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Les nouvelles colonies de vacances?

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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296155695
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LES NOUVELLES COLONIES DE VACANCES? LE TOURISME INTERNATIONAL À LA CONQUÊTE DU TIERS-MONDE

r J

COLLECTION

TOURISMES

ET SOCIÉTÉS

Le tourisme est devenu une réalité incontournable et une activité humaine essentielle tant en termes sociaux temps libre, loisir,
voyage, rencontre -

qu'économiques. Renvoyant à des enjeux

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fondamentaux, de relations internationales, de développement et d'aménagement de l'espace, de contact entre cultures, il met en action un système d'images et de représentations du monde et de

la société,jusqu'ici peu étudié: la collection « Tourismeset Sociétés» dirigée par Georges Cazes, Professeur de l'Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, expert international et Président de l'Association française des experts scientifiques du tourisme, souhaite combler cette lacune. Son objectif est de mettre clairement le fait touristique - dans sa dimension dynamique, comme un phénomène porteur d'innovations et d'interrogations - au centre de chaque ouvrage dans une approche résolument transversale et multidisciplinaire, à la fois socio-ethnologique, géographique, écologique, historique, économique, littéraire, sémiologique, etc. Au-delà de quelques ouvrages à prétention globale, le choix a été fait de privilégier la présentation critique de cas, représentatifs de processus et de questionnements généraux dans une optique « monographique-thématique» originale: exemples de pays, de régions ou de stations, de modèles dominants ou alternatifs d'aménagement de l'espace, d'entreprises significatives, témoignages de visiteurs et de visités, etc. Avec la volonté constante d'insister sur la dimension novatrice, expérimentale et prospective des cas retenus: parcs naturels et parcs de loisirs, tourisme « doux », intégré et auto-centré, culture touristique en gestation et en discussion, opérations d'aménagement en cours, angles inédits d'approche des réalités touristiques...

COLLECTION

TOURISMES

ET SOCIÉTÉS

Georges CAZES

LES NOUVELLES COLONIES DE VACANCES?
Tome premier

Le tourisme international à la conquête du Tiers-Monde

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

(Ç) L1farmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0136-8

AVANT-PROPOS

Images... Le choix d'un thème de recherche est tout autant le produit de l'émotion que celui de la réflexion. Notre intérêt soutenu pour le phénomène touristique dans une première étape, puis pour ses manifestations particulières dans le Tiers-Monde, se situe à ce croisement obscur de l' « affect» et de 1'«intellect» : la géographie lui a fourni son sens et sa sanction scientifique mais les racines sont plus anciennes, les ressorts plus profonds 1. , Expériences' vécues, impressions et sensations, donc: nous avons choisi - peut-être parce qu'elles s'éclipseront ensuite sous le lourd appareil de développements évidemment moins personnalisés de les évoquer en premier. Brièvement et discrètement, sous la forme d'imageschoc qui surnagent d'autant mieux à la mémoire, parmi tant de clichés fugitifs, qu'elles illustrent des concepts importants qu'elles ont aidé à saisir . Le caractère implacable des rythmes touristiques saisonniers d'abord.. Dès le 15 août, le 20 peut-être par quelque complaisante exception, la station thermale de Luchon, berceau de la famille et lieu quasi obligé de vacances adolescentes un peu languissantes, se vide inexorablement de

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1. Une thèse de Doctorat d'État de Géographie, soutenue en juillet 1983, est à l'origine de cet ouvrage. Seule la première partie - dont l'objectif est de resituer le Tiers-Monde dans les flux et dans les stratégies des entreprises du tourisme international a été reprise ici, sous une forme sensiblement allégée et actualisée en 1987. La deuxième partie, consacrée à des exemples nationaux, a déja été portée à la connaissance des lecteurs par le truchement de publications diverses dans des revues. Le bilan économique, social et environnemental qui faisait l'objet de la troisième partie sera ultérieurement publié dans cette collection «Tourismes et Sociétés» sous forme de deuxième tome.

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son éphémère substance: premiers volets clos aux magasins et aux résidences secondaires, animation rabougrie autour des Thermes et du Casino, partenaires de jeux et amies de vacances repartis vers leurs lointains domiciles avant même d'avoir pu être vraiment adoptés... Sans doute, la sacro-sainte «saison» est-elle aujourd'hui mieux étalée: en

est-elle, pour autant, moins «injustement» tyrannique?

.

La formidable tendance à l'uniformisation des horizons touristiques... Le responsable de l'aménagement qui nous fait aimablement visiter les premières réalisations de la station balnéaire mexicaine d'Ixtapa-Zihuatanejo (plages belles mais plutôt mornes, deux ou trois tours hôtelières et quelques bungalows en arrière, un golf impeccable et sa pépinière-annexe) désigne avec enthousiasme le «jet» qui va atterrir sur l'aérodrome proche. Il transporte les premiers participants d'une toute nouvelle formule de «package» (forfait) touristique, appelée, selon notre guide mexicain, à d'intéressants développements. On achète à des prix d'appel dans une ville des États-Unis ou du Canada un « week-end tropical» à destination inconnue ou, du moins, gardée confidentielle. L'organisateur de voyages, suivant les disponibilités, arbitrera entre diverses stations d'Amérique centrale ou de la Caraibe, Acapulco ou Nassau, Ixtapa ou Montego bay: y a-t-il d'ailleurs vraiment quelque différence pour ses clients ?... L'étonnant pouvoir de récupération et d'assimilation du tourisme international... Au cœur de l'admirable Casamance et après une difficile approche le long de pistes inondées et défoncées, un village apparemment comme les autres, lourdes maisons de torchis et de chaume au milieu des jardins, fromagers géants, grappes d'enfants s'accrochant aux mains des « toubab ». C'est ici que résidait l'un des minuscules monarques de cette région, plus féticheurs qu'administrateurs, Sebeth, la « reine » des F1oups. L'admirable description qu'en a fait André Malraux (« Dans son palais de terre et de chaume, au fond d'un couloir aux piliers de bois, elle passait en hâte une toge bouillonnante de tulle pistache... qui retomba pour dégager un visage hilare et inspiré... Quand nous partîmes, la reine mérovingienne, debout sur le perron de son palais de terre, étendit ses avant-bras levés, en un geste de bénédiction. Du grand arbre, la neige étincelante du Kapok tombait solennellement et s'accrochait à la toge verte, sous laquelle tintaient ses colliers dans le silence », La Corde et les souris, 1976) a pourtant moins fait pour sa renommée que son insertion dans les visites touristiques organisées. «Véritable produit-vedette des circuits touristiques, elle... excelle dans l'art d'accorder audiences, acco-

lades et photos suivantun tarif de reine » dit joliment Ch. Saglio(Petite
Planète, 1980) qui oublie de relever le détail qui nous a paru le plus

symbolique: attachée à ses colliers et à sa toge, la « reine» arborait une
étonnante brochette de badges coloriés, étiquettes au nom de diverses compagnies aériennes destinées à être fixées aux bagages et laissées en cadeau sans doute par des visiteurs reconnaissants... Sénégal, encore, pour une autre illustration de l'ambigui1é du spectacle touristique... Perché sur le pont de la vedette qui relie Dakar à Gorée, 6

« l'île aux esclaves», un groupe de touristes, en attendant le départ, « mitraille»avec acharn~mentde ses appareils de photo et caméras la
foule sénégalaise, bruissante et colorée, surchargée d'enfants et de colis divers, en train d'accéder au quai. Les moins affairés des indigènes s'esclaffent sans retenue devant les tenues. surprenantes des étrangers (petits bonnets et chapeaux fleuris, chemises et bermudas criards tendus sur des formes avantàgeuses) qui les photographient. Ceux-ci, un groupe de noirs américains, pourtant venus à la recherche de leurs « racines» décrites par le best-seller d'Alex Alley (Roots) paraissent, dans ce contexte, encore plus étrangers que les rares touristes à la peau blanche qui les accompagnent... Les effets de corruption du tourisme en milieu sous-développé... D'une foule d'images qui viennent à la mémoire, celle de la station balnéaire thai1andaise dePattaya est, sans doute, la plus forte, la plus insistante et la plus significative. Le long d'un front de mer dont la banalité est à peine relevée par les bouquets coloriés des étals de fleurs et de ftuits, dans la chaleur moite de cette fin d'après-midi, déambulent tristement d'étranges couples: des hommes de tous âges, portant sur leur visage d'Européens les traces rougeoyantesdu dernier « bain de soleil», inrnanquablement flanqués d'une jeune Thai1andaise leur arrivant à peine à l'épaule, le visage fragile fardé d'un pâle sourire « commercial ». Dans la pénombre des bars entrevus, d'autres petites prostituées attendent, perchées sur de hauts tabourets et languissamment affalées sur le rebord du comptoir. La soirée commence à peine et la « pointe» saisonnière est passée depuis longtemps: « l'offre », manifestement, excède la « demande »... Hammamet, enfin, pour une superbe illustration des utilisations contrastées d'un même espace et des effets somme toute épiphénoménaux de la fréquentation touristique... Sur la grande plage qui s'étire entre la Kasbah fortifiée et le long ruban d'hôtels, le coucher du soleil entraîne le reflux en masse des touristes vers d'autres occupations que le sacrosaint « bronzage». Ils croisent dans leur migration, sans même s'en apercevoir, des petits groupes de femmes tunisiennes qui vont s'asseoir sur le sable de la plage ou sur les petits murets qui la bordent, et bavarder calmement en surveillant les jeux animés d'une abondante marmaille. Dans la douceur du soir, les robes sombres ont succédé aux corps roses quasi-nus: un peu comme si une population reprenait paisiblement possession de son espace collectif après l'éphémère utilisation diurne, ou plutôt solaire, par les visiteurs étrangers. Mouvements pelliculaires et permanences profondes: l'une des réalités essentielles du tourisme est dans cette image... Intentions Au-delà de ces sensations, troublantes ou réconfortantes, la réflexion a été fondée, pour simplifier, sur un double sentiment d'irritation et d'ambition. La déception souvent, l'exaspération parfois, sont nées de la lecture assidue de la « littérature» sur ce sujet désormais rebattu du tourisme 7

dans le Tiers-Monde. Sur plus d'une décennie, le chercheur s'épuise à réunir une documentation foisonnante dont la bibliographie ne donne qu'une image incomplète. Après les différentes publications de presse, la radio, la télévision, le cinéma (surtout l'excellent film de Rida Behi;
«

Soleildes hyènes») se sont emparés d'un thème devenu « populaire» :

étonnante vulgarisation et formidable banalisation du sujet, déformé par les présupposés idéologiques et les thèses politiques, prétexte à déclarations péremptoires et... redondantes! La floraison journalistique n'est pas inattendue et elle a pu, au demeurant, donner lieu à d'intéressants reportages (en France, J.F. Held, J.C. Guillebaud, J.P. Clerc, A.Faujas, etc.). Plus préoccupant et digne d'être médité nous paraît être le foisonnement parallèle de publications d'ambition scientifique, sous la plume de sociologues, d'économistes, d'ethnologues, plus rarement de géographes ou d'urbanistes, annonnant les mêmes remarques, ressassant toujours les ,mêmes exemples. Les analyses précises et nuancées sur le terrain cèdent "teplus souvent le pas à une argumentation rhétorique - pour ne pas dire scholastique- dont les divers éléments, à force d'être répétés, sont érigés en système. Au-delà des pamphlets et des diverses publications polémiques, s'est ainsi généralisée une thématique dominante, constituée de rubriques d'analyse devenues quasiment intangibles, reprise par les différents auteurs, quelle que soit leur discipline d'origine. De telle sorte que ces études, ont abouti à constituer dans le domaine économique et sociologique, un «corpus général d'analyse », un « schème conceptuel» (M. Picard) qui, en l'état actuel de la connaissance, intègre et oriente la majorité des recherches. Il était loin d'en être de même dans le domaine géographique au début de la décennie 1970 lorsque nos recherches ont commencé et il n'est pas prouvé qu'il n'en soit pas encore ainsi... On ne s'attardera pas ici sur la curieuse réserve, la méfiance inavouée, mais tenace, que les géographes ont longtemps entretenues vis-à"vis des activités de loisir et de tourisme. A.Y. Barbaza qui en faisait l'amer constat en 1975 «( les implications spatiales des phénomènes liés au tourisme sont si considérables et évidentes qu'on est surpris des réticences, voire du dédain, longtemps manifestés par les géographes. Nombreux - et des meilleurs - étaient encore dans les années 60 ceux qui tenaient le tourisme pour un thème mineur, presque marginal de la recherche géographique »...), J.G. Boyd (Bull. ét. tourist. OMT, 1972, 2) avait, par avance, proposé une interprétation apaisante et plaisante: « Malgré l'importance qu'il a acquise aujourd'hui, le tourisme n'est pas encore reconnu à sa juste valeur. Ce manque de considération dont il souffre vient sans doute de ce que l'on voit en lui un parvenu frivole qui s'installe en intrus dans le monde sérieux et grave du développement économique. Ce nouvel arrivé aux allures de vagabond semble mettre en cause l'estime que l'on a, dans les cercles économiques attitrés, pour le thème d'une productivité laborieusement accrue au prix d'un apprentissage assidu. Le tourisme proclame haut et fort l'avènement de l'industrie des 8

loisirs et des services. C'est un outrage pour les milieux austères que le bikini, le bain de soleil et le ski soient les symboles d'une des industries et des moyens de redistribution des richesses qui comptent parmi les plus remarquables par l'ampleur et la rapidité de leur croissance... Le tourisme... est tombé sur le monde comme un bébé jouftlu, privé presque totalement des soins d'une mère étonnée (la profession touristique), d'un médecin surpris (le gouvernement) et même d'une sage-femmealarmée (le monde des organisations internationales) ». A tort ou à raison., le sujet touristique ne nous a jamais paru « frivole» et dans le Tiers-Monde moins qu'ailleurs, bien qu'il y soit légitimement devancé par des préoccupations plus fondamentales. Bien au contraire, l'ambition de cette recherche a été de contribuer, avec beaucoup d'autres, à étendre le champ d'analyse géographique vers des thèmes actuels, novateurs, ardemment discutés. La structuration spatiale du monde dessinée par les flux touristiques, l'originalité des paysages produits, les conditions d'articulation de l'activité touristique avec les milieux d'accueil, et bien d'autres thèmes de la problématique, nous paraissent justifier très largement l'intérêt du géographe. Si l'espace ne paraît pas toujours au centre de nos analyses qui devaient obligatoirement accor.. der une part importante aux processus économiques, aux facteurs psychologiques et culturels, aux acteurs et à leurs stratégies il est, le plus souvent, à leur aboutissement.C'est, nous semble-t-il,dans cette « relecture » des mécanismes économiques et sociologiques et dans cette analyse résolue de leurs transcriptions spatiales que les géographes - que le tourisme soit ou non leur objet central d'étude - peuvent se distinguer et s'affirmer.

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Problématique La relative novation du sujet - on cherchera vainement une référence au phénomène touristique dans les innombrables publications générales consacrées au sous-développement - n'amoindrit guère les inquiétudes quant à sa considérable extension. La prétention démesurée à maîtriser un aussi vaste thème ne peut être justifiée que par une problématique définie et délimitée aussi rigoureusement que possible: nous en présente.. rons brièvement les composantes dans cette introduction. La volonté de décrire la «rencontre de deux sociétés, de deux civilisations, de conceptions différentes de l'organisation de l'espace, et d'étudier ce « processus de surimposition» pour reprendre la défmition même du sous-développement proposée par Ph. Pinchemel - nécessitait de réduire l'étude au seul tourisme international, c'est..à-dire à l'arrivée de visiteurs étrangers. On verra par la suite que la relative faiblesse des mouvements touristiques nationaux (le qualificatif de « domestique» est employé dans ce cas par les spécialistes) dans le monde en voie de développement autorisait, de toute façon, ce choix. La présentation détaillée et critique des définitions officielles en matière de tourisme qui est faite dans le premier chapitre évitera de s'attarder ici sur ces détails.

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Pour évoquer l'intérêt et la fécondité des recherches sur le tourisme en général, et sur le tourisme international en particulier, trois remarques essentielles nous parah;sent, par contre, devoir être ici brièvement rappelées : 1° Le tourisme se situe à la rencontre exacte, en quelque sorte sur la frange de superposition, de deux pratiques sociales fondamentales, de deux ressorts profonds de l'âme humaine, le loisir d'un côté, le voyagede l'autre, chacun de ces deux termes étant utilisé ici dans son sens le plus générique, dans sa dimension la plus mythique. Le voyage a bien d'autres motivations et le loisir bien d'autres manifestations que le tourisme mais c'est sans doute à ce confluent qu'ils prennent leur forme la plus spectaculaire et l'une des plus indiscutablement passionnantes. 2° Le tourisme est un phénomène géographique d'une exceptionnelle complexité et d'un intérêt majeur dans la mesure où il recouvre à la fois des phénomènes de « délocalisation » (le déplacement des clientèles) et de «relocalisation» (séjour dans les régions réceptrices, équipements spécifiques d'accueil). On a depuis longtemps fait remarquer que cette forme d'échange est la seu1e dans laquelle le consommateur se déplace physiquement, souvent en masse, vers le lieu de consommation au lieu d'en importer les « produits» vers lui. Il s'agit là d'une véritable inversion du sens traditionnel des flux dont l'originalité ne doit jamais être perdue de vue, au risque d'en sous-estimer les effets; les phénomènes de redistribution qu'engendre l'activité touristique sont, on le verra, au cœur de la problématique. 3° Sous le vocable de tourisme sont désignés à la fois ces mouvements d'individus, régis par des mobiles psychologiques, et le support matériel (moyens de transport et d'hébergement, pouvoirs publics, collectivités locales et entreprises privées) qui concrétise l'expression de cette demande. Dès 1964, Kurt Krapf, l'initiateur de la recherche touristique moderne, premier expert de la Banque Mondiale en ce domaine, soulignait cette « dualité du concept, ... à la fois activité humaine... et appareil technico-économique prévu en sa faveur... englobant donc simu1tanément un élément subjectif et le substratum matériel qui lui sert de base» (d'après M. Boyer, 1972). Le Tiers-Monde est le deuxième volet de la combinaison qui nous occupe: notion fuyante et ambiguë, terriblement contestable et contestée, notamment par tous ceux qui, comme nous, l'adoptent par défaut de meilleur terme et renforcent ainsi sa notoriété! Il est révélateur, qu'au terme d'une longue analyse qui est la meilleure mise au point récente sur cette question, Y. Lacoste (Hérodote, 1980), après avoir vigoureusement critiqué les déviations sémantiques,les « représentations idéologiques », les « concepts-obstacles », admette in fine la « validité conceptuelle » de la notion de Tiers-Monde. De même, alors que la plupart des « critères » habituellement invoqués lui paraissent inadaptés, il retient comme variable fondà.mentale et « principale caractéristique commune des États que les médias envisagent communément comme faisant partie du Tiers-

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Monde », la rapidité de la croissance démographique: le seuil de 1%, autour duquel s'ordonneraient les deux groupes mondiaux, admet pourtant des exceptions de taille (Liban, Grèce, Yougoslavie en..deçà, Etats.. Unis, Canada, Australie, Nouvelle Zélande, Japon, au..delà). Cette schématisation est d'ailleurs démentie par l'une de ses conclusions générales à laquelle il est aisé d'adhérer: « Aussi le Tiers..Monde peut-il être considéré comme une catégorie fondamentale de la géographie bumaine générale, l'autre étant celle des pays « développés »... Entre ces deux ensembles, liés l'un à l'autre, les différences sont considérables, tant en raison des modèles de « société civile» auxquels se réfère le comportement des hommes et des femmes que de la très grande inégalité du stock des équipements dont ils disposent et surtout en raison de la très grande inégalité des rythmes de croissance démographi.. que... aujourd'hui la différence est manifeste entre ces deux grandes catégories de sociétés. Le raisonnement géographique doit la considérer comme distinction primordiale à la surface du globe, puisqu'elle permet de rendre compte non seulement de la différence dans l'organisation et l'évolution des phénomènes humains, mais aussi d'importantes différences dans l'évolution des milieux naturels ». La globalité d'une telle définition nous paraît difficilement compatible avec un critère unique de différenciation. Si l'on veut bien continuer à reconnaître qu'il n'y a pas seulement entre monde développé et Tiers.. Monde une différence de «degré» mais surtout des différences de « nature» et de « structure», c'est, au contraire, une combinaison complexe de paramètres qu'il faut invoquer. La lente amélioration de l'information permet de dépasser les caractéristiques traditionnelles, souvent peu adéquates (du type P.N.B. par tête) pour retenir des variables plus pertinentes (consommation, équipement collectif et individuel, repères financiers et sociaux, etc.). Il ne paraît pas nécessaire de prolonger ici la discussion sur la notion de Tiers-Monde, sur son acception et ses limites. A titre d'information préalable pour la compréhension des développements suivants, quatre remarques méthologiques doivent cependant être ajoutées: 10 'Le Tiers-Monde est une entité économique, sociale et politique, matérialisée certes sous la forme d'un « ensemble spatial géopolitique» (Y. Lacoste), mais impossible à définir par une uniformité quelconque de conditions naturelles, moins encore orographiques que climatiques; 20 L'étude du tourisme illustre remarquablement la dialectique subtile entre les facteurs d'unité, en général suscités de l'extérieur du TiersMonde (flux d'échanges sous diverses formes) et les innombrables facteurs de diversité interne, tant physique qu'économique, politique ou culturelle: la demande étrangère, relativement standardisée on le verra, s'adresse à une infinie variété potentielle -d'attraits et d'attitudes dans les pays dits d'accueil ;
'

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Il

3° Le qualificatifde« pays neufs », qui a été légitimement critiqué lorsqu'il prétendait résumer un état et un niveau général demise en valeur économique, s'applique assez bien par référence à la distribution spatiale du tourisme international: celui-ci, qui se traduit par des « fronts pionniers », progresse par vagues et par bonds successifs à partir des foyers émetteurs, des « centres» vers les « périphéries », suivant des modalités qu'on étudiera; 4° Par commodité, une distinction sera parfois introduite entre le Tiers-Monde au sens étroit du terme et une acception« lato-sensu » Uusqu'à 4000 dollars de revenu par tête en 1985). Venant apres les remarques précédentes, cette subdivision n'est évidemment pas satisfaisante: aussi sera-t-elle assortie des précautions nécessaires et réservée à quelques tentatives d'évaluation globale.
Une optique résolument dynamique Plus encore que tout autre sans doute, un sujet tres étendu expose à la tentation encyclopédique. En l'occurrence, l'écueil principal à éviter était la séduction de catégories thématiques commodes et largement consacrées par l'usage, ordonnant toute étude touristique autour du binôme classique « offre-demande ». Cette démarche qui aurait pu consister à exposer, d'un côté, les différentes composantes de 1'«offre» du Tiers-Monde (attraits naturels et humains, infrastructures et équipements d'acces et d'accueil, politiques de développement, etc) et, d'un autre côté, les caractéristiques de la « demande» (motivations psychologiques, « marchés» actuels et potentiels, organisation et commercialisation du voyage, etc.) nous a paru à la (ois platement conventionnelle et inadaptée. C'est à décrire un modelage spécifique du monde, et du Tiers-Monde tout particulièrement, par une nouvelle activité, à tenter de comprendre quels en étaient les agents et les mécanismes, les configurations et les conséquences spatiales, à en présenter quelques matérialisations concretes, que nous nous sommes surtout attaché. Dans des pays caractérisés par des structures économiques et spatiales traditionnelles, sinon archaïques, le tourisme international nous a paru être l'une des meilleures illustrations des « formes géographiques», décrites par Milton Santos comme les « instruments efficaces et le mode d'intervention des technologies étrangères ». Dans le nouvel ordre international qui s'organise, le tourisme on le verra - joue un rôle non négligeable: il en constitue, surtout, un excellent révélateur. L'accent mis sur « la logique implacable du tourisme» - pour reprendre l'heureuse expression de P. Rambaud (Société rurale et urbanisation, Seuil, 1969) à propos du tourisme rural- a conduit à déterminer des priorités mais aussi à négliger des aspects importants. Des deux absences principales sur lesquelles il est nécessaire de s'expliquer, l'étude historique générale est celle qui suscite le plus de regrets. Les voyages touristiques dans le Tiers-Monde - comme on peut le constater à l'occasion de quelques coups de sonde dans la documentation de certains pays d'accueil ou dans la littérature occidentale - ne sont, pas en effet, un

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phénomène aussi récent qu'il peut y paraître. Le Mexique, l'Amérique centrale, les Antilles, les nes méditerranéennes, la Grèce, l'Égypte, le Maroc ou l'Algérie, ont reçu dès le ~ siècle d'authentiques visiteurs de loisir dont les difficultés de déplacement réduisaient beaucoup le nombre: c'est l'avion qui marque ici, évidement, la rupture fondamentale. On ne s'abritera pas derrière le commode sophisme selon lequel le TiersMonde étant une réalité récente, les mouvements touristiques qui le concernent n'auraient pas d'épaisseur historique... Cette recherche reste, en fait, à mener, à la fois sous l'angle des déplacements touristiques spontanés et de l'organisation des entreprises spécialisées que nous avons esquissée. En l'absence d'études générales de la part des historiens ou des sociologues (hormis quelques notations dans certains ouvrages dont surtout L. Turner et J. Ash, 1975), seul un dépouillement systématique des archives, de la presse, des guides, de la littérature dans les foyers émetteurs et dans les divers pays récepteurs permettrait de combler cette grave lacune. Le lecteur pourra être surpris aussi de ne pas trouver de chapitre spécifiquement consacré à l'étude des « ressources» touristiques du Tiers..Monde. L'analyse, dans une masse importante de rapports officiels

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et de publications diverses, des parties dédiées aux « attraits et attrac..
tions », aux « richesses », aux « aptitudes », aux « capacités », aux « potentialités», aux «atouts», aux « vocations», aux « facteurs» et « conditions » et autres « gisements» ou « matières premières »nous a fmalement persuadé de la vanité, et surtout du caractère artificiel, de cet exercice. Les fastidieuses énumérations auxquelles il donne lieu ne sont souvent qu'une mise en forme des inventaires..fleuve dressés par les organismes de planification: ceux que nous avons pu consulter concernant le Mexique, Haïti, la Bulgarie, le Maroc et .la Thaïlande notamment, montrent simultanément une excessive prétention à l'exhaustivité et un extrême schématisme dans les méthodes d'évaluation des ressources.

Les classifications ont pu s'améliorer - voir les catégories établies par PO" efe.rt (C.E.T., juin 1972): hydrôme, phytôme, lithôme et anthroD
pôme - et les méthodes de pondération beaucoup s'affiner

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voir surtout

les travaux de F. Ferrario et de M. Baud-Bovy - sans que les réserves de fond soient levées. Deux remarques de portée très générale nous paraissent devoir être exposées sur ce point. IOLe concept de « ressources» dans son acception globale - voir la stimulante réflexion que lui a consacré J. Tricart (Annales de Géographie, Nov. Déc. 1968) - ou spécifiquement touristique est d'une redoutable ambiguïté: « il n'y a pas de ressources touristiques en soi, mais seulement des ressources exploitables et utilisables dans des conditions technologiques et économiques données... une ressource n'a d'intérêt qu'en fonction de l'attraction qu'elle peut exercer sur le touriste» (G. Cazes, R Lanquar et Y. Raynouard, 1980). Cette double relativité, en fonction des conditions de mise en valeur et d'un état conjoncturel de la demande, conduit à d'étranges contre..sens : par exemple, comme au Mexique, à ne considérer comme « ressources» effectives dans le catalogue systématique qui 13

avait été dressé que celles qui étaient déjà exploitées ou immédiatement exploitables.. De même, dans le cas particulier du tourisme, la« demande» impose tyranniquement ses rythmes et ses exigences propres à 1'«offre ». On relève ainsi de nombreux exemples de distorsions entre les fluctuations de la fréquentation touristique et les variations climatiques saisonnières, d'installations balnéaires en bordure d'un océan quasi impraticable pour la baignade, d'« enfermement» des visiteurs dans des unités d'accueil à prétention autarcique en bordure immédiate de régions potentiellement très attractives... .L'étude des images publicitaires du Tiers-Monde permettra quelques intéressantes réflexions sur ce point. 2° Sans négliger en aucune manière les facteurs « naturels» qui sont le plus souvent la condition nécessaire de l'attraction touristique, l'étude précise de la distribution spatiale des pays récepteurs conforte dans la prudence vis-à-vis d'un déterminisme simpliste. La démarche de Ch. Mignon (1981), s'interrogeant sur l'exceptionnelle réussite touristique de la Costa deI Sol, pourrait être aisément

généralisée.Le soleil, sans doute « condition indispensabledu succès...
(mais non) la clef déterminante de la réussite» ; les plages, plutôt « moins

belles» que sur d'autres portions du littoral: en conclusion, « à I'heure
où les vacances sont devenues essentiellement des marchandises commerciales, les raisons du succès touristique découlent au fond des initiatives des investisseurs professionnels», attirés par la réputation ancienne de la région, la densité des infrastructures et surtout l'aéroport international de Malaga, les avantages fonciers, etc...

3° Le souci légitimede recenser dans les « catalogues» et « inventaires» ces différents facteurs de développement touristique aboutit à un singulier amalgame de « ressources» où sont répertoriés simultanément - et parfois additionnés! - aussi bien les sites que les tètes religieuses, les hébergements que la faune sauvage, les équipements et les services banaux que les installations spécifiquement touristiques, le naturel que le construit, le matériel que le culturel... De façon assez générale, sur les recommandations de l'Organisation mondiale du Tourisme qui a consacré deux rapports en 1971 et 1980 à ces méthodes, les planificateurs touristiques regroupent les informations autour de quelques grandes rubriques: ressources naturelles, patrimoine humain et culturel, superstructures, infrastructures et équipements, ressources financières et économiques. L'inconvénient majeur est de mettre sur le même plan, dans des listes ordonnées trop grossièrement, des éléments d'intérêt très inégal pour le développement touristique: ceci justifie notre tentative (tableau I). de classement empirique en «variables fondamentales» et en « variables secondaires», particulièrement appliquée à la situation des pays récepteurs du Tiers-Monde.

14

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TABLEA U J. - ESSAI DE CLASSEMENT DES PRINCIPAUX FACTEURS D'ATIRACTION DU TOURISME INTERNATIONAL VERS LES PAYS DU TIERS-MONDE

I. Variables fondamentales
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II. Variables secondaires - Conditions physiques générales: topographie, géomorphologie, sites, paysages . hydrologie, biogéographie, faune et flore . possibilités de déplacements intérieurs - Contexte socio-économique: . organisation politique, sociale, ethnique . paysages aménagés: production, habitat, architecture quotidienne, constructions techniques,... . témoignages historiques et archéologiques sans intérêt exceptionnel: traditions, rites, tètes, folklore, monuments, musées . productions artisanales et artistiques . manifestations et activités programmées . participation à la vie locale . équipements et services banauX . infrastructures d'accompagnement (commerce, sports, distractions, culture, etc.)
Modalités d'organisation et de commercialisation des « produits» touristiques: . entreprises publiques et privées . intégration des fonctions

émetteurs :
. distances:

Situation vis-à-vis des grands foyers physique, relative (durée, coûts, langue, culture)

conditions techniques d'accès.

- Formes dominantes de la demande dans les zones émettrices: critères quantitatifs (congés, revenus, etc.) et qualitatifs «( modes» de tourisme)

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Caractéristiques climatiques: ensoleillement, rythmes saisonniers, hygrométrie, températures air et eau, etc.

- Attraits physiques particulièrement distingués par la demande: rivages maritimes et lacustres, plages, végétation-décor, montagnes humanisées, paysages pittoresques, etc...
- Témoignages historiques et archéologi,ques d'un exceptionnel intérêt (Egypte, Mexique, Pérou, Inde, etc.)

-

Conditions particulièrement favorables d'implantation touristique: . politiques de dévelop. (contexte juridique, douanier, financier) . disponibilités spatiales et foncières; coûts et salaires . infrastructures, équipements et services généraux utilisables pour l'aménagement touristique

. réseaux de « mise en marché»

-

Image internationale du pays d'accueil (attitudes et participation de la population, stabilité, sécurité, etc.)

15

1.
LE TIERS-MONDE AU SEIN DES FLUX TOURISTIQUES INTERNATIONAUX

Chapitre premier

Moyens d'appréciation et instruments de mesure: des progrès sensibles mais encore insuffisants

Enfermer les catégories multiformes du déplacement des personnes dans une définition unique relève de la gageure; prétendre dénombrer avec certitude des flux individuels affectés d'une mobilité constante et élevée frise l'exploit, sinon l'inconscience. L'extension du phénomène, l'abaissement progressif des barrières policières et douanières qui l'ont en certains lieux et à certaines périodes limité, la diversification des moyens d'accès et de nombreux autres facteurs de moindre importance vont à l'encontre du souci compréhensible de quantifier avec vraisemblance ce vaste mouvement. Ainsi se développe une sorte de double «discours », discrètement contradictoire, dont le chercheur doit éviter d'être dupe, au risque de préférer les évaluations plausibles à la fallacieuse précision. Les publications officielles, produites par des organismes très divers, ont en effet l'ingénue outrecuidance de recommander en exergue une extrême précaution dans l'utilisation des chiffres et de proposer en même temps des dénombrements détaillés à la décimale et à la virgule près, des tableaux statistiques nombreux et copieux qu'il est tentant d'accepter comme des données indiscutables avant de les décortiquer et de les exploiter. La tentation ne résiste pas à l'analyse scientifique. Elle est même souvent découragée dès la première confrontation de sources diverses, à l'intérieur parfois d'une même publication statistique, ce qui n'est pas le moins révélateur ni Ie moins préoccupant... D'un tableau à l'autre, d'un

19

organisme à l'autre, d'un pays à l'autre, les discordances peuvent être considérables et malaisément explicables ce qui conduit à se demander

si c'est bien le même objet que l'on a tenté de ciIconscrire : la question
des définitions est constamment au cœur du problème. Il serait aisé de multiplier les cas de contradiction statistique et d'insister sur l'ampleur des discordances et l'extrême relativité des résultats obtenus. Il faut prendre garde à ne pas les surestimer pour ce qui concerne spécifiquement le Tiers.Monde: certes, d'un côté, l'appareil statistique national y est plus déficient et les « manipulations» politiques des dénombrements plus fréquentes mais, d'un autre côté, le volume inférieur des mouvements touristiques, la perméabilité moindre des frontières, le rôle plus limité des entrées individuelles motorisées, favori. sent, au moins en principe, des décomptes plus fiables. La qualité statistique n'est pas, d'ailleurs, une entité autonome, indépendante du contexte social et économique: elle ne peut être appréciée seulement en termes de fiabilité et de précision. Il faut alors s'interroger sur les catégories statistiques constituées (que cherche-t-on à évaluer? pourquoi de préférence tel élément à tel autre ?), sur les producteurs et les émetteurs de statistiques (qui dénombre et avec quelle organisation ?), sur les objectifs et les fonctions du dénombrement (pourquoi entreprendre cette tâche? à quelle destination réelle? par référence à quelles stratégies de développement ?)

1. LES PRINCIPAUX ORGANISMES COLLECTEURS ET PRODUCTEURS DE STATISTIQUES

A. Burkart et S. Medlik font justement remarquer que les premières ,statistiques touristiques, avant, et surtout après, la Première Guerre mondiale, n'étaient que des dérivés de contrôles gouvernementaux établis à d'autres fins: santé, sécurité, taxation, transports, police, migrations (Burkart et Medlik, 1974, p. 71). Ce n'est qu'à partir des années 1920-1930 qu'ils décèlent dans la littérature anglaise des études spécifiquement consacrées au tourisme tandis que s'individualise progressivement, dans la statistique consacrée aux déplacements, une catégorie touristique particulière. C'est en effet au seuil des années 1930 que débutent les séries statistiques sur les entrées touristiques dans les principaux pays européens comme dans l'aire nord-américaine, au Mexique ou dans la Caraibe. Mais sous leur forme actuelle de publication périodique détaillée, à fréquence mensuelle, bimensuelle, trimestrielle et annuelle suivant les pays, les séries existent depuis moins de trois décennies dans les cas les plus favorables et depuis dix-douze ans au maximum dans la majorité des pays, particulièrement pour ceux qui appartiennent au Tiers-Monde. Le 20

tableau dressé par l'Organisation Mondiale du Tourisme en 1978, à la suite de consultations répétées auprès de l'ensemble des pays, permet ainsi de constater que seulement 52 PVD disposent d'une publication régulière concernant l'entrée de visiteurs aux frontières et que 45 PVD à peine fournissent des statistiques périodiques sur l'hébergement. Pour la première catégorie d'informations, la publication est postérieure à 1970 dans 27 % des cas et est intervenue entre 1960 et 1969 dans 54 % des pays; pour la deuxième catégorie d'informations, la statistique est postérieure à 1970 dans 60 % des pays et à 1960 dans 95 % des cas. Les organismes officiels de niveau national Il est tout à fait exceptionnel que les statistiques soient portées à la connaissance du public à des niveaux locaux ou régionaux même si ces échelons géographiques servent effectivement de relais nécessaires de l'information: il en est ainsi pour les postes-frontières, les organes municipaux de tourisme, les structures d'hébergement, associations hôtelières locales par exemple. Ces données non agrégées, couvertes par le secret statistique et non conçues pour une consultation extérieure, sont transmises aux Administrations nationales qui en ont recommandé la collecte continue et qui se chargent de transformer ces données élémentaires objectives en informations synthétiques interprétées, permettant la confrontation et l'addition de sources dispersées. La cohérence - théorique - de ce système national d'informations est fortement entamée, particulièrement dans les pays du Tiers-Monde, par l'extrême hétérogénéité des sources et la diversité des organismes collecteurs ou émetteurs. Les Administrations nationales du Tourisme (Ministère, Secrétariats d'État, Délégations, Conseils, Commissariats, Offices, Agences, Bureaux, etc... selon les pays et les périodes considérées) et les Instituts nationaux de Statistique se partagent l'exploitation et la publication d'informations réunies souvent à d'autres fins et par d'autres organes (Services ..d'immigration principalement et, accessoirement, Administrations des Transports, du Commerce Extérieur, des Finances, des Affaires étrangères, de l'Intérieur, de la Sûreté, de l'Industrie...). La qualité des informations, et des publications qui les diffusent, est très variable d'un pays à l'autre, sans corrélation évidente avec l'état de développement touristique; de même, la disparité est importante entre les publications luxueuses, tant par l'enveloppe que par le détail, des Bahamas ou des Hawaï et la relative médiocrité des informations communiquées par la Grèce qui est, pourtant, l'un des tout premiers pays récepteurs du monde. L'indigence statistique est aussi l'une des facettes de la déficience économique et financière: le personnel qualifié fait défaut et rappel aux experts étrangers est onéreux, de même que le matériel informatique nécessaire pour le traitement adéquat des données; les relevés auprès des établissements d'accueil manquent de régularité et de fiabilité; les efforts consentis reflètent des enthousiasmes politiques trop souvent éphémères, brutalement refroidis par des «réorganisations»

21

administ.ratives fréquentes et drastiques. Les interruptions de publication qui en résultent sont redoutables pour le chercheur: la série qui reprend, parfois au bout de plusieurs années, repose souvent sur de nouvelles bases méthodologiques qui interdisent toute comparaison sérieuse en amont.

Les organismes officiels d'envergure internationale Deux grands niveaux doivent être ici distingués: le niveau mondial,

illustré par un organisme spécifique,l'O.M.T., et le niveau « régional »,
regroupant divers pays d'une même zone géographique disposant d'une structure commune d'observation et d'information, voire d'intervention. aJ A ce niveau régional - dans le sens le plus vaste du terme - la partition doit être établie entre les organes à compétence globale qui peuvent consacrer au secteur touristique des études particulières, et les organismes spécifiquement touristiques. Du premier type relèvent les diverses organisations communautaires, telles que la C.E.A.O. ou rU.D.E.A.C. pour l'Afrique, l'A.S.E.A.N. pour l'Asie du Sud-Est, la C.E.E. pour l'Europe, l'O.E.A. pour les Amériques, etc. A l'exemple de la dernière citée, ces organisations, si elles ne publient pas de statistiques régulières, réalisent des études de développement et d'aménagement touristique dans les pays qu'elles regroupent, en y diffusant des doctrines et des pratiques harmonisées. Au plan touristique, c'est l'O. C.D.E. (Organisation de Coopération et de développement économiques) qui se signale par les publications statistiques les plus détaillées et IC(s lus régulières. L'organisation qui l'a p précédée (l'O.E.E.C.) a créé un Comité de Tourisme en 1950 et a commencé la ,publication de rapports annuels sur le tourisme dans les pays membres dès 1952. Sous leur forme actuelle, les Annuaires de l'O.C.D.E. actuellement intitulés (( Politique du Tourisme et Tourisme international dans les pays membres de l'O.C.D.E. » paraissent sans interruption depuis 1961 avec des rubriques et une présentation peu modifiées mais avec un contenu élargi, notamment pour le tourisme national. Si les nombreux tableaux statistiques fournis sont d'un grand intérêt, les commentaires présentés en sont fractionnés et rapides, beaucoup plus attachés à décrire une conjoncture fmement mouvante qu'à dégager des éléments structurels d'interprétation. Tel quel, pourtant, ce gros volume de 200 pages environ à la traditionnelle couverture bleue est précieux et sa parution impatiemment attendue par les chercheurs et praticiens. Dans le second type viennent se ranger les organisations régionales de coordination touristique à structure mixte, regroupant à ..la fois les Administrations nationales de tutelle et de promotion mais aussi les grandes entreprises privées concernées, compagnies aériennes, hôtellerie et para-hôtellerie, opérateurs et concepteurs de voyage, etc... Dans un tableau mondial fluctuant qui a vu l'assoupissement ou la disparition de certaines d'entre elles, à l'exemple de l'A.T.O.I. (Association Touristique pour l'Océan Indien), deux organisations surtout surnagent et s'illustrent 22

,

par des relevés statistiques périodiques, de qualité inégale, mais indispensables. D'un côté, la C.T.A. (Caribbean Tourism Association) qui publie un bref fascicule annuel sur les entrées de visiteurs dans vingt-cinq destinations environ où sont inclus la Colombie, le Venezuela et le Surinam mais dont sont malencontreusement exclus Cuba, les Bahamas et les Bermudes; quelques rares informations sur la clientele, le séjour et les hébergements précisent ces chifIfes bruts. De l'autre, la PA. TA. (Pacific Area Travel Association) dont le siege est à San Francisco et qui diffuse annuellement depuis 1968 un assez copieux Annuaire statistique, couvrant trente-cinq destinations d'Asie orientale, d'Asie méridionale et d'Océanie (Hawaï incluses). b) A l'échelle mondiale, à côté d'études épisodiques consacrées au tourisme par des organismes internationaux tels que la C.N.D.C.E.D., le P.N.V.D. ou le B.I.T., il faut particulièrement mettre en évidence la production de l' O.M T., Organisation Mondiale du Tourisme. Elle a pris la succession de l'Union internationale des organes officiels de propagande touristique, fondée à la Haye en 1925, puis de l'Union internationale des organismes officiels du Tourisme (U.I.O.O.T.) créée à Londres en 1946. Le passage d'une organisation internationale de droit privé, de caractère technique, regroupant non des États mais des organismes nationaux de tourisme (115 en 1974) à une institution intergouvernementale de droit public a consacré en 1974 la reconnaissance internationale de l'importance du fait touristique. C'est dès 1946 que l'U.I.O.O.T., chargée du rassemblement de l'information au niveau mondial dans le dessein de «constituer une Banque de données du tourisme dans des divers aspects: économiques, légaux, statistiques, transport, hébergement, planification... », a commencé la publication d'Annuaires statistiques annuels (ou semestriels) s'efforçant de couvrir l'ensemble des pays membres. L'O.M.T. a poursuivi, en l'élargissant, cette tâche de rassemblement et d'harmonisation: « (elle) est l' organisme international le plus avancé en matiere de recherche sur la mesure des flux, des trafics et des recettes touristiques internationales. Chaque année, par la publication des« Statistiques du Tourisme international », par la diffusion d'un manuel comme « Les lignes directrices pour le rassemblement et la présentation des statistiques et pour la mesure des dépenses touristiques, elle incorpore des données nouvelles et améliorées sur le phénomène touristique» (R Lanquar, 1977). La fragmentation entre diverses publications - dont les nombreux recouvrements font parfois douter de l'utilité réelle - constitue le principal inconvénient de la production de l'O.M.T. qui présente par ailleurs, de multiples et indiscutables avantages. Elle est à la fois la ~ource la plus autorisée et la plus globale à l'heure actuelle même si ses utilisateurs sont souvent amenés à souhaiter l'élargissement de son domaine géographique
étudiées et les classifications

- les pays recensés -

et de son champ statistique
proposées.

- les

catégories 23

2. LES DÉFINITIONSDE BASE: UNE ÉLABORATION ET UNE HARMONISATION LABORIEUSES

Il n'est, hélas, pas rare que dans la presse, même spécialisée, voire dans des publications à prétention plus « scientifique», la plus totale confusion s'étale en matière de terminologie entre de nombreuses notions aux acceptions pourtant fort éloignées: les auteurs paraissent y employer indifféremment les termes de touriste, de visiteur, d'entrée ou d'arrivée, de nuitée et de journée-vacances sans se préoccuper de préciser en quel lieu et à quel niveau (frontières, hébergements...) ces chiffres, aussi légèrement reproduits, ont été obtenus. Le chercheur est stupéfait de découvrir ainsi dans des analyses apparemment sérieuses, émanant souvent des organes officiels ou des bureaux d'études - à l'occasion, par exemple, de prospections de marchés des quantifications imprudemment reprises sans réserve, en dehors de toute définition limitative, et donc fréquemment aberrantes. On trouvera sous la plume d'auteurs dignes de foi des affirmations fortement contradictoires: ainsi selon les uns et les autres, le Bassin Méditerranéen représente 25 %, 37 % ou 50 % du flux mondial total! Pour des pays de la notoriété touristique de l'Espagne, du Portugal ou de l'Italie, les écarts constatés sont également considérables, suivant les défmitions implicitement retenues et l'origine des relevés.

-

Les étapes de l'élaboration réglementaire Il revenait naturellement aux organisations internationales sous l'égide de la Société des Nations, puis des Nations-Unies, de proposer des termes et des définitions suffisamment larges et souples pour être acceptés par les divers pays, toujours at41chés aux catégories traditionnelles de leur statistique. Cette tâche, progressive et ardue, se poursuit depuis maintenant plus de quarante ans avec une réussite incontestable mais sans avoir totalement atteint ses ambitieux et nécessaires objectifs d'harmonisation mondiale. Les grandes étapes en seront ici brièvement présentées: En 1937, le Comité des experts satisticiens de la Société des Nations recommande aux pays membres d'adopter la définition suivante du touriste: «toute personne en déplacement pour une durée d'au moins 24 heures dans un pays autre que celui où elle a son domicile habituel. » Sont, donc, à considérer comme touristes: 10 les personnes effectuant un voyage d'agrément ou voyageant pour des raisons de famille, de santé, etc... 24

,

20 les personnes se rendant à des réunions ouen missions de toutes sortes (scientifiques, administratives, diplomatiques, religieuses, sportives, etc...) ; 30 les personnes en voyages d'affaires; 40 les visiteurs en croisière maritime, même lorsque la durée de leur séjour est inférieure à 24 heures (ces derniers devant être comptés dans un groupe à part, au besoin sans distinction suivant le domicile habituel). En 1963 - date décisive à retenir - la Conférence des Nations Unies sur le Tourisme et les voyages internationaux, réunie à Rome,étudie une définition nouvelle (préparée par l'U.I.O.O.T.) et en recommande l'étude et l'adoption à la Commission de Statistiques des Nations Unies et à l'U.I.O.O.T. La nouveauté est l'apparition de la notion de visiteur, défini comme « toute personne qui se rend dans un pays autre que celui où elle a son lieu de résidence habituelle, pour toute autre raison que celle d'y exercer une profession rémunérée dans le pays même ». La définition

couvre deux catégories de visiteurs

- touristes et

excursionnistes-

définis comme suit: 10 Touristes: visiteurs temporaires séjournant au moins 24 heures dans le pays visité et dont les motifs du voyage peuvent être groupés en a) loisirs (agrément, vacances, santé, études, religion et sports) ; b) affaires, mission, réunion et famille; 20 excursionnistes: visiteurs temporaires dont le séjour ne dépasse pas 24 heures dans le pays visité (y compris les voyageurs en croisière). En 1967, le Groupe d'experts sur les statistiques du Tourisme international de la Commission des Statistiques des Nations Unies, recommande à tous les pays l'utilisation de la défmition du visiteur proposée par la Conférence de Rome quatre ans plus tôt. Ainsi, le Comité du Tourisme de l'O.C.D.E. en décidera l'adoption en 1970, après que l'U.I.O.O.T. ait donné l'exemple dès 1968. Chaque pays demeure, par contre, libre de reprendre ou non la distinction entre touriste et excursionniste: il est seulement souhaité qu'une partition soit établie, quel que soit le terme employé, entre les visiteurs dont le séjour ne comporte aucune nuitée et les visiteurs qui séjournent au moins une nuit en utilisant un moyen d'hébergement du pays. En 1971, la C.N.U.C.E.D. en collaboration avec le Bureau de Statistique des Nations Unies et l'U.I.O.O.T., élabore une série de « Directivespour l'établissement des statistiques du Tourisme» qui avaient été préparées dans un manuel de l'U.I.O.O.T. publié en 1969 sous le titre « Lignes directrices en vue du rassemblement et la présentation des
statistiques du Tourisme». Ces
«

Directives » soulignent justement que les

personnes dont les mouvements font l'objet des statistiques du tourisme constituent une partie seulement du mouvement total des voyageurs résidents et non-résidents. En 1975, le Comité du Tourisme de l'O.C.D.E., après diverses études comparatives menées depuis 1966, a retenu une liste de données à

25

recueillir dans le cadre d'enquêtes par sondage auprès des visiteurs effectuées aux frontières et/ou dans les moyens d'hébergement. Par ailleurs, en 1971, ce Comité avait conseillé de remplacer le terme de
« touriste» par celui de
((

voyageur », assimilant ainsi voyageur d'agrément

et d'affaires parce que tous deux utilisent les mêmes moyens d'hébergement, de restauration et d'animation et que le voyageur d'affaires lie souvent travail et loisirs pendant une partie de son séjour (R Lanquar, 1977). Les grandes catégories d'analyse Sous une complexité de façade, que cette longue énumération règlementaire paraît confirmer, se dissimule une relative simplicité de la statistique touristique qu'il faut éviter de perdre de vue lors d'une analyse critique des chiffres produits. Mc Ewen l'a clairement résumé: les touristes internationaux ont trois actions en commun: ils traversent des frontières internationales, ils échangent leurs devises nationales en devises étrangères, ils sont amenés au cours de leur séjour à recourir aux moyens d'hébergement du pays visité. Chacune de ces trois actions offre l'occasion d'un dénombrement statistique: si aucune de ces méthodes n'est parfaitement fiable, une image acceptable peut cependant se dégager de la confrontation de leurs résultats (Mac Ewen, 1971). a) Les dénombrements bruts à prétention exhaustive Il a paru logique de réserver l'analyse des statistiques de nature fmancière recettes et dépenses du tourisme international - à un chapitre plus spécifiquement consacré aux effets économiques: il ne sera donc fait, ici que de brèves références à ces informations, notamment dans la mesure où elles aident à cerner .la place particulière desP.V.D. dans la concert mondial. Restent donc deux sources générales de comptage : aux frontières et dans les hébergements. 10 Les dénombrements aux frontières. Réalisés par les Services d'immigration, de police ou de douanes, ils constituent l'instrument principal d'évaluation des entrées étrangères aux divers postes frontières, routiers, ferroviaires, maritimes et aéroportuaires. Si les contrôles demeurent complets et sérieux pour les deux derniers types d'accès, il est devenu évident que l'allègement des procédures policières et douanières a ôté beaucoup de leur fiabilité aux comptages ferroviaires et, surtout, routiers. Aux frontières terrestres les plus fréquentées, principalement en Europe et en Amérique, nombre de pays ont, soit renoncé à rassembler des statistiques d'entrées (Belgique, Danemark, Pays-Bas, Suède, Suisse), soit recouru à des estimations complémentaires pour redresser les lacunes ou erreurs du comptage traditionnel (Allemagne fédérale, France, Autriche, Turquie, etc...); beaucoup (Espagne, Norvège, Autriche, Allemagne fédérale, etc...) ne peuvent, de ce fait, pas toujours établir la nécessaire distinction entre « touristes» et « excursionnistes».

-

26

r
Les statistiques d'entrées étrangères dans le Tiers-Monde se révèlent, par comparaison, plus fidèles: les cas de frontière terrestre largement perméable et fréquentée y sont exceptionnels et la progressive libéralisation des formalités d'entrée est loin d'avoir fait disparaître les contrôles policiers et douaniers souvent tâtillons.La fiche ou carte d'embarquement-débarquement permet d'obtenir quelques informations schématiques sur le visiteur et son séjour. Sans que les termes en soient spécifiquement repris, les définitions et recommandations de l'O.M.T. et des Nations Unies se sont généralisées. La distinction entre les visiteurs suivant qu'ils ont l'intention de passer plus ou moins de 24 heures dans le pays est très fréquemment pratiquée': 86 % des pays qui établissent une catégorie « excursionniste» se conforment à la définition de l'O.M.T. tandis que la moitié encore n'appliquent la notion de « touriste» qu'avec d'importantes adaptations. Les critères de classification recommandés par les organisations internationales - et que la figure 1 résume - sont, eux aussi, inégalement retenus suivant les pays. Les ambitions de l'O.M.T. en ce domaine demeurent pourtant limitées: « d'une manière générale, les statistiques touristiques devraient permettre à chaque pays de répondre à un certain nombre de questions telles que: le pays de résidence habituelle des visiteurs internationaux : - le ou les modes de transports utilisés par ces visiteurs; - les motifs qui ont incité ces visiteurs internationaux à visiter le pays; la durée de séjour des visiteurs internationaux dans le pays visité; le ou les types d'hébergement utilisés; - le volume et la structure des dépenses des visiteurs internationaux dans le pays visité». Avec prudence, le rapporteur ajoute: « de plus, il serait utile également que chaque pays dispose de statistiques relatives aux caractéristiques socio-économiques des visiteurs internationaux. A ce sujet, les données statistiques sur l'âge, le sexe et la profession des visiteurs constituent des instruments fort utiles pour toutes les recherches et analyses de marchés ainsi que pour la planification du développement.du secteur touristique» (Supplément méthodologique..., 1978, p. 7). La difficulté réside moins ici dans l'insertion de ces questions sur la fiche d'embarquement que dans l'exploitation très lourde de ces informations qui conduit de nombreux pays à ne donner que des « coups de sonde» limités et éloignés dans cette considérable documentation. D'où la modestie des résultats enregistrés: si 95 % des pays informent sur le mode de transport et 87 % sur les rythmes mensuels, les pourcentages tombent à 66 % pour la nationalité et à 58 % pour le lieu de résidence des touristes, à 67 % pour le motif de visite, à 22 % pour l'âge et le sexe, à 21 % pour la catégorie socioprofessionnelle.. .

-

-

20 Les dénombrements dans les hébergements. Divers types de rensei-

gnements peuvent être - en principe - obtenus grâce à cette méthode: _ sur l'équipement d'accueil lui-même,toutes formes d'hébergement 27

Vacances Affaires

Inclus dans les statistiques du tourisme

Santé

Études

Mission/ Réunion/ Congrès

Motifs de visite (9)

Famille (visite à des amis ou parents)
Religion

Non-résidents

Nationaux résidant à l'étranger

Sport

Autres

Travailleurs frontaliers

Nomades

Passagers en transit (8)

Réfugiés

Membres forces armées (7)

( 1) Visiteurs qui passent au moins une nuit dans le pays visité. (2) Les équipages des navires ou des avions étrangers en réparation ou faisant escale dans le (3) Visiteurs qui ne passent pas au moins une nuit dans le pays visité quoi qu'ils puissent visitet pour y dormir. ( 4) Inclus normalement dans excursionnistes. Une classification séparée de ces visiteurs es1 (5) Visiteurs qui arrivent et repartent le même jour. ( 6) Les équipages qui ne sont pas résidents du pays visité et qui y séjournent (7) Lorsqu'ils se déplacent de leur pays d'origine au pays où ils sont en poste pour la journée. et inversement. (8) Qui ne quittent pas l'aire de. transit de l'aéroport ou du port. Dans certains pays le transit dans les statistiques des visiteurs. (9) Principaux motifs de visite tels que définis à la Conrerence de Rome (1963). FIG. 1. - Class!fication des voyageurs suivant les normes de l'O.M T.

28

r

Non inclus dans les statistiques du tourisme

EXCURSIONNISTES (3)

Passagers en croisière (4)

Visiteurs de la journée (5)

Équipages (6)

Représentants consulaires (7)

Diplomates (7)

Immigrants temporai res

Immigrants permanents

pays et qui utilisent les. moyens d'hébergement du pays. le pays pendant un ou plusieurs jours et revenir sur leur bateau ou dans leur train toutefois préférable.

peut comporter un séjour de un ou plusieurs jours. Dans ce cas, il faut les inclure

(extrait du Supplément méthodologique

O.M.T., éd. 1978).

29

considérées, sur les catégories d'hébergement, sur la capacité totale disponible, exprimée en chambres ou en lits; sur le volume des arrivées des utilisateurs (étrangers ou venus de l'étranger dans le cas qui nous intéresse) de ces hébergements suivant des rythmes quotidiens, mensuels et saisonniers, théoriquement aisés à déterminer: - sur le volume des journées-vacances ou, mieux, des nuitées enregistrées dans ces divers établissements d'accueil, fournissant par simple extrapolation la durée de séjour des utilisateurs et, au-delà, le taux d'occupation moyen, rapporté à la chambre ou au lit, calculé par semaine, par mois ou par an, en fonction - et ceci est capital, bien que souvent oublié - de la durée effective d'ouverture de tout ou partie de l'établissement considéré. La nuitée est, dans son principe, le meilleur élément statistique capable de donner une idée exacte du volume de tourisme réceptif d'un. pays. Si l'on doit se réjouir de voir cette notion se diffuser dans les statistiques touristiques nationales, la prudence précautionneuse est, ici peut-être plus encore qu'ailleurs, de rigueur tant les occasions d'erreur, et surtout de sous-estimation, sont fréquentes: couverture très insuffisante des divers moyens d'hébergement qui favorise l'hôtellerie et laisse dans l'ombre des

-

capacités dites souventà tort « complémentaires»; tenue irrégulièredes
registres d'accueil et transmission incomplète et méfiante des résultats à l'organisme statistique; informations superficielles sur la clientèle, sa provenance., sa composition, les modalités et les motivations de son séjour, etc... Dans beaucoup de pays, ces données sur l'hébergement et son utilisation ne sont pas rassemblées ou pas publiées: Maurice, Guatemala, Trinidad-Tobago, Uruguay, Hong-Kong, Indonésie, Singapour, Inde, Mghanistan, ... Et dans de nombreux autres cas, les relevés demeurent très insuffisants: ainsi, en République Dominicaine, ils ignorent les hôtels pour se limiter aux pensions de famille; aux Hawaï, la législation de l'État ne fait pas obligation aux gestionnaires de communiquer des données, que par ailleurs des firmes privées peuvent rassembler; au Maroc, les chiffres obtenus sont le résultat d'une enquête par téléphone auprès d'un échantillon d'hôtels, etc... D'après l'O.M.T., sur 102 pays
considérés, 81

-

soit 80 % environ

-

produisent

des statistiques

d'héber-

gement mais moins d'un cinquième fournissent des informations sur la durée de séjour ou le pays de nationalité des utilisateurs, 16 % sur le motif du voyage, 40 à 50 % sur la catégorie d'établissement et son emplacement, 50 à 52 % sur les taux d'occupation à la chambre ou au lit, 80 % sur les rythmes mensuels de fréquentation. b) Le recours aux enquêtes par sondages Il est de plus en plus fréquent que des enquêtes particulières sur échantillon viennent compléter les dénombrements bruts afin d'en redresser les indications et surtout d'en préciser le contenu. Les questionnaires élaborés pour une meilleure connaissance spectrale de la clientèle sont 30

,

soumis pendant des périodes précises et limitées aux visiteurs à leur entrée ou à leur sortie du pays, ou sur les lieux de leur séjour ,dans les établissements d'accueil de préférence. A l'exemple du Bristish National Travel Survey (B.N.T.S.) réalisé annuellement auprès d'un échantillon aléatoire stratifié de 5 à 6 OOOvisiteursde la Grande-Bretagne après qu'ils aient regagné leur pays d'origine ou de r International Passenger Survey (LP.S.) élaboré par interviews auprès des arrivants dans les ports et aéroports, de nombreux pays s'efforcent de préciser le profil des visiteurs entrés. On pourra citer, à titre d'exemple dans les pays industriels, l'étude des attributions de passeports aux Etats-Unis, la grande enquête aux frontières de la France en 1976 et en 1982..83 ou l'enquête à la sortie des. visiteurs étrangers des Pays-Bas en 1978. Dans le Tiers-Monde, la méthode peut être illustrée par les cas du Sénégal (questionnaire à l'entrée en 1978), des Philippines (sondage direct auprès de 10 % des arrivants pendant deux semaines de chaque mois), des Hawai (enquête par sondage sur un échantillon de 20 % des vols en provenance d'Amérique du Nord, avec un taux de réponse de 55 %) et du Liban (enquête permanente sur 1 % des sortants .étrangers). c) Le calcul de ratios significatifs
L'étude et le commentaire des chiffres bruts

intéressants qu'ils puissent se révéler méritent d'être balancés par la prise en compte de « réalités relatives», taux et ratios, qui ont r énorme avantage de réintroduire dans le raisonnement le milieu support qui accueille les flux internationaux. Cette démarche, déjà ancienne chez les chercheurs-pionniers du phénomène touristique,K Krapf, W.Hunziker ou P. Defert, est pourtant bien loin d'être couramment pratiquée par les organismes officiels, nationaux ou internationaux. Si, conformément au principe de méthode énoncé plus haut, on néglige ici pour les considérer plus tard les ratios de nature économique et fmancière (recettes touristiques en pourcentage des échanges, des sources de devises, du P.N.B., etc., recettes par habitant ou par km2 ; part du tourisme dans l'emploi, l'investissement, etc...), deux types principaux de calculs peuvent être retenus avec une multiplicité de variantes possibles. ]0 Les ratios d'intensité. Ils constituent simplement une mise en parallèle du flux d'entrée international, exprimé en arrivées de visiteurs (ou seulement de touristes) ou en nuitées observées dans les hébergements, et des caractéristiques élémentaires du pays d'accueil, superficie territoriale et population permanente. Compte-tenu des remarques précédentes, on recommandera de retenir surtout un rapport classique entre le total des arrivées de touristes provenant de l'étranger (en excluant les contingents artificiels des excursionnistes, croisières comprises) et le total des habitants du pays récepteur (pour 100 habitants). Le ratio total des arrivées annuelles de touristeslsuperficie du pays d'accueil en km2, ajoute au premier calcul une dimension spatiale qui, dans certains cas, insulaires par exemple, ne doit pas être négtigée. On 31

-

-

aussi nécessaires

et

doit la définition de ce deuxième ratio àB. Markostandis que l'utilisation du premier a été préconisée à l'origine parH.A. Sundt; W. Hunziker et A. Koch ont proposé, de leur côté, des ratios d'intensité calculés sur la base des recettes touristiques nationales rapportées à la superficie du pays ou à sa population sédentaire (A. Haulot, 1974, p. 64). ]0 Les ratios de capacité. L'inconvénient du ratio d'intensité démographique est qu'il exprime un rapport entre une population présente à un même moment (les habitants permanents) dans une station, une région ou un pays, et une population touristique dont on ne considère que le total annuel cumulé: le rapprochement entre ces deux chiffres ne saurait, donc, en aucune manière, permettre d'établir, comme on peut pourtant le lire sous des plumes autorisées, des seuils sociologiques d'acceptabilité. A défaut d'appréhender statistiquement la population touristique instantanée au moment de son optimum, le biais consiste donc à considérer la capacité totale d'accueil d'une zone définie, qu'on suppose utilisée à 100 % lors des pointes saisonnières. Pierre Defert a, dans ce sens, défini un taux de fonction touristique qui est le rapport capacité d'hébergement totale en lits-touriste/population sédentaire et un taux de fonction hôtelière qui n'inscrit dans le numérateur que la seule capacité offerte par l'hôtellerie (P. Defert, 1967). On rappellera brièvement la classification des communes selon le taux de fonction touristique (Tf(t) = N.lits en place x lOO/Pop.) que propose P. Defert, avec quelques retouches minimes apportées par Marc Boyer

(M. Boyer, 1972, p 189) : - Taux supérieurà 500 : station hypertouristiquede création récente; - Taux de 100 à 500 : grande station de tourisme; Tauxde 40 à 100: commune à prédominance touristique; - Taux de 10 à 40 : activité touristique importante mais non prédo-

-

minante ;

- Taux de 4 à 10: activité touristique faible ou noyée dans la vie urbaine; - Taux inférieur à 4: activité touristique négligeable ou embryonnaire. Rien n'interdit de calculer aussi les taux de fonction non plus par référence à la population sédentaire mais à la superficie de la zone d'accueil considérée, exprimée en km2 : P. Defert propose de nommer ce rapport de la capacité d'accueil à la surface « la densité kilométrique d'hébergement» CR Baretje et P. Defert, 1972, p 55).

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,
3. LES CARENCESSTATISTIQUES:
UN OUTIL INACHEVÉ ET INADAPTÉ

Les lacunes de la couverture et de l'harmonisation statistiques Avec des variations interannuelles, qui sont dues en général à des troubles politiques ou économiques, rO.M.T. a rassemblé depuis 1972-73 les statistiques d'arrivées touristiques étrangères dans une centaine de pays environ; de nouvelles destinations, du type des Seychelles, sont venuescompenserla « disparition» d'États désorganisés par des conflits armés. Ainsi, les séries statistiques sont d'une extrême itrégularité pour des pays comme le Cambodge, le Laos, le Vietman, l'Angola et la Mozambique; dans d'autres cas, moins graves, les relevés sont également intermittents: Centrafrique, Niger, Gambie, Sierra Leone, Paraguay, Irak, Taiwan, etc... Enfin, pour une vingtaine de pays au moins, la statistique et les études de l'O.M.T. demeurent presque totalement muettes: il faut, dans les éléments d'interprétation, faire la part de la volonté politique de retranchement (Albanie, Cuba, Guinée, Birmanie, Chine, Mongolie, Corée du Nord) mais aussi de l'inintérêt pour des raisons variées (Somalie, Libéria, Belize, Honduras, Guyanes, Cachemire, Bhoutan, Arabie Saoudite, Oman,Yemen, etc.). Plus préoccupantes sont les très fréquentes dysharmonies de relevé et d'expression statistiques entre les différents pays: de façon générale, moins de la moitié des pays qui adressent régulièrement des informations à l'O.M.T. se conforment aux définitions qu'elle recommande de retenir.
Il ne faut pas perdre de vue en effet que
«

les concepts de base qui ont

été défmis dans les lignes directrices (pour le rassemblement et la présentation des statistiques du tourisme international) ne répondent qu'à des critères purement statistiques et n'ont donc pas de base légale: leur application dépend dès lors de la structure administrative existante dans chaque pays» (Supplément méthodologique..., 1978, p.2). Pas une publication internationale qui n'avertisse en exergue le lecteur de la difficulté d'établir des comparaisons fiables entre pays, ainsi que l'illustre cette remarque extraite d'un récent rapport de l'O.C.D.E. : « les données recueillies par les différents membres à l'aide de ces diverses méthodes ne se prêtent pas facilement à la comparaison; il s'ensuit que l'addition de ces données pose des problèmes et que l'ampleur de l'évolution du tourisme dans l'ensemble des pays me.mbres ne peut être déterminée que très approximativement ». Cette méfiance vis-à-vis des sommations doit s'étendre à toutes les confrontations de chiffres d'un État à l'autre: il est, en conséquence, particulièrement téméraire de dresser une véritable matrice arrivées - départs entre des couples de pays émetteurs - récepteurs. Il est certes possible de reconstituer à partir des totaux d'arrivées de ressortissants 33