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LES PROFESSIONNELS ET LES FAMILLES DANS LE SOUTIEN AUX PERSONNES AGEES DEPENDANTES

De
271 pages
L'intervention des professionnels auprès des aidants familiaux accompagnant leurs parents âgés et dépendants s'avère bien souvent problématique. D'une part les besoins de ces personnes-soutien sont nombreux et diversifiés, d'autre part les professionnels eux-mêmes sont confrontés aux conséquences du retrait de l'Etat-providence et doivent alors, pour des raisons économiques entre autres, faire mieux avec moins.
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Les professionnels et les familles dans le soutien aux personnes âgées dépendantes

Collection Travail du Social dirigée par Alain Vilbrod
La collection' s'adresse aux différents professionnels de l'action sociale mais aussi aux chercheurs, aux enseignants et aux étudiants souhaitant disposer d'analyses pluralistes approfondies à l'heure où les interventions se démultiplient, où les pratiques se diversifient en écho aux recompositions du travail social. Qu'ils émanent de chercheurs ou de travailleurs sociaux relevant le défi de l'écriture, les ouvrages retenus sont rigoureux sans être abscons et bien informés sur les pratiques sans être jargonnants. Tous prennent clairement appui sur les sciences sociales et, dépassant les clivages entre les disciplines, se veulent être de précieux outils de réflexion pour une approche renouvelée de la question sociale. et, corrélativement, pour des pratiques mieux adaptées aux enjeux contemporains. Déjà parus Eliane CARlO, Le malade mentale à l'épreuve de son retour dans la société. Fabrice DHUME, RMI et psychiatrie. Raoul LÉGER, La colonie agricole et pénitentiaire de Mettray. Claire JOUFFRA Y, L'action sociale collective en collège. Valérie SCHMIDT-KERHOAS, Les travailleurs sociaux et le droit pénal. Camille THOUVENOT, L'efficacité des éducateurs. Charlotte LE VAN, Les grossesses à l'adolescence. Normes sociales, réalités vécues, 1998. T. CARREIRA, A. TOMÉ, Éducation au Portugal et en France, 1998. Brigitte JUHEL, L'aide ménagère et la personne âgée, 1998. J. Yves DARTIGUENA VE, J-François GARNIER (dir), Travail social: la reconquête d'un sens, 1998. René SIRVEN, De la clinique à l'éthique, 1999. Emmanuel JOVELIN, Devenir travailleur social aujourd'hui, vocation ou repli?, 1999. Pierre NÈGRE, La quête du sens en éducation spécialisée, 1999. Conservatoire National des Archives et de J'Histoire de l'Éducation Spécialisée, Elles ont épousé l'éducation spécialisée, 1999 Sophia ROSMAN, Sida et précarité: une double vulnérabilité, 1999.
-

Mario PAQUET

Les professionnels et les familles dans le soutien aux personnes âgées dépendantes
On vous appellera quand on aura besoin d'aide

Préface de Simone Pennee

L' Harmattan 5-7, tue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Cette recherche a bénéficié d'une subvention conjointe du Ministère de la santé et des services sociaux du Québec et de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Lanaudière dans le cadre du programme de subventions de recherche en santé publique.

@ L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8328-3

À ma famille et à Maclau. À ces héros des soins À ces héros du maintien À ces « héros du quotidien» que sont les personnes-soutien qui assistent courageusement au jour le jour un être cher dans le besoin

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier sincèrement monsieur Laurent Marcoux, directeur de la Direction de la santé publique de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Lanaudière. Ce dernier nous a soutenu tout au long de la réalisation de ce projet de recherche. Nous remercions chaleureusement monsieur et madame Bernier et monsieur St-Arneault, de même que tous les informateurs clés qui ont bien voulu nous rencontrer en entrevue malgré un horaire parfois chargé. De toute évidence, les informations qu'ils nous ont livrées ont été d'une grande richesse pour la compréhension du phénomène à l'étude, et plus largement, sur l'articulation de la logique familiale de soutien auprès d'une personne dépendante. Certaines parties de ce travail ont bénéficié des commentaires et critiques de plusieurs de nos collègues. Nous aimerions souligner la contribution de Claude Bégin, Christine Garant, Marc Goneau, Lise Ouellet et Caroline Richard. Un merci particulier au comité scientifique de lecture composé de Élizabeth Cadieux, André Guillemette et Louise Lemire. L'apport de chacun des n1embres du comité a favorisé des échanges stimulants et très fructueux qui ont grandement aidé à bonifier le travail. Un merci à Myriam Bals pour son travail de traduction et de lecture de la version finale du manuscrit. Un grand merci aussi à Jacinthe Bélisle et à Marie-Jasée Charbonneau pour leur patience qu'elles ont dû octroyer pour faire leur minutieux travail de traitement de texte.

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Finalement, nous remercions Frédéric Lesemann, directeur de l'Institut national de recherche scientifique (Culture et société), qui a assumé la direction de notre recherche de thèse. Nous le remercions bien entendu pour tous les échanges et discussions que nous avons eus au cours des ans et qui ont tracés le chemin de la direction à suivre pour la réalisation de ce projet. Nous le remercions aussi pour ses idées et sa grande capacité d'analyse critique qui nous ont fait cheminer vis-à-vis d'une réalité qui, a priori, ne nous apparaissait pas évidente à construire. Mais nous le remercions surtout de nous avoir fait confiance et de nous avoir donné toute l'autonomie dont nous avions besoin pour mener à terme ce travail.

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PRÉFACE

L'ouvrage de Mario Paquet vise à mettre à jour les processus de freinage dans l'usage des services sociaux proposés aux familles aidant leurs parents âgés. Ces questions, ici étudiées outreAtlantique, sont aussi les nôtres dans la mesure où l'Europe, comme le Canada, redécouvre la production familiale de santé au moment où l'État-providence se retourne vers les familles pour assurer, pour partie, ses promesses d'antan. Cependant, les collaborations entre services sociaux et services familiaux, devenues nécessaires dans un tel contexte, ne vont pas de soi et imposent des ajustements réciproques, parfois difficiles à négocier pour une pluralité de raisons. Mario Paquet analyse précisément les réticences manifestées envers les services par les personnes, dénommées « personnes-soutien », en position d'aide à l'égard de leurs parents âgés dépendants. Principalement menée à partir des constats de différents professionnels confrontés à ces réticences, l'étude cherche sa validation dans des études -de cas auprès des familles. L'originalité de ce travail réside dans une approche de type recherche-action au fil de laquelle les constats professionnels sont soliden1ent éclairés par une revue fournie de la littérature savante anglo-saxonne. La réticence, diagnostiquée par les professionnels, est déclinée selon les caractéristiques fan1iliales mise à jour par l'auteur. Celles-ci renvoient les professionnels aux logiques mêmes qui définissent et régulent leurs interventions et leur imposent le détournen1ent de leur praxis vers les logiques familiales ellesnlên1es.
9

L'auteur démontre comment la réticence à être aidé s'accroît avec l'âge, l'appartenance rurale et la faiblesse du niveau de vie. Les femmes y sont plus assujetties, surtout lorsqu'elles effectuent ce soutien en tant que conjointe et selon leur sensibilité aux influences exercées par les autres membres de la famille. Enfin, la dépendance psychologique semble accentuer les difficultés à faire appel au service d'un tiers. Aux mondes privés dans lesquels semblent souvent s'imposer la logique du travail domestique «jusqu'au bout », n'envisageant qu'en dernier recours l'appel aux professionnels, s'opposent les objectifs publics de prévention «avant qu'il ne soit trop tard» exprimés par les services professionnalisés. Outre ces données communes. On ne peut qu'être frappé des similitudes, tant quantitatives que qualitatives, entre le vieux et le nouveau continent quant aux situations des personnes dépendantes âgées. L'état des lieux donne à voir une population voulant vivre à domicile avec le soutien de ses proches; soutien qui s'accroît selon les-besoins des parents sans une montée en charge équivalente des prestations des services. Les études, anglo-saxonnes en particulier, ont mis l'accent sur les modalités et les effets, souvent évoqués en termes de fardeau, de ce support familial. Ces données font écho aux recherches européennes relatives aux positions des différentes générations à l'égard des services professionnels et à celles traitant des règles de l'échange au sein de la parenté. Ces dimensions méritent d'être approfondies pou~ mieux saisir « l'économie cachée de la parenté» (Déchaux, 1996) et les possibilités, comme les limites, de substitution et/ou de complément aux « services familiaux ». Pour prolonger l'état des recherches présenté dans l'ouvrage nous nous référons à quelques travaux français. Les principales probl~matiques retenues peuvent être rapidement présentées autour de trois axes: celui des politiques sociales, celui des pratiques familiales et celui des pratiques de soin. 10

Les recherches centrées sur les configurations de logiques et d'usages qui lient les soignants familiaux et les professionnels présentent aussi les manières dont les politiques publiques contribuent à la régulation de telles interactions. On 'peut citer l'analyse de Marie-Ève Joël et Claude Martin (1996) qui rend compte de la pluralité des organisations entre les personnes, au sein des réseaux de parenté et dans les relations aux divers services. En France, la mise en place de la Prestation Spécifique Dépendance, où s'expérimente la rétribution du travail fan1ilial, constitue un cadre d'étude pour l'analyse des transactions entre les différents acteurs publics -financeurs et soignants- et les personnes sollicitant, pour elles-n1êmes ou leurs parents, l'intervention des services. L'étude de la production des politiques sociales et sanitaires démontre la prégnance de la question familiale dans la question sociale, et, dans le même mouvement, la mise en forme (et aux normes) de la famille par les politiques sociales. Une bonne synthèse des études traitant de ces questions nous est fournie par C. Martin (1996) qui analyse finement les évolutions actuelles de l'État-providence. Une autre piste de recherche mérite d'être retenue, elle concerne les modes d'accompagnement spécifiques aux différentes personnes apparentées. Les pratiques du soin conjugal, par exemple, ne pellvent probablement pas être analysées de la même manière que les pratiques filiales. En ce sens les généralisations véhiculées par les' appellations telles que: «aidants familiaux », «aidants naturels », « aide inforn1elle » et, ici, « personnes-soutien» supposent d'être complétées par des investigations plus poussées selon les places, les rôles et le sens attribué par chacun de ces acteurs dans leur dynan1ique propre de soin privé. Bien éviden1ment cette posture de recherche nécessite l'introduction directe auprès des personnes au-delà de leurs relations avec les services professionnalisés. On peut citer ici les travaux de Geneviève Favrot (1996) et ceux de Serge Clément (1993) ainsi que l'analyse de l'exercice ascendant de la filiation (Pennee, 1998).
Il

Ces travaux permettent de rendre compte des singularités des rôles en mettant à jour les obligations et les réciprocités issues des liens f~miliaux selon la diversité des places et selon les différents temps de la vie de chacun des sujets. La dynamique des processus suivis par chaque individu tout au long du parcours de vie interdit de catégoriser ces acteurs selon des attitudes spécifiant exclusivement les caractéristiques structurelles. La troisième perspective susceptible de prolonger les analyses de Mario Paquet se réfère aux recherches consacrées aux rapports aux corps et aux affects dans le travail de soin et dans les relations à l'intime. On peut faire référence aux travaux de Marcel Druhle concernant les représentations du «corps vieillissant» (Druhle, 1993) et le «travail émotionnel du soin» (Druhle, 1998). Ces dimensions nous renvoient à la sociologie du vieillir, voire du mourir, et aux rapports que nous entretenons à notre propre corps et à ceux de nos proches: géniteurs, enfants, conjoint. Ce travail des émotions, de l'attachen1ent à la répulsion, présent aussi bien dans le champ du soin professionnel que dans celui de l'action affectuelle privée suppose de considérer en simultané les représentations et les pratiques du soin profane et du soin professionnel. Un travail orIginal (Juhel, 1997), édité dans cette même collection, se situe dans une telle problématique donnant à comprendre les interactions entre les aides-ménagères et les personnes aidées dans l'autorité exercée sur leur lieu de vie ou de travail. Les analyses de Geneviève Cresson (1995, 1998), centrées sur la petite enfance et le travail domestique de santé, mettent particulièrement bien en évidence les dimensions cachées des soins familiaux et le déclassement des soins de proximité plus généralement. Enfin, considérant le chan1p des questions étudiées, les méthodes mêmes de nos recherches sont à articuler à la complexité des phénomènes analysés. Mario Paquet évoque bien la pluralité des dynan1iques en jeu: la quotidienneté d'actes et d'affects incorporés 12

selon de longues trajectoires subjectives, individuelles et familiales, en constantes interactions avec les autres sujets, acteurs des sphères privée et publique, mis en scène dans des contextes socio-politiques donnés. Outre les postures plurielles d?observation (entretiens compréhensifs, études de cas, récits de vie, observation participante), c'est également le croisement de nos problématiques théoriqtleS et disciplinaires (anthropologie, sociologie clinique, psychologie) qui s'avèrent susceptibles d'enrichir la compréhension de la singularité des configurations de l'accompagnement de nos ascendants. Simone Pennee Maître de Conférences de Sociologie Université de Bretagne Occidentale, Brest

CRESSON, G. (1995). L'Harn1atlan.

le

travail domestique

de santé, Paris,

CRESSON,G. (1998). «Formations et compétences dans les n1étiers du contact direct avec les petits-enfants: quelques enjeux,
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LEXIQUE

CA:

Centre d'accueil Centre d'Action Bénévole
Centre local de services communautaires'

CAB:
CLSC :

MSSS :
RRSSS :

Ministère de la santé et des services sociaux
Régie régionale de la santé et des services sociaux

15

INTRODUCTION

GÉNÉRALE

Quelle que soit l~intention réi/lante qU71 confëre a son dJscour~ le sociologue ne peut échapper a son propre quotidien. (Claude Caveau)

l bbjet de la recherche
L'intervention auprès des personnes-soutien de personnes âgées dépendantes, visant à les soutenir pour maintenir à domicile l'aidé et à les soulager, un tant soit peu, des tâches qu'elles ont à réaliser de façon quotidienne, pose un grand défi. D'une part, les besoins des personnes-soutien sont complexes: en plus d'être nombreux et diversifiés, ils sont singuliers. D'autre part, même si le soutien aux familles constitue une priorité de toutes les politiques sociales, le milieu de l'intervention est confronté au retrait de l'État-providence qui in1pose, pour des raisons entre autres économiques, une nouvelle règle: faire plus et mieux avec moins. Or, le défi se confirme lorsque l'on constate que le milieu de l'intervention doit composer en plus, semble-t-il, avec la réticence1 des personnes-soutien à l'égard de l'utilisation des services de

Nous n'avons pas essayé dans ce travail de définir conceptuellement la réticence, mais simplement d'indiquer des repères descriptifs de cette notion. Ainsi, au chapitre 2, la réticence est définie comme suit: « ... une personnesoutien réticente c'est une personne qui manifeste dans son discours et son comportement une réserve face à l'utilisation des services formels. Cette réticence peut se retrouver tant chez les utilisateurs de services que les nonutilisateurs qui connaissent les services ou en soupçonnent l'existence. Cette réticence peut prendre la forme d'un refus des services ou d'une acceptation obligée en raison du contexte de l'assistance ou de la condition de santé de la personne âgée ou de la personne-soutien. » 17

soutien formels2. Selon Garant et Bolduc (1990: 116) : «[...] on observe dans plusieurs projets des difficultés à rejoindre les aidants et des réticences à utiliser les services offerts». Les intervenants sont parfois désarmés devant la réticence des personnes-soutien et ce, même quand les services sont disponibles et accessibles. En effet,

les professionnels réalisent souvent que, malgré l'ampleur du
-

fardeau des personnes-soutien, il ne suffit pas de mettre sur pied des services pour qu'on soit assuré de leur utilisation. En fait, que -les personnes-soutien proviennent du Québec, du Canada, des États-Unis ou de- certains pays européens, celles-ci, contrairement à ce que l'on pourrait croire étant donné justement

le fardeau qui leur incombe, utilisent peu les services - formels
(Garant et Bolduc, 1990 ; Étude sur la santé et le vieillissement au Canada, 1994 ; Paquet, 1995a ; Renaud,]utras et Bouchard, 1987). À l'encontre du discours néo-libéral qui stipule que l'offre de services va provoquer une demande plus forte, impossible à combler compte tenu de l'état actuel des finances publiques, les services formels ne constituent pas une solution privilégiée par les personnes-soutien pour faire face à leur situation de prise en charge. Ce qui semble plutôt prévaloir, c'est la règle du derniers recours, c'est-à-dire que, généralement, les personnes-soutien n'utilisent les services formels que lorsqu'elles ne peuvent plus faire autrement.

Plus loin, les services de soutien formels font référence aux services de répit institutionnels, communautaires ou à domicile dispensés par le réseau des établissements publics ou communautaires. Il est à noter que les services de soutien formels couvrent un ensemble plus large de services que ceux de répit comme, par exemple, les soins infirmiers et médicaux. Cependant, dans notre démarche, les services formels se limitent aux services de répit qui s'adressent particulièrement aux personnes-soutien. Nous entendons par répit des services ayant comme objectif de diminuer le fardeau des personnes-soutien. Le répit institutionnel fait référence aux services d'hébergement temporaire dispensés, entre autres, par les centres d'accueil. Le répit fait aussi référence aux services de gardiennage et de soutien à domicile dispensés par les CLSC et les centres d'action bénévole. Pour le soutien à domicile, il s'agit de soutien aux activités de la vie domestique (entretien ménager, préparation des repas, courses). 18

Au fond, c'est peut-être une intervenante en maintien à domicile qui a le mieux décrit la situation: « on vous appellera quand on aura besoin d'aide. » Selon cette dernière, le critère d'utilisation des services formels se limite à ceci. Il semble çlonc que, plus souvent qu'autrement, le besoin en services formels ne se fait sentir qu'en situation d'urgence, ou lorsqu'une crise s'étire depuis trop longtemps. Dès lors, les limites de l'acceptable sont quotidiennement présentes. La prise en charge est souvent à ce point critique que la rupture du soutien prodigué à l'aidé est quasiment assurée dans un avenir rapproché. D'après Kosloski et Montgomery (1993), la compréhension de cette faible utilisation des services s'avère une priorité tant pour les chercheurs que pour les décideurs publics. Si les personnes-soutien sous-utilisent les services, il y a lieu de s'attarder à la réticence de celles-ci lorsqu'il s'agit de faire appel aux services. En effet, la littérature décrit ce phénomène comme étant répandu et aucune étude scientifique ne s'est intéressée à la question. Cette recherche explore ce phénomène de réticence en vue d'en favoriser une meilleure

compréhension 3.
Plus loin, nous allons décrire en détailla pertinence sociosanitaire et scientifique d'étudier la réticence. Pour le moment, nous indiquons tout de même que la réticence a de quoi inquiéter le systèn1e de santé et des services sociaux dans son objectif de prévention puisque sa logique de planification, d'organisation et de dispensation des services est mise à rude épreuve. Effectivement, le postulat d'une adéquation linéaire simple entre les problèmes de santé d'une population, ses besoins et les services à implanter ne résiste pas à la logique familiale de soutien. La réticence des personnes-soutien montre que la logique familiale de soutien est plus complexe que ne le laisse croire celle du système de santé et des services sociaux. De plus, comprendre la réticence s'avère
:~ Cette recherche est la version retravaillée de notre thèse de doctorat soutenue au printemps de 1997 à l'Université de Montréal. 19

impérieux dans un contexte sociodémographique, économique et politique favorable à la réorganisation du système qui axe, plus que jamais, le « virage» vers le maintien à domicile. Cette compréhension devrait permette de mieux baliser le rapport d'interfaces État/ communauté/ famille nécessaire pour arrin1er les désormais rares services disponibles aux familles. Pour comprendre la réticence, il s'offre une piste de recherche que nous allons développer en détail au chapitre 2 et qui est caractérisée par une exigence:' celle de sortir de la logique du système de santé et des services sociaux pour s'instruire plutôt sur le fonctionnement de la 199ique familiale dans l'organisation des soins. Le passage suivant de Bungener (1993) ajoute du poids aux arguments de cette rupture avec la logique du système:
Dans la mesure où le recours précoce et le maintien à domicile d'une part, mais plus généralement l'appel aux solidarités familiales et de voisinage d'autre part, apparaissent comme des solutions qu'il est opportun de maintenir, il devient essentiel d'en comprendre les modalités de fonctionnement et les limites, de déceler les moyens nécessaires à leur incitation et l'assistance indispensable à leur pérennisation (p. 28).

En partant de cet angle, est-il étonnant que la trame de fond qui articule notre démarche ait pour centre le « quotidien» ? N'est-ce pas au quotidien que se vit l'expérience de l'assistance auprès d'un être cher? N'est-ce pas dans ce quotidien que nombre de chercheurs en sciences humaines puisent le fruit de leurs travaux? Cet angle d'approche est de toute évidence appuyé par deux événements déterminants qui sont venus an1plifier notre intérêt à comprendre la réalité du quotidien des personnes~soutien. Au n10ment n1ême où nous rédigions notre première recherche sur le vécu des personnes-soutien... (Paquet, 1988), notre mère est tombée gravement malade et a perdu son autonomie fonctionnelle. Comme membre d'une famille non1breuse, nous sommes devenus un tén10in engagé dans le soutien que nécessitait sa situation. En 1993 est survenu le décès inattendu de notre père à la suite 20

d'une courte maladie. Notre père était alors le soutien principal de notre mère. Il va sans dire qu'après le décès de ce dernier, il a fallu réévaluer la possibilité de maintenir notre mère chez elle et opter finalement pour une solution intermédiaire, le placement semiinstitutionnel. Ainsi, cette recherche n'est donc guère dissociable de l'expérience vécue quotidiennement. Expériences personnelles et professionnelles, orientations théoriques et méthodologiques sont inévitablement imbriquées. Dès lors, nous allons, dans la poursuite de cette introduction, retracer les repères épistémologiques sur lesquels repose cette recherche. Ensuite, nous aborderons le rationnel qui a prévalu au choix de l'échantillon de recherche pour finalement présenter les différents chapitres qui la composent.

Kepères épisténzologiques de 18recherche
D'emblée, citons deux courts passages. «Les êtres humains et les sociétés humaines sont beaucoup plus con1plexes que toute théorie qui prétend les expliquer » (Taylor, 1991, p. 124). « Les faits sont plus têtus que les convictions [théoriques]» (Balandier, 1994, p. 15). Aujourd'hui, ce genre de propos à caractère épistén1010gique n'étonne plus, mais il a contribué à questionner les sciences humaines dans leurs lin1ites et possibilités de connaître l'humain en action. Il paraît acquis « ...qu'il n'existe plus [pas] de paradigme dominant en sciences sociales, capable d'organiser théoriquen1ent le travail de l'ensemble des chercheurs» (Soulet, 1986, p. 21). Les «grandes» théories n1arxistes, fonctionnalistes, structuralistes, systémistes qui se sont disputées le monopole de l'explication du n10nde sen1blent bien mortes aujourd'hui.
Alors que le paradigme positiviste, inspiré fortement par les sciences de la nature, avait longtemps prévalu, désormais ce qui 21

caractérise les sciences sociales semble résider dans une incréduIi té croissan te à I'égard des grands réci t8 originels (Lyotard, 1979) qui, chacun à sa -manière, fondaient une représentation cohérente de l'identité et des pratiques

scientifiques. Cette double orientation conduit alors à générer des
interrogations sur la notion même de scientifjcité en sciences sociales, c'est-à-dire sur ce qui autorise alors à produire des connaissances de manière légitime ou, ce qui revient au même, sur ce à quoi peut/doit se référer un chercheur pour être qualifié de scientifique (Soulet, 1986, p. 21).

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L'idéal d'une science nomothétique est battu en brèche. Les théories «globalisantes» font maintenant place à des théories de moyenne portée (ibid., p. 21). Selon Morin (1984), « ...les lois générales de la société, valable~ pour toutes sociétés, ne peuvent avoir aucune exactitude, aucune précision, aucune valeur de prédiction, et leur vérité ne peut être que triviale» (p. 30). Les théories découlant de ces lois ne peuvent prétendre à la «certitude absolue» et, dans leur caractère de réfutabilité, elles sont donc «biodégradables ». Morin (1984) ajoute que « ...les théories, donc, sont des constructions de l'esprit que l'on applique sur la réalité et qui deviennent valables si, effectivement, la réalité répond de façon positive aux prédictions de la théorie» (p. 29). Or, il semble que les macro-théories, en appréhendant les phénonlènes sociaux par « en haut» (Laurent, 1994), ont failli dans leur ambition de saisir la complexité de la réalité sociale. À ce sujet, il apparaît pour Le Gall et Martin (1986) que les modèles d'explication provenant des macro-théories sont bien plus des tentatives pour forcer la réalité sociale à « entrer» dans « un moule préconstruit », qu'une démarche pour la saisir en ellemême. En outre, l'accent a davantage porté sur l'analyse de l'évolution de la société que sur la prise en compte des individus agissants qui la produisent. On touche ici au coeur du problème de ce que plusieurs appellent 1'«épuisement », voire la « faillite », des macro- théories.
Elles omettent la capacité de création des acteurs sociaux, la production quotidienne des dominés, l'inventivité de la masse sociale. De par sa prétention à la pérennité, de par sa pesanteur mortifère et son apriorisme dogmatique, la théorie s'est 22

condamnée en se rendant incapable d'approcher le social quotidien. Les certitudes d'école ne s'avèrent plus congruentes avec le donné social et apparaissent quelque peu totalitaires. Seules des perspectives ouvertes théoriquement comme méthodologiquement peuvent prendre en compte ce qui se caractérise comme une nouvelle donnée objectale (Soulet, 1985, p. 17-18). À l'instar de Le Gall et Martin (1986), les propos de Soulet (1985) soulignent que le temps de la prétention à ne vouloir appréhender la réalité sociale qu'à partir d'une thé~rie est révolu; la diversification des approches en témoigne. «Ce nouveau statut épistémologique impose en quelque sorte un seuil incompressible de diversité théorique, induisant donc l'idée d'une mouvance des savoirs et des interprétations» (Soulet, 1986, p. 21).

Ces écrits signalent le passage de la macro-analyse à la microanalyse. Le social est à saisir dans son «effervescence» et sa « multidimensionnalité », ce que l'univocité de la théorie ne peut permêttre. La «crise des certitudes» (Zuniga, 1986) met donc à jour le défi d'appréhender la «mouvance », la «fugacité» (Pires, 1987), l'aspect « multiforme» du social. Elle substitue la notion de relativité4 à celle de vérité et insiste sur la valeur du singulier comme élément d'importance à scruter de la quotidienneté. Comme le dit Balandier (1983): «En se butant sur l'écran de l'avenir, les disciplines « sociales» sont de plus en plus contraintes d'occuper l'espace du présent, et par implication celui du quotidien.» (p. 7) 5. Ainsi: «L'acteur comn1e agent de changement
Notons cependant que: « Le relativisme en sciences sociales n'échappe, en effet, à une normativité scientifique que pour tomber dans une normativité sociale, c'est de ce point de vue qu'il nous semble nécessaire de le dépasser, tout en prenant acte de ce qu'il apporte, à savoir une ouverture sur la pluralité du social, sur sa complexité et son hétérogénéité, et donc des questions ou pistes pour le saisir au mieux» (Houle et Ramognino, 1993, p. 7). Selon Ansart (1990), l'essor de la recherche sur la vie quotidienne peut être daté à partir de 1975. Ce développement est d'ailleurs perceptible d'un point de vue qualitatif. En effet, il apparaît que l'intérêt manifeste pour le quotidien 23

revient en force. Le regard scrute à nouveau le quotidien. » (Le Gall et Martin, 1986, p. II). S'imposent donc à nouveau le sujet, l'individu (Boudon, 1979), l'acteur, «le retour de l'acteur» (Touraine, 1984), «le paradigme de l'acteur dans le quotidien» (Javeau, 1981). Le paradigme de l'acteur se targue d'écouter et de-

s'exprime clairement comme un phénomène retenant l'attention de plusieurs chercheurs chevronnés. À preuve, il suffit de jeter un coup d'oeil sur les propos de quelques-uns d'entre eux. « La sociologie du quotidien est maintenant en expansion... » (Balandier, 1983, p. 5). «L'intérêt renouvelé pour l'étude de la vie quotidienne est aujourd'hui manifeste dans le propos sociologique» (Maffesoli, 1981, p. 28). « Il est né, depuis quelques années, une sociologie « de la vie quotidienne» aussi appelée sociologie «du quotidien », qui se faufile lentement dans les programmes universitaires et peut même se prévaloir, dès à présent, d'un commencement de reconnaissance officielle» (Javeau, 1983, p. 22). « ... l'expression de « vie quotidienne» est devenue, sinon encore un concept, du moins le prétexte à développement théorique légitime... » (Bertaux, 1983, p. 68). « ... une grande vague balaie tout: la « nouvelle sociologie du quotidien» {...} se constitue en un puissant mouvement... » (Bourdin, 1986, p. 10). Le quotidien figure donc actuellement au registre des grandes réflexions de l'investigation sociologique. Mais quels sont les fondements explicatifs de 1'«intérêt », 1'«engouement », le « renouveau» ou mieux encore, comme le dit Comeau (1987), la «résurgence» de la sociologie de la vie quotidienne? S'agit-il tout simplement d'une mode? Question toujours pertinente lorsqu'on est en présence d'un mouvement de pensée important et que les propos de Bertaux (1983) rappellent avec acuité la « mode des écoles ». « Le vocabulaire des intellectuels, comme le vêternent des femmes ou les loisirs des cadres, est très largement soumis à des phénomènes de mode. Lorsque Paul- Henri Chombard de Lauwe dans les années 50 ou Henri Lefebvre dans les années 60 parlaient de vie quotidienne, ils n'étaient pas à la page. La mode du structuralisme allait faire un malheur sur le marché des mots. Pendant quinze ans les intellectuels français se sont habillés chez Lévi-Strauss, Barthes, Foucault, Lacan, Bourdieu » (p. 68). Si mode il y a, c'est une hypothèse que le temps confirmera ou infirmera; elle ne relève certainement pas du hasard. Il semble possible de dire que l'origine de la popularité du quotidien comme thème de recherche en sociologie trouve, en partie, une explication dans l'épuisement des macro-théories; d'où l'intérêt qui s'ensuit pour la micro-analyse du social (Le Gall et Martin, 1986; Soulet, 1985). 24

donner la parole à cet « homme oublié des sciences sociales» (Schutz, 1987), et accorde aussi à son discours un «statut de vérité» (Bernier et Perreault, 1987). On est, en somme, témoin d'un «retournement objectai» (Soulet, 1985). L'objet se déplace du « structurel» vers le « social proche ». « La structure n'est plus le bon objet sociologique, l'événement dynamisant, l'équilibre social l'est beaucoup plus... » (ibid., p. 20). La socialité est désormais un lieu privilégié de l'investigation. C'est le mouvement qui fait loi maintenant (Balandier, 1994). Dès lors, la « régularité », le «répétitif », le «statique », le «-déterminant» n'ont plus autant leurs lettres de noblesse dans l'analyse du social. Ce retournenlent impose de nouveaux objets d'analyse dont les contours plus ou moins flous ont comn1e univers: «le sensible, l'ordinaire, le non -logique, le vécu, l'étrange, l'exubérant, le minuscule, l'anodin» (idem), le sens, les signes, les symboles, les « structures d'action et de solidarité », les « interactions» (Lefrançois, 1985), la « résistance », la « spontanéité », « inventivité » (Bourdin, 1986), les « menues appartenances », les l' « micro-solidarités» (Encyclopaedia universalis, 1981, in Bourdin, 1981),1'« affect », 1'«imaginaire» (Le Gall et Martin, 1986). Ce déplacement de l'objet oblige à l'ouverture sur l'utilisation d'outils n1éthodologiques en mesure d'approcher la réalité sociale par le «dedans ». La complexité du social commande de réintroduire des approches souples et flexibles aux différentes modalités du «connaître» (Le Gall et Martin, 1986). Jadis, la recherche à prétention scientifique en sciences sociales a été légitimée et stimulée par une rationalité instrumentale. La logique des chiffres et de la statistique s'est imposée en hégémonie. Elle a fait croire pendant longten1ps que la seule voie possible pouvant conduire vers le chemin de la science était l'adoption par le chercheur d'une attitude « quantophréniste » vis-à-vis de son objet. Mais le « quantophrénisn1e» a ses limites qui n'ont d'égal que 25

l'impossibilité de saisir le vécu à travers la pluralité des objets mouvants du social. Comme le dit Javeau (1981) :
La terrible tentation quantitative aboutit à rie prendre en compte que des régularités statistiques, à n'accorder de statut épistémique qu'à des armatures de fréquences, ornementées, en guise d'appoggiatures, de tests statistiques aussi sophistiqués que redondants (p. 8).

Si, selon Bertaux (1985), «ce dont la sociologie a besoin aujourd'hui, ce n'est pas de rigueur, mais d'imagination» (p. 276), nous prenons acte de' ce contexte de «détresse épistémologique» (Ménard, 1986) comme l'occasion d'une ouverture propice pour cerner et questionner autrement le social (Bawi,n-Legros, .1982). De surcroît, si « l'imagination sociologique» passe par les présupposés des choix de « l'imagination méthodologique », il s'ensuit que, pour appréhender le social non construit, le social proche, il est nécessaire d'utiliser une méthode adaptée, une méthode «au service du particulier, du spécifique, du local» (Bourdin, 1986, p. II). Pour réaliser l'objectif de comprendre la réticence des personnessoutien de personnes âgées dépendantes, une exigence s'impose: celle de connaître la façon dont, à travers l'expérience quotidienne de la prise en charge d'une personne âgée dépendante, la réticence s'articule dans la dynamique des rapports sociofamiliaux que les personnes-soutien vivent pour faire face à la situation. Le phénomène de la réticence trouve ainsi son lieu d'observation dans la logique d'action des personnes-soutien et sa compréhension s'enracine dans l'expérience concrète et subjective de ceux et celles qui, au jour le jour, en sont ou peuvent en être les témoins directs. Notre approche se veut donc de 1'«intérieur» et « ancrée» au coeur du quotidien des personnes-soutien. Pour ce faire, nous devons nous «approcher du terrain» (Deslauriers, 1991) de manière à être le plus près possible de la réalité des personnes-soutien. En ce sens, une démarche de recherche 26

qualitative est appropriée pour comprendre la réticence par «le dedans ». En effet, selon Deslauriers (1991) :
La recherche qualitative ne rejette pas les chiffres ni les statistiques mais ne leur accorde tout simplement pas la première place; elle se concentre plutôt sur l'analyse des processus sociaux, sur le sens que les personnes et les collectivités donnent à l'action, sur la vie quotidienne, sur la construction de la réalité sociale (p. 6).

Ainsi, comme la réalité sociale dont la réticence des personnessoutien est l'expression qui n'a pas été explorée, et que le paradigme de l'acteur puise son corpus heuristique de 1'«expérience collective» (Bawin-Legros, 1988), nous optons pour une exploration de la réticence, en nous appuyant sur une approche de nature compréhensive où l'interprétation subjective des acteurs est acceptée comme postulat épistémologique. Une approche qui s'inspire de la démarche hypothético-inductive, telle que suggérée dans l'ouvrage de Huberman et Miles (1991), et dont Crozier et Friedberg (1977) en ont bien reconnu la valeur:
...une démarche hypothético-inductive... cerne son objet d'études par étapes successives à travers l'observation, la comparaison et l'interprétation de multiples processus d'interaction et d'échange qui composent la toile de fond de la vie à l'intérieur du système d'action qu'elle veut analyser. Une démarche en somme qui se sert de l'expérience vécue des participants pour proposer et vérifier des hypothèses de plus en plus générales sur les caractéristiques de l'ensemble (p. 454).

le rationnel Jus!lnan! le choix de l~chan!illon recherche

de

Il nous in1porte de souligner que, sur le plan de l'analyse des politiques, ce qui transcende cette recherche, c'est une approche critique de la logique d'organisation des services et du virage préventif que la Politique de la santé et du bien-être du Ministère de la santé et des services sociaux (MSSS) du Québec prône depuis sa parution en 1992. Un des éléments in1portants que suppose ce
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