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Les ouvrières marocaines en mouvement

De
336 pages
Ce travail analyse l'étendue de l'impact du travail féminin sur la condition féminine. L'auteur se demande dans quelle mesure le travail est un facteur de transformation de la société et des rapports de pouvoir au sein du couple. Elle analyse également si le travail génère une nouvelle organisation dans la vie domestique de la femme ouvrière et quel est l'effet du travail féminin sur les rôles sociaux de genre et la division des rôles sociaux.
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LES OUVRIÈRES MAROCAINES EN MOUVEMENT Leila Bouasria
Qui paye ? Qui fait le ménage ? Et qui décide ?
Quand les conditions de travail sont diffciles et que la
conciliation entre les deux rôles – à l’usine et à la maison – l’est
d’autant plus, le travail de l’ouvrière au lieu de diversifer les pôles
identifcatoires, les confrontent dans un rapport d’opposition
confictuel. Quand le travail n’est pas prestigieux ou le salaire n’est
pas élevé, les stratégies autour desquelles se trament les négociations
de rôles se manifestent plus clairement. Si ces ouvrières oeuvrent
au nom d’une indépendance économique en partie illusoire parce
que leur salaire ne leur assure pas l’autonomie, comment se manifeste
donc le changement à travers la négociation de rôles quotidienne ?
S’il est clair que cette nouvelle insertion des femmes dans la vie
salariale implique un changement, est-ce qu’elle insuffe pour autant
une adhésion à de nouvelles représentations sociales ? Comment
les ouvrières arrivent-elles à concilier les exigences de leur travail et
la préservation d’une identité spécifque ? Il s’agit de comprendre
l’étendue de l’impact du travail à l’usine sur les rôles conjugaux, et en
quoi ce travail est un facteur de transformation des représentations et
des pratiques ? Est-ce qu’il instaure une nouvelle organisation dans la
vie familiale de la femme ouvrière ?
LES OUVRIÈRES Leila Bouasria est professeur à la faculté des lettres et sciences
humaines d’Ain Chock de Casablanca et chercheur associé au Centre
Marocain des sciences sociales. Avant de soutenir sa thèse de doctorat MAROCAINES EN MOUVEMENT
en sociologie à l’Université Mohammed V de Rabat, elle est passée
par l’université de Sussex en Grande-Bretagne pour un Master en
Anthropologie du développement et transformations sociales, par l’école
Qui paye ? Qui fait le ménage ? Et qui décide ?Hassaniya des travaux publics / Institut de Strasbourg pour un Master en
ressources humaines et par l’université américaine Al Akhawayn d’Ifrane
pour un Bachelor en sciences sociales.
Préface de Mohamed TOZY
Illustration de couverture : Mohamed Akriya.
ISBN : 978-2-343-00447-1
34€
LES OUVRIÈRES MAROCAINES EN MOUVEMENT
Leila Bouasria
Qui paye ? Qui fait le ménage ? Et qui décide ?





Les ouvrières marocaines
en mouvement
Qui paye ? Qui fait le ménage ?
Et qui décide ?
Mondes en mouvement

Nouvelle collection pluridisciplinaire, dirigée par Fabienne Le
Houérou, « Mondes en mouvement » publie des travaux en
sciences humaines (histoire – sociologie – anthropologie –
géographie) sur l’immigration, les migrations forcées, les
diasporas et les crises humanitaires dans les relations
internationales. Les espaces explorés sont méditerranéens,
maghrébins, africains, moyen-orientaux et extrême-
orientaux ; les publications s’intéressent à la thématique du
Mouvement et de l’Humanitaire dans un monde global.
L’axe « humanitaire » comprend plusieurs volets dont des
études sur le genre et l’exil « gender, exile and
persecution » ; les violences faites aux femmes dans les
situations de conflits. Nous insisterons sur le rôle des médias
et des images dans la construction des figures victimaires. La
plupart des ouvrages s’appuient sur une méthodologie
originale exploitant des enquêtes filmées comme sources
scientifiques à part entière. Cet intérêt pour la polyvalence
des sources est une des dimensions les plus significatives de
cette collection qui publie des ouvrages assortis de DVD ou
en lien avec la VOD, Youtube, Dailymotion.

Déjà parus
Agathe PLAUCHUT, L’ONU face au génocide rwandais. Le
silence des machettes, 2012.
Périples au Maghreb est le premier ouvrage collectif de cette
collection. Il nous invite à questionner les cohabitations
plurielles de nos mondes contemporains.
Leila BOUASRIA







LES OUVRIÈRES MAROCAINES
EN MOUVEMENT
Qui paye ? Qui fait le ménage ?
Et qui décide ?




Préface de Mohamed TOZY











L’Harmattan





































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-00447-1
EAN : 9782343004471
Remerciements


Je voudrais remercier tous ceux qui m’ont aidé d’une façon ou d’une
autre à réaliser ce travail.
Je remercie sincèrement mon directeur de thèse Mohamed Tozy pour ses
conseils efficaces et avisés, pour ses efforts qui m’ont facilité l’accès au
terrain et pour la préface à cet ouvrage qu’il a bien voulu réaliser. Je le
remercie pour sa volonté sincère de voir ses étudiants réussir.
Je remercie particulièrement le professeur Mokhtar El Harras pour sa
serviabilité, sa capacité d’écoute et son humilité exemplaires qui ne
peuvent que servir de modèles de conduite pour les chercheurs que nous
aspirons à devenir.
Une reconnaissance sans limites au professeur Amina El Messaoudi
pour ses conseils précieux et ses leçons de persévérance prodiguées tout
au long de ce travail.
Je remercie le professeur Hassan Rachik de m’avoir donné le goût du
terrain en m’y initiant et le professeur Jamal Khalil de m’avoir
accompagné lors de l’analyse quantitative des données de terrain. Je
remercie Aicha Belarbi qui nous a frayé le chemin pour suivre ses traces,
Houria Alami M’chichi d’avoir toujours soutenu notre groupe d’études
et de recherche pour le genre (GREGAM).
Ce travail doit beaucoup à Sylvie Chiousse, qui par sa lecture, m’a
éclairée sur beaucoup d’aspects.
À toutes les ouvrières : Rabea, Châybiya, Naima, Fatima, Hafida et
d’autres qui m’ont permis de donner corps à mon travail en
m’accueillant chez elles. Je remercie l’Association ar-Ra’idate de Sidi
Moumen et particulièrement la présidente Warda de m’avoir permis
d’effectuer mes entretiens dans les meilleures conditions.
J’adresse mes remerciements particuliers à toutes les personnes qui ont
rendu possible l’accès aux usines : Monsieur Brahim Akhattab, Monsieur
Hicham El Lamrani, Monsieur Amlouk, Monsieur Karim Tazi, Monsieur
Abderrahim Bendraoui, Monsieur El Mednaoui Mohamed Filali et d’autres.
7Je remercie également mes compagnons de route dans la recherche :
Yasmine Berriane, Fadma AitMous, Ahmed Bendella, Aicha Berkaoui,
Mériem Yafout, Badiha Nehhas, Laila Hamili, Meriem Cheikh, Wazif
Mohamed, Catherine Therrien, Marie-Pierre Anglade, Fanny Debarre,
Irène Bono et d’autres pour leur soutien et pour les moments de partage
et de solidarité qui ont souvent apaisé la solitude qui accompagne le
travail de recherche.
Une dédicace spéciale pour l’équipe Femmagh pour les échanges que
nous avons eus dans le cadre du projet ANR et pour nos conversations
riches en inspiration pour cet ouvrage.
J’adresse aussi mes remerciements à l’association du groupe des jeunes
chercheurs et particulièrement à Mohammed Jeghlaly et Ahmed Bendella
pour les efforts qu’ils fournissent pour nous faciliter l’accès à
l’information et coordonner la communication entre les chercheurs.


8




À mes parents

À Ezzoubeir, Abdelilah
À Zineb et Ismael
PRÉFACE


L’un des premiers textes à traiter de la condition ouvrière avait l’allure
d’un réquisitoire contre le changement en cours au Maroc de l’après
guerre. La naissance du prolétariat marocain – c’était le titre de
*l’enquête collective pilotée par R. Montagne – sonnait comme un tocsin
qui annonçait l’avènement d’une époque pleine d’imprévus du point de
vue de la colonisation. Les carrières centrales – lieu emblématique où se
sont déroulées la plupart des enquêtes – étaient le lieu de la naissance
d’une conscience ouvrière mais aussi nationaliste.
Il n’y a pas lieu ici de traiter de l’enquête conduite par Montagne et
encore moins de ses présupposés idéologiques ni même de ses méthodes
combinant enquête policière et enquête sociologique. Son évocation est
de l’ordre du souvenir, une reconnaissance qui, par delà les partis pris,
cherche à entretenir le lien avec un savoir discutable mais un savoir tout
de même. Elle informe sur une caractéristique particulière de la
sociologie au Maroc – j’évite ici de dire marocaine qui, tout en pointant
les limites du savoir colonial, assume sa succession tout en se réservant
un droit d’inventaire à partir de postures de professionnels.
Il ne s’agit pas de dire mais de faire de la sociologie postcoloniale, les
différences se faisant sur la qualité du rendu, la pertinence de l’intuition,
la justesse de l’analyse et non sur la bonne intention idéologique.

Leila Bouasria fait partie de cette génération qui a fait l’économie de ce
geste de réappropriation sur la base d’une légitimité politique pour aller
disputer son droit à l’existence sur le terrain, ne revendiquant ni un
privilège d’autochtone, ni une préférence nationale.
Elle le fait avec brio alors que la construction de son itinéraire a
emprunté des chemins plutôt sinueux comme tout jeune sociologue qui
ne pouvait pas passer par une filière sociologique classique de la faculté
des lettres. Il faut noter que ladite filière a tardé à s’émanciper de la

* R. Montagne, Naissance du prolétariat marocain : enquête collective, 1948-1950,
Paris Peyronnet et Cie (s.d), in 8°, 291p (Cahiers de l’Afrique et de l’Asie -III).
11philosophie et qui, une fois cette autonomie acquise, s’est enlisée dans
des considérations de langue d’enseignement. Un chemin tortueux qui a
nécessité un apprentissage par compagnonnage qui l’a mené des hauteurs
d’Ifrane, siège d’un campus transplanté où les sciences sociales sont
immergées dans le cursus sciences et arts aux bans de l’école doctorale
de la faculté des lettres puis au Centre marocain des sciences sociales.

Le livre que je préface est le prolongement d’une thèse intitulée
Négociation de rôles conjugaux au prisme du salariat féminin : le cas des
ouvrières casablancaises. Ce travail analyse l’étendue de l’impact du
travail féminin sur la condition féminine. L. Bouasria se demande dans
quelle mesure le travail est un facteur de transformation de la société et des
rapports de pouvoir au sein du couple. Elle se demande aussi si le travail
génère une nouvelle organisation dans la vie domestique de la femme
ouvrière et quel est l’effet du travail féminin (pénible, précaire à horaires
atypiques) sur les rôles sociaux de genre et la division des rôles sociaux.
Son travail, tout en traitant du présent, s’insère dans une démarche de
sociologie historique des changements sociopolitiques récents. Il
interroge autant la culture des différentes institutions (famille, usine,
syndicats...) que les itinéraires individuels des acteurs qui participent à ce
processus. La démarche laisse une large place à l’imprévu et aux
enchaînements paradoxaux. Pour prendre en charge cette complexité, elle
a démultiplié les espaces d’intelligibilité par un retour systématique au
terrain et aux logiques développées par les acteurs.
Le constat est simple : « les figures de la modernité » ne tiennent pas
nécessairement le haut de l’affiche sur les colonnes des journaux ou
les plateaux de télévision ; c’est dans les rapports de production au
quotidien que se nichent les possibilités d’émancipation. C’est en tout
cas la conclusion de ce travail solide qu’a entrepris Leila Bouasria.
Son objectif était de comprendre la nature des rapports de domination
mais aussi des interactions qui existent entre les genres, en focalisant
l’attention sur les ouvrières de la région de Ain Sbaa dans les
banlieues industrielles de Casablanca.
Son approche empirique qui conjugue empathie et distance
raisonnable s’est construite progressivement et honnêtement à travers
plusieurs situations d’enquêtes avec la même cohorte de femmes qui
12portent les germes de l’émancipation aussi loin que le permet le
nouveau Code de la famille.
Bouasria a fait preuve dans ce livre à la fois de compétence et de
sensibilité pour aller au-delà des données empiriques en faisant ressortir
la magnifique lucidité de ses interlocutrices sur les risques de
basculement des rapports de force et des décalages entre l’horizon des
réalités et celui des aspirations.
Dans les rapports homme / femme, elle a fait ressortir les transformations
des rapports de pouvoir non seulement dans le temps mais par rapport à
des situations où les femmes – conscientes de l’exceptionnalité du statut
de femme salariée y compris dans la précarité – ne cessent, à leur
détriment, de résorber les décalages entre la réalité impitoyable des
rapports de pouvoir entre une femme active et un homme au chômage,
entre le besoin d’un homme à l’apparence solide et la fragilité de sa
situation précaire. Elle nous ne dit pas l’impossibilité d’une égalité, voire
même d’une complémentarité dans le respect réciproque entre homme et
femme tant est pesant le poids de la religion et de la culture mais elle
nous permet d’entrevoir les mises en scène nécessaires pour sauver la
face. Elle nous donne à voir des femmes qu’on aurait pu croire complices
de l’ordre patriarcal alors qu’elles sont en train d’ouvrir des voies
nouvelles d’affirmation de soi parce que la survie dans une société qui
change lentement nécessite la paix avec « la belle famille » et un homme
même comparse se doit d’être en état de « marche ».


Mohamed TOZY
Aktaten, le 23 décembre 2012
13
INTRODUCTION


Le travail des femmes a été analysé dans les années 1980 sous l’angle des
inégalités de salaires et de la ségrégation sexuée du marché du travail
(Laufer, Marry, Maruani, 2003). Cependant, cette littérature ne tentait
pas d’expliquer pourquoi se produit la ségrégation selon les sexes ni
comment elle se maintient.
Les féministes mettent de plus en plus l’accent sur la nécessité d’étudier
les processus propres au marché du travail qui contribuent à la
construction spécifique des tâches masculines et féminines.
Le courant de pensée qui a prévalu durant les années 1980 analysait
l’origine des inégalités professionnelles entre hommes et femmes à partir
de la division des tâches au sein de la famille comme point de départ en
occultant la relation bilatérale entre les deux sphères. Se rendant compte
que le rôle explicatif de la famille a été largement surestimé, les
chercheurs se sont orientés vers l’étude des ségrégations liées à la vie
professionnelle (Bard, Baudelot, Mossuz-Lavau, 2004, p.183). Il est
intéressant de souligner que les années 1990 sont aussi venues confirmer
ces tendances en s’appuyant sur la comparaison des salaires, des carrières
et des budgets temps. Il est vrai que la frontière jadis étanche entre le
monde salarial et la sphère « hors travail » a été repensée et que
l’opposition travail / hors travail s’est déconstruite d’elle-même.
Cependant, le monde du travail a rarement servi de point de départ pour
analyser les inégalités au sein de la famille. Ce sont, par contre, les
contextes de réalisation du travail de la femme qui ont fait l’objet d’étude
de plusieurs chercheurs les considérant comme un facteur de
subordination sinon de stabilisation du système de stratification des
genres (Narotzky, 1990).
Il est important de traverser cette réflexion exploratoire de la recherche
féminine afin de situer notre propre recherche et d’introduire l’approche
sur laquelle s’appuie notre travail. Il est vrai qu’un nouveau courant est
apparu dans les années 1990 pour critiquer la focalisation sur la famille
15comme unique responsable des inégalités professionnelles, mais il est
pertinent de souligner que cette critique risque de séparer encore une fois
les deux sphères et nier leur interdépendance.
Dans notre étude, nous essayons de garder réunies les deux sphères –
famille et travail – pour étudier l’incidence de ce dernier sur les rôles
familiaux. Cependant, même si l’étude s’inscrit dans une rupture par
rapport à l’idée de famille comme élément isolé, l’articulation avec la
sphère du travail n’est apparente qu’à travers l’évocation des dimensions
financières et temporelles liées à l’exercice d’un emploi. Nous centrons
donc l’analyse sur les rôles conjugaux tout en les rattachant à quelques
éléments du travail ouvrier qui participent à leur redéfinition.
Pourquoi choisir la femme ouvrière dans l’industrie de textile et de
l’habillement à Casablanca ?
D’une part, il est important de préciser qu’en 2003, le secteur industriel est
1le premier pourvoyeur d’emploi féminin en milieu urbain . De plus,
Casablanca est l’un des plus grands pôles économiques qui connaît le taux
d’activité féminin le plus important. D’autre part, rares sont les travaux
ayant été menés sur le travail ouvrier et son incidence sur la famille au
Maroc. Ceux qui ont abordé ces sujets l’ont fait dans une perspective
purement économique (Barkallil, 1990 ; Belghazi, 1995, 1996 ; El Aoufi,
2000) ou s’inscrivent dans le cadre d’une sociologie du travail en portant
l’analyse sur les rapports de travail au sein des usines (Bourqia, 1999 ;
Joekes, 1982 ; Mernissi, 1982).
Notant l’absence d’études sur les rôles familiaux durant la dernière
décennie, nous avons estimé pertinent de suivre les mutations affectant
cette structure suite au renforcement des effets de changement du travail
salarial. Il est surprenant, d’ailleurs, de remarquer l’absence des études de
portraits sociologiques des familles marocaines contemporaines ainsi que
de l’effet du travail sur elles sachant que le taux féminin d’activité au
2Maroc est le plus élevé dans le monde arabe . Le taux d’activité féminin
a aussi plus progressé que celui des hommes. Alors que la population
active urbaine masculine a été multipliée par 6, la population active

1 Le taux d’activité féminin dans ce secteur s’est élevé à 17,6 % contre 11,5 % pour les
hommes et le taux de féminisation a atteint 36 % (contre 19 % pour les hommes),
(Direction des statistiques, 2003).
2 Selon le rapport du PNUD de 2002, le taux féminin d’activité au Maroc a atteint
43,6 %.
16urbaine féminine a été multipliée par 11,5 reflétant ainsi une forte
progression des femmes dans l’emploi urbain (Barkallil, 2005). Ces
chiffres nous interpellent donc sur la nécessité de conduire des
recherches sur l’effet de cette progression sur les rôles féminins au sein
du foyer.
Tout d’abord, le choix de la figure ouvrière féminine, en tant que
principal objet d’étude, pourrait être considéré comme une sorte de
miroir grossissant des transformations que traversent les femmes
marocaines qui travaillent et qui appartiennent à une catégorie sociale
défavorisée.
Dans un souci de réduction d’autres variables d’incidence qui peuvent
rendre l’étude plus complexe et aussi dans le but d’analyser les
comportements familiaux loin de la perspective différentielle qui
privilégie les différences de classe (De Singly, 1993, p.96), nous avons
préféré axer la recherche sur une seule catégorie. Dans un autre sens,
étudier plusieurs catégories porte le risque de révéler des aspects de
rapports au travail contradictoires.
Par ailleurs, la famille ouvrière peut faire office de support d’un nouveau
modèle de structure familiale qui s’étend par la suite (fait tâche d’huile)
au niveau des autres catégories (Touzard, 1967). Les rôles dans le milieu
ouvrier (l’homme étant le point de référence) ont d’ailleurs suscité
plusieurs débats quant à la nature de la répartition des rôles caractérisée
par leur rigidité (Alonzo, 1996 ; Schwartz, 1990).
« La division sexuelle des rôles conjugaux, commune aux différents
milieux sociaux, s’aggrave dans la famille ouvrière pour former des
divisions plus rigides qu’ailleurs » (Alonzo, 1996, p.75).
Cette fidélité du système des identités sexuelles peut être considérée
comme « une protection contre la défaillance ou l’insuffisance des autres
marqueurs identitaires » (Zarca, cité dans Guionnet, Neveu, 2004, p.160).
Ce faisant, quand le travail des ouvrières ne constitue pas le fondement
d’une dynamique émancipatrice,
« Ne reconnaissant plus à leur ancienne condition de femme au foyer la
valeur qu’elles lui octroyaient lorsqu’elles y vivaient ; mais ne trouvant
pas non plus dans leur condition dévalorisée de salariée subalterne le
moyen de reconsidérer leur statut social » (Alonzo, 1996, p.103),
les négociations familiales ressortent plus clairement de par la complexité
de l’enjeu de perdre un mode « socialement légitime ».
17Cette catégorie de femmes ouvrières, en plus d’être située aux frontières
de la modernité, se retrouve de surcroît située aux frontières de l’emploi
qui reste difficile à obtenir et précaire.
L’accès au marché du travail de la figure ouvrière est souvent aléatoire
alors que son salaire n’est pas un salaire d’appoint. Les ouvrières sont
souvent sans qualification et sans expérience, vivent sous la menace
permanente de l’exclusion, souffrant de l’absence d’avenir professionnel
et de la faiblesse des chances de promotion.
Toutes ces conditions font que l’ouvrière n’est pas libre de choisir
l’usage qu’elle veut faire de son temps ni de son argent, ce qui, d’autant
plus, fait ressortir les activités prioritaires ainsi que les conflits inter-rôles
3au sein de la sphère familiale .

Enjeux épistémologiques

Nous partons d’une question pertinente qui peut nous aider dans la
construction de notre objet d’étude : « Les femmes constituent-elles un
groupe social qu’on pourrait isoler pour l’étudier ? » (Bourqia, 1997, p.15).
À cette question, Rahma Bourqia, tout en reconnaissant les
caractéristiques propres qui différencient le groupe des femmes de celui
4des hommes , fait allusion à la distance sociale qui traverse cette
proximité potentielle pouvant rapprocher des femmes qui vivent dans des
5contextes et des conditions différents. Selon Bourqia, le discours
féministe donne à la classe des femmes une existence en théorie qui
n’existe pas forcément au niveau du « réel » (Bourqia, 1997).

3 « […] Le manque de liberté de l’ouvrier, l’impossibilité non seulement d’avoir des
moments de détente, mais aussi de prendre en charge l’organisation de son temps ;
d’autre part l’absence de réserves d’argent qui commande tout un comportement de
préoccupations » (Chombart de Lauwe, 1977, p.55).
4 Rahma Bourqia cite, entre autres, la division du travail social, la répartition des tâches,
les statuts des sexes, les valeurs qui entourent ces statuts, les lois qui régissent les rôles
au sein de la famille (Bourqia, 1997).
5 « Parler d’elles comme étant un groupe uniforme c’est réduire la complexité d’une
réalité sociale à un slogan politique qui vise à changer une réalité et non la
comprendre » (Bourqia, 1997, p.15).
18Aborder les rôles familiaux en circonscrivant l’objet d’étude dans une
catégorie particulière qui est celle des ouvrières permet justement d’aller
au-delà de ce discours en évitant toutefois de nuancer à chaque fois les
propos ou résultats en faisant allusion à l’effet de classe qui risque de
brouiller l’homogénéité du groupe des femmes (Bourqia, 1997, p.15).
Ceci dit, en réduisant un peu plus la catégorie d’analyse, nous prétendons
moins tenter d’homogénéiser un groupe social constitué de femmes
ouvrières – qui reste tout de même marqué par sa diversité et la pluralité
de ses modèles – que de désigner un type de situation qui, à chaque
description, fait appel aux maîtres mots que sont soumission,
dépossession, insécurité, censés caractériser la femme ouvrière à divers
degrés et à des niveaux différents.
Dans un article sur le prolétariat féminin, Fatima Mernissi disait la menace
triple de la femme prolétaire étant « femme, prolétaire et traditionnelle »
(Mernissi, 1982, p.347). Ces concepts groups posent problème à l’État
musulman moderne et ses planificateurs (Mernissi, 1982) quand le regard
paternaliste de ces derniers les construit comme des victimes en mal
d’assistance ou de prise en charge. Ce que ces deux catégories « femme »
6et « prolétaire » semblent avoir en commun, d’un point de vue féministe ,
c’est que chacune divise l’ensemble de la société en deux catégories et que
cette division est fondée sur un principe qui les catégorise en tant que
7« dominées ». D’autre part, l’homme est toujours convoqué comme
explication pour justifier ces phénomènes de domination. Les deux
catégories sont même allées jusqu’à s’imbriquer dans une perspective
féministe marxiste qui utilise les métaphores des femmes prolétaires de
l’homme et qui ont permis de proclamer l’unité de toutes les luttes dans
8une lutte contre le capitalisme mondial (Touraine, 2006, p.19).

6 « Le féminisme part d’un principe fondateur, qu’au-delà des différences de situation, les
femmes ont quelque chose en commun : l’oppression patriarcale » (Delphy, 2008, p. 204).
7« L’articulation des ces différentes "oppressions" ainsi que la combinatoire qui résulte
de leurs croisements sont l’un des grands soucis de la sociologie féministe » (Delphy,
2008, p.9).
8 Soulignant les rapports de pouvoir qui sous-tendent la différenciation des rôles (Michel,
Bernard, Chodorow, Collectif APRE, collectif Le sexe du travail, cité dans Quéniart,
Hurtubise, 1998), les féministes socialistes se sont mises d’accord sur la définition de la
famille comme une construction idéologique qui favorise la production et reproduction des
classes d’hommes sur le dos des femmes (Bawin-Legros, 1996, p.139).
19À la famille et l’usine sont donc souvent associées des fonctions
aliénantes qui favorisent le maintien des inégalités entre les sexes et
9constituent même des lieux de reproduction du système social patriarcal .
Cette perspective est une sollicitude fondée sur la prémisse que ces
femmes sont d’abord des victimes et ne sont que cela (Delphy, 2008,
p.197). Il est vrai que les femmes ouvrières subissent des pressions
contradictoires en se sentant tiraillées entre la contrainte économique de
subvenir aux besoins de leur famille et leur socialisation renforcée par la
loi qui les place sous la tutelle financière des hommes de leur famille
(Bourqia, 1999). Par ailleurs, même placées dans des conditions
doublement difficiles, d’un côté par leur appartenance à une société dite
patriarcale, et de l’autre au monde ouvrier, elles n’en sont pas moins
actrices de leur propre vie.
Choisir la femme comme objet d’étude ne relève pas d’une obstination à
intégrer le genre comme catégorie d’analyse mais vise à remettre en
question la réduction de la représentation de la vie sociale féminine « aux
effets de domination radicale qui rend à priori impossible la formation
d’acteurs » (Touraine, 2006, p.26). Des voix se sont levées pour décrire
la misère des femmes, revendiquer des droits en leur faveur « afin de les
déplacer au sein des préoccupations intellectuelles de la marge vers le
centre » (Bourqia, 1997, p.16), mais nous avons rarement donné la parole
à ces femmes pour rendre compte de leur conscience en tant
10qu’actrices .
« Les femmes s’identifient en premier lieu comme femmes » (Touraine,
2006, p.31).
Cette conscience d’être femme n’est pas non plus dirigée contre les
hommes et donne la priorité au rapport à soi sur le rapport à l’homme
(Touraine, 2006, p.33). À ce propos, il convient de souligner que les

9 L’étude menée par Rahma Bourqia sur les ouvrières dans les usines de textile montre
que les relations inégalitaires que l’ouvrière subit au sein de sa famille sont reconduites
au sein de l’usine (Bourqia, 1999).
10 « L’analyse sociologique n’est pertinente que si elle rend compte de la conscience des
acteurs. La réflexion sur la situation et l’action des femmes serait beaucoup plus
avancée si nous disposions d’un grand nombre d’entretiens et d’enquêtes qui permettent
à de nombreuses femmes d’exprimer leurs opinions et de les discuter avec d’autres. La
rareté des documents provient de cette peur si fréquente qui empêche de donner la
parole à ceux ou celles dont on nie à priori la capacité d’être les acteurs de leur propre
existence » (Touraine, 2006, p.60).
20ouvrières interviewées existent d’abord par elles-mêmes et pour elles-
mêmes et ne sont pas seulement interrogées dans une optique de
11dénonciation de la domination masculine .
Cette définition ne vient pas non plus nier une identité professionnelle ou
se superposer à elle pour la modifier. Il est intéressant, toutefois,
d’avouer que la catégorie « femme » risque par moments de fonctionner
tel un dispositif d’occultation pour plusieurs raisons :
D’abord, la notion d’« ouvrières » ou de « prolétaires »
« […] charriant une certaine surdétermination idéologique et affective, ne
présente pas particulièrement la précision requise pour un découpage
sociologique rigoureux » (Schwartz, 1990, p.63).
Par ailleurs, présenter les ouvrières comme un groupe social peut
s’apparenter à une assignation qui les enferme dans un collectif et les
dote d’une conscience de classe. De là, il s’agit de s’interroger sur
l’existence d’une classe ouvrière marocaine structurée et organisée.
La deuxième raison qui risque de brouiller les contours d’une catégorie
ouvrière réside dans la difficulté de les suivre sur une longue durée
compte tenu du caractère discontinu du travail :
« […] C’est qu’elles travaillent rarement toute leur vie en usine »
(Kergoat, 1982, p.7).
N’ayant pas les moyens de recourir à une infrastructure de garde, les
ouvrières se trouvent souvent contraintes à la naissance de leurs enfants
d’arrêter momentanément leur travail. Certaines font dépendre leur
rythme de celui du mari et, dès que la situation de celui-ci s’améliore,
elles se permettent de retourner au foyer. La plupart des ouvrières
interviewées travaillent de façon interrompue et occupent, tout au long de
leur trajectoire professionnelle, des emplois différents dont la
caractéristique est d’être précaire, déqualifiée et sous-payée.
Les ouvrières font ainsi partie de « la classe ouvrière de façon
sporadique » (Kergoat, 1982, p.8), malgré elles, suivant les fluctuations

11 « L’actrice sociale est transformée, disent ces discours, en figure de la négation de
l’acteur par le système de domination qu’elle intériorise. […] il faut désormais
considérer que les femmes, qui ont été si constamment considérées comme soumises à
des désirs, à des règles ou à des fonctions imposés par d’autres, sont capables d’agir
pour répondre à des exigences intérieures et personnelles, et non pas seulement pour
répondre à des contraintes extérieures » (Touraine, 2006, p.36).
2112d’un marché de travail instable . La production fluctue au gré des
commandes et des périodes de l’année. Étant donné que les aléas de la
confection sont nombreux, il n’est pas rare que les ouvrières arrivent un
bon matin devant une usine fermée sans prévenir et se retrouvent du jour
au lendemain au chômage. Ceci dit, il semble clairement que, dans le
marché de travail marocain, la femme constitue le facteur flexible par
excellence (Ramirez, 1999) mais il est important de noter qu’à travers le
récit des ouvrières, ce travail de nature fluctuante peut répondre à une
demande de travail féminine qui est également flexible. La plupart des
ouvrières interrogées perçoit le travail comme un obstacle qui empêche
« le projet naturel de vie » (Catarino, Morokvasik, 2005) et se permet des
va-et-vient dans et hors du marché de travail pour pouvoir concilier
diverses exigences.
Pour la plupart d’entre elles, être ouvrière contredit la conception qu’elles
ont de la femme ; les propos tenus sur « l’ouvrière » malmenée (fi
13tamara ; mkerfssa ) par un rythme de travail effréné (contrôle des
mouvements, humiliations diverses, atteintes à leurs droits, exigences de
production) se font donc en disjonction avec l’idée de la « femme »
censée rester chez elle et profiter de son statut de « femme mariée » prise
en charge et choyée par un mari qui défend ses intérêts, lui procure la
14sécurité et qui « peut mourir pour ne pas la laisser souffrir ».
À travers toutes ces raisons, la dénomination « ouvrière » paraît avoir
comme « seul espace de consistance l’usine elle-même et toute tentative
d’extension hors de l’usine entraîne la dissolution du mot » (Lazarus,
1986). L’ouvrière casablancaise paraît donc représenter une condition
partagée plutôt qu’une identité commune et revendiquée en tant que

12 D’ailleurs, entre 2002 (224 321 emplois) et 2003 (222 463 emplois) le nombre
d’emplois a baissé de 1 % soit 1 858 postes supprimés. Cette baisse s’est certainement
accentuée suite au démantèlement de l’Accord Multifibres en janvier 2005. La concurrence
asiatique est un autre facteur qui vient s’ajouter pour expliquer la fermeture de plusieurs
unités de textile à Casablanca du fait de la baisse des exportations de 30 % durant les 5
derniers mois (Assemblée générale de l’AMITH – Association marocaine de l’Industrie
textile et de l’Habillement – du 14 juillet 2005).
13 Les termes renvoient en arabe dialectal au travail dur et épuisant effectué dans des
conditions contraignantes.
14 Cette remarque a été faite par une ouvrière (ymout oumaykhilahach tkerfess).
2215telle . Les parcours jalonnés d’interruptions, de passages d’un métier à
l’autre, de nostalgie du foyer et d’un désir ardent d’y retourner sont des
manifestations d’incertitude de cette identité ouvrière qui suppose pour se
reproduire une relative stabilité des règles qui l’organise et des
communautés qui la supportent (Dubar, 2000, p.116).
Ce que nous observons pourrait donc être considéré comme une sorte de
miroir grossissant des transformations que traversent les femmes
marocaines qui travaillent et qui appartiennent à une catégorie sociale
défavorisée.

La femme ouvrière est donc utilisée par commodité pour caricaturer cet
assujettissement que peut incarner le croisement de ces deux catégories
(femme et ouvrière). Comment, alors qu’une supposée domination
pénètre jusqu’au moindre espace de l’existence de ces femmes, se
construit leur subjectivité ?
Nous précisons à cet égard que les conditions difficiles sont rapportées
surtout dans le but d’invoquer l’idée de luttes à travers lesquelles se
jouent les résistances et se déploie la subjectivité. L’ouvrière chez elle ou
à l’usine est une négociatrice qui cherche à s’adapter, à se faire une place
et qui, dans le récit qu’elle offre d’elle-même, manifeste une grande
emprise sur le réel.
Il est vrai que les conditions de travail décrites nous renvoient l’image
16d’une ouvrière exécutante, assujettie et passive . Mais, vu sous un autre
angle, ce travail, réputé mécanique est déjà :
« […] à sa façon, une activité de résolution de problèmes, ne serait-ce
qu’à cause des aléas et dysfonctionnements méconnus du système de
production » (Dubar, 2000, p.108).


15 « Toutes les formes antérieures d’identification à des collectifs ou à des rôles établis
sont devenues problématiques » (Dubar, 2000, p.126).
16 Dans leur article paru dans les Cahiers français, « Fiction et réalité du travail
ouvrier » (cité dans Dubar, 2000, p.108), F. Daniellou, A. Laville et C. Teiger rendent
compte de formes de travail basées sur une grande capacité de résolution de problèmes
et d’inventivité de la part d’ouvrières considérées comme « non qualifiées ».
23Présentation des concepts utilisés

La famille conjugale

Dans notre recherche, l’analyse est plus particulièrement axée sur la
famille conjugale tout en prenant en considération les interactions avec la
parentèle. Il s’agit, à cet effet, de souligner que les mutations induites par
le travail ne mènent pas nécessairement au « repli domestique » mais
17peuvent être assorties de nouveaux rapports avec l’entourage familial . Il
s’agit donc de tenir compte de la spécificité des familles marocaines
ouvertes sur les réseaux familiaux élargis et particulièrement quand les
difficultés de logement incitent à la vie en famille composée.
De ce fait, notre analyse tiendra compte des formes de liens entretenus
avec la famille élargie sous réserve de démontrer à travers les résultats la
18continuité de ce schéma .
Le terme de « famille conjugale » est, tout comme les autres termes-clefs
que nous utilisons dans cette recherche, sujet à une grande polysémie.
Dans une perspective démographique et historique, la famille conjugale
est l’équivalent de la famille nucléaire. Ainsi, toute famille composée
d’un père, d’une mère et d’un ou plusieurs enfants est considérée comme
une famille conjugale (De Singly, 1990).
Notre propos est donc de nous baser sur une définition de la famille en
19liaison avec les éléments structurels du travail susceptible de rendre
compte des divers rapports sociaux qui la traversent. De cette conception
20de la famille, découlent deux considérations :

17 Les travaux effectués dans les années 1970 par A. Pitrou (1976), L. Roussel et O.
Bourguignon (1976) prouvent que l’individualisation des relations familiales ne remet
pas en question pour autant l’entraide familiale qui continue à témoigner d’un maintien
des liens entre la famille conjugale et le reste de la parenté (Jonas, Le pape, 2008 ;
Segalen, 1991).
18 De Singly (1993) à travers son étude sur la famille contemporaine a prouvé le repli vers le
cercle domestique dans le but d’une conquête de l’autonomie familiale conjugale.
19 Dans notre étude, il s’agit du salaire et de l’allocation temporelle.
20 Dans cette partie, nous nous inspirons largement de la définition de Marie-Agnès
Barrère-Maurisson dans son ouvrage La division familiale du travail : la vie en double
24Tout d’abord, il s’agit d’une rupture par rapport à l’idée de famille
comme élément isolé pour la réintégrer dans l’ensemble des dynamiques
du corps social et la remettre en interaction avec l’ensemble des
structures dont celle de l’emploi.
La seconde ligne de rupture concerne l’idée qui sous-tend l’unité
familiale comme une unité de complémentarité et de consensus pour
mieux intégrer les différents conflits dans le couple.

21La notion de rôle

La notion de rôle est définie comme l’ensemble des modèles de conduite
qui relèvent d’une affirmation identitaire et d’un processus d’interaction
22entre les individus et la structure sociale . Toute étude portant sur le
concept de rôle renvoie à la problématique de l’autonomie de l’individu
par rapport au social. Cette difficulté conceptuelle a été relevée par
Olivier Schwartz dans son classique Le monde privé des ouvriers qui fait
preuve de vigilance vis-à-vis des relations statutaires qui ressortent de
23l’analyse des rôles .

(1992). Nous rejoignons sa définition en reconnaissant que le rapport au travail est
central dans l’appréhension des formes familiales mais sans aller jusqu’à confirmer son
impact exclusif sur la configuration familiale ni l’appréhender uniquement à travers une
logique de partage du travail (professionnel et domestique).
21 J’ai préféré me ranger du côté de Morgan (1996) qui propose de substituer l’expression
« pratiques familiales » à celle de famille. Ceci laisse entendre que les individus n’évoluent
pas passivement dans une structure préfabriquée mais que ce sont eux qui font la famille. En
utilisant le terme « rôle conjugaux », la famille apparaît comme un lieu d’interactions
mouvantes qui traduit un sens subjectif des liens entre conjoints.
22 Chappuis et Thomas (1995) citent les théoriciens du rôle (James, Baldwin, Linton,
Mead, Moreno, Goffman) qui distinguent trois niveaux : le rôle prescrit (attentes liées
aux rôles / niveau interactionnel) ; le rôle subjectif lié à la conception même du rôle et le
rôle mis en acte ou son interprétation.
23 Il est important, selon Schwartz, de saisir les dimensions symboliques des relations
qui sont souvent occultées derrière le caractère normatif du rôle qui tend à dissimuler
les rapports de pouvoir. L’exemple cité est en relation avec la tradition ouvrière de « la
remise de la paie » à la femme qui correspond au rôle de gestionnaire du foyer mais
peut refléter une sorte d’« hétéronomie masculine » que la description en terme de rôle
est inapte à traduire (Schwartz, 1990, p. 28).
25En parallèle de l’aspect polysémique de la notion de rôle qui se rapporte
24à des acceptations diverses à des niveaux différents , il va sans dire que
son utilisation a souvent souffert de critiques acerbes de la part de
chercheurs qui y voyaient une alliance avec le courant structuro-
25fonctionnaliste inspiré par Merton et Parsons sur les attentes normatives
de rôles. Le rapprochement entre le fonctionnalisme et l’usage du terme
rôle justifie, de ce fait, qu’il soit passé de mode avec le recul intellectuel
et institutionnel du fonctionnalisme. La pertinence du concept se trouve
donc remise en question dans un espace social de plus en plus fragmenté
où apparaît une nouvelle figure de l’homo sociologicus, à savoir un
individu pluriel (Coenen-Huther, 2005).
Ce processus d’individualisation associé à celui d’hétérogénéité n’est pas
propre à une période de l’histoire humaine, mais se trouve renforcé avec
le relâchement des contraintes, de la rigidité des normes sociales et des
fonctions. Cette poussée de l’individualisme moderne se manifeste sous
deux registres différents. D’une part, elle se fonde sur l’élargissement
d’un espace dédié à la subjectivité à travers laquelle l’individu peut
26affranchir ses actions du cadre normatif . D’autre part, les racines
fonctionnalistes de la notion de rôle ont été également dénoncées par
27quelques courants féministes qui l’accusent de dissimulation des

24 Pour plus de détails concernant la polysémie de cette notion, voir Kellerhals, Troutot,
Lazega (1994) et Coenen-Huther (2005)
25 Robert Merton met en évidence le rapprochement entre le concept de « rôle » et celui
de « statut » auxquels plusieurs rôles peuvent être associés. Cette notion renvoie aussi à
la possibilité pour l’acteur de se trouver confronté à des attentes de rôles normatives
(Merton, 1957). Notons que pour Ralph Linton également, il n’y a pas de rôles sans
statuts, ni de statuts sans rôles. Parsons s’inscrit plus ou moins dans la même mouvance
en liant sa conception du rôle à l’aspect positionnel du statut, tout en soulevant,
néanmoins, l’idée de « double contingence » (Coenen-Huther, 2005).
26 Giddens (1987) se réfère à cette propension de l’individu à interroger tout ce qu’il fait
par la notion de « réflexivité ».
27 Dont Helena Lopata et Barrie Thorne (1978) précisent les arguments suivants contre
l’usage du terme. D’une part, la terminologie relative au rôle n’est pas applicable au
« genre » qui est, comme la race ou l’âge, plus profond, moins mouvant et traverse les
rôles spécifiques assignés à chacun. D’autre part, cette terminologie tend à occulter les
questions relatives au pouvoir et à l’inégalité. Finalement, la notion de rôle tend à
concentrer l’attention plus sur les individus que sur le social strata, plus sur la
socialisation que sur la structure sociale, et a, de ce fait, dévié l’attention des questions
politiques, historiques et économiques.
26différences de pouvoir à travers la mise en évidence des processus de
28socialisation aux dépens des faits de structure (Coenen-Huther, 2005).
Le rejet du concept de rôle est donc dû à des causes internes et externes
de la théorie sociologique qui, sous la pression de l’évolution des
relations sociales, aspire à recycler son appareil conceptuel pour le mettre
au diapason des nouveaux questionnements. Au moment où l’homo
sociologicus est plus que jamais un individu à l’identité multiple et
évolutive, certains sociologues peinent à lui rattacher un ensemble de
rôles socialement préconstruits.
Afin de clarifier l’usage qu’on voudrait faire du concept de « rôle », il
serait pertinent de le traduire en indicateurs qui peuvent constituer des
traits concrets. Concernant les différentes variables ou composantes du
rôle conjugal, nous avons retenu l’allocation des ressources et la
répartition des tâches domestiques.

29Le rôle lié à la gestion des biens ou ressources/budget au sein du
foyer : l’usage que l’ouvrière fait de son salaire nous renseigne sur ce
dernier en tant que facteur de changement des rapports au sein du couple
ainsi que sur le rôle de l’ouvrière en tant que « gestionnaire financière ».
Il s’agit également, à travers l’étude de cet indicateur, de s’arrêter devant
la pratique et la symbolique des investissements. En sachant quels sont
les biens « électivement » valorisés, nous pourrions comprendre les
nouvelles orientations familiales. La notion de rôle est, à cet égard, un
outil conceptuel pertinent qui nous renseigne sur les nouvelles stratégies
économiques élaborées dans un contexte familial.

Le rôle lié à la répartition des tâches : comment se répartissent les
tâches liées au domestique entre les conjoints ? Nous pouvons être tentés

28 Cette défection à l’égard de la notion de rôle n’est cependant pas générale parmi les
féministes. Certaines féministes conçoivent le rôle comme un instrument d’analyse utile
pour étudier les phénomènes de changement et estiment que l’approche « genre » peut
inclure l’analyse des rôles sociaux (Komarowsky, 1992 ; Coenen-Huther, 2004).
29 Cet indicateur lié à la gestion financière aurait pu être inséré dans la partie
« répartition des tâches » en tant que tâche financière mais vu l’importance de
l’indicateur financier dans la détermination des symboliques familiales, on a préféré
l’isoler en tant qu’indicateur singulier.
27d’avancer que dans la société marocaine, les différents rôles liés à la
sphère domestique sont socialement et culturellement préconstruits et que
l’ouvrière s’y glisse sans la moindre négociation. Cependant, et bien que
la répartition des tâches domestiques paraisse encore hautement
différenciée, il est important de suivre le processus à travers lequel se
dessinent les rôles selon les contextes. Il est aussi pertinent de repérer les
tâches exclusivement féminines de celles qui se négocient, dans le but de
comprendre l’incidence de la réduction du temps privé (hors travail) sur
la restriction ou au contraire le renforcement de certains rôles.
L’autre point important à analyser ici concerne les stratégies de
résolution dans le cadre de l’accomplissement des tâches (recours à une
aide extérieure, parentèle pour garde des enfants, délégation à une tierce
personne) afin de mieux faire ressortir les nouveaux rapports avec
l’entourage familial.
L’adoption du concept de rôle en tant qu’instrument d’analyse pour
étudier le partage du temps et de l’argent dans le couple est aussi
pertinente pour permettre une meilleure compréhension des zones
interstitielles des rôles ainsi que des conflits inter-rôles et des
mécanismes mis en place pour les réguler.
Même si l’accent est mis sur l’ouvrière en tant que principal objet
d’étude, nous ne pouvons pas analyser la redéfinition des rôles sans
inclure le rôle masculin. Cela ne veut pas dire que nous adhérons toujours
à la logique selon laquelle la conquête par la femme d’un nouveau
territoire implique le retrait du mari (Rebzani, 1997). Nous soutenons, en
revanche, l’idée d’interdépendance entre les rôles qui se construisent
dans l’interaction.

30La notion de négociation / mouvement

La notion de « négociation » (comme celle de « mouvement ») est une
des notions clefs de ce travail – pour aller au-delà d’une interprétation
culturaliste ou fonctionnaliste que risque d’entraîner l’utilisation du

30 « La négociation est une activité qui met en interaction plusieurs acteurs, qui,
confrontés à la fois à des divergences et à des interdépendances, choisissent (ou
trouvent opportun) de rechercher volontairement une solution mutuellement
acceptable » (Bourque, Thuderoz, 2002, p.31).
28terme « rôle ». Ainsi, l’interférence de ce dernier avec le concept de
négociation est, de ce fait, visée afin de surmonter la conception
consensuelle et statique qui lui vaut les réserves des sociologues.
Le fait de marier deux concepts supposés découler de deux courants de
pensée contradictoires vise aussi à rompre avec l’obligation académique de
s’inscrire dans le cadre d’une mouvance particulière pour défendre, par
contre, l’idée selon laquelle chaque théorie n’est valable que rapportée aux
phénomènes qu’elle décrit et au contexte social particulier dans lequel
l’acteur se trouve (Lahire, 2001). Juxtaposer les deux termes ne signifie pas
uniquement une déconstruction de leur confrontation conflictuelle mais vise
également à renforcer l’élément commun qui les unit, notamment « la
31réciprocité » fondamentale dans le cadre des rapports entre individus et
sans laquelle « il n’y a pas, à vrai dire de société et non plus, par conséquent,
de rôles sociaux » (Viet, 1960, p.311).
Conceptualiser les rôles à travers le prisme de la négociation ou du
mouvement permet aussi de le distancier par rapport au statut et de
relativiser le lien entre normes et actions.
À partir des années 1970, nous assistons à une efflorescence de travaux
qui considèrent « la négociation » comme un outil indispensable pour
conceptualiser les changements qui touchent la famille, le couple et
l’intime. Ceci dit, il n’y a pas de consensus autour de l’usage du terme
(Evertson, Nyman, 2005). Certains chercheurs conçoivent la notion de
négociation comme un échange et la considère inhérente à tout ordre
social (Strauss, cité dans Bourque, Thuderoz, 2002) ; selon d’autres, c’est
une forme particulière d’interaction qui doit être différenciée des autres
formes d’interaction (Johansson, cité dans Evertson, Nyman, 2005).
Nous voyons dans la négociation le moyen de mettre en lumière la
complexité des rôles conjugaux qui ne tiennent pas seulement d’une
détermination structurelle liée aux effets du travail salarié féminin mais
32qui sont également le résultat d’un processus où le rôle n’est jamais figé

31 Le rattachement du concept de « négociation » à celui de réciprocité rejoint la
position simmelienne sur « l’action réciproque » qui permet d’appréhender l’activité de
négociation comme l’occasion d’une réciprocité ou la manifestation d’une « influence
réciproque » (Bourque, Thuderoz, 2002, p.24).
32 Les psychosociologues (Rocheblave-Spenlé, 1964) insistent sur la quasi-impossibilité
même dans un système social élémentaire de couvrir toutes les situations d’interaction à
partir des attributs d’un rôle. Ils soulignent la part d’« ambivalence » inhérente à tout rôle
et qui dote l’acteur social d’autonomie dans son interprétation et dont dépendent des
29mais sans cesse réadapté et réinvesti. La notion de négociation, comme
celle de mouvement, permet, de ce fait, de ne pas se cantonner dans une
vision de changement linéaire mais de souligner le fait que toutes les
pratiques nouvelles sont continuellement revues et réévaluées.
L’usage de l’expression « négociation de rôles » vise également à
déconstruire l’idée des rôles sexuels fortement marqués dans une société
33arabo-musulmane dite figée et pétrifiée, généralement caractérisée par
une division des rôles bien définie et légitimée par la soumission à une
autorité transcendante. Il est primordial, toutefois, de souligner que l’usage
du terme « négociation » ne doit pas être perçu comme un indicateur de
changement ou un moyen de mesurer une nouvelle tendance sociétale à
plus de mobilité et de différenciation dans un contexte marqué par
l’émergence de l’individu. Nous insistons sur le caractère flexible du
concept de « rôle » indépendamment de l’idée de changement. En d’autres
termes, la logique qui sous-tend la mouvance des rôles n’est pas récente et
n’émerge pas suite à un changement structurel. Il est vrai que le fait
d’introduire le concept de négociation dans les recherches sur le couple a
supposé une mutation basée sur une plus grande égalité des attributs entre
les conjoints (Finch et Mason, cités dans Evertson, Nyman, 2005). La
logique paraît d’entrée de jeu évidente puisque :
« S’il y avait déséquilibre des pouvoirs entre les partenaires ou si la
division du travail s’effectuait sur la base traditionnelle des rôles de
genre, il n’y aurait ni besoin ni place pour la discussion ou la
négociation » (Evertson, Nyman, 2005).
Il convient néanmoins de relever que c’est bien l’expression de cette
négociation qui peut revêtir des formes différentes suivant le contexte.
Dans le récit des ouvrières, il n’est pas souvent question de « négociation
explicite » mais nous relevons, à travers leurs expériences, les subtilités
auxquelles elles ont recours pour atteindre un compromis. La description
des stratégies de négociations ne se veut pas seulement annonciatrice des

modalités concrètes de l’action (Horchani, 1998, p.109). Cette « variance » en termes de
rôles (Parsons) est d’autant plus complexe que les rôles se multiplient et se chevauchent
dans un contexte marqué par la différenciation et l’émergence de l’individu.
33 Malika Horchani dans son article « Rôles féminins et identité de genre dans une
société en mutation » confirme l’idée de stabilité de rôles qui laisse peu de place à
l’initiative individuelle dans les sociétés dites traditionnelles où la part
d’indétermination dans les prescriptions de rôles est élevée (Horchani, 1998, p.109).
30changements de rôles mais elle est aussi révélatrice des résistances au dit ent. Négocier des rôles au sein de la famille conjugale ne
signifie pas toujours un affranchissement des normes traditionnelles ou
l’adoption de nouvelles pratiques caractéristiques des relations modernes
(Espwall et al., cités dans Evertson, Nyman, 2005) ; la négociation peut
se tramer de façon à ce que les anciennes pratiques se revêtent d’habits
neufs ou se reproduisent. C’est bien cette conception rigide liée à la
notion de « négociation » qui justifie la critique de Charlott Nyman et
Lars Evertson qui l’accusent de dissimuler l’influence des rôles de genre
définis par la société à force de concevoir l’organisation des relations au
quotidien comme le résultat de négociations (Evertson, Nyman, 2005).
Au terme de cette confrontation entre le mouvement et la rigidité, le
terme « rôle » peut aussi, dans l’autre sens, ordonner le mouvement en
vue de limiter l’étendue du négociable.

34Le travail salarié

Supposer une négociation de rôles au prisme du salariat féminin donne à
entendre que ce dernier préside à la délimitation des rôles. Il est à ce
propos pertinent de préciser que :
« Le macro-social n’est pas seulement dans les structures extérieures à
l’individu, il est aussi en lui-même, dans le dépôt sacré constitué par les
idées allant de soi et les automatismes acquis, segments incorporés et
organisés d’une façon personnelle mais partagé par des millions d’autres
individus » (Kaufmann, 1994, p.306).
Dans cette même perspective, il convient de souligner qu’en dehors de
l’influence du travail, le rôle est en lui-même un combiné complexe de
35plusieurs éléments hétérogènes . Or, il va sans dire que les changements

34 Marie Virole-Souibés dans une synthèse bibliographique intitulée Femmes, famille et
société au Maghreb et en émigration, parue en 1990 critiquait l’impasse académique
faite sur le travail domestique ou informel ; elle remarquait que sur seize titres se
trouvant sous la rubrique « travail », douze traitaient du travail salarié (Tauzin et
Virolle-Souibés, cités dans Rodary 2003). Ce biais me pousse à préciser que je ne traite
pas de tout le travail féminin mais particulièrement du « travail salarié » qui exclut toute
sorte de travail informel à domicile exercé par les ouvrières.
35 Cette perspective visant à dépasser l’illusion du soi en tant qu’unité unifiée et
cohérente (Douglas, 1990) rejoint celle de Norbert Élias (1991) qui a critiqué la
31structurels liés aux conditions de travail interpellent fortement une
sociologie de la famille fondée jusque là sur une conception suivant
laquelle l’homme est le pourvoyeur principal de revenus et la femme
prioritairement chargée du travail domestique.
Dans le cadre de cette recherche, l’analyse de la relation entre structures
économiques et structures familiales n’est pas seulement liée à
l’extension du travail féminin qui, certes, confère aux femmes un statut
économique, alors qu’auparavant, seule la famille les définissait
(Barrère-Maurrisson, 1987, p.69), mais prend différentes formes selon les
conditions de son exercice. De ce fait, il n’est plus seulement possible de
s’en tenir à une conception de la famille comme corpus isolé de
l’économie (Barrère-Maurrisson, 1987) ; il est même fondamental de ne
pas concevoir « la structure économique » dans une perspective aussi
large mais de l’affiner en précisant la nature du métier exercé.
Eu égard à cette mise en évidence, la façon dont cette articulation est
définie dépend largement de la nature des contraintes et normes
professionnelles propres à chaque métier. Il en découle l’hypothèse (qui
d’ailleurs justifie notre choix d’un seul métier qui est celui de l’ouvrière)
qui postule que la manière dont se régule l’articulation entre profession et
36famille varie d’une profession à l’autre (Fusulier, Laloy, Sanchez, 2009,
37p.22). Le travail de l’ouvrière est un travail précaire qui offre très peu
38de perspectives d’évolution . Une proportion relativement importante
d’ouvrières souffre également de mauvaises conditions de travail et de
39rémunération . Le métier d’ouvrière est également très prenant en
40termes d’horaires .

représentation de soi comme réalité autonome qui risque de dissimuler la réalité sociale
de l’individu.
36 De nombreuses recherches soulignent le fait que la problématique de l’articulation
famille-travail fait l’objet d’une « transaction sociale » (Fusulier, Laloy, Sanchez,
2009). Cela signifie qu’elle est tributaire de plusieurs caractéristiques environnantes (la
nature de l’institution professionnelle, les politiques mises en jeu par l’État, les
situations personnelles et aussi la prégnance du patriarcat).
37 Selon une étude de Lamrani (2003), 63,2 % des ouvrières n’ont pas de contrat de
travail.
38 Selon l’étude de Lamrani (2003), l’ancienneté n’est pas un facteur de promotion et
très peu d’ouvrières anciennes accèdent à des postes de responsabilités.
39 L’application du SMIG dans l’industrie du textile n’est pas toujours la règle (31,9 %
des ouvrières ont un salaire en dessous du SMIG) et les heures supplémentaires ne font
32