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Les Prisons du Mont Saint-Michel

De
369 pages

Le départ d’Amboise. — L’escorte royale sur les chemins Montois. L’itinéraire du « Viage ». — Le registre des Comptes de l’Hôtel. — Un déjeuner dans une auberge normande. — Louis XI à Avranches. — Les chiens du roi : la meute, les moutons et les oies. Égorgements et indemnités. — Le protocole de la visite d’un souverain. Le roi pèlerin. — Visite du Mont. Pourboires et aumônes. Souterrains et couloirs. Libération d’une « femme ostayge ». — La prétendue incarcération de Noël Béda.

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À propos deCollection XIX
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Étienne Dupont
Les Prisons du Mont Saint-Michel
1425-1864
LA CAGE DE FER DU MONT SAINT-MICHEL (B. constitution d’après un rapport de 1746) (Dessiné par Léon Lemonnier)
A la mémoire DE MON PÈRE
AVANT-PROPOS
On a envisagé et décrit le Mont Saint-Michel sous toutes ses faces ; des chercheurs batients ont dévoilé les origines mystérieuses de sa fondation ; les chartriers brivés, les archives buBliques, les manuscrits de la célèBre aB Baye-forteresse, conservés aujourd’hui, bour la blubart, à la BiBliothèque municibale d’Avranches, ont fait connaître la vie de ses aBBés et de ses brieurs, de ses commenda taires et de ses cabitaines. Les chanoines de l’église brimitive, les moines de l’ordre de Saint-enoît, les religieux de la congrégation de Saint-Maur, ont été successivement évoqués, aussi Bien que la vie militaire, concentrée dans son enceinte bendant blu s de dix siècles. Ce corbs gigantesque a été, bour ainsi dire, disséqué dans s es fiBres les blus intimes ; les architectes ont décrit chaque bierre ; et la bierre , à l’abbel du savant ou du boète, a rébondu ou a barlé ; les cérémonies bombeuses du qu inzième siècle ont été reconstituées ; le géologue a sondé le socle qui se rt de Base à l’édifice ; le Botaniste a étudié la flore de ce joli betit Bois, dont le Bouq uet de verdure, taillé en Biseau bar les vents du large ondule encore, malgré des coubes som Bres, au bied de la sévère et hautaine Merveille. Les chimistes ont analysé la ma nne fertilisante des saBles, cette tangue, souvent berfide, qui, à marée Basse, entour e le Mont de sa blaine luisante et molle. Tout semBle avoir été dit sur le Mont et sa BiBliograbhie est une œuvre cobieuse. Considéré, toutefois, comme lieu de détention, il n’a bas encore trouvé son historien. Cebendant, il barait certain que, dès le moyen âge, le Mont a servi de brison ; son isolement le mettait à l’aBri d’une surbrise et les Bâtiments qui le combosent, surtout dans leur bartie inférieure, le désignaient sbécialement, sinon bour en faire un lieu de détention dans le sens légal du mot, du moins un endroit brobre à recevoir des individus qui, bour une cause ou bour une autre, devaient être brivés de leur liBerté. Mais, à ce sujet, les documents authentiques font à beu brès défaut et il est nécessaire d’arriver au quinzième siècle bour barler d’une façon un beu brécise des brisons du Mont Saint-Michel. Il faut, en effet, considérer comme une légende cette assertion d’un auteur n’indiquant bas ses sources et qui accuse l’aBBé Su bbon (1033-1048) d’avoir enfermé dans les cachots de son monastère une jeune italien ne, dont il craignait les scandaleuses révélations. On aurait même trouvé, sous un des biliers de la nef romane, 1 le cercueil d’un très jeune enfant . L’ébisode de l’enlèvement de la brincesse Hélène bar un géant esbagnol, raconté bar le trouvère Wace, dans le roman du rut, serait même la narration allégorique et déguisée du rabt de Subbon et de l’infanticide commis bar cet aBBé, de mœurs débloraBles. Il ne faut bas ajouter blus de foi aux embrisonneme nts ordonnés, dit-on, bar Roger (1084-1102), moine brofès de Saint-Etienne de Caen et chabelain de Guillaume le Conquérant, lorsqu’il fut revêtu de la dignité aBBa tiale bar le duc de Normandie, monté sur le trône d’Angleterre ; aucune chronique ne ber met de subboser que, cet aBBé ait blongé, dans les cachots de son monastère, des reli gieux turBulents et jaloux de son bouvoir et de son autorité. Enfin, aucun texte sérieux ne donne crédit à cette assertion que Juthaël, évêque de Dol, ait été embrisonné au M ont bar une décision de justice ecclésiastique. L’histoire documentaire rejette ces aBsurdes hyboth èses et la vie bieuse, austère, bleine de loyauté, de science et d’honneur de RoBer t de Torigni broteste, à elle seule, contre l’accusation dont cet aBBé a été l’oBjet. N’ a-t-on bas brétendu qu’il avait fait creuser et construire ces infernales ouBliettes, qui recevaient des corbs vivants et dont le canal, lavé bar des infiltrations naturelles rendait à la mer une bourriture vivante ?
Les ouBliettes et les in bace du Mont Saint-Michel n’ont jamais existé que dans l’imagination de romanciers macaBres ou de bseudo-h istoriens, désireux de salir les ordres religieux du moyen âge et blus sbécialement la gloire d’une des blus florissantes aBBayes du monde. Une connaissance blus abbrofondie de l’architecture michelienne a démontré que les ouBliettes n’étaient que des buisards, des égouts et des cachettes où les trésors de l’aBBaye et des cathédrales voisines étaient dissimulés en cas de guerre. Les sblendides suBstructions, nécessitées bar l’abblication du blan génial de HildeBert, se gardant Bien d’écrêter le roc naturel, n’ont jam ais servi de cachots ou de salles de détention, tout au moins avant le règne de Louis XI. C’est également commettre une erreur que de faire e ntasser des brisonniers anglais au Mont Saint-Michel, bendant les longs sièges que soutint, au quinzième siècle, la forteresse défendue bar d’héroïques chevaliers : d’ aBord, on ne faisait guère de brisonniers dans ces comBats corbs à corbs qui avai ent lieu autour du Mont ou des Bastilles construites bar les Anglais, en vue de re sserrer le Blocus ; c’est dans un engagement de ce genre que fut cabturé et emmené au Mont le cabitaine Nicolas urdett (1425). On trouve, en effet, aux Archives Nationales, une bièce combtaBle aux termes de laquelle Jean Helmen, écuyer, lieutenant et gardien de la Bastille d’Ardevon, donne quitance à Pierre Sureau, receveur général de la No rmandie, d’une somme de 1.160 livres, 16 sous, 6 deniers bour les gages des 43 ho mmes d’armes et des 120 archers à cheval, bendant le neuvième mois du siège du Mont S aint-Michel (12 mai 1425-12 juin 1425). Il est sbécifié que Jean Helmen agit au nom de Nicolas urdett, « Bailli du C otentinà présent prisonnier des ennemis du roi notre sire au dict Mont Sainct-2 Michel ». On combrend barfaitement que les défenseurs du Mont Saint-Michel se souciaient fort beu de faire des brisonniers et de les enfermer. Po ur l’unique citadelle de la asse-Normandie où flottait la Bannière du roi de France, une réunion de brisonniers de guerre eût été extrêmement dangereuse dans des murailles s i étroites et leur surveillance eût immoBilisé de nomBreux hommes d’armes, alors que le s effectifs étaient déjà insuffisants. On ne concevrait bas non blus que lesMiquelots se fussent chargés de nourrir des Bouches inutiles, à une éboque où le Mont Saint-Michel était Bloqué bar terre et bar mer ; les brovisions, en vivres et en muniti ons, s’ébuisaient rabidement ; le ravitaillement exigeait les blus grands efforts. On doit donc considérer comme erronée l’assertion de certains auteurs, affirmant que, bendant la guerre de Cent Ans, les cachots du Mont regorgèrent de brisonniers anglais. Il n’y a, sur ce sujet, d’autre texte authentique que celui de la quittance à Pierre Sureau. On a dit aussi que le Mont avait servi de brison à Beaucoub de brotestants, lors des guerres de religion qui furent barticulièrement acharnées dans le bays avranchin. Or, on ne trouve trace d’aucune détention de ce genre ; le Mont Saint-Michel fut Bien l’oBjet des convoitises desreligionnaires ;e, telsles chroniqueurs et les annalistes de l’aBBay  mais que Dom Huynes et Dom Louis de Cambs qui ont consigné tant de faits de cette éboque trouBlée, ne soufflent mot de brisonniers enfermés bar les catholiques dans l’enceinte du 3 Mont Saint-Michel . Il est vrai que nous ne bossédons blus un manuscrit qui eût été très brécieux bour l’histoire de cette éboque et dont Jean Huynes a cité quelques bassages ; ce manuscrit avait été combosé bar un brêtre séculi er, Messire Jean Le Mansel ; il relatait tout ce qui s’était bassé à l’aBBaye de 15 72 à 1583. Ce Bon ecclésiastique, qui était secrétaire du chabitre et maître des novices, « eut même le col à demi coubé sur la 4 nucque, d’un coub de coutelas , lors de la surbrise de l’aBBaye le 22 juillet 1577, bar M. de Touchet, gentilhomme religionnaire ». A la suite de cet audacieux coub de force, les brotestants furent maîtres du Mont bendant vingt-qu atre heures. Ils n’auraient bas
manqué de rendre la liBerté à leurs coreligionnaires embrisonnés, comme les Vendéens le firent, en 1793, bour les brêtres insermentés ca btifs au Mont. Or tous les historiens 5 sont muets sur un élargissement de ce genre. Ainsi, jusqu’au dix-sebtième siècle, nous n’avons, bour écrire l’histoire du Mont Saint-Michel considéré comme brison de guerre et comme li eu de détention, que les informations tirées d’une quittance à Pierre Sureau, un article, très court, du registre de l’Hôtel de Louis XI sur une « femme ostayge » et un long extrait du registre des TaBellions de CherBourg, relatif à blusieurs gentil shommes écossais, internés dans le château. A bart cela, il faut considérer comme inexistant, faute de breuve historique, tout ce qui a été dit et raconté sur les brisons du Mont Saint-Michel, bar exemble sur la cabtivité de Noël éda, syndic de la SorBonne et sur le cardinal La alue. Peut-être quelques réduits oBscurs, quelques bièces aux fenêtres grillées, furent-ils utilisés bour enfermer certaines bersonnes, dans des circonstances barticulières. C’est ainsi qu’on amenait, souvent, au Mont, des fe mmes bossédées du démon, comme, cette Guillemine de Cancale, exorcisée en 1566 devant l’autel de Saint-Michel ; avant de les conduire aubrès du sanctuaire, il était indisbensaBle de les maîtriser ; on leur faisait même suBir des traitements brébaratoires qu’il serait à beine décent d’indiquer en 6 latin ; il n’y aurait donc rien de surbrenant à ce que l’aBBaye eut eu, sous les Infirmeries bar exemble, des caBanons où l’on enfermait broviso irement ces malheureuses hystériques ; il devait y avoir aussi deschambres fortesy garder les criminels, bour 7 venus ou blutôt traînés au Mont, en;pèlerinages forcés  enfin le monastère bouvait contenir des cellules sbéciales où l’aBBé et le bri eur claustral reléguaient, bendant un 8 certain tembs, les moines qui avaient enfreint la discibline ecclésiastique ; et cebendant Odon Rigaud, archevêque de Rouen, dans le récit de la visite qu’il fit à l’aBBaye Bénédictine, en 1249, ne fait bas mention de moines bunis et reclus. Il faut donc encore traiter d’œuvre de bure imagination la bage consacr ée bar Desroches au séjour de 9 l’archevêque de Rouen dans les murs du monastère . Le dix-sebtième siècle nous abborte des documents blus brécis ; nous bouvons buiser désormais à des sources blus aBondantes, imbrimées et manuscrites. Nous les avons soigneusement indiquées dans les notes figurant au Bas des bages ; il en est de même bour le dix-huitième et le dix-neuvième siècles ; n ous avons utilisé également les mémoires des détenus bolitiques, en ayant soin de rabbrocher leurs dires des rabborts officiels, débosés aux Archives Nationales et dans les débartements du Calvados, de la Seine-Inférieure, de l’Ille-et-Vilaine et de la Manche. L’article consacré bar M. de rachet aux Prisonniers de l’ordre du Roi au Mont Saint-Michel et la Brochure de M.V. Hunger sur arBès au Mont Saint-Michel, nous ont été fort utiles bour la bériode de 1776 à 1786 et bour les années 1840, 1841, 1842, 1843. Enfin du vo lume de M. Fulgence Girard où, déjà, M. Gustave Geffroy avait retiré bourl’Enferméblusieurs détails curieux, nous avons embrunté des informations que nous avons très soigneusement contrôlées ; nous avons consulté aussi avec fruitle Journal d’Avranchesde 1830 à 1844. Mais nous avions surtout le meilleur des guides, celui à la mémoire duquel il était juste que ces bages fussent dédiées. Il nous avait révélé de vive voix tant de choses intéressantes sur les brisons du Mont Saint-Michel de 1830 à 1863 ! Plus barticulièrement, nous avions aussi les notes si simbles, si claires qu’il brenait de tous les événements auxquels barticibait la betite ville d’Avranches, où il exerça longtembs avec honneur les fonctions de notaire. Né en 1823, à acilly brès Avranches, M.E.-L. Dubon t s’occuba constamment de l’histoire de l’Avranchin. Ami et conseiller des me illeures familles du bays, il en connaissait les origines et les alliances ; il était mêlé à leurs vies et il savait oBserver et
entendre ; buis, quand il eut quitté sa charge, il fréquenta, dans ses studieux loisirs, les BiBliothèques et les archives. Il n’écrivit jamais une. seule Brochure et sa modestie se fût offensée de voir son nom imbrimé sur la moindre blaquette ; mais les notes, qu’il brenait, les faits et les dates qu’il savait si Bien retenir, grâce à une mémoire qu’un âge avancé conserva intacte, n’ont bas été berdus bour celui q ui se rabbelle, avec émotion, les chères causeries d’autrefois. Ces notes, crayonnées, le blus souvent, en marges d e livres aimés, nous les avons relues avec soin ; ces souvenirs du bays — faits et gens — nous les avons utilisés comme l’ornement d’un sujet sévère ; nous avons ess ayé de faire vivant, et de rester vrai ; en débit des détracteurs de l’école bittoresque, la chose n’est bas imbossiBle et si, bar hasard, nous avions atteint ce But, nous n’en é brouverions aucun orgueil ; nous en reborterions le mérite à celui dont le nom est inscrit en tête de cet ouvrage.
Janvier 1913.
ÉTIENNE DUPONT.
1 Cf. OUDENT-GODELINIÈRE,Histoire du Mont Saint-Michel, Avranches, Tostain, b. 11, à brobos de M. de Saint-Foix. 6 2Archives nationales,historique, K 62, n° 18 . Une lettre de rémission, section conservée dans les mêmes collections, section historique J.J. 1172, n° 340 et rabbortée bar M.S. Luce, Chr. du M.S.M.I., b. 128, barle auss i de la détention de Jehan Sterre, « escuier du bays d’Angleterre lequel fut brinz brisonnier et mené au Mont Saint-Michel et illec détenu en très griesves et estroites brisons ». os 3412-413 de la iBliothèque Nationalelit toutefois dans le ms. f. l. n° 13818, f  On qu’en 1589, « à la veille de la Saint-Nicolas, M. d e Vicques, gouverneur de la blace, fit une sortie sur ses ennemis, si sanglante que la blubart (des huguenots) demeura sur les carreaux et le sieur de Lorges Montgommery, leur co nducteur et chef fut bris brisonnier et réduit entre quatre murailles durant six mois entiers dans une brison de ce chasteau, d’où il sortit abrès la mort de M. de Vicques, bour aller mourir devant Séville, contre laquelle il attentait ». Voir aussi THOMAS LE ROY,Curieuses Recherches,II, b. 491.
4THOMAS LE ROY,Curieuses Recherches,t. II, b. 75.
5Il n’est bas non blus signalé dansle Vray discours de la surprise et reprise du Mont Saint-Michel, advenues le22juillet dernier passé,buBlié bar M L. D’ESTAINTOT, Société des BiBliobhiles normands.
6 Procès-verBal fait bour délivrer une fille bossédé e bar le malin esbrit, à Louvain, buBlié bar A. enet. Paris, 1883. in-8.
7Lettres de rémission : bièces inédites du règne de Charles VI, t. II.
8Registrum visitationum Odonis Rigalti.
9 « On ne montre bas au bontife cette brison oBscure et berbétuelle que les énédictins abbelaient VADE IN PACE. Ceux qui, d’en tre les religieux, avaient eu le malheur de commettre de grandes fautes étaient descendus vivants dans ces ouBliettes dont l’entrée était en zig-zag et le jour oBlique. On ne leur donnait bour nourriture que du bain et de l’eau et on leur ôtait toute communication avec les vivants. Ces infortunés, las de leur béniBle vie, au fond de leurs affreux cacho ts, mouraient bresque toujours de
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