LES NOUVEAUX PROFS SUR LA BRÈCHE

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Enseigner quoi, comment, à qui ? Enseigner pourquoi ? Au moment où la rénovation des IUFM est à l'ordre du jour, ce livre rappelle le projet qui fut à l'origine de leur création : le " métier nouveau " auxquel ils devaient préparer… Après la présentation de la crise du métier d'enseignant aujourd'hui, s'exprime la position des " nouveaux professeurs " et leur représentation du métier, née de la confrontation de leurs modèles à une jeunesse en crise qui désigne à la formation ses lieux d'intervention, aux pouvoirs publics les limites à ne pas franchir.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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EAN13 : 9782296257016
Nombre de pages : 238
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Les nouveaux profs. . . sur la brèche

entre un passé qui meurt et un avenir encore indéterminé

Gisèle de LYLLE

Les nouveaux profs. . . sur la brèche
entre un passe qUI meurt et un avenir encore indéterminé
,

.

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-1192-8

À vous, professeurs,
« Quand la jeunesse claque se refroidit, des dents.»

le reste du monde

Bernanos

SOMMAIRE
Pré! ace. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .13

Avant-propos
Intro ductio n

17
23

PREMIÈRE PARTIE

La querelle des IUFM 1. Professeur dans la tradition républicaine Enseigner ou transmettre un savoir et fonner la raison Enseigner ou instituer le citoyen républicain « Souvenez-vous des professeurs... » 2. La réforme de la formation des maîtres Enseigner ou préparer à l'insertion sociale et professionnelle Faire apprendre et apprendre à apprendre « Un nouveau métier se profile. .. » 35 36 38 42 45 46 50 54

3. Humanisme, humanismes À l'origine, l'humanismeclassique Former l'homme...
A I :<ci:. cole
des A nc i ens. ..

..57 59 59

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62

La montée de l'humanisme moderne et de l'idéal républicain Former la raison... ... Former par le contemporain, pour le contemporain... Enseigner l'homme réel, l'homme dans sa complexité? Synthèse de la première partie

66 67 70 73 79

DEUXIÈME

PARTIE

Former l'homme

au début du XXIème siècle 91 92 96 104 111 111 115 122 129 130 135 ..141 .142 147

1. Enseigner ou... préparer à vivre en société Choisir de partager une passion Enseigner à l'école publique Le « quelque chose» à faire passer Du devoir d'éduquer au devoir éduquer
Les professeurs des écoles et la tradition

du maître éducateur Éduquer en collège et en lycée Former des hommes... ou donner des outils, des armes pour affronter la vie 2. Entre les maîtres d'hier et les élèves aujourd'hui Quand l'élève ne veut plus apprendre De la défaillance des familles... À la violence institutionnelle... Des élèves sans repères

Entre la révolteet le désespoir... « Un rr;:,t: ça peut changerla vie»
3 . S'adapter Différencier la pédagogie Des élèves capables d'apprendre Des élèves susceptibles deformation morale Travailler en équipe Professeur au sein d'une communauté éducative Les familles... retrouver une communauté de valeurs...
Ceux de l'environnement social et culturel,

151
.159 ..160 161 176 181 191 191 196 199

un substitut auxfamilles, éventuellement Les entreprises et l'école, ou la difficulté de concilier l'homme et le travailleur

10

Synthèse de la deuxième parlie

207

Conclusion ......... Liste des sigles
Notes.

......

...

...

.211 219

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .221

Bibliographie

.225

Il

PRÉFACE
On croit tout savoir sur les profs, car chacun en côtoie dans son entouragefamilier. « Métier » de classe moyenne, il autorisefacilement identification, mimétisme ou caricature. Et pourtant, que savons-nous de la génération des professeurs sortis des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM), enseignant à des élèves qui exerceront leur activité professionnelle jusqu'au début de la seconde moitié du XXIème siècle?
L'ouvrage s'organise en deux parties essentielles structurées cha-

cune en trois chapitres distincts. La première partie interroge le modèle IUFM issu de la loi d'orientation 1989, à travers la querelle des « Anciens» sur l'éducation du 10 juillet » et des « Modernes.

Deux traditions intellectuelles s'affrontent: le « courant républicain » pour qui, instruire, c'est former la raison pour instituer le citoyen,. le « courant démocratique» qui, prenant appui sur la réforme de l'enseignement, étend la transmission du savoir, à des préoccupations d'insertion sociale et professionnelle des jeunes. L'analyse historique de l'auteur montre bien comment l'opposition multiséculaire de ces deux conceptions, mobilise des visions de l'homme et de la société qui ne sont pas neutres, indifférentes ou équivalentes. À l'humanisme classique se substitue l' humanisme moderne porté par l'idéal républicain. La post-modernité fait éclater un certain type de certitude sur l'idée d'une nature universelle de l'homme par exemple, ou encore sur le rationalisme

cartésien,. Ce qui au bout du compte, nous rend plus modestes. Ne faudrait-il pas parler aujourd'hui, de l'humanisme au pluriel, et admettre qu'instruire le futur citoyen, c'est enseigner l'homme réel dans toute sa complexité? La deuxième partie du livre occupe les deux tiers du travail consacré à l'application d'une démarche d'intervention sociologique. Il s'agit d'une enquête explorato ire, qualitative, qui restitue la parole d'une trentaine d'enseignants d'horizons divers, et c'est là, me semble-t-il, l'originalité en même temps que l'intérêt irremplaçable de cet ouvrage. Des professeurs des écoles, des certifiés et des agrégés de différentes disciplines et appartenant à l'enseignement général, technologique et professionnel, témoignent de leur motivation à enseigner, confrontent leurs représentations des élèves et de leurs familles. Enseigner, un métier? une passion, une vocation... A les entendre, on découvre que lafigure du maître d'hier n'est pas morte et que se construit, dans les années 2000, une professionnalité enseignante. Mais où sont les repères d'antan, quand l'école n'est plus un vecteur essentiel de mobilité sociale? L'analyse suggérée par l'auteur révèle, par la juxtaposition des fragments de discours, un monde éclaté, confronté à la crise de l'école et plus largement à la crise de l'éducation. Crise de la société, crise de l'enseignement, le thème n'est pas nouveau, mais la singularité du regard de Gisèle de Lylle, consiste à préserver le vécu au quotidien des maîtres, dans leur rapport aux élèves et à l'environnement social. On voit par là que les mots sont ambigus. Faut-il s'adapter aux nouvelles caractéristiques de la jeunesse et à la demande sociale qui incite par exemple à un rapprochement avec le monde de l'entreprise, pour améliorer « l'employabilité » ou, au contraire, résister aux effets de mode en privilégiant un modèle de « culture véritable» désintéressé? Eduquer en collège et en lycée, c'est rendre les élèves capables d'apprendre, en particulier en différenciant la pédagogie. Mais le modèle du « maître

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éducateur violence

» travaillant en équipe au sein d'une communauté scoà « la défaillance des familles» ou à la de l'institution organisée sur un mode bureaucratique.

laire se heurte trop souvent

« Les nouveaux proft... sur la brèche» ne théorisent pas à la manière des didacticiens et des spécialistes en sciences de l' éducation, cependant le lecteur sera sensible à l'authenticité d'une quête pour adhérer à un « nouveau métier» qui fait dire à l'un d'entre eux : « un prof ça peut changer la vie. » Francis Danvers Professeur en sciences de l'éducation PROFEOR- Université de Lille III

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AVANT-PROPOS

« Desfois, gogiques, changer Y'avait

l 'administration,

je veux parler des conseillers

péda-

des inspecteurs, non'plus. sur la lecture: Ces gens-là,

etc., elle aide pas tellement « C'est comme

les gens à

Je vois, j'ai été à une réunion avec un conseiller ça qu'il faut faire ». ça, ils vont rien de moi, qui étaient à quatre, cinq ans de avec un discours D'abord, comme il y a aucune écoute. Ils ont

pédagogique, la retraite.

des gens en face

changer... parce que c'était..

plein de choses à dire. On les écoute pas... » Cécile, PEe

Ce livre est né du paradoxe où a mené, dès la phase exploratoire, une recherche conçue pour d'autres objectifs. Il est né en réponse à l'écho mille fois répercuté, dans nos entretiens, qui fait état d'un monde où personne n'écoute personne, qui dit, ici, l'intelligence en crise, évoque ailleurs, la pathologie du savoir et l'aveuglement, un monde qui pourrait bien commencer de s'écrouler aussi, dans le bruit des classes.

Chacun a peut-être encore en mémoire la vague des protestations qui ont accompagné la création des IUFM, au début des années 90. La presse locale et nationale, les livres, se sont fait abondamment l'écho de la dénonciation virulente de cette réforme institutionnelle qui était censée porter remède à la crise du métier d'enseignant, si ce n'est à celle de l'enseignement tout entier. Assurément, elle constituait un événement majeur, dans l'histoire

du système éducatif et ceci pour deux raisons: En premier lieu, elle menait à son terme, en la réalisant au niveau même de la formation des maîtres, l'intégration des divers ordres d'enseignement entamée dans les années 60, au tout début de la mise en place du collège unique. Ensuite, elle le faisait sur la base d'une représentation du rôle des enseignants, sensiblement différente de celle qui était dominante, dans l'Education nationale, une représentation qui justifiait une redéfinition des savoirs et des savoir-faire qui composent le contenu de la formation professionnelle, dans un sens confonne aux missions nouvelles qui leur étaient assignées.

C'est aux difficultés d'application de cette réforme que nous entendions nous intéresser d'abord. Il s'agissait de traiter d'un cas d'introduction du changement dans une institution, un problème classique en sociologie des organisations, qui offrait ici la particularité d'intéresser un organisme chargé de préparer les maîtres à l'exercice d'une fonction essentielle prêtée à l'institution scolaire et qu'elle partage tmditionnellement avec les familles, la fonction de socialisation, entendue au sens large d'adaptation de lajeunesse au milieu social où elle est destinée à vivre. Nous nous trouvions donc placés aussi au cœur d'une question fondamentale en sociologie de l'éducation, cette fois, qui nourrit les débats cristallisés depuis les années 70, autour du thème de la reproduction: la question du rapport de l'école au changement social.
Nous songions prendre pour orientation théorique le paradigme de Michel Crozier, tant la réforme donnait d'actualité aux propos qu'il tenait sur le système éducatif, dans les années 60 déjà:

. Elle mettait en cause, point par point, ce qu'il présentait
alors comme être facilement des caractéristiques de l'organisation bureaucratifrançais peut où la centralin l'est en que à la française: « De fait, le système d'éducation organisationnel,

qualifié de bureaucratique. sont poussées

Il l'est tout d'abord, au maximum.

dans son aspect plus proprement sation et l'impersonnalité

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second lieu, dans sa pédagogie caractérisés par ['existence qui reproduit la séparation problèmes de la vie pratique

et dans ['acte même d'enseigner

d'un fossé entre [e maître et ['élève, en strates du système bureaucratique. et de la vie personnelle qu'il donne au problème de l'élève. Il de la sélecsupédes

Il l'est encore, dans son contenu trop abstrait sans contact avec les l'est enfin, dans l'importance rieures, au détriment
étudiant... »1 .

tion d'une petite élite et de son assimilation de la formation

aux couches

même de ['ensemble

. Elle allait dans le sens de la mise en question de traits

culturels et de comportements primaires, dont il soulignait la constance, dans l'histoire de la société française moderne et qu'il présentait comme les fondements culturels d'un système, dont tous les spécialistes de l'organisation s'accordent aujourd'hui à reconnaître la nécessité du changement. Ce système, disait-il, ne pouvait subsister que transmis et renforcé par l'éducation: « Le système bureaucratique français d'organisation constitue la meilleure solution possible des contradictions dont souffrent les français en matière d'autorité. S'ils ne peuvent pas supporter le montant d'autorité universelle et absolue qu'ils jugent par ailleurs indispensable au succès de toute action coopérative, il leur faut bien s'en remettre à un système d'organisation impersonnel et centralisé... »2.

Pour préciser notre problématique, nous avons réalisé quelques entretiens exploratoires et nous en avons réalisés près de professeurs stagiaires des écoles, des collèges et des lycées d'enseignement général, technique et professionnel. Beaucoup d'entre eux avaient déjà travaillé pendant plusieurs années dans l'Education nationale. Nous étions persuadés de trouver dans leurs discours une très grande unité de vue, autour des principes structurant la représentation du métier en usage, celle-là même que colportaient les enseignants en IUFM, et qui avait nourri la vague des protestations. Or, contrairement à notre attente, les propos de la 19

plupart des professeurs stagiaires ne se faisaient pas l'écho de cette représentation-là. Nous trouvions bien, dans leurs discours, une unité de vue autour de certains grands principes, mais ces principes renvoyaient à une représentation du métier différente, plus proche de celle développée dans les textes fondateurs des IUFM, sans que nous puissions toutefois la confondre avec elle. Censés mettre à jour ce qui, au sein de l'IUFM, pouvait faire obstacle à la diffusion des idées correspondant aux contenus nouveaux de la fonnation professionnelle, nous prenions conscience de ce que ces idées, et bien d'autres encore, gagnaient du terrain, en dépit de ceux-là mêmes qui, au sein de l'institution, étaient chargés de les transmettre, en dépit de l'ignorance dans laquelle les professeurs stagiaires se trouvaient de la loi qui avait créé les IUFM, comme de tout autre de ses textes fondateurs.

Nous pouvions certes, poursuivre dans la même voie. Cependant, puisqu'il s'agissait avant tout de nourrir la dynamique d'un changement que nous ne pouvions concevoir indépendant des stratégies développées dans l'institution, par les acteurs, cela ne pouvait plus être une priorité. Nous nous sommes demandé comment nous pourrions éventuellement les aider à développer leur capacité d'intervention sur une situation qui les concerne quand même aussi au premier chef: comment contribuer à ce qu'ils se constituent en acteur collectif: à la fois conscient de lui-même et des enjeux de ses pratiques. Nous nous sommes pris à imaginer alors un espace qui soit un lieu de leur rencontre avec ceux - enseignants, chercheurs, et hommes politiques - qui ont défini les orientations de la réforme, comme avec ceux qui s'y sont opposés au nom de la tradition républicaine... un lieu qui soit aussi, dans le même temps, un lieu de leurs paroles. Comment est-ce qu'ils conçoivent leur rôle, comment est-ce qu'ils s'en expliquent, eux, que nous avons appelés les nouveaux profs, moins parce qu'ils font partie des 20

premières générations des titularisés, dans le cadre de la réforme, que parce qu'ils sont les artisans de la redéfinition des normes de comportement et des valeurs relatives à l'exercice de ce que d'aucuns appellent un métier nouveau; Nous sommes bien conscients, de ce point de vue, que bon nombre de ceux qui s'attachent, depuis des années, à réinventer leurs pratiques, au quotidien, se retrouveront dans leurs propos... Et nous avons écrit ce livre, dont chacun peut commencer la lecture par l'une ou l'autre des parties, sachant qu'ici ou là, c'est encore de lui qu'il est question et qu'en définitive, personne ne peut raisonnablement faire l'économie de ce que l'autre peut lui apprendre...

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INTRODUCTION

Malaise, crise morale, perte de repères Il n'est guère d'étude relative au métier d'enseignant, ces dernières années, qui ne fasse allusion à ce qu'il est convenu de considérer comme des manifestations d'une crise d'identité professionnelle, une crise sévère qui n'épargne personne. Sans doute les professeurs de collège et de lycée ont-ils plus volontiers retenu l'attention des chercheurs. Les enseignants persécutés de P. Ranjard, ceux dont parlent H. Hamon et P. Rotman, ceux qui, d'après P. Bouchard, ont choisi un métier impossible sont tous des professeurs du second degré. Reste que les instituteurs sont eux aussi touchés. S'il faut en croire F. Charles, ils ont eux aussi un coup au moral. Le phénomène n'est pas récent. Ses dimensions essentielles étaient déjà repérées à la fin des années 70 : l'incertitude sur les contenus, les méthodes, les finalités de l'enseignement, l' ébranlement de la cohésion de chacun des corps d'instituteurs et de professeurs, l'effritement de leur image sociale et corrélativement, la désaffection pour le métier. Les causes en ont été maintes fois soulignées, au premier rang desquelles les réformes qui de la fin des années 50 au milieu des années 70, sous l'égide de Berthoin, Fouchet et Haby, ont réalisé la mise en système des institutions scolaires, l'école unique.

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