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Les pêcheurs de Nazaré (Portugal)

De
382 pages
Qu'est-ce qu'être pêcheur nazaréen ? L'auteur cherche ici à comprendre comment une population hétérogène à l'origine, est devenue, à partir du XIXe, une communauté. L'étude se porte sur les différents systèmes techniques de pêche artisanale, les savoir-faire, savoirs empiriques et les représentations que se font les pêcheurs de leurs territoires de pêche. L'auteur constate également que des transformations profondes affectent Nazaré, créant des bouleversements économiques et sociaux ayant pour conséquence le déclin de la pêche et du tourisme.
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Christine Escallier
Les pêcheurs de Nazaré (Portugal)
L’empreinte de la mer
LESPÊCHEURS DENAZARÉ(Portugal)
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03178-1 EAN : 9782343031781
Christine ESCALLIERLESPÊCHEURS DENAZARÉ(Portugal) L’empreinte de la mer Préface de Denis Biget
PRÉFACE
Tout ouvrage d’anthropologie se doit d’être issu d’un long travail ethnographique. C’est particulièrement difficile en anthropologie maritime et d’autant plus impérieux que par définition les marins sont le plus souvent en mer et donc peu facilement “observables”. Christine Escallier dans cet ouvrage sait décrire et transcrire ses observations sur cette communauté de Nazaré qu’elle regarde vivre depuis de nombreuses années. De sa thèse de doctorat, elle a su produire une œuvre qui apporte autant à l’anthropologie des gens de mer et des pêcheurs qu’à l’épistémologie des sciences sociales et humaines.  Situer, dans les premières pages, la communauté des pêcheurs de Nazaré dans l’espace et le temps, ce n’est pas répondre à la norme académique. C’est montrer avec précision et ici en spécialiste, l’importance de l’espace dans une étude d’anthropologie, en décrivant tout au long du texte et notamment dans la partie où l’auteure analyse les cartes mentales dressées par les pêcheurs, le rapport de l’homme à l’espace – territoires de pêche mais aussi répartitions des pratiques sociales à terre – et l’usage ou les usages qu’il en fait, en s’y adaptant et en le modifiant. L’espace ainsi occupé est le lieu de l’inscription identitaire d’un groupe.  De la même façon, la description pointilleuse des technologies et des techniques (bateaux, engins de pêche, pratiques diverses) et aussi des savoirs, des savoir-faire – des “savoirs-y-faire” dirait l’anthropologue Geneviève Delbos – ne doit pas être un simple exercice de style mais le résultat d’une observation où l’ethnographe s’est impliqué et d’où, malgré l’exhaustivité apparente et parfois aride des descriptions, les hommes et les femmes de Nazaré ne sont jamais absents. Il n’y a rien d’écrit dans ce livre qui ne repose sur l’observation des pratiques des Nazaréens. L’humain, objet et sujet des sciences sociales, est bien présent dans ces pages d’ethnographie.  “Les ethnographes n’étudient pas des cultures, ils en écrivent” disait l’anthropologue Jean Bazin. Christine Escallier nous démontre elle aussi que l’ethnologue ne doit pas parler à la place des gens qu’il observe mais doit s’appliquer à décrire l’homme dans son environnement physique et social. Aussi localisée que puisse être la description ethnographique, les similitudes et les différences culturelles nous rappellent l’universalité de la vie sociale et humaine, voire de la vie en général. De Nazaré, au Portugal, à Loctudy en Bretagne sud, des ports de Gaspésie au Québec à ceux d’Afrique ou d’Asie, les pratiques de pêche et les hommes qui les inventent et les mettent en œuvre diffèrent et se ressemblent à la fois. Nous avons souvent retrouvé dans ce livre nombre de ressemblances avec les terrains et les pratiques que nous avons nous-mêmes étudiés.  La description minutieuse des détails conduit le lecteur à pénétrer dans le monde des pêcheurs de Nazaré. Elle ne montre pas seulement des techniques
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mais aussi des pratiques, des gestes, des mouvements, comme ceux de la pêche à la senne, illustrée par des figures qui étayent l’explication. La description de l’outil est dépassée pour décrire également la façon dont les pêcheurs traitent leur production. À Afurada et à Costa de Lavos, les pêcheurs de crabes remplissent d’abord la proue du bateau puis la poupe quand il y en a beaucoup. Le contraire est observé à São Bartolomeu et à Buarcos où on remplit d’abord la poupe puis le centre du navire. Il s’agit ici de prolonger l’observation d’une technique dans ses parties annexes, toutes aussi importantes, sans enfermer l’objet d’étude dans des limites, même si ici on peut penser que l’observation est peut-être trop avancée. Ces façons de transporter le crabe jusqu’au port sont-elles des techniques volontaires, réfléchies et culturellement définies ou simplement des pratiques dues au hasard et devenues des habitudes ? Comme dans les chiffres d’une note où les auteurs cités ne semblent pas tenir compte des changements dans le temps ou selon la situation de l’observation (nº 126). Le principe d’indétermination d’Heisenberg nous apprend que nous n’observons jamais qu’une partie d’un objet dans un temps et une situation donnés. L’auteure le sait et répond à cette remarque tout au long de l’ouvrage où chaque détail relevé est mis en comparaison avec un autre, chaque pratique est comparée en tenant compte des contextes et des situations. Si dans l’exemple cité il ne paraît pas important de dire que le crabe est placé ici à la poupe ou là à la proue, l’ethnographe doit le mentionner car chaque pratique est liée à un espace et à un groupe de pêcheurs. De la même façon, Christine Escallier nous montre plus loin que la fréquentation des quartiers, des rues, des commerces de Nazaré dépend du groupe d’appartenance, du sexe ou de l’âge, de la profession des habitants.  C’est le mérite de cet ouvrage que de nous permettre, à partir de la description ethnographique, de nous poser ces questions de méthode aussi importantes pour l’anthropologue soucieux des détails et proche de son “objet” d’étude.  Objet entre guillemets, car ce ne sont pas des objets que nous découvrons dans ce livre mais bien des hommes et des femmes vivants sur un territoire qu’ils se sont approprié grâce aux savoirs et à la technique décrits pour en faire un monde dans lequel nous entrons à chaque phrase, comme ces pêcheurs de Nazaré “entrent en mer” (entrar ao mar), mer “intégrée dans le mode de pensée des hommes, définissant et structurant un univers qui leur est propre.” Cette osmose entre la mer et les hommes qui définit leur identité et qui se transmet à toute la communauté, nous la retrouvons tout au long de ces pages, fruits d’observations sur le temps long où nous voyons vivre les hommes et les femmes de Nazaré.
Denis BIGET Université de Bretagne occidentale - Brest
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Au commencement était la mer. Tout était obscur. Il n'y avait ni Soleil, ni Lune, ni Gens, ni Animaux, ni Plantes.La Mer était partout. La Mer était la Mère. La Mer n'était ni les Gens, ni Personne, ni aucune Chose. Elle était l'Esprit de ce qui allait venir, et elle était Pensée et Mémoire.
(version adaptée du récit cosmogonique des Kogis de Colombie, par G. Reichel-Dolmatoff, 1985)