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Les Portugais en France

158 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 44
EAN13 : 9782296145306
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Portugais de France

Maria do Céu CUNHA

Portugais de France
Essai sur une dynamique de double appartenance

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

@ L'Hannattan, 1988 ISBN: 2-7384-0042-6 ISSN : 0762-0721

?

à mes parents

REMERCIEMENTS

Je voudrais d'abord remercier tous ceux qui ont eu la patience de m'accorder des entretiens, de me parler à cœur ouvert, de me confier des documents. C'est à eux que je dois les matériaux qui ont fondé mon travail et à tous ceux, Français et immigrés, Portugais ou pas, qui contribuent par leur action quotidienne à la dynamique de mixité culturelle que ce livre essaye de décrire. Merci à Manuel Dias dont les réflexions et l'amitié ont inspiré la rédaction de ces pages. Merci à Dominique Schnapper qui m'a accueillie dans ses séminaires dans la période qui a précédé l'écriture de ce livre: j'ai trouvé dans sa gentillesse et sa rigueur un grand appui. Merci à Guy Berger qui dirige mon travail au sein du département de sciences de l'éducation de Paris VIII en me donnant grâce à ses conseils et sa perspicacité la liberté de trouver mon propre parcours de recherche. Merci aussi à Serge qui m'accompagne dans la vie. Il faut dire enfin que ce livre n'aurait pu exister sans la Fondation Callouste Gulbenkian qui, en m'accordant une bourse de recherche, m'a donné le temps et la disponibilité pour réfléchir.

SOMMAIRE

PRÉFACE INTRODUaIO N 1ère PARTIE
MOUVEMENT ASSOCIATIF ET IDENTITÉS

13 21 25 27 28 31 33 36 39 39 40 41 42 44 47 48
ET NOUVEAUX

CHAPITRE1- UN MOUVEMENTINTER-GÉNÉRATIONS le mouvement associatif dans l'histoire de l'immigration portugaise acculturation et résistance de la première génération jeunes et acculturation l'association: un espace de négociations entre générations CHAPITRE2 - UNE IDENTITÉPOURL'INTÉRIEUR une identité affirmée intra-murœ intra-muros, une ambivalence acceptée identité ethnique et personnalité ethnique exister sans se diluer le point de non-retour les antagonismes ethniques auto-régulation et isolement
CHAPITRE 3

ATTACHEMENTS identité nationale et nationallsme identité nationale et immigration les jeunes et le nationalisme immigrés en France, émigrés au Portugal?

-

ANCIENNES

FIDÉLITES

51 51 54 57 59

Portugais de France et Portugais du Portugal: une relation conflictuelle

60

mouvementassociatif paysd'origine et
les jeunes et le pays des vacances 2ème PARTIE

H

62
63 69

LES JEUNES DANS LA GRANDE FAMILLE" DE L'ASSOCIATION
Il

CHAPITRE1- NÉGOCIATIONSMULTIPLES une cellule familiale forte

71 71

la Il grandefamille" de l'association
une recherche d'équilibre négociations silertcieuses .
CHAPITRE 2 - GENÈSE ET CONTRADICfIONS DE LA NOSTALGIE DE LA CULTURE

73
74 76

79

valeurs-refuges : derniers retranchements CHAPITRE3 - LES Il ŒILLÈRES" DU MONDE ASSOCIATIF quels modèles d'identité? quels motifs d'adhésion ? CHAPITRE4 - LESJEUNESLEADERS le cercle vicieux l'é:rrtergertœd'activités nouvelles les jeunes" mordus" de la vie associative de l'enfance à l'âge adulte: la Ilcarrière" d'un jeune dirigeant le statut subaltE!rI1ees jeunes filles d questions de morale: contradictions de nouveaux acteurs dans le monde associatif traditionnel 3ème PARTIE
DES JEUNES A L'ÉCART DE LA GRANDE FAMILLE

80
85

86 87 89 89 92 95 97 99 100 103 109 111

CHAPITRE1- HORS DESFRONTIÈRES GROUPEETHNIQUE DU

les /I nouvellesassociations"de jeunes

/I la patrie" démythifiée la force d'attraction des jeunes Maghrébins quel dialogue avec la grande famille? identité collective et désir d'ascension personnelle

111
112 113 116 117 119

CHAPITRE2 - UNE IDENTITÉ MÉTISSÉE un métissage culturel assumé dimensions populaire et savante de la culture portugaise

119 120

PRÉF ACE

Cette préface m'a mis dans l'embarras. On attend du préfacier d'une part, qu'il présente l'auteur, et, d'autre part, qu'il souligne l'importance de son propos. Mais, ici, les deux tâches sont parfaitement indissociables. Pour traiter de l'extraordinaire développement du mouvement associatif portugais en tant qu'il cristallise en son sein tous les problèmes identitaires de notre temps, il fallait en avoir partagé les difficultés, les conflits, les incertitudes, les espoirs, il fallait être militante, animatrice culturelle, actrice, sociologue... et femme (1). Mais Maria do Céu Cunha, qui garde paradoxalement, dans une écriture où elle s'efface, quelque chose de I/l'invisibilité" des Portugais, m'en voudrait de commencer par elle, et non par son propos essentiel, le pluralisme. Le foisonnement exceptionnellement dense et rapide en Europe occidentale, à partir des années 60, des associations d'origine étrangère, dont les Portugais en France furent et demeurent les champions incontestés, n'a pas été reconnu comme digne d'intérêt et d'études sans difficultés ni retards (2). C'est d'abord, comme le rappelle Maria Do Céu Cunha dans son introduction, que cela oblige à considérer les immigrés comme des" sujets capables d'action et de maîtrise sur leur destinée". La première caractéristique d':une association, c'est assurément d'être un groupement volontaire. Il n'est donc pas 13

anodin que le chercheur y centre ses observations. S'il est banal d'y voir un lieu permanent de crise, ~est que l'imprévisibilité des structures et du devenir des mouvements tient à ce que l'organisation de tous y dépend constamment de l'engagement de chacun. Le destin des associations, l'avenir de l'identité, relèvent ici d'un seul et même ques-

tionnement. Il ne s'agit pas à leur propos de prévoir,
.

comme s'il existait, déjà tracée, la ligne de soumission aux déterminismes de la société dominante. L'auteur éclaircit seulement, à l'usage des acteurs sociaux, (qui ne sont pas seulement, j'y reviendrai, les Portugais de France) les termes des questions en suspens, qu'ils ne peuvent résoudre qu'en combinant un engagement personnel et des références collectives. Les associations, se posent alors comme des lieux de redéfinition. Ni Lisbonne ni Paris, quels que soient leurs aides, leur influence ou leurs pressions, ne peuvent avoir d'emprise directe sur leur recrutement et sur leurs programmes d'activités. Faisant jouer toutes sortes de médiation entre deux appartenances, elles donnent l'occasion de discriminer en commun ce que l'on donne à voir aux autres et ce que l'on garde pour soi" (4). En parvenant à dépasser les limites trop étroites de l'identité familiale ou locale, tout en négociant avec les collectivités françaises des espaces' à la fois collectifs et privés, le mouvement associatif portugais a réussi à faire partager aux générations successives le débat, parfois houleux, sur l'identité. Qui prendra la relève des Amicales? Qui dira dans les temps prochains le sens d'être Portugais en France et de France? Les réponses sont encore incertaines. Mais tout a été fait pour que les questions soient clairement transmises et largement débattues. Au-delà des pratiques qui sont ainsi objets de discussion, ce sont les notions mêmes au nom desquelles on décide et on organise qui sont en cause. Que veut dire Il patrie" ou Il culture Il quand il y a dualité, famille quand il y a discontinuité, communauté quand il y a dispersion? Chacun des chapitres de Maria do Céu Cunha, au-delà des faits qu'elle rapporte, témoigne de cette énorme entreprise de révision des critères légitimes de la conduite sociale et politique qu'engagent, un peu partout en Europe, les généIl

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rations issues de l'immigration. Sans se départir d'un souci permanent de références concrètes, l'auteur nous convie à participer à cette énorme tâche, qui doit aboutir à redéfinir et fonder les signifiants d'une société pluraliste moderne. Une telle problématique est irréversiblement vouée à s'universaliser de plus en plus. Mais elle n'a de sens que si elle demeure posée, au départ, par des gens qui assument leur particularité. On saura d'autant plus gré à Maria do Céu Cunha d'avoir bien marqué la spécificité de lacommunauté d'origine portugaise, souvent méconnue ou minimisée, à cause de cette" stratégie d'invisibilité" qui se trouve ici finement décrite (5). Rappelons d'abord que la vitalité du mouvement associatif en milieu populaire, et plus particulièrement rural, correspond à une tradition partie du Portugal qui s'est trouvée exceptionnellement transposable (6). Après la Révolution des Œillets, quand on fut définitivement à l'abri des tentacules policières du salazarisme, il devint possible que coopèrent étroitement et quotidiennement des militants qui ne partageaient ni les mêmes opinions politiques, ni la même foi catholique, ni les mêmes pratiques culturelles si différentes de l'Algarve au Minho. Ce n'est pas par hasard que ce contexte de brassage associatif ait abouti à former, au sein de la communauté portugaise, beaucoup de ceux qui militent en France avec le plus d'ardeur et d'efficacité pour le pluralisme. Maria do Céu Cunha souligne comment les modes d'organisation de la communauté portugaise lui ont souvent permis de dédramatiser le "conflit des générations". C'est que, là aussi, la vie associative instaure informellement le droit à la différence, et, donc, à la transformation. Le conflit exacerbé à bout portant, où l'on en appelle à des valeurs incompatibles, peut laisser place à la médiation, à la négociation, à la combinaison, à la réinterprétation. Aussi les ressources symboliques empruntées au pays d'origine n'excluent pas l'acceptation de celles que propose le pays de résidence. La fierté qu'on tient du passé des siens ne signifie pas forcément qu'on veuille en prolonger les aspects aliénants. L'irréversible installation en France ne conduit pas ipso facto à accepter le statut silencieux et résigné de sujet dominé. 15

Conjuguant ainsi universalisme et spécificité, le témoignage de Maria do Céu Cunha confirme, sIll était besoin, que la notion homogénéisante "d'immigré" ne veut rien dire (surtout pour les jeunes, auxquels on l'applique de façon typiquement incorrecte). TI y a en France des gens d'origine. portugaise, espagnole, italienne, algérienne, marocaine, tunisienne... Mais, en même temps, être d'origine portugaise, espagnole, algérienne, c'est aussi inévitable-

ment avoir à E:ontribuerà la redéfinition du terme

JI

gré", selon qu'on accepte ou qu'on refuse les catégorisations qu'impose l'opinion française, qu'on prône (ou qu'on esquive) les solidarités ouvrières ou populaires qui s'inscrivent, dans le milieu de travail ou l'espace urbain de plus en plus transcu1turel... (7) Par rapport à tous ces développements qui transforment notre histoire commune, l'auteur est plus qu'un témoin précieux. Elle a nourri cet ouvrage des questions dont elle est porteuse, des projets auxquels elle a travaillé, des oriende constater les tensions qui existent entre culture populaire et culture savante, entre vieux et jeunes, entre hommes et femmes... Elle trace des solutions qui partent de ses engagements, et son propos est aux antipodes d'une spéculation coupée de la pratique. En résulte-t-il un défaut' d'objectivité? Qu'est-ce que cela voudrait dire? Un groupe humain n'existe pas comme un caillou, posé là une bonne fois .pour subsister à jamais tel qu'en lui-même. Il se fait ou se défait à travers des symboles et des pratiques, et il n'y a pas là matière à être neutre, entre l'existence ou la mort collective. Maria do Céu Cunha joue ici légitimement le rôle de ces intellectuelles organiques dont j'ai pu annoncer la venue dès 1978:
1/

immi-

tations qu'elle a défendues. Ainsi elle ne s'est pas contentée .

Gramsci nous a enseigné qu'un groupe ne se constitue en

totalité politique que par l'idéologie de "l'intellectuel organique". Certaines immigrées de la deuxième génération sont assez bien parties pour assumer, le moment venu, ce rôle inédit" (8). Rôle inédit? Les derniers chapitres écrits par Maria do Céu Cunha permettraient d'ajouter: rôle ingrat, parfois douloureux. 1/Il ne saurait... y avoir une cohérence absolue entre l'attitude de ces jeunes filles à l'intérieur et à l'exté16

rieur de l'association 11 (9). Celles-là mêmes à qui leur communauté attribue malaisément le droit à la parole publique jouent désormais un rôle essentiel non seulement pour la maintenance de la dignité collective, mais encore pour l'assumer publiquement et sortir enfin de l'invisibilité. On regrettera que Maria do Céu Cunha n'ait pas montré plus concrètement, à partir de sa propre expérience, la voie simple et directe du dépassement de cette contradiction: la capacité d'innovation. Ce n'est pas par hasard que le théâtre et le cinéma ont joué un rôle si important pour son expression et celle des autres" intellectuelles organiques" du mouvement associatif portugais. S'il n'est pas de modèle reçu qui permette d'être tout à la fois femme, immigrée, en France, fidèle aux siens et à l'histoire qu'ils assument, il n'est que de parler, d'écrire en s'émancipant au mieux des modèles tout faits (10). Le pluralisme appelle ainsi une extrême diversification des témoignages issus des milieux populaires. Ceux qui s'en inquiètent, au nom de "l'identité française", ont bien tort: il y a là des sources inépuisables de renouveau, au moment où la création académique, entravée par le rôle de l'argent et du pouvoir, risque l'anémie et la décomposition. Mais une telle orientation ne peut se développer sans qu'on reconnaisse en France la légitime diversité des lieux identitaires. n est encore temps de conjurer définitivement la menace que fait peser le projet d'un code de la nationalité qui conduirait à chasser hors de France tous ceux qui n'accepteraient pas de se dépouiller des richesses de leur histoire collective et de renier leurs proches. Le livre de Maria do Céu Cunha contribuera à l'échec de ce complot morbide. il ne cache ni les difficultés ni les obstacles. Mais il nous propose en fin de compte un projet de société qui nous concerne tous.
Michel ORIOL

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