Les natures des Calanques

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Les représentations de la nature sont des formes de décodage de la réalité qui ont des origines diverses et des raisons multiples d'exister. Dans les calanques, les humains ont toujours eu plusieurs manières de la comprendre, de l'appréhender et de la protéger, mais avec l'arrivée du Parc National, une nouvelle représentation de la nature est apparue : celle qui fait référence au développement durable et à l'écologie. De quoi se composent toutes ces représentations de la nature des calanques et comment vont-elles pouvoir coexister sur ce territoire ? C'est à ces questions que cet essai va tenter de répondre.
Publié le : dimanche 15 mai 2016
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EAN13 : 9782140010248
Nombre de pages : 244
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Stéphane Calandra contemporaines Q LES NATURES DES CALANQUES Représentations de la nature dans les Calanques
Questions contemporaines
Les natures des Calanques
Questions contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Luc DAUDONNET, Max MEMMI,Pour un nouvel humanisme. Cette France dont nous rêvons, 2016 Roger BENJAMIN,La gauche, une notion incertaine ; le socialisme, un idéal dévoyé, 2016. Elysée SARIN,Un demi-siècle de syndicalisme en France suivi de La voie judiciaire. État des lieux, 2016. Hervé PIERRE, Le Désenchantement américain, de l’aube républicaine au crépuscule impérial, la fin du mythe,2016Jean-Michel TOULOUSE,Que faire pour changer la société capitaliste ?, 2016 Roger EVANO, La démocratie faceau défi de l’islamisme, 2016. András István TÜRKE,La géopolitique des premières missions de l'Union européenne en Afrique, nouvelle édition, 2016.Yves LE DUC,La valeur des diplômes, 2016. Jean-François DE LE MARANDAIS, Martine PEYRARD-MOULARD,Chômage, la courbe qui ne voulait pas s’inverser !, 2016 Michel ADAM,Jean Monnet, Citoyen du monde, Une pensée pour aujourd’hui, Seconde édition,2016.
StéphaneCALANDRALes natures des Calanques Représentations de la nature dans les Calanques
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08465-7 EAN : 9782343084657
Avant-propos
Les Calanques de Marseille et Cassis, le lieu que j’ai choisi d’étudier, ne représentent pas pour moi un terrain inconnu. Ayant grandi à Carnoux-en-Provence, je devais avoir 5 ans lorsque je suis allé pour la première fois dans les Calanques, à Port Miou et à Port Pin. J’ai appris l’escalade à En Vau et j’ai ensuite régulièrement grimpé dans les Calanques. J’ai ainsi quelquefois bivouaqué à En 1 Vau, à Morgiou ou dormi dans le refuge Azéma . Je pratique aussi le plongeon de haut vol et j’ai, entre autres, 2 plongé à Port Miou, à Riou ou du haut des Impériaux . J’ai souvent marché dans les Calanques, aussi bien par plaisir que pour rejoindre une voie d’escalade ou un spot de plongeon. J’ai possédé un voilier amarré au Frioul et il m’est donc arrivé d’aller mouiller à Marseilleveyre et de manger chez Le Belge. J’ai également habité durant deux ans dans un cabanon (avec eau et électricité) sur la plage de la Verrerie, c’est-à-dire légèrement en dehors du périmètre terrestre du Parc mais dans son périmètre marin. J’ai bien sûr visité quelquefois les Calanques en « promène couillons », c’est-à-dire avec un bateau embar-quant des touristes, j’ai mangé au restaurant Le Lunch à Sormiou, à la pizzéria de Callelongue ou au café de Morgiou et je possède, pour finir, une connaissance très respectable des vins de Cassis… Cette familiarité avec les Calanques m’a souvent été utile car les usagers que j’ai
1 Refuge situé au-dessus d’En Vau et de la calanque de l’Oule. 2 Petits ilots situés au large de Riou.
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rencontrés ont pu voir en moi, non pas un « Parisien » parachuté en Provence mais un des leurs et se sont ainsi sentis plus en confiance pour me parler. En ce qui concerne le sujet de cet ouvrage, je me suis aperçu que l’existence du Parc des Calanques avait engendré de nombreuses controverses avec ses usagers et qu’il semblait exister un problème d’incompréhension 3 mutuelle. D’un côté, certains « anti-parc » faisaient passer les gestionnaires du Parc pour des écologistes intégristes ou des ayatollahs égocentriques et, de l’autre, le Parc avait parfois tendance à faire passer ceux qui se plaignaient pour des anti-parcs ou des égoïstes inconscients voulant conserver leurs privilèges coûte que coûte. Or, si les deux cas de figures existent peut-être, les deux sont minoritaires de chaque côté et ce qui semble prédominer, c’est la volonté de créer un espace sur lequel tout le monde s’y 4 retrouverait . Un ajustement social, perceptible à travers ces controverses, semblait manquer ici et c’est donc autour des controverses que mon sujet s’est construit. J’ai pris le parti de considérer ce que l’on me disait au lieu de chercher à interpréter des propos pour découvrir 5 une position ou une structure sociale cachée car, à mon avis, le social n’a ni une dimension surplombante ni une 6 structure précise ; les accords sociaux et leurs modalités 3  Nous en reparlerons mais ceux que l’on appelle anti-parc ne se considèrent pas contre le Parc, ils sont contre ses excès et ses erreurs. 4  Cette manière de stigmatiser les adversaires fait un peu penser au débat droite / gauche : la droite accusant la gauche d’être un ramassis de flemmard et la gauche accusant la droite d’être une association d’égoïstes. Or, si effectivement les flemmards peuvent trouver refuge dans l’espace de la gauche et si les égoïstes peuvent se cacher derrière un discours de droite, la plupart des personnes engagées politiquement le sont par conviction et sont animées de bonnes intentions sociales. 5  Cf. B. Latour,Changer de société, refaire de la sociologie, La Découverte, 2007 ; ou J-P. O. De Sardan,La rigueur du qualitatif, Bruylant-Academia, 2008. 6 Cf. B. Latour,Changer de société, refaire de la sociologie, op. cit.
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ne sont donc pas à découvrir en dévoilant ce qui se trouverait derrière un discours ou une pratique mais en comprenant de quoi ces accords se composent, comment ils se construisent et pourquoi ils peuvent avoir parfois des difficultés à exister. Mon travail a donc été un travail d’écoute avec respect et d’entretien des controverses pour mieux les comprendre et les analyser. J’ai ainsi souvent été, non pas l’avocat d’un diable mais celui qui rappelait ses propos à ceux qui cherchaient à le dénoncer. J’ai cherché, au tout début, des représentations de la nature et me suis rapidement aperçu que vouloir trouver de la nature sur un espace était déjà une manière particulière de se le représenter car cela présupposait un décodage de l’espace avec des critères particuliers que toutes les personnes n’étaient pas obligées d’employer. Mis à part au début, je n’ai donc pas, par moi-même, parlé de nature lors de mes entretiens. Mais puisque ce travail concerne les représentations de la nature, celles-ci vont donc correspondre ici aux représentations de cet espace littoral (et de ses composants) situé entre Marseille et Cassis sur lequel se déroulent des processus biologiques non ou peu canalisés de manière volontaire. Les représentations de la nature décrites dans ce livre ne renverront donc pas à ce que perçoivent exactement les usagers lorsqu’ils emploient le mot nature mais à ce que le sens plus ou moins commun reconnaît comme nature. Car même si le terme n’a pas toujours été employé, tout le monde ou presque peut estimer apercevoir un espace naturel en se trouvant dans les Calanques. J’ai essayé de voir des usagers « normaux » ainsi que des représentants emblématiques des Calanques, professionnels, de loisir ou gestionnaires. La plupart des entretiens est issue d’un travail que j’ai réalisé en collaboration avec Dominique Ami, économiste,
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7 chercheuse au GREQAM et Maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille 2, qui a mené une recherche sur la gestion du littoral marseillais pour l’Observatoire 8 Hommes-Milieux « Littoral méditerranéen » . Le questionnaire qui me servait de canevas lors de mes entretiens était donc le plus souvent composé de questions concernant le littoral auxquelles je rajoutais parfois des questions plus spécifiques aux Calanques lorsque le thème n’était pas assez abordé naturellement, ce qui a rarement été le cas car le Parc des Calanques est aujourd’hui très présent dans l’imaginaire du littoral marseillais. La prédominance de questions concernant le littoral et sa gestion a été, en fin de compte, très intéressante car cela m’a permis de tourner autour du sujet de la nature sans être obligé de l’évoquer et de voir, au-delà de la dichotomie nature/culture, comment cet espace était décodé. Le propos est à nuancer mais si une partie des informations que j’ai recueillies m’ont révélé des positions critiques envers le Parc, c’est aussi sûrement parce que c’est parmi les personnes qui ont ce positionnement que la disponibilité à me parler a été la plus forte. Mais tout de même, la plupart des personnes qui soutiennent et soutiendront encore le Parc ont osé émettre quelques critiques à son sujet et les gestionnaires du Parc avec qui j’en ai parlé ont également reconnu que cette institution n’avait pas encore très bonne réputation même si elle était indispensable. Autre remarque importante : bien souvent, chez les usagers, le mot « parc » a représenté un terme générique et
7  Groupement de Recherche en Économie Quantitative d'Aix-Marseille. 8  L’Observatoire Hommes-Milieux "Littoral méditerranéen" est un dispositif de recherche interdisciplinaire du CNRS.
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9 a englobé aussi bien le Parc que le GIP . Ainsi de nombreuses critiques à l’encontre du Parc sont-elles sûrement, en réalité, des critiques adressées au GIP, comme celles concernant, par exemple, les processus de concertation. Je tiens également à remercier toutes les personnes avec qui je me suis entretenu qui ont eu la gentillesse de me consacrer un peu de leur temps et sans qui ce travail n’aurait pas pu exister, et plus particulièrement : - Robert Allione, président du Conseil Consultatif Régional de la Mer, instigateur du Parc marin de la Côte Bleue et ancien vice-président du Conseil Régional. - Anne Laure Clément, chargée d’étude milieu marin au Parc des Calanques. - Claude Leloustre, plaisancier, ancien président des 10 « Amis de la Rade » et chargé de mission concernant les relations avec le Parc national par la « Société Nautique », et l’association « Vieux Port Marseille ». - Guillaume Letestut, artisan pécheur à Cassis avec qui j’ai passé une matinée de pêche. - Cyrille Martineau, plaisancier, avec qui j’ai possédé un voilier quelques temps. - Michel Meacci, pécheur, scaphandrier, prud’homme à Marseille et président de Marseille Accueil Culture et Tradition, association réunissant quatre syndicats de pécheurs. Personnage emblématique de la pêche marseillaise, il est adhérent des « Amis de la Rade » et a, par exemple, été particulièrement actif lors de la manifestation contre la Rade Sud en cœur de Parc organisée en 2010 qui a, entre autres, bouché le port de Marseille.
9 GIP : Groupement d’intérêt public des Calanques créé en1999. Initié et présidé par M. Guy Teissier, il a précédé et préparé l’arrivée du Parc des Calanques. 10 L’association « Les Amis de la Rade » est la principale association « anti-parc ».
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