Les plans locaux d'immigration en Espagne

De
Publié par

Cet ouvrage étudie le Plan local d'Immigration de la ville de Vitoria, en abordant son élaboration, ses limites et contributions. Il dresse au préalable un état des lieux de l'immigration dans la capitale alavaise, à travers la perception qu'en ont immigrés et autochtones, les relations les unissant et les politiques d'aide mises en oeuvre par les organisations publiques et privées.
Publié le : lundi 1 septembre 2008
Lecture(s) : 63
EAN13 : 9782296204492
Nombre de pages : 149
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Les Plans Locaux d'Immigration en Espagne

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06205-4 EAN : 9782296062054

Eguzki URTEAGA

Les Plans Locaux d'Immigration en Espagne

L'Harmattan

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non fmalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions
Olivier GUILLAUME, Le sens organisationnel. Le cas des démarches de qualité, 2008. François-Mathieu POUPEAU (dir.), Gouverner sans contraindre, 2008. F. DERVIN et M. BYRAM, Echanges et mobilités académiques, Quel bilan ?, 2008. Joanna SHAPLAND (dir.), Justice, communauté et société civile. Etudes comparatives sur un terrain disputé, 2008. Ralph ROUZIER, La Caisse de dépôt et placement du Québec: portrait d'une institution d'intérêt général (1965-2000), 2008. P. GROU, R. GUILLON, D. MERTENS-SANTAMARIA, K. MESSAMAH, Vers une très grande Europe, 2008. Gérard NAMER, Mannheim, sociologue de la mondialisation en crise, 2008. Elsa GISQUET, Vivre et mourir en réanimation néonatale, 2008. Suzie GUTH (Sous la dire de), Modernité de Robert Ezra Park, 2008. Sun-Mi KIM, Jeunes femmes asiatiques en France. Conflit de valeurs ou métissage culturel, 2008. Dominique COLOMB, Médias et communication en Chine. Audelà des paradoxes, 2008. Claude GIRAUD, De l'épargne et de la dépense. Essai de sociologie de l'organisation et de l'institution, 2008. Bertin YANGA NGARY, La modernisation quotidienne au Gabon. La création de toutes petites entreprises, 2008. M. ANDRAUL T, L'épiscopat français et la liberté de l'enseignement sous la Cinquième République, 2008.

Pour Aiala, Luma, Muskoa et Ana

INTRODUCTION

Au cours des dernières années, l'immigration connaît un important développement en Espagne et dans la plupart des communautés autonomes qui la composent, à l'instar de la région madrilène, de la Catalogne et la communauté valencienne. En l'espace de quelques années, de nombreux immigrés d'origines géographiques diverses, malgré l'importance des étrangers provenant d'Amérique latine et du Maghreb, sont arrivés dans la péninsule ibérique dans des conditions souvent difficiles, nombre d'entre eux étant sans papiers. Le phénomène s'est même accéléré depuis 2000 puisque l'on est passé de 923 879 étrangers en 2000 à 2 664 168 immigrés en 2003 et plus encore en 2006. Cet essor de l'immigration a généré de nouveaux problèmes, d'autant que certains étrangers sont arrivés en Espagne sans disposer d'une carte de séjour et d'un permis de travail. Cela les a contraints à travailler au noir, sans contrat, sans protection sociale ni couverture sanitaire, tout en les obligeant à habiter dans des logements ne remplissant pas les conditions minimales d'hygiène, de sécurité et de confort. Et, même lorsqu'ils sont en règles, les immigrés éprouvent des difficultés pour trouver un logement et accéder à un emploi stable correctement rémunéré; sans omettre le racisme et la xénophobie auxquels ils sont confrontés. Cela s'explique notamment par le fait que, tout au long du XXèmesiècle et jusqu'au milieu des années quatre-vingt, l'Espagne s'est caractérisée par le fait d'être un pays d'émigration, notamment vers la France. La guerre civile de 1936-1939 et surtout les quarante-cinq années de franquisme entre 1939 et 1975 ont contraint nombre de citoyens espagnols, en particulier les opposants politiques et les personnes issues des milieux

6

Les Plans Locaux d'Immigration en Espagne

défavorisés, à quitter leur pays à la recherche de contrées plus libres et prospères. Le développement de l'immigration a amené les gouvernements successifs à élaborer, souvent dans l'urgence, des politiques d'immigration et à adopter des lois, notamment la Loi Organique du 20 novembre 2003. Selon les majorités en place, elles ont privilégié, tantôt la fermeture des frontières et la lutte contre l'immigration illégale, tantôt la régularisation des sanspapiers et l'intégration sociale des étrangers en situation régulière. Ces mesures ont souvent été précédées d'études et de travaux afin de mieux appréhender ce phénomène, en précisant, non seulement le nombre, l'origine, le niveau d'étude et la profession des étrangers, mais aussi leurs attentes, leurs perceptions et leurs expériences. L'Espagne étant un pays décentralisé où les communautés autonomes, les provinces et les communes disposent d'importantes compétences, notamment dans le domaine de l'immigration, la plupart d'entre elles ont commencé à élaborer puis à mettre en œuvre des Plans autonomiques et locaux d'immigration. La Communauté autonome basque et la ville de Vitoria ont été pionnières en la matière puisque la première a adopté le premier Plan basque d'Immigration en 2003 et la seconde a élaboré le premier Plan Local d'Immigration en 2005. L'objet de ce livre est précisément d'étudier plus en détaille Plan local d'Immigration de la capitale de la province d'Alava en abordant son élaboration, son contenu, ses principales limites et ses contributions. Au préalable, un état des lieux de l'immigration est effectué en étudiant la situation de l'immigration à Vitoria, la perception qu'en ont les étrangers résidant dans cette commune, les relations existantes entre les immigrés et les autochtones et les organisations publiques et privées chargées de venir en aide aux étrangers. Ce travail s'inscrit dans un programme de recherche visant à mieux connaître la situation de l'immigration dans la Communauté autonome basque et les politiques publiques mises en œuvre arm d'appréhender ce phénomène.

CHAPITRE 1 LA SITUATION DE L'IMMIGRATION

L'appréhension de la complexité de l'immigration à Vitoria implique de comptabiliser le nombre de personnes étrangères résidant dans cette ville, dans la Communauté autonome basque et, au-delà, dans la péninsule ibérique afm de mettre en exergue les similitudes et les spécificités existantes, de se pencher sur leurs caractéristiques sociodémographiques, leurs origines et leur répartition géographique, tout en analysant leur insertion souvent problématique dans le marché du travail et leur accès au logement.
Le nombre d'immigrés L'immigration dans la péninsule ibérique

en Espagne

En Espagne, la population immigrée est passée de 542314 personnes en 1996 à 2 664 168 individus en 2003, soit quasiment une multiplication par cinq en l'espace de sept ans. Le nombre d'étrangers recensés augmente fortement à partir de 2000, le taux de croissance étant supérieur à celui enregistré durant la période 1996-2000. L'accroissement annuel passe en moyenne de 50000 en 1998 à près de 500 000 en 2001 pour atteindre 700 000 en 2003. Cela signifie que, par rapport à la population totale, les immigrés sont passés de 1,4% en 1996 à 6,2% en 2003. La répartition de la population immigrée par région indique que, en 2003, la Communauté de Madrid arrive en tête avec 590000 personnes, suivie de la Catalogne (543 000 individus) et de la Communauté de Valence (414 000 personnes). La Communauté

8

Les Plans Locaux d'Immigration en Espagne

autonome basque (CAB) est loin derrière avec 49 231 immigrés recensés. En ce qui concerne le poids des immigrés en relation avec le total de la population de chaque région, les lIes Baléares se trouvent en première position avec 13,4% de la population qui est d'origine étrangère, bien que cette situation soit essentiellement liée au tourisme résidentiel. Dans la CAB, cette part n'atteint que 2,4%, ce qui place cette communauté autonome en dessous de la moyenne nationale et de la plupart des régions, à l'instar de Madrid (10,3%) et de la Catalogne (8,1%). Les immigrés présents en Espagne proviennent essentiellement de quatre zones géographiques: l'Amérique du Sud (36%), l'Union Européenne des 15 (23%), l'Afrique (19%) et le reste de l'Europe (12% ). Les autres régions du globe, dont l'Asie, l'Amérique centrale, l'Amérique du Nord et l'Océanie, ne représentent que 10% du total.
L'immigration dans la Communauté autonome basque

L'évolution de la population basque selon le lieu de naissance indique que, si au début du XXème siècle, le pourcentage de personnes nées dans la CAB représente 80% de l'ensemble, en 1970, consécutivement aux flux migratoires provenant du reste de l'Espagne, cette part est descendue à 65%, alors que les personnes nées dans d'autres régions atteignent 34%. Ultérieurement, le pourcentage de la population autochtone progresse à nouveau pour constituer environ 75% de la population totale, alors que les personnes originaires d'autres régions sont moins de 25%. Historiquement, la population étrangère n'a jamais eu une présence importante dans la CAB puisque, entre 1970 et 1996, l'on ne dénombre que 5 immigrés pour 1000 habitants. En revanche, au cours des dernières années, la situation s'est nettement transformée puisque l'on dénombre 2,4% d'étrangers en 2001, 3,2% en 2003 et ce pourcentage ne cesse de croître depuis. Si la population globale de la CAB se situe autour de 2 100 000 personnes au cours des dernières décennies, le nombre d'immigrés a augmenté continuellement, surtout depuis 1996. Si en 1986, 7 675 immigrés sont recensés dans les communes basques,

La situation de l'immigration

9

ce chiffre atteint 12 735 étrangers dix ans plus tard. A partir de ce moment-là, les rythmes de croissance annuels reflètent l'accélération du phénomène puisque, si l'on dénombre 347 immigrés supplémentaires entre 1986 et 1991, l'on en compte 10 823 en 2003. Toutefois, il existe des différences entre les sources chargées de refléter les phénomènes migratoires, d'autant qu'aux étrangers recensés, il faut ajouter les immigrés dotés d'un permis de séjour légal ou la population inscrite à la Sécurité Sociale. Alors que le Recensement comptabilise 49 231 étrangers en 2003, le ministère de l'Intérieur dénombre 28 600 immigrés avec un permis de séjour. Et, selon la Sécurité sociale, les étrangers inscrits à la sécurité sociale ne représentent que 19 409 individus. La répartition des immigrés par province indique que la Biscaye comprend le plus grand nombre d'étrangers, même si leur proportion par rapport à la population totale est la plus faible (2, Il %). La population immigrée est légèrement supérieure en Guipouzcoa et, plus encore, en Alava, puisque les étrangers, avec 10 445 individus, constituent 3,55% de la population. Les capitales provinciales présentent un panorama analogue car les étrangers représentent 2,8% de la population totale à Saint Sébastien, 3,1% à Bilbao et 4,1% à Vitoria. Le Guipouzcoa est la province dans laquelle la différence entre le nombre d'immigrés recensés et celui des étrangers ayant un permis de séjour est la plus importante. Si la Biscaye connaît une situation analogue, la province d'Alava a la plus grande proximité entre les deux statuts puisque quasiment 76% des immigrés disposent d'un permis de séjour. En outre, en Guipouzcoa et en Alava, le nombre d'adhérents à la Sécurité sociale est supérieur à la moitié de la population recensée, alors qu'en Biscaye, seulement 24,5% des immigrés recensés adhèrent à la Sécurité sociale. Dans la Communauté autonome basque, la plupart des étrangers proviennent du continent américain (45%), avec une prépondérance des personnes originaires d'Amérique du Sud. Ils sont suivis, dans cet ordre, des étrangers issus d'Europe, d'Afrique, d'Asie et d'Océanie. Durant la période 1996-2003, la population venant du continent américain a fortement crû, aussi bien en valeur absolue qu'en pourcentage, passant de 3 397 à 23 546 personnes,

10

Les Plans Locaux d'Immigration en Espagne

avec un taux de croissance annuel de 32%. En pourcentage, l'Amérique est suivie de l'Afrique (23,5%), de l'Asie (21,1%), de l'Europe (10,5%) et de l'Océanie (6,6%).
L'immigration à Vitoria

Le nombre de personnes nées à l'extérieur de la ville de Vitoria s'élève à 13 046 personnes alors que la population étrangère est de 10 829 individus. Les immigrés recensés à Vitoria représentent 88,5% de la population étrangère de la province d'Alava, ce qui indique qu'il s'agit avant tout d'une population urbaine. Comme dans toute l'Espagne, le nombre d'immigrés augmente à partir de 1998 et surtout à partir de 2000, les années 2002 et 2003 étant synonymes de fortes croissances. Ainsi, entre 1996 et 2004, la population étrangère a augmenté de 8 677 personnes, alors que la population totale de Vitoria n'a progressé que de 7 337 individus. Cela montre que les immigrés constituent le principal vecteur de développement de la population.
Tabeau 1 : Population étrangère recensée à Vitoria entre 1998 et 2004 Population Population Année % de la étrangère population totale étrangère 0,99% 1998 2152 217 628 1,17% 1999 2570 218 774 1,53% 2000 3339 218 950 2,18% 2001 4806 220 254 2,19% 2002 7090 222 329 4,12% 2003 9246 224 586 4,81% 2004 10829 224 965

De façon analogue, les immigrés représentent 0,99% de la population de la commune en 1998 et 4,81% en 2004, pour atteindre 7% en 2006. Après des années de forte progression, l'essor de la population étrangère semble se stabiliser puisque la progression annuelle est de 2000 personnes en 2002-2003 et de 1500 individus en 2004. L'augmentation de l'immigration est inférieure dans le reste de l'Alava et le nombre d'étrangers y est

La situation de l'immigration

Il

limité, car l'on ne dénombre que 941 personnes en 2002 (1,3%) et 1199 individus en 2003 (1,7%). De plus, la croissance démographique est imputable pour un tiers au solde naturel et pour deux tiers (68%) au solde migratoire. Le solde migratoire résulte d'avantage d'une augmentation de la population étrangère que d'un essor de la population provenant d'autres régions espagnoles. Entre 1991 et 2003, l'on dénombre 10 647 immigrés supplémentaires contre 1577 personnes additionnelles issues du reste de la péninsule ibérique. Les soldes sont également positifs, tout en étant inférieurs (4791 personnes), par rapport au reste de la CAB et, par contre, ils sont négatifs par rapport au reste de l'Alava et de l'Espagne.
Les caractéristiques Les caractéristiques des immigrés de Vitoria sociodémographiques

Les immigrés de Vitoria sont des hommes à 56% alors que la ville compte une quasi parité dans la population totale, avec 50,6% d'hommes et 49,4% de femmes. La plupart des hommes ont entre 25 et 44 ans avec 3579 personnes (59,5%) tandis que les femmes sont moins nombreuses dans cette classe d'âge avec 2396 individus (50%). Dans les autres tranches d'âge, les différences sont faibles, bien que les hommes soient plus nombreux, à l'exception de la population de moins de 25 ans et de plus de 55 ans. Ainsi, parmi les plus de 45 ans, les hommes représentent II,5% et les femmes constituent 16% de la population immigrée. La pyramide des âges indique un vieillissement de la population totale de Vitoria, car 35 000 personnes ont plus de 65 ans, alors que les immigrés se concentrent avant tout dans les tranches intermédiaires (20-44 ans), ce qui augmente la population active, d'autant que la plupart des étrangers ont émigré pour des raisons socioéconomiques. Résultat: la moyenne d'âge de la population immigrée (29,8 ans) est clairement inférieure à la moyenne de la population globale (40,5 ans), ce qui entraîne un rajeunissement de la population de Vitoria. Les femmes étrangères sont légèrement plus âgées que leurs homologues masculins (2 ans de plus).

12

Les Plans Locaux d'Immigration en Espagne

Les moins de 15 ans sont aussi un peu plus représentés (14,8%) que dans la moyenne de la commune (12,2%) alors que les écarts sont plus importants chez les plus de 65 ans. Dans cette classe d'âge, les immigrés ne représentent que 1,6% de la population tandis que ce chiffre s'élève à 15,6% dans la population totale. En somme, le degré de dépendance des immigrés (16,5%) est nettement inférieur à la population totale de Vitoria (27,8%). Inversement, la part d'indépendance est de 5,1/1 chez les immigrés et de 2,6/1 chez les autochtones. Par ailleurs, la plupart des immigrés résidant à Vitoria proviennent d'Amérique du Sud (quasiment 4000 personnes, soit 36,8% du total), du Maghreb (2759 personnes, soit 25,5%) et de l'Union européenne (1439 individus, soit 13,3%). A eux seuls, ces trois groupes rassemblent 84,6% de la population immigrée. Par rapport au reste de la Communauté autonome basque, Vitoria compte un nombre inférieur de personnes provenant de l'Union européenne (13% face à quasiment 23%) et un quantité supérieure d'individus issus du Maghreb. De plus, 20,6% de la population étrangère recensée en 2001 est arrivée à Vitoria cette même année. 27,7% des immigrés sont parvenus à la capitale alavaise entre 1999 et 2000, alors que 16,7% l'ont fait entre 1996, 1997 et 1998 ; les 35% restants étant arrivés en 1995, voire auparavant. Cela signifie que, en l'espace de cinq ans, Vitoria a reçu 65% de la population étrangère recensée en 2001. Tendance qui n'a cessé de s'accélérer depuis.
Tableau 2 : Population étrangère de Vitoria suivant l'année d'anivée % Année Nombre d'étrangers d'étrangers d'arrivée 20,6% 2001 1008 27,7% 1359 1999-2000 16,7% 1996-1998 819 35,0% 1995 et 1715 avant 4901 100% Total

La majeure partie des immigrés recensés à Vitoria est célibataire (52%) et les personnes mariées constituent 41% de

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.