur soutien au cours de ce travail.

SOMMAIRE

INTR 0 DUCTI 0 N . Préjugés et idées reçues sur la population CHAPITRE 1- L'HOMME ET SES FEMMES

9

11

Fonctionnement du système polygamique

CHAPITRE 2- EN AVOIR OU PAS Histoire de la contraception et de la limitation des naissances

23

CHAPITRE 3- LES NAISSANCES DE LA PLEINE LUNE
Etude des rythmes dans la survenue des naissances

39

CHAPITRE 4- PEUT-ON VIVRE 969 ANS? La longévité maximale de la vie humaine

57

CHAPITRE 5- DE LA MORT DES FEMMES ET DES HOMMES Analyse des causes de la différence d'espérance de vie entre les sexes

73

7

SOMMAIRE

CHAPITRE 6- COMME DES BETES
Fécondité naturelle et régulation démographique

87

CHAPITRE 7- MALTHUS N'ETAIT PAS MALTHUSIEN
Les avatars de la pensée du pasteur Malthus

105

CHAPITRE 8- LA MEILLEURE

DES POPULA TlONS

125

Quantité et qualité dans la question de la population

CONCLUSION
Retour sur des idées reçues

165

INDICA TlO NS BIBL! 0 GRAPHI Q UES

169

8

INTRODUCTION

PREJUGES ET IDEES REÇUES SUR LA POPULATION

Quel est le pays dont la fécondité est la plus faible au monde? Le démographe peut répondre à cette question car son métier est d'abord de compter les gens. Mais cela n'est pas si évident qu'il y paraît. Depuis 1662, c'est-à-dire depuis que John Graunt se mit à dénombrer les morts londoniens, la démographie a affiné ses méthodes pour aboutir à un arsenal scientifique très pointu, qui fait aujourd'hui de la démographie une science très précise. Elle est une science de mesure. Par nature, le champ des études sur la population intéresse de nombreuses disciplines: l'économie, la sociologie, l'histoire, la géographie, la génétique ou encore l'écologie humaine. L'apport majeur de la démographie est d'intervenir en amont en fournissant des données sur lesquelles réfléchir, en aval en testant des théories proposées. La démographie, science du chiffre mais aussi science de synthèse, est alors au confluent des autres disciplines en matière de population. Si la recherche en démographie a apporté son éclairage aux questions de population, le cloisonnement des résultats dans des revues spécialisées et l'absence jusqu'à une date très récente d'ouvrages de vulgarisation ne permettent pas toujours une information suffisante pour que chacun puisse se forger une opinion objective, et garder ainsi l'esprit critique sur des sujets abondamment abordés par ailleurs. Et ceci est pourtant nécessaire car, quand on traite de la population, on marche fréquemment sur des œufs ou sur des braises. Les braises, ce sont les connotations idéologiques que véhicule la question démographique. Celles-ci sont tellement fortes qu'il est souvent trivial 9

INTRODUCTION de les lire à travers l'argumentation développée. D'autre part, et peutêtre plus que d'autres, les savoirs sur ce qu'on nomme « les grands événements de la vie» s'intègrent fortement à un système de pensée individuel beaucoup plus large qui fait qu'il est difficile de dissocier les premiers du second. Remettre en cause certains de ces savoirs reviendrait à affronter tout le système autour duquel ils sont bâtis. Mais, c'est bien connu, on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs. La démarche entreprise dans cet ouvrage est justement de partir de quelques assertions couramment émises au sujet de la population et des événements démographiques. Nous confronterons ces opinions, que vous avez sans aucun doute déjà lues et entendues ici ou là, aux résultats de la recherche menée par les spécialistes de la discipline. Pour chaque chapitre, ce point de départ constituera un fil conducteur autour d'un thème plus général dont nous présenterons une synthèse. Cette entrée en matière n'est donc ni plus ni moins qu'une manière de présenter une sélection de recherches récentes effectuées par les démographes. Faire sortir les travaux des chercheurs des revues spécialisées pour les présenter à un public plus large, sous un ton qui se veut celui du « divertissement scientifique », tel est notre propos. Ce tour d'horizon nous mènera ainsi vers des époques et des lieux très divers. La polygamie en Mrique, la baisse de la fécondité en Europe, les rythmes observés dans la survenue des naissances (surtout celles des nuits de pleine lune), l'âge limite de la vie (mangez des yaourts comme les Bulgares), la différence d'espérance de vie entre les sexes, la fécondité naturelle, le malthusianisme, l'optimum de population et l'eugénisme, constituent les thèmes traités au cours de ces pages. Nous verrons alors, parmi les idées reçues, quelles sont celles qui sont exactes, celles qui ne le sont pas, celles qui prêtent à discussion. Au fait, saviez-vous que le pays dont la fécondité est la plus faible du monde est l'Italie?

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CHAPITRE

1

L'HOMME ET SES FEMMES
FONCTIONNEMENT DU SYSTEME POLYGAMIQUE

Le pacha est allongé sur un divan orné de moelleux coussins, éventé par des esclaves, pendant que ses femmes sont réunies autour de la piscine du palais. Quelques instants plus tard, il se dirige vers elles et choisit celle avec qui il passera la nuit. Cette scène, chère à la littérature et au cinéma, évoque, de par l'exotisme qu'elle véhicule, l'image la plus tenace de la polygamie dans la pensée occidentale. De nombreux voyageurs du XIXe siècle ont rapporté des témoignages sur les harems, provenant de pays arabes, africains ou asiatiques. S'il est vrai que certains princes, rois ou chefs ethniques parmi les plus prestigieux ont pu avoir un nombre élevé d'épouses, il faut pourtant reconnaître, au risque de faire disparaître le fantasme, que la polygamiel traditionnelle n'a rien à voir avec la représentation du harem. A l'échelle du pays, le nombre moyen d'épouses par homme marié n'excède jamais deux. Exit donc, le mythe de l'ampleur. De toute
1 La terminologie « polygamie» signifie exactement un système matrimonial dans lequel un individu a pour conjoints au moins deux individus du sexe opposé. La « polygynie » concerne le cas où un homme a plusieurs épouses, la « polyandrie» celui où une femme a plusieurs époux. Cependant, pour simplifier et selon l'usage en vigueur, nous confondrons les termes « polygamie» et « polygYllie», la polyandrie n'existant quasiment pas.

Il

CHAPITRE 1

façon, il est aisé de se rendre compte qu'un système de mariage polygamique généralisé ne peut pas permettre à tous les hommes d'avoir plusieurs femmes, eu égard au ratio des sexes, si ce n'est dans certaines conditions bien particulières. Parmi celles-ci, figurent deux explications courantes pour le moins fantaisistes. Un premier argument, reposant sur une vue simpliste du fonctionnement des sociétés polygamiques, est parfois avancé. Il y aurait deux types d'hommes: les uns, voués au sacrifice du célibat défmitif, permettent ainsi la polyganlie des autres. L'autre motif invoqué, et servant parfois de discours de légitimation au sein même des populations concernées, est qu'il y aurait un excédent de femmes. Certaines tribus seraient réputées pour pratiquer l'enlèvement des femmes des tribus voisines. Selon ce schéma, en toute logique, les tribus « déficitaires» en femmes devraient pratiquer alors la polyandrie. Plus sérieusement, il est facile de voir que cet argument, même s'il a pu s'avérer exact pour quelques tribus guerrières qui ramenaient les femmes après avoir massacré les hommes, ne peut pas expliquer la polygamie à l'échelle d'une région ou d'une ethnie entière2. La surmortalité et l'émigration masculines peuvent être des facteurs qui favorisent la polygamie, mais leur ampleur n'est pas suffisante pour en expliquer la cause ni le fonctionnement. Force est de constater que toute description succincte serait réductrice de la polygamie, qui dépasse largement le cadre d'un régime particulier de nuptialité. Il serait plus exact de parler de système polygamique, avec ses règles précises de fonctionnement, les rapports qu'il crée entre les hommes et les femmes, mais aussi entre les femmes elles-mêmes, et la manière dont il s'insère dans le système social tout entier.

2 Cependant, le « rapt» des femmes entre certaines tribus existe bel et bien. Mais il s'agit d'une coutmne, d'un geste symbolique, les familles s'étant mises d'accord auparavant sur l'union des jeunes.

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L 'HOMME ET SES FEMMES La situation contemporaine de la polygamie

Alors qu'elle fut sans doute dans le passé la fonne d'union la plus fréquente panni l'ensemble des populations, aujourd'hui la polygamie se retrouve essentiellement en Mrique sub-saharienne. On en trouve quelques traces dans certaines régions musulmanes d'Asie et dans quelques pays arabes, où elle concerne au plus un mariage sur dix. Dans l'ensemble du monde arabe, la proportion de mariages polygames

est proche de 5% 3. Panni ceux-ci, 9 hommes en union polygamique
sur 10 ont deux femmes. Aucune tendance générale claire ne se dessine sur l'évolution du phénomène au cours de la seconde moitié de notre siècle. Le taux de polygamie se maintient en Libye, en Egypte et en Jordanie, augmente au Koweït, diminue en Syrie. Dans les pays du Maghreb, la polygamie est en régression. La proportion d'hommes en union polygamique panni les hommes mariés est de l'ordre de 2% en Algérie. Au Maroc, une femme qui se marie peut demander une clause de monogamie. Dans ce cas, tout remariage est alors un motif de divorce automatique. En Tunisie, la polygamie est officiellement interdite depuis 1956. Ce n'est que panni les populations négro-africaines, et particulièrement celles de l'Ouest de l'Mrique, que l'on peut véritablement parler de polygamie en tant qu'institution et comme fonne d'union privilégiée. Le nombre d'hommes en union polygamique panni les hommes mariés peut atteindre 37% dans le cas de la Guinée, et une moyenne de 20% pour l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest4. A des niveaux géographiques plus fins ou pour une ethnie particulière, c'est parfois plus de la moitié des hommes mariés qui sont en union polygame. Outre la proportion d'hommes mariés en union polygamique, une autre mesure de la polygamie est utile: le nombre moyen de femmes par homme marié. Toujours pour l' Mrique sub-saharienne, on constate des

3 Chamie 1., 1986. « Polygyny among Arabs », Population Studies, vo1.40. 4 Chojnacka H., 1980. « Polygyny and the rate of population growth », Population Studies, vo1.34.

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CHAPITRE

1

variations allant de 1.09 à 1.91 femme par homme marié de la tranche d'âges 50-59 ans, respectivement pour le Rwanda et la Guinée5 Enfin, il est intéressant de voir la répartition du nombre de femmes par homme. Dans les pays musulmans, la grande majorité des hommes polygames ont deux femmes, une très faible minorité en ont trois ou quatre. Ce dernier chiffre est d'ailleurs le nombre maximal autorisé par le Coran. Dans certains pays d'Afrique sub-saharienne, on compte jusqu'à 30% des polygames qui ont plus de deux femmes. Cela s'explique notamment par la pratique du « lévirat » qui consiste, à la mort d'un homme marié, à transmettre ses épouses à un frère ou un
COUSID.

Pour ce qui est de la tendance contemporaine du phénomène en Afrique sub-saharienne, il faut noter que la polygamie fait l'objet de restrictions légales et semble diminuer très légèrement en ville. Mais cette tendance n'est pas générale. Au Sénégal, par exemple, pour 100 hommes mariés, 27 sont polygames en 1960 contre 32 en 1978. Parmi les femmes, ce sont 48% d'entre elles qui vivent dans un ménage polygame. Entre les années 1970 et aujourd'hui, dans l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, la règle générale est plutôt une relative stabilité de la polygamie. La baisse des taux de polygamie observée dans certains pays (Cameroun, Côte d'Ivoire) est à mettre en balance avec la hausse enregistrée dans d'autres (Burkina Faso, Mali, Sénégal)6. Ceci montre bien les limites de l'idée selon laquelle l'urbanisation, et le modèle occidental sous-jacent qu'elle représente à travers la modernisation, devraient aboutir à un abandon progressif de la polygamie. Le type de résidence, urbain ou rural, a moins d'influence sur le phénomène qu'on aurait pu le penser.

5 Locoh T., 1984. « Fécondité et famille en Afrique de l'Ouest»,

Travaux

et
of », et la

Documents, Cahier de l'INED, n° 107. 6 Garenne M., Van de Walle E., 1989. « Polygyny and fertility among the Sereer Senegal », Population Studies, vol.43 ; Ndiaye S., 1985. « Polygamie et fécondité Chap. IV de Charbit et al., « Nuptia1ité et fécondité au Sénégal », Travaux Documents, Cahier de l'INED, nOl12 ; Equipe du CEPED, 1996. « Evolution de nuptialité en Afuque », Rapport scientifique AUPELF-UREF.

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L 'HOMME ET SES FEMMES

Il est en vérité très difficile d'avoir des statistiques précises sur la polygamie en milieu urbain car elle prend des allures nouvelles et déguisées. Par exemple, il existe une forme répandue de polygamie où un homme a une femme officielle et un « deuxième bureau ». Ces nouvelles formes de polygamie visent à contourner son interdiction légale de la part des autorités nationales. A cet aspect juridique se greffe celui de la particularité du mariage africain. Sa définition même est difficile à cerner, elle est beaucoup plus complexe qu'en Occident. Aux mariages coutumier et civil viennent s'ajouter dans certaines ethnies des différences beaucoup plus fines, qui rendent difficiles toute observation et toute classification préétablie sur le modèle monogamique car le fonctionnement de l'union polygamique obéit à un ensemble de règles générales qui font son unité.

Le fonctionnement

du système

Les statuts de la femme en système monogamique se résument à ceux du célibat, du mariage, du divorce ou du veuvage. Les unions en système polygamique revêtent pour les femmes une multiplicité de situations qu'il serait trop long d'énumérer exhaustivement. Par exemple, une femme peut être en union monogame définitive, en union monogame en attente d'une co-épouse, en union monogame après avoir été en union polygame à la suite du décès de sa co-épouse, elle peut être première épouse, deuxième ou troisième épouse, peut devenir deuxième épouse dans un nouveau mariage après avoir été première dans le précédent, etc. Par contre, et c'est là une première caractéristique du système polygamique, le statut de femme célibataire ou de veuve non remariée est quasi inexistant. Si l'on associe cette particularité à l'autre clé de voûte de l'institution, le mariage féminin précoce, on détient les deux éléments essentiels de régulation démographique de la nuptialité polygamique. En effet, si l'on exclut les explications fantaisistes ou de moindre importance que nous avons signalées, la seule possibilité qui demeure pour que chaque homme épouse plus d'une fernn1e en même

15

CHAPITRE 1

temps est que le mariage masculin dure mOllls longtemps que le mariage féminin. La régulation du système matrimonial polygamique se fait donc principalement par l'âge au premier mariage. Pour les femmes, il est en moyenne compris entre 15 et 20 ans selon les populations, et entre 25 et 30 ans pour les hommes. Le différentiel d'âge au premier mariage est en général un bon indicateur du degré de polygamie de la population concernée. Ainsi, chez les Peul Bandé, ethnie du Sénégal, les filles se marient vers 15 ans et les garçons vers 25 ans. Le nombre moyen de femme par homme y est égal à 1.8 7. A 20 ans, toutes les femmes sont mariées et il en est de même pour les hommes de 30 ans. A côté du différentiel d'âge au mariage entre les sexes, le remariage rapide est l'autre caractéristique du système. Que ce soit pour les femmes ou pour les hommes, le célibat définitif n'existe pas dans les sociétés polygamiques, sauf pour les infirmités patentes et les cas pathologiques les plus graves. Pour les femmes, même le célibat temporaire est rare. A la suite d'une rupture d'union, un remariage précoce est facilité par l'institution qui permet pour une femme de décréter tous les hommes potentiellement « libres », chacun pouvant prendre une épouse supplémentaire, et pour un homme de trouver assez facilement une femme parmi les nombreuses veuves ou divorcées. La rupture d'union volontaire est en effet une caractéristique essentielle du système polygamique. Le taux de divorce est très élevé en Afrique et s'accompagne d'un remariage quasi instantané, le divorce n'intervenant dans la plupart des cas qu'au moment où la femme a trouvé un nouveau mari. Cela s'explique par le poids de l'entourage qui considère mal un célibat féminin prolongé. Il faut signaler en outre que le divorce est essentiellement le fait des femmes, les hommes pouvant prendre une épouse supplémentaire sans avoir à divorcer à leur initiative. Dans ces conditions, la famille de la fille doit rembourser la dot8, qui s'.avère de
7 Pison G., 1988. « Polygamie, fécondité et structures familiales» in Tabutin D., Population et sociétés en Afrique au sud du Sahara, L'harmattan. 8 La dot est un élément important du système polygamique. En retardant l'âge au mariage de l'homme, qui doit travailler plusieurs années avant de la constituer, elle favorise l'écart d'âge au premier mariage.

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L 'HOMME ET SES FEMMES

moins en moins symbolique, ce qu'elle ne peut pas toujours faire. La seule solution est de trouver un nouveau mari et de rembourser la première dot avec la suivante. Enfin, un dernier mécanisme permet le remariage instantané: celui du lévirat qui, comme nous l'avons vu, consiste pour un homme à hériter des femmes d'un proche. Cette pratique se rencontre surtout chez les populations africaines de religions traditionnelles. Consécutivement à des divorces fréquents9, à un veuvage important inhérent à une différence d'âge entre les époux, les femmes ont donc l'occasion, et même le devoir, de se remarier lors de la rupture d'une union. Il est alors possible de mettre en parallèle la polygamie simultanée des hommes avec la multiplicité des unions successives des femmes. Mais ce serait encore simplifier que de s'en tenir à ce seul aspect des choses. Il faut bien voir que la polygamie est un système matrimonial particulier et non pas un état permanent de l'individu. La polygamie est la majorité du temps virtuelle. Lorsqu'un homme se marie à 25 ans, il ne prend une seconde femme que vers l'âge de 40 ans. De plus, divorce et décès d'une épouse font que la polygamie n'est pas un état continu dans la vie d'un homme. La période de sa vie où un homme a été marié à deux femmes ou plus est en moyenne plus courte que ses périodes de célibat et de monogamie. De la même manière, si beaucoup de femmes ont eu plus d'un mari, le vèuvage et la tolérance qui existe envers la mobilité féminine volontairelO font que certains de ces mariages ont été très courts. La situation des deux sexes n'en est évidemment pas symétrique pour autant. Dans le mariage, les hommes sont toujours plus âgés que les femmes. La seconde femme d'un homme a souvent le même âge que sa première femme au moment de son propre mariage, c'est-à-dire entre 15 et 20 ans. Il est courant qu'un homme ait déjà des enfants de sa première épouse, qui soient plus vieux que sa seconde épouse. Ce genre de situation n'est pas sans créer des conflits.
9 Chez les Peul Bandé, par exemple, un mariage sur quatre se solde par un divorce au cours des trois premières années. 10La tolérance a cependant ses limites. Une femme qui divorce trop facilement ou qui divorce quand elle a de nombreux enfants est mal considérée.

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